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lundi 29 juillet 2013

Trêve de hockey # 68 - Bill Veeck



Bill Veeck eut ses premiers contacts privilégiés avec le baseball par l’entremise de son père, William Sr.  D’abord journaliste, il fut nommé président des Cubs en 1918.  Suite à des chroniques critiques envers l’équipe, le propriétaire, William Wrigley, le mit au défi de gérer le club, ce que William Sr. fit.  Les Cubs gagnèrent le championnat de la Ligue Nationale en 1929 et 1932, mais pas la Série Mondiale.

À l’âge de 11 ans, William Sr. fit engager le jeune Bill pour divers petits emplois au sein de l’équipe.  Le père mourut en 1933, mais le fils demeura avec les Cubs et monta jusqu’au poste de trésorier.  La légende veut que ce soit lui qui ait eu l’idée de planter des vignes sur les murs du Wrigley Field.  Par contre, comme pour biens des faits d’armes de Veeck, certaines versions diffèrent et il n’est pas toujours évident de distinguer la réalité de la légende.

En 1941, malgré son manque de moyens, il acheta avec un partenaire une équipe en difficultés financières, celle des Brewers de Milwaukee de l’Association Américaine (aucun lien avec la franchise des Majeures actuelle du même nom).  C’est alors qu’on vit à l’œuvre pour la première fois son sens du marketing.  Il mit en place des promotions où il donna des animaux vivants (des homards, des poulets et d’autres oiseaux, des cochons d’Inde, un cheval, etc.) et des blocs de glace.  Il organisa également des mariages au marbre.

Malgré tout, il dut gérer son équipe à distance pendant un moment.  Il servit dans l’armée et subit une blessure qui lui coûtera éventuellement une jambe.  D’ailleurs, en son absence, en 1944, son partenaire embaucha Casey Stengel comme gérant, malgré ses insuccès passés à la tête des Dodgers de Brooklyn et des Braves de Boston.  Lorsque Veeck apprit la nouvelle, il était furieux et le qualifia de clown.  La suite des événements donna raison à Stengel, qui aida les Brewers à gagner le championnat et qui fut ensuite à la tête de la dynastie des Yankees des années 1950.

La guerre ne l’empêcha pas malgré tout d’avoir d’autres projets.  En 1942, il vint près de mettre la main sur les Phillies de Philadelphie, une franchise misérable qui dut attendre jusqu’en 1980 avant de gagner sa première Série Mondiale.  Son plan audacieux était le suivant : engager de nombreux joueurs de la Ligue des Noirs pour renflouer son équipe.  Par contre, le Commissaire Kennesaw Mountain Landis était farouchement contre l’idée et la vente fut bloquée.

Il demeura néanmoins co-propriétaire des Brewers qui, après leur avoir fait connaître du succès, furent vendus en 1945 avec un profit de 275 000$ pour Veeck.

En 1946, suite à un autre montage financier légèrement créatif, il acheta les Indians de Cleveland.  Il mit les parties à la radio et s’assura d’amener son sens du marketing particulier avec lui. 

En 1947, il embaucha Larry Doby, le premier noir de la Ligue Américaine.  Lorsqu’on le présenta au reste de l’équipe, seulement trois joueurs refusèrent de lui serrer la main.  Veeck se débarrassa des trois.  En 1948, il embaucha la légende de la Ligue des Noirs, le lanceur Satchel Page, qui devint à 42 ans la plus vieille recrue de l’histoire.

La même année, un projet d’échange impliquant le joueur vedette et gérant Lou Boudreau fut éventé.  Les partisans firent alors sentir leur colère aussitôt.  Veeck retourna ce désastre à son avantage lorsqu’il affirma qu’il désirait être à l’écoute des partisans et fit donc signer une prolongation de contrat à Boudreau.

Les Indians, qui jusqu’à récemment en arrachaient à ce chapitre, atteignirent 1,5 million de spectateurs, parmi les meilleurs de la ligue.  Sur le terrain aussi, les choses se passaient bien, alors qu’ils remportèrent en 1948 leur première Série Mondiale depuis 1920 (et leur dernière à ce jour).  Lou Boudreau (celui-là même que Veeck voulait échanger) remporta le titre de joueur le plus utile de la Ligue Américaine.  Au total, 2,6 millions de personnes franchirent les tourniquets cette année-là.

Lorsque la saison 1949 se passa moins bien, il organisa l’enterrement du fanion soulignant la victoire de 1948, au grand déplaisir de plusieurs joueurs et partisans.

Toujours en 1949, il vendit l’équipe pour régler son divorce.  Sa femme, qui en avait déjà marre du baseball et de la vie mondaine de son mari, l’avait obligé à vendre les Brewers de Milwaukee en 1945.  Cette fois, elle en avait tout simplement assez.  Comme Veeck n’était pas indépendant de fortune et que son avoir reposait presque exclusivement sur les Indians, il dut les vendre.

En 1950, il se remaria avec quelqu’un plus proche de son mode de vie.  Sa deuxième femme était issue du monde des relations publiques et travaillait avec les Ice Capades.

Veeck ne mit pas de temps à retourner au baseball.  En 1951, il acheta les misérables Browns de St-Louis, une équipe qui n’avait attiré que 247 131 spectateurs la saison précédente.  Plusieurs pensaient que le but de Veeck était de les déménager.  Leurs rivaux de la Ligue Nationale, les Cardinals, étaient beaucoup mieux gérés, mais étrangement, leur stade commun, le Sportsman’s Park, appartenait aux Browns.  Veeck décida plutôt de tenter de sortir les Cardinals de la ville.  Il décora alors le stade seulement aux couleurs des Browns.  De plus, il embaucha d’ex-Cards.  Dizzy Dean devint annonceur.  Roger Hornsby devint gérant.

Au niveau promotionnel, il alla encore plus loin.  Il organisa un match interactif, où les partisans pouvaient voter pour la stratégie à employer : vol, amorti, changement de lanceur, etc.  Étrangement, les faibles Browns remportèrent ce match.

Mais son coup le plus remarqué fut probablement l’embauche d’un nain, Eddie Gaedel, pour jouer pour les Browns.  (voir texte du 5 juin 2010)

L’assistance aux matchs de son équipe augmenta.  En 1952, ils attirèrent 518 796 spectateurs.  Il s’agissait d’une hausse substantielle, mais ça demeurait tout de même le plus faible total du baseball majeur.  Non seulement les finances de Veeck se détérioraient, mais il y eut aussi des changements du côté des Cardinals.  Leur propriétaire eut des problèmes d'impôt et dut les vendre.  L’acheteur fut August Busch, le propriétaire de la brasserie Anheuser-Busch, et dont les poches étaient, c’est le moins qu’on puisse dire, beaucoup plus profondes que celles de Veeck.  Il devenait donc évident que Veeck n’allait pas sortir les Cardinals d’August Busch de St-Louis.

Veeck vendit le stade à Busch.  Il vendit aussi plusieurs joueurs, ainsi que son ranch personnel pour éviter de couler.  À leur dernier match, les Browns ont manqué de balles neuves.

La seule solution était de déménager l’équipe.  Mais le sachant coincé, les autres propriétaires saisirent l’occasion de se débarrasser de ce gênant collègue.  Ils refusèrent le déménagement.  Veeck dut donc vendre à un groupe qui transporta l’équipe à Baltimore pour en faire les Orioles.

Veeck tenta par la suite d’acheter les Athletics de Philadelphie, les Tigers de Détroit et le cirque Barnum & Bailey, mais sans succès.

C’est finalement à Chicago, sa ville natale, qu’une porte s’ouvrit.  Il ne s’agissait toutefois pas des Cubs, mais de leurs modestes rivaux, les White Sox.  Grace Comiskey, la veuve de Charles, venait de mourir et laissa ses actions à sa fille Dorothy, plutôt qu’à son fils Charles II, qui en détenait déjà un bloc et qui gérait l’équipe.  S’en suivit des disputes et la mise en vente des actions de Dorothy.  Charles II soumit une offre très basse et Dorothy choisit plutôt de vendre ses actions à un groupe avec nul autre que Bill Veeck à sa tête.

Toujours aussi arrogant, les relations entre le fils Comiskey et son nouveau « partenaire » furent pour le moins tendues.  Pendant que Veeck s’affairait à rentabiliser les White Sox, Comiskey multiplia les démarches légales.

Veeck se remit à redoubler les promotions.  Il remit des orchidées à la fête des mères, de la bière et des tartes.  Considérant qu’ils aidaient le club en termes de relations publiques, il fit une journée où les chauffeurs de taxi et les tenanciers de bar furent admis gratuitement.  Après qu’un de leurs joueurs, Al Smith, fut hué par la foule, il invita tous les Smith à être ses invités.

En 1959, les assistances aux matchs des White Sox atteignirent 1 423 144, un record d’équipe et à peine moins que le record des Cubs, établi en 1929, alors que l’équipe était géré par le père de Veeck.  Les « Go Go Sox » atteignirent la Série mondiale pour la première fois depuis le scandale des Black Sox en 1919, mais perdirent face aux Dodgers.  Voulant corriger le manque de puissance de son équipe, Veeck échangea alors de jeunes espoirs contre des joueurs établis.  La stratégie ne fonctionna pas vraiment et les White Sox durent attendre jusqu’en 1983 avant de retourner en éliminatoires.

En 1960, Veeck installa un tableau indicateur « explosif », avec des feux d’artifice lorsque les White Sox frappaient un circuit.  Il produisait aussi une multitude de bruits qui sont aujourd’hui communs, mais qui étaient inédits à ce moment.  Veeck y alla aussi d’une autre innovation qui est maintenant la norme, soit celle de broder le nom des joueurs sur leur uniforme.  Les assistances montèrent à 1,6 million, mais Veeck dut se résoudre à vendre ses actions, en raison de problèmes de santé.

Une fois remis sur pieds, Veeck tenta à nouveau de revenir au baseball.  Il fit des démarches pour mettre la main sur les Senators de Washington et les Orioles de Baltimore, sans réussir.  Déjà méprisé dans les cercles du baseball, il ne se fit pas d’ami en témoignant en faveur de Curt Flood, qui remettait en cause la clause de réserve.

Finalement, en 1975, les White Sox étaient au bord de la faillite.  Le quartier autour du Comiskey Park se détériorait rapidement et les assistances diminuaient tout autant.  Veeck mit alors sur pied un groupe d’investisseurs, incluant son ami de toujours, l’ancienne étoile Hank Greenberg, pour racheter les Sox.  Par contre, le Baseball Majeur refusa la transaction, arguant qu’elle reposait sur un levier financier trop fort (comme toutes les transactions de Veeck d’ailleurs).  Veeck alla donc chercher plus d’équité, mais la transaction fut de nouveau rejettée.  En fait, le vrai problème était qu’on ne voulait pas être encombré de Veeck pour une quatrième fois.  Par contre, en l’absence d’alternatives valables, un nouveau vote fut finalement tenu et Veeck refit l’acquisition des White Sox.

Par contre, à peine treize jours après son retour, un jugement abolit la clause de réserve, pavant la voie aux joueurs autonomes et à l’augmentation vertigineuse des salaires des joueurs.  Veeck étant pratiquement le seul propriétaire pour qui son club de baseball représentait l’essentiel de son avoir, ceci représentait un problème majeur.  Comment compétionner avec les autres, qui détenaient des fortunes acquises ailleurs et pour qui leur club de baseball n’était qu’un à-côté?  La chose était pour le moins ironique, considérant que Veeck avait témoigné en faveur de Flood quelques années plus tôt.

Malgré tout, ça ne l’empêcha pas de faire des parades de chevaux et de bétail sur le terrain et de faire porter, l’espace de quelques matchs, des bermudas à ses joueurs.  En 1976, les Sox attirèrent 915 000 spectateurs, tout de même une augmentation de 20%, malgré une dernière place dans la Ligue Américaine.  (Au niveau du baseball majeur, seulement les Expos ont fait pire.)

En 1977, pour contourner ses limites budgétaires et pour prendre avantage du nouveau système de joueurs autonomes, Veeck inventa le joueur de location.  L’idée d’aller chercher un joueur en fin de contrat est aujourd’hui répandue.  Mais l’intention initiale de Veeck n’était pas d’obtenir les morceaux manquants à une équipe aspirant aux grands honneurs, mais bien de bénéficier du facteur de motivation supplémentaire du joueur qui veut impressionner pour obtenir un gros contrat.  Dans son cas, les résultats ne furent pas concluants, car il dut offrir de jeunes espoirs pour obtenir des joueurs qui quittèrent à la fin de la saison.  Les White Sox s’améliorèrent, mais ils étaient loin d’être une équipe dominante.  Par contre, ils battirent leur record d’assistance.
Ce n’était toutefois qu’une question de temps avant que le système d’agents libres vienne à bout des faibles moyens de Veeck.  Ça ne l’empêcha pas de créer un dernier moment d’outrage au baseball le 12 juillet 1979, lors de sa soirée « Disco Démolition ».  Voulant montrer que les Sox étaient dans le vent et attirer un public plus jeune, il vendit des billets à 98 cents pour un programme double, demandant aux spectateurs d’apporter un disque disco.  Entre les deux matchs, il était prévu de faire exploser les disques.  Une foule immense se présenta, incluant plusieurs personnes dans un état second.  Les disques furent transformés en frisbees, le tout vira en émeute et le deuxième match fut concédé par forfait aux Tigers, puisque le terrain était devenu inutilisable.

À court d’argent et ayant une santé chancelante, Veeck vendit finalement les White Sox en 1980.  Lorsque la nouvelle administration affirma qu’elle avait l’intention de mettre de l’avant une opération de première classe, Veeck se sentit visé.  Vexé, il ne retourna jamais au Comiskey Park.  Il retourna alors là où tout avait débuté, en devenant un régulier des estrades populaires du Wrigley Field.

Fumeur invétéré, Bill Veeck mourut d’un cancer du poumon en 1986, à l’âge de 71 ans.

Le “Champion of the Little Guy” est membre du Temple de la Renommée du Baseball depuis 1991.

Sources : “Baseball’s Showman” de Nick Acocella, ESPN Classic (espn.go.com), “Bill Veeck” de Warren Corbett (sabr.org), “Bill Veeck : A Baseball Mastermind” de Mike Brewster, 26 octobre 2004, Business Week (businessweek.com), wikipedia.org.

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