samedi 10 octobre 2009

Obtenir Petr Svoboda








Il y avait quelques trucs de cool quand même derrière la Guerre froide. Rappelez-vous comment les deux mondes étaient fermés à un tel point qu'on avait des drôles de perceptions de ce qui pouvait bien se passer dans ces pays "ennemis". Je me rappelle un jour en cinquième année, j'ai demandé à ma prof ce qu'il y avait de si étrange avec ces pays et elle m'a répondue que dans ces pays on n'avait pas le choix. Pas de choix dans le sens où on n'avait qu'une seule sorte de céréale ou une seule sorte de tel autre patente à consommer. Moi pas trop con quand même que j'étais à 10 ans, je lui réponds que ça doit être cool. Si ça avait été qu'il n'y avait qu'une seule sorte de Corn Flakes quand on veut des céréales quand on vit en Pologne, ça aurait été cool de vivre dans un pays communiste...

Je me rappelle également dans les mêmes années alors que je faisait des modèles à coller d'avoir acheté un modèle de MIG-27 et ma tante qui était dans l'armée m'avoir passé un commentaire autoritaire du genre : "t'as acheté un avion ennemi." Bref cet idée de l'autre (avec un petit "a", bonjour Jacques Lacan) en période de Guerre Froide était assez stricte, pas question de nous dire qu'il y en avait qui étaient bon ou que c'était qu'une seule portion des communistes qui sont vraiment méchants. Ce n'est aucunement comme de nos jours de politically correctness où par exemple on s'est évertué à nous faire comprendre assez rapidement après le 11 septembre qu'il n'y avait pas nécessairement de méchants. On n'a plus les ennemis qu'on avait. La Guerre Froide était un beau monde où on savait qui étaient les méchants et qui étaient les bons. Quoi qu'il y avait toujours Rocky IV pour nous rappeler que si on veut on peut être amis parce que quand je suis rentré dans la salle ce soir je vous détestais autant que vous me détestiez mais à mesure que le combat a avancé vous avez vu que l'on peut être amis... Je ne me rappelle plus exactement de la citation, désolé...

On a quand même bien compris cette notion de l'autre au sein de la Guerre Froide par le hockey. Il y avait clairement les méchants russes, soviétiques pardon, et les très bons canadiens. C'était autant plus clair que les russes ne jouaient pas pas dans la NHL à l'époque. Le monde était clairement divisé en deux camps ennemis même sur la glace. Et d'un autre côté, il y avait cet étrange petit pays qui était plus nébuleux dans ce monde plus que manichéen, la Tchécoslovaquie. Dans l'alignement du pays quant au hockey on peut quand même percevoir comment les gens de ce pays de l'Est voulaient se débarrasser du joug de l'URSS, comment ils étaient de culture plus européenne. Le hockey par exemple est arrivé dans ce coin de l'Europe très tôt au 20e siècle. Il y avait déjà au début du siècle une équipe nationale de Bohème sous l'Empire Austro-hongrois qui a participé aux premiers championnats de hockey européens dans les années 1910. Lorsque la Tchécoslovaquie fut créée au lendemain de la Première guerre mondiale, une équipe nationale de hockey fut aussitôt constituée. La culture du hockey dans ce pays devenu deux pays de nos jours est donc antérieure à celle de la Russie qui serait apparu dans les années 1940. De la même manière, sous le communisme, les tchécoslovaques plus européens que les autres pays soviétiques étaient plus attirés vers l'Ouest parce que fondamentalement occidentaux. Rappelons cette phrase de Milan Kundera qui disait que l'occident débutait à Prague. Que dire de plus...

L'exemple des Šťastný est typique de cette attirance vers l'Ouest mais emprisonné dans un système strict venu de l'Est. Ces trois jeunes slovaques qui fondamentalement rêvaient de jouer au Canada, qui secrètement prenaient pour le Canada dans les rencontres URSS-Canada qui ont quittés leur pays de manière rocambolesque pour jouer ici au Canada. Même de nos jours, Peter Šťastný devenu politicien dans son pays demeure un farouche opposant à toute forme de tractations politiques qui lui rappelle le système communisme. Mais pour ce qui est de l'acquisition des Šťastný, quel coup fumant ce fut de la part des Nordiques de Québec et de Marcel Aubut. Un coup digne d'un roman d'espionnage cheap. Mais savez-vous que les Canadiens ont réalisé un coup tout aussi fumant en repêchant Petr Svoboda en 1984 mais qui est peut-être moins connu?

L'histoire se déroule en 1984. Petr Svoboda, alors âgé de 18 ans, était considéré comme un des meilleurs espoirs au monde à la ligne bleue. Toutefois, le fait qu'il était tchécoslovaque compliquait les choses. Il était assez désagréable a l'époque de repêcher un joueur et qu'il ne puisse jamais franchir le Rideau de fer pour venir jouer en Amérique. C'est pourquoi on repêchait souvent les joueurs provenant des pays communistes très tard dans les séances et on les repêchait par principe sans trop savoir si finalement ils porteraient un jour les couleurs de l'équipe qui les a repêché dans la NHL. Dans cet ordre d'idée, on se rappellera que le Canadiens a repêché Vladislav Tretiak au 183e rang en 1983. Inutile de vous rappeler que le grand gardien russe n'a jamais porté  le chandail du CH...

Pour revenir à Petr Svoboda... Le jeune défenseur tchécoslovaque était donc un des bons espoir provenant des pays de l'Est mais compte tenu du fait que les chances qu'il porte les couleurs d'une équipe de la NHL étaient faibles, on s'attendait qu'il soit repêché dans les derniers tours du repêchage. Serge Savard sema la commotion lors du repêchage en utilisant le 5e choix au total que le Canadiens avaient acquis des Whalers d'Hartford en 1981 en retour de Pierre Larouche pour sélectionner nul autre que Petr Svoboda. Non seulement la foule fut surprise par le geste de Savard, mais elle fut encore plus flabergasté lorsque Svoboda apparu sur la tribune pour revêtir le chandail du Canadiens de Montréal.

Serge Savard avait été mis au fait que Petr Svoboda avait quitté son pays au printemps 1981. Svoboda fit parti de l'équipe tchécoslovaque qui participa cette année-là au championnat du monde des moins de 18 ans qui se déroulaient en Allemagne de l'Ouest. Après un match, il sorti en douce et se rendit au stand d'autobus et pris le chemin de Munich pour aller se réfugier chez une tante. Svoboda entra en contact avec Serge Savard qui lui promit de le repêcher, sachant qu'aucune autre équipe était au courant de sa situation. Il lui promit aussitôt un contrat de 5 ans et une bonne somme d'argent si il se tenait silencieux. Savard le fit venir à Montréal et le cacha dans un hôtel jusqu'au repêchage... On connait la suite...


Petr Svoboda fut le premier joueur tchèque à jouer plus de 1000 matchs dans la NHL.

Il a remporté l'or aux Olympiques de Nagano en 1998 ainsi que la Coupe Stanley avec le Canadiens en 1986. Il n'a toutefois pas à son actif l'or des championnats du monde pour devenir un des membres du très sélect club de la Triple Couronne...

Il se retira en 2001 après 17 saisons dans la NHL...

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