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lundi 24 février 2014

La suprématie du hockey international









J’envie les amateurs de soccer / football.  Au niveau international, les choses sont simples.  Depuis 1930, avec comme unique interruption la Deuxième Guerre mondiale, la Coupe du monde a lieu tous les quatre ans.  Organisé par la FIFA, il s’agit du tournoi indiscutable.  Le pays qui remporte la Coupe du monde trône au sommet de la hiérarchie.  Une victoire est une victoire, peu importe l’année.  Le tournoi olympique existe, mais depuis 1992, son rôle est clair (pour les moins de 23 ans).  C’est beaucoup plus complexe au niveau des clubs, mais ça, c’est une autre histoire.
 
Pour le basketball, la suprématie américaine était tellement claire qu’un tournoi olympique avec une équipe de joueurs universitaires a longtemps suffi.  Lorsque ça n’a plus été le cas, on a admis les professionnels et depuis, le tournoi regroupe les meilleurs.  Et comme le tournoi ne se déroule pas pendant la saison de la NBA, il ne lui nuit pas et permet au sport de profiter à fond de la vitrine olympique.
 
Le baseball, qui a aussi une certaine portée internationale, tente d’établir depuis 2006 la Classique mondiale, mais avec moins de succès.
 
Pour le hockey, c’est plus compliqué.  Beaucoup plus compliqué.  En fait, il faut quand même de bonnes notions d’histoire du hockey pour s’y retrouver.
 
Comme pour le basketball, le début est simple.  Les compétitions internationales (Jeux olympiques et Championnats du monde) n’admettaient que les joueurs amateurs, ce qui excluait les professionnels de la LNH.  Par contre, le Canada dominait de façon tellement décisive que même s’il n’y envoyait que des équipes seniors, il parvenait tout de même à s’imposer.
La seule médaille d'or qui a échappé au Canada lors des sept premiers tournois olympiques.  Il faut dire qu'à Garmisch-Partenkirchen, en Allemagne, l'équipe championne, de Grande-Bretagne, était principalement composée de joueurs ayant grandis au Canada...
 
La montée des pays de l’Europe de l’est, l’Union soviétique en tête, est venue changer la donne.  Officiellement, leurs meilleurs joueurs étaient des amateurs, puisqu’ils étaient payés par l’armée.  Par contre, leur entraînement avait tout du professionnalisme, ce qui leur donnait un avantage indéniable.
 
Il s’en suivit une domination outrageante des Soviétiques, mais à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.  Au risque de paraître mauvais perdant, on peut considérer la médaille de bronze du Canada aux Jeux de Grenoble en 1968 et celle d’argent des États-Unis à Sapporo en 1972, gagnées par des équipes de véritables amateurs, comme ayant plus de valeur que celles d’or gagnées par les Soviétiques.  Quant à celle d’or gagnée par les Américains en 1980, elle relève… du miracle!   (voir texte du 22 février 2014)
 
C’est dans ce contexte que le Canada refuse carrément d’envoyer une équipe aux Jeux de Sapporo et d’Innsbruck (1976) et de participer aux Championnats du monde, organisés par la Fédération international de hockey sur glace (FIHG) de 1970 à 1976.  À partir de 1977, les professionnels y sont admis, mais comme le championnat a lieu pendant les séries éliminatoires de la LNH, les équipes sont composées des joueurs dont la formation de la Ligue nationale est éliminée.  Le tournoi peut ainsi donner lieu à du jeu intéressant, mais on peut difficilement argumenter qu’on y couronne le véritable champion du monde.
 
C’est aussi dans ce contexte que fut organisée la Série du siècle de 1972, avec les joueurs de la Ligue nationale.  On voulait déterminer qui était vraiment le meilleur.  La compétition n’impliquait par contre que deux pays, le Canada et l’Union soviétique.
 
C’est pourquoi Hockey Canada et l’Association des joueurs de la LNH prennent les choses en main et organisent la première Coupe Canada en 1976, un tournoi à six équipes.  Dans les faits, on peut donc dire que ce tournoi, pourtant en parallèle de la FIHG et du CIO, représente pour cette période la véritable suprématie du hockey international.  Par contre, le tournoi est organisé de façon irrégulière, quand on a le temps.  Il faudra attendre cinq ans avant de voir la deuxième (1981), mais seulement trois ans avant la troisième (1984), un autre trois ans pour la quatrième (1987), mais quatre ans pour la dernière édition (1991). 
 
La Coupe du monde de 1996
En 1996, la LNH prend la relève et organise la première Coupe du monde.  L’Association des joueurs est alors empêtrée dans les fraudes d’Alan Eagleson et a bien d’autres priorités que d’organiser une autre Coupe Canada.  Mais le prestige de la Coupe du monde est bien éphémère.  (Vous souveniez-vous de la victoire américaine?)  Il y a finalement entente pour redonner du lustre au tournoi olympique.  La LNH interrompt ses activités en février 1998 pour permettre à ses meilleurs éléments de participer aux Jeux de Nagano.
 
On se retrouve finalement avec une situation claire.  Le hockey bénéficie de la vitrine olympique pour faire découvrir son produit, incluant dans des marchés moins traditionnels, et pour couronner un champion incontestable.
 
La LNH a bien ressuscité le concept de la Coupe du Monde, mais encore de manière irrégulière.  Elle a attendu huit ans (2004) avant d’en organiser une deuxième.  En fait, la tradition est tellement faible qu’elle a même changé le trophée à remettre aux vainqueurs.  (Le trophée était peut-être laid, mais quand même…)
 
Heureusement, le tournoi olympique demeure, du moins jusqu’à maintenant, une constante.  Suite au tournoi que nous venons de vivre, on peut affirmer sans se tromper que le Canada est au sommet.  Par contre, il demeure difficile d’établir des comparaisons pour les différentes époques.
La Coupe du monde de 2004
 
Guy Lafleur, joueur dominant des années 1970, n’a à son palmarès international que deux participations à la Coupe Canada (une victoire), une structure qui n’existe même plus.
 
Igor Larionov a gagné quatre championnats du monde, mais ceux-ci ont été gagnés pendant une période où, favorisés par le contexte, les Soviétiques ont dominé cette compétition.  De 1963 à 1990, ils ont remporté pas moins de 23 titres en 28 ans.  On peut dire la même chose de ses deux médailles d’or olympiques, remportées dans les mêmes conditions, en 1984 et 1988.
 
Et une médaille olympique demeure une médaille olympique, mais ont elles vraiment la même valeur?  À mes yeux, la médaille d’or méritée par Peter Forsberg à Turin en 2006, alors que tous les meilleurs y étaient, a plus de valeur que celle qu’il s’est mérité à Lillehammer en 1994, alors que la puissance soviétique s’était écrasée et que les pays y déléguaient un mélange de vétérans évoluant hors de la LNH et de joueurs juniors prometteurs.
 
C’est pourquoi ça m’attriste un peu d’entendre Gary Bettman remettre en question la participation des joueurs de son circuit aux Olympiques et de ressortir des boules à mites le concept de Coupe du monde (dix ans après la dernière).  Quoi qu’il en dise, les Olympiques représentent quelque chose de spécial, chose qu’un concept de Coupe du monde, traité avec négligence jusqu'à maintenant, prendra des décennies à atteindre.  De plus, pour une rare fois dans l’histoire du sport, on a établi une certaine constance pour déterminer qui en est son champion.  Le retrait des Jeux nous retournerait à la case départ. 
 
De plus, la LNH n’est plus seule.  Qu’arrivera-t-il si la KHL, de son côté, laisse aller ses joueurs?  Est-ce que la possibilité d’aller aux Jeux représentera un argument en sa faveur aux yeux de certains joueurs?  Et la LNH lui laisserait toute la plateforme olympique pour mettre en vitrine son produit?
 
Au-delà des questions de calendrier compressé, de décalage horaire qui met les matchs à des heures peu avantageuses et des risques de blessure, je considère qu’un peu de vision implique la poursuite de l’aventure olympique.
 
Ceci n’empêche pas la reprise du concept de Coupe du monde, mais même dépoussiéré, il n’aura pas l’ampleur des Jeux.

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