C’est à Châteauguay qu’a grandi Bernie Saunders. Dans cette région, il a joué pour un entraîneur qui fera parler de lui par la suite, Jacques Demers.
Sa famille déménagea toutefois à Ajax, près de Toronto. S’alignant avec les Panthers de Pickering, il croisa un autre entraîneur qui travaillera éventuellement dans la LNH, Sherry Bassin, qui sera plus tard assistant directeur-gérant chez les Nordiques, en plus d’être directeur-gérant du club école des As de Cornwall.
Si Saunders avait vécu des situations de racisme auparavant, la situation empira avec Pickering, mais Bassin mobilisa son équipe derrière lui et alla même jusqu’à la retirer à une occasion, pour qu’on intervienne pour sortir l’adversaire fautif. Saunders, un jeune timide et discret, fut affecté par ces injures, mais il comprenait aussi que le meilleur marqueur de l’équipe n’aiderait pas les siens en passant plus de temps au banc des pénalités.
Au moment d’atteindre le niveau junior, Saunders alla aux camps de Kingston et de Montréal, mais son père insista pour qu’il prenne la voie universitaire, un chemin qui demeurait moins fréquent à l’époque. Il choisit donc les Broncos de l’Université Western Michigan. Après quatre saisons à Kalamazoo, il devint le meilleur buteur de l’histoire du programme, même s’il fut souvent ciblé par ses adversaires. Son coéquipier, Neil Smith, qui sera plus tard directeur-gérant des Rangers et des Islanders, mentionna que, même s’il était conscient de ce qui se passait à ce moment, il n’avait pas réalisé à quel point Saunders était affecté.
Au repêchage de 1979, il fut ignoré. Il reçut par contre de l’intérêt de Détroit, Winnipeg, Québec et des Islanders. Voulant maximiser ses chances d’atteindre la Ligue nationale, il signa donc avec les Nordiques, qui se joignaient alors à la LNH et qui étaient à ce moment dirigés par son ancien entraîneur, Jacques Demers.
Saunders fut finalement assigné aux Firebirds de Syracuse, une équipe de la Ligue américaine qui servait de club école à Québec et à Pittsburgh et qui était dirigée par l’ex-Nordique Michel Parizeau. Saunders performa bien à ses débuts professionnels et eut même droit à un rappel par les Nordiques.
C’est donc le 19 mars 1980, au Chicago Stadium, qu’il fit des débuts dans la grande ligue. Il devint alors le cinquième joueur noir à l’atteindre, après Willie O’Ree, Mike Marson, Bill Riley et Tony McKegney. Ce grand moment fut toutefois terni par la pluie de ce qu’on appelle aujourd’hui de mots en ″n″ à chaque fois qu’il passait devant le banc des Black Hawks.
Le séjour de Saunders avec les Nordiques dura quatre matchs.
Au camp suivant, il pensait que la bonne performance qu’il y afficha le mettait en bonne position pour faire l’équipe. Il faut toutefois noter qu’avec Marc Tardif, Alain Côté, le robuste John Wensink et le nouveau venu Anton Stastny, il y avait beaucoup de compétition à l’aile gauche. Saunders fut donc retourné dans la Ligue américaine.
Par contre, les Firebirds de Syracuse avaient cessé leurs activités. Les Nordiques tentèrent donc de les acquérir pour les installer à St-Jean, au Nouveau-Brunswick. Lorsque le plan échoua, ils durent donc loger leurs espoirs où ils purent. Saunders se retrouva alors avec les Voyageurs de la Nouvelle-Écosse, où les Canadiens préféraient faire jouer leur propre relève, qui comprenait entre autres Guy Carbonneau, Craig Laughlin et Dan Daoust, plutôt que les espoirs de leurs rivaux. Il eut donc peu de temps de glace.
Saunders fut tout de même rappelé en novembre. Il joua six matchs et obtint une passe sur un but de Marc Tardif au Colisée.
Lors de son retour avec les Voyageurs, il entendit un coéquipier qui venait de se battre avec un adversaire noir crier le mot en ″n″. Il voulut s’en prendre à lui, mais on l’empêcha. Un des entraîneurs lui expliqua alors que oui, il avait hurlé le mot en ″n″, mais que ce n’était pas destiné à lui, mais à l’autre. Saunders n’en croyait pas ses oreilles…
Saunders termina sa saison 1980-81 avec moins de points que l’année précédente (38 vs 40), tout en jouant plus de matchs (69 vs 38).
Au camp d’entraînement de l’automne 1981, Saunders fut à nouveau retranché. Les Nordiques avaient par contre maintenant un club école à eux, l’Express de Fredericton. L’entraîneur de celui-ci était Jacques Demers, qui tenta de convaincre son ancien joueur de le rejoindre en lui disant qu’ils retourneraient ensemble dans la LNH. Toutefois, Saunders en avait assez. Il demanda donc aux Nordiques de racheter son contrat. Il retourna ensuite dans la ville où il avait connu ses heures de gloire au niveau universitaire, en signant avec les Wings de Kalamazoo de la Ligue internationale.
Il y amassa 75 points en 70 parties et se fit un plaisir de brandir le poing lorsqu’il marquait un but, en signe du Black Power.
Frustré de la tournure des événements, il mit ensuite fin à sa carrière en brûlant ses patins et en jetant ce qui en restait dans un lac.
Il demeura au Michigan, où il se construisit alors une carrière dans l’industrie pharmaceutique, travaillant entre autres pendant 17 ans pour Upjohn.
Dans ses propos, il affiche une certaine sérénité, bien qu’on sente qu’un sentiment d’injustice demeure. Quelle carrière aurait-il eu s'il avait été blanc?
Si pour lui, la page était tournée, il sentit, dans la foulée du sort réservé à George Floyd et du mouvement Black Lives Matter, le besoin de raconter son histoire. Il écrivit donc ″Shut Out : The Game That Did Not Love Me Black″, publié en 2021.
Aujourd’hui à la retraite, il habite maintenant en Caroline du Sud.
Son frère John, aussi joueur de hockey et aujourd’hui décédé, a connu une longue carrière comme commentateur à ESPN et à la diffusion des matchs des Raptors de la NBA.
Sources :
Cléroux, Benoît et Dumont, Pierre-Yves, Il était une fois… les Nordiques : 100 joueurs racontent, Éditions Sylvain Harvey, Québec, 2024, pages 174 à 176, 190, 201, 229 à 230,
″Bernie Saunders reflects on His Impact on WMU Hockey″ de Paul Morgan, February 6, 2020, WMU (wmubroncos.com),
″’I love the game, but the game didn’t love me’: How hockey shaped one of NHL’s first black players on and off the ice″ de Kamila Hinkson, February 22, 2020, CBC (cbc.ca),
″Color of hockey : Saunders wants to spread diversity message″ de William Douglas, May 11, 2020, (nhl.com),
″Bernie Saunders, NHL’s fifth Black player, opens up on racial discrimination″ de Peter Mendelsohn, June 19, 2020, Sportsnet (sportsnet.ca),
″Livre choc pour un ancien Nordique″ de Stéphane Cadorette, 12 juin 2021, Journal de Québec (journaldequebec.com),
″K-Wings Black Excellence Spotlight: Bernie Saunders″, February 5, 2025, (kwings.com),
hockey-reference.com.

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