
Lorsqu’on
joue presque 1000 matchs (955 pour être précis), qu’on compte 214 buts et qu’on
accumule 392 passes dans la Ligue nationale, on peut se dire qu’on a eu une
carrière des plus enviables. Ça ne veut
toutefois pas dire qu’on s’est couvert de gloire, surtout si on n’est pas au
bon endroit.
Walt
McKechnie a été le tout premier choix de l’histoire des Maple Leafs, lors du
repêchage de 1963. Ces premiers repêchages
n’étaient pas très garnis, car ils n’incluaient que les joueurs qui
n’appartenaient pas déjà à une équipe.
McKechnie
ne parvint pas à faire l’équipe à Toronto et une fois son stage junior terminé,
il se retrouva plutôt dans la WHL avec les Roadrunners de Phoenix. Il fut ensuite échangé aux nouveaux North
Stars de Minnesota, où il joua quatre matchs, en plus de participer à neuf matchs des
séries, ce qui ne sera pas représentatif de la suite des choses.
Il joua
de façon irrégulière pour les North Stars, une des équipes d’expansion plutôt
médiocres jusqu’en 1971, alors qu’il fut échangé à la pire équipe d’expansion
de la période, les Golden Seals de la Californie. En retour, le Minnesota obtint Dennis
Hextall, l’oncle de Ron.
Il passa
trois ans dans le chaos de l’équipe de Charlie O. Finley, où il fut le meilleur
pointeur des jaunes et verts en 1972-73.
Lorsqu’il eut sa première saison de 20 buts en 1973-74, les Seals eurent
l’idée de, plutôt que de l’échanger, de s’entendre avec les Rangers. Les Seals réclamèrent alors Jim Neilson au
repêchage intra-ligue. Ayant ajouté un
joueur, ils durent en offrir un autre, McKechnie, que choisirent les Rangers,
pour le mettre sur leur liste de réserve. Comme chaque équipe ne pouvait perdre qu’un
seul joueur, ils estimaient qu’ainsi, ils ne pouvaient plus en perdre
d’autres. Sauf que Punch Imlach des
Sabres évoqua que cette règle ne s’appliquait pas pour les joueurs de la liste
de réserve. Le président Clarence
Campbell ne lui donna pas raison, et McKechnie demeura avec les Rangers,
jusqu’au lendemain alors qu’il fut échangé aux Bruins contre Derek Sanderson... Grosse fin de semaine!

À ce moment,
Boston était une bonne équipe, mais ce rare passage parmi une formation décente
fut de courte durée. En effet, McKechnie
fut échangé le 1er février suivant.
Pour lui, ce fut un retour avec une équipe faible, lorsqu’il prit le
chemin de Détroit, alors que les Wings étaient dans une période atroce.
En
1975-76, il fit partie de ceux qui aidèrent à remplacer Marcel Dionne, parti à
Los Angeles, en amassant 82 points, son sommet en carrière et le plus haut
total de l’équipe. Si c’était moins que
les 121 points de Dionne la saison précédente, les résultats de l’équipe furent
semblables. En effet, les Wings
passèrent de 58 à 62 points et ratèrent les séries pour une sixième fois de
suite et pour une neuvième fois en dix ans. L’année
suivante, la production de McKechnie baissa à 58 points. Malgré tout, ce total lui permit de demeurer
le meilleur pointeur des Wings, la raison étant que l’équipe atteignit un
nouveau bas-fond, en ne récoltant que 41 points, 13 de moins que
l’avant-dernier, le Colorado. Leur
pourcentage de 0,256 constituait alors la pire fiche de leur histoire en 51
ans. (Ils firent pire en 1985-86, avec
un pourcentage de 0,250.)
En 1977,
le Canada fit un retour aux championnats du monde, qui se déroulaient à
Vienne. Voulant protester contre la
présence des pseudo-amateurs des pays de l’est et de l’absence de ses
professionnels, le Canada s’était absenté des compétitions internationales à partir de 1970. On permit finalement
aux professionnels de participer aux championnats du monde en 1976. Le Canada revint en 1977 avec une collection
de joueurs d’équipes éliminées des séries.
McKechnie était donc un bon candidat.
L’équipe
canadienne fut tout de même compétitive, mais les joueurs furent frustrés de se
faire déclasser par l’Union soviétique par la marque de 11-1. Ils se mirent donc à faire des gestes
déplorables sur la patinoire. Quant à
McKechnie, il fut l’un de ceux qui fut peu respectueux pendant l’hymne
soviétique.
À la fin
du tournoi, McKechnie avait accumulé 28 minutes de pénalité en 10 matchs. Dans la Ligue nationale, il en avait eu 50 en
80 matchs. L’unifolié termina au pied du
podium, en quatrième place.
Pendant
l’été, les Red Wings voulurent rebrasser leurs cartes en signant le gardien Ron
Low des affreux Capitals. Comme
compensation, Détroit dut donc se départir de son meilleur pointeur. C’est ainsi que McKechnie se retrouva au sein
d’un autre club misérable, Washington.
L’entraîneur Tom McVie était heureux d’avoir du renfort.
McVie et McKechnie avaient joué ensemble et été co-chambreurs à Phoenix,
dans la maintenant défunte WHL. Par
contre, McKechnie est arrivé au camp moins préparé car les joueurs déjà avec
Washington avaient déjà commencé. McVie
a rapidement déchanté et a commencé à lui faire sauter des tours, même si l’équipe
était toujours aussi horrible.
La
calvaire de McKechnie prit fin en décembre lorsqu’il fut échangé. Toutefois, il améliora bien peu sa situation,
puisqu’il aboutit chez les éphémères Barons de Cleveland, déjà en fin de
vie. Bob Girard prit le chemin inverse.
Lorsque
les Barons furent absorbés par les North Stars à la fin de la saison, McKechnie
redevint la propriété du Minnesota. Il
n’enfila par contre jamais leur uniforme lors d’un match régulier, puisqu’il
fut échangé en octobre 1978 aux Maple Leafs contre un choix de troisième ronde.
Sur
papier, on pourrait dire que McKechnie améliorait son sort en faisant
finalement partie d’une équipe compétitive.
Toutefois, il devenait aussi membre du cirque de l’équipe détenue par
l’excentrique Harold Ballard. Les
portes-tournantes derrière le banc et les échanges douteux allaient diriger
Toronto vers le mur, mais à ce moment, il restait suffisamment de talent pour
permettre à McKechnie de participer aux séries pour une deuxième et dernière
fois. Les Leafs furent toutefois balayés
au deuxième tour par les éventuels champions, les Canadiens.
Il
demeura un an et demi à Toronto, puisque, comme tant d’autres, McKechnie fut
échangé. C’est son coéquipier Dan Maloney, qui l’avait appris de la radio, qui lui apprit qu’il était
échangé. Les Leafs ne lui ont eux-mêmes
jamais dit. McKechnie a fait ses bagages
et est parti. Dans son
cas, il se retrouva encore avec un club médiocre, les Rockies du Colorado, qui
payèrent un choix de troisième ronde pour obtenir ses services. L’équipe dirigée par nul autre que Don Cherry
termina au 21e et dernier rang.
Si Don
Cherry n’est pas revenu en 1980-81, McKechnie était là. L’équipe fit un peu mieux, augmentant sa
récolte de 51 à 57 points et passant de la 21e à la 19e
place. En effet, le Colorado parvint à
passer devant les Jets de Winnipeg et les Red Wings de Détroit, pataugeant
toujours dans la médiocrité. Devenu
joueur autonome à la fin de l’année, McKechnie signa avec ses mêmes pathétiques
Red Wings…
Il passa
donc deux dernières années avec un club de fond de classement, où il parvint
tout de même à afficher des statistiques décentes, avec respectivement 40 et 34
points.
Il joua ensuite
une dernière saison dans la Ligue centrale à Salt Lake City, avant de prendre
sa retraite.
Carrière
enviable et bien remplie, on peut toutefois difficilement faire abstraction du
fait qu’il a souvent nagé contre le courant.
En 16 ans, il a joué 11 fois pour un club qui a terminé dans les 4
derniers, incluant 3 fois où son équipe a terminé bonne dernière. Autre fait intéressant, parmi les 5 équipes
des années 1970 qui n’existent plus, McKechnie a en filé l’uniforme de 4 d’entre
elles (North Stars, Golden Seals, Barons et Rockies). Seulement les Scouts font exception.
Il a
aussi subi 15 mouvements en 15 ans. Pour
expliquer ceci, on lui a dit au fil des ans que c’était parce qu’il n’était pas
assez physique, qu’il ne patinait pas assez ou qu’il ne pouvait plus suivre les
plus jeunes.
On lui a
fait des blagues à ce sujet. À Toronto, Darryl Sittler a déjà laissé un message dans le vestiaire avec une liste de joueurs
qui devaient aller voir le directeur-gérant.
Sur cette liste, il n’y avait qu’un seul nom, le sien.
À
Détroit, son coéquipier Don Murdoch l’avait surnommé Wake Up Walt, en raison du
nombre de fois qu’il s’est fait appeler pour lui annoncer qu’il avait été échangé. Le fait qu’il a déjà fait des commentaires au
sujet de certains de ses directeurs-généraux n’a probablement pas aidé non
plus.
Pour la
suite des choses, il décida d’ouvrir un restaurant à Haliburton, en
Ontario. McKechnie vendit le McKech en
2009, mais celui-ci est toujours ouvert.
Ayant
souffert d’un cancer de la prostate, il en fit une cause pour laquelle il s’est
impliquée.
Sources:
″As usual, Imlach stirs
draft pot at NHL session″ de Jim McKay, June 11, 1974, Windsor Star, page 28,
″La plus
retentissante des gifles!″ de Michel Blanchard, 25 avril 1977, La Presse, page
B1,
″La tenue
d’Équipe-Canada au championnat mondial n’enchante personne″, Presse canadienne,
26 avril 1977, L’Évangéline, page 30,
″En se
berçant″, 18 août 1977, La Presse, page A11,
″Ice Cubes...″ de Frank
Brown, AP, December 2 1977, Lewiston Daily-Sun, page 26,
″Travelin’ Man″ de Rick
Boulton, March 5, 1982, Windsor Star, Today/11,
hockeydraftcentral.com,
wikipedia.org.