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mercredi 3 avril 2024

Clarence Campbell






Ce texte a d'abord été publié comme texte inédit dans notre livre «Le meilleur de La vie est une puck» en 2022. Ce livre est désormais épuisé mais demeure toujours disponible en format digital (eBook).


Étudiant brillant, ­Clarence ­Campbell gradua de la faculté de droit de l’Université de l’Alberta en 1924, avant de décrocher la prestigieuse bourse ­Rhodes, qui lui permit d’étudier à l’Université Oxford. Pendant son séjour en ­Angleterre, il fit partie de l’équipe de hockey de son université, en plus de travailler comme arbitre. Il fut également arbitre de crosse lors des ­Jeux olympiques de 1928 à Amsterdam, alors que ce sport était en démonstration. À son retour au ­Canada, en pleine dépression économique, il se trouva un boulot au sein d’une firme d’avocats d’Edmonton, tout en continuant à arbitrer. Il monta les échelons, jusqu’à être engagé par la ­LNH en 1936. C’est lui qui arbitra en 1937 ce qui s’avéra le dernier match de ­Howie ­Morenz, qui s’infligea une fracture de la jambe qui dégénéra et qui finit par l’emporter.

Pendant les séries de la même année, ­Campbell fut au cœur d’une controverse. Alors qu’il avait laissé le climat se détériorer, la marmite explosa à deux minutes de la fin d’un match. Dit Clapper, un joueur des ­Bruins qui n’avait pas l’habitude des coups salauds, coupa ­Dave Trottier des ­Maroons près de l’œil. Ne semblant pas encore satisfait, il lui asséna alors un ­double-échec pour ensuite se jeter sur lui. Campbell empoigna ensuite ­Clapper pour les séparer, mais ce dernier répliqua en frappant solidement l’officiel ­au-dessus de l’œil. Un spectateur lança ensuite une bouteille en sa direction, mais ­celle-ci aboutit sur la nuque de ­Herb ­Cain, qui s’écrasa sur la glace. Clapper s’en tira avec seulement cinq minutes de pénalité, que le président de la ligue Frank ­Calder n’augmenta que d’une amende 100 $.

En 1939, pour un bâton élevé à l’endroit de ­Red ­Horner des ­Leafs, ­Campbell ne décerna qu’une pénalité mineure. Ceci mit ­Conn ­Smythe, le propriétaire des ­Leafs, complètement hors de lui. Il entra donc en campagne contre ­Campbell auprès de ­Frank ­Calder et des autres propriétaires de la ligue. Smythe obtint satisfaction et le contrat de ­Campbell ne fut pas renouvelé. Il continua toutefois à travailler dans le bureau de ­Calder. Il mentionna plus tard que son travail d’arbitre l’avait préparé pour son poste de président de la ligue, puisqu’il s’était habitué à être constamment contesté.

Lorsque la guerre éclata, ­Campbell s’enrôla dans l’armée. À la fin des hostilités, il avait gradué jusqu’au titre de ­lieutenant-colonel. Combinant son expérience militaire à sa formation d’avocat, il demeura un peu en ­Europe pour contribuer aux procès pour crimes contre l’humanité. De retour au pays en 1946, ­Red ­Dutton s’empressa de démissionner de son poste de président de la ­LNH pour lui laisser la place. Dutton, entraîneur, ­directeur-gérant, puis propriétaire des Americans de ­New ­York / ­Brooklyn, équipe dont les activités avaient été suspendues en 1942, avait accepté à reculons le poste suite au décès subit de ­Frank ­Calder en 1943. Les ­Americans étaient supposés reprendre leurs activités après la guerre, mais lorsque les autres propriétaires revinrent sur leur entente, ­Dutton quitta.

Une des premières mesures que ­Campbell mit en place fut l’instauration du Match des étoiles. Il y avait déjà eu dans le passé des matchs regroupant des joueurs vedettes au bénéfice des familles de joueurs décédés tragiquement ou blessés gravement (Hod Stuart, ­Ace ­Bailey, ­Howie ­Morenz et ­Babe Siebert), mais à partir de 1947, on en fit un événement annuel. À ce moment, la partie avait lieu au tout début de la saison, ce qui fut le cas jusqu’en 1965, et opposait les champions de la ­Coupe Stanley aux étoiles des autres équipes, un format qui fonctionnait bien dans une ligne à six équipes.

Au cours de ses premières années comme président, ­Campbell aida aussi à mettre sur pied un fonds de pension pour les joueurs, bien que pendant longtemps, ­celui-ci n’était pas des plus généreux. Par exemple, en 1969, un ­ex-joueur touchait annuellement, à partir de 65 ans, la somme de 1000 $ pour chaque année jouée dans la ­LNH. Le début du long règne de ­Campbell fut aussi marqué en 1948 par son bannissement à vie de deux joueurs, ­Don Gallinger et Billy Taylor, qui avaient comploté pour parier sur des matchs. Lorsque la suspension fut levée en 1970, ­Campbell était toujours en poste.

 

 
La controverse suivante fut tout aussi monumentale. ­Le 13 mars 1955, une bagarre entre ­Hal Laycoe et ­Maurice Richard dégénéra. Alors que ­Richard était retenu par le juge de ligne ­Cliff Thompson, ­Laycoe en profita pour continuer de le frapper. Voulant se défaire de ­Thompson, le Rocket lui donna un coup de poing. Campbell avait déjà imposé des amendes à ­Richard pour différents incidents mais à chaque fois, le ­Rocket recevait des dons de la population qui dépassaient largement le montant de l’amende. Campbell décida donc de punir ­Richard en le suspendant pour les trois derniers matchs de la saison et l’entièreté des séries éliminatoires.

Cette décision fut non seulement perçue comme un affront au héros du peuple, mais aussi envers tous les ­canadiens-français. Malgré les ­contre-indications de la police et du maire ­Jean Drapeau, ­Campbell insista pour assister au match suivant au ­Forum, ce qui fut perçu par plusieurs comme une provocation. Mais pour lui, ne pas se présenter au match (à l’époque, la ligue avait ses bureaux dans l’édifice ­Sun Life de ­Montréal et ­Campbell habitait ­Ville ­Mont-Royal) aurait été un signe d’abdication. Celui qui se décrivait comme pragmatique y alla même avec sa secrétaire (qui devint plus tard son épouse) et la sœur de ­celle-ci. Une fois à leurs sièges, ils furent accueillis par une pluie de fruits, de ­couvre-chaussures et même une bouteille. Après qu’un jeune lui tendit la main pour ensuite le frapper, le tout dégénéra en ce qui devint l’émeute Maurice ­Richard, que certains associent au début de la ­Révolution tranquille.

L’année suivante, ­Campbell présenta à ­Richard la première de cinq ­Coupes ­Stanley consécutives. Sur un ton paternaliste, ­Campbell a même déjà affirmé que la suspension avait aidé ­Richard, puisqu’il a ensuite cessé de vouloir défier l’autorité et qu’il a ainsi pu mieux comprendre l’importance de se conformer aux règles. 
 
En 1966, alors qu’il était toujours président de la ligue, il fut élu au ­Temple de la renommée. Bien qu’il puisse paraître obséquieux et servile d’honorer ainsi le président en place, il semble que ce soit une coutume de la ­LNH, puisque les présidents subséquents; ­John ­Ziegler, ­Gil ­Stein et ­Gary ­Bettman ont eu droit au même traitement. Après 25 ans de stabilité (certains parleraient plutôt d’immobilisme), c’est finalement en 1967 que ­Campbell donna le feu vert à la grande expansion, alors que la ligue passa de six à douze équipes.

Comme il y avait dorénavant deux divisions de six équipes chacune, les clubs firent don d’un trophée qui porta le nom de Trophée ­Clarence ­Campbell pour être remis aux champions de la division ouest. Lorsqu’on atteignit 18 équipes en 1974 (trois fois plus qu’à peine sept ans plus tôt), on divisa la ligue en deux conférences, dont une fut nommée... Clarence ­Campbell. 
 
C’est donc dire qu’à ce moment, dans un rituel quasi ­nord-coréen, le président et membre du ­Temple de la renommée Clarence ­Campbell remettait le trophée Clarence ­Campbell aux champions de la conférence Clarence ­Campbell. Un artifice équivalent serait tourné au ridicule dans pratiquement n’importe quelle entreprise… La conférence Campbell fut plus tard renommée sous le nom de la ­Conférence de l’Ouest en 1993.

C’est sous son règne qu’eut lieu la ­Série du siècle, première grande rencontre entre les professionnels, qui à ce moment ne pouvaient pas participer aux ­Jeux olympiques ou aux Championnats du monde, et les meilleurs joueurs de l’Union soviétique, qui, bien qu’ils en avaient toutes les caractéristiques, n’avaient pas le statut de professionnel. Il y a toutefois une nuance qu’il faut apporter. Bien que l’équipe qui affronta les ­Soviétiques portait le nom d’Équipe ­Canada, la ­LNH avait un gros mot à dire dans la démarche. Campbell empêcha donc ­plusieurs joueurs, dont Bobby Hull, dont le talent justifiait pleinement leur place au sein de l’équipe, parce qu’ils venaient de signer avec la toute nouvelle Association mondiale de hockey (AMH).

En 1976, un scandale impliquant Campbell éclata mais qui n’avait rien à voir avec le hockey. Le sénateur libéral ­Louis ­Giguère fut accusé de trafic d’influence pour que le gouvernement fédéral prolonge le bail de la concession de la boutique ­hors-taxes à l’aéroport de ­Dorval à la firme ­Sky Shops. Des accusations furent aussi portées contre les trois actionnaires de l’entreprise. Parmi eux, on retrouvait ­Clarence Campbell. Ceci n’entraîna toutefois pas sa démission. Ce n’est qu’en juin 1977 qu’il prit sa retraite. Alors âgé de 71 ans, son règne de 31 ans fut le plus long parmi les présidents/commissaires des ligues professionnelles majeures d’Amérique du ­Nord. Selon Campbell, sa longévité est due au fait qu’à partir de 1967, en raison de l’état de crise ­quasi-constant (expansions, franchises instables, arrivée de l’AMH, montée de la violence, etc.), il a été incité à demeurer plus longtemps.

Si ­Giguère fut finalement acquitté et qu’un des associés de ­Campbell mourut avant de faire face à la justice, c’est finalement en 1980 que ­Campbell et son autre associé furent reconnus coupables d’avoir conspiré pour remettre 95 000 $ à ­Giguère (qui a pourtant été acquitté) dans le but d’obtenir la prolongation du bail. Il fut finalement condamné à un jour de prison et à une amende 25 000 $. Toutefois, à ce moment, il souffrait déjà de problèmes pulmonaires.

C’est finalement en 1984, à l’âge de 78 ans, qu’il est décédé des conséquences d’une pneumonie. Ironiquement, celui qui n’a jamais été reconnu pour ses sympathies envers les canadiens-français est décédé un 24 juin…


Sources :

"Maroon in Great Display to Defeat Boston Squad, 4-1" et "Sports Parade" de D.A.L. MacDonald, March 24, 1937, Montreal Gazette, page 14;

"Les Maroons déclassent les Bruins, 4-1" de Horace Lavigne, 24 mars 1937, La Patrie, page 20;

"Clapper paiera finalement l’amende", 26 mars 1937, La Patrie, page 52;

"The strange forces behind THE RICHARD HOCKEY RIOT" de Sydney Katz, September 17, 1955, MacLean’s (archive.macleans,ca);

"A Fitting Fight For St.Pat" de Stan Fischler, April 22, 1968, Sports Illustrated (vault.si.com);

"Clarence Campbell", March 1, 1969, MacLean’s (archive.macleans.ca);

"Heirs of Judge Landis" de Frank Deford, September 30, 1974, Sports Illustrated (vault.si.com);

"A government under influence" de Ian Urquhart, May 17, 1976, MacLean’s (archive.macleans.ca);

"It’s official: owner Zeigler (sic) takes over from Campbell" d’Al Strachan, June 23 1977, Montreal Gazette, page 27;

"Respiratory ailment hospitalizes Campbell", CP, January 27, 1979, Montreal Gazette, page 51;

"Sky-shops: Campbell coupable", PC, 9 février 1980, Le Soleil, page A3;

"Clarence Campbell Is Dead At 78; President Of N.H.L. For 31 Years" de Sam Goldaper, June 25, 1984, New York Times (nytimes.com);

"Clarence Campbell : 1905-1984", 26 juin 1984, La Presse, page S4;

"U of A alumnus’ name carried on in NHL history" de Ileren Byles, June 9, 2006, Folio Focus (sites.ualberta.ca);

"Clarence Campbell, NHL president, was a man with many hats" de Kevin Mitchell, June 1, 2017, Saskatoon Star-Phoenix (thestarphoenix.com);

"One on One with Clarence Campbell" de Kevin Shea, 18 March 2011, Hockey Hall of Fame (hhof.com);

"Mayor Drapeau tried to prevent 1955 Richard Riot – but Clarence Campbell would not listen" de Kate McKenna, December 30, 2019, CBC News (cbc.ca);

wikipedia.org.

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