vendredi 8 avril 2011

Bohumil Modrý



Nous savons l'importance du hockey en République Tchèque et en Slovaquie, donc de l'ancienne Tchécoslovaquie. Que ce soit avec Šťastný dans les années 80 ou encore d'autres joueurs comme Jaromir Jágr et Dominik Hašek ou encore plus récemment ceux de Jaroslav Halák, il est indéniable de reconnaître le fait que l'ancienne Tchécoslovaquie fait partie des grands pays du hockey sur glace.


En fait, officiellement, le hockey sur glace est apparu dans ce coin du monde en 1909 alors que fut fondée l'équipe nationale de Bohème, la Bohème étant le nom de ce pays sous l'empire austro-hongrois. À l'époque, les joueurs de hockey était des joueurs de bandy, ce sport célèbre dans les pays de l'Est encore de nos joueurs, qui s'étaient appropriés des bâtons de hockey provenant du Canada. Cette première équipe fut surnommée les Mušketýři s hokejkou, les mousquetaires sur glace. Le premier match international de la Bohème eut lieu le 23 janvier 1909 à Chamonix alors que cette équipe fut défait par la marque de 8 à 1 face à la France...

Vous voyez donc que l'ancienne Tchécoslovaquie possède une tradition de hockey presque aussi vieille qu'en Amérique. Avec une tradition vieille de plus de 100 ans, il est normal qu'il y ait des héros typiquement locaux qui marquèrent l'imaginaire alors qu'ailleurs ils ne sont que très peu reconnus. Le gardien Bohumil Modrý est certainement le plus grand...


Bohumil Modrý est né en 1916 à Prague. Du peu d'information sur la jeunesse de Modrý que j'ai trouvé, j'ai appris qu'il était un ingénieur civil tout en évoluant dans la ligue de hockey nationale pour le LTC Praha avant la Guerre. Déjà à cette époque, Modrý était considéré comme le meilleur gardien d'Europe, ayant fait parti de l'équipe nationale qui remporta la médaille de bronze lors du championnat de 1938. Le tout sera révélé au reste du monde lors des Championnat mondiaux de 1947, les premiers depuis 1939. La Tchécoslovaquie était d'ailleurs le pays hôte... En l'absence du Canada qui décida de ne pas participer à ce tournois, probablement faute de moyens financier afin d'envoyer une équipe amateur dans ce lointain pays, la Tchécoslovaquie et son talentueux gardien remportèrent les honneurs. Champions du monde, l'équipe tchécoslovaque avait toutefois beaucoup à prouver dans l'avenir en raison de l'absence du grand pays du hockey, le Canada...

C'est lors des Jeux Olympiques de 1948 à St-Moritz en Suisse que Bohumil Modrý eut enfin la chance d'affronter une équipe canadienne afin de démontrer l'étendue de son talent. À cette époque, les équipes représentant le Canada lors des compétitions internationales étaient des équipes séniors qui faisaient le voyage en Europe, parfois à leurs frais, pour aller représenter le Canada. Lors des Olympiques de 1948, c'était les Flyers de la Royal Canadian Air Force qui portaient les couleurs du Canada. Rappelez-vous il y a quelques années des annonces de la RBC faisaient état de ce fait historique. Le format du tournois Olympique n'allait pas donner le résultat escompté comme on aurait pu s'y attendre de nos jours. Le tournoi olympique était à cette époque un tournoi à la ronde où les trois meilleures équipes allaient être récompensées par les médailles. Donc il n'y avait pas de finale qui allait opposer les tchécoslovaques aux canadiens pour décider de la suprématie du hockey... Les deux équipes par contre s'affrontèrent durant le tournois dans un match qui marqua l'imaginaire du hockey mondial...

C'est le 6 février 1948 que le hockey canadien allait finalement se mesurer avec le fameux gardien tchécoslovaque dont tout le monde parlait. À la surprise générale, l'équipe canadienne ne réussit pas à percer cette muraille nommée Bohumil Modrý, le match se terminant par la marque de 0-0. Le Canada et la Tchécoslovaquie terminèrent tous deux avec une fiche de 7-0-1. Le bris d'égalité allait être le différentiel de buts accordés contre les buts marqués. Le Canada l'emporta avec un différentiel de +64 ayant accordé seulement 5 buts et en ayant récolté 69 contre un différentiel de +62 pour les tchécoslovaques qui marquèrent 80 buts et en accordèrent 18... C'était donc une sorte de match nul qui fut donné à la faveur du Canada par une méthode plus que douteuse. Sachez également pour votre information personnelle que le score le plus élevé du tournois fut accomplis non pas par ces deux équipes, mais bien par les États-Unis qui pulvérisèrent l'Italie par la marque de 31 à 1...


Après le tournoi olympique, Bohumil Modrý, ce gardien qui put résister à une équipe canadienne, devint le joueur n'évoluant pas dans la NHL le plus reconnu mondialement. C'est ainsi que même les équipes de la NHL s'intéressèrent à lui. Modrý fit même la demande d'une permission officielle au gouvernement tchécoslovaque afin de pouvoir recevoir une permission pour aller évoluer en Amérique. Cette permission lui fut accordée à condition de représenter la Tchécoslovaquie lors du championnat du monde de 1949 qui allait avoir lieu en Suède. Cette condition fut remplie par Modrý avec un tel zèle qu'il aida son pays à remporter la médaille d'or. Il brilla tellement durant ce tourenois qu'il défit même cette fois l'équipe canadienne, les Wolves de Sudbury, par la marque de 3 à 2 lors du tournoi à la ronde. Après ce tournoi c'était officiel, Bohumil Modrý était véritablement un grand gardien de but...

Malgré la condition remplie par Modrý, le gouvernement communiste de Tchhécoslovaquie revint sur sa décision et retira la permission d'aller en Amérique à son héros national soi-disant pour des raisons de sécurité nationale.

La vie de Modrý par la suite prit un tournant assez dramatique...

En 1950, il fut écarté de l'équipe nationale. En fait, ce fut toute l'équipe nationale qui se vit refusé d'aller défendre son titre lors des championnat du monde de 1950 à Londres. En mars 1950, le gouvernement tchécoslovaque arrêta tous les joueurs de l'équipe nationale, y comprit Modrý. Le tout avait été fait pour montrer à la population que personne n'est à l'abris du pouvoir dans ce régime socialiste. Ils furent interpellés secrètement et accusés de trahison et d'espionnages, des accusation bien certainement non fondées. Modrý fut condamné à 15 ans de prison et emprisonné dans les prisons connues de nos jours comme ayant été les plus rudes sous le régime communiste tchécoslovaque, la prison Pankráci et Borech.

Aux environs de 1955, Modrý fut envoyé à une mine d'uranium près de la ville de Jáchymov où il fut forcé de travailler à l'extraction du minerai. Travaillant sans protection, Modrý fut exposé aux radiations et en 1962, à l'âge de 47, il succomba des conséquences de cet emprisonnement atroce.

Cinq ans après sa mort, le régime réhabilita son nom, le graciant d'une manière posthume des accusations gratuites portées 17 ans plus tôt...

Son influence sur le développement du hockey, notamment en URSS et dans son pays natal, furent très grandes. Modrý publia durant ses grandes années beaucoup d'articles dans les journaux afin d'expliquer sa philosophie du hockey et des bonnes techniques pour être un bon gardien. Ces articles eurent un grand impact dans les pays communistes. Anatoli Tarasov, le grand gourou du hockey russe, a d'ailleurs toujours cherché à avoir un gardien qui était le mélange de Jacques Plante et de Bohumil Modrý... Il le trouva en Vladislav Tretiak...


Il est considéré en République Tchèque comme LA grande légende du h0ckey...

En dehors de ce pays, Modrý n'est toutefois pas reconnu comme étant un des plus grands gardiens de l'histoire comme il le devrait... Ce n'est que cette année, en 2011, que l'IIHF l'intronisa à son Temple de la Renommée. Et encore une fois, le Temple de la Renommée du hockey n'étant qu'un country club de la NHL, il n'en fait pas parti... Je crois par contre qu'il mériterait d'y être plus que Dino Ciccarelli... Je dis ça comme ça...

Lors des jeux de Vancouver, Ondrej Pavalec arborait le portrait de Modrý sur son masque...


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