En 1939, pour un bâton élevé à l’endroit de Red Horner des Leafs, Campbell ne décerna qu’une pénalité mineure. Ceci mit Conn Smythe, le propriétaire des Leafs, complètement hors de lui. Il entra donc en campagne contre Campbell auprès de Frank Calder et des autres propriétaires de la ligue. Smythe obtint satisfaction et le contrat de Campbell ne fut pas renouvelé. Il continua toutefois à travailler dans le bureau de Calder. Il mentionna plus tard que son travail d’arbitre l’avait préparé pour son poste de président de la ligue, puisqu’il s’était habitué à être constamment contesté.
Lorsque la guerre éclata, Campbell s’enrôla dans l’armée. À la fin des hostilités, il avait gradué jusqu’au titre de lieutenant-colonel. Combinant son expérience militaire à sa formation d’avocat, il demeura un peu en Europe pour contribuer aux procès pour crimes contre l’humanité. De retour au pays en 1946, Red Dutton s’empressa de démissionner de son poste de président de la LNH pour lui laisser la place. Dutton, entraîneur, directeur-gérant, puis propriétaire des Americans de New York / Brooklyn, équipe dont les activités avaient été suspendues en 1942, avait accepté à reculons le poste suite au décès subit de Frank Calder en 1943. Les Americans étaient supposés reprendre leurs activités après la guerre, mais lorsque les autres propriétaires revinrent sur leur entente, Dutton quitta.
Au cours de ses premières années comme président, Campbell aida aussi à mettre sur pied un fonds de pension pour les joueurs, bien que pendant longtemps, celui-ci n’était pas des plus généreux. Par exemple, en 1969, un ex-joueur touchait annuellement, à partir de 65 ans, la somme de 1000 $ pour chaque année jouée dans la LNH. Le début du long règne de Campbell fut aussi marqué en 1948 par son bannissement à vie de deux joueurs, Don Gallinger et Billy Taylor, qui avaient comploté pour parier sur des matchs. Lorsque la suspension fut levée en 1970, Campbell était toujours en poste.
Cette décision fut non seulement perçue comme un affront au héros du peuple, mais aussi envers tous les canadiens-français. Malgré les contre-indications de la police et du maire Jean Drapeau, Campbell insista pour assister au match suivant au Forum, ce qui fut perçu par plusieurs comme une provocation. Mais pour lui, ne pas se présenter au match (à l’époque, la ligue avait ses bureaux dans l’édifice Sun Life de Montréal et Campbell habitait Ville Mont-Royal) aurait été un signe d’abdication. Celui qui se décrivait comme pragmatique y alla même avec sa secrétaire (qui devint plus tard son épouse) et la sœur de celle-ci. Une fois à leurs sièges, ils furent accueillis par une pluie de fruits, de couvre-chaussures et même une bouteille. Après qu’un jeune lui tendit la main pour ensuite le frapper, le tout dégénéra en ce qui devint l’émeute Maurice Richard, que certains associent au début de la Révolution tranquille.
L’année suivante, Campbell présenta à Richard la première de cinq Coupes Stanley consécutives. Sur un ton paternaliste, Campbell a même déjà affirmé que la suspension avait aidé Richard, puisqu’il a ensuite cessé de vouloir défier l’autorité et qu’il a ainsi pu mieux comprendre l’importance de se conformer aux règles.
Comme il y avait dorénavant deux divisions de six équipes chacune, les clubs firent don d’un trophée qui porta le nom de Trophée Clarence Campbell pour être remis aux champions de la division ouest. Lorsqu’on atteignit 18 équipes en 1974 (trois fois plus qu’à peine sept ans plus tôt), on divisa la ligue en deux conférences, dont une fut nommée... Clarence Campbell.
C’est sous son règne qu’eut lieu la Série du siècle, première grande rencontre entre les professionnels, qui à ce moment ne pouvaient pas participer aux Jeux olympiques ou aux Championnats du monde, et les meilleurs joueurs de l’Union soviétique, qui, bien qu’ils en avaient toutes les caractéristiques, n’avaient pas le statut de professionnel. Il y a toutefois une nuance qu’il faut apporter. Bien que l’équipe qui affronta les Soviétiques portait le nom d’Équipe Canada, la LNH avait un gros mot à dire dans la démarche. Campbell empêcha donc plusieurs joueurs, dont Bobby Hull, dont le talent justifiait pleinement leur place au sein de l’équipe, parce qu’ils venaient de signer avec la toute nouvelle Association mondiale de hockey (AMH).
En 1976, un scandale impliquant Campbell éclata mais qui n’avait rien à voir avec le hockey. Le sénateur libéral Louis Giguère fut accusé de trafic d’influence pour que le gouvernement fédéral prolonge le bail de la concession de la boutique hors-taxes à l’aéroport de Dorval à la firme Sky Shops. Des accusations furent aussi portées contre les trois actionnaires de l’entreprise. Parmi eux, on retrouvait Clarence Campbell. Ceci n’entraîna toutefois pas sa démission. Ce n’est qu’en juin 1977 qu’il prit sa retraite. Alors âgé de 71 ans, son règne de 31 ans fut le plus long parmi les présidents/commissaires des ligues professionnelles majeures d’Amérique du Nord. Selon Campbell, sa longévité est due au fait qu’à partir de 1967, en raison de l’état de crise quasi-constant (expansions, franchises instables, arrivée de l’AMH, montée de la violence, etc.), il a été incité à demeurer plus longtemps.
Si Giguère fut finalement acquitté et qu’un des associés de Campbell mourut avant de faire face à la justice, c’est finalement en 1980 que Campbell et son autre associé furent reconnus coupables d’avoir conspiré pour remettre 95 000 $ à Giguère (qui a pourtant été acquitté) dans le but d’obtenir la prolongation du bail. Il fut finalement condamné à un jour de prison et à une amende 25 000 $. Toutefois, à ce moment, il souffrait déjà de problèmes pulmonaires.
C’est finalement en 1984, à l’âge de 78 ans, qu’il est décédé des conséquences d’une pneumonie. Ironiquement, celui qui n’a jamais été reconnu pour ses sympathies envers les canadiens-français est décédé un 24 juin…















































