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mardi 7 janvier 2025

Histoires de coupes: 1994

 




Chaque édition de champions qui se retrouve inscrite annuellement sur le trophée comporte son lot d'histoire et de petits détails fascinants. Il y a bien sûr des joueurs vedettes que l'on reconnait inévitablement, mais moi, ce que je préfère, ce sont évidemment les joueurs no-names ou ceux que je ne me souvenais pas qu'ils avaient joué avec l'équipe ou même qu'ils avaient gagné la coupe. Parfois aussi, ce sont les membres du staff qui me fascinent. 

Donc, au cours du texte, je porte mon choix sur un ou deux joueurs qui détonnent du lot par leur présence.

Chapitres précédent: 1990, 1991, 1992, 1993


Rangers de New York - 1994

Joueurs: Mark Messier (Captain), Eddie Olczyk, Sergei Nemchinov, Craig MacTavish, Mike Hudson, Alexei Kovalev, Adam Graves (A), Esa Tikkanen, Brian Noonan, Greg Gilbert, Mike Hartman, Nick Kypreos, Joe Kocur, Steve Larmer (A), Stéphane Matteau, Glenn Anderson, Brian Leetch (A), Kevin Lowe (A), Doug Lidster, Sergei Zubov, Jeff Beukeboom, Jay Wells, Alexander Karpovtsev, Glenn Healy, Mike Richter

Staff: Neil Smith (President/General Manager/Governor), Robert Gutkowski (Alt. Governor), Stanley Jaffe (Alt. Governor), Kenneth Munoz (Alt. Governor), Larry Pleau (Asst. General Manager), Mike Keenan (Head Coach), Colin Campbell (Associate Coach), Dick Todd (Asst. Coach), Matthew Loughran (Manager of Team Operations), Barry Watkins (Director of Communications), Christer Rockstrom (Scout), Tony Feltrin (Scout), Martin Madden (Scout), Herb Hammond (Scout), Darwin Bennett (Scout), Dave Smith (Medical trainer), Joe Murphy (Equipment trainer), Mike Folga (Equipment Manager), Bruce Lifrieri (Massage Therapist)

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Comme les Canadiens en 1993, les Rangers de 1994 étaient très différents des années précédentes. Le DG Neil Smith avait passé pas mal de temps à peaufiner et à transiger à gauche et à droite afin de finalement se monter une équipe championne. Il avait principalement pigé dans la cour des Oilers d'Edmonton alors que 7 joueurs de 1994 avaient auparavant gagné la coupe à Edmonton. Il s'agissait de Mark Messier, Adam Graves, Esa Tikkanen, Glenn Anderson, Kevin Lowe, Jeff Beukeboom et Craig MacTavish. Plusieurs vont même jusqu'à extrapoler que la coupe de 1994 des Rangers est la 6e coupe de la dynastie des Oilers, ce qui est un peu tiré par les cheveux, mais juste un peu...

En fait, entre l'édition 1992-93 et celle championne de 1993-94, il y avait tous ces ajouts et départs:

Départs: Tony Amonte, Mike Gartner, Darren Turcotte, Doug Weight, James Patrick, Phil Bourque, John Vanbiesbrouck, Jan Erixon, Peter Andersson, Paul Broten, Steven King, Joe Cirella, Randy Gilhen

Ajouts: Stéphane Matteau, Glenn Anderson, Steve Larmer, Craig MacTavish, Brian Noonan, Doug Lidster, Mike Hudson, Greg Gilbert, Nick Kypreos, Glenn Healy

Pour Glenn Anderson, c'était pas d'Edmonton mais plutôt en provenance de Toronto qu'il avait abouti alors que c'est là qu'il jouait depuis 1991. Pour faire son acquisition, les Rangers avaient envoyé Mike Gartner aux Maple Leafs et ce seulement quelques semaines avant la conquête, soit en mars 1994 à la date limite des transactions, ce qui nous fait un peu de peine pour Gartner qui aurait bien mérité une coupe pour sa longue et prolifique carrière.

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Un autre fait notable sur cette édition de 1994 est qu'on retrouve pour la première fois gravés sur la coupe des noms de joueurs nés et formés en Russie avec Alex Kovalev, Sergei Zubov, Alexander Karpotsev et Sergei Nemchinov

Nemchinov, Kovalev et Zubov tenant le chandail de leur ancien coéquipier Alexander Karpotsev, lui qui décéda tragiquement dans l'écrasement d'avion du Lokomotiv Yaroslav en 2011.

Les Canadiens de 1993 sont passés près d'être la première équipe à ce niveau alors qu'il y avait un certain Oleg Petrov dans l'alignement. Cependant, Petrov ne se qualifiait pas pour le nombre de matchs et n'avait pas joué en finale, seulement un match en première ronde.

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Parmi les noms des joueurs gravés, si vous regardez de près la photo vous allez remarquer quelques anomalies. Le première rangée de joueurs est toujours réservée au capitaine et ses assistants. Ensuite, les joueurs devraient normalement être gravés en ordre alphabétique. Mais ici on voit Steve Larmer en premier, ce que je croyais être une erreur, mais non il était lui aussi un des assistants de Messier et est donc logiquement à la suite des autres.

Ensuite, après Sergei Zubov, on retrouve 4 noms de «trainers», soit des entraîneurs sportifs ou thérapeutes. Normalement, ces gens sont gravés avec les autres membres du staff dans le haut. Peut-être que la personne en charge de la gravure avait skippé une ligne et ne pouvait évidemment plus revenir en arrière...


Ensuite, après ces trainers, on retrouve Ed Olczyk et Mike Hartman, deux joueurs. Vous pouvez même voir que le graveur a eu de la misère, particulièrement pour Olczyk... On dirait aussi que les noms s'approchent dangereusement du repli dans le bas de la bande de noms.

En fait, les noms d'Olczyk et Hartman ont simplement été ajoutés plus tard, suite à une demande de l'équipe. Les deux noms avaient été initialement donnés par l'équipe pour être gravés mais ils furent ensuite omis car les deux ne se qualifiaient pas. Olczyk avait subi une grave blessure au pouce durant la saison et n'avait pu jouer que 37 matchs. Quand vint le temps des séries, Olczyk était désormais réserviste et ne joua qu'un seul match, durant la finale de conférence contre les Devils. 

Le même scénario s'était produit pour Mike Hartman, lui qui n'avait joué que 35 matchs en saison et aucun en séries. 

Comme ils avaient quand même accompagné l'équipe durant l'entièreté de la saison et les séries, l'équipe fit pression auprès de la LNH pour les faire ajouter au trophée.

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Il y a donc une bonne quantité de joueurs qui se qualifient comme choix «LVEUP» dans le genre «qu'est-ce qu'il fait là lui?». Celui qui détonnerait normalement le plus serait le défenseur Doug Lidster, lui qui venait lui aussi d'arriver avec les Rangers et qui dut se mesurer à ses anciens coéquipiers de longue date lors de cette finale, alors qu'il avait passé les 10 saisons précédentes à Vancouver. Cependant j'ai déjà écrit un texte sur lui alors je vais aller voir ailleurs.

J'ai donc choisi l'attaquant Greg Gilbert. Cet attaquant de soutien avait joué l'entièreté des 23 matchs en séries pour les Rangers de 1994, amassant 1 but et 3 passes. Avant de signer comme agent libre avec l'équipe à l'été 1993, il avait précédemment joué avec les Blackhawks et avant ça avec les Islanders de 1982 à 1989. Comme joueur recrue avec les Islanders en 1981-82, il avait seulement joué un match en saison et quatre en séries, dont aucun en finale, ce qui le disqualifiait pour avoir son nom gravé sur la coupe.


Cependant en 1982-83, lors de la dernière des quatre conquêtes d'affiliée des Islanders, il joua 45 matchs en saison et 10 en séries, dont un en finale contre les Oilers. Cela lui permit d'avoir une première bague. Avec cette deuxième conquête 11 ans plus tard avec les Rangers, il devint le premier et seul joueur à ce jour à remporter la coupe avec les deux clubs newyorkais de la LNH.

Pour ce qui est du staff, celui qui détonne le plus est Larry Pleau, qui était alors assistant DG à Neil Smith. J'ignorais totalement ce passage à New York pour sa part, lui qui est davantage associé aux Blues (DG de 1997 à 2010) et aux Whalers (DG 1981-83 et coach 1980-82). Il était en fait en poste avec les Rangers depuis 1989 et quittera en 1997 pour St.Louis.

Il y a aussi Martin Madden qui détonne du lot. Longtemps directeur du recrutement des Nordiques de 1980 à 1988 et ensuite directeur général de ces derniers jusqu'en 1990, Madden venait de se retrouver du boulot au bon moment avec les Rangers alors qu'il s'agissait de sa première année avec eux en 1994. Il n'y sera d'ailleurs que durant cette seule saison. Il refit surface en 2000-01 comme recruteur avec le Canadien avant de devenir assistant-dg à André Savard pendant deux saisons.


C'était donc les gravures de 1994. On se revoit en 1995 avec les Devils.

dimanche 5 janvier 2025

Net Worth



Au fil des ans, la CBC a produit plusieurs films et séries reliées au hockey très intéressants (qui sont malheureusement rarement traduits par Radio-Canada). Je me souvenais d’avoir lu le livre ″Net Worth : Exploding the Myths of Pro Hockey″, paru en 1991, dont une section avait inspiré un film présenté par CBC en 1995, que j’avais vu et apprécié, mais qui, à ce que je sache, n’avait pas été rediffusé depuis longtemps.

Lorsque, par hasard, je suis tombé sur le DVD que je pouvais acheter pour quelques dollars, j’ai sauté sur l’occasion. (Je me suis ensuite rendu compte qu’il était disponible sur youtube, mais bon, ce n’est pas très grave…)


L’histoire met principalement l’emphase sur les Red Wings de 1956-57. Après avoir dominé la première moitié des années 1950, Détroit vient de perdre la finale contre Montréal. Le camp d’entraînement débute et le directeur-gérant Jack Adams se montre sans merci. Il insulte ses joueurs, même ses vedettes, et dispose sans hésitation de ceux sur la pente descendante, incluant ceux qui avaient accepté de jouer blessés.

À cette époque, les salaires sont tabous et Adams se sert de ceci pour négocier (ou devrait-on dire imposer) des salaires les plus bas possibles. On apprend plus tard qu’Adams est payé en fonction ce qu’il reste du budget une fois les joueurs payés. Il utilise donc toutes les tactiques de manipulation possibles pour obtenir les meilleures aubaines possibles. Gordie Howe est présenté comme un grand naïf qui veut surtout jouer au hockey et qui avale toutes les salades d’Adams. Ce dernier lui laisse choisir son salaire, mais seulement après lui avoir présenté un constat plutôt larmoyant de la situation. Howe se montre donc très ″raisonnable″.

Ted Lindsay se montre toutefois moins crédule et négocie plus serré, bien qu’à ce moment, les joueurs, souvent sans éducation, n’ont pas d’agent et que sa demande de consulter un avocat est considéré comme un outrage par Adams. Alors qu’il pense avoir fait quelques gains, Adams lui retire son titre de capitaine.

Lindsay consulte alors un avocat new yorkais. Celui-ci a eu accès aux livres des équipes américaines par l’entremise d’une commission sur le crime organisé. Les quatre équipes au sud de la frontière sont contrôlées de près ou de loin par la famille Norris. En tant que propriétaire d’arénas, James D. Norris est impliqué dans le monde de la boxe, qui a très mauvaise réputation, a donc de mauvaises fréquentations et se retrouve mêlé à cette commission. L’avocat lui explique donc que les profits sont cachés dans les livres des arénas. Si les propriétaires prétendent à peine faire leurs frais avec leurs équipes et qu’ils le font par pure passion, il en demeure que sur une base globale, ils s’en mettent plein les poches, mais dans d’autres entités.

Lindsay décide donc qu’il serait temps de mettre sur pied une association des joueurs. Même si un syndicat aurait l’avantage de se trouver sous les lois du travail, ce terme a une connotation très négative, et Lindsay préfère une association.

Il profite donc du match des étoiles à Montréal pour établir des contacts avec des adversaires. Il faut dire que comme le repêchage n’existe pas encore, les joueurs sont développés par une équipe depuis leur jeune âge. Les échanges existent, mais ils ne sont pas si nombreux et évidemment la notion d’agent libre n’existe pas. Il en résulte donc un sentiment d’appartenance assez fort envers leur équipe. De plus, comme il n’y a que six équipes, on s’affronte souvent. Par conséquent, les joueurs ne fraternisent pas avec les adversaires. Ajoutons à cela que Lindsay est un joueur robuste, pour ne pas dire salaud et n’est pas le plus populaire parmi ses pairs. Malgré cela, il réussit tout de même à établir des contacts avec des joueurs des autres équipes (entre autres Jim Thomson à Toronto, Doug Harvey à Montréal et Gus Mortson à Chicago).

Des réunions sont tenues et finalement, 119 des 120 joueurs acceptent de former une association, incluant Gordie Howe, bien qu’avec réticence. Même si les demandes du groupe sont plutôt anodines, la réaction de la ligue est virulente.

Lorsque Larry Suharchuk, un personnage fictif, meurt dans l’auto où il habite après avoir été libéré par les Wings sans cérémonie et être tombé dans l’indigence, l’opinion de Lindsay se radicalise et il décide donc que c’est un syndicat qu’il leur faut.

La scène où les gouverneurs expliquent à Lindsay que les statuts de la ligue empêchent les joueurs d’être syndiqués, mais que les mêmes statuts indiquent qu’il est aussi interdit aux joueurs de voir les dits statuts montre toute la condescendance qu’éprouvent les propriétaires envers eux.

Comme vous le savez peut-être, les joueurs finirent par plier en échange de quelques concessions mineures et abandonnèrent Lindsay. Ce dernier fut échangé à Chicago, équipe misérable de cette période, tout comme Jim Thomson.

C’est Aidan Devine qui joue Lindsay. Celui qu’on a aussi vu dans ″De l’amour et des restes humains″ de Denys Arcand et dans ″The Arrow″ a d’ailleurs remporté un prix Gémeau pour son interprétation. Il s’acquitte très bien de sa tâche, mais selon moi, c’est Al Waxman qui se démarque le plus. Son Jack Adams est détestable, manipulateur, vulgaire (il traite les Canadiens de frogs à quelques reprises) en plus d’être au service des propriétaires, même s’il est lui-même un ancien joueur. Parmi ses nombreux rôles, Waxman, aujourd’hui décédé, est surtout connu de ce côté-ci de la frontière pour avoir joué le rôle principal dans le téléroman ″King of Kensington″. On retrouve d’ailleurs une statue à son effigie au Kensington Market, à Toronto. Aux États-Unis, on le connait surtout pour son rôle du lieutenant dans la série policière ″Cagney & Lacey″.

Soulignons aussi la présence de Carl Marotte, notre Pierre Lambert national, qui joue un Marty Pavelich en fin de carrière et assez favorable aux projets de Lindsay.

Dans une entrevue sur le DVD, Lindsay explique qu’Adams, en plus d’être détestable, était un mauvais homme de hockey qui, en l’échangeant avec Glenn Hall pour mater la rébellion tout en obtenant peu en retour, a causé des torts immenses aux Wings. Il faut dire qu’après la Coupe de 1954-55, il leur faudra attendre à 1996-97 avant de la remporter à nouveau, tout en passant par une longue traversée du désert. Ironiquement, Adams a été élu au Temple de la renommée quelques années plus tard, en 1959, et le trophée du meilleur entraîneur, instauré en 1974, porte son nom.

Dans la même entrevue, Lindsay affirme que suite à la sortie du film, sa relation avec Gordie Howe, dépeint comme mou et à la limite collaborateur, s’est détériorée. Quelques années plus tard, en 2013, CBC a produit une très bonne série ayant comme sujet le passage de Howe avec les Aeros de Houston de l’AMH, où il paraît beaucoup plus affirmé.


Bruce Norris, qui est officiellement le propriétaire des Red Wings, est présenté comme un insignifiant, oeuvrant dans l’ombre de son frère Jim (ou James D), le propriétaire des Hawks. Malgré son implication avec la pègre, il est aujourd’hui au Temple de la renommée, tout comme son frère Bruce.

La reconstitution de l’époque est intéressante, tout comme la leçon d’histoire. Évidemment, il s’agit du point de vue de Lindsay, mais si le cœur vous en dit, je vous le recommande.

Sources :

″The mean season – A TV drama revisits the old, cold, NHL″ de James Deacon, November 27, 1995, MacLean’s, page 57.

jeudi 2 janvier 2025

Quiz hardcore LVEUP - Bruins de Boston




C'est l'heure de retourner dans le hardcore avec un autre quiz LVEUP. 

Cette fois-ci on va faire une vieille équipe désormais centenaire, les Bruins de Boston.

Bonne chance! Partagez-nous votre score dans les commentaires ou sur Facebook ou sur Twitter.

Pour d'autres quiz du genre, cliquez ici.


dimanche 29 décembre 2024

Billy Smith








Au cours du temps des fêtes, qui n’est pas encore tout à fait terminé, on mentionne parfois le personnage du grincheux de Noёl. Ceci m’a donné l’idée d’écrire un billet au sujet du grincheux du hockey.

Billy Smith est originaire de Perth, dans l’est ontarien. Il débuta donc son stage junior dans la ville voisine de Smiths Falls de la Ligue centrale junior A en 1967. À cette époque, cette ligue pouvait aspirer à la Coupe Memorial. De plus, les équipes d’une même ligue pouvaient se prêter des joueurs en vue du tournoi. C’est ainsi que Smith fut prêté aux Castors de Hull pour le tournoi de 1969. Ce furent finalement les Canadiens Jr. qui remportèrent la vénérable coupe.

Pour la saison 1969-70, on mit sur pied la Ligue de hockey junior majeure du Québec (LHJMQ), en fusionnant la Ligue de hockey junior du Québec et la Ligue junior Montréal Métropolitain. Les Royals de Cornwall quittèrent alors la Ligue centrale pour se joindre à la nouvelle ligue. Smith suivit et se joignit alors aux Royals.

Si Cornwall était alors une équipe assez ordinaire, Smith attira l’attention en jouant tous les matchs sauf un. Il fut donc repêché en 5e ronde (58e au total) par les Kings de Los Angeles.

Assigné aux Kings de Springfield de la Ligue américaine l’année suivante, Smith et ses coéquipiers causèrent une surprise, alors qu’après une saison moyenne, ils remportèrent la Coupe Calder.

Smith retourna à Springfield pour la saison 1971-72, tout en parvenant à jouer ses cinq premiers matchs dans la LNH. Par contre, les Kings venaient de faire l’acquisition de Rogatien Vachon des Canadiens. Avec la présence de Gary Edwards, il n’y avait plus d’espace devant le filet des Kings. Smith fut donc laissé sans protection et fut choisi par les Islanders au repêchage d’expansion de 1972.

C’est avec Gerry Desjardins que Smith partagea le filet de la nouvelle équipe. Au 2e match, Smith fut crédité de la première victoire des Islanders, contre la formation qui l’a laissé partir, Los Angeles.

Smith fut ensuite joint par Glenn "Chico" Resch, avec qui il forma un duo suivant le départ de Desjardins pour l’AMH en 1974-75.

Les deux se partagèrent la tâche plus ou moins également pendant plusieurs années alors que la surprenante jeune équipe progressa plus rapidement que prévu.

Le 28 novembre 1979, alors que les Islanders connaissaient un début de saison très décevant, ils allèrent jouer au Colorado, contre les minables Rockies. Smith fit alors les manchettes pour une raison inusitée. C’est Resch qui débuta le match devant le filet des Isles, mais il fut remplacé par Smith. En 3e période, les Islanders écopèrent d’une pénalité à retardement. Bill McKenzie quitta alors le filet du Colorado. À ce moment, le défenseur Rob Ramage envoya par inadvertance la rondelle dans son propre filet. On accorda d’abord le but au défenseur Dave Lewis, mais après la fin du match, on se ravisa pour finalement le mettre à la fiche de Smith. Si c’était déjà arrivé dans les mineures (par Michel Plasse), c’était la première fois que ça arrivait dans la Ligue nationale. La contribution de Smith ne fut toutefois pas suffisante pour éviter la défaite aux Islanders, 7-4. Seulement 7112 spectateurs ont assisté à ce moment historique.

À ce moment, Smith s’était développé une réputation de gardien très intense. Dans la chambre, ses coéquipiers affirmaient qu’il y avait un cercle imaginaire autour de son casier. Si quelqu’un s’y aventurait alors qu’il était dans sa préparation, c’était au péril de sa vie. Si au cours d’un entraînement, un coéquipier avait le malheur de lancer haut, l’effet était le même. Quant à sa relation avec les journalistes, elle était pour le moins froide.

Par contre, c’est avec ses adversaires qu’il fut le plus sans pitié. Il n’avait aucune tolérance pour qui que ce soit qui s’approchait de son rectangle. Il distribuait sans retenue les coups de bâton avec toute sa force. Même Wayne Gretzky fut sa cible à un moment. Il hérita alors du surnom de Billy The Hatchet Man ou Billy La Hache. Lorsqu’on répliquait, Smith pouvait se battre ou à l’inverse, jouer la victime.

Après des parcours en séries intéressants mais sans se rendre au bout, la réputation de gardien à son meilleur lorsque ça compte de Smith finit par rapporter. Lors des séries de 1980, malgré le début de saison pénible qu’ils avaient connu, les Islanders remportèrent leur première Coupe Stanley. Si c’est Resch qui joua la majorité des parties en saison régulière, Smith prit le filet pour la plupart des matchs en séries. Et lorsqu’une série se terminait, Smith était reconnu pour refuser d’aller serrer la main de ses adversaires.

La saison suivante, l’équipe confirma que c’était maintenant Smith le numéro 1, lorsque Resch fut échangé aux Rockies. On se servit de lui comme monnaie d’échange pour obtenir le défenseur Mike McEwen et on le remplaça en faisant graduer Roland Melanson. Cette saison fut couronnée par une 2e Coupe Stanley.

En 1981-82, on changea la façon dont on décernait le trophée Vézina. Au lieu de l’attribuer aux gardiens de l’équipe ayant accordé le moins de buts (ce qui favorisait souvent les gardiens des meilleures équipes plutôt que le meilleur gardien), on le donna dorénavant au gardien élu par les directeurs généraux de la ligue. C’est le trophée Jennings qui prit l’ancienne place du trophée Vézina. Smith remporta le premier Vézina nouveau genre et le 2e Jennings l’année suivante, en compagnie de Melanson.

Lors des séries de 1983, les Islanders visaient une 4e Coupe consécutive. En finale, ils affrontaient les jeunes Oilers, où Smith ne mit pas de temps à faire parler de lui. Dès le premier match, Smith blessa Glenn Anderson avec son éternel coup de bâton. Il écopa de deux minutes de pénalité, mais il mit en rogne l’entraîneur des Oilers, Glen Sather, qui affirma que Smith brandissait son bâton comme un fou furieux. Smith tourna Sather au ridicule, affirmant qu’Anderson exagérait et que le joueur le plus vicieux, c’était Mark Messier. Les Islanders remportèrent la Coupe, mais Edmonton prit sa revanche l’année suivante.

Si New York devint moins dominant avec les années, Smith continua à faire des siennes avec son bâton. Le 13 janvier 1985, il frappa Curt Fraser des Black Hawks et lui fractura la joua. Cette fois, il fut finalement suspendu pour 6 parties.

Smith joua jusqu’en 1988-89. À ce moment, il était le dernier joueur actif de l’édition initiale des Islanders et détenait la quasi-totalité des records d’équipe pour un gardien. (La plupart de ces records sont aujourd’hui battus.) Ses 475 minutes de pénalité constituaient aussi le record de la LNH pour un gardien (par la suite battu par Ron Hextall).

À sa retraite, il devint entraîneur des gardiens chez les Islanders, avant de suivre Bill Torrey (ancien directeur-gérant des Islanders) chez les Panthers.

On dirait qu’on lui a pardonné ses frasques, puisqu’il a été élu au Temple de la renommée en 1993. Il faut par contre mentionner que ceux qui l’ont côtoyé s’entendent pour dire que s’il était intense à l’extrême et irascible dans un contexte de hockey, il était une personne tout à fait aimable et fréquentable hors de la patinoire.

Son frère Gord a joué 299 matchs avec les Capitals et les Jets.

Sources:

″Smith réussit le premier but par un gardien dans la LNH″, UPI, AP et PC, 29 novembre 1979, Le Soleil, page C3,

″′I started laughing′ : Smith says of critics″, UPI, May 12, 1983, Windsor Star, page B1,

″Billy Smith le savait trop bien…″ de Réjean Tremblay, 5 mai 1984, La Presse, page C2,

″Swingin’ Billy suspended for 6″, CP, January 29, 1985, Saskatoon Star-Phoenix, page C1,

″Smith gets six-game suspension″, Gazette News Services, January 29, 1985, Montreal Gazette, page D12,

″NHL99: Battlin’ Billy Smith was everything you’d want in a goalie″ de Michael Russo, October 27, 2022, New York Times (nytimes.com),

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