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mardi 16 avril 2024

Chacun son tour



Le 16 avril 1992, au dernier match de la saison, les Penguins de Pittsburgh recevaient les Rangers de New York. Avant une run de séries qui allaient éventuellement les couronner champions pour une deuxième saison consécutive, la règle non-écrite de reposer les meilleurs joueurs fut appliquée. C'est ainsi que Tom Barrasso obtint une soirée de congé. De toutes façons, les Penguins comptaient sur deux bons second pour tenir le fort en Ken Wregget et Wendell Young

L'entraîneur des Penguins était à ce moment le grand Scotty Bowman. Il rencontra ses gardiens à leur arrivée à l'Igloo pour leur expliquer une stratégie hors de l'ordinaire.

"Ce match là a beau pas avoir d'impact, et contrairement à Tommy, pas question que vous prenez une soirée de congé ! Je veux vous voir faire des changements à toutes les 5 minutes ! Stu clair !? Pis que j'en entende pas un rouspéter !!!"

Probablement le discours de Scotty Bowman

La stratégie vint rapidement aux oreilles des coéquipiers des deux cerbères qui leur lança alors un défi additionnel : faire un changement pendant le cours du jeu sans accorder de but. Un total d'envion 400$ (US il va s'en dire) fut alors ramassée en récompense s'ils y arrivaient.

Les Rangers ne reposèrent pas leur joueurs ce soir-là, alors qu'ils se virent octroyer le trophée du Président, ayant terminé 1er au classement général. Ils dominèrent les Penguins et leurs gardiens rotationneux. À peine 4 minutes après le début de la troisième période, les Blue Shirts menaient 4-0.

C'est à ce moment que Young décida qu'il était le moment d'essayer de gagner le pari. Alors que Joe Mullen et Kevin Stevens tentaient une incursion en zone de New York, Young hurla à Wregget de s'amener au banc au plus sacrant, alors qu'il avait déjà une jambière au-dessus de la bande.

"Wreggs, WREGGS ! Let's go!" 

Véritablement Wendell Young

Patinant à tombeau ouvert, Wregget fonca au banc, sauta tête première, enfargeant sa jambière dans le haut de la bande et la tête face contre le sol, ce qu'il l'empêcha de voir Young revenir à temps pour contrer une attaque de Mark Messier à trois contre un.

 

 

Le score final fut de 7-1 en faveur des Newyorkais. La défaite alla à la fiche de Young, qui accorda 3 buts sur 30 tirs, en 32m05 de jeu. Wregget pour sa part ne fit face qu'à 13 lancers, accordant 4 buts réparti sur 27m55. Par contre, les deux gardiens relevèrent le défi et remportèrent la camelote. Les Penguins eu tout de même leur revanche sur les Rangers, les éliminant en 6 matchs au deuxième tour des séries.

Source : https://hockeygoalies.org/bio/biographies.html, Vintage Tendy Magazine Fall 2021

dimanche 14 avril 2024

Le masque méconnu de Dan Cloutier, prise 2



J'ai toujours aimé apprendre, mais je déteste quand Internet vient me contredire ... surtout quand mes connaissances qui se font contredire viennent dudit Internet ...

Il y a un an aujourd'hui je vous ai présenté "Le masque méconnu de Dan Cloutier", un des derniers gladiateurs à affronter les rondelles adverses protégé par un casque de plastique. Ce masque, présenté à Cloutier lors de ses jours à Vancouver, donc dans le dernier tiers de sa carrière, ne le convaincut pas d'améliorer sa protection faciale. 
 
Mais ce n'était pas la première fois.

Lors des débuts de Cloutier dans l'organisation des Rangers, les gens du département marketing des Blue Shirts tentaient d'enfoncer dans la gorge de Cloutier le fait de porter un masque au lieu du combo casque/grille. Ils passèrent donc une commande à Michel Doglianeri de la compagnie Protechsport à Montréal (qui fabriquait les masques pour la compagnie Lefevre/Koho à ce moment), lui donnant le mandat de fabriquer un masque pour Cloutier. Le design était inspiré de King Kong au coeur de la ville de New York.


Et comme ce fut le cas plusieurs années plus tard lors de son arrivée à Vancouver, après l'avoir utilisé pendant plusieurs pratiques, il ne put s'y habituer et le retourna à Lefevre, passant le KO au plan des gens du marketing.

Cloutier et le département marketing des Rangers ...



samedi 13 avril 2024

Les saisons de 400 buts des Oilers





Dans l'histoire de la LNH, un seul club est parvenu à compiler 400 buts marqués en une seule saison. Les Oilers de l'ère Gretzky. Un club tellement dominant qu'ils se sont même permis de le faire 5 saisons d'affilée, soit de 1981-82 à 1985-86. Seulement deux autres clubs sont passés proche d'en marquer 400, soit les Flames de 1987-88 avec 397 et les Bruins de 1970-71 avec 399. À quelque part tu dois t'imaginer qu'il y a un but refusé à Phil Esposito en mars 1971 qui vient toute fucker la patente pour les Bruins...

Depuis ces fastes années 80 et 70, aucun club ne s'en est approché autant. Ceux qui font le plus partie de la conversation sont les Penguins de 1995-96 avec 362 buts. Pour vous remettre en perspective, les Oilers de l'an dernier, avec des saisons de 64 buts pour Connor McDavid et 52 buts pour Leon Draisaitl, n'en ont marqué collectivement que 325, ce qui demeure excellent mais jamais au niveau absurde de leurs ancêtres des années 80.

Oui, on le sait, les Oilers des années 80 avaient un Gretzky au sommet des sommets qui comptait pour beaucoup, mais il fallait quand même que les autres suivent en arrière. Par exemple, sa saison record de 92 buts en 81-82 comptait pour 22% de la production totale de buts de l'équipe (417). Il y avait donc un grand besoin des autres pour se rendre à 400, et ce je le répète, pendant 5 ans de suite. À guise de comparaison, un grand buteur comme Pavel Bure avait marqué 59 buts en 2000-01 avec les Panthers qui n'avaient que 200 buts au total durant cette pauvre saison. Il représentait alors 30% de la production totale de l'équipe.

J'ai donc pensé analyser ces 5 saisons de 400+ buts des Oilers et voir qui étaient les différents gros contributeurs outre les joueurs vedettes.

Donc pour commencer, les Oilers ont marqué dans l'ordre:
417 buts en 1981-82
424 buts en 1982-83
446 buts en 1983-84 -
record de tous les temps
401 buts en 1984-85 -
une «mauvaise» année
426 buts en 1985-86

Donc il s'agit au total de 2114 buts en 5 saisons, soit une moyenne de 5,28 buts par match.

Histoire de compléter l'information, il ne faudrait pas oublier les mentions d'assistance dans toute cette histoire. En plus de ces 2114 buts, les Oilers 1981-1986 ont aussi récolté 3527 passes, pour un grand total de 5641 points... Art Ross doit faire des backflips dans sa tombe.

Pause vidéo


Allons y donc avec l'analyse de quelques-uns des nombreux contributeurs de ces saisons de fou. Vous avez ici chaque joueur avec ses totaux et le pourcentage du total de la saison entre parenthèses.

Voici tout d'abord le top 5 évident...

1. Wayne Gretzky - 375 buts au total (17,7%)
1981-82: 92 buts (22%) - Record
1982-83: 71 buts (16,7%)
1983-84: 87 buts (19,5%)
1984-85: 73 buts (18,2%)
1985-86: 52 buts (12,2%)

2. Jari Kurri - 268 buts au total (12,6%)
1981-82: 32 buts (7,5%)
1982-83: 45 buts (10,6%)
1983-84: 52 buts (11,7%)
1984-85: 71 buts (17,7%)
1985-86: 68 buts (16%)

 3. Glenn Anderson - 236 buts au total (11,1%)
1981-82: 38 buts (9,1%)
1982-83: 48 buts (11,3%)
1983-84: 54 buts (12,1%)
1984-85: 42 buts (10,5%)
1985-86: 54 buts (12,7%)

 4. Mark Messier - 193 buts au total (9,3%)
1981-82: 50 buts (12%) - étonnamment, sa seule saison de 50 buts
1982-83: 48 buts (11,3%)
1983-84: 37 buts (8,3%)
1984-85: 23 buts (5,7%) - en 55 matchs
1985-86: 35 buts (8,2%)

5. Paul Coffey - 183 buts au total (8,7%)
1981-82: 29 buts (7%)
1982-83: 29 buts (6,8%)
1983-84: 40 buts (9%)
1984-85: 37 buts (9,2%)
1985-86: 48 buts (11,2%) - Record de buts LNH pour un défenseur

Comme je disais, le Top 5 était évident avec ces 5 membres du temple de la renommée, qui ont d'ailleurs presque joué tous les matchs durant ces 5 saisons. Voici les pourcentages combinés de ces 5 joueurs par saison:

1981-82: 57,6 %
1982-83: 56,7 %
1983-84: 60,6 %
1984-85: 61,3 %
1985-86: 60,3 %


Donc on peut dire que le top 5 fournissait. Mais il restait quand même environ 40% de la job à faire pour se rendre à 400 buts et pour ça on avait droit à tout plein d'options à défaut d'avoir seulement des membres du temple de la renommée. Il y avait beaucoup de pièces interchangeables et c'est ici que ça devient intéressant. Du moins intéressant sous l'angle de vue LVEUP, car il ne s'agit pas vraiment des joueurs qu'on s'attendrait à première vue. 

Le reste du top 10 est donc assez éclectique avec différents type de joueurs qui n'ont pas joué autant de matchs mais qui auront quand même fait leur part.

6. Pat Hughes - 88 buts en 298 matchs
Anciennement des Canadiens et des Penguins, Pat Hugues s'était amené à Edmonton en mars 1981 et sera resté jusqu'en octobre 1985 lorsqu'il fut retourné aux Penguins. Il aura donc joué seulement 4 de ces 5 saisons, connaissant son sommet offensif en 83-84 avec 27 buts. Il termina sa carrière en 1987 avec les Whalers.

7. Dave Hunter - 83 buts en 365 matchs
Comme Hugues, Dave Hunter (frère de Dale et Mark) était un ancien choix du Canadien. Il ne joua toutefois jamais avec le CH et signa plutôt dans l'AMH avec les Oilers. Il marquait sa quinzaine de buts annuellement, mais connut son peak en 83-84 avec 22 buts, même saison que le record de l'équipe de 446. Il quitta l'équipe en 1987, en étant inclus dans le méga-échange de Paul Coffey à Pittsburgh.

8. Dave Lumley - 63 buts en 252 matchs
Surprenamment, un autre ancien choix du Canadien. Lumley avait été obtenu du CH en retour d'un choix de 2e ronde qui devint Ric «Stash» Nattress. Lumley semblait assez inconsistant comme marqueur, passant de son sommet en carrière de 32 buts en 81-82 (même total que Jari Kurri) à seulement 13 la saison suivante et finalement 6 en 83-84. Il fut placé au ballottage en octobre 84 et réclamé par les Whalers avant d'être rapatrié, de nouveau par voie du ballotage, par les Oilers en février 85, lui permettant d'ajouter une demie-douzaine de buts au total.

9. Mike Krushelnyski - 59 buts en 134 matchs
Celui-ci s'amena à Edmonton sur le tard, soit en juin 1984 lorsqu'il fut acquis des Bruins en retour de Ken Linseman. Il marqua un sommet en carrière de 43 buts à sa première saison à Edmonton, ensuite 16 en 54 matchs la saison suivante. Il fera plus tard partie lui aussi d'un méga-échange, LE méga-échange en fait, celui de Wayne Gretzky à L.A. en 1988.

10. Ken Linseman - 51 buts en 144 matchs
Quand je parlais de pièces interchangeables, c'est un peu ce que l'on voit ici. Obtenu des Flyers en 1982, Ken Linseman joua seulement deux saisons à Edmonton, obtenant dans l'ordre 33 et 18 buts. 

C'était donc le reste du Top 10. Histoire de compléter, je ne vais pas analyser chacun des suivants, seulement quelques-uns triés sur le volet.

11. Charlie Huddy - 45 buts en 348 matchs
Le deuxième meilleur défenseur offensif des Oilers après Paul Coffey. Son plus haut total fut de 20 buts en 82-83.

12. Dave Semenko - 42 buts en 324 matchs

13. Willy Lindstrom - 40 buts en 163 matchs
Seul joueur de l'histoire à avoir été coéquipier de Gretzky, Bobby Hull et Mario Lemieux.

14. Tom Roulston - 35 buts en 126 matchs

15. Mark Napier - 33 buts en 113 matchs
Un autre ancien du CH.

16. Jaroslav Pouzar - 32 buts en 174 matchs
Obtint 3 bagues avec les Oilers avant de jouer pour le fameux ECD Iserlohn en Allemagne.

17. Kevin McClelland - 27 buts en 193 matchs

18. Kevin Lowe - 25 buts en 394 matchs
Seul autre de la liste à faire partir du Temple de la renommée.

19. Randy Gregg - 24 buts en 281 matchs
Un des 7 joueurs à avoir été des 5 éditions championnes des Oilers (Messier, Lowe, Kurri, Anderson, Fuhr, Huddy et Gregg).

20. Craig MacTavish - 23 buts en 74 matchs

21. Matti Hagman - 21 buts en 72 matchs

22. Raimo Summanen - 20 buts en 84 matchs
Une légende du hockey finlandais, Summanen fit partie des nombreux joueurs de ce pays à se joindre à l'équipe après le succès de l'addition de Jari Kurri.

23. Lee Fogolin - 17 buts en 391 matchs
Fogolin fut capitaine avant de laisser le titre à Gretzky en 1983. Il demeura toutefois avec les Oilers jusqu'en mars 1987.

24. Risto Siltanen - 15 buts en 63 matchs

25. Don Jackson - 15 buts en 266 matchs

26. Gord Sherven - 11 buts en 44 matchs

27. Marty McSorley - 11 buts en 59 matchs

28. Marc Habscheid - 10 buts en 74 matchs

29. Laurie Boschman - 10 buts en 73 matchs
Boschman fit un arrêt d'un an à Edmonton entre un séjour avec les Maple Leafs et ensuite les Jets. Il deviendra plus tard le premier capitaine des Sénateurs en 1992-93.

30. Garry Unger - 9 buts en 62 matchs
Un marqueur de 413 buts durant sa carrière, ses 9 derniers le furent avec les Oilers avec qui il joua de 1981 à 1983 avant d'aller terminer sa carrière en Europe.

31. Billy Carroll - 8 buts en 70 matchs

32. Brett Callighen - 8 buts en 46 matchs

33. Esa Tikkanen - 7 buts en 35 matchs
Un autre que l'on pense évident mais qu'on oublie qu'il s'amena sur le tard à Edmonton, soit durant la saison 1985-86.

34. Steve Smith - 4 buts en 57 matchs
Il marqua aussi un autre but en séries, mais pour l'autre équipe.

35. Ken Berry - 4 buts en 28 matchs

36. Stan Weir - 3 buts en 51 matchs

37. Doug Hicks - 3 buts en 49 matchs

38. Larry Melnyk - 2 buts en 34 matchs

39. Pat Conacher - 2 buts en 45 matchs

40. Rick Chartraw - 2 buts en 24 matchs

41. Ken Solheim - 1 but en 6 matchs
Après avoir eu la plus belle carte de hockey de tous les temps.

42. Mike Rogers - 1 but en 8 matchs
Rogers avait récolté trois saisons consécutives de plus de 100 points avec les Whalers et Rangers au début des années 80. Il s'amena à Edmonton pour un dernier 8 matchs en carrière en 1986.

43. Jim Playfair - 1 but en 2 matchs

44. Garry Lariviere - 1 but en 79 matchs

45. Tom Gorence - 1 but en 12 matchs

46. Mike Forbes - 1 but en 16 matchs

47. Jeff Brubaker - 1 but en 4 matchs

Ensuite, les joueurs suivants n'ont pas récolté de buts durant cette période, mais je ne pouvais pas les laisser derrière non plus. Les voici: Dean Clark, Curt Brackenbury, John Blum, Todd Strueby, Walt Poddubny, Selmar Odelein, Lance Nethery, Don Nachbaur, Mike Moller, Terry Martin, Reg Kerr, Risto Jalo, Kari Jalonen, Dean Hopkins, Steve Graves, Ray Cote.


C'était donc tous les joueurs (et plus) à avoir contribué à ces 5 saisons extraordinaires des Oilers. Je me demande si on reverra ça un jour.


mercredi 3 avril 2024

Clarence Campbell






Ce texte a d'abord été publié comme texte inédit dans notre livre «Le meilleur de La vie est une puck» en 2022. Ce livre est désormais épuisé mais demeure toujours disponible en format digital (eBook).


Étudiant brillant, ­Clarence ­Campbell gradua de la faculté de droit de l’Université de l’Alberta en 1924, avant de décrocher la prestigieuse bourse ­Rhodes, qui lui permit d’étudier à l’Université Oxford. Pendant son séjour en ­Angleterre, il fit partie de l’équipe de hockey de son université, en plus de travailler comme arbitre. Il fut également arbitre de crosse lors des ­Jeux olympiques de 1928 à Amsterdam, alors que ce sport était en démonstration. À son retour au ­Canada, en pleine dépression économique, il se trouva un boulot au sein d’une firme d’avocats d’Edmonton, tout en continuant à arbitrer. Il monta les échelons, jusqu’à être engagé par la ­LNH en 1936. C’est lui qui arbitra en 1937 ce qui s’avéra le dernier match de ­Howie ­Morenz, qui s’infligea une fracture de la jambe qui dégénéra et qui finit par l’emporter.

Pendant les séries de la même année, ­Campbell fut au cœur d’une controverse. Alors qu’il avait laissé le climat se détériorer, la marmite explosa à deux minutes de la fin d’un match. Dit Clapper, un joueur des ­Bruins qui n’avait pas l’habitude des coups salauds, coupa ­Dave Trottier des ­Maroons près de l’œil. Ne semblant pas encore satisfait, il lui asséna alors un ­double-échec pour ensuite se jeter sur lui. Campbell empoigna ensuite ­Clapper pour les séparer, mais ce dernier répliqua en frappant solidement l’officiel ­au-dessus de l’œil. Un spectateur lança ensuite une bouteille en sa direction, mais ­celle-ci aboutit sur la nuque de ­Herb ­Cain, qui s’écrasa sur la glace. Clapper s’en tira avec seulement cinq minutes de pénalité, que le président de la ligue Frank ­Calder n’augmenta que d’une amende 100 $.

En 1939, pour un bâton élevé à l’endroit de ­Red ­Horner des ­Leafs, ­Campbell ne décerna qu’une pénalité mineure. Ceci mit ­Conn ­Smythe, le propriétaire des ­Leafs, complètement hors de lui. Il entra donc en campagne contre ­Campbell auprès de ­Frank ­Calder et des autres propriétaires de la ligue. Smythe obtint satisfaction et le contrat de ­Campbell ne fut pas renouvelé. Il continua toutefois à travailler dans le bureau de ­Calder. Il mentionna plus tard que son travail d’arbitre l’avait préparé pour son poste de président de la ligue, puisqu’il s’était habitué à être constamment contesté.

Lorsque la guerre éclata, ­Campbell s’enrôla dans l’armée. À la fin des hostilités, il avait gradué jusqu’au titre de ­lieutenant-colonel. Combinant son expérience militaire à sa formation d’avocat, il demeura un peu en ­Europe pour contribuer aux procès pour crimes contre l’humanité. De retour au pays en 1946, ­Red ­Dutton s’empressa de démissionner de son poste de président de la ­LNH pour lui laisser la place. Dutton, entraîneur, ­directeur-gérant, puis propriétaire des Americans de ­New ­York / ­Brooklyn, équipe dont les activités avaient été suspendues en 1942, avait accepté à reculons le poste suite au décès subit de ­Frank ­Calder en 1943. Les ­Americans étaient supposés reprendre leurs activités après la guerre, mais lorsque les autres propriétaires revinrent sur leur entente, ­Dutton quitta.

Une des premières mesures que ­Campbell mit en place fut l’instauration du Match des étoiles. Il y avait déjà eu dans le passé des matchs regroupant des joueurs vedettes au bénéfice des familles de joueurs décédés tragiquement ou blessés gravement (Hod Stuart, ­Ace ­Bailey, ­Howie ­Morenz et ­Babe Siebert), mais à partir de 1947, on en fit un événement annuel. À ce moment, la partie avait lieu au tout début de la saison, ce qui fut le cas jusqu’en 1965, et opposait les champions de la ­Coupe Stanley aux étoiles des autres équipes, un format qui fonctionnait bien dans une ligne à six équipes.

Au cours de ses premières années comme président, ­Campbell aida aussi à mettre sur pied un fonds de pension pour les joueurs, bien que pendant longtemps, ­celui-ci n’était pas des plus généreux. Par exemple, en 1969, un ­ex-joueur touchait annuellement, à partir de 65 ans, la somme de 1000 $ pour chaque année jouée dans la ­LNH. Le début du long règne de ­Campbell fut aussi marqué en 1948 par son bannissement à vie de deux joueurs, ­Don Gallinger et Billy Taylor, qui avaient comploté pour parier sur des matchs. Lorsque la suspension fut levée en 1970, ­Campbell était toujours en poste.

 

 
La controverse suivante fut tout aussi monumentale. ­Le 13 mars 1955, une bagarre entre ­Hal Laycoe et ­Maurice Richard dégénéra. Alors que ­Richard était retenu par le juge de ligne ­Cliff Thompson, ­Laycoe en profita pour continuer de le frapper. Voulant se défaire de ­Thompson, le Rocket lui donna un coup de poing. Campbell avait déjà imposé des amendes à ­Richard pour différents incidents mais à chaque fois, le ­Rocket recevait des dons de la population qui dépassaient largement le montant de l’amende. Campbell décida donc de punir ­Richard en le suspendant pour les trois derniers matchs de la saison et l’entièreté des séries éliminatoires.

Cette décision fut non seulement perçue comme un affront au héros du peuple, mais aussi envers tous les ­canadiens-français. Malgré les ­contre-indications de la police et du maire ­Jean Drapeau, ­Campbell insista pour assister au match suivant au ­Forum, ce qui fut perçu par plusieurs comme une provocation. Mais pour lui, ne pas se présenter au match (à l’époque, la ligue avait ses bureaux dans l’édifice ­Sun Life de ­Montréal et ­Campbell habitait ­Ville ­Mont-Royal) aurait été un signe d’abdication. Celui qui se décrivait comme pragmatique y alla même avec sa secrétaire (qui devint plus tard son épouse) et la sœur de ­celle-ci. Une fois à leurs sièges, ils furent accueillis par une pluie de fruits, de ­couvre-chaussures et même une bouteille. Après qu’un jeune lui tendit la main pour ensuite le frapper, le tout dégénéra en ce qui devint l’émeute Maurice ­Richard, que certains associent au début de la ­Révolution tranquille.

L’année suivante, ­Campbell présenta à ­Richard la première de cinq ­Coupes ­Stanley consécutives. Sur un ton paternaliste, ­Campbell a même déjà affirmé que la suspension avait aidé ­Richard, puisqu’il a ensuite cessé de vouloir défier l’autorité et qu’il a ainsi pu mieux comprendre l’importance de se conformer aux règles. 
 
En 1966, alors qu’il était toujours président de la ligue, il fut élu au ­Temple de la renommée. Bien qu’il puisse paraître obséquieux et servile d’honorer ainsi le président en place, il semble que ce soit une coutume de la ­LNH, puisque les présidents subséquents; ­John ­Ziegler, ­Gil ­Stein et ­Gary ­Bettman ont eu droit au même traitement. Après 25 ans de stabilité (certains parleraient plutôt d’immobilisme), c’est finalement en 1967 que ­Campbell donna le feu vert à la grande expansion, alors que la ligue passa de six à douze équipes.

Comme il y avait dorénavant deux divisions de six équipes chacune, les clubs firent don d’un trophée qui porta le nom de Trophée ­Clarence ­Campbell pour être remis aux champions de la division ouest. Lorsqu’on atteignit 18 équipes en 1974 (trois fois plus qu’à peine sept ans plus tôt), on divisa la ligue en deux conférences, dont une fut nommée... Clarence ­Campbell. 
 
C’est donc dire qu’à ce moment, dans un rituel quasi ­nord-coréen, le président et membre du ­Temple de la renommée Clarence ­Campbell remettait le trophée Clarence ­Campbell aux champions de la conférence Clarence ­Campbell. Un artifice équivalent serait tourné au ridicule dans pratiquement n’importe quelle entreprise… La conférence Campbell fut plus tard renommée sous le nom de la ­Conférence de l’Ouest en 1993.

C’est sous son règne qu’eut lieu la ­Série du siècle, première grande rencontre entre les professionnels, qui à ce moment ne pouvaient pas participer aux ­Jeux olympiques ou aux Championnats du monde, et les meilleurs joueurs de l’Union soviétique, qui, bien qu’ils en avaient toutes les caractéristiques, n’avaient pas le statut de professionnel. Il y a toutefois une nuance qu’il faut apporter. Bien que l’équipe qui affronta les ­Soviétiques portait le nom d’Équipe ­Canada, la ­LNH avait un gros mot à dire dans la démarche. Campbell empêcha donc ­plusieurs joueurs, dont Bobby Hull, dont le talent justifiait pleinement leur place au sein de l’équipe, parce qu’ils venaient de signer avec la toute nouvelle Association mondiale de hockey (AMH).

En 1976, un scandale impliquant Campbell éclata mais qui n’avait rien à voir avec le hockey. Le sénateur libéral ­Louis ­Giguère fut accusé de trafic d’influence pour que le gouvernement fédéral prolonge le bail de la concession de la boutique ­hors-taxes à l’aéroport de ­Dorval à la firme ­Sky Shops. Des accusations furent aussi portées contre les trois actionnaires de l’entreprise. Parmi eux, on retrouvait ­Clarence Campbell. Ceci n’entraîna toutefois pas sa démission. Ce n’est qu’en juin 1977 qu’il prit sa retraite. Alors âgé de 71 ans, son règne de 31 ans fut le plus long parmi les présidents/commissaires des ligues professionnelles majeures d’Amérique du ­Nord. Selon Campbell, sa longévité est due au fait qu’à partir de 1967, en raison de l’état de crise ­quasi-constant (expansions, franchises instables, arrivée de l’AMH, montée de la violence, etc.), il a été incité à demeurer plus longtemps.

Si ­Giguère fut finalement acquitté et qu’un des associés de ­Campbell mourut avant de faire face à la justice, c’est finalement en 1980 que ­Campbell et son autre associé furent reconnus coupables d’avoir conspiré pour remettre 95 000 $ à ­Giguère (qui a pourtant été acquitté) dans le but d’obtenir la prolongation du bail. Il fut finalement condamné à un jour de prison et à une amende 25 000 $. Toutefois, à ce moment, il souffrait déjà de problèmes pulmonaires.

C’est finalement en 1984, à l’âge de 78 ans, qu’il est décédé des conséquences d’une pneumonie. Ironiquement, celui qui n’a jamais été reconnu pour ses sympathies envers les canadiens-français est décédé un 24 juin…


Sources :

"Maroon in Great Display to Defeat Boston Squad, 4-1" et "Sports Parade" de D.A.L. MacDonald, March 24, 1937, Montreal Gazette, page 14;

"Les Maroons déclassent les Bruins, 4-1" de Horace Lavigne, 24 mars 1937, La Patrie, page 20;

"Clapper paiera finalement l’amende", 26 mars 1937, La Patrie, page 52;

"The strange forces behind THE RICHARD HOCKEY RIOT" de Sydney Katz, September 17, 1955, MacLean’s (archive.macleans,ca);

"A Fitting Fight For St.Pat" de Stan Fischler, April 22, 1968, Sports Illustrated (vault.si.com);

"Clarence Campbell", March 1, 1969, MacLean’s (archive.macleans.ca);

"Heirs of Judge Landis" de Frank Deford, September 30, 1974, Sports Illustrated (vault.si.com);

"A government under influence" de Ian Urquhart, May 17, 1976, MacLean’s (archive.macleans.ca);

"It’s official: owner Zeigler (sic) takes over from Campbell" d’Al Strachan, June 23 1977, Montreal Gazette, page 27;

"Respiratory ailment hospitalizes Campbell", CP, January 27, 1979, Montreal Gazette, page 51;

"Sky-shops: Campbell coupable", PC, 9 février 1980, Le Soleil, page A3;

"Clarence Campbell Is Dead At 78; President Of N.H.L. For 31 Years" de Sam Goldaper, June 25, 1984, New York Times (nytimes.com);

"Clarence Campbell : 1905-1984", 26 juin 1984, La Presse, page S4;

"U of A alumnus’ name carried on in NHL history" de Ileren Byles, June 9, 2006, Folio Focus (sites.ualberta.ca);

"Clarence Campbell, NHL president, was a man with many hats" de Kevin Mitchell, June 1, 2017, Saskatoon Star-Phoenix (thestarphoenix.com);

"One on One with Clarence Campbell" de Kevin Shea, 18 March 2011, Hockey Hall of Fame (hhof.com);

"Mayor Drapeau tried to prevent 1955 Richard Riot – but Clarence Campbell would not listen" de Kate McKenna, December 30, 2019, CBC News (cbc.ca);

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