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lundi 3 août 2015

Quand la LNH snobe le Canada


 
Dans un plan d’expansion plutôt nébuleux, la LNH a fait savoir qu’elle pourrait ajouter deux équipes… mais pas nécessairement.
 
Et pour ce résultat incertain, il faut déposer 10 millions de $, dont 2 millions sont non remboursables. 
 
Devant cette approche pour le moins arrogante, surprise!  Les prétendants sont moins nombreux que prévu.  Seattle, qui a plus été courtisée par la LNH que l’inverse, s’est abstenue.  En bout de ligne, il n’y a que deux candidates, Las Vegas et Québec.  L’idée de mettre deux autres équipes dans l’ouest pour avoir 16 équipes dans chacune des conférences devient donc plus compliquée.
 
Est-ce par contre à dire que l’affaire est dans le sac pour Québec?  Bien que je le souhaite ardemment, j’attendrai avant de me réjouir.  La LNH pourrait changer d’idée, prolonger les délais pour les mises en candidature ou n’ajouter qu’une seule équipe.  Après tout, ce ne serait pas la première fois que la ligue snobe le Canada.  En voici des exemples :
 
Vancouver rate l’expansion de 1967
 
Après 25 ans à six équipes, la LNH décide de doubler ses cadres.  Par contre, aucune des six nouvelles villes choisies n'est au Canada.  Certaines élues sont logiques.  Pittsburgh venait de gagner la Coupe Calder, dans la Ligue américaine.  Philadelphie avait eu des clubs dans la AHL et la EHL.  Le Minnesota, avec ses universités, est le berceau du hockey aux États-Unis.  À la limite, Los Angeles et la région de la baie de San Francisco (SF / Oakland) avaient des équipes dans la WHL.  Vancouver aussi, mais la LNH lui a plutôt préféré St-Louis, une ville qui n’avait même pas fait application… (voir texte du 19 juin 2011) 
 
Vancouver dut attendre à l’expansion suivante, en 1970
 
Les équipes de l’AMH
 
Pour la naissance de l’Association mondiale, on avait prévu faire concurrence à la LNH directement dans les plus gros marchés.  Des équipes ont été installées à New York, Boston, Philadelphie, Chicago, Los Angeles…  (Les Nordiques étaient initialement destinés à San Francisco, voir texte du 16 septembre 2011.)
 
Mais pourquoi cracher sur l’argent des promoteurs des petites villes canadiennes, prêts à investir dans ce projet incertain?  On accepta donc Edmonton, Winnipeg, Ottawa, Québec… Toutefois, les équipes dans les gros marchés américains ont toutes été des échecs.  Les quatre équipes qui ont survécu sont celles des plus petits marchés et trois d’entre elles (Québec, Winnipeg et Edmonton, l’autre étant Hartford) étaient au Canada.
 
C’est pour se débarrasser d’un concurrent gênant, qui entraînait une surenchère pour les joueurs, que la LNH finit par admettre ces quatre nouvelles équipes.  C’était toutefois après plusieurs vagues de négociations et sans grand enthousiasme.  De plus, les conditions étaient loin d’être si avantageuses (frais d’expansion et autres, protection de seulement quatre joueurs de leur alignement, repêchage après les équipes existantes de la LNH, etc.)
 
Saskatoon échappe les Blues
 
Équipe à la dérive, les Blues devaient être vendus à Bill Hunter, le premier propriétaire des Oilers, période AMH. (voir texte du 8 septembre 2014)  Son but bien avoué était de les déménager à Saskatoon.  La LNH a toutefois bloqué la transaction.  (voir texte du 23 juin 2011)  Par contre, on peut tout de même se questionner sur la viabilité qu’aurait eue le marché de Saskatoon à ce moment.
 
Hamilton construit le Copps Coliseum
 
C’est dans le but d’accueillir une équipe que la ville d’Hamilton a construit le Copps Coliseum (aujourd’hui le FirstOntario Centre).
 
Des rumeurs y ont envoyé les Rockies du Colorado et les Penguins de Pittsburgh dans les années 1980.  Les Rockies ont plutôt abouti au New Jersey, alors que les Penguins ont repêché Mario Lemieux et sauvé leur peau.
 
Elle était aussi perçue comme une favorite pour l’expansion de 1992, avec son aréna déjà construit et Ron Joyce, le riche président de Tim Hortons (voir texte du 21 décembre 2012), comme propriétaire pressenti.  La LNH a plutôt opté pour le groupe d’Ottawa, beaucoup moins solide financièrement et qui prévoyait bâtir un aréna au milieu d’un champ de maïs.  Par contre, contrairement à Hamilton, ils n’ont pas posé de questions quant aux modalités de paiement des frais d’expansion…  Au moins, Ottawa se trouve au Canada.
 
Dans les années 2000, Jim Balsillie a voulu y déménager les Penguins, les Predators, puis les Coyotes.  Mais pour des raisons de droits territoriaux des Leafs et des Sabres, de l’antipathie que semblait susciter Balsillie et ses méthodes un peu précipitées ou quoi encore, Hamilton a dû se contenter de la Ligue américaine et à partir de septembre prochain, du hockey junior.  Aujourd’hui, Copps (ou FirstOntario) serait probablement considéré comme désuet par la LNH.
 
Les Nordiques quittent Québec en 1995
 
On connaît l’histoire.  Petit marché.  Le lock-out qui se conclut sans l’imposition d’un plafond salarial.  Les salaires des joueurs qui augmentent en raison d'un accès plus facile à l'autonomie.  La désuétude du Colisée, qui ne contient pas suffisamment de loges et qui est déjà couvert par un maximum de publicités.  Le taux de change à son plus bas.  Et lorsque le groupe de Marcel Aubut a fait ses demandes au gouvernement (casino, nouveau colisée), la ligue n’est à peu près pas intervenue.  Pas de prise de contrôle de l’équipe, pas de chantage avec la ville, pas de trente-deuxième dernière chance comme ce sera le cas plus tard avec les Coyotes (et dans une moindre mesure, des Predators).  Par contre, lorsque la demande de déménager a été faite à la ligue, l’autorisation est arrivée assez rapidement.
 
Les Jets quittent Winnipeg en 1996
 
Les Jets avaient les mêmes problèmes que les Nordiques.  Un an plus tard, la ligue n’a pas fait plus d’efforts pour les retenir.  Gary Bettman s’est contenté de dire que plus personne ne voulait posséder l’équipe, avant de les expédier dans le désert, à Phoenix.
 
Les conditions d’admission des nouveaux Jets
 
Gary Bettman
On peut se douter à quel point Gary Bettman était coincé pour déraciner les Thrashers d'Atlanta, un club faisant partie de son plan de s’installer dans le sud des États-Unis, pour les déménager à Winnipeg.  Son visage d’enterrement lors de la conférence de presse en faisant l'annonce en disait long.  De plus, il a imposé des conditions : vendre 13 000 billets de saison pendant trois ans (cinq pour les meilleurs billets) à des prix parmi les plus élevés de la ligue, en trois semaines.  Aucun marché du sud des États-Unis ne s’est vu imposer la même chose.  Et celles-ci ont été imposées à un groupe de propriétaires qui comprend David Thomson, tout de même membre de la famille la plus riche au Canada.
 
Pourtant, on peut se demander quelle aurait été l’alternative si, à la fin juin, l’objectif n’avait pas été atteint?
 
Je souhaite seulement que Québec, avec son aréna tout neuf, n’hérite pas du rôle d’Hamilton, soit de celui de la ville qui sert de levier pour soutirer quelque chose à une autre ville, en menaçant d’y déménager son club. 
 
Et si je peux me permettre, j’ai la même crainte que Montréal joue aussi ce rôle au baseball.  Pour le moment, à moins d’annonces concrètes, la métropole, un marché qui a connu des problèmes aux guichets et qui possède un stade désuet, est présentée comme une alternative à Tampa Bay et à Oakland.  Et que reproche-t-on à ces deux marchés?  D’être des marchés qui ont des problèmes aux guichets, avec un stade désuet…
 
(En 2014, Tampa Bay a été dernière au chapitre des foules, avec une moyenne de 17 857, un chiffre dont les Expos ne se sont même pas approchés au cours de leurs sept dernières saisons.  Oakland, avec 25 045, est 24e, un chiffre que les Expos n’ont pas atteint au cours de leurs 22 dernières années et qu’ils n’ont atteint que cinq fois en 36 saisons.  En fait, avec leur sommet de tous les temps de 28 650 spectateurs en moyenne, atteint en 1983, les Expos auraient été 19e sur 30 en 2014…)
 
Sources :
Willes, Ed, The Rebel League, The Short and Unruly Life of the World Hockey Association, McClelland & Stewart, Toronto, p.246 à 261,   
 
″Une galerie contrastée…″ de Michel Marois, 6 décembre 1990, La Presse, p.S3, ″Les perdants pensent déjà à une ligue″, ″Aubut : « Ils étaient les seuls à répondre à tous les critères »″  et ″Au soleil… mais aussi au Canada!″ de Michel Marois, 7 décembre 1990, p.S2, S3, ″LNH : l’avenir de Québec passe par Winnipeg″ de Philippe Cantin, 1er juin 2011, La Presse, p.S2, baseball-almanac.com, wikipedia.org.

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