mardi 24 avril 2012

Propriétaires canadiens d’équipes américaines

(Texte et images de Benoît AKA KeithActon)

Nous avons connu à Montréal l’épisode George Gillett, soit un américain propriétaire d’une équipe canadienne. Jim Balsillie a tenté à quelques reprises d’effectuer le chemin inverse, soit d’être un propriétaire canadien d’une équipe américaine (bien que son but était de déménager l’équipe au Canada). Il y a toutefois eu des précédents. Des canadiens (ou canadiens d’origine) ont déjà été propriétaires d’équipes américaines.


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 James E. Norris

 Né à Montréal en 1879, James E. Norris fit ses études à McGill. Il était issu d’une famille très riche qui œuvrait dans l’industrie du grain. Elle possédait des bateaux, des meuneries et beaucoup de terrains. Lorsque son père décida de déménager l’entreprise à Chicago, il suivit sa famille. Il devint président de Norris Grain à l’âge de 28 ans. Il acheta par la suite des élévateurs à grain et des ranchs. En 1940, on estimait sa valeur à environ 200 millions $.

 En 1926, lorsque la LNH annonça qu’elle désirait mettre une franchise à Chicago, Norris tenta de l’obtenir, mais sans succès. En 1932, il tenta d’obtenir une équipe pour St-Louis, mais la Ligue refusa, jugeant que les frais de déplacement seraient trop élevés pour les autres équipes. Il tenta également d’acheter les Senators d’Ottawa, en grande difficulté financière en ce temps de grande dépression, pour les déménager à Chicago ou à Toronto, mais les équipes déjà présentes dans ces villes s’y objectèrent.

Il se rabattit donc sur les Falcons de Détroit. L’équipe, ainsi que leur aréna (l’Olympia) étaient alors gérés depuis un an par un comité de créanciers. Il changea leur nom pour prendre celui de « Red Wings » et adopta le logo actuel, inspiré des Winged Wheelers du club Montreal Amateur Athletic Association (MAAA).

 En 1944, lorsque Fred McLaughlin, le propriétaire des Black Hawks mourut, il recruta l’ancien entraîneur et directeur gérant Bill Tobin pour acheter l’équipe, avec son fils James D. De son côté, James E. détenait déjà le Chicago Stadium. Même s’il n’était pas officiellement propriétaire des Hawks (la Ligue l’interdisait), dans les faits, c’est lui qui prenait les décisions importantes. Il acheta aussi un nombre important d’actions du Madison Square Garden, exerçant ainsi une grande influence sur les Rangers également.

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À son décès en 1952, ses enfants Bruce et Marguerite héritèrent des Red Wings. 

Le trophée remis au meilleur défenseur de la Ligue porte son nom.


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Jack Kent Cooke

Cooke débuta dans le milieu de la radio en travaillant avec Roy Thomson (de la très prospère famille du même nom). Devenu son partenaire d’affaires, ils se mirent à acheter des stations et des journaux.

En 1951, il fit sa première incursion dans le milieu des sports en achetant l’équipe de baseball mineur de Toronto, aussi appelée les Maple Leafs. Il tenta par la suite de déménager une équipe des majeures à Toronto (les Browns de St-Louis, les Athletics de Philadelphie et les Tigers de Détroit) ou d’obtenir une équipe d’expansion, mais sans succès. Il n’eut pas plus de chance dans sa tentative d’obtenir la première licence pour une chaîne de télévision privée à Toronto en 1960. 

Il quitta alors pour les États-Unis, où il alla faire fortune dans le domaine de la radio et de la câblodistribution. Il devint aussi en 1961 propriétaire minoritaire des Redskins de Washington. (Il deviendra majoritaire en 1974.) En 1965, ce sont les Lakers de Los Angeles qu’il achète. C’est lui qui leur donna leurs couleurs pourpre et or et qui fit construire le Forum à Inglewood en banlieue de Los Angeles).

 Lorsque la LNH annonça son expansion pour 1967, il fit application et obtint l’équipe de Los Angeles, les Kings bien sûr. Il se fiait beaucoup sur les 300 000 Canadiens vivant dans la région de Los Angeles pour remplir son aréna, chose qui ne se matérialisa pas vraiment. Il en conclut donc que s’ils avaient quitté le Canada, c’est probablement parce qu’ils détestaient le hockey…

Il vendit le Forum, les Lakers et les Kings en 1979. Il conserva les Redskins jusqu’à sa mort en 1997. 



Norm Green

 C’est dans le développement de centres commerciaux dans l’ouest canadien que Norm Green fit principalement sa fortune, en plus d’investir en télécommunications. Il fit partie du groupe initial de six investisseurs qui rachetèrent les Flames d’Atlanta en 1980 pour les déménager à Calgary. Il demeura actionnaire minoritaire des Flames jusqu’en 1990. Il était donc présent lorsque les Flames gagnèrent la Coupe Stanley en 1989.

 S’il vendit ses parts des Flames, c’est parce qu’il se porta acquéreur de 51% des North Stars du Minnesota. L’équipe, pourtant située dans le marché le plus propice au hockey aux États-Unis, avait un historique de mauvaise gestion et de mauvais résultats. Cette saison-là, l’équipe réussit, malgré une saison plus qu’ordinaire de 68 points, à atteindre la finale, qu’elle perdit face aux Penguins.

Toutefois, l’équipe rencontra les mêmes problèmes que sous l’administration précédente (les frères Gund qui, avec une transaction plutôt complexe, mirent plutôt la main sur une équipe d’expansion, les Sharks de San Jose, tout en apportant une partie de leurs joueurs avec eux). Les assistances laissaient toujours à désirer et le replacement du vétuste Met Center se trouvait toujours dans une impasse.

Norm Green s’est aussi retrouvé lui-même dans une abracadabrante histoire de harcèlement sexuelle qui a résulté en une menace de son épouse de le quitter s’il ne déménageait pas l’équipe.

C’est finalement en 1993 que Green déracina l’équipe pour la diriger vers Dallas. Lors de l’achat de la formation, Green aurait dit que seul un idiot pouvait perdre de l’argent avec le hockey au Minnesota. Cette déclaration amena Julie Hammond, la présidente du fan club à l’époque, à dire que Green venait de prouver son affirmation.

Suite à des difficultés avec ses autres entreprises, Green dut vendre ses Stars à Tom Hicks en 1995. 


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Harry Ornest

Né à Edmonton, Harry Ornest fut à un moment arbitre dans la Ligue Américaine et juge de lignes dans la LNH. Il fit par la suite fortune dans le domaine des machines distributrices dans l’ouest canadien.

Il fit un retour dans le monde du sport en fondant les Canadians de Vancouver, un club de baseball AAA, en 1977. Il vendit l’équipe en 1981.

En 1983, il fut l’acheteur de la dernière chance des Blues, franchise complètement à la dérive que la LNH venait d’empêcher de déménager à Saskatoon. (Voir texte du 23 juin 2011) Il parvint à les remettre sur des rails financièrement, suite à une gestion très serrée et à les vendre à profit en 1986.

En 1988, il se tourna vers les Argonauts de Toronto, qu’il revendit en 1991 au trio composé de Bruce McNall, Wayne Gretzky et John Candy.

Établi en Californie depuis un moment, il se concentra alors sur les courses de chevaux, où il géra une piste. Il mourut en 1998, à l’âge de 75 ans.


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Mario Lemieux

Est-ce que Mario Lemieux a vraiment besoin de présentation? Suite aux années fastes du début des années 1990, les Penguins se sont retrouvés en position financière précaire. Le club était largement endetté et une bonne partie des créances étaient en fait des salaires dus à des joueurs et d’anciens joueurs, sous forme de revenus différés. (L’équipe avait en fait pelleté par en avant une partie des salaires.)

Lorsque l’équipe fit faillite en 1998, Lemieux se retrouva le créancier le plus important. Il proposa alors un plan de restructuration impliquant la conversion de sa créance en actions. Une fois le plan approuvé, ceci fit de lui l’actionnaire principal.

Il aida aussi la relance des Penguins en effectuant un retour au jeu en 2000, créant ainsi un intérêt renouvelé pour l’équipe en devenant joueur-propriétaire-président.

Les Penguins ont depuis remboursé tous leurs créanciers et Lemieux est bien sûr toujours propriétaire. Après une longue saga, l’équipe a finalement pu remplacer son igloo (le Mellon Arena) pour le nouveau Consol Energy Center. 

Sources : “The Saskatoon Blues : The Story” de Jeff Fahrenkrog (stlouisgametime.com), “Sports Figure Harry Ornest Dies at 75” de Bill Dwyre, 22 juillet 1998 (latimes.com), “Harry Ornest Dead at 75”, 21 juillet 1998 (canoe.ca), freebase.com, jkcf.org, legendsofhockey.net, wikipedia.org

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