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lundi 16 septembre 2013

Frank Selke



Réalisant assez rapidement qu’en raison de son physique, il ne parviendrait pas à se rendre bien loin comme joueur de hockey, Frank Selke se concentra à un jeune âge sur le côté organisationnel.  En 1912 (à l’âge de 19 ans), il devint entraîneur de l’équipe junior de Berlin (aujourd’hui Kitchener), sa ville natale.
 
Trois ans plus tard, son équipe se rendit en finale, mais perdit contre une équipe de Toronto, qui avait comme capitaine Conn Smythe.  En 1919, il mena l’équipe de l’Université de Toronto au premier titre de la Coupe Memorial. 
 
En 1929, ce fut au tour des Marlboros de Toronto de capturer la Coupe Memorial avec Frank Selke derrière le banc.  Quatre de ses joueurs (Alex Levinsky, ainsi que les trois futurs membres du Temple de la Renommée Red Horner, Busher Jackson (voir texte du 17 novembre 2009) et Charlie Conacher) firent ensuite le saut avec les Maple Leafs.  Selke les suivit pour devenir l’adjoint de Conn Smythe.
 
Responsable du recrutement et des relations publiques, ses tâches ne s’arrêtaient toutefois pas là.  Il fut entre autre responsable de l’ouverture à temps du Maple Leaf Gardens.  En pleine Grande Dépression, les financiers de Conn Smythe voulurent retarder le projet.  Selke se servit donc de son titre de gestionnaire honoraire du syndicat des électriciens (il était électricien de métier) pour les convaincre, ainsi que les autres corps de métier, de prendre 20% de leur salaire en actions du Gardens.  L’approche convainquit les financiers, les travaux purent reprendre et le Gardens ouvrit comme prévu en novembre 1931.
 
Selke passa ensuite les années suivantes à travailler dans l’ombre de Smythe, qui avait un gros égo et qui prenait beaucoup de place.  Le recrutement de Selke était toutefois très efficace.
 
En 1943, maintenant âgé de 45 ans, Smythe s’enrôla à nouveau dans l’armée.  Pendant qu’il combattait en Europe, un comité de gestion, incluant Selke, fut mis en place.  Smythe voulait toutefois se garder un droit de regard sur les mouvements de joueurs.  Les moyens de communication n’étant toutefois pas ce qu’ils sont aujourd’hui, Selke gérait malgré tout l’équipe.  Il en profita pour envoyer Frank Eddolls aux Canadiens contre les droits sur un jeune, Teeder Kennedy.  L’échange mit Smythe complètement furieux.  Stationné en France, il s’en prit à Selke et tenta à distance de faire annuler l’échange, mais sans succès.  Eddolls joua 57 matchs à Montréal avant de prendre le chemin de New York.  Kennedy devint l’un des meilleurs joueurs de l’histoire des Leafs.  (voir texte du 17 août 2009)
 
Toronto gagna la Coupe Stanley en 1942 et en 1945 et le travail de Selke commença à être remarqué, autant à travers la ligue qu’au sein du conseil d’administration de l’équipe.  Smythe n’aimait pas l’ombrage que ça lui faisait et à partir de son retour de la guerre à l’automne 1945, les relations entre lui et Selke se détériorèrent.
 
La saison 1945-46 fut mauvaise pour les Leafs en général et pour Teeder Kennedy en particulier.  Smythe avait donc maintenant ce qu’il fallait pour blâmer Selke.  Au printemps 1946, Smythe lui demanda de se rapporter à lui en tout temps.  Selke démissionna.
 
Engagé comme directeur-gérant des Canadiens, c’est alors qu’il put enfin prendre toutes ses propres décisions, appuyé par un propriétaire plus réservé, le sénateur Donat Raymond.  Il retrouva également l’entraîneur Dick Irvin, que Conn Smythe avait congédié quelques années plus tôt.
 
Pendant que les Leafs continuaient d’avoir du succès avec l’équipe bâtie en bonne partie par lui, il constata que, bien que pas mauvais (ils avaient quand même gagné la Coupe en 1944 et en 1946), les Canadiens avaient peu de profondeur.  Il se mit donc au recrutement. 
 
Par contre, dans cette tâche, Selke était on ne peut plus respectueux de ses adversaires.  Alors qu’il devait se prouver à ses nouveaux patrons, il remarqua qu’un joueur des Knights d’Omaha (territoire qui devait appartenir aux Red Wings) n’apparaissait pas sur leur liste de négociation, le rendant disponible pour tous.  Il appela alors l’entraîneur des Wings, Jack Adams, pour lui dire qu’un joueur des Knights, meilleur que tous ceux sur sa liste, avait été négligé.  Il lui dit également qu’il lui laissait un jour pour trouver lequel et le signer, sinon les Canadiens le signeraient aussitôt.  Adams réalisa l’erreur et c’est ainsi que Gordie Howe prit le chemin de Détroit plutôt que de devenir le coéquipier de Maurice Richard.
 
Par contre, même sans Gordie Howe, Selke ne mit pas de temps à regarnir l’organisation de jeunes espoirs.  Avec les ressources mises à sa disposition par Donat Raymond, Selke ne tarda pas à créer un important réseau de filiales à travers le Canada et les États-Unis.  (voir texte du 2 août 2011)  À Winnipeg seulement, les Canadiens commanditaient dix équipes.  À Régina, c’est le système au complet qui leur appartenait.  Du côté d’Edmonton, la facture s’éleva jusqu’à 300 000$ pour une année.  Et au Québec, comme les Canadiens avaient une aura que les autres équipes n'avaient pas, il était plus facile de convaincre les jeunes espoirs.  Des joueurs comme Dickie Moore, Jacques Plante, Bernard Geoffrion et Doug Harvey se joignirent alors au club.  Lorsque Jean Béliveau eut des réticences à se joindre aux Canadiens, préférant demeurer avec les As de Québec de la Ligue Senior, Selke prit les grands moyens.  Les Canadiens achetèrent la ligue et la déclarèrent professionnelle.  Comme Béliveau avait un contrat qui stipulait qu’il ne pouvait pas jouer comme professionnel ailleurs qu’avec le tricolore, il dut se rapporter à Montréal.
 
La stratégie porta fruit.  Les Canadiens gagnèrent la Coupe en 1953, puis cinq autres consécutives, de 1956 à 1960.
 
Dès son arrivée, Selke avait pris soin d’engager un jeune adjoint, Sam Pollock.  Celui-ci l’appuya au fil des ans et en 1964, il était fin prêt pour prendre sa relève.  Il continua alors avec brio son travail, mais par contre, il n’afficha pas le même sens de la gentilhommerie qu’avait Selke.  Le 22 mai 1970, Pollock envoya Ernie Hicke et son premier choix (10e au total, qui deviendra Chris Oddleifson) aux pauvres Seals de la Californie.  En retour, Pollock mit la main sur François Lacombe et le premier choix des Seals de 1971.  Pollock prit ensuite tous les moyens pour que ceux-ci terminent derniers.  (voir texte du 15 juin 2012)  Le premier choix du repêchage de 1971 devint alors… Guy Lafleur.
 
Qui fut la « victime » de Pollock?  Quel directeur-gérant fit cet échange du côté des Seals?  Frank Selke Jr., son ex-collègue, qui travailla plusieurs années pour les Canadiens comme directeur publicitaire mais surtout, le fils de son mentor…  Selke Jr. démissionna de son poste quelques mois plus tard, en novembre 1970.
 
Gagnant de neuf Coupes Stanley (trois avec les Leafs, six avec les Canadiens), Frank Selke fut élu au Temple de la Renommée du Hockey en 1960 (donc avant sa retraite en 1964).
 
En 1969-70, la LHJMQ instaura un trophée en son nom qui est aujourd’hui remis au joueur affichant le meilleur esprit sportif.
 
En 1977-78, ce fut au tour de la LNH de décerner un trophée qui porte son nom, dans ce cas-ci pour honorer le meilleur attaquant défensif.
 
 
Frank Selke est décédé en 1985, à l’âge de 92 ans.
 
Sources : Denault, Todd, Jacques Plante : the man who changed the face of hockey, McClelland & Stewart, 2009, p.14 à 21, 48.
 
« Le fabuleux destin de Gordie », 14 juin 2011 (notrehistoire.canadiens.com), wikipedia.org, legendsofhockey.net.

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