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jeudi 17 septembre 2026

Jouer pour l'ennemi



   

Chris Kreider. Chris fucking Kreider.

J'imagine que, comme moi, vous avez réussi à surmonter le choc initial de la plus récente signature de Kent Hughes. J'avoue qu'au départ, malgré les rumeurs, je n'y croyais pas vraiment et je voulais rien savoir. Mais heille, de l'eau en dessous du pont et whatever, Price ne lui en veut pas plus qu'il faut, St.Louis l'adore, Kreider adore St.Louis, c'est un bon joueur, faut présenter l'autre joue, pardonner, accepter, moving on etc. Je suis donc maintenant à bord du Kreider train. Pas trop le choix. Anyway après avoir vu l'an dernier, lors de la même saison, un marqueur de 50 buts ET un pointeur de 100 points, qui suis-je moi pour remettre en question le pouvoir de St.Hughes? Fais ce que tu veux man, moi j'embarque. En plus, comme le gros du core de l'équipe, c'est une signature à rabais, faible risque. All in.

Bref, cette petite intro représente bien ce qui se passe dans notre pauvre cerveau de fan lorsque l'ennemi débarque dans ton clan. J'ai donc pensé faire un petit pot-pourri des meilleurs exemples de joueurs qui sont passés au camp adverse, et les nombreuses réactions que ça a déclenché à l'époque. Ce ne sont pas seulement des cas de joueurs dont ça fait bizarre de le voir dans un autre chandail, ça on l'a fait souvent. Ici ce sont principalement des cas où l'on a vraiment mais vraiment écarté les yeux et que les fans ont du vraiment travailler fort pour accepter le départ ou l'arrivée de tel joueur.

Jaromir Jagr avec les Flyers

Après avoir été échangé des Penguins aux Capitals en 2001, Jaromir Jagr fut échangé aux Rangers durant la saison 2003-04. Il y joua 3 autres saisons complètes, dont une de 123 points en 2005-06. Sa production diminua toutefois d'année en année par la suite et les Rangers lui annoncèrent qu'ils ne lui offrirait pas de nouveau contrat. Il devint donc joueur autonome sans restriction pour la première fois de sa carrière mais opta de plutôt jouer dans la KHL avec le Avangard Omsk pour la saison 2008-09.

Malgré des offres intéressantes pour revenir dans la LNH, notamment avec les Oilers, Jagr demeura à Omsk jusqu'en 2011.

C'est finalement pour la saison 2011-12 qu'il décida, à 39 ans, de revenir dans la LNH. Il y eut alors des rumeurs d'un retour avec son club d'origine, les Penguins, très emballés à ramener l'enfant prodigue et le faire jouer avec la nouvelle génération dominante des Crosby, Malkin et cie. Toutefois, il surprit tout le monde en signant plutôt avec l'ennemi juré de cette rivalité de la Pennsylvanie, les Flyers. Ces derniers lui offraient tout simplement plus d'argent, soit un contrat d'un an de 3,3 millions, contrairement à l'offre de seulement 2 millions des Penguins.

Il ne joua qu'une seule saison à Philadelphie, récoltant 19 buts et 35 passes, ce qui le classait au 3e rang de l'équipe pour les points, derrière Claude Giroux et Scott Hartnell. En séries, Jagr n'a récolté qu'un seul point. Durant l'entre-saison, peu d'efforts furent déployés pour prolonger son contrat. Philadelphie était alors la première étape de sa tournée d'adieu car il a par la suite signé avec Dallas, puis plus tard avec Boston, le New Jersey, la Floride et Calgary.


Scott Gomez avec les Rangers

Ah ce bon vieux Scott... 

Lorsque le meilleur joueur de l'histoire de l'Alaska quitta les Devils le 1er juillet 2007 pour signer un méga-trop cher-contrat avec l'ennemi de Manhattan, les fans des Devils étaient furieux. Plusieurs fans allèrent même jusqu'à brûler son chandail.

Il connut deux bonnes saisons à New York, sans toutefois rentabiliser son éléphant blanc de contrat, avant d'être shippé à Montréal à l'été 2009 lors d'un échange dont vous et moi ne sommes pas encore totalement guéris. J'imagine que les fans des Devils à l'époque étaient contents de le voir partir de New York, mais sûrement pas tant que ça étant donné tout ce que les Rangers obtinrent en retour pour faire davantage de tort aux Devils dans les années suivantes. De plus, Gomez et les Rangers éliminèrent les Devils en première ronde lors des séries de 2008. 

Tout fut toutefois pardonné, en quelque sorte, lorsque Gomez revint comme agent libre au New Jersey lors de la saison 2014-15.

Chris Chelios avec les Red Wings

Natif de Chicago, champion du trophée Norris et membre invétéré des Blackhawks depuis son arrivée de Montréal en 1990, Chris Chelios entretenait avec vivacité la rivalité Détroit-Chicago. Il avait même déclaré à un journaliste qu'il ne jouerait jamais pour les Red Wings.

Mais après quelques mauvaises saisons pour les Hawks, et des négociations infructueuses pour demeurer à Chicago, un autre échange controversé se produisit dans la carrière de Chelios lorsqu'il fut envoyé aux Red Wings en mars 1999. Les stations de télé firent rejouer en boucle l'extrait où il disait ne jamais vouloir jouer pour les Wings.

Son entrée dans le vestiaire des Wings ne fut pas facile personnellement. Il dut surmonter la crainte de lier des liens avec d'anciens partenaires féroces comme Steve Yzerman et Sergei Fedorov. Il avait d'ailleurs écopé d'une amende de 500$ pour avoir cinglé ce dernier. Lors de son premier jour avec l'équipe, le dur à cuire Darren McCarty prit un de ses bâtons et lui dit ''C'est la première fois que je suis aussi proche de ton bâton sans le voir se briser sur ma tête.''

En fait, Chelios choisit initialement d'être échangé à Détroit pour demeurer proche de sa famille et surtout sa soeur qui combattait le cancer depuis plusieurs années. 

Le clou de l'histoire? Les Blackhawks espéraient que, plutôt que de l'échanger, que Chelios prenne sa retraite et rejoigne l'organisation comme membre de la direction. Il joua plutôt 9 saisons de plus avec les Wings, soit une saison de plus que son temps à Chicago.

Pat Verbeek avec les Red Wings

Continuant dans la rigolade avec un futur coéquipier de Chelios à Détroit, nul autre que ''the little ball of hate'', Pat Verbeek.

L'actuel DG (certains diraient malfamé) des Ducks d'Anaheim était une peste partout où il a joué. En 1996-97, il signa avec les Stars de Dallas, avec qui il remporta la coupe en 1999. Il était donc bien positionné comme acteur durant cette féroce époque fin 90's début 2000, particulièrement dans l'ouest où l'on peut dire qu'il s'agissait d'une conférence à trois équipes avec les Stars, l'Avalanche et les Red Wings.

Après la victoire de 1999, son contrat prit fin avec les Stars qui voulaient réduire les coûts et se rajeunir, et ils le laissèrent partir. Verbeek dut cependant patienter plusieurs mois et aucune équipe ne lui avait encore fait signe lorsque la saison 1999-2000 débuta. C'est finalement à la mi-novembre qu'il trouva preneur, passant au clan ennemi avec les Red Wings qui lui offrirent un contrat de deux saisons.

Le jour de son embauche, les Red Wings étaient justement à Dallas pour y affronter les Stars en soirée et Verbeek put donc rapidement rejoindre sa nouvelle équipe dans le vestiaire opposé à celui où il avait son casier lors des trois saisons précédentes. Lors de son entrée dans le vestiaire des Wings, son nouveau coéquipier Kris Draper sursauta et demanda à un soigneur «What the fuck is Verbeek doing here?», croyant qu'il était de retour avec les Stars et qu'il cherchait la bagarre dans le vestiaire ennemi. Le soigneur lui expliqua qu'il venait tout juste de signer avec eux et Draper exprima alors un soupir de soulagement, préférant l'avoir dans son équipe que d'avoir à lui faire face.

À Detroit et maintenant âgé de 35 ans, Verbeek connut une bonne saison en 99-00 avec 22 buts et 24 passes en 68 matchs. L'année suivante, Verbeek obtint 15 buts et 15 passes. C'est durant cette saison que Verbeek franchit le plateau impressionnant des 500 buts et des 1000 points en carrière.

Les Red Wings n'appréciaient toutefois pas leurs récentes défaites expéditives en séries et effectuèrent un reboot durant l'été 2001. La plupart du temps on entend parler d'un «virage jeunesse» au sein d'une équipe mais les Red Wings de 2001-02 effectuèrent plutôt un «virage vieillesse». Verbeek aurait possiblement pu cadrer dans cet environnement à 37 ans mais les Wings le laissèrent toutefois aller en faveur de Luc Robitaille et Brett Hull en plus de Dominik Hasek dans les buts. Difficile de contredire que c'était une upgrade...

Verbeek signa alors un nouveau contrat d'un an avec les Stars où il effectua un retour plutôt anonyme pour une dernière saison en 2001-02. Ayant perdu graduellement des plumes depuis la conquête de 1999, les Stars furent exclus des séries en 2002 et Verbeek n'obtint que 7 buts et 20 points pour cette dernière saison. 


Guy Lapointe avec les Bruins

On pourrait mettre plein d'anciens glorieux dans un uniforme ennemi, comme Guy Lafleur avec les Nordiques, Jacques Plante avec les Maple Leafs ou bien Mats Naslund avec les Bruins (dont j'ai déjà parlé). Les autres membres du ''Big 3'' et tant d'autres ont eux aussi terminé leur carrière ailleurs (Robinson à L.A, Savard à Winnipeg, etc) mais pour moi, l'ultime ''mon oeil saigne'' fut lors de la saison 1983-84 lorsque Guy Lapointe signa comme agent libre avec les Bruins. 

Après avoir surfé sur la vague de la dynastie des années 70 du CH, Lapointe perdit de la vitesse, étant finalement échangé aux Blues de St.Louis en mars 1982. Après une saison complète à St.Louis, il se ramassa dans le vestiaire de ceux qu'il avait aidé à éliminer à maintes reprises quelques années auparavant.

Anecdote cocasse pour rajouter au malaise: lors de son arrivée à Boston, Lapointe demanda de garder son fétiche numéro 5, ce que les dirigeants de l'équipe lui accordèrent, malgré le statut du numéro comme étant retiré en l'honneur du légendaire Dit Clapper. La famille de se dernier s'indigna et Lapointe changea de numéro pour le 27 après une douzaine de parties.


C'est donc tout, mais j'ai plusieurs autres joueurs en back-up. Des suggestions?


Sources:
Jaromir Jagr returns to the NHL, signs one-year deal with new-look Flyers, StarTribune, 1er juillet 2011
Scott Gomez’s Career: From Devils Rookie to Redemption, Allaboutthejersey.com, 5 sept. 2016
Chris Chelios was stunned by trade, ESPN, 17 nov. 2014
Book excerpt: Move from Chicago to Detroit rough for Chelios, Detroit Free Press, 11 oct. 2014
Quand Pointu parle, les Bruins écoutent, La Presse, 14 oct. 1983