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jeudi 17 septembre 2026

Jouer pour l'ennemi



   

Chris Kreider. Chris fucking Kreider.

J'imagine que, comme moi, vous avez réussi à surmonter le choc initial de la plus récente signature de Kent Hughes. J'avoue qu'au départ, malgré les rumeurs, je n'y croyais pas vraiment et je voulais rien savoir. Mais heille, de l'eau en dessous du pont et whatever, Price ne lui en veut pas plus qu'il faut, St.Louis l'adore, Kreider adore St.Louis, c'est un bon joueur, faut présenter l'autre joue, pardonner, accepter, moving on etc. Je suis donc maintenant à bord du Kreider train. Pas trop le choix. Anyway après avoir vu l'an dernier, lors de la même saison, un marqueur de 50 buts ET un pointeur de 100 points, qui suis-je moi pour remettre en question le pouvoir de St.Hughes? Fais ce que tu veux man, moi j'embarque. En plus, comme le gros du core de l'équipe, c'est une signature à rabais, faible risque. All in.

Bref, cette petite intro représente bien ce qui se passe dans notre pauvre cerveau de fan lorsque l'ennemi débarque dans ton clan. J'ai donc pensé faire un petit pot-pourri des meilleurs exemples de joueurs qui sont passés au camp adverse, et les nombreuses réactions que ça a déclenché à l'époque. Ce ne sont pas seulement des cas de joueurs dont ça fait bizarre de le voir dans un autre chandail, ça on l'a fait souvent. Ici ce sont principalement des cas où l'on a vraiment mais vraiment écarté les yeux et que les fans ont du vraiment travailler fort pour accepter le départ ou l'arrivée de tel joueur.

Jaromir Jagr avec les Flyers

Après avoir été échangé des Penguins aux Capitals en 2001, Jaromir Jagr fut échangé aux Rangers durant la saison 2003-04. Il y joua 3 autres saisons complètes, dont une de 123 points en 2005-06. Sa production diminua toutefois d'année en année par la suite et les Rangers lui annoncèrent qu'ils ne lui offrirait pas de nouveau contrat. Il devint donc joueur autonome sans restriction pour la première fois de sa carrière mais opta de plutôt jouer dans la KHL avec le Avangard Omsk pour la saison 2008-09.

Malgré des offres intéressantes pour revenir dans la LNH, notamment avec les Oilers, Jagr demeura à Omsk jusqu'en 2011.

C'est finalement pour la saison 2011-12 qu'il décida, à 39 ans, de revenir dans la LNH. Il y eut alors des rumeurs d'un retour avec son club d'origine, les Penguins, très emballés à ramener l'enfant prodigue et le faire jouer avec la nouvelle génération dominante des Crosby, Malkin et cie. Toutefois, il surprit tout le monde en signant plutôt avec l'ennemi juré de cette rivalité de la Pennsylvanie, les Flyers. Ces derniers lui offraient tout simplement plus d'argent, soit un contrat d'un an de 3,3 millions, contrairement à l'offre de seulement 2 millions des Penguins.

Il ne joua qu'une seule saison à Philadelphie, récoltant 19 buts et 35 passes, ce qui le classait au 3e rang de l'équipe pour les points, derrière Claude Giroux et Scott Hartnell. En séries, Jagr n'a récolté qu'un seul point. Durant l'entre-saison, peu d'efforts furent déployés pour prolonger son contrat. Philadelphie était alors la première étape de sa tournée d'adieu car il a par la suite signé avec Dallas, puis plus tard avec Boston, le New Jersey, la Floride et Calgary.


Scott Gomez avec les Rangers

Ah ce bon vieux Scott... 

Lorsque le meilleur joueur de l'histoire de l'Alaska quitta les Devils le 1er juillet 2007 pour signer un méga-trop cher-contrat avec l'ennemi de Manhattan, les fans des Devils étaient furieux. Plusieurs fans allèrent même jusqu'à brûler son chandail.

Il connut deux bonnes saisons à New York, sans toutefois rentabiliser son éléphant blanc de contrat, avant d'être shippé à Montréal à l'été 2009 lors d'un échange dont vous et moi ne sommes pas encore totalement guéris. J'imagine que les fans des Devils à l'époque étaient contents de le voir partir de New York, mais sûrement pas tant que ça étant donné tout ce que les Rangers obtinrent en retour pour faire davantage de tort aux Devils dans les années suivantes. De plus, Gomez et les Rangers éliminèrent les Devils en première ronde lors des séries de 2008. 

Tout fut toutefois pardonné, en quelque sorte, lorsque Gomez revint comme agent libre au New Jersey lors de la saison 2014-15.

Chris Chelios avec les Red Wings

Natif de Chicago, champion du trophée Norris et membre invétéré des Blackhawks depuis son arrivée de Montréal en 1990, Chris Chelios entretenait avec vivacité la rivalité Détroit-Chicago. Il avait même déclaré à un journaliste qu'il ne jouerait jamais pour les Red Wings.

Mais après quelques mauvaises saisons pour les Hawks, et des négociations infructueuses pour demeurer à Chicago, un autre échange controversé se produisit dans la carrière de Chelios lorsqu'il fut envoyé aux Red Wings en mars 1999. Les stations de télé firent rejouer en boucle l'extrait où il disait ne jamais vouloir jouer pour les Wings.

Son entrée dans le vestiaire des Wings ne fut pas facile personnellement. Il dut surmonter la crainte de lier des liens avec d'anciens partenaires féroces comme Steve Yzerman et Sergei Fedorov. Il avait d'ailleurs écopé d'une amende de 500$ pour avoir cinglé ce dernier. Lors de son premier jour avec l'équipe, le dur à cuire Darren McCarty prit un de ses bâtons et lui dit ''C'est la première fois que je suis aussi proche de ton bâton sans le voir se briser sur ma tête.''

En fait, Chelios choisit initialement d'être échangé à Détroit pour demeurer proche de sa famille et surtout sa soeur qui combattait le cancer depuis plusieurs années. 

Le clou de l'histoire? Les Blackhawks espéraient que, plutôt que de l'échanger, que Chelios prenne sa retraite et rejoigne l'organisation comme membre de la direction. Il joua plutôt 9 saisons de plus avec les Wings, soit une saison de plus que son temps à Chicago.

Pat Verbeek avec les Red Wings

Continuant dans la rigolade avec un futur coéquipier de Chelios à Détroit, nul autre que ''the little ball of hate'', Pat Verbeek.

L'actuel DG (certains diraient malfamé) des Ducks d'Anaheim était une peste partout où il a joué. En 1996-97, il signa avec les Stars de Dallas, avec qui il remporta la coupe en 1999. Il était donc bien positionné comme acteur durant cette féroce époque fin 90's début 2000, particulièrement dans l'ouest où l'on peut dire qu'il s'agissait d'une conférence à trois équipes avec les Stars, l'Avalanche et les Red Wings.

Après la victoire de 1999, son contrat prit fin avec les Stars qui voulaient réduire les coûts et se rajeunir, et ils le laissèrent partir. Verbeek dut cependant patienter plusieurs mois et aucune équipe ne lui avait encore fait signe lorsque la saison 1999-2000 débuta. C'est finalement à la mi-novembre qu'il trouva preneur, passant au clan ennemi avec les Red Wings qui lui offrirent un contrat de deux saisons.

Le jour de son embauche, les Red Wings étaient justement à Dallas pour y affronter les Stars en soirée et Verbeek put donc rapidement rejoindre sa nouvelle équipe dans le vestiaire opposé à celui où il avait son casier lors des trois saisons précédentes. Lors de son entrée dans le vestiaire des Wings, son nouveau coéquipier Kris Draper sursauta et demanda à un soigneur «What the fuck is Verbeek doing here?», croyant qu'il était de retour avec les Stars et qu'il cherchait la bagarre dans le vestiaire ennemi. Le soigneur lui expliqua qu'il venait tout juste de signer avec eux et Draper exprima alors un soupir de soulagement, préférant l'avoir dans son équipe que d'avoir à lui faire face.

À Detroit et maintenant âgé de 35 ans, Verbeek connut une bonne saison en 99-00 avec 22 buts et 24 passes en 68 matchs. L'année suivante, Verbeek obtint 15 buts et 15 passes. C'est durant cette saison que Verbeek franchit le plateau impressionnant des 500 buts et des 1000 points en carrière.

Les Red Wings n'appréciaient toutefois pas leurs récentes défaites expéditives en séries et effectuèrent un reboot durant l'été 2001. La plupart du temps on entend parler d'un «virage jeunesse» au sein d'une équipe mais les Red Wings de 2001-02 effectuèrent plutôt un «virage vieillesse». Verbeek aurait possiblement pu cadrer dans cet environnement à 37 ans mais les Wings le laissèrent toutefois aller en faveur de Luc Robitaille et Brett Hull en plus de Dominik Hasek dans les buts. Difficile de contredire que c'était une upgrade...

Verbeek signa alors un nouveau contrat d'un an avec les Stars où il effectua un retour plutôt anonyme pour une dernière saison en 2001-02. Ayant perdu graduellement des plumes depuis la conquête de 1999, les Stars furent exclus des séries en 2002 et Verbeek n'obtint que 7 buts et 20 points pour cette dernière saison. 


Guy Lapointe avec les Bruins

On pourrait mettre plein d'anciens glorieux dans un uniforme ennemi, comme Guy Lafleur avec les Nordiques, Jacques Plante avec les Maple Leafs ou bien Mats Naslund avec les Bruins (dont j'ai déjà parlé). Les autres membres du ''Big 3'' et tant d'autres ont eux aussi terminé leur carrière ailleurs (Robinson à L.A, Savard à Winnipeg, etc) mais pour moi, l'ultime ''mon oeil saigne'' fut lors de la saison 1983-84 lorsque Guy Lapointe signa comme agent libre avec les Bruins. 

Après avoir surfé sur la vague de la dynastie des années 70 du CH, Lapointe perdit de la vitesse, étant finalement échangé aux Blues de St.Louis en mars 1982. Après une saison complète à St.Louis, il se ramassa dans le vestiaire de ceux qu'il avait aidé à éliminer à maintes reprises quelques années auparavant.

Anecdote cocasse pour rajouter au malaise: lors de son arrivée à Boston, Lapointe demanda de garder son fétiche numéro 5, ce que les dirigeants de l'équipe lui accordèrent, malgré le statut du numéro comme étant retiré en l'honneur du légendaire Dit Clapper. La famille de se dernier s'indigna et Lapointe changea de numéro pour le 27 après une douzaine de parties.


C'est donc tout, mais j'ai plusieurs autres joueurs en back-up. Des suggestions?


Sources:
Jaromir Jagr returns to the NHL, signs one-year deal with new-look Flyers, StarTribune, 1er juillet 2011
Scott Gomez’s Career: From Devils Rookie to Redemption, Allaboutthejersey.com, 5 sept. 2016
Chris Chelios was stunned by trade, ESPN, 17 nov. 2014
Book excerpt: Move from Chicago to Detroit rough for Chelios, Detroit Free Press, 11 oct. 2014
Quand Pointu parle, les Bruins écoutent, La Presse, 14 oct. 1983

dimanche 30 août 2026

Petites photos pour le plaisir #109 - Michel Bergeron aux Enfants de la télé


 

J’ai récemment eu l’occasion d’assister à l’enregistrement de l’émission Les enfants de la télé, à Radio-Canada.

Les invités étaient les comédiens Bruno Marcil et Shelby Jean-Baptiste.  Quant au troisième invité, il s’agissait de nul autre que le Tigre, Michel Bergeron.  Maintenant âgé de 80 ans, il a accepté de sortir de sa récente retraite pour cette présence à l'émission.

Voici donc quelques photos que nous pouvions prendre pendant les pauses.

Le Tigre, Shelby Jean-Baptiste, l'animateur André Robitaille, Bruno Marcil et l'animatrice Mélanie Maynard

En grande forme, détendu et drôle, il nous a fait passer une belle soirée avec ses anecdotes. 

Si ça vous intéresse, il s’agit d’une activité plaisante qui, pour ceux qui ne connaissent pas bien ce domaine, permet d’un peu mieux comprendre l’envers du décor.  De plus, il s’agit d’une activité plus qu’abordable, puisque c’est gratuit.

Bergeron et les deux animateurs
 

L’émission sera diffusée à un moment à être déterminé cet hiver. À écouter à ce moment pour plus de détails.

L'ancien entraîneur et Mélanie Maynard

dimanche 23 août 2026

R.I.P. Bill Rasmussen

 

Bill Rasmussen est décédé mercredi dernier. Âgé de 93 ans, il souffrait de Parkinson depuis quelques années. Peut-être qu’à prime abord, son nom ne vous fit rien. Pourtant, comme fondateur d'ESPN, il a eu un impact majeur sur le monde du sport. 


 

Avant de devenir directeur des communications des Whalers de la Nouvelle-Angleterre en 1974, alors toujours dans l’Association mondiale de hockey (AMH), Bill Rasmussen avait travaillé dans le domaine de la radio, de la publicité, puis il a été directeur des sports, et ensuite directeur des informations pour une station de télé de Springfield, au Massachussetts. 

Alors qu’il était à l’emploi des Whalers, une partie de son travail consistait à monter une émission hebdomadaire qui montrait les faits saillants de la semaine. Il devait ensuite aller livrer la cassette à neuf câblodistributeurs de la région. Il cherchait alors aussi une façon de distribuer les matchs des Whalers et le contenu sportif émanant de l’Université du Connecticut. 

À la conclusion de la saison 1977-78, Rasmussen, comme plusieurs de ses collègues travaillant dans les bureaux des Whalers, furent congédiés. 

Moins d’un mois après son congédiement, Rasmussen se remit à retravailler sur son concept de distribuer son contenu aux câblos du coin. Il les convoqua pour leur présenter son idée. Seulement la moitié se présenta. On lui expliqua alors aussitôt que techniquement, la tâche serait difficile, parce que tous n’avaient pas la même méthode de réception du contenu. De nombreuses sources leur envoyaient leur matériel par micro-ondes, qu’ils devaient ensuite amplifier avec leurs propres antennes. 

L’un d’eux lui suggéra de contacter RCA pour discuter de transmission satellite, une technologie dont Rasmussen ignorait tout. Lorsqu’il les appela, on s’empressa de le rencontrer pour lui offrir de l’espace disponible (et à ce moment, il y avait beaucoup de capacité excédentaire) sur cette nouvelle technologie, le SATCOM 1, qui pouvait transmettre du contenu à n’importe quelle station de réception en Amérique du Nord. Le problème, c’est qu’il y avait encore bien peu de ces stations. 

Ne pouvant recevoir le représentant de RCA dans ce qui lui servait de bureau, il loua une salle de conférence chez l’un des câblos. 

Son interlocuteur lui expliqua qu’une période de cinq heures de transmission satellite par jour, sept jours sur sept, coûtait 1250$ par jour. Ça pouvait paraître raisonnable, mais il demeurait que Rasmussen n’avait pas vraiment d’argent et plus d’emploi. 

Le représentant de RCA lui dit alors qu’un forfait annuel 24 heures sur 24, 365 jours par année était aussi disponible pour 35000$ par mois, mais qu’il suscitait bien peu d’intérêt et qu’il ne le mettait plus de l’avant. 

Rasmussen y réfléchit, et comme son prix de revient était de 1143$ par jour, moins qu’un forfait de cinq heures, c’est ce qu’il choisit. L’entente exigeait un premier paiement dans trois mois. C’est donc le temps qu’il avait pour donner une forme à son projet. Le moment venu, il dut alors remplir sa carte de crédit pour faire cette avance initiale de 9000$. 

Deux éléments lui apparurent et à lui et son fils, avec qui il travaillait. D’abord, il se demanda comment il ferait pour remplir autant d’heures de programmation. Par contre, la technologie du satellite faisait en sorte que contrairement à son plan initial, il n’avait pas à se limiter au Connecticut. C’est alors que la solution leur apparut. La NCAA, avec sa multitude d’universités, pouvait leur fournir une quantité astronomique de contenu. De plus, se souvenant comment, alors qu’il travaillait â la télé, il était frustré d’être limité â des capsules de 4 minutes pour présenter les nouvelles du sport, il eut l’idée d’en faire un bulletin d’une demi-heure. Ceci avait l’avantage de peupler la grille-horaire, surtout en le répétant plusieurs fois par jour, en plus de fournir du contenu peu coûteux. Ce fut le début du concept de SportsCenter. Toutefois, au début, l’idée fut reçue avec scepticisme. 

Il fallait donc convaincre la NCAA, s’acheter du matériel technique et se trouver un site. Toutefois, sa carte de crédit ne suffisait plus, puisque tout ça coûtait évidemment cher. Il fallait donc en plus trouver des investisseurs. Et pour les trouver, il fallait leur démontrer une capacité â générer des revenus. Et comme les câblos n’étaient pas intéressés à lui payer un frais d’abonnement, il fallait donc trouver des commanditaires. Par contre à ce moment, l’autre canal câblé, HBO, fonctionnait plutôt avec des abonnements. ESPN reviendra à ce modèle d’affaires en 1983. 

Il y avait donc beaucoup de pain sur la planche. 

Il y eut plusieurs allers-retours vers les bureaux de la NCAA, au Kansas, Ceux-ci étaient particulièrement intéressés à mettre en lumière des sports qui, jusque-là, en recevaient bien peu. Une entente fut signée finalement signé en février 1979. Ce même mois, un investisseur majeur avait été trouvé à un endroit surprenant. Une compagnie de pétrole, Getty Oil, accepta alors de sortir son chéquier, en investissant 10,4 millions $. Celle-ci voulait diversifier ses investissements, mais il demeure que c’était un pari risqué. Ceci aida toutefois bien sûr à donner de la crédibilité au projet.

Les événements se sont ensuite enchaînés. La rivalité Larry Bird – Magic Johnson aida à augmenter la popularité du basketball universitaire. Getty Oil investit 15 millions $ supplémentaires, devenant ainsi largement majoritaire. Et du côté des commanditaires, Anheuser-Busch signa pour plus d’un million. D’autres suivirent. Rasmussen réussit à attirer l’attention et créer un certain engouement autour du projet. 

Du côté du personnel, on réussit un grand coup de filet en convainquant Chet Simmons, le président de NBC Sports, de se joindre à l’entreprise. Dans son cas, il s’agissait d’un pari professionnel audacieux. Toutefois, Stuart Evey, le représentant de Getty Oil, lui assura qu’il serait en charge, sans toutefois le mentionner à Rasmussen. 

On signa aussi une entente avec un premier câblodistributeur prêt à offrir la station à ses abonnés. Celui-ci était bien loin du Connecticut. Il était plutôt au Colorado. 

Du côté professionnel, ce fut un peu plus difficile. Rasmussen rencontra la NFL, mais le commissaire Pete Rozelle lui répondit que le concept était intéressant, mais que c’était trop tôt. On trouva donc d’autre contenu pour remplir la grille 24/7, comme de la balle molle, du tir de tracteur, du football australien, des rodéos et du hurling irlandais. 

C’est finalement le 7 septembre 1979 qu’ESPN (Entertainment and Sports Programming Network) entra en ondes, dans des studios pas encore tout à fait terminés. La NFL n’y sera qu’à partir de 1987. Le baseball majeur y sera en 1989. 

La première émission diffusée fut un match de la World Series of Professional Slow Pitch Softball. Malheureusement pour eux, l’une des équipes était le Schlitz de Milwaukee. Schlitz étant un compétiteur direct de Budweiser, la marque du commanditaire principal d'ESPN, Anheuser-Busch, on décida de se contenter de les nommer ″Milwaukee″. Ce ne fut évidemment pas le seul moment cocasse des débuts de la nouvelle station. 

L’atmosphère de travail à cette époque était empreinte de testostérone, alors qu’on retrouvait dans les studios de la petite ville isolée de Bristol, Connecticut un mélange de travail intense et de fête sans fin. Toutefois, Simmons et Rasmussen n’avaient pas la même lecture de leurs rôles respectifs, ce qui créa bien sûr des frictions. De plus, Simmons ne voulait plus de l’implication de Scott, le fils de Rasmussen.

Le 30 septembre 1980, il fut annoncé que Bill Rasmussen quittait l’entreprise. Il en demeura toutefois actionnaire. 

Par ailleurs, la profitabilité n’était pas encore au rendez-vous. On dut donc amener un autre partenaire En 1982, ABC paya 20 millions $ pour 10% de la compagnie. Cette dernière lui fournit du contenu et apporta des synergies. 

En 1984, ABC racheta avec Nabisco les actions de la famille Rasmussen et celles de Texaco (qui avait acheté Getty Oil). Les sources divergent quant au montant que les Rasmussen ont obtenu. Certains parlent de 6 millions, d’autres 20 millions. 

Bill Rasmussen fut ensuite écarté de l’entreprise qu’il avait fondée jusqu’en 1999, alors que le président du moment l’invita pour le vingtième anniversaire. 

Par la suite, Rasmussen a investi et s’est impliqué dans différentes entreprises, dont un tournoi de la PGA. Il a aussi eu comme projet de construire un stade de golf (?) en Floride. Toutefois, le projet ne se matérialisa pas. Il y eut des enquêtes pour corruption et Rasmussen plaida finalement coupable à des accusations réduites de fraude en échange de sa collaboration. 

Il demeure toutefois qu'il a eu une influence majeure sur la diffusion de contenu sportif, 


Sources: 

Miller, James Andrew and Shiles, Tom, Those Guys Have All the Fun, Inside The World of ESPN, 2011, Little Brown, chapter 1, 

Sarver Coombs, Danielle and Batchelor, Bob, American History through American Sports, From Colonial Lacrosse to Extreme Sports, Bloomsbury Publishing, 2012, chapter 1, 

Deninger, Dennis, Live sports media: the what, how and why of sports broadcasting, Routledge, New York, 2022, chapter 1, 

″ABC expected to bid for ESPN″, AP, April 27 1984, Windsor Star, page C2, 

″ESPN has hand in changing American sports landscape″ de Gerald Eskenazi, New York Times News Service, Washington Observer-Reporter, page C1, 

″On the Air″ de Sara Powers Bailey, October 25 1989, Sarasota Herald-Tribune, page C1, 

″Station proves it can handle the big event″, AP, November 24 1995, Lewiston Sun-Journal, page 4C,

″Founder of ESPN tells tale″ de Pete Warner, April 3 1997, Bangor Daily News, page C1, 

″Sports giant ESPN not even considering calling time out″ de Gary D’Amato, December 16 1997, Toledo Blade, page 44, 

″Lighthouse Project – History: Stadium was biggest public corruption scandal in local history″ de Brittany Shammas, April 2, 2012, Naples News (archive.naplesnews.com), 

″Bill Rasmussen, Sports TV visionary and co-founder of ESPN, dies at 93″, August 18, 2026, ESPN (espn.com), 

″Bill Rasmussen’s legacy: He made ESPN part of your family″ de Andrew Marchand, August 19, 2026, New York Times (nytimes.com), 

bill-rasmussen-speaker.com, wikipedia.org.

 

mardi 11 août 2026

Petite photo pour le plaisir #108 - Barons Bus


 

Si vous nous lisez depuis un moment, vous savez que nous avons une fascination pour l’éphémère équipe de l’Ohio, les Barons de Cleveland. Les horribles Golden Seals de la Californie avaient déménagé sur le bord du lac Érie en 1976. Bien qu’ils arboraient l'un des plus beaux (sinon le plus beau) chandails de l’histoire de la LNH, les résultats sur la patinoire ne furent pas mieux que sur la côte ouest. L’aventure dura deux ans, alors qu’en 1978, ils fusionnèrent avec un autre canard boiteux, les North Stars du Minnesota, dans une transaction compliquée et inhabituelle. 

Ces Barons avaient été précédés par d’autres Barons, qui eux ont joué dans la Ligue américaine de 1937 à 1973. Ils furent d’ailleurs l’une franchise emblématique de cette ligue, remportant neuf Coupes Calder. Pendant la période des six équipes dans la Ligue nationale, on spécula qu’ils auraient pu être supérieurs à certaines équipes de la LNH. 

Pendant cette même période, il fut même question qu’ils accèdent à la grande ligue, chose ne se matérialisa finalement jamais. 

 

Récemment, j’ai vu dans les rues de Montréal un autobus qui a attiré mon attention. D’abord, l’entreprise s’appelle Barons Bus. De plus, le véhicule était immatriculé en Ohio. Quant au logo, bien qu’il ne soit pas une copie conforme, le geek en moi n’a pas pu s’empêcher de faire un rapprochement avec le logo des anciens Barons. 

L'équipe de hockey vs la compagnie d'autobus

 

Après vérification sur leur site, on peut voir que l’entreprise est effectivement basée à Cleveland. On peut aussi lire qu’elle a été fondée en 2012, mais nulle part fait-on un rapprochement avec la défunte équipe de hockey, bien que wikipedia le mentionne. Mais la ressemblance est indéniable.

En plus, les couleurs sont les mêmes que celles de l'ancienne équipe de la Ligue nationale. 

Sources : baronsbus.com, wikipedia.org.