On parle beaucoup de Cole Caufield par les temps qui courent et de ses 50 buts. Nous sortons aussi dans la période pascale. Voici donc un billet qui fait un lien entre les deux: un marqueur de 50 buts pour qui la religion revêt beaucoup d’importance: Jean Pronovost.
Né à Shawinigan, onzième au sein d’une famille de 12 enfants, Jean Pronovost s’est affairé à suivre le chemin de ses frères Marcel et Claude, qui ont joué dans la LNH avant lui.
Recruté par les Bruins de Boston, il fut assigné aux Flyers de Niagara Falls, avec qui il remporta la Coupe Memorial en 1965. Après une autre année à Niagara Falls, il fut assigné aux Blazers d’Oklahoma City de la Ligue centrale, où l’équipe remporta la Coupe Adams en 1967.
C’est toutefois pendant cette période que les Bruins reprirent vie après une période médiocre, alors que l’arrivée de Bobby Orr, Phil Esposito et compagnie changea la donne. Gravir les échelons devint donc plus difficile. L’arrivée de l’expansion en 1967 créa par contre d’autres opportunités pour Pronovost, chance que n’eurent pas certains autres de ses frères.
En 1968, Boston l’échangea aux Penguins en compagnie de John Arbour contre un montant d’argent. Si ainsi il quittait une organisation au sommet, ceci lui permit toutefois de finalement atteindre la Ligue nationale et ce, sans aller-retour vers les mineures. Dès sa saison recrue, il marqua 16 buts, un total qui progressa constamment pendant plusieurs saisons. Il devint donc un incontournable de l’attaque des Penguins. Par contre, en plus d’être une équipe d’expansion récente, Pittsburgh n’était pas la plus performante de ce groupe, en plus d’être souvent instable, que ce soit derrière le banc ou au niveau des propriétaires.
Le 17 novembre 1973, Pittsburgh recevait Chicago. Pronovost jouait avec un poignet cassé, ce qui représente un problème, surtout pour un marqueur. Il rata donc 4 ou 5 bonnes chances de compter et fut frustré par Tony Esposito. Il y avait parmi les maigres foules des Penguins un partisan qui avait habitude de vociférer contre les joueurs, tellement que les joueurs locaux l’avaient surnommé le ″delicatessen manager″. (Il ne gérait pas un delicatessen. Il était plutôt programmeur. Tout ça pour dire que les joueurs des Penguins le connaissaient bien.) Ce soir-là, en raison de ses occasions ratées, il s’en prit particulièrement à Pronovost. Et parmi la maigre foule de 11 488 spectateurs, on entendait bien ses propos. Frustré, Pronovost s’en prit à lui, même si ce n’était pas dans sa personnalité. La tirade dura plus d’une minute. Pittsburgh perdit 4-1. Pronovost avoua quelques jours plus tard que ce n’était peut-être pas une bonne idée…
En 1974-75, sous les ordres de Marc Boileau et aidé par les 43 buts de Pronovost, les Penguins connurent leur première saison avec une fiche supérieure à ,500. Une fois en série, après avoir éliminé St-Louis, Pittsburgh devint la deuxième équipe de l’histoire, après les Red Wings de 1942, à prendre les devants 3-0 dans une série pour ensuite la perdre 4-3.
En 1975-76, alors qu’il formait la Bicentennial Line avec Syl Apps Jr. et Lowell MacDonald, Pronovost devint le premier marqueur de 50 buts de l’histoire des Penguins. (Pierre Larouche le suivit quelques jours plus tard.) Par contre, une fois en série, les Penguins furent éliminés au premier tour par les Leafs.
Son total de 52 buts et ses 104 points lui valurent tout de même un contrat de 100 000$ par année.
L’argent n’effaça toutefois pas la frustration d’évoluer avec une équipe qui tournait en rond. En décembre 1976, après deux défaites, il n’apprécia pas que les pratiques furent suspendues pour laisser place à une fête de Noël. En indiquant que sous une direction appropriée, une telle situation ne serait pas acceptable, on comprenait qu’il égratignait l’entraîneur, son ex-coéquipier Ken Schinkel. Il dénonça aussi la culture de perdants et l’atmosphère de country club au sein de l’équipe, qui à ses yeux, sous-performait.
Les 64 points de Pronovost l’assurèrent de la tête chez les Penguins. Pittsburgh termina alors avec une fiche de 34-33-13, mais fut encore éliminé par Toronto au premier tour. Cette élimination hâtive lui permit tout de même d’aller à Vienne, où le Canada revenait aux championnats du monde après une absence de 8 ans. L’unifolié prit la quatrième place du tournoi qui se déroule pendant les séries de la LNH.
Si Pronovost, maintenant capitaine, redevint un marqueur de 40 buts en 1977-78, l’équipe rata les éliminatoires. Il put donc retourner aux championnats du monde, à Prague cette fois. Il revint de Tchécoslovaquie avec une médaille de bronze au cou.
À son retour, comme il en avait assez de perdre, il demanda d’être échangé. Il approcha même Cliff Fletcher, le directeur-gérant des Flames d’Atlanta. Baz Bastien, le dg des Penguins, s’est alors dit que son attitude aurait une mauvaise influence sur l’équipe et se résigna à s’en départir. Quelques mois après l’introduction de son frère Marcel au Temple de la renommée, Jean quitta finalement Pittsburgh pour prendre le chemin d’Atlanta dans un échange à trois équipes. Gregg Sheppard se retrouva quant à lui à Pittsburgh, alors que Dick Redmond alla à Boston.
Au moment de partir de Pittsburgh, Pronovost détenait les records d’équipe pour les buts et les points. (Ces records ont depuis été battus par Mario Lemieux.)
À son arrivée en Géorgie, on lui conseilla d’éviter Ed Kea, qui prêchait intensément la bonne parole. Son épouse se lia tout de même d’amitié avec la femme de ce dernier et se joignit au mouvement. Pronovost devint aussi ″born again Christian″.
Sur la glace, Atlanta avait la réputation d’être une équipe respectable, mais qui s’écrasait en séries. Lors des deux ans de Pronovost dans leur uniforme, l’équipe s’est montrée fidèle à sa réputation, en ne remportant qu’un seul match de séries.
Lorsqu’à l’été 1980, les Flames déménagèrent à Calgary, Pronovost n’a pas été invité à suivre. Voulant effectuer un virage jeunesse, ils échangèrent leur capitaine aux Capitals, une autre équipe faible, contre un montant d’argent.
Si Pronovost amassa 65 points en 1980-81, il fut limité à 10 matchs en 1981-82, passant la majorité de l’année avec les Bears de Hershey de la Ligue américaine. Il profita toutefois de son passage à Washington pour enseigner la bonne parole à Mike Gartner et Ryan Walter.
Comme ce fut sa dernière saison, il termina sa carrière avec une fiche de 391-383-774. Malheureusement pour lui, il ne lui manqua que 2 petits matchs pour atteindre le seuil de 1000.
À la fin des années 1980, il s’est joint aux Redmen (aujourd’hui Redbirds) de McGill, d’abord comme entraîneur-adjoint, puis comme entraîneur.
En 1994-95, il devint entraîneur de l’équipe de son patelin, les Cataractes de Shawinigan, en cours d’année.
En 1996-97, il fit partie de la brève aventure des Rafales de Québec de la Ligue internationale. Il quitta au milieu de l’année suivante (la dernière de l’équipe), pour ensuite se joindre aux Huskies de Rouyn-Noranda. Il y sera jusqu’au milieu de l’année 2000-01. Il complétera la saison 2001-02 derrière le banc des Castors de Sherbrooke.
Il passa ensuite une saison en Suède.
Il est aujourd’hui à la retraite et vit à Calgary.
Sources:
″Fan’s Baloney Cuts Through Pens’ Prony″ de Dan Donovan, November 27, 1973, Pittsburgh Press, page 26,
″Penguins’ Pronovost fed up″, CP, December 22, 1976, Ottawa Citizen, page 19,
″Pronovost Skates Off; Pens Land Sheppard″ de Bob Whitley, September 7, 1978, Pittsburgh Post-Gazette, page 10,
″Pronovost to play for Caps″, AP, July 2, 1980, The Lewiston Journal, page 21,
″Charter members to enter Penguins’ Hall″ de Bob Grove, October 22, 1992, Greene County Observer-Reporter, page C-6,
″NHL Star gets a wake up Call: The Story of Jean Pronovost″, Hockey Ministries International (hockeyministries.org),
chl.ca, wikipedia.org.














