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mercredi 3 avril 2024

Clarence Campbell






Ce texte a d'abord été publié comme texte inédit dans notre livre «Le meilleur de La vie est une puck» en 2022. Ce livre est désormais épuisé mais demeure toujours disponible en format digital (eBook).


Étudiant brillant, ­Clarence ­Campbell gradua de la faculté de droit de l’Université de l’Alberta en 1924, avant de décrocher la prestigieuse bourse ­Rhodes, qui lui permit d’étudier à l’Université Oxford. Pendant son séjour en ­Angleterre, il fit partie de l’équipe de hockey de son université, en plus de travailler comme arbitre. Il fut également arbitre de crosse lors des ­Jeux olympiques de 1928 à Amsterdam, alors que ce sport était en démonstration. À son retour au ­Canada, en pleine dépression économique, il se trouva un boulot au sein d’une firme d’avocats d’Edmonton, tout en continuant à arbitrer. Il monta les échelons, jusqu’à être engagé par la ­LNH en 1936. C’est lui qui arbitra en 1937 ce qui s’avéra le dernier match de ­Howie ­Morenz, qui s’infligea une fracture de la jambe qui dégénéra et qui finit par l’emporter.

Pendant les séries de la même année, ­Campbell fut au cœur d’une controverse. Alors qu’il avait laissé le climat se détériorer, la marmite explosa à deux minutes de la fin d’un match. Dit Clapper, un joueur des ­Bruins qui n’avait pas l’habitude des coups salauds, coupa ­Dave Trottier des ­Maroons près de l’œil. Ne semblant pas encore satisfait, il lui asséna alors un ­double-échec pour ensuite se jeter sur lui. Campbell empoigna ensuite ­Clapper pour les séparer, mais ce dernier répliqua en frappant solidement l’officiel ­au-dessus de l’œil. Un spectateur lança ensuite une bouteille en sa direction, mais ­celle-ci aboutit sur la nuque de ­Herb ­Cain, qui s’écrasa sur la glace. Clapper s’en tira avec seulement cinq minutes de pénalité, que le président de la ligue Frank ­Calder n’augmenta que d’une amende 100 $.

En 1939, pour un bâton élevé à l’endroit de ­Red ­Horner des ­Leafs, ­Campbell ne décerna qu’une pénalité mineure. Ceci mit ­Conn ­Smythe, le propriétaire des ­Leafs, complètement hors de lui. Il entra donc en campagne contre ­Campbell auprès de ­Frank ­Calder et des autres propriétaires de la ligue. Smythe obtint satisfaction et le contrat de ­Campbell ne fut pas renouvelé. Il continua toutefois à travailler dans le bureau de ­Calder. Il mentionna plus tard que son travail d’arbitre l’avait préparé pour son poste de président de la ligue, puisqu’il s’était habitué à être constamment contesté.

Lorsque la guerre éclata, ­Campbell s’enrôla dans l’armée. À la fin des hostilités, il avait gradué jusqu’au titre de ­lieutenant-colonel. Combinant son expérience militaire à sa formation d’avocat, il demeura un peu en ­Europe pour contribuer aux procès pour crimes contre l’humanité. De retour au pays en 1946, ­Red ­Dutton s’empressa de démissionner de son poste de président de la ­LNH pour lui laisser la place. Dutton, entraîneur, ­directeur-gérant, puis propriétaire des Americans de ­New ­York / ­Brooklyn, équipe dont les activités avaient été suspendues en 1942, avait accepté à reculons le poste suite au décès subit de ­Frank ­Calder en 1943. Les ­Americans étaient supposés reprendre leurs activités après la guerre, mais lorsque les autres propriétaires revinrent sur leur entente, ­Dutton quitta.

Une des premières mesures que ­Campbell mit en place fut l’instauration du Match des étoiles. Il y avait déjà eu dans le passé des matchs regroupant des joueurs vedettes au bénéfice des familles de joueurs décédés tragiquement ou blessés gravement (Hod Stuart, ­Ace ­Bailey, ­Howie ­Morenz et ­Babe Siebert), mais à partir de 1947, on en fit un événement annuel. À ce moment, la partie avait lieu au tout début de la saison, ce qui fut le cas jusqu’en 1965, et opposait les champions de la ­Coupe Stanley aux étoiles des autres équipes, un format qui fonctionnait bien dans une ligne à six équipes.

Au cours de ses premières années comme président, ­Campbell aida aussi à mettre sur pied un fonds de pension pour les joueurs, bien que pendant longtemps, ­celui-ci n’était pas des plus généreux. Par exemple, en 1969, un ­ex-joueur touchait annuellement, à partir de 65 ans, la somme de 1000 $ pour chaque année jouée dans la ­LNH. Le début du long règne de ­Campbell fut aussi marqué en 1948 par son bannissement à vie de deux joueurs, ­Don Gallinger et Billy Taylor, qui avaient comploté pour parier sur des matchs. Lorsque la suspension fut levée en 1970, ­Campbell était toujours en poste.

 

 
La controverse suivante fut tout aussi monumentale. ­Le 13 mars 1955, une bagarre entre ­Hal Laycoe et ­Maurice Richard dégénéra. Alors que ­Richard était retenu par le juge de ligne ­Cliff Thompson, ­Laycoe en profita pour continuer de le frapper. Voulant se défaire de ­Thompson, le Rocket lui donna un coup de poing. Campbell avait déjà imposé des amendes à ­Richard pour différents incidents mais à chaque fois, le ­Rocket recevait des dons de la population qui dépassaient largement le montant de l’amende. Campbell décida donc de punir ­Richard en le suspendant pour les trois derniers matchs de la saison et l’entièreté des séries éliminatoires.

Cette décision fut non seulement perçue comme un affront au héros du peuple, mais aussi envers tous les ­canadiens-français. Malgré les ­contre-indications de la police et du maire ­Jean Drapeau, ­Campbell insista pour assister au match suivant au ­Forum, ce qui fut perçu par plusieurs comme une provocation. Mais pour lui, ne pas se présenter au match (à l’époque, la ligue avait ses bureaux dans l’édifice ­Sun Life de ­Montréal et ­Campbell habitait ­Ville ­Mont-Royal) aurait été un signe d’abdication. Celui qui se décrivait comme pragmatique y alla même avec sa secrétaire (qui devint plus tard son épouse) et la sœur de ­celle-ci. Une fois à leurs sièges, ils furent accueillis par une pluie de fruits, de ­couvre-chaussures et même une bouteille. Après qu’un jeune lui tendit la main pour ensuite le frapper, le tout dégénéra en ce qui devint l’émeute Maurice ­Richard, que certains associent au début de la ­Révolution tranquille.

L’année suivante, ­Campbell présenta à ­Richard la première de cinq ­Coupes ­Stanley consécutives. Sur un ton paternaliste, ­Campbell a même déjà affirmé que la suspension avait aidé ­Richard, puisqu’il a ensuite cessé de vouloir défier l’autorité et qu’il a ainsi pu mieux comprendre l’importance de se conformer aux règles. 
 
En 1966, alors qu’il était toujours président de la ligue, il fut élu au ­Temple de la renommée. Bien qu’il puisse paraître obséquieux et servile d’honorer ainsi le président en place, il semble que ce soit une coutume de la ­LNH, puisque les présidents subséquents; ­John ­Ziegler, ­Gil ­Stein et ­Gary ­Bettman ont eu droit au même traitement. Après 25 ans de stabilité (certains parleraient plutôt d’immobilisme), c’est finalement en 1967 que ­Campbell donna le feu vert à la grande expansion, alors que la ligue passa de six à douze équipes.

Comme il y avait dorénavant deux divisions de six équipes chacune, les clubs firent don d’un trophée qui porta le nom de Trophée ­Clarence ­Campbell pour être remis aux champions de la division ouest. Lorsqu’on atteignit 18 équipes en 1974 (trois fois plus qu’à peine sept ans plus tôt), on divisa la ligue en deux conférences, dont une fut nommée... Clarence ­Campbell. 
 
C’est donc dire qu’à ce moment, dans un rituel quasi ­nord-coréen, le président et membre du ­Temple de la renommée Clarence ­Campbell remettait le trophée Clarence ­Campbell aux champions de la conférence Clarence ­Campbell. Un artifice équivalent serait tourné au ridicule dans pratiquement n’importe quelle entreprise… La conférence Campbell fut plus tard renommée sous le nom de la ­Conférence de l’Ouest en 1993.

C’est sous son règne qu’eut lieu la ­Série du siècle, première grande rencontre entre les professionnels, qui à ce moment ne pouvaient pas participer aux ­Jeux olympiques ou aux Championnats du monde, et les meilleurs joueurs de l’Union soviétique, qui, bien qu’ils en avaient toutes les caractéristiques, n’avaient pas le statut de professionnel. Il y a toutefois une nuance qu’il faut apporter. Bien que l’équipe qui affronta les ­Soviétiques portait le nom d’Équipe ­Canada, la ­LNH avait un gros mot à dire dans la démarche. Campbell empêcha donc ­plusieurs joueurs, dont Bobby Hull, dont le talent justifiait pleinement leur place au sein de l’équipe, parce qu’ils venaient de signer avec la toute nouvelle Association mondiale de hockey (AMH).

En 1976, un scandale impliquant Campbell éclata mais qui n’avait rien à voir avec le hockey. Le sénateur libéral ­Louis ­Giguère fut accusé de trafic d’influence pour que le gouvernement fédéral prolonge le bail de la concession de la boutique ­hors-taxes à l’aéroport de ­Dorval à la firme ­Sky Shops. Des accusations furent aussi portées contre les trois actionnaires de l’entreprise. Parmi eux, on retrouvait ­Clarence Campbell. Ceci n’entraîna toutefois pas sa démission. Ce n’est qu’en juin 1977 qu’il prit sa retraite. Alors âgé de 71 ans, son règne de 31 ans fut le plus long parmi les présidents/commissaires des ligues professionnelles majeures d’Amérique du ­Nord. Selon Campbell, sa longévité est due au fait qu’à partir de 1967, en raison de l’état de crise ­quasi-constant (expansions, franchises instables, arrivée de l’AMH, montée de la violence, etc.), il a été incité à demeurer plus longtemps.

Si ­Giguère fut finalement acquitté et qu’un des associés de ­Campbell mourut avant de faire face à la justice, c’est finalement en 1980 que ­Campbell et son autre associé furent reconnus coupables d’avoir conspiré pour remettre 95 000 $ à ­Giguère (qui a pourtant été acquitté) dans le but d’obtenir la prolongation du bail. Il fut finalement condamné à un jour de prison et à une amende 25 000 $. Toutefois, à ce moment, il souffrait déjà de problèmes pulmonaires.

C’est finalement en 1984, à l’âge de 78 ans, qu’il est décédé des conséquences d’une pneumonie. Ironiquement, celui qui n’a jamais été reconnu pour ses sympathies envers les canadiens-français est décédé un 24 juin…


Sources :

"Maroon in Great Display to Defeat Boston Squad, 4-1" et "Sports Parade" de D.A.L. MacDonald, March 24, 1937, Montreal Gazette, page 14;

"Les Maroons déclassent les Bruins, 4-1" de Horace Lavigne, 24 mars 1937, La Patrie, page 20;

"Clapper paiera finalement l’amende", 26 mars 1937, La Patrie, page 52;

"The strange forces behind THE RICHARD HOCKEY RIOT" de Sydney Katz, September 17, 1955, MacLean’s (archive.macleans,ca);

"A Fitting Fight For St.Pat" de Stan Fischler, April 22, 1968, Sports Illustrated (vault.si.com);

"Clarence Campbell", March 1, 1969, MacLean’s (archive.macleans.ca);

"Heirs of Judge Landis" de Frank Deford, September 30, 1974, Sports Illustrated (vault.si.com);

"A government under influence" de Ian Urquhart, May 17, 1976, MacLean’s (archive.macleans.ca);

"It’s official: owner Zeigler (sic) takes over from Campbell" d’Al Strachan, June 23 1977, Montreal Gazette, page 27;

"Respiratory ailment hospitalizes Campbell", CP, January 27, 1979, Montreal Gazette, page 51;

"Sky-shops: Campbell coupable", PC, 9 février 1980, Le Soleil, page A3;

"Clarence Campbell Is Dead At 78; President Of N.H.L. For 31 Years" de Sam Goldaper, June 25, 1984, New York Times (nytimes.com);

"Clarence Campbell : 1905-1984", 26 juin 1984, La Presse, page S4;

"U of A alumnus’ name carried on in NHL history" de Ileren Byles, June 9, 2006, Folio Focus (sites.ualberta.ca);

"Clarence Campbell, NHL president, was a man with many hats" de Kevin Mitchell, June 1, 2017, Saskatoon Star-Phoenix (thestarphoenix.com);

"One on One with Clarence Campbell" de Kevin Shea, 18 March 2011, Hockey Hall of Fame (hhof.com);

"Mayor Drapeau tried to prevent 1955 Richard Riot – but Clarence Campbell would not listen" de Kate McKenna, December 30, 2019, CBC News (cbc.ca);

wikipedia.org.

dimanche 15 octobre 2023

Les derniers (2e partie)

 


On a bien aimé mon texte de l'autre jour sur les derniers joueurs à avoir fait telle ou telle chose, si bien que j'ai pensé faire une suite, avec quelques suggestions de mes collègues et de quelques lecteurs. Allons-y donc.

Aussi je vous rappelle de vous abonner à notre infolettre pour vous permettre de voir des textes que vous avez peut-être manqué dans les dernières semaines, ainsi que des succès souvenirs et autres trucs.


Mick McGeough
Dernier arbitre sans casque


Dans la première partie, on a parlé du célèbre Craig MacTavish, le dernier joueur sans casque en 1997, ainsi que d'Andy Brown, le dernier gardien sans masque. Mais qu'en est-il des arbitres?

Comme la règle permettant à MacTavish de jouer sans casque vu qu'il avait signé son premier contrat dans la LNH avant la saison 1979-80, la même chose s'appliqua plus tard aux arbitres, soit à partir de 1988. Ayant commencé sa carrière d'arbitre dans la LNH en 1987, Mike McGeough put donc arbitrer les cheveux à l'air pendant les 20 saisons suivantes, soit jusqu'en 2005-06. La saison suivante, la LNH annula cette «clause grand-père» et McGeough dut lui aussi porter le casque. Il arbitra (avec casque) jusqu'à la fin de la saison 2007-08. Il mourut malheureusement des suites d'un avc en 2018 à l'âge de 62 ans.

Kerry Fraser
Dernier arbitre à avoir arbitré seul

La LNH implanta le système à 2 arbitres à temps plein pour la saison 2000-01. Entretemps il fallait tester la formule lors des saisons précédentes. On vit donc un 4e homme zébré apparaitre de plus en plus sur les glaces lors des saisons 98-99 et 99-00 et pour tous les matchs des séries durant ces deux saisons. Vers la fin de la saison 99-00, les matchs à un seul arbitre se firent de plus en plus rares, jusqu'à tomber à temps plein à deux arbitres en fin de saison.

J'ai donc du éplucher les sommaires d'une centaine de matchs à partir de la fin du calendrier 99-00 afin de trouver le dernier match où il n'y avait qu'un officiel. C'était vraiment palpitant.

Mais finalement j'ai trouvé, puisque lors du mardi 21 mars 2000 on programma deux derniers matchs avec seulement un officiel, un entre les Panthers et les Rangers à New York et le second entre les Flyers et les Predators à Nashville. Comme les matchs à Nashville ont tendance à débuter plus tard (20h-21h généralement), c'est donc durant ce match que le dernier arbitre tout seul fut tout seul pour la dernière fois. Et qui d'autre pour conclure cette ère que le fameux Kerry Fraser...

Ce match fut remporté 2-0 par les Flyers avec des buts de John Leclair et Simon Gagné...


Jonas Hiller
Dernier gardien à porter la marque KOHO


Suggestion d'un lecteur ici du nom de Dannick Rivest. Difficile à confirmer ici mais selon toute vraisemblance, Jonas Hiller serait vraiment le dernier à porter de l'équipement de marque KOHO. Cette marque emblématique de notre jeunesse, qu'on a vu notamment sur de nombreuses cartes ou posters de Patrick Roy, est de nos jours discontinuée.

Comme la suédoise JOFA avant elle, KOHO était une compagnie d'équipement scandinave, en Finlande cette fois, qui connut des années fastes à partir des années 70 et 80, étant même une des premières à offrir des jambières de couleur. Et comme JOFA, KOHO fut avalée par CCM/Reebok durant les années 2000 avant de disparaître tranquillement du radar. La marque fut rachetée par une compagnie du nom de Monkeysports en 2008 et on revit brièvement KOHO par la suite mais c'est désormais chose du passé, alors que je n'ai trouvé aucun produit KOHO sur leur site.

Hiller fut donc le dernier aperçu à porter du KOHO, suite à ses derniers matchs dans la LNH avec les Flames en 2015-16. Il joua ensuite quatre saisons dans sa Suisse natale avant de prendre sa retraite en 2020.


Wade Flaherty
Dernier gardien à accorder un but à Wayne Gretzky


C'est le 29 mars 1999 que Wayne Gretzky marqua son huit-cent-quatre-vingt-quatorzième (894e) but en carrière en saison régulière, lors d'une victoire des Rangers 3-1 sur leurs rivaux new-yorkais, les Islanders. Dans les buts des Insulaires se trouvait l'éternel Wade Flaherty, qui agissait alors en tant que remplaçant à Félix Potvin, qui était blessé. 

En plus d'être le dernier but de Gretzky, il s'agissait également de son 1072e but professionnel, en incluant les séries et ses statistiques dans l'AMH. Cela lui valut de battre à nouveau Gordie Howe à ce niveau.

Éternel second, Flaherty joua deux autres saisons avec les Islanders, avant de jouer une poignée de matchs par la suite avec le Lightning (avec plusieurs autres collègues), les Panthers et les Predators.


Keith Yandle
Dernier joueur de la LNH à avoir été coaché par Gretzky


On se souvient pas mal moins glorieusement de la carrière de Gretzky comme entraîneur. Et avec raison avec sa fiche de 143-161-0-24 en quatre saisons où les Coyotes ratèrent les séries à chaque fois. Il n'a jamais retenté l'expérience par la suite, démissionnant avant la saison 2009-10 suite au redémarrage de la franchise après une de ses faillites.

Donc, parmi les quelques dizaines de joueurs ayant joué sous les ordres de la merveille entre 2005-06 et 2008-09, il ne reste aucun joueur actif dans la LNH, le dernier étant Keith Yandle avec les Flyers en 2021-22. Il en reste toutefois une poignée en Europe comme Peter Mueller dans la ligue tchèque ainsi que Nigel Dawes en Allemagne.

José Théodore
Dernier gardien à accorder un but à Mario Lemieux


On parle de Gretzky mais faudrait quand même pas oublier Mario Lemieux. Très diminué et en proie avec des difficultés cardiaques lors de sa dernière saison en 2005-06, il marqua son dernier but contre José Théodore et le Canadien de Montréal le 10 novembre 2005. Il joua ensuite 9 matchs sans marquer jusqu'à son dernier match le 16 décembre contre les Sabres. Il officialisa sa retraite en janvier 2006.

Pour sa part, Théo en était à ses derniers miles avec le CH à ce moment, étant échangé à l'Avalanche en mars 2006. Il prit sa retraite en 2013.


Robbie Tallas
Dernier gardien à accorder un but à Ray Sheppard

Une date à jamais gravée dans les annales du destin, celle du 5 avril 2000 durant laquelle les Panthers de la Floride remportèrent un duel face aux Bruins de Boston par la marque de 6-3. La grande étoile de ce match, inutile de le mentionner, fut bien sûr Ray Sheppard avec 2 buts et 1 passe. La légende mythique qu'était «Ray» a d'abord marqué son premier du match contre le gardien partant John Grahame qui se fit plus tard sortir du match après 5 buts accordés. Nul autre que Pavel Bure obtint une passe sur ce magnifique but. J'ai pas vu ce but mais je sais qu'il était magnifique.
 
Sheppard en marqua ensuite un deuxième contre son remplaçant Robbie Tallas, ce qui donna un total de 10 filets pour clore la magnifissime carrière du numéro 26.

Il opta ensuite de jouer une dernière saison en Suisse en 2000-01 avec le club des Tigers de Langnau. Il m'a été malheureusement et criminellement impossible de savoir contre qui il marqua son véritable dernier but dans cette ligue. 
 
Il marqua toutefois 13 buts en 13 matchs en Suisse donc à mon avis il aurait pu continuer encore un bon 10-15 ans dans la LNH si ce n'était de l'injustice flagrante de ne pas avoir obtenu un nouveau contrat.
 
Suite à sa véritable retraite, on mit les drapeaux en berne et une procession d'enfants aveugles firent le pèlerinage vers Compostelle en son honneur tandis que le Dalaï-lama fit un jeûne de trois semaines.


3 janvier 1932
Dernier match avec les dégagements acceptés


Pour me sauver du temps, je copie-colle ici un passage d'un ancien texte de Martin sur ce fameux match:

Le 8 décembre 1931, les Bruins reçurent la visite des Americans de New York. Durant ce match, les Americans de New York tentèrent une nouvelle tactique. Aussitôt qu'ils le purent, les joueurs des Americans dégagèrent la rondelle dans le territoire adverse. Comme il n'y avait aucun règlement concernant les dégagements, les Americans dégagèrent 61 fois, laissant un mauvais goût aux fans et surtout aux joueurs des Bruins qui eurent à courir après la rondelle plus souvent qu'à leur tour. La tactique sembla marcher car les Americans remportèrent le match 3 à 2...

Mais comme la vengeance est un plat qui se sert froid, les Bruins décidèrent de présenter une version améliorée de la tactique du 8 décembre lors de la rencontre suivante entre les Americans et les Bruins, le 3 janvier 1932 à New York. Lors de ce match, les Bruins dégagèrent la rondelle à 87 reprises dans un match qui se termina par la marque de 0-0. Rien de bon pour vendre le hockey... Les autres propriétaires firent pression afin de donner une amende à Jack Adams, le propriétaire des Bruins pour avoir poussé cette tactique au maximum. Le président de la NHL Frank Calder décida de ne pas sévir sous prétexte qu'avec les règlements qui étaient en cours, les joueurs n'avaient pas dérogé et avaient respecté le règlement. Par contre, avant qu'un autre match de la sorte ne se reproduise, la NHL développa rapidement une réglementation afin de limiter le nombre de dégagements.



24 février 2004
Dernier match de 0-0 dans l'histoire de la LNH



Si les dégagements acceptés étaient choses du passé à partir de 1932, ce n'était pas encore le cas pour les matchs nuls se terminant 0-0. J'ai parlé du dernier but égalisateur et dernier match nul à la fin de la saison 2003-04 dans la première partie, mais le dernier «snooze-fest» de 0-0 se produisit quelques semaines plus tôt, soit le 24 février 2004 à Long Island lors d'un match d'anthologie entre les Bruins et les Islanders.

De quoi on peut bien parler après un match de 0-0... Félix Potvin des Bruins et Rick DiPiertro des Islanders récoltèrent le jeu blanc, tandis que Trent Hunter, Brian Rolston et Martin Lapointe récoltèrent chacun 5 tirs. Ah oui, également un jeune Patrice Bergeron fut utilisé pendant seulement 29 secondes durant ce match...


Jack Walker
Dernier joueur ayant joué comme «Rover»

On va terminer avec une suggestion de mon collègue KirkMclean ici. Ça m'a demandé beaucoup de travail. Merci Kirk.
 
Le Rover, ou «Maraudeur» est une ancienne position datant des débuts du hockey, dans le temps où on alignait 6 patineurs sur la glace. Utilisé comme joueur de transition entre les 2 défenseurs et les 3 attaquants, le Rover se promenait à sa guise où il se sentait utile. Il s'agissait souvent du meilleur patineur de l'équipe. L'évolution de cette position devint en quelque sorte celle du défenseur offensif, dans le style des Bobby Orr, Paul Coffey et Erik Karlsson.
 
Plus le hockey se développa et plus le rover devenait encombrant. L'ancêtre de la LNH, la National Hockey Association (NHA), retira la position et adopta le système à 5 patineurs lors de sa deuxième saison d'existence en 1910-11, et la LNH poursuivit dans la même voie par la suite. 
 
Cependant, les ligues de l'ouest, la PCHA (Pacific Coast Hockey Association) et la WCHL (West Coast Hockey League) gardèrent le Rover, et ce jusqu'en 1923.

 


Donc, qui fut le dernier «Rover»? Et bien il est assez difficile, voire impossible de trouver réellement. Beaucoup de joueurs ont un jour évolué ou alterné comme rover, et il n'existe à ma connaissance pas d'endroits où ces vieilles informations sont entièrement répertoriées. De plus, lorsque la Coupe Stanley fut disputée entre la NHA/LNH et les ligues de l'ouest, soit jusqu'en 1926, la finale opposant les deux ligues alternait les règles entre chaque matchs, soient les règles et positions LNH durant un et celles de l'ouest lors du suivant. Ça devait être fuckant solide tout ça. Il y a donc quelques joueurs de la LNH qui ont brièvement joué comme rover lors de ces matchs de finale jusqu'à l'abolition de la position en 1923 et il est pratiquement impossible de savoir lesquels exactement. À moins que j'aille éplucher des archives de journaux comme un craqué mental mais là heille c'est assez.

En fait, le seul endroit que j'ai trouvé répertoriant une liste de rovers est celui du site du temple de la Renommée où l'on retrouve les joueurs intronisés ayant été aperçus à cette position. On y retrouve quelques noms familiers comme Newsy Lalonde, Didier Pitre, Frank «Cyclone» Taylor et Hobie Baker. 
 
Comme on considère que le Rover était souvent le meilleur joueur ou meilleur patineur de l'équipe, on peut extrapoler pour dire que les meilleurs rovers ont joué plus longtemps que les autres, donc la liste des membres du temple ayant été rovers est ma meilleure option. Parmi cette liste, celui qui prit sa retraite en dernier fut nul autre que Jack Walker
 
Né le 29 novembre 1888, Walker a joué 27 saisons de hockey professionnel, soit de 1907 à 1933, et ce au sein de plusieurs ligues, dont la New Ontario Hockey League, la NHA, la PCHA/PCHL, la WHL et la LNH. Il joua le plus longtemps pour les Metropolitans de Seattle, soit de 1915 à 1924. On raconte même qu'il était le meilleur rover de son époque lors de ses années à Seattle. 
 
Il aurait aussi été l'instigateur du balayage de bâton (ou hook check) consistant à soutirer la rondelle à l'adversaire. Il remporta la Coupe Stanley à trois reprises, soit en 1914 avec les Blueshirts de Toronto, en 1917 à Seattle et en 1925 avec les Cougars de Victoria.

Après la dissolution des ligues de l'ouest, Walker et les autres Cougars devinrent les nouveaux Cougars de Détroit, alors que l'équipe fut achetée et transférée dans l'est et dans la LNH. Il y joua deux saisons avant de revenir dans l'ouest dans une nouvelle ligue, la Pacific Coast Hockey League, avec les Eskimos de Seattle. Il y joua jusqu'en 1931, suite à quoi il joua deux autres saisons dans une ligue en Californie dont je me dois de consacrer probablement un autre texte plus tard, la California Hockey League. 
 
Walker joua alors pour les Stars d'Hollywood et les Sheiks d'Oakland avant de finalement prendre sa retraite en 1933. Il fut introduit au temple en 1960.

À noter aussi qu'un autre ex-Rover joua jusqu'en 1930 avec les Bruins, soit Mickey Mackey, un ancien adversaire de Walker avec les Millionnaires de Vancouver. Mackey serait donc le dernier Rover à avoir joué dans la LNH mais je considère Walker comme le véritable dernier Rover. Que celui qui ose me contredire me lance la première pierre...

Donc ce sera tout pour les derniers, à moins que vous ayez encore d'autres suggestions...


jeudi 9 juin 2022

Bill Stewart


S’il a excellé au lancer du poids, au saut et au sprint, c’est finalement au baseball que se consacra William Stewart. Il parvint même à jouer en 1917 avec les Royaux de Montréal de la Ligue internationale comme lanceur droitier, avant de s’enrôler dans la marine américaine. Il fut ensuite recruté par les White Sox de Chicago, mais il ne parvint jamais à percer leur alignement. Il continua toutefois son chemin dans les ligues mineures, avant d’effectuer sa transition vers le poste de gérant (avec entre autres Harvard), de dépisteur (avec les Red Sox), puis d’arbitre. C’est finalement en 1933 qu’il atteignit la Ligue nationale dans ce rôle.

Le baseball l’occupait pendant l’été, mais pour l’hiver, le bostonnais d’origine s’en remit au hockey. C’est également au niveau de l’arbitrage qu’il se tourna, au niveau universitaire et dans la Ligue Canadian-American (ancêtre de la Ligue américaine), avant d’accéder, d’abord sur une base occasionnelle, puis de façon plus régulière, à la LNH. Il devint ainsi en 1928 le premier arbitre américain de l’histoire de la ligue. Comme au baseball, il fut également entraîneur, alors qu’il dirigea l’équipe du M.I.T. pendant six ans.

Dans la Ligue nationale, l’habituellement froid et mélancolique Stewart fut au cœur d’un événement controversé lorsque le 14 mars 1933, il accorda un but à Marty Barry des Bruins en prolongation. L’entraîneur des Hawks, Tommy Gorman, protesta alors avec véhémence, arguant que la rondelle n’était pas entrée dans le but. Le tout dégénéra rapidement en altercation entre Stewart et Gorman. Selon la version de ce dernier, c’est Stewart qui lança le premier coup de poing. Stewart, lui, refusa de commenter. Gorman retira alors son équipe et Stewart accorda alors le match aux Bruins par forfait. (À ce moment, un but ne mettait pas automatiquement fin à la prolongation de 10 minutes.)

En 1937, alors que Stewart était l’arbitre en chef de la LNH, il reçut une offre étonnante. Le propriétaire des Black Hawks, le Major Frederic McLaughlin, était un fier patriote américain. À une période où les joueurs originaires du sud de la frontière étaient relativement rares, il voulut mettre sur pied une équipe composée uniquement d’américains. Et pour les diriger, McLaughlin offrit le poste à un autre américain, Stewart.

Si l'iconoclaste McLaughlin ne parvint pas à avoir une équipe entièrement états-unienne, il demeure que 10 des 15 américains ayant joué au moins 1 match dans la LNH en 1937-38 l’ont fait avec Chicago. Si les résultats furent très ordinaires (14-25-9), ils permirent tout de même aux Hawks de se faufiler de justesse en séries.

À ce moment, Chicago causa d’abord la surprise en éliminant les Canadiens, avant de récidiver contre les Americans de New York (qui avaient connu une rare saison potable). C’est ainsi que les Hawks se sont assuré d’un billet pour la finale.

Devant des Leafs largement favoris, Chicago a dû faire à l’adversité, lorsque son gardien Mike Karakas fut blessé. Comme il n’y avait à l’époque qu'un gardien par équipe, il fallut un peu d’improvisation pour trouver une solution et recruter au passage Alfie Moore. Mais contre toute attente, les Hawks eurent le dessus contre Toronto, remportant ainsi la deuxième Coupe Stanley de son histoire. Ils durent ensuite attendre jusqu’en 1961 pour en remporter une autre. Toutefois, encore à ce jour, les Hawks de 1937-38 demeurent statistiquement la pire équipe à avoir remporté la Coupe Stanley (0,385). Quant à Stewart, il est ainsi devenu le premier entraîneur américain à mener son équipe jusqu’au bout. Il faudra d’ailleurs attendre jusqu’en 1991 pour en voir un autre, lorsque Bob Johnson mena les Penguins aux grands honneurs.


La saison suivante des Hawks fut semblable, mais cela ne convenait plus au Major McLaughlin et fidèle à ses habitudes, il congédia Stewart en janvier, alors que son équipe montrait une fiche de 8-10-3.

Stewart retourna ensuite à l’arbitrage. Dans le cas du hockey, il y sera jusqu’en 1941. Du côté du baseball, l’aventure durera jusqu’en 1954. Au total, il participa à 3 192 matchs de saison régulière, quatre matchs des étoiles et à cinq séries mondiales.

En 1956, il fut nommé entraîneur de l’équipe nationale américaine de hockey. Toutefois, lorsque l’armée soviétique envahit la Hongrie, plusieurs pays, dont les États-Unis, refusèrent de se rendre à Moscou pour le championnat du monde de 1957.

Toujours aussi polyvalent, Stewart conserva un lien avec le baseball en faisant du dépistage pour les Indians de Cleveland et les Senators de Washington.

C’est en finalement 1964 qu’une crise cardiaque emporta le sportif hyperactif. Il avait 69 ans.

Il est maintenant membre du Temple de la renommée du hockey américain, tout comme son petit-fils Paul, qui joua avec les Oilers d’Edmonton et les Stingers de Cincinnati dans l’AMH, avec les Nordiques dans la LNH, avant de devenir arbitre à son tour.

Sources:

"Gorman Withdraws Hawks In Overtime", CP, March 15, 1933, Ottawa Citizen, page 11,

"Bill Stewart Signs To Manage Chicago Black Hawks in 1937-38", AP, May 24, 1937, Montreal Gazette, page 13,

"Casual Close-Ups" de Marc T. McNeil, November 4, 1937, Montreal Gazette, page 14,

"Off to Baseball Wars", CP, April 14, 1938, Montreal Gazette, page 17,

"Bill Stewart Deposed by Hawks And Thompson Takes Over Team", AP, January 4, 1939, Montreal Gazette, page 14,

"Blackhawk Owner’s Mind… Crammed With Bizarre Theories About Hockey" de Joe Williams, January 19, 1939, Pittsburgh Press, page 21,

"Hockey Official Bill Stewart Dies", UPI, February 19, 1964, Montreal Gazette, page 24,

"Bill Stewart, 69, Ex-Umpire, Dead; In National League 1934-55 - Also a Hockey Referee", AP, February 19, 1964, New York Times

"#Shortstops: Bill Stewart’s Career As An Official Swept Through MLB, NHL" de Matt Rothenberg, National Baseball Hall of Fame (baseballhall.org),

baseball-reference.com, @PaulStewart22.


lundi 18 décembre 2017

Lou Marsh



Le joueur de premier but des Reds de Cincinnati Joey Votto a remporté il y a quelques jours le Trophée Lou-Marsh pour la deuxième fois. Ce prix, très prestigieux, est remis à l’athlète canadien, amateur ou professionnel, qui s’est le plus illustré au cours de l’année. Ce prix est décerné depuis 1936, année du décès de Lou Marsh. Parmi ses récipiendaires passés, on retrouve des athlètes aux bagages diversifiés comme le marathonien Gérard Côté, la patineuse Barbara Ann Scott, Maurice Richard, Gaétan Boucher, Terry Fox, Wayne Gretzky, la kayakiste Caroline Brunet, Jacques Villeneuve et Carey Price. Mais qui était Lou Marsh?

Marsh a commencé à travailler pour le Toronto Star à l’âge de 11 ans, comme camelot. Sans éducation formelle, il gravit les échelons jusqu’à devenir un journaliste très respecté, puis chef de la section des sports, poste qu’il occupa jusqu’à son décès. Son sens de l’humour et son langage coloré et créatif firent sa renommée.

Toutefois, sa carrière au Star ne l’empêcha pas d’avoir une carrière sportive des plus fructueuses.

Il a été entraîneur d’athlétisme, où il a épaulé Tom Longboat, le gagnant du marathon de Boston de 1907. Il a aussi pratiqué ce qu’on appelait à l’époque le rugby football, s’alignant entre autres avec les Argonauts de Toronto. Il a traversé la rivière Niagara aller-retour, sur 22 km, à la nage. Il a pratiqué la voile à un niveau compétitif. Il a également participé à des régates d’hydroplane, à la même époque où un certain Harold Ballard pratiquait ce sport.

C’est toutefois comme arbitre qu’on se souvient le plus de lui, où il a œuvré en boxe, en lutte et bien sûr, au hockey. C’est d’ailleurs lui qui officia le premier match au Madison Square Garden, le 15 décembre 1925, une victoire de 3-1 des Canadiens sur les Americans de New York. Il a également arbitré des matchs lors des Olympiques de 1932, à Lake Placid.

Trophée Lou-Marsh

Parlant d’olympisme, Marsh, en plus de couvrir plusieurs Jeux pour le Star, fut délégué par le Comité olympique canadien aux Jeux d’Anvers en 1920, de Paris en 1924, d’Amsterdam en 1928 et de Los Angeles en 1932.

C’est finalement à l’âge de 57 ans que ses problèmes cardiaques, diagnostiqués 20 ans plus tôt alors qu’il combattait en France pendant la Première Guerre mondiale, l’emportèrent et mirent fin à une vie des plus remplies.


Sources: « Ce que nous en pensons » d’Horace Lavigne, 5 mars 1936, La Patrie, p.22, « Lou Marsh, Sports Editor, Succombs », CP, 5 mars 1936, Montreal Gazette, p.12, loumarsh.ca, wikipedia.org.

lundi 3 avril 2017

L'arbitre, c'est mon frère



Techniquement, un arbitre se doit d’être impartial, même s’il a de la famille dans l’une des deux équipes en présence. Par contre, cette situation ne s’est pas présentée très souvent. Au cours de l’histoire, il n’y a eu que deux duos de frères joueur-arbitre. Il faut dire qu'aujourd'hui, avec 30 équipes, il serait plus facile d'assigner un arbitre à un match où son frère n'est pas impliqué. Du temps des 6 équipes, il y avait moins de possibilités.


Marty et Matt Pavelich


C’est en 1947-48 que Marty Pavelich fit ses débuts avec les Red Wings. L’ailier gauche se vit confier au fil des ans la mission de couvrir les joueurs vedettes de l’équipe adverse, comme Maurice Richard.

La carrière de Pavelich coïncida avec une période heureuse pour les Red Wings, puisqu’il se mérita quatre Coupes Stanley (1950, 1952, 1954 et 1955).

En 1956, il fut rejoint par son frère Matt. Ce dernier arbitrait depuis l’âge de 14 ans, mais après des passages dans le hockey mineur et la Ligue américaine, il accéda à la Ligue nationale, sur la recommandation de l’arbitre en chef, Carl Voss.

Il fit ses débuts le 11 octobre. Ce soir-là, les Wings de Marty affrontaient les Hawks, mais on assigna plutôt Matt au match Toronto-Boston. En fait, il a fallu attendre au 11 novembre, le 12e match du calendrier des Red Wings, pour voir les deux frères Pavelich sur une même patinoire. Dans cette victoire de 3-1 de Détroit sur Chicago, Marty Pavelich a amassé une passe, en plus de recevoir une pénalité.

En séries, Matt officia pendant la seule série de l’équipe de son frère. En tant que recrue, lors des matchs à l’Olympia de Détroit, il était celui qui avait pour tâche de ramasser les fameuses pieuvres que les partisans jetaient sur la patinoire et ce, à son grand déplaisir.

Les deux frères ne cohabitèrent pas très longtemps dans la LNH, puisque Marty prit sa retraite comme joueur à la fin de la saison. Parce qu’il avait tenté de fonder la première association des joueurs, on expédia son coéquipier Ted Lindsay chez les Hawks. Comme Pavelich et Lindsay avaient investi dans une entreprise de plastique qui fournissait l’industrie automobile, il fut décidé que Pavelich s’occuperait de leurs intérêts en l’absence de Lindsay. Jack Adams, le directeur-gérant des Wings, n’était pas courant de l’implication de ses deux joueurs dans des projets en dehors du hockey, ce qui le mit en furie. Craignant de se retrouver dans les mineures, Pavelich préféra se retirer.

Matt Pavelich
Matt continua toutefois sa carrière de juge de ligne, où son coup de patin fluide pouvait porter ombrage à celui de certains joueurs. En 23 ans, il prit part à 1727 matchs de saison régulière, le deuxième total de l’histoire, derrière Neil Armstrong. En séries, son total de 245 matchs (incluant sept finales) n’est surpassé que par John D’Amico.

Le 24 janvier 1979, celui qui n’avait jamais voulu devenir arbitre parce qu’il n’aimait pas devoir constamment à argumenter, dut quitter son poste de juge de ligne pour une période. L’arbitre Bruce Hood arriva en retard au match entre les Capitals et les Rangers et Pavelich eut à le remplacer pendant une période.

Après avoir accroché ses patins, Pavelich devint superviseur des arbitres dans la LNH. Il a également occupé ce poste dans l’UHL.

Il a été élu au Temple de la renommée du hockey en 1987.



Art et Glen Skov

Les frères Skov sont originaires de la région de Windsor, dans le sud de l’Ontario. À la fin des années 1940, ils ont tous les deux joué pour des clubs de l’IHL, qui à cette époque opérait exclusivement dans la région de Détroit-Windsor.

En 1949-50, Glen n’eut pas vraiment à déménager pour graduer dans la LNH, puisqu’il fit ses débuts avec les Red Wings. Étrangement, il forma un trio défensif, la Grind Line, avec Tony Leswick et… Marty Pavelich. Skov remporta trois Coupes Stanley dans l’uniforme rouge et blanc, en 1952, 1954 et 1955.

De son côté, Art demeura dans l’IHL jusqu’en 1952, après quoi il se consacra à l’arbitrage, d’abord dans la Ligue du Bell Téléphone, puis dans le hockey mineur et l’IHL.

C’est finalement le 29 novembre 1956, moins de deux mois après Matt Pavelich, qu’Art fit ses débuts comme juge de ligne dans la Ligue nationale. À ce moment, son frère Glen avait passé aux Black Hawks et ceux-ci recevaient ce soir-là les Bruins. Mais comme dans le cas de Pavelich, on ne l’assigna pas immédiatement au match de son frère. On l’envoya plutôt près de chez lui, à Détroit, où les Wings affrontaient les Rangers.

Glen demeura à Chicago jusqu’en 1960. Il joua ensuite ses trois derniers matchs dans la LNH avec les Canadiens.

Quant à Art, il fut juge de ligne dans la Ligue nationale jusqu’en 1964, en plus d’être arbitre dans la EPHL, l’AHL et la CHL. Par la suite, il devint arbitre à temps plein dans la grande ligue.

En 1972, on lui assigna le prestigieux numéro un sur son uniforme, signe à l’époque de sa place dans la hiérarchie des arbitres. Il était aussi reconnu pour sa capacité de parler aux joueurs, pour les calmer lorsque nécessaire. Après 1023 matchs, il rangea son sifflet en 1975.

Contrairement aux frères Pavelich, les frères Skov nous ont quittés (Art en 2009, à l’âge de 80 ans, et Glen en 2013, à 82 ans).


Art Skov
Sources : “Wings Beat Hawks 3-1; Leafs Bruins Draw”, AP, 12 octobre 1956, Montreal Gazette, p.25, “Chihawks Beaten 3-1 by Wings”, AP, 12 novembre 1956, Montreal Gazette, p.26, “Gordie Howe Scores Two As Wings Beat Blues 4-1”, AP, 30 novembre 1956, Montreal Gazette, p.24, “Matt Pavelich finally waked, ‘er skated, the line after a couple of brushes with big top” de Tom Keenan, 29 mars 2010, The Sault Star (saultstar.com), “Ex-Wing Skov starred on three Cup winners” de Bob Duff, 13 septembre 2013, Windsor Star (windsorstar.com), “Art Skov” et “Glen Skov”, Windsor-Essex County Sports Hall of Fame (wecshof.com), legendsofhockey.net, wikipedia.org.

vendredi 20 mars 2015

La fois où Ron est arrivé en retard...








C'était en janvier 1983, le 15 pour être plus exacte... Une tempête sévissait en Nouvelle-Angleterre, ce genre de tempête qui fait la renommée de la région. Ce soir-là, les Whalers de Hartford recevaient dans leur légendaire centre d'achat (démoli depuis...) les Devils du New Jersey...



À l'approche du match, seul un officiel, le juge de ligne Ron Foyt, était présent à l'aréna. Voyant que les deux autres officiels, le juge de ligne Dan Marouelli et l'arbitre Ron "Salut Mon" Fournier, étaient manquants, Foyt fouilla dans le vieux livre des règlements de la NHL afin de savoir ce que ce Code prévoyait lorsque des officiels étaient manquants...

La Grand Grimoire de la NHL prévoyait à cet effet que lorsque deux officiels étaient porté-disparus, on pouvait demander à chacune des équipes de prêter un joueur afin d'officier la partie. Foyt se donna ainsi le titre d'arbitre et alla quémander à chacune des équipes un joueur. Les deux équipes acquiescèrent à cette étrange demande en prêtant des joueurs blessés ne pouvant pas jouer. Les Whalers désignèrent Mickey Vulcan et les Devils désignèrent Gary Howatt...


Les deux joueurs désignés furent les joueurs de ligne durant la première période et les deux arbitres portés disparus étant finalement arrivés, les deux joueurs furent remerciés...

Ce soir-là, les Whalers l'emportèrent par la marque de 2 à 1...

Ce fut la seule fois dans les temps récents de la NHL que des joueurs furent utilisés comme officiels...

Mickey Vulcan...



vendredi 28 novembre 2014

Carl Voss









Bien que né aux États-Unis, Carl Voss déménagea au Canada avec sa famille à l’adolescence.  Il alla ensuite étudier à l’Université Queen’s, à Kingston, où il s’illustra avec ses équipes sportives, au hockey et au football.

En 1924, il aida les Golden Gaels à se mériter la Coupe Grey.  (À ce moment, les équipes universitaires pouvaient aspirer à la Coupe Grey.) 

En 1926, c’est sur la glace qu’il se mit en évidence, alors que Queen’s atteignit la finale de la Coupe Memorial.  (À ce moment, les équipes universitaires pouvaient également aspirer à la Coupe Memorial.)  Ce sont toutefois les Canadians de Calgary qui l’emportèrent.

Après un passage au niveau junior avec les Marlboros de Toronto, il fut embauché par Conn Smythe pour s’aligner avec les Maple Leafs.  Ce premier arrêt dans la Ligue nationale d’une longue série ne dura que 14 matchs sur trois ans.

Il passa ensuite trois saisons dans la Ligue internationale avec les Bisons de Buffalo, avec qui il gagna un championnat et un titre de meilleur pointeur.
C’est à partir de 1932-33 que sa tournée de la Ligue nationale commença pour de bon. 

Il partagea d’abord sa saison entre les Rangers et les Red Wings.  Toujours éligible, ça ne l’empêcha pas de devenir le premier récipiendaire du titre de recrue de l’année avec une fiche de 23 points en 48 matchs.  (Ce n’est que quatre ans plus tard que ce titre deviendra le Trophée Calder.)

En 1933-34, c’est entre Détroit et Ottawa qu’il partagea sa saison.

Comme les Senators déménagèrent ensuite à St-Louis, il passa la saison 1934-35 avec les Eagles.  Au sein d’une équipe très faible, ses 31 points firent de lui le meilleur pointeur de l’équipe, et comme l’équipe cessa ses activités à la fin de la saison, de toute leur histoire.
Devant se trouver une nouvelle équipe pour 1935-36, il se retrouva avec les Americans de New York.

Avant que ne débute la saison suivante, il fut échangé aux Maroons de Montréal, avec qui il passa la saison 1936-37.

En 1937-38, c’est entre les Maroons et les Black Hawks de Chicago qu’il partagea son temps.  Les Hawks allèrent jusqu’au bout, ce qui fit de Voss le deuxième joueur à s’être mérité autant la Coupe Grey que la Coupe Stanley, après Lionel "Big Train" Conacher.  (voir texte du 9 mai 2009)

C’est sur cette note que s’est terminée sa carrière de joueur, puisqu’au camp des Hawks en 1938, Voss subit une blessure qui l’obligea à prendre sa retraite.

Sa tournée du monde du hockey se poursuivit tout de même, mais sous d’autres formes.  Il devint d’abord le représentant de CCM assigné aux diverses équipes de hockey aux États-Unis.

Pendant cette même période, il arbitra des matchs dans plusieurs ligues, incluant la Ligue américaine.

Gravissant les échelons, il devint pendant un moment le président de la United States Hockey League (USHL), un circuit mineur, jusqu’à la fin de ses activités en 1951. 

Il devint alors entraîneur et directeur-gérant des Flyers de St-Louis de la Ligue américaine, tout en conservant son poste de consultant envers les arbitres.  (Je suppose que ce n’était pas des arbitres de sa ligue…)

C’est tout de même du côté de l’arbitrage que lui vint son poste suivant, lorsque la LNH lui offrit le poste d’arbitre en chef.  Il conserva ce poste pendant quinze ans, période pendant laquelle il améliora la qualité de l’arbitrage.  Il recruta de nouveaux effectifs dans les ligues mineures et fit passer le nombre d’officiels de 10 à 23.

Il fut intronisé au Temple de la renommée du hockey en 1974, dans la catégorie des bâtisseurs.

Carl Voss est décédé en 1993, à l’âge de 86 ans. 
Sources :  legendsofhockey.net, wikipedia.org.

Initialement publié sur www.bottedenvoi.blogspot.com