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jeudi 29 juin 2023

Repêcher Anton Šťastný


L’histoire des frères les Šťastný est assez connue. Ce quasi-roman d’espionnage bien ancré dans la période de la guerre froide et qui passe par l’Autriche a été bien documenté, en plus d’avoir été l’objet d’un livre du journaliste Robert Laflamme en 2012. La partie repêchage de l’histoire est toutefois un peu moins connue.

À ce moment, on regardait peu du côté de l’Europe pour former son équipe ou pour repêcher. À part quelques rares exceptions, presque exclusivement des suédois et des finlandais, on se limitait au Canada. Même les américains étaient rares. Alors pour ce qui est des joueurs des pays situés derrière le rideau de fer, qui n’étaient pas libres de quitter leur pays librement, on parle ici de quelques curiosités ici et là. Avant 1978, seulement les Flyers avaient choisi un soviétique au repêchage, en 1975, Viktors Hatulevs.

Les Canadiens avaient tenté le coup à ce même encan de 1978 avec un lointain choix de 12e ronde (201e au total) pour choisir le soviétique Vyacheslav Fetisov. À ce moment, Sam Pollock avait justifié ce choix inusité en évoquant le fait que les tchécoslovaques pensaient peut-être éventuellement laisser aller leurs vétérans jouer à l’étranger. Ainsi, qui sait ce qui pourrait se passer en URSS. C’était très hypothétique et vraiment une bouteille à la mer.

Outre Fetisov, seulement un autre soviétique a été sélectionné ce jour-là. Pour ce qui est des tchécoslovaques, il y a d’abord eu Ladislav Svozil, choisi par Détroit au 194e rang. Puis, quatre rangs plus tard, il y a eu Anton, qui est ainsi devenu le premier à être repêché du côté slovaque. Toutefois, en 1978, les Nordiques sont toujours dans l’AMH. Ce ne sont donc pas eux qui l’ont choisi. Ce sont les Flyers, qui avaient un œil sur les frères. Par contre, parmi les trois frères que nous avons connus avec les Nordiques (il y a aussi deux autres frères plus vieux que Marián, Peter et Anton), les deux plus vieux n’ont jamais été repêchés. À ce moment, Marián avait déjà 25 ans et Peter en avait 21 ans. À cette époque, l’âge de sélection était fixé à 20 ans.

Par contre, il y a eu confusion au sujet de l’âge d’Anton. Lorsqu’on réalisa qu’il n’avait que 19 ans, sa sélection fut invalidée.

En 1979, l’AMH est dissoute et les Nordiques font partie des quatre équipes (avec Edmonton, Hartford et Winnipeg) à être absorbées par la Ligue nationale. Les conditions d’admission sont par contre difficiles. Les nouveaux venus parviennent quand même à faire du marchandage pour pouvoir conserver certains de leurs joueurs (et ainsi éviter de devoir les retourner à l’équipe de la LNH à qui ils appartenaient). Par contre, elles ont définitivement besoin de profondeur.

Quand arriva leur premier repêchage, les Nordiques volèrent la vedette en manigançant pour mettre la main sur Michel Goulet au premier tour.

Au deuxième tour, le choix de Dale Hunter s’est avéré des plus judicieux. Au troisième, Lee Norwood est devenu un bon choix, bien que son passage à Québec ne représente qu’une petite partie de sa carrière.

C’est alors que lorsque vint la quatrième ronde, au 83e rang, Québec rechoisit Anton Šťastný. À ce moment, le choix d’un inaccessible tchécoslovaque par les Bleus parut alors plutôt incongru. Les besoins étaient pressants. Était-ce vraiment le temps d’aller à la pêche?

Évidemment, dans les journaux de l’époque, on parle beaucoup plus du coup fumant de Michel Goulet que de cet étonnant choix de quatrième ronde. Toutefois, il est intéressant de constater qu’à Montréal, dans La Presse, il a été reçu avec incompréhension, où l’on parla d’un coup d’épée dans l’eau, alors qu’à Québec, dans Le Soleil, on laissa le bénéfice du doute. On se disait qu’il y avait sûrement une raison pour justifier ce choix.

Il faudra attendre un an plus tard, en août 1980, pour que cette sélection finisse finalement par rapporter des dividendes, alors qu’un stratagème pour le moins audacieux permit de faire venir Peter et Anton. Après avoir pâti de la défection de ses frères, Marián ira les rejoindre un an plus tard.

Anton a joué 650 matchs dans l’uniforme fleurdelysé, amassant 252 buts, 384 passes, pour un total de 636 points.

Sources :

"Le Canadien choisit un Soviétique" de Bernard Brisset, 16 juin 1978, Montréal-Matin, page 70,

"Les Nordiques crient victoire" de François Béliveau, 10 août 1979, La Presse, page B1,

"Une sélection planifiée pour l’avenir" de Maurice Dumas, 10 août 1979, Le Soleil, page B1,

"Un nouveau livre sur la défection des Stastny" de Marc Delbès, La Presse Canadienne, 23 avril 2012, La Presse, (lapresse.ca),

hockeydraftcentral.com.

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