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mercredi 3 avril 2024

Clarence Campbell






Ce texte a d'abord été publié comme texte inédit dans notre livre «Le meilleur de La vie est une puck» en 2022. Ce livre est désormais épuisé mais demeure toujours disponible en format digital (eBook).


Étudiant brillant, ­Clarence ­Campbell gradua de la faculté de droit de l’Université de l’Alberta en 1924, avant de décrocher la prestigieuse bourse ­Rhodes, qui lui permit d’étudier à l’Université Oxford. Pendant son séjour en ­Angleterre, il fit partie de l’équipe de hockey de son université, en plus de travailler comme arbitre. Il fut également arbitre de crosse lors des ­Jeux olympiques de 1928 à Amsterdam, alors que ce sport était en démonstration. À son retour au ­Canada, en pleine dépression économique, il se trouva un boulot au sein d’une firme d’avocats d’Edmonton, tout en continuant à arbitrer. Il monta les échelons, jusqu’à être engagé par la ­LNH en 1936. C’est lui qui arbitra en 1937 ce qui s’avéra le dernier match de ­Howie ­Morenz, qui s’infligea une fracture de la jambe qui dégénéra et qui finit par l’emporter.

Pendant les séries de la même année, ­Campbell fut au cœur d’une controverse. Alors qu’il avait laissé le climat se détériorer, la marmite explosa à deux minutes de la fin d’un match. Dit Clapper, un joueur des ­Bruins qui n’avait pas l’habitude des coups salauds, coupa ­Dave Trottier des ­Maroons près de l’œil. Ne semblant pas encore satisfait, il lui asséna alors un ­double-échec pour ensuite se jeter sur lui. Campbell empoigna ensuite ­Clapper pour les séparer, mais ce dernier répliqua en frappant solidement l’officiel ­au-dessus de l’œil. Un spectateur lança ensuite une bouteille en sa direction, mais ­celle-ci aboutit sur la nuque de ­Herb ­Cain, qui s’écrasa sur la glace. Clapper s’en tira avec seulement cinq minutes de pénalité, que le président de la ligue Frank ­Calder n’augmenta que d’une amende 100 $.

En 1939, pour un bâton élevé à l’endroit de ­Red ­Horner des ­Leafs, ­Campbell ne décerna qu’une pénalité mineure. Ceci mit ­Conn ­Smythe, le propriétaire des ­Leafs, complètement hors de lui. Il entra donc en campagne contre ­Campbell auprès de ­Frank ­Calder et des autres propriétaires de la ligue. Smythe obtint satisfaction et le contrat de ­Campbell ne fut pas renouvelé. Il continua toutefois à travailler dans le bureau de ­Calder. Il mentionna plus tard que son travail d’arbitre l’avait préparé pour son poste de président de la ligue, puisqu’il s’était habitué à être constamment contesté.

Lorsque la guerre éclata, ­Campbell s’enrôla dans l’armée. À la fin des hostilités, il avait gradué jusqu’au titre de ­lieutenant-colonel. Combinant son expérience militaire à sa formation d’avocat, il demeura un peu en ­Europe pour contribuer aux procès pour crimes contre l’humanité. De retour au pays en 1946, ­Red ­Dutton s’empressa de démissionner de son poste de président de la ­LNH pour lui laisser la place. Dutton, entraîneur, ­directeur-gérant, puis propriétaire des Americans de ­New ­York / ­Brooklyn, équipe dont les activités avaient été suspendues en 1942, avait accepté à reculons le poste suite au décès subit de ­Frank ­Calder en 1943. Les ­Americans étaient supposés reprendre leurs activités après la guerre, mais lorsque les autres propriétaires revinrent sur leur entente, ­Dutton quitta.

Une des premières mesures que ­Campbell mit en place fut l’instauration du Match des étoiles. Il y avait déjà eu dans le passé des matchs regroupant des joueurs vedettes au bénéfice des familles de joueurs décédés tragiquement ou blessés gravement (Hod Stuart, ­Ace ­Bailey, ­Howie ­Morenz et ­Babe Siebert), mais à partir de 1947, on en fit un événement annuel. À ce moment, la partie avait lieu au tout début de la saison, ce qui fut le cas jusqu’en 1965, et opposait les champions de la ­Coupe Stanley aux étoiles des autres équipes, un format qui fonctionnait bien dans une ligne à six équipes.

Au cours de ses premières années comme président, ­Campbell aida aussi à mettre sur pied un fonds de pension pour les joueurs, bien que pendant longtemps, ­celui-ci n’était pas des plus généreux. Par exemple, en 1969, un ­ex-joueur touchait annuellement, à partir de 65 ans, la somme de 1000 $ pour chaque année jouée dans la ­LNH. Le début du long règne de ­Campbell fut aussi marqué en 1948 par son bannissement à vie de deux joueurs, ­Don Gallinger et Billy Taylor, qui avaient comploté pour parier sur des matchs. Lorsque la suspension fut levée en 1970, ­Campbell était toujours en poste.

 

 
La controverse suivante fut tout aussi monumentale. ­Le 13 mars 1955, une bagarre entre ­Hal Laycoe et ­Maurice Richard dégénéra. Alors que ­Richard était retenu par le juge de ligne ­Cliff Thompson, ­Laycoe en profita pour continuer de le frapper. Voulant se défaire de ­Thompson, le Rocket lui donna un coup de poing. Campbell avait déjà imposé des amendes à ­Richard pour différents incidents mais à chaque fois, le ­Rocket recevait des dons de la population qui dépassaient largement le montant de l’amende. Campbell décida donc de punir ­Richard en le suspendant pour les trois derniers matchs de la saison et l’entièreté des séries éliminatoires.

Cette décision fut non seulement perçue comme un affront au héros du peuple, mais aussi envers tous les ­canadiens-français. Malgré les ­contre-indications de la police et du maire ­Jean Drapeau, ­Campbell insista pour assister au match suivant au ­Forum, ce qui fut perçu par plusieurs comme une provocation. Mais pour lui, ne pas se présenter au match (à l’époque, la ligue avait ses bureaux dans l’édifice ­Sun Life de ­Montréal et ­Campbell habitait ­Ville ­Mont-Royal) aurait été un signe d’abdication. Celui qui se décrivait comme pragmatique y alla même avec sa secrétaire (qui devint plus tard son épouse) et la sœur de ­celle-ci. Une fois à leurs sièges, ils furent accueillis par une pluie de fruits, de ­couvre-chaussures et même une bouteille. Après qu’un jeune lui tendit la main pour ensuite le frapper, le tout dégénéra en ce qui devint l’émeute Maurice ­Richard, que certains associent au début de la ­Révolution tranquille.

L’année suivante, ­Campbell présenta à ­Richard la première de cinq ­Coupes ­Stanley consécutives. Sur un ton paternaliste, ­Campbell a même déjà affirmé que la suspension avait aidé ­Richard, puisqu’il a ensuite cessé de vouloir défier l’autorité et qu’il a ainsi pu mieux comprendre l’importance de se conformer aux règles. 
 
En 1966, alors qu’il était toujours président de la ligue, il fut élu au ­Temple de la renommée. Bien qu’il puisse paraître obséquieux et servile d’honorer ainsi le président en place, il semble que ce soit une coutume de la ­LNH, puisque les présidents subséquents; ­John ­Ziegler, ­Gil ­Stein et ­Gary ­Bettman ont eu droit au même traitement. Après 25 ans de stabilité (certains parleraient plutôt d’immobilisme), c’est finalement en 1967 que ­Campbell donna le feu vert à la grande expansion, alors que la ligue passa de six à douze équipes.

Comme il y avait dorénavant deux divisions de six équipes chacune, les clubs firent don d’un trophée qui porta le nom de Trophée ­Clarence ­Campbell pour être remis aux champions de la division ouest. Lorsqu’on atteignit 18 équipes en 1974 (trois fois plus qu’à peine sept ans plus tôt), on divisa la ligue en deux conférences, dont une fut nommée... Clarence ­Campbell. 
 
C’est donc dire qu’à ce moment, dans un rituel quasi ­nord-coréen, le président et membre du ­Temple de la renommée Clarence ­Campbell remettait le trophée Clarence ­Campbell aux champions de la conférence Clarence ­Campbell. Un artifice équivalent serait tourné au ridicule dans pratiquement n’importe quelle entreprise… La conférence Campbell fut plus tard renommée sous le nom de la ­Conférence de l’Ouest en 1993.

C’est sous son règne qu’eut lieu la ­Série du siècle, première grande rencontre entre les professionnels, qui à ce moment ne pouvaient pas participer aux ­Jeux olympiques ou aux Championnats du monde, et les meilleurs joueurs de l’Union soviétique, qui, bien qu’ils en avaient toutes les caractéristiques, n’avaient pas le statut de professionnel. Il y a toutefois une nuance qu’il faut apporter. Bien que l’équipe qui affronta les ­Soviétiques portait le nom d’Équipe ­Canada, la ­LNH avait un gros mot à dire dans la démarche. Campbell empêcha donc ­plusieurs joueurs, dont Bobby Hull, dont le talent justifiait pleinement leur place au sein de l’équipe, parce qu’ils venaient de signer avec la toute nouvelle Association mondiale de hockey (AMH).

En 1976, un scandale impliquant Campbell éclata mais qui n’avait rien à voir avec le hockey. Le sénateur libéral ­Louis ­Giguère fut accusé de trafic d’influence pour que le gouvernement fédéral prolonge le bail de la concession de la boutique ­hors-taxes à l’aéroport de ­Dorval à la firme ­Sky Shops. Des accusations furent aussi portées contre les trois actionnaires de l’entreprise. Parmi eux, on retrouvait ­Clarence Campbell. Ceci n’entraîna toutefois pas sa démission. Ce n’est qu’en juin 1977 qu’il prit sa retraite. Alors âgé de 71 ans, son règne de 31 ans fut le plus long parmi les présidents/commissaires des ligues professionnelles majeures d’Amérique du ­Nord. Selon Campbell, sa longévité est due au fait qu’à partir de 1967, en raison de l’état de crise ­quasi-constant (expansions, franchises instables, arrivée de l’AMH, montée de la violence, etc.), il a été incité à demeurer plus longtemps.

Si ­Giguère fut finalement acquitté et qu’un des associés de ­Campbell mourut avant de faire face à la justice, c’est finalement en 1980 que ­Campbell et son autre associé furent reconnus coupables d’avoir conspiré pour remettre 95 000 $ à ­Giguère (qui a pourtant été acquitté) dans le but d’obtenir la prolongation du bail. Il fut finalement condamné à un jour de prison et à une amende 25 000 $. Toutefois, à ce moment, il souffrait déjà de problèmes pulmonaires.

C’est finalement en 1984, à l’âge de 78 ans, qu’il est décédé des conséquences d’une pneumonie. Ironiquement, celui qui n’a jamais été reconnu pour ses sympathies envers les canadiens-français est décédé un 24 juin…


Sources :

"Maroon in Great Display to Defeat Boston Squad, 4-1" et "Sports Parade" de D.A.L. MacDonald, March 24, 1937, Montreal Gazette, page 14;

"Les Maroons déclassent les Bruins, 4-1" de Horace Lavigne, 24 mars 1937, La Patrie, page 20;

"Clapper paiera finalement l’amende", 26 mars 1937, La Patrie, page 52;

"The strange forces behind THE RICHARD HOCKEY RIOT" de Sydney Katz, September 17, 1955, MacLean’s (archive.macleans,ca);

"A Fitting Fight For St.Pat" de Stan Fischler, April 22, 1968, Sports Illustrated (vault.si.com);

"Clarence Campbell", March 1, 1969, MacLean’s (archive.macleans.ca);

"Heirs of Judge Landis" de Frank Deford, September 30, 1974, Sports Illustrated (vault.si.com);

"A government under influence" de Ian Urquhart, May 17, 1976, MacLean’s (archive.macleans.ca);

"It’s official: owner Zeigler (sic) takes over from Campbell" d’Al Strachan, June 23 1977, Montreal Gazette, page 27;

"Respiratory ailment hospitalizes Campbell", CP, January 27, 1979, Montreal Gazette, page 51;

"Sky-shops: Campbell coupable", PC, 9 février 1980, Le Soleil, page A3;

"Clarence Campbell Is Dead At 78; President Of N.H.L. For 31 Years" de Sam Goldaper, June 25, 1984, New York Times (nytimes.com);

"Clarence Campbell : 1905-1984", 26 juin 1984, La Presse, page S4;

"U of A alumnus’ name carried on in NHL history" de Ileren Byles, June 9, 2006, Folio Focus (sites.ualberta.ca);

"Clarence Campbell, NHL president, was a man with many hats" de Kevin Mitchell, June 1, 2017, Saskatoon Star-Phoenix (thestarphoenix.com);

"One on One with Clarence Campbell" de Kevin Shea, 18 March 2011, Hockey Hall of Fame (hhof.com);

"Mayor Drapeau tried to prevent 1955 Richard Riot – but Clarence Campbell would not listen" de Kate McKenna, December 30, 2019, CBC News (cbc.ca);

wikipedia.org.

dimanche 24 juillet 2022

Une petite photo pour le plaisir #101 - Musée Pop de Trois-Rivières

Si vous vous rendez en Mauricie, il est possible de visiter le Musée Pop. En plus de la très intéressante visite de la vieille prison de Trois-Rivières (reliée au musée), vous pouvez entre autres voir l’exposition "Attache ta tuque", au sujet de la culture québécoise.

On y retrouve trois sculptures de bois (bois polychrome) de Patrick Lavallée. Une première, Souvenir d’enfance, représente Ken Dryden appuyé sur son bâton Canadien.



La deuxième, Maurice Richard, le héros, représente le Rocket avec son bâton Victoriaville.



La troisième, La soirée de hockey, évoque une rencontre Canadiens-Nordiques.



On y retrouve également des tables de hockey, de 1950, en bois et de 1954, en métal, dans un état surprenant.  La mienne est beaucoup plus récente, et pourtant...






Notez toutefois que le hockey n’est qu’une facette de l’exposition. On y retrouve aussi des volets sur la musique, le climat et plusieurs autres.

En ce moment, il est aussi possible de voir une exposition complémentaire à la visite de la prison et une autre au sujet du cirque.

Pourquoi ne pas combiner votre visite avec un match de baseball des Aigles au Stade Quillorama (auparavant Fernand-Bédard), un petit saut à l'hippodrome, juste à côté ou le Grand Prix de Trois-Rivières?  Avec les Lions de la ECHL et les Patriotes de l'UQTR (hockey U Sports), l'offre sportive dans la cité de Laviolette est variée.

vendredi 22 avril 2022

Mel «Sudden Death» Hill

 


John Melvin Hill est né le 15 février 1915 dans le petit village de Glenboro au Manitoba. Évoluant à l'aile droite, il joua son hockey junior à Saskatoon au début des années 30 avant de graduer au niveau senior à Sudbury. Il fut invité par les Rangers à un de leurs camps d'entrainement mais fut rapidement libéré, suite à quoi ce sont les Bruins qui lui donnèrent une chance pour la saison 1937-38. Il joua 8 matchs avec eux durant cette première saison, passant le restant de l'année dans la IAHL (ancêtre de la AHL) avec les Reds de Providence, équipe qu'il aida à remporter la coupe Calder de 1938.

Il se mérita un poste à temps plein à Boston en 1938-39, obtenant une fiche raisonnablement bonne de 10 buts et 10 passes en 44 matchs. Il n'était pas considéré comme une grande menace offensive ni une future vedette pour les Bruins, la forte équipe étant plutôt bien représentée à ce niveau par des joueurs comme Milt Schmidt, Roy Conacher, Bill Cowley, le gardien Frank Brimsek et un redoutable trio de défenseurs robustes composé de Flash Hollett, Dit Clapper et Eddie Shore

Mais tout changea pour Mel Hill durant les séries de 1939, particulièrement lors de la série de première ronde contre l'équipe qui avait auparavant refusé ses services, les Rangers. Il s'agissait de la première année où la LNH optait pour des rondes 4 de 7 et la première ronde sous ce format allait nous offrir un classique.

Lors du premier match de cette série, l'égalité de 1-1 persistait après 3 périodes et 2 autres périodes de prolongation. Alors qu'on se dirigeait vers une 4e période de surtemps, Bill Cowley repéra Hill qui marqua le filet vainqueur avec un tir dans le haut du filet avec seulement 35 secondes à faire. 

Un scénario presque identique se produisit lors du deuxième match alors que Hill marqua un deuxième filet en prolongation, de nouveau sur une passe de Cowley, cette fois en première période de prolongation, ce qui mena les Bruins à une victoire de 3-2. Boston gagna ensuite le 3e match par la marque de 4-1 mais les Rangers reprirent vie par la suite, gagnant les trois matchs suivants et égalisant la série.

On en était donc à un 7e match pour cette soirée du 2 avril 1939. Les deux équipes s'inscrivirent au pointage une fois chacune en deuxième période, mais encore une fois l'égalité perdura longtemps, le match se rendant de nouveau en 3e prolongation. Et encore une fois, l'issue du match fut décidée par une brillante passe de Cowley à Mel Hill qui élimina ainsi les Rangers avec son 4e filet de la série et son 3e en surtemps. 

Il devint alors le premier joueur de l'histoire de la LNH à effectuer ce «tour du chapeau en prolongation». Plusieurs joueurs en ont obtenu deux mais seulement une poignée contre la même équipe. Vous vous souvenez probablement de John Leclair durant la finale de 1993 contre les Kings par exemple. Seulement deux autres joueurs ont aussi obtenu 3 buts en prolongation durant le même tournoi printanier; Maurice Richard en 1951 et Corey Perry durant les séries de 2017. Mais Mel Hill demeure le seul à ce jour à avoir accompli cet exploit durant la même série. 

* Pour leur part, Perry avait obtenu 1 but en prolongation durant chacune des trois rondes des séries des Ducks en 2017 (contre Calgary, Edmonton et Nashville) tandis que Richard en avait obtenu 2 contre les Red Wings en première ronde et 1 autre durant la finale contre les Toronto en 1951.

Les Bruins obtinrent ainsi leur laisser-passer jusqu'en finale de la coupe Stanley où ils remportèrent les grands honneurs en 5 matchs face aux Maple Leafs. Hill obtint deux autres buts durant cette finale, portant son total à 6 buts et 3 passes pour 9 points en 12 matchs, bon pour le 3e rang des pointeurs des Bruins derrière Cowley à 14 points et Roy Conacher à 10 points (et aussi 6 buts). Le parcours de Hill lors de ces séries lui valut le surnom de «Sudden Death».

Les Bruins, champions de 1939

 

Hill avoua toutefois qu'il avait de la difficulté à assumer ce surnom alors qu'il était désormais attendu de lui qu'il marque le gros but, une pression difficile à supporter pour un joueur qui se qualifiait lui-même de joueur ordinaire et peu spectaculaire. Il n'apprécia ce surnom qu'une fois sa carrière terminée. 

Lors de la saison suivante, Hill récolta 9 buts et 20 points en 37 matchs comme attaquant secondaire chez les Bruins. Ces derniers remportèrent une autre coupe en 1940-41, la 3e de leur histoire et également la dernière avant 1970. Cette fois, Hill ne connut pas un parcours similaire à celui de 1939, n'obtenant qu'un but et une passe en 8 matchs, mais ce seul but fut toutefois le filet décisif lors du 7e match de la première ronde contre les Maple Leafs. Les Bruins balayèrent ensuite les Red Wings lors de la finale.

Mel Hill et Bill Cowley suite au balayage des Red Wings en finale de 1941


Suivant cette deuxième conquête en trois ans, les Bruins se départirent des services de «Sudden Death», l'envoyant aux Americans de Brooklyn en retour d'une somme d'argent. Lors de cette première (et seule) saison des Americans sous le dénominatif géographique de Brooklyn, Mel Hill obtint davantage de temps de glace qu'au sein des puissants Bruins et termina deuxième pointeur de cette équipe en difficulté avec 14 buts et 37 points en 47 matchs. Je vous le rappelle au cas où vous l'ignoriez, mais les Americans n'avaient de Brooklyn que le nom, évoluant toujours au Madison Square Garden alors qu'il n'y avait pas d'aréna adéquat dans le borough de Brooklyn. Les Americans ne faisaient apparemment que s'y entraîner...

Un an avec la dernière incarnation des Americans.

 


Ce fut toutefois la dernière saison de la franchise qui suspendit ses opérations et leurs joueurs furent dispersés à travers la ligue. Ce sont les Maple Leafs qui obtinrent les services de Hill qui connut ensuite sa meilleure saison en carrière en 1942-43 avec 44 points dont 17 buts. Il joua 4 saisons à Toronto, remportant une 3e coupe Stanley en 1945 suite à une saison où il obtint un sommet en carrière de 18 buts.

Après 35 matchs avec les Leafs en 1945-46 où il n'obtint que 5 buts et 7 passes, il fut envoyé dans la ligue américaine avec les Hornets de Pittsburgh. Il ne revint jamais plus dans la LNH. Après une dernière saison à Pittsburgh en 1947-48, il décida de revenir au Canada au niveau senior avec les Capitals de Regina où il joua jusqu'à sa retraite en 1952.

Il demeura à Regina suite à sa retraite en travailla dans l'industrie des boissons gazeuses. Il décéda en 1996 à l'âge de 82 ans. 

En 324 matchs dans la LNH, Mel Hill obtint une fiche de 89 buts et 109 passes pour 198 points. Sa fiche en séries fut de 12 buts et 7 passes pour 19 points en 43 matchs.

Il fut plus tard admis au temple de la renommée du hockey du Manitoba ainsi que celui du sport au Manitoba.


samedi 26 mars 2022

D'un autre angle #7 : Maurice Richard et Sugar Henry


 

 

Re-bienvenue à cette série où je vous montre quelques-uns des plus grands moments photographiés de l'histoire du hockey vus sous un autre angle.

Une autre des photographies les plus célèbres de l'histoire du hockey fut prise au Forum de Montréal le 8 avril 1952 lors du 7e match de la demi-finale de la Coupe Stanley entre les Bruins de Boston et le Canadien. C'est durant ce match que le légendaire Maurice Richard marqua ce qui selon plusieurs fut son plus beau but en carrière.

Alors que les deux équipes étaient à égalité à 1-1, Richard tenta une montée en territoire ennemi. En tentant d'éviter de défenseur Hal Laycoe, il ne vit pas apparaître l'autre défenseur des Bruins Léo Labine qui plaqua solidement Richard. Ce dernier reçut un coup de bâton et ensuite un coup de genou au visage, ce qui l'envoya violemment sur la glace. Après avoir perdu connaissance et avoir retraité au vestiaire, il revint héroïquement au jeu en troisième et alors que l'égalité perdurait toujours, il effectua une montée avec moins de 4 minutes à faire et déjoua le gardien Jim «Sugar» Henry avec un but d'anthologie. Ce but devint le filet décisif et après la fin du match, lors de la poignée de mains entre les deux équipes, un photographe captura cette célèbre photo où Jim Henry s'incline devant un Maurice Richard ensanglanté.




Cette photographie est une des plus célèbres de Richard et de l'histoire du hockey en général. Elle a même été recrée dans le film Maurice Richard, paru en 2005.




Vous avez donc probablement vu cette photo dans le passé et entendu parler de cet autre épisode légendaire de la carrière de Maurice. Mais voici cette photo vu d'un autre angle:

Premièrement, parlons du but menant à cette fameuse poignée de main. Malheureusement il n'existe pas d'archives vidéos de ce but (selon mes moyens) mais on retrouve plusieurs photographies. C'est d'ailleurs davantage ce but qui fut illustré sous différents angles dans les journaux le lendemain et non pas le célèbre cliché Richard/Henry.





Ce photographe était moins bien positionné mais ça nous donne quand même un angle intéressant...


Ensuite et bien lorsque la fameuse photographie de Richard serrant la main à Jim Henry a été prise, c'est normalement la photo suivante que vous avez pu voir.




Cependant cette photo n'était pas cadrée telle quelle à l'origine. Voici la photo intégrale:




On peut y voir non seulement Richard et Henry mais aussi une bonne partie de cette cérémonie de félicitations d'après série. On voit qu'il s'agissait plus d'un «free for all» que la traditionnelle rangée de poignées de main que l'on retrouve de nos jours.

Je me demande ce que le joueur du CH derrière Maurice est en train de dire...

Ensuite je n'ai pas trouvé d'autres «angles» de cette fameuse photo mais quand même d'autres photographies de ces mêmes célébrations d'après-match:




D'abord Henry avec le gardien du Canadien Gerry McNeil. On voit qu'avec ce dernier il n'avait pas à s'incliner...




Ici on voit Maurice avec son père dans le vestiaire après le match. Et à droite on voit une photo du premier but du match, celui d'Eddie Mazur (#23) du Canadien.
 


Un autre cliché de Maurice avec son père et ensuite de sa rencontre avec le président du club Donat Raymond où il éclata en sanglots. Une scène qui fut d'ailleurs recréée dans le film.


Ici on peut voir une photo de Maurice étendu sans connaissance sur la glace après l'impact violent qu'il venait de subir.


Ensuite et bien c'est principalement la photo principale qui demeure célèbre de nos jours. Elle a été immortalisée en peinture à plusieurs reprises:
 





«Sugar» Jim Henry est décédé 4 ans après le Rocket, dans sa ville natale de Winnipeg en 2004 à l'âge de 83 ans. Il a toujours été lié à cette photographie et a d'ailleurs toujours été honoré d'avoir pu être immortalisé de la sorte aux cotés d'un joueur légendaire comme Maurice Richard. Il avait même lui aussi une reproduction de cette photo célèbre à sa résidence:
 
 

 

Sources:
The legend of Sugar Jim, Winnipeg Free Press, 8 sept. 2020
Le Canada, 10 avril 1952
La Patrie, 9 avril 1952
La Presse 9 avril 1952


jeudi 16 juillet 2020

Une petite photo pour le plaisir #96 - Maurice Richard avec les Maple Leafs




Voici la page 15 du journal Globe and Mail en date du jeudi 3 février 1949. On y voit un montage photographique (probablement fait avec des ciseaux et de la colle Lepage) de Maurice Richard dans le chandail des Maple Leafs avec la mention assez baveuse ''Wouldn't he look good in a sweater like this?''

The Globe and Mail - 3 février 1949

Je connaissais cette histoire de tentative des Maple Leafs de s'approprier le contrat de Richard à fort prix et j'avais entendu parler de cette fameuse photo truquée mais je ne l'avais jamais vue auparavant. Je suis donc parti à la recherche de la photo et de l'article en question.

On y parle de l'ambition de Conn Smythe et des ressources inestimables des Maple Leafs pour acquérir les services de Richard, qu'ils considéraient le meilleur joueur au monde. On parle dans l'article d'une somme de 100 000$ (environ 1 125 000$ en 2020) qui aurait été offerte aux Canadiens pour l'acquisition de Richard et ce serait l'entraîneur Hap Day qui aurait été mandaté par Smythe pour faire l'offre en personne à Frank Selke du Canadien la journée de ce match qui avait lieu le lendemain de la parution de cet article.

Dans le film ''Maurice Richard'' on semble évoquer une version différente de l'événement où Conn Smythe en personne se serait déplacé à Montréal et aurait intimidé Richard à partir des estrades avant d'offrir personnellement la somme de 120 000$ à la femme de Richard, Lucille Norchet, pour le convaincre de signer un contrat avec les Maple Leafs. Mais comme j'ai déjà mentionné dans le passé (voir texte du 3 oct. 2016), ce film a été assez romancé et plusieurs aspects de la carrière de Richard, surtout ses adversaires, ont été modifiés alors je doute un peu de la véracité de cette scène:





Quoiqu'il en soit, les Canadiens mirent rapidement fin à toutes ces spéculations, déclarant aux journaux le lendemain que ''tout l'argent de Toronto ne pourrait l'acheter'' et qu'il était ancré solidement dans la population canadienne-française. L'entraîneur Dick Irvin déclara qu'il ne s'agissait que de propagande torontoise pour déconcentrer ses joueurs la veille d'un match. Selke déclara également que la seule fois où ils pourront voir Richard dans un chandail des Leafs sera dans cette coupure de journal du Globe and Mail. 

Voulant  contrecarrer les plans de Smythe et des Leafs, Selke aurait même fait une contre-offre à Hap Day, lui offrant d'acheter les contrats de 4 joueurs des Leafs; Max Bentley, Bill Ezinicki, Harry Watson et Garth Boesch. 

Le lendemain dans le Globe and Mail on retrouvait un article plutôt modeste comparativement à la veille:



On y retrouve également une dose d'arrogance et de condescendance semi-raciste typique de l'époque dans la deuxième colonne:

''Richard, la vedette aux cheveux ''corbeau'' (raven-haired) qui parle très peu l'anglais et ne sait pas le lire, n'a pas fait de commentaires à ses coéquipiers avant le match et n'était pas disponible pour une entrevue. C'était peut-être mieux ainsi. Il a été acariâtre (bougonneux) récemment, ayant perdu plusieurs de ses bagarres sur la glace et s'engueulant avec les arbitres. Il se serait probablement emporté envers le premier journaliste non-montréalais venu qui lui aurait parlé de Toronto...''

Le match du 3 février 1949 se termina par une victoire de 4-1 des Maple Leafs. Richard compta le seul but des siens, son 16e de la saison. Il terminera cette saison avec seulement 20 buts et 38 points en 59 matchs, ce qui était une de ses pires saisons. La ''punch line'' était toutefois brisée alors que Toe Blake avait prit sa retraite en 1948 et que Elmer Lach manqua une vingtaine de match. Il se reprit la saison suivante avec 43 buts et 65 points en 70 matchs.

Aucun transfert d'effectifs n'aboutit ensuite entre les Leafs et les Canadiens jusqu'en septembre 1951 lorsque les Canadiens obtinrent le centre John McCormack en retour d'une somme d'argent que j'ignore...

Mon collègue Kirk McLean s'est demandé si cette histoire n'aurait pas quelque peu servi d'inspiration à Réjean Tremblay pour l'intrigue dans la 3e saison de Lance et Compte où Pierre Lambert passe bien près de rejoindre les Maple Leafs...






Sources:
Bibliothèque et Archives nationales du Québec

lundi 16 juillet 2018

Promo - Les étoiles du Hockey Zellers





Voici une série de cartes de hockey que je n'avais jamais vu auparavant et que je me devais de partager avec vous. Il s'agit de la série des Étoiles du hockey de la défunte chaîne des magasins Zellers.

Parue annuellement lors de quatre années consécutives de 1992-93 à 1995-96, cette série comptait seulement entre 6 et 8 cartes par année et mettait en vedette des joueurs retraités légendaires.



Cette série obscure m'est fascinante pour plusieurs raisons. En plus d'être un parfait exemple de la surproduction de cartes dans les années 90, il est surtout amusant de revoir ces joueurs sur patins et tout souriants dans un uniforme et de l'équipement totalement anachronique pour la plupart des joueurs en question.



L'élément vedette de ces cartes pour moi est surtout l'uniforme et ses couleurs enfantines rappelant davantage les Harlem Globetrotters que ceux qu'ils portaient durant leurs carrières. On dirait aussi un mélange de l'uniforme de la Coupe Canada et de ceux des matchs des étoiles des années 90 ou de celui des Stars de Dallas de la fin de la même décennie. Tout ça mélangé aux couleurs rappelant les défunts Rockies du Colorado ou bien les Scouts de Kansas City.



L'uniforme était cependant différent lors de la première série de 1992-93 comme sur la photo suivante du grand Maurice Richard. L'uniforme comprenait une bande aux épaules en bleu qui fut enlevée par la suite.


Cette carte de Rod Gilbert est la seule que j'ai trouvé de la série
où le joueur ne porte pas son plus beau sourire...






En plus des séries de cartes, il y avait d'autres éléments promotionnels faisant partie de la campagne comme ce bâton de Norm Ullman autographié. Il s'agissait également d'une campagne caritative ammassant des fonds pour des hopitaux d'enfants. 

Histoire de ne pas me faire accuser de voler des trucs sur internet, cliquez ici pour le lien du gars de Kijiji qui vend ce bâton et cette affiche.

En terminant, je vous laisse sur quelques autres cartes de la série. J'ai gardé ma préférée pour la fin, celle d'Ed Giacomin...