Il serait toutefois trop facile de faire un simple texte sur lui. Comme tout bon membre du temple, la quantité de textes déjà disponibles sur lui sont légion, particulièrement tout ce qui touche à la dynastie des Oilers et Wayne Gretzky. Ce qui m’intéresse toutefois aujourd’hui est de parler d’un chapitre assez oublié dans la carrière de la légende finlandaise, soit sa saison 1990-91 passée en Italie avec le club des Devils de Milan.
Malgré une 5e coupe remportée avec les Oilers au printemps 1990, parfois surnommée la coupe de «rédemption» et de la «consécration» des Oilers, et deux ans après l’infâme échange de Gretzky à Los Angeles, Kurri surprend tout le monde à l’été 1990 en décidant de quitter les Oilers et la LNH pour signer un contrat avec un club méconnu d’une ligue nettement plus inférieure pour un joueur de son calibre.
Mais le cas de la vedette des Oilers, où l’hécatombe ne faisait que s’accentuer avec son départ, a davantage fait tourner les têtes.
Malgré qu’il n’était plus jumelé avec la merveille, Kurri venait de récolter un excellent 93 points en 1989-90 et un autre 25 points en séries, connaissant même un de ses meilleurs matchs en carrière durant la finale contre les Bruins lorsqu’il amassa 3 buts et 2 passes lors du deuxième match.
Ce départ n'était pas une simple retraite anticipée ou retour aux sources, mais était en grande partie une manœuvre stratégique. En conflit avec la direction des Oilers qui refusait de l'échanger aux Kings de Los Angeles pour rejoindre Gretzky, Kurri a utilisé l'Europe comme levier de pression. Mais selon lui, cet exil lui permettait quantité de choses; prendre une "pause mentale" après dix saisons intenses dans la LNH, pouvoir participer aux Championnats du monde de 1991, organisés dans sa Finlande natale, et, ultimement, de forcer les Oilers à négocier son transfert pour rejoindre son ancien coéquipier.
Malgré l'euphorie post-championnat, Kurri était rentré en Finlande immédiatement après la victoire. Il avait même mis sa maison d'Edmonton en vente. Le message était clair : son chapitre en Alberta était terminé.
Lui et son agent, Don Baizley, refusèrent même une offre financière supérieure des Oilers pour emprunter une voie totalement inattendue, soit un contrat de deux ans avec les Devils de Milan, avec qui il était associé depuis un certain temps et qui appartenaient à nul autre que Silvio Berlusconi. Ce dernier, avant de devenir le premier ministre controversé dont on se rappelle davantage de nos jours, était alors propriétaire d’un empire médiatique en Europe et possédait de nombreux clubs professionnels, dont le célèbre AC Milan, qu’il sauva de la faillite en 1986.
Il y eut beaucoup de spéculations sur le montant de la transaction. Les médias suisses rapportèrent à l’époque une somme de plus d'un million de dollars. Le journal allemand Salzburger Nachrichten parlait plutôt d’un salaire de 350 000 dollars US, assorti d’un logement dans un château luxueux en plus d’une Mercedes. La ligue italienne comptait alors 10 équipes et le calendrier de 36 matchs se jouait les mardis et samedis, avec les dimanches toujours libres, donc un ratio salaire par match nettement avantageux.
L’arrivée de Kurri eut un effet marqué sur le hockey sur glace italien et les experts locaux convenaient que l’équipe de l’entraîneur-chef Jim Webster seraient les favoris du championnat italien.
Avec les Devils, Kurri opta bizarrement de troquer son fétiche #17 pour le #25. Le 17 appartenait au Canadien Mark Morrison, un ancien choix de 3e ronde des Rangers qui ne joua qu’une dizaine de matchs dans la LNH, et qui en était à sa deuxième saison avec les Devils, ayant terminé la saison précédente avec 113 points. Il est cependant étrange que Morrison n’ait pas légué le 17 à la grande vedette Kurri pour l’occasion.
Et bien que la présence de Kurri aida à remplir les patinoires et à revigorer le prestige de la Serie A, les Devils de Milan échouèrent en 1990-91. Ils terminèrent en troisième place et s'inclinèrent en séries face à leur rival immédiat, le HC Saima Milan. Lors de cette saison, Kurri rata six matchs et contribua 27 buts et 48 passes en 30 matchs. Avec ce 75 points, il ne figurait que 15e sur la liste des pointeurs, derrière des noms comme l’ancien des Flames Kevin Lavallée, l’ancien joueur éphémère des North Stars Dusan Pasek, ainsi que nul autre que Mark Napier. L’ancien du Canadien avait même terminé au premier rang de la ligue avec 118 points. Et selon ce que j’ai lu, Kurri rata également les séries, pour une raison que j’ignore.
Après son année en Italie, l'impasse persistait entre Kurri et les Oilers. Il menaça finalement de retourner chez les Devils pour exercer l’option de sa deuxième année de contrat s'il n'était pas échangé avant le 31 mai. Il avait également clairement établi que les retrouvailles avec Gretzky étaient sa priorité absolue.
Sather, qui ne ne voulait pas perdre une saison supplémentaire de ses services, finit par céder. Ainsi, une heure avant l'échéance fixée par l'ailier droit, Sather échangea ses droits, ainsi que Dave Brown et Corey Foster, à Philadelphie en retour de Craig Fisher, Scott Mellanby et Craig Berube. Les Flyers ont ensuite envoyé le joueur de 31 ans, accompagné de Jeff Chychrun, vers Los Angeles contre Steve Duchesne, Steve Kasper et un choix de quatrième tour au repêchage de 1991.
Un détail moins connu est que Kurri a failli rejoindre les Red Wings de Detroit, qui offraient plus d'argent que les Kings. Kurri était prêt à accepter, mais Detroit n'étant pas intéressé par un échange complexe à trois clubs, Sather a privilégié la transaction avec Philadelphie et Los Angeles.
Le deuxième chapitre de la carrière de Kurri dans la LNH, post-Italie, commença donc avec la fameuse réunion tant attendue avec Gretzky. On peut dire sans équivoque que cette deuxième moitié de carrière fut nettement moins resplendissante que la première. Le tandem Gretzky-Kurri version L.A, malgré quelques étincelles et une chimie toujours efficace, (dont un tour du chapeau lors de son premier match en tant que Kings) ne fut pas aussi mémorable qu’à leurs plus jeunes années à Edmonton. Il était évidemment grandement terminé le temps des saisons de 200 points de Gretzky et de 60+ buts/100+ points de Kurri. À cette première saison à L.A en 1991-92, Kurri ne récolta que 60 points, dont 23 buts, et les Kings se firent éliminer une fois de plus par les Oilers en première ronde.
Les choses semblèrent toutefois débloquer en 1992-93, malgré une blessure importante à Gretzky qui lui fit manquer la moitié de la saison. Kurri prit davantage de place durant l’année, étant parfois muté au centre, et il termina la saison à 87 points. On énonça que le leadership tranquille de Kurri était une des principales raisons que les Kings parvinrent à redresser le bateau en l’absence de la merveille. Le parcours des Kings de l’ère Gretzky connut ainsi son apogée au printemps 1993 avec une participation en finale de la Coupe Stanley, pliant toutefois l’échine en 5 matchs face à Patrick Roy et le Canadien de Montréal.
Les Kings (pas seulement Gretzky et Kurri) ne furent plus jamais les mêmes par la suite, devant attendre l’arrivée d’une nouvelle génération à la fin des années 2000 avant de finalement passer à un autre niveau. Ils ratèrent les séries en 1993-94 et de nouveau durant la saison écourtée de 1995. Kurri connut sa dernière saison véritablement respectable offensivement en 93-94 avec 77 points dont 31 buts.
Kurri joua ensuite deux dernières saisons dans la LNH, une en 1996-97 avec les Mighty Ducks d’Anaheim, où il put côtoyer son protégé Teemu Selanne, et une ultime saison en 1997-98 avec l’Avalanche du Colorado. À ce stade-ci de sa glorieuse carrière, Kurri était davantage devenu un attaquant de soutien défensif. Il n’eut que 13 buts et 35 points avec les Ducks et ensuite seulement 5 buts et 22 points avec l’Avalanche.
https://www.eishockeyblog.ch/als-kurri-nach-mailand-kam/
https://seura.fi/seuran-mies/miksi-jari-kurri-pelasi-kesken-nhl-uransa-kauden-italiassa/
https://www.nhl.com/kings/news/jari-kurri-almost-a-red-wing-before-he-became-a-king-285678450


















