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vendredi 26 juin 2026

Les Trophées LVEUP 2025-26 (partie 1 de 3)

  


   


Une autre saison terminée, c'est le temps de se contempler dans la célébration de fin d'année avec les fameux trophées personnalisés de La vie est une Puck!

Ici, on en a que faire des marqueurs de buts, des bons gardiens et des joueurs gentilhommes. Contrairement à la LNH, les prix LVEUP récompensent la médiocrité et les statistiques peu flatteuses. 

Pour voir les anciennes éditions des années précédentes, cliquez ici.

Nous allons faire quelque peu différent cette année et séparer la job en 3 étapes. Les trophées seront donc dévoilés en trois publications différentes.
 
 
Voici sans plus tarder, les prix LVEUP 2025-26!
 




Si, comme nous, vous vous ennuyez du temps où les meneurs au chapitre des minutes de pénalité avaient droit à une carte de hockey soulignant cet exploit, voici votre revanche. 
 
Premier trophée de l'histoire de LVEUP, le Dave Schultz Memorial Trophy se voit remis annuellement au joueur ayant accumulé le plus de minutes de pénalités durant la saison régulière.
 
Ce trophée porte le nom de celui qui détient le record de minutes de pénalité en une saison, Dave «The Hammer» Schultz. Ce grand matamore des Broad Street Bullies accumula ni plus ni moins que 472 minutes au banc des pénalités en 1974-75, deuxième année où les Flyers remportèrent la Coupe Stanley à coups de dents pétées et de côtes arrachées... 
 
Les choses ayant grandement changé depuis (pour le meilleur ou pour le pire), on ne voit qu'une minorité de joueurs dépassant les 100 minutes par saison de nos jours, mais ce trophée mérite toujours sa raison d'être.

Les précédents gagnants :
2024-25: Nikita Zadorov (145)
2023-24: Liam O'Brien (153)
2022-23 : Pat Maroon (150)
2021-22 : Mark Borowiecki (151)
2020-21 : Tom Wilson (96)
2019-20 : Evanger Kane (122)
2018-19 : Evander Kane (153)
2017-18 : Michael Haley (212)
2016-17 : Mark Borowiecki (154)
2015-16 : Derek Dorsett (177)
2014-15 : Steve Downie (238)
2013-14 : Tom Sestito (213)
2013 : Colton Orr (155)
2011-12 : Derek Dorsett (235)
2010-11 : Zenon Konopka (307)
2009-10 : Zenon Konopka (265)


And the winner is : 

Nikita Zadorov
(152 minutes)

Il récidive!

Nikita Zadorov, champion de l'an passé, est de retour comme lauréat du Schultz avec en prime une amélioration de 7 minutes supplémentaires. Une fight + un deux minutes.

Il l'emporte devant son coéquipier des Bruins, Mark Kastelic à 140 minutes, et Logan Stanley des Sabres à 128.

Zadorov devient le 5e joueur de l'histoire à remporter un deuxième trophée Shultz, et le 3e à le faire deux années d'affilée, ce qui est toujours encouragé par chez nous car on n'a pas à dealer avec FedEx pour rapatrier le trophée et il peut continuer de l'astiquer dans son salon.

Bravo Nikita et peut-être stp devenir le premier à effectuer le triplé l'an prochain?

 

 
Nommé en l'honneur du célèbre Bill Mikkelson, qui lors de la saison inaugurale des Capitals de Washington en 1974-75, termina avec un impressionnant différentiel record de -82, le Bill Mikkelson Trophy est remis au joueur ayant accumulé le pire différentiel durant la saison régulière. 
 
Donc le récipiendaire du trophée Mikkelson peut se vanter d'être le joueur le plus mal sur-utilisé de la Ligue nationale.
 

Les précédents gagnants :
2024-25 : Mason Lohrei (-43)
2023-24 : William Eklund (-45)
2022-23 : Andrew Peeke (-41)
2021-22 : Keith Yandle (-47)
2020-21 : Rasmus Dahlin (-36)
2019-20 : Andreas Athanasiou (-46)
2018-19 : Rasmus Ristolainen (-41)

2017-18 : Nick Leddy (-42)
2016-17 : Tyson Barrie et Matt Duchene (-34)
2015-16 : Mikkel Bodker (-33)
2014-15 : Nail Yakupov (-35)
2013-14 : Alexander Edler (-39)
2013 : Erik Gudbranson et Brian Campbell (-22)
2011-12 : Milan Jurcina (-34)
2010-11 : Chris Philips (-35)
2009-10 : Patrick O'Sullivan (-35)


And the winner is :
 

Brock Boeser
(-48)

Un nouveau record du Mikkelson pour l'ère moderne, ou si vous voulez, l'ère LVEUP. Quand le précédent recordman, Keith Yandle, avait obtenu son -47 il y a quelques saisons, je croyais que ça prendrait un moment avant qu'un autre joueur le batte. Les joueurs à -40 étaient inexistants dans les débuts de ces trophées, mais on vit vraiment dans une nouvelle ère offensive depuis. Difficile de contredire ce fait quand tu retrouve, à l'opposée du spectre, des marqueurs de 50 buts et de 100 points à Montréal... Bref, les -40 sont légion désormais.
 
Brock Boeser, emblème des piteux Canuques de Vancouver, est notre nouveau recordman avec un splendide -48. Il avait même une bonne avance/retard sur le suivant sur la liste, Artyom Levshunov des Blackhawks à -41.
 
Je dis qu'on vise le -50 l'an prochain. On est dus... Le dernier à avoir fait pire que Boeser? Alexei Yashin des Sénateurs avec -49 en 1993-94, et le dernier à avoir franchi le -50 fut Doug Zmolek des Sharks en 1992-93.
 
 


Remis annuellement au gardien ayant enregistré le plus de défaites en saison régulière, le Gary "Suitcase" Smith Trophy est un autre des «Original 3» des trophées de LVEUP créés en 2010.
 
Malgré quelques bonnes saisons avec les Canucks et un trophée Vézina partagé à Chicago avec Tony Esposito (à l'époque où ce trophée était remis aux gardiens ayant la plus basse moyenne), Gary Smith est surtout célèbre pour avoir établi un record toujours inégalé de 48 défaites en une saison, soit en 1970-71, alors qu'il évoluait avec les Golden Seals de la Californie. Son surnom «Suitcase» provient du fait qu'il s'est beaucoup promené, jouant avec 7 équipes de la LNH au total, ce qui représentait un record à l'époque.

 
Les précédents gagnants :
2024-25 : Jusse Saros (31)
2023-24 : Petr Mrazek (31)
2022-23 : John Gibson (31)
2021-22 : Karel Vejmelka (32)
2020-21 : John Gibson (19)
2019-20 : John Gibson (26)
2018-19 : Devan Dubnyk (28)
2017-18 : Cam Talbot (31)
2016-17 : Calvin Pickard (31)
2015-16 : Cam Talbot (27)
2014-15 : Mike Smith (42)
2013-14 : Ryan Miller (30)
2013 : Semyon Varlamov (21)
2011-12 : Jonas Hiller (30)
2010-11 : Nikolai Khabibulin (32)
2009-10 : Jeff Drouin-Deslauriers, Tomas Vokoun et Miikka Kiprusoff (28)


And the winner is :
 
Dustin Wolf
(29 défaites)

On peut dire que le loup a été calme dans la bergerie cette saison. Après avoir été finaliste au trophée Calder de meilleure recrue dans la LNH la saison passée (ce qu'on n'encourage pas ici à LVEUP), Dustin Wolf a eu autant de défaites cette saison qu'il a eu de victoires l'an passé. Et à voir comment les Flames sont gérés depuis quelques saisons, il y a des possibilités que Wolf égalise ou batte le record de John Gibson qui a été notre récipiendaire à trois occasions. En tous les cas, il s'est assuré que les trophées Suitcase Smith demeurent dans l'Ouest une autre saison... Le dernier de l'est à l'avoir remporté fut un Ryan Miller en fin de parcours avec les Sabres en 2013-14... et encore là il avait terminé la saison avec les Blues de St.Louis.




Le Frank Caprice Trophy est nommé en l'honneur du grand Frank Caprice, gardien des Canucks des années 80, qui est le gardien ayant gardé plus de 100 matchs dans la LNH avec le plus bas pourcentage d'arrêt (.859) depuis qu'on tient en considération cette statistique. 
 
Vous savez, quand on était un gardien plus que médiocre dans une période difficile pour les gardiens, ça mérite d'être souligné. Le trophée Caprice est donc remis au gardien ayant gardé plus de 20 matchs avec le pire pourcentage d'arrêt durant la dernière saison.

En passant, Frank Caprice est malheureusement décédé l'an dernier. RIP.


Les précédents gagnants :
2024-25 : Alexandar Georgiev / Philipp Grubauer (0.875)
2023-24 : Antti Raanta (.872)
2022-23 : Spencer Martin (.871)
2021-22 : Joonas Korpisalo (.877)
2020-21 : Carter Hart (.877)
2019-20 : Jimmy Howard (.882)
2018-19 : Aaron Dell (.886)
2017-18 : Scott Darling (.888)
2016-17 : Michal Neuvirth (.891)
2015-16 : Jonas Hiller (.879)
2014-15 : Viktor Fasth (.888)
2013-14 : Dan Ellis (.879)
2013 : Miikka Kiprusoff (.882)
2011-12 : Dwayne Roloson (.886)


And the winner is : 

Leevi Meriläinen
(.860)

Tout comme Brock Boeser, Leevi Meriläinen a établi un record en cette nouvelle ère offensive en ayant un pourcentage d'efficacité de 0,860, surpassant de loin celle de 0,871 établie par Spencer Martin en 2022-23. Rappelé par les Senators au cours de la saison, Meriläinen s'est assuré de suivre l'exemple de ses coéquipiers gardiens de but alors qu'aucun des gardiens d'Ottawa n'a atteint le seuil psychologique du 0,900. 

Je peux comprendre un certain Brady d'avoir voulu aller sous d'autres cieux...




Remis au joueur de centre ayant au moins 50 mises en jeu et 50 matchs joués à son actif mais qui possède le pire pourcentage de mise au jeu remportées, le Craig Smith Trophy a été ainsi auto-nommé en l'honneur de celui qui détenait cet illustre distinction au moment où on y a pensé, soit Craig Smith lui-même lors de l'édition des prix 2013-14. 
 
Il récompense donc le spécialiste des mises en jeu le moins doué de la LNH.


Les précédents gagnants :
2024-25: Cole Perfetti
2023-24: Filip Zadina
2022-23 : Brandon Hagel
2021-22 : Joel Farabee
2020-21 : Yegor Sharangovich
2019-20 : Tobias Rieder
2018-19 : Danton Heinen
2017-18 : Jordan Nolan
2016-17 : Jayson Megna 
2015-16 : Jordan Nolan
2014-15 : Jordan Nolan
2013-14 : Craig Smith 


And the winner is :

Linus Karlsson
(29.4%)
 
Coudonc… les équipes canadiennes sont DONC BEN POCHES. 

Il est bien attendu que plusieurs équipes se voient attribuer plus d'un trophée LVEUP lorsque c'est une saison de chiotte. C'est le cas de Vancouver et de ses pauvres Canucks, qui ont deux lauréats cette année (et un troisième partiel que vous verrez plus loin). En plus de Brock Boeser au trophée Mikkelson, son coéquipier Linus Karlsson, qui je devine vous fait dire "who the hell is that?" a également mis le pied à la pâte cette année. 
 
Listé officiellement comme joueur de centre, il fait plutôt la girouette sur les ailes au gré des entraîneurs interchangeables et désabusés des Canucks. Il a seulement gagné 15 des 51 mises en jeu qu'il a disputé cette saison. Il devance d'autre semi-joueurs de centres/semi-ailiers de pas de renom comme Jesper Boqvist, Noah Ostlund et Vasily Podkozin.
 
P.S. Ce ne sera pas le dernier trophée d'une équipes canadienne. Une chance que le Canayen sauve la mise.
 
 

jeudi 25 juin 2026

Dan McCarthy




Comme l’an dernier, le repêchage de cette année aura sept rondes. La situation n’a toutefois pas toujours été ainsi. J’ai déjà écrit au sujet de celui de 1978, où les équipes pouvaient repêcher tant qu’elles voulaient et que Sam Pollock avait tourné en ridicule en choisissant pas moins de 22 joueurs.

Ce cher Sam avait tout de même trouvé le moyen de dénicher deux joueurs de calibre de la Ligue nationale parmi ces choix tardifs : Chris Nilan en 19e ronde et Louis Sleigher en 21e ronde. 

Parmi les autres équipes, les trouvailles tardives ont été plutôt rares dans cet encan où il n’y avait d’ailleurs pas tant de profondeur. Le joueur à avoir joué au moins un match dans la grande ligue qui a été choisi le plus tard, si on fait exception des deux joueurs sélectionnés par Montréal mentionnés plus haut est un petit centre, Dan McCarthy. Originaire de la ville qui abrite le Temple de la renommée du baseball canadien, St. Mary’s, en Ontario, il avait été choisi en 15e ronde, 223e au total, par les Rangers. Suite à sa sélection, New York a plié bagage, laissant Montréal et Détroit comme étant les deux dernières équipes à continuer à repêcher. 


 

McCarthy avait connu une saison respectable de 30 buts et 51 passes avec les Wolves de Sudbury de la Ligue de l’Ontario. Même si son équipe termina dernière de la ligue avec une fiche de 16-42-10, elle comptait tout de même des joueurs de talent. McCarthy termina troisième meilleur pointeur des Wolves, derrière Dave Hunter et Mike Foligno, qui eurent de belles carrières dans la LNH. Le défenseur Randy Hillier, qui joua plus de 500 matchs dans la Ligue nationale, faisait aussi partie de cette formation. 

McCarthy eut une bonne saison 1978-79, alors qu’il s’aligna avec les Generals de Flint de la Ligue internationale. Il y amassa 38 buts et 42 passes. 

L’année suivante, il se retrouva avec les Nighthawks de New Haven, la filiale principale des Rangers, dans la Ligue américaine. 

Fin octobre, une opportunité se présenta à lui. Suite à des blessures à Ulf Nilsson, Steve Vickers et Ron Duguay, il y eut des trous dans l’offensive des Rangers, qui connaissaient en plus un mauvais début de saison. C’est ainsi qu’après un peu plus deux ans après avoir été repêché en 15e ronde, McCarthy se retrouva dans la Ligue nationale. 

Son premier match fut le 1er novembre au Forum. Montréal y prit rapidement le dessus et en troisième période, les Canadiens menaient par la marque de 6-2. C’est alors que McCarthy marqua deux buts à 13 secondes d’écart aux dépends de Michel Larocque. Mario Marois obtint une passe sur le premier et Mike Allison l’assista pour les deux. La marque fut aussitôt resserrée, mais Guy Lafleur recreusa ensuite l’écart. Montréal l’emporta donc 7-4, mais McCarthy eut tout de même un très bon premier match dans la LNH. Avec un but de plus, il aurait égalisé le record d’Alex Smart, pour le plus de buts lors d’un premier match (record depuis battu par Auston Matthews).  Il y ajouta aussi une pénalité. 

Le lendemain, les Rangers affrontaient les Kings au Madison Square Garden. McCarthy continua sur sa lancée en déjouant Ron Grahame, sur une passe d’André Doré (deux futurs Nordiques). Los Angeles l’emporta tout de même, par le pointage de 6-3. 

Le match suivant fut un verdict nul de 3-3 à Chicago, qui fut enchaîné par une défaite de 6-4 à Vancouver. 

L’entraîneur Fred Shero lui fit ensuite sauter un match à Los Angeles, avant de le réintégrer dans l’alignement le 11 novembre, à Calgary. 

Ce fut une autre défaite pour les Blueshirts, par la marque de 7-3 cette fois, mais McCarthy trouva tout de même le moyen de marquer à nouveau, contre Pat Riggin dans ce cas-ci, sur des passes de Carol Vadnais et Ed Hospodar

Il fut ensuite retourné à New Haven.

Une accumulation de blessures au sein d’une équipe faible permit donc à ce choix tardif d’obtenir sa chance, qu’il ne rata pas. En 10 jours, il joua 5 matchs dans 5 villes différentes, où il marqua tout de même 4 buts. Il ne connut toutefois pas la victoire (4 défaites et une nulle). 

Ce furent 10 jours intenses, mais ce furent ses seuls dans la LNH. Malgré cette belle performance, il n’eut plus jamais la chance de jouer au plus haut niveau. Comme Alex Smart, malgré des débuts fracassants, son passage fut éphémère. 

Il joua par la suite 4 ans dans la Ligue américaine, avec New Haven, Springfield et Baltimore, en plus de passer un an dans la Ligue centrale avec Birmingham. Il joua aussi quelques parties en Autriche en 1983-84. 

À l’été 1982, il avait été échangé aux North Stars contre Shawn Dineen, le fils de Bill et le frère de Kevin, Gord et Peter. Il ne joua toutefois jamais au Minnesota. 

Il devint ensuite entraîneur au niveau junior au Connecticut 

Sources : 

″Les Rangers ont été «dérangés»″ d’Alain Chantelois, 2 novembre 1980, Dimanche-Matin, page 62,

″Il n’y a pas de joueurs prêts à Halifax – Jacques Laperrière″ de Tom Lapointe, 2 novembre 1980, Dimanche-Matin, page 63, 

″Canadiens finally win two straight″ de Glenn Cole, November 3 1980, Montreal Gazette, page 3,

hockey-reference.com, wikipedia.org.

lundi 15 juin 2026

Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître



En intitulant mon billet d’un extrait de ″La bohême″ de Charles Aznavour, je trahis un peu (beaucoup) mon âge. Mais il s’agit d’une tranche de vie qui, 45 ans plus tard, peut paraître préhistorique à ceux qui n’ont pas vécu cette époque. 

Le 17 décembre 1980, les Canadiens se présentèrent à Vancouver pour affronter les Canucks. À ce moment, Montréal sortait à peine de sa dynastie des années 1970. De l’autre côté, les Canucks existaient seulement depuis 10 ans et cherchaient encore à établir une certaine respectabilité. Ils avaient raté les éliminatoires six fois, n’avaient jamais remporté une série et en saison, ils n’avaient présenté une fiche supérieure à ,500 qu’à deux reprises. Le résultat fut que le Tricolore était extrêmement populaire sur la côte-ouest et l’équipe locale se sentait défavorisée lorsque Montréal était en ville. (Les Canadiens sont encore très populaires dans l’ouest du pays, mais disons que le temps a fait son œuvre et que c’est beaucoup plus près d’un équilibre normal pour une équipe hôtesse.) 

Dave ″Tiger″ Williams avait été échangé des Leafs aux Canucks lors de la saison précédente. L’un des pires agitateurs de la ligue, Williams avait aussi la réputation d’être francophobe. La veille du match, il avait confié à un journaliste du Vancouver Sun, James Lawdon, qu’il trouvait complètement insensé que la foule appuie aussi massivement une équipe de ″frogs″. Sentant que ses propos étaient hautement controversés, le journaliste insista qu’il n’avait pas été prononcés sous l’effet de l’émotion, mais qu’il y avait vraiment réfléchi. Williams se cala encore plus en ajoutant que c’était sûrement le premier ministre René Lévesque (le premier référendum avait eu lieu quelques mois auparavant) qui payait pour qu’il y ait autant de gens qui applaudissaient les ″frogs″ dans les estrades. 

Ces insultes ne passèrent pas inaperçues. Larry Robinson indiqua qu’il était difficile d’avoir une conversation intelligente avec quelqu’un qui, comme Williams, ne l’était pas. Gaston Gingras décrivit Williams comme un jaune et voulut lui régler son cas, mais en bout de ligne il fut peu utilisé par l’entraîneur Claude Ruel. Chris Nilan voulut se battre avec Williams, mais ce dernier refusa en se cabrant la tête entre ses deux bras. Nilan prit alors quatre minutes de punition pendant lesquelles les Canucks comptèrent deux fois, dont un par Williams lui-même. Après le match, Nilan déclara que ″J’aimerais cent fois mieux être un frog qu’un chicken.″ 

Même si Montréal avait une meilleure équipe sur papier, le match se termina par un match nul de 4-4. Williams avait toutefois réussi à jouer dans la tête des Canadiens. La table était toutefois mise pour la visite des Canucks à Montréal, qui n’aurait toutefois pas lieu avant le 21 mars suivant. 

Williams était alors attendu de pied ferme. Huit policiers furent assignés à sa sécurité. Sur la patinoire, les choses ne tardèrent pas à dégénérer. La charge fut d’ailleurs menée par trois joueurs au sentiment nationaliste connu, Guy Lapointe, Richard Sévigny et Mario Tremblay

Lapointe et Tremblay se mirent d’abord à deux pour infliger une mise en échec mémorable à Williams, que la foule huait à chaque occasion. 

Lorsqu’à 9:20, Williams y alla d’une vicieuse charge au bâton sur Sévigny, gardien de petite taille mais à la fougue indiscutable, Lapointe se jeta sur lui. Sévigny fit de même, devenant ainsi le troisième homme de la bagarre, qui dégénéra rapidement en foire. Finalement, l’arbitre Ron Hoggarth décerna 98 minutes de pénalité. Sévigny fut expulsé du match, bien qu’il affirma qu’il avait été blessé et qu’il aurait dû laisser sa place à Denis Herron de toute façon. 

Le tout reprit à 8:17 de la deuxième période. Une autre longue mêlée générale éclata. Tremblay s’en prit à Williams et 72 autres minutes de pénalité furent décernées. Le Bleuet bionique fut à son tour expulsé du match. 

À l’époque, les matchs du samedi (à La Soirée du hockey, à Radio-Canada) étaient à 20h. J’avais presque 8 ans. Même si c’était beaucoup plus tard que mon heure habituelle, j’avais une permission spéciale pour regarder les matchs du samedi jusqu’à la fin. Je regardais habituellement le début avec ma mère, qui allait éventuellement se coucher. Mon père, mon frère et mes sœurs n’avaient aucun intérêt pour le hockey, ce qui fait que je me retrouvais après un moment seul à regarder l’unique télé de la maison. 

Sauf que le match de ce soir était interminable, avec les innombrables bagarres. Mon père finit par se réveiller et vint me dire que ça suffisait et que je devais aller me coucher. 

Le lendemain, je ne savais toujours pas qui avait gagné. À ce moment, il n’y avait évidemment pas d’internet, ni de RDS, ni de RDI. (Nous n’avions pas le câble de toute façon.) À Radio-Canada, le dimanche matin était consacré à des émissions jeunesse. Ce n’était donc pas en regardant Passe-Partout ou Grisu le petit dragon que j’allais apprendre qui avait gagné la veille. À TVA, ce n’était pas en regardant C’était l’bon temps, une émission animée par Guy Godin qui parlaient de vieux chanteurs, que j’en apprendrais plus. 

À la radio, de ce que je me souvienne, le FM diffusait exclusivement de la musique, sans vraiment d’info. Au AM, on retrouvait à ces heures de faible écoute principalement des chansons rétros en mono. 

Et le journal? Mon père était abonné à La Presse, qui à l’époque ne publiait pas le dimanche. J’habitais à la campagne, alors le dépanneur était un peu loin pour aller chercher le Journal de Montréal. 

Mais à midi, il y avait un bulletin de nouvelles à la télé, n’est-ce pas? En fait, non, pas à ce moment. À Radio-Canada, c’était La Semaine verte. Du côté de TVA, pas plus de chance, c’était Le Brunch, une émission culturelle avec Reine Malo. 

Donc, je devais attendre à 16h30 pour regarder Sport Mag, une émission hebdomadaire à TVA qui couvrait l’actualité sportive, pour connaître le résultat? 

Finalement, mon père m’annonça que nous allions rendre visite à ma tante. En chemin, alors que nous avons passé près d’un dépanneur (les magasins et les épiceries étaient alors fermés le dimanche), je l’ai littéralement harcelé pour qu’il arrête pour que je puisse acheter le Journal de Montréal, ce qu’il a accepté de faire. 

J’ai finalement pu apprendre que les choses s’étaient calmées en troisième, alors qu’il n’y avait eu aucune pénalité. Une victoire de 5-3. Un but et une passe pour Larry Robinson et Mark Napier, mais surtout 34 minutes de pénalité pour Tremblay, 22 pour Sévigny et 17 pour Lapointe. Ce dernier rata d’ailleurs le match suivant, blessé, alors que Sévigny put reprendre le filet. 

De son côté, Williams, qui est toujours à ce jour le meneur de tous les temps pour les minutes de pénalité, en accumula 31. À la fin du match, il ne se défila pas. Il assuma ses paroles, en disant toutefois qu’il pensait qu’il s’adressait à un ami. Il dit aussi que la situation ne l’avait pas affecté et qu’en tant qu’ ″Indien″, il était habitué que tout le monde le déteste. (Note : Dave Williams n’est pas autochtone.) 

Son entraîneur Harry Neale vint à sa défense en disant que Williams était un combattant bien que, contrairement à ce qu’avait affirmé ce dernier, il avait été affecté par les événements. 

Le coéquipier de Williams, Richard Brodeur, confia plus tard qu’il avait été mis au fait par le principal intéressé des déclarations qu’il ferait pour provoquer des réactions. Brodeur le qualifia d’ailleurs de phénomène. Williams confirma que son but était de voler le spectacle et de créer la controverse. 

Sources : 

″Le Canadien acclamé à Vancouver «Lévesque paie pour faire applaudir des frogs» - Williams″ de Bernard Brisset, 18 décembre 1980, La Presse, page B1, 

″Tiger Williams prend de la place″ de Bernard Brisset, 19 décembre 1980, La Presse, page B1, 

″Les p’tites grenouilles attendent Tiger″ de Bernard Brisset, 21 mars 1981, La Presse, page F1, 

″Ruel fait les éloges de Sévigny″ de Bernard Brisset, 23 mars 1981, La Presse, page S3, 

″Une longue soirée pour Williams″ de Bernard Brisset, 23 mars 1981, La Presse, page S4, 

″Williams ne regrette rien″ de Bernard Brisset, 23 mars 1981, La Presse, page S5, 

″Lapointe paie la rançon de la gloire″ de Bernard Brisset, 23 mars 1981, La Presse, page S5, 

Télé-Presse du 21 au 28 mars 1981 

″Les Canucks tiennent leur bout″ de Maurice Dumas, 24 mars 1981, Le Soleil, page D1, 

″Davis : Still feisty, Tiger Williams honouring Indigeous ′family′ during Pro Scout events″ de Darrell Davis, September 19, 2025, Regina Leader-Post (leaderpost.com).