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lundi 8 septembre 2014

Les trophées de l'AMH



Supposons que vous créez une ligue de hockey professionnelle.  Vous désirez compétitionner contre une ligue établie.

Vous voulez mousser vos meilleurs joueurs en créant des trophées pour les honorer.  Après tout, votre compétiteur le fait déjà.  Par contre, ses trophées portent le nom de personnes ayant marqué son histoire.  Comme votre ligue est nouvelle, vous n’avez pas de légendes à vous.  Vous ne pouvez donc pas nommer vos trophées de noms de légendes du hockey sans honorer les joueurs de votre compétiteur.

Vous pourriez toujours nommer vos trophées "meilleur défenseur" ou "meilleur gardien", mais ce ne serait pas très sexy…

Vous décidez donc de nommer vos trophées du nom… de vos propriétaires ou de vos fondateurs.  Par contre, votre organisation est plutôt bancale et vous avez recruté vos propriétaires un peu partout, en n’étant pas toujours très sélectif.

 
C’est un peu ce qui s’est passé avec l’AMH (Association Mondiale de Hockey) en 1972-73 et voici ce que ça a donné :
 
 
 
Trophée Lou Kaplan (recrue de l’année)
 
Lou Kaplan a fait fortune dans la ferraille.  Il a été propriétaire fondateur des Fighting Saints du Minnesota, équipe qui a duré trois saisons, avant de disparaître au milieu de la saison 1975-76.
 
Lorsque Wayne Gretzky se l’est mérité pour la saison 1978-79, donc trois ans plus tard et alors qu’il avait déjà été annoncé que la ligue cesserait ses activités, il a dû être très honoré…  L’histoire ne dit par contre pas si Kaplan a récupéré le trophée pour la ferraille…
 
Trophée Paul Deneau (joueur le plus gentilhomme)
 
Paul Deneau était un spéculateur de Dayton, en Ohio.  Il devint le propriétaire des Arrows de Dayton.  Connaissant peu de chose au hockey, lorsqu’il embaucha Bill Dineen (voir texte du 14 décembre 2010) pour gérer son équipe, il lui donna sa carte American Express en lui disant d’aller lui acheter une équipe.
 
Lorsque les Arrows ne purent se trouver un domicile, ils se retrouvèrent à Houston et devinrent les Aeros avant d’avoir joué un seul match.  Deneau dut alors investir pour remplacer la "broche à poule" du Sam Houston Coliseum par des baies vitrées en plexiglass.  Il n’a par contre pas pu le débarrasser de ses coquerelles, qui faisaient sa réputation dans la ligue. 
 
Bill Dineen eut la bonne idée d’embaucher Gordie Howe et ses fils Mark et Marty.  Mais lorsque ce groupe mit la main sur la Coupe Avco, Deneau avait déjà vendu l’équipe, qu’il ne conserva qu’une saison et demie.
 
Trophée Ben Hatskin (meilleur gardien de but)
 
Issu d’un milieu difficile, Ben Hatskin n’a jamais été gardien, mais au moins il a été athlète, puisqu’il a joué avec les Blue Bombers de Winnipeg de la LCF.  Après avoir vendu l’entreprise familiale qui fabriquait des boîtes, il a investi dans l’immobilier.  Il a aussi investi dans les juke-boxes, une ligne d’affaires qui apparemment complétait bien son autre.  Il semblerait que ses "partenaires" où il installait ses juke-boxes étaient souvent ses "clients" pour ses prêts "privés."  Hatskin était aussi reconnu pour avoir des amis qu’il valait mieux ne pas rencontrer.  Heureusement que le trophée qui portait son nom n'était pas remis au joueur le plus gentilhomme...
 
Il avait une certaine expérience du hockey, puisqu’il avait été propriétaire de l’équipe junior les Jets de Winnipeg.
 
En 1972, il est devenu propriétaire / fondateur des Jets de Winnipeg version AMH, l’équipe qui mit la ligue au monde en convainquant Bobby Hull de signer avec eux.  Hatskin avait vu son investissement dans les Jets comme une façon de gagner une certaine respectabilité.  Il a aussi été président de la ligue pendant un moment.
 
Malgré des succès sur la glace, Hatskin a eu des difficultés financières et a dû se résoudre à vendre les Jets vers la fin de la saison 1977-78.
 
Trophée Bill Hunter (meilleur compteur de la ligue)
 
Vendeur né, confiant jusqu’à l’arrogance, Hunter avait au moins l’avantage, à l’instar de Ben Hatskin, de connaître le hockey, puisqu’il a été propriétaire des Oil Kings d’Edmonton, une équipe junior qui a connu du succès.  Sans sa présence, l’AMH aurait eu encore plus d’excentricités.  Il s’est entre autres opposé à la rondelle rouge fluo et à l’élimination de la ligne rouge.
 
Il se désigna directeur-gérant et fut même pendant un moment entraîneur.  Il n’eut par contre pas beaucoup de succès à ce niveau.  Il vendit ses actions en 1976.
 
Ce n’est qu’avec l’arrivée de Wayne Gretzky, deux ans plus tard, que les Oilers devinrent une équipe crainte.
 
À noter qu’en sept saisons, le Trophée Bill Hunter a été remporté par un francophone six fois (André Lacroix, voir texte du 11 janvier 2009, Marc Tardif, voir texte du 27 novembre 2011, et Réal Cloutier deux fois chacun).
 
Hunter a refait parler de lui en 1983, lorsqu’il a tenté d’acheter les Blues de St-Louis pour les déménager à Saskatoon.  (voir texte du 23 juin 2011)
 
Trophée Howard Baldwin (entraîneur de l’année)
 
Après avoir travaillé pour les Flyers de Philadelphie au département des ventes, Baldwin a convaincu, à 27 ans, Robert Schmertz d’investir pour fonder les Whalers de la Nouvelle-Angleterre.
 
Le premier gagnant a été Jack Kelley, entraîneur des Whalers.  Kelley a donc remporté un trophée qui portait le nom de son patron, qui était plus de dix ans plus jeune que lui.
 
Schmertz avait fait fortune en développant des communautés de retraite.  Il a aussi été actionnaires des Trail Blazers de Portland de la NBA, puis des Celtics.  Par contre, il ne connaissait absolument rien au hockey.
 
En 1975, il fut accusé de corruption au New Jersey.  Il plaida non coupable, mais il mourut d’un AVC avant le procès.  Mais ça n’empêcha pas l’AMH de renommer le Trophée Howard Baldwin au nom de Robert Schmertz.
 
Baldwin est demeuré actionnaire des Whalers jusqu'en 1988.  Il a par la suite détenu des parts des North Stars du Minnesota, puis des Penguins de Pittsburgh, jusqu'à leur faillite en 1998.  Il est aussi producteur de films, incluant Sudden Death, avec Jean-Claude Van Damme, qui se déroule pendant un match des Penguins.
 
Trophée Gary Davidson (joueur le plus utile à son équipe)
 
Promoteur sportif à répétition et extrêmement vendeur, il a cofondé l’ABA (American Basketball Association, un compétiteur de la NBA) avec Dennis Murphy, avant de faire de même avec l’AMH.  Il ne connaissait absolument rien au hockey.  À sa première rencontre avec Bill Hunter, à un match des Kings, ce dernier a dû lui expliquer ce qui se passait.  Hunter en avait été profondément irrité.
 
Après un an, Davidson quitta pour aller fonder la WFL (World Football League, un éphémère compétiteur de la NFL).
 
Après deux ans, le nom du trophée changea pour « Gordie Howe », qui jouait toujours à ce moment.  Les récipiendaires se méritaient donc un trophée du nom d’un de leurs adversaires.
 
Trophée Dennis Murphy (meilleur défenseur) 
 
Moins flamboyant que son associé et ne connaissant pas plus le hockey, il resta avec l’AMH plus longtemps.  Aussi promoteur sportif en série, il fut également impliqué dans la fondation du World Team Tennis et de Roller Hockey International.
 
Il a aussi été propriétaire des Sharks de Los Angeles, une équipe qui dura deux ans.  Excédé de se faire rappeler sans cesse par Bill Hunter que lui et Davidson ne connaissaient rien au hockey, il avait profité des assises de la ligue pour souligner de façon exubérante que ses Sharks avaient terminé devant les Oilers de Hunter au classement en 1972-73.
 
Coupe Avco
 
Quelle ironie que le trophée symbolisant la suprématie d’une ligue qui a trop dépensé en offrant des contrats de montants jamais vus à ce moment (voir entre autres le texte du 26 février 2014), qui a vu plusieurs équipes déménager ou faire faillite (parfois en milieu d’année) porte le nom d’une compagnie de finance qui s’adresse principalement à des gens en difficulté financière…
 
 
Sources :
 
Joyce, Gare, The devil and Bobby Hull: how hockey’s million-dollar man became the game’s lost legend, John Wiley & Sons Canada, 2011, p.68 à 72,
 
Willes, Ed, The Rebel League, the short and unruly life of the World Hockey Association, McClelland & Stewart, 2004,
 
wikipedia.org.
 
 

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