mercredi 12 septembre 2012

Les Raiders de Prince Albert et la représentation de l'autre

Un peu d'actualité et pas en même temps...

Voici l'uniforme des Raiders de Prince Albert tel que porté par l'équipe notamment en 1985 lorsque l'équipe remporta la Coupe Memorial. Ce présentoir se retrouve au Temple de la Renommée du hockey de la Saskatchewan situé à Swift Current.


Ce qui m'a toujours fasciné avec ce chandail, c'est bien certainement le logo. J'ai toujours été surpris de cette image de guerrier arabe stéréotypée avec des patins et un bâton de hockey comme le logo d'un équipe d'une petite ville de Saskatchewan. (Vous remarquerez également les fameux pantalons Cooperall.)

En fait, en connaissant un peu mieux l'histoire du hockey, je me suis apperçu que ce n'était pas la première représentation du monde arabo-musulman dans un logo ou un nom d'équipe. Dans l'ancienne WCHL (Western Canada Hockey League) qui compétitionnait contre les équipes de la NHL et de la PCHL dans les années 20 pour la Coupe Stanley (jusqu'en 1926), une équipe se nommait les Sheiks de Saskatoon. En fait le nom de l'équipe fut les Crescent de Saskatoon, mais elle porta officiellement le nom Sheiks lors de la saison 1925-26. Durant cette dernière saison où cette ligue pût disputer la Coupe Stanley et portait le nom "Sheiks", le gardien de l'équipe était le légendaire Georges Hainsworth, futur gardien vedette du Canadien.

Bon, revenons aux Raiders de Prince Albert...

C'est lors de la saison 1982-83 que les Raiders firent leur entrée dans la WHL. L'équipe fut fondée en 1972 dans une ligue junior de deuxième niveau nommée la Saskatchewan Junior Hockey League (SJHL). Ça explique peut-être un peu mieux l'origine du logo caricatural représentant un personnage arabo-musulman. Il est quand même drôle qu'une équipe ait décidé de prendre ce type d'image pour représenter un "raider", un personnage qui attaque d'une manière vive et qui menace son assaillant, mais il est peut-être signe de son temps. 

L'idée de représenter un personnage arabo-musulman retourne à une image presque millénaire de la symbolisation de ces derniers. Les arabo-musulmans représentent, pour l'Occident, l'idée de l'autre, de ceux qui menacent la civilisation, notamment depuis les incursions maures dans la péninsule Ibérique. La manière dont les Raiders utilisent donc cette image retourne à une image très stéréotypée de l'autre, du barbare.


(C'est probablement une question de commanditaire, mais je n'ai jamais compris le pourquoi des télévisions sur les photos des vainqueurs de la Coupe Memorial des années 80-90.)

Ça me rappelle beaucoup la représentation que Walt Disney par exemple dans la manière de représenter les autres culture comme une image figée dans le temps. Regardez ce vidéo de Donald Duck de 1940 par exemple, et remarquez comment on y représente les russes et les amérindiens :


Il n'y a pas si longtemps que des pensées aussi caricaturales de l'autre ont été abandonnées dans la culture populaire, ne serait-ce que parce que le monde est de plus en plus en intercommunication et que cet autre revendique une image plus actuelles et non-stéréotypée de sa culture. Au Québec par exemple, on dit souvent que les québécois se sont ouverts sur le monde lors de l'Expo 67, ce qui est assez récemment en considérant l'histoire du monde. Mais encore dans les années 80, dans des émissions de télévision comme Rock et Belles Oreilles, on avait au Québec des représentations assez stéréotypées de l'étranger. D'ailleurs, RBO ont souvent affirmé qu'ils n'auraient jamais pu faire ce qu'ils ont fait comme humour de nos jours, les sensibilités quant à la représentation de l'autre étant plus mises de l'avant de nos jours.


On ne se surprendra pas dans cet ordre d'idée de voir qu'une équipe de hockey d'une petite ville de Saskatchewan a décidé dans les années 70 d'utiliser comme emblème un guerrier arabo-musulman afin de montrer qu'ils sont une troupe de valeureux guerrier qui peuvent détruire tout sur leur passage. L'idée n'était mauvaise à l'origine, mais elle retourne au final à une idée stéréotypée des peuples arabo-musulmans. On ne se surprendra pas non plus de savoir que l'équipe a abandonné dans les années 90 ce logo en tant que logo principal pour adopter un logo représentant un pirate qui n'est pas sans rappeler le logo "Bruce Bucs" des Buccaneers de Tampa Bay et se rapprochant plus de celui des légendaires Raiders d'Oakland de la NFL, le pirate faisant des raids étant moins chargé au niveau des significations que l'autre logo : 

Ce changement de logo entre dans un mouvement en Occident d'atténuation des représentations stéréotypées de l'autre. Si je reviens par exemples aux représentations caricaturales de Disney. Dans les DVD qui ont été publiés il y a quelques années avec tous les courts métrages de Disney, lorsqu'on retrouve des représentations de l'autre qui peuvent choquer certains auditeurs par leurs aspects caricaturaux comme dans le film présenté plus haut, un petit avertissement fait par l'historien Leonard Maltin est faite avant le film. Collection de DVD très intéressante, en passant...

Pour illustrer autrement ce changement dans les représentations de l'autre dans le sport, prenons l'exemple de l'iconographie de l'autochtone dans le sport. Dans les années 80, beaucoup d'équipes sportives ayant des amérindiens comme iconographie (Redskins de Washington, Indians de Cleveland...) ont été fortement critiquées. C'est pourquoi les Black Hawks de Chicago, par exemple, ont changé le nom de l'équipe de Black Hawks à Blackhawks afin de décharger le nom de l'équipe de la représentation éréotypée des amérindiens, Blackhawks ayant été le nom du bataillon du fondateur de l'équipe, Frederic McLaughlin, durant la Première Guerre mondiale et non le nom du chef le la nation Sauk et Fox, tribu de l'Illinois, au 19e siècle lorsque les deux noms sont séparés. 

Ce sont des signes du temps. Nous sommes à une époque où en un clic une allusion à l'autre peut occasionner des crises, vous n'avez qu'à regarder l'actualité d'aujourd'hui. Je ne suis pas ici pour dire si c'est pour un bien ou pour un mal, mais on voit que la représentation de ce qui est différent de nous a changé depuis quelques décennies. Il n'est donc plus accepté socialement de représenter une culture d'une manière stéréotypée parce qu'elle est souvent erronée ou exagérée... 

Vous n'êtes d'ailleurs pas un bûcheron québécois vivant dans le fond des bois en manches courtes se gavant de sirop d'érable entre deux coups de hache... (En fait, si vous l'êtes, vous avez plus que mon respect, en tant que fier descendant de bûcherons du Saguenay!)


En ce sens, l'histoire sémiotique des Raiders de Prince Albert est très représentative de ce changement des mentalités en Occident...

Ah, et oui, les Raiders portent toujours le vieux logo sur leur épaule...



dimanche 9 septembre 2012

Mike Rogers


Les Whalers de Hartford était une drôle de bibittes lors de leur entrée dans la NHL. Non seulement ils avaient des Gordie Howe, Dave Keon et des Bobby Hull plus qu'en fin de carrière, mais ils comptaient parmi leur rang certains des marqueurs de 100 points les plus anonymes de l'histoire. Parmi eux, on retrouve Mike Rogers...

Mike Rogers est né en 1954 à Calgary. Tout en étant un joueur assez remarqué dans les rangs junior avec les Centennials de Calgary, où il détruisait tout sur son passage en compagnie de Danny Gare, un autre futur fin tireur de la NHL oublié depuis. Par contre, à 5 pieds et 9 pouces dans une période où dominaient les matamores, Rogers était perçu comme un gars pas assez costaud pour pouvoir évoluer dans la NHL, ce lui fit en sorte qu'il fut repêché en 5e ronde par les Canucks de Vancouver en 1974.

À la même époque, la WHA était dans son âge d'or et devant la promesse des Oilers d'Edmonton d'avoir plus de temps de glace que ce que les Canucks pouvaient lui offrir, Rogers décida de s'aligner avec l'équipe en orange, bleu et blanc. Dès sa première saison dans la WHA avec les Oilers, en 1974-75, Rogers récolta pas moins que 83 points en 78 matchs dont 35 buts. Il fut également récipiendaire lors de cette saison du Paul Deneau Trophy, l'équivalent du trophée Lady Bing dans la WHA. À sa deuxième saison, Rogers fut par contre échangé aux Whalers de la Nouvelle-Angleterre en retour d'un joueur assez en vue dans la WHA de l'époque, Wayne Carleton.

C'est avec les Whalers que Rogers se développa jusqu'à atteindre son zénith lorsqu'il fit son entrée dans la NHL avec les Whalers devenus les Whalers d'Hartford sous les pressions des Bruins pour abandonner les "Nouvelle-Angleterre". Lors de cette saison 1979-80, Rogers récolta 105 points en évoluant avec Pat Boutette et Blaine Stoughton, un autre marqueur de 100 points et de 50 buts de cette époque qu'on a oublié. À sa deuxième saison avec les Whalers dans la NHL, Rogers récolta à nouveau 105 points et participa même au match des étoiles de la NHL. Ce fut un bon début dans la NHL pou un jour dont on ne voulait pas 7 ans auparavant.


Malheureusement pour lui, les Whalers firent de lui une monnaie d'échange afin de renforcer sa défense. Il fut donc, entre les saison 1980-81 et 1981-82, échangé aux Rangers en retour de Kris Kotsopoulos et Doug Sulliman. Lors de sa première saison avec les Blue Shirts, il continua à démontrer des fortes prouesses offensives en récoltant 103 points lors de cette saison 1981-82. Lors des autres saisons, Rogers connut une baisse de régime mais continua à récolter 60 points à chacune de ses saisons  jusqu'à la saison 1985-86 où sa carrière dans la NHL prit fin. Après seulement 9 matchs avec les Rangers, il fut cédé aux Nighthawks de New Haven de la AHL. En décembre 1985 il fut échangé aux Oilers d'Edmonton, là où sa carrière avait commencée, où il n'évolua que quelques matchs avant d'être envoyer aux Oilers de la Nouvelle-Écosse.

La saison suivante, Rogers évolua avec le HC Ambri-Piotta avant de se retirer du hockey de haut niveau pour de bon. Sachez, pour votre information, que l'ancien du Canadien Eric Landry évolue présentement avec le HC Ambri-Piotta et Kevin Constantine, l'ancien coach des Sharks, est l'entraîneur...


jeudi 6 septembre 2012

Mike Walton



(Texte et images de Benoît AKA KeithActon que vous pouvez également lire dorénavant sur un blogue d'histoire du Football canadien : http://bottedenvoi.blogspot.ca/)


Après une carrière junior fructueuse avec les Marlboros de Toronto (incluant une Coupe Memorial en 1964), Mike Walton attira l’attention des Leafs.  Comme l’équipe était toutefois au sommet à ce moment, il fit la navette pendant quelques années entre la LNH et la Ligue Américaine.

Il faut dire que ses favoris proéminents et sa longue chevelure ne l’aidèrent pas à obtenir la confiance du très strict entraîneur Punch Imlach.  Le problème fut finalement réglé lorsqu’un soir, George Armstrong et Tim Horton se cachèrent dans sa chambre pour ensuite jouer aux apprentis barbiers avec lui.


Son insoumission, sa grande confiance en lui et les attentes à son endroit ne furent pas les seules causes de ses relations plutôt complexes avec Imlach.  Son mariage avec la petite-fille du propriétaire Conn Smythe compliqua aussi les choses, même si ce dernier le détestait.  Smythe n’appréciait pas qu’il soit représenté par Alan Eagleson, qui avait aidé à mettre sur pied l’association des joueurs.  Au départ d’Imlach, les choses ne s’arrangèrent d’ailleurs pas.

Il chercha alors l’assistance d’un psychiatre (approuvé par la ligue) qui lui diagnostiqua un problème de dépression, alimenté par son lien particulier entre lui, l’équipe et sa famille.  Il passa donc aux Bruins dans un échange à trois équipes, où les Flyers firent entre autres l’acquisition de Bernard Parent.  En 1972, il y gagna une deuxième Coupe Stanley (après celle de 1967 avec les Leafs).


Au cours de la saison suivante, il fut impliqué dans un accident bizarre, alors que dans un hôtel de St-Louis, il trébucha, tomba sur une plaque de verre et dut recevoir plus de 200 points de suture et plusieurs transfusions.

Son talent offensif et sa personnalité flamboyante en fit une cible parfaite pour l’AMH naissante.  En 1973-74, il signa donc un contrat de trois ans pour 450 000$ avec les Fighting Saints du Minnesota, où il devint le centre d’intérêt principal.  Malgré une certaine inconstance dans son jeu, son impact fut immédiat et il gagna dès sa première année le championnat des compteurs de la ligue, avec une fiche de 57-60-117.  Son nouveau statut, ainsi que sa nouvelle prospérité, ne l’aidèrent évidemment pas à retrouver une certaine modestie, bien au contraire.



Lors d’un match à Edmonton, alors que Walton était sur le point de s’échapper, son coéquipier Gordie Gallant se mérita une pénalité derrière lui.  Walton se mit alors à enguirlander Gallant jusqu’au banc des pénalités.  Après avoir purgé son deux minutes, Gallant alla retrouver Walton pour lui donner des coups.  L’arbitre dit alors à l’entraîneur Harry Neale qu’il devrait donner une inconduite à son équipe, ce à quoi Neale répliqua qu’à ce qu’il sache, rien n’empêchait deux coéquipiers de se battre.

À un autre moment à Winnipeg, au lendemain d’une soirée apparemment bien arrosée, il eut aussi l’idée de faire rire ses coéquipiers. Il sauta donc dans une piscine, qui se situait à côté de la patinoire d’entraînement, avec tout son équipement.  La blague devint moins drôle lorsque l’équipement, une fois complètement détrempé, se mit à l’entraîner vers le fond.  Il dut donc être repêché (au sens propre du terme) par ses coéquipiers.  Et comme l’équipe était arrivée par autobus sur le site avec leur équipement sur le dos, il dut regagner l’autobus mouillé dans le froid hiver de Winnipeg.         

Il avait aussi une immense peur des insectes.  Ceci représentait tout un obstacle dans certains des vieux arénas des premières années de l’AMH.  Le Sam Houston Arena (où jouaient les Aeros de l’endroit) était entre autres réputé pour ses coquerelles format géant.

En février 1976, il décida qu’il en avait assez des Fighting Saints et de leurs problèmes financiers et il quitta l’équipe trois jours avant qu’elle ne disparaisse en pleine saison.  Il se joignit alors aux Canucks, qui avaient fait l’acquisition de ses droits dans la LNH deux ans plus tôt.  Il y connut sa meilleure saison dans la Ligue Nationale en 1977-78 avec une fiche de 29-37-66.  Il fut malgré cela échangé aux Blues contre un simple choix de 4e ronde une fois l’année terminée.

Après 23 matchs, il fut laissé aller par les Blues.  Les Bruins lui firent ensuite signe pour 14 matchs et il termina ce qui fut sa dernière année dans la Ligue Nationale avec Chicago.

Celui qu’on surnommait « Shakey » (parce que sur la glace, sa tête changeait de direction à un rythme accéléré) est aujourd’hui agent immobilier dans la région de Toronto, où il aurait eu plusieurs joueurs des Leafs comme clients.

Sources : Willes, Ed, “The Rebel League, The Short and Unruly Life of the World Hockey Association”, McClelland & Stewart, 2004,