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lundi 22 juin 2015

Les premiers repêchages




Avant 1963, il n’y avait pas de repêchage.  C’était aux équipes de faire leur recrutement et de signer les meilleurs joueurs possibles.  Comme le hockey était peu joué aux États-Unis, Montréal, Toronto et Détroit (puisque c’est tout près de l’Ontario) bénéficiaient d’un certain avantage, puisqu’ils pouvaient compter sur plusieurs joueurs locaux.  Boston, New York et Chicago ne pouvaient pas vraiment en dire autant.
 
Les équipes les mieux organisées commanditaient également de nombreux clubs à travers le Canada, qui leur servaient ensuite de pépinière.  Frank Selke (voir texte du 16 septembre 2013) avait entre autres mis sur pied un réseau impressionnant pour les Canadiens.
 
Le système n’était toutefois pas très équitable et la compétition en souffrait.  (Même si certaines équipes ne s'aidaient pas, en étant mal administrées, voir texte du 19 août 2013.)
 
En 1963, on décida de rééquilibrer les choses en instaurant un repêchage.  La NFL avait été la première ligue professionnelle nord-américaine à utiliser ce principe en 1936.  La BAA (l’ancêtre de la NBA) suivit en 1947.  La division est de ce qui est devenu la Ligue canadienne de football en a tenu un pour la première fois en 1953.  La LNH était donc l’avant dernière.  Le Baseball majeur attendit jusqu’en 1965 avant de tenir le sien.
 
Par contre, le premier repêchage ne touchait que les joueurs qui n’appartenaient pas déjà à une équipe de la LNH.  De plus, les clubs conservèrent le droit de commanditer des équipes (et par conséquent de s’approprier leurs joueurs).  Par exemple, Bobby Orr (voir texte du 30 octobre 2010) a fait ses débuts avec les Bruins en 1966 sans passer par le repêchage, puisqu’il jouait avec les Generals d’Oshawa, une équipe affiliée à Boston.  La règle de la commandite demeura jusqu’en 1968.
 
C’est pourquoi les premiers repêchages ne constituaient pas nécessairement des événements très importants.  La plupart des meilleurs joueurs n’avaient pas à s’y soumettre, puisqu’ils appartenaient souvent déjà à une équipe commanditée.  Les Canadiens avaient réussi à faire inclure une clause d’exception culturelle, qui leur permettait de choisir les deux premiers canadiens-français avant les autres équipes.  Pourtant, il faudra attendre 1968 avant qu’ils ne l’exercent.  (Ils l’exerceront une deuxième fois en 1969, avant qu’elle ne soit abolit.  La clause leur a donc donné Michel Plasse (voir texte du 14 novembre 2010), Roger Bélisle, Réjean Houle et Marc Tardif (voir texte du 27 novembre 2011).  Contrairement à la légende populaire, cette clause n’a donc pas joué un rôle primordial dans les succès du tricolore.)
 
Voici ce que ça a donné :
 
1963
 
21 joueurs ont été choisis en 4 rondes.  Seulement 5 d’entre eux (3 en première ronde) ont joué dans la grande ligue.  Par contre, ceux qui y sont parvenus ont connu de belles carrières.  Le premier a été Garry Monahan, choisi par les Canadiens.  (voir texte du 15 juin 2012)  Le deuxième a été Pete Mahovlich, par les Wings.  Les deux ont plus tard été échangés l’un contre l’autre.
1964
 
Encore 4 rondes.  Par contre, comme personne n’a passé son tour, 24 joueurs ont été choisis.  9 ont joué dans Ligue nationale.
 
Des 6 joueurs sélectionnés en première ronde, un seul, Tom Martin, a joué dans la LNH.  Le choix des Leafs, le cinquième au total, n’a toutefois joué que 3 matchs.  Il a par contre joué trois saisons dans l’AMH.
 
L’histoire de cette séance se trouve ailleurs. 

-       Les Bruins ont utilisé leur premier choix, le deuxième au total, pour sélectionner Alex Campbell;

-       En fin de deuxième ronde (12e au total), les Canadiens ont choisi Guy Allen;

-       En troisième ronde (14e au total), Boston prit Ken Dryden;

-       À la fin de cette même troisième ronde, Montréal opta pour Paul Reid.

À peine plus tard, bien avant le début de la saison, Sam Pollock, le nouveau dg des Canadiens, effectua son premier échange.  Il envoya Allen et Reid à Boston pour Campbell et Dryden.  Même en faisant abstraction de la suite, cet échange n’a aucun sens.  Pourquoi est-ce que Boston n’a pas pris Allen au lieu de Campbell et Reid au lieu de Dryden si ce sont eux ce qu’il voulait?  Montréal aurait aussi pu prendre Dryden au lieu d'Allen.
 
Ni Allen, ni Campbell, ni Reid n’ont joué dans la Ligue nationale.  Dryden (voir texte du 1er août 2011) a été élu au Temple de la renommée.
 
1965
 
La LNH admit la AHL, la CHL et la WHL à son repêchage.  Toutefois, une seule équipe de la Ligue américaine a choisi un joueur, dans une récolte particulièrement faible.  Tellement que les Maple Leafs ont renoncé à y participer.
 
11 joueurs ont été choisis sur trois rondes.  Seulement deux ont atteint la Ligue nationale : Pierre Bouchard et Michel Parizeau.
 
1966
 
La séance de 1966 montre qu’elle commence à avoir un peu plus d’importance.  4 rondes, 24 joueurs.  14 d’entre eux ont joué dans la LNH, incluant les 6 de la première ronde.  Brad Park (2e au total) constitue le meilleur joueur de la cuvée, qui comprenait également Philippe Myre, Don Luce et Jude Drouin. (voir texte du 20 mai 2013)
 
1967
 
Premier repêchage avec les équipes d’expansion.  Pourtant, les nouveaux Blues y accordèrent si peu d’importance qu’ils n’y participèrent même pas.  (Ils rateront également celui de 1983, mais dans des circonstances différentes, voir texte du 23 juin 2011.)  Los Angeles et Pittsburgh se contentèrent d’une seule sélection pour débuter leur existence.
 
Au total, 18 joueurs furent choisis.  Seulement 3 joueront dans la Ligue nationale, dont un seul en première ronde, Serge Bernier, le premier choix de l’histoire des Flyers.  (voir texte du 28 septembre 2009)
 
Comme on peut le voir, le repêchage était considéré au début avec une certaine désinvolture.  C’est peut-être pourquoi certaines équipes n’hésitaient pas à échanger leurs choix pour bien peu.  On peut supposer qu’avec la fin des commandites d’équipes, Sam Pollock a été l’un des premiers à comprendre leur importance grandissante.  Ceci a pu l’inciter à faire le plein de choix qui ont ensuite donné Guy Lafleur, Larry Robinson, Steve Shutt, Michel Larocque (voir texte du 7 avril 2014), Mario Tremblay, Doug Risebrough et plusieurs autres.  Beaucoup plus que l’exception culturelle, c’est pour cette raison que les Canadiens ont continué à exceller dans les années 1970.

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