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dimanche 15 février 2026

Jake Forbes


 


Le gardien Vernon Vivian Forbes, surnommé « Jake » ou « Jumpin' Jackie » en raison de son style de jeu acrobatique, est né le 4 juillet 1897 à Toronto.

Après avoir fait ses classes au hockey mineur dans divers clubs locaux, il joignit les rangs des St.Pats de Toronto durant la saison 1919-20, devenant le 3e gardien du club durant la saison, ce qui était assez rarissime à l'époque. Il devint numéro un des St.Pats la saison suivante et obtint 13 victoires en 20 matchs, aidant le club à terminer au deuxième rang. Pour la saison suivante, en 1921-22, il désirait une augmentation de salaire à 2500 dollars, ce que les St.Pats refusèrent catégoriquement. Il devint alors le premier joueur de la LNH à sacrifier une saison entière. Ce geste d'insubordination, inédit pour l'époque, s'est soldé par la vente de ses droits à la franchise des Tigers d'Hamilton la saison suivante.

Forbes revint donc en action après une saison perdue et joua les trois saisons suivantes à Hamilton, obtenant des statistiques en conséquence d'être dans le pire club de cette jeune ligue à seulement 4 équipes. Il obtint 6 victoires en 24 matchs en 1922-23 et ensuite 9 en 24 en 1923-24.

La chance des Tigers tourna toutefois lors de la saison 1924-25, le club passant de la dernière à la première place d'une ligue désormais à 6 clubs (arrivée des Bruins et Maroons), s'assurant une place en finale de la Coupe Stanley.

Cependant, les choses tournèrent au vinaigre pour Forbes et les Tigers et on peut imaginer que Forbes fut un des principaux architectes de ce qui allait se passer. Cette saison-là, la ligue avait décidé d'augmenter le nombre de matchs de la saison régulière de 24 à 30 sans offrir de compensation financière supplémentaire aux joueurs.

Menés par leur capitaine Billy Burch, Forbes et ses coéquipiers ont exigé une prime de 200 dollars par joueur pour ces rencontres additionnelles. Devant le refus catégorique des propriétaires et les menaces de suspension du président de la LNH, Frank Calder, les joueurs ont maintenu leur position et refusé de disputer les séries éliminatoires. Cette impasse a conduit à la suspension immédiate de l'équipe, privant Jake Forbes de sa meilleure chance de soulever le prestigieux trophée.

Les conséquences de ce bras de fer ont été permanentes pour le gardien de but. Bien que la franchise ait été rachetée et déménagée pour devenir les Americans de New York, et malgré le fait que Forbes soit resté un pilier de la ligue pendant encore plus d'une décennie, il n'a plus jamais eu l'occasion de jouer des matchs éliminatoires. Après avoir disputé seulement deux matchs de séries lors de sa première année complète en 1921, il a passé le reste de sa carrière au sein d'équipes de bas de classement, accumulant un total de 84 victoires contre 114 défaites. Pourtant, son efficacité individuelle est restée remarquable pour l'époque, comme en témoigne sa moyenne de buts alloués de 2,76 et ses 20 blanchissages.


 
Après quelques saisons difficiles avec les Americans et des détours dans les mineures, il fut libéré en 1930. Il passa la saison suivante dans la ligue Can-Am à l'exception de deux matchs avec les anciens Pirates de Pittsburgh, maintenant nommés les Quakers de Philadelphie, deux matchs qui se soldèrent par des défaites pour cette autre club en difficulté, qui connaîtra d'ailleurs un des pires rendements de l'histoire de la LNH avec une fiche de 4–36–4, soit le 2e pire pourcentage de points de l'histoire à 0.136%.

Les saisons suivantes furent à l'image de la difficile décennie des années 30, avec un parcours nomade dans plusieurs clubs et ligues. Il retourna jouer quelques matchs avec les Americans (son dernier dans la LNH en 1933) mais passa la majorité du temps dans les mineures avec les clubs suivants; Eagles de New Haven (Can-Am), Tigers du Bronx (Can-Am), Bulldogs de Windsor (IHL), Stars de Syracuse (IHL), Indians de Springfield (Can-Am), Tecumsehs de London (IHL) et Cardinals de Rochester (IHL).

Il a finalement pris sa retraite en 1936. En s'éteignant à l'âge de 88 ans en 1985, Jake Forbes était le dernier joueur vivant des Tigers de Hamilton.



jeudi 7 août 2025

Le tour du chapeau

 


L’origine de l’expression ″tour du chapeau″, c’est comme l’invention de la poutine. Il y a plusieurs versions et chacun est convaincu d’avoir la vérité. En fait, il y a probablement un peu de vérité à chaque endroit. 

D’abord, l’expression elle-même viendrait de l’Angleterre au 19e siècle et serait reliée au cricket. Elle consistait à désigner la performance d’un lanceur qui retirait trois batteurs consécutifs. En 1858, à Sheffield, H.H. Stephenson avait réalisé cet exploit. On fit alors une collecte, avec laquelle on lui acheta un chapeau. 

Mais comment a-t-elle traversé l’océan, pour être associée au hockey? 

 

Une version est liée à Alex Kaleta, un joueur d’avant des Black Hawks de Chicago. Le 26 janvier 1946, lors d’un voyage à Toronto, il se présenta chez un chapelier, Sammy Taft. Détail intéressant, avant d’exercer ce métier, Taft avait travaillé dans sa jeunesse pour la première version des Senators d’Ottawa, disparus en 1934. À ce moment, son rôle était celui de mascotte, mais à cette époque, ça n’avait rien à voir avec le fait de revêtir un costume pelucheux et d’amuser les spectateurs. Il s’agissait plutôt d’un jeune qui servait de porte-bonheur à l’équipe et qui effectuait de petites commissions, comme acheter des oranges ou du tabac à chiquer, lorsqu’il y avait un besoin. 

Kaleta essaya plusieurs chapeaux et Taft lui en recommanda un. Kaleta lui aurait alors répondu qu’il n’avait pas les moyens de se le payer. Taft rétorqua alors que s’il comptait trois buts lors de son match, il lui donnerait. Ce soir-là, contre Frank McCool des Leafs, non seulement Kaleta en compta trois, mais il en marqua même un quatrième. Toutefois, Toronto parvint tout de même à l’emporter par la marque de 6-5. Taft tint promesse et donna le chapeau à Kaleta. 

À noter par contre que dans cette version, Taft ne fait aucunement référence au cricket. Selon lui, qui a conservé son commerce pendant de nombreuses années et qui est décédé en 1994, cette offre à Kaleta lui est venue de façon tout à fait impromptue. Taft a continué cette offre jusqu’au milieu des années 1950. 

Cette version est celle reconnue par le Temple de la renommée. 

Une autre version vient de Guelph. De 1940 à 1942, il y avait une équipe junior commanditée par la Guelph Biltmore Hat Company, un fabricant de chapeaux. Celle-ci s’appelait les Biltmore Mad Hatters de Guelph. Au retour de la guerre, l’équipe renaquit. Elle redébuta ses activités en 1947, en tant que club affilié aux Rangers. 

Le lien entre le commanditaire et les chapeaux est donc facile à faire. Lorsqu’un des joueurs marquait trois buts, le président de l’entreprise, Norm McMillan, lui donnait un fédora. Si on fait référence à la deuxième incarnation de l’équipe, nous sommes donc après l’anecdote de Kaleta, qui date de 1946, donc l’année avant le retour de l’équipe, mais ce n’est pas clair. 

Les Biltmore Mad Hatters ont remporté la Coupe Memorial en 1952, avec des joueurs comme Lou Fontinato, Andy Bathgate, Harry Howell, Ron Stewart et Dean Prentice

La troisième version est plus près de nous, à Montréal. 

Institution de la rue Sainte-Catherine, le chapelier Henri Henri est ouvert depuis 1932. 

Sur leur site internet, ceux-ci font d’abord référence au fait de saluer du chapeau une personne en signe d’appréciation. Encore une fois, il n’y a pas de référence au cricket. 

Bobby Hull, Stan Mikita, Phil Esposito et Chico Maki reçoivent leur chapeau de Henri Henri

On y mentionne également l’exploit d’Alex Kaleta. On ne prétend donc pas avoir inventé l’expression. Toutefois, on indique l’avoir popularisée, alors que dans les années 1940, 1950 et 1960, l’entreprise offrait un chapeau gratuitement à tout joueur ayant marqué trois buts en un match, que ce soit un Canadien ou un adversaire. Lorsque les spectateurs lançaient alors leur chapeau sur la patinoire, les employés du Forum les ramassaient pour les mettre à un endroit où il était possible de le récupérer à la fin du match. On y insérait un calendrier des Canadiens (″cédule″), où il était écrit ″Hé Joe! Ce n’est pas ton chapeau, prends-en un autre″, avec les coordonnées de Henri Henri. On voulait ainsi dissuader quelqu’un de prendre un chapeau qui n’était pas le sien et, dans ce cas, l’inciter à en acheter un. L’entente avec le Tricolore impliquait aussi que Henri Henri paie pour faire imprimer suffisamment de ″cédules″ pour qu’elles soient également distribuer chez Esso. 

 

À la même époque, il y avait aussi un tirage entre la deuxième et la troisième période, où le prix était un chapeau de Henri Henri. 

On pourrait donc conclure que le tout a débuté à Toronto. La contribution de Guelph semble être arrivée plus tard. Quant à Montréal et Henri Henri, selon leurs propres mots, ils ont popularisé le rituel, mais pas inventé l’expression. 

Henri Henri a longtemps été sur Ste-Catherine Est, au coin Hôtel-de-Ville, mais il a depuis déménagé.


Le nouveau site est toujours sur Ste-Catherine Est, mais au coin St-Denis.  Le déménagement semble récent, puisqu'au moment d'écrire ces lignes, le site internet fait encore référence à l'ancienne adresse et le nouveau magasin n'a pas encore d'affiche.


Sources : 

″Vive le football d’octobre et de novembre!″ de Ronald King, 30 octobre 2006, La Presse, page S8, 

″Le tour du chapeau (suite)″ de Ronald King, 31 octobre 2006, La Presse, page S6, 

″Guelph’s tricky claim″ de Janet MacLeod, March 21, 2009, Guelph Mercury (guelphmercury.com),

″Meet the man responsible for all those hats in Philly. Not Wayne Simonds, it is Sammy Taft.″ de Brian Costello, April 30, 2014, The Hockey News (thehockeynews.com), 

″Hockey’s ′hat trick′ traces roots to cricket″, October 6, 2017, NHL (nhl.com), 

henrihenri.ca, hockey-reference.com.

 

 

vendredi 30 mai 2025

Toucher au trophée


 

 

Les Oilers et les Panthers se retrouvent de nouveau en finale et comme c'est la plate coutume depuis trop longtemps, il fallait attendre de voir si le capitaine allait toucher son trophée de conférence respectif. Du côté des Panthers, ils ont opté pour ne pas toucher au trophée Prince-de-Galles (après y avoir touché en 2023 et s'être abstenu en 2024). Pour les Oilers, Connor McDavid a touché au trophée Clarence Campbell cette année, alors qu'il s'était abstenu l'an passé.

Mais que c'est donc plate tout ça. 

Et en plus d'être devenu une tradition/superstition que je trouve idiote et qui enlève au spectacle, ça n'a vraiment aucune importance et ça n'affecte en rien le résultat ultime. Voici un tableau (très) scientifique de la chose, en se concentrant premièrement sur le trophée Campbell depuis la saison 1998-99, soit un échantillon de 25 saisons.


En résumé, les clubs n'ayant pas touché au trophée ont remporté 9 fois la Coupe Stanley et l'ont perdu 9 autres fois. Les clubs ayant «OSÉ» toucher au trophée ont perdu 3 fois en finale et l'ont emporté 4 fois.

Donc si cela sert à prouver quelque chose, même si ça ne prouve rien, c'est que le clan «TOUCHER au trophée» est meilleur que de ne pas y toucher, l'emportant par une seule instance.

Oui mais ça c'est seulement le trophée de l'ouest, me direz-vous. Ok. Allons voir dans l'est.



Alors dans l'est. Toucher au trophée a remporté 8 coupes et en a perdu 6. Pas touche en a gagné 4 et en a perdu 7.

Donc une autre victoire encore plus décisive du clan «Touches-y au christie de trophée». 

Faites comme Ovechkin qui a même pris l'avion avec en 2018:

 


Donc, si ça marche même pas, pourquoi cette superstition existe et comment ça a commencé? 

Dans ce documentaire de la coupe de 1993, Benoit Brunet explique qu'ils étaient tous fier d'y toucher et même de parader avec comme si c'était la Coupe Stanley. Même que chaque joueur a pu le prendre en paradant sur la glace. 


De nos jours, même si quelqu'un y touche, il s'agit bien probablement seulement du capitaine, qui accepte de le prendre une trentaine de secondes et de retraiter vite au vestiaire. Pas mal moins le fun...

Mais était-ce un cas isolé en 1993 d'assiter à autant de célébration? C'était tu juste Montréal qui est plus crinqué que le reste de la ligue comme d'habitude?

Et bien fouillons dans les années précédentes pour voir.

En 1991 à Pittsburgh, c'était semblable à Montréal, même encore plus le fun. L'année suivante, comme la série avait été remportée à Boston, la coutume de l'époque était que le club gagnant le reçoive dans leur vestiaire après la partie. 

 

 


Comme ici en 1990 avec les Oilers, alors qu'ils avaient remporté le trophée à Chicago. Dans leur cas, on voit pas mal moins d'excitation de leur part mais c'était compréhensible puisqu'ils l'avaient gagné 5 autres fois dans la décennie précédente...

 


Donc, partons du point de référence qu'est 1993 (et première saison de Gary Bettman en poste) et essayons de trouver à quel moment ça a vraiment changé.

En 1994, les Rangers et les Canucks ont tous touché à leur trophée respectif. Mais on peut déjà commencer à trouver des failles avec Trevor Linden qui échappe le couvercle du trophée (pourquoi c'est pas soudé ensemble?) en le soulevant. C'est peut-être à ce moment que la superstition a commencé à planter ses graines...

 
Je viens finalement de découvrir qui était à l'origine de cette superstition. Et comme lors de plusieurs moments  controversés qui ont changé le visage du hockey durant les années 90, il s'agit d'Eric Lindros...

 


1997 était la première année qu'une équipe fit un point d'honneur de ne pas toucher le trophée avec Eric Lindros, un habitué de refuser des trucs, qui ne fit que poser pour une photo avec le trophée en compagnie du gars de la ligue (même pas Bettman) avant de rejoindre ses coéquipiers.

Du côté de l'ouest, les Red Wings retournaient en finale après leur défaite de 1995 et y retouchèrent sans problèmes, en plus d'éliminer ensuite les Flyers en seulement 4 matchs.

Donc comme première instauration de la tradition, on pouvait dire que c'est râté. En 1998, les Red Wings y retouchèrent de nouveau, même chose pour leurs opposants, les Capitals.

 
Ensuite, ce sont les Sabres de 1999 qui perpétuèrent en deuxième cette tradition malfamée. Et encore une fois, aucun argument solide selon quoi cela porte chance puisque les Sabres perdirent la coupe en 6 matchs contre les Stars, le tout décidé par un but en prolongation controversé de Brett Hull.

 

Ensuite, tout le monde retrouva ses esprits et toucha au trophée dans chaque conférence de 2000 à 2002. Les Mighty Ducks d'Anaheim vinrent toutefois fucker la patente en 2003 en refusant de toucher au trophée Campbell, encore une fois dans une cause perdante. 0 en 3 jusqu'à date...

C'est en 2004 qu'on peut finalement voir un argument pour la cause puisque les champions, le Lightning, ne toucha pas au trophée, tandis que les Flames y touchèrent... OH!

 

Je crois que c'est à ce moment que la superstition est vraiment devenue mainstream. La saison suivante de 2006, après un lock-out en 2005 où vraiment personne ne toucha à rien, les deux clubs en finale, les Oilers et les Hurricanes, refusèrent de toucher au trophée, soit la première fois que cela se produisit dans les deux conférences en même temps. C'est sûr que quand aucun y touche, on peut pas dire que ça porte chance ou non...

On commença même à voir la nouvelle superstition dans la série de jeux vidéos NHL.

 

 

 

Ensuite, 2007 vint cimenter la légende de cette superstition/malédiction alors que les Sénateurs y touchèrent et perdirent, tandis que les Ducks n'y touchèrent pas (comme en 2003) et remportèrent les grands honneurs.

Mais, après avoir perdu en finale en 2008 sans avoir touché au trophée Prince de Galles, Sidney Crosby décida d'y toucher lors du rematch de 2009 et cette fois-ci, ils gagnèrent.


Ouais... On peut dire qu'il s'agissait pas d'une célébration comme en 1993. Il l'a pris dans ses mains, mais il l'a pas vraiment soulevé à bout de bras non plus, tandis que Malkin et Gonchar y touchèrent à peine et c'en était fini de ce protocole. Y'a des joueurs bantam qui sont plus contents que ça en recevant une médaille en plastique pour un tournoi à Chibougamau.

Bref c'est pas mal ça. Depuis, c'est plus ou moins la même chose, quelques équipes y touchent, d'autres non, et tout le monde fait semblant que c'est important pendant 2-3 jours. 

Les Penguins ont gardé l'habitude d'y toucher lors de leur double conquête de 2016 et 2017, même chose pour le Lightning qui y toucha lors de leurs trois participations consécutives de 2020 à 2022 terminant 2 en 3. 

Mais on peut vraiment dire que ces deux magnifiques trophées ont perdu leur lustre. En plus, le trophée Prince de Galles a été instauré en 1925, donc exactement 100 ans cette année, et personne en parle, quoique il n'a pas toujours eu la même fonction de mérite, étant d'abord décerné au champion de la division américaine de 1925 à 1937 et ensuite au champion de la saison régulière jusqu'en 1967.

C'est quelque chose de se rendre en finale, même si on perd. Comme ce cher Benoit Brunet l'a dit, ça arrive pas souvent, même jamais pour plusieurs joueurs. Je me rappelle de 2021 avec le Canadien. Même si je savais qu'ils allaient se faire détruire en finale, j'étais fier de cette présence en finale et la série de finale de conférence contre Las Vegas était épique. 

Au baseball et au football, on en fait pas mal plus une grosse affaire. Mais au hockey c'est la coupe ou rien. Et c'est un peu dommage.

 

mercredi 7 mai 2025

Le repêchage intraligue - 2e partie


 

 

Comme vu dans la première partie, le repêchage intraligue d'origine exista de 1952 jusqu'à sa dissolution en 1975. Durant ces presque 25 ans, on pouvait dire que, malgré ses ratés, le repêchage avait quand même réussi sa mission qui était d'équilibrer les forces en présence dans la LNH. Grâce à ce repêchage, des joueurs comme Gerry Cheevers, Vic Hadfield et Tony Esposito ont grandement aidé les organisations les ayant choisi, tandis que plusieurs autres pièces de rechange et joueurs de soutien ont aussi contribué.

Cependant, à partir des années 70, l'intérêt des dirigeants envers cette pratique avait drastiquement diminué. C'était particulièrement causé par le mauvais climat avec les récentes expansions et la présence de l'AMH depuis 1972, elle qui soutirait plusieurs joueurs de la LNH par ses gros salaires. Prendre le risque de choisir un joueur pour possiblement le perdre lors d'une expansion ou au profit de l'AMH était très risqué. Il y avait également le prix des compensations monétaires qui en refroidissait plusieurs, alors qu'il était désormais fixé à 40,000$ par sélection. La date du repêchage fut également déplacée du mois de juin au début de la saison, après les camps d'entraînement, mais sans grand effet.

Mais, suite à sa dissolution, il y avait toujours des problèmes de disparité à travers la ligue avec quelques super-puissances mais plusieurs clubs en difficulté, autant financières qu'au niveau hockey.  

Donc, en 1977, alors que les négociations d'une fusion avec l'AMH avaient déjà commencé, on décida de ramener le repêchage intraligue sous une deuxième forme. Si auparavant il s'appelait le «intra-league draft», il serait désormais nommé le «waiver draft» ou en français le «repêchage au ballotage». Cependant, en français on garda la plupart du temps l'appellation «repêchage intraligue». 

Désormais, il n'y aurait plus de compensation fixe de 40,000$. Il y aurait toutefois une compensation à échelle, basée sur l'âge et l'expérience du joueur. La compensation à payer pour un jeune joueur serait plus dispendieuse qu'un vétéran en fin de carrière, ce qui avait pour but de décourager les équipes à vider les espoirs d'une autre équipe et en même temps d'encourager ces équipes à trouver une place à des joueurs vétérans. Il y avait également le retour d'une règle en fonction dans les dernières années de l'ancien repêchage, soit que si tu sélectionnais un joueur, tu devais ajouter un nouveau joueur sur ta liste de joueurs non-protégés. À partir de 1986, la première ronde du draft serait exclusivement réservée aux clubs ayant raté les séries.

Donc le repêchage intraligue revint en scène en 1977, et comme les premières années de l'ancien draft, ce fut assez timide alors que seulement 3 joueurs furent sélectionnés; Dave Forbes, Wayne Thomas et Paul Woods. 

Mais le cas de Paul Woods est intéressant. Ce sont les Canadiens qui perdirent ce jeune attaquant deux fois champion de la coupe Calder avec les Voyageurs de la Nouvelle-Écosse au profit des Red Wings. Cependant, ces derniers durent dépenser 50 000$ pour sa sélection. Pour leur part, Forbes et Thomas n'exigèrent qu'une compensation de 12,500$.

Le repêchage intraligue était donc de retour pour de bon, à l'exception de 1979 où il fut annulé suite à la fusion avec l'AMH et en 1991 avec l'arrivée compliquée des Sharks de San Jose...

Cependant on ne vit pratiquement plus aucun changement majeur aussi marquant que les Cheevers, Esposito ou Hadfield du premier repêchage intraligue. 

Le repêchage intraligue 2.0 perdura jusqu'en 2003. Il n'eut évidemment pas lieu lors de l'arrêt des activités en 2004-05 et il fut ensuite éliminé suite à la nouvelle convention collective découlant du lock-out.

Voici les principales acquisitions et histoires intéressantes qu'on a pu noter au cours des décennies suivantes. Vous allez voir qu'il s'agit souvent de joueurs vedettes notables qui n'étaient plus désirés dans leur ancienne équipe ou qui étaient au bout du rouleau. Mais on a quand même pu voir quelques instances où il s'agissait de très bonnes acquisitions.

Pierre Bouchard, réclamé des Canadiens par les Capitals en 1978.

Irv Grundman, le DG des Canadiens, n'avait pas de place pour garder Bouchard mais désirait conserver ses services. Il fit donc un marché avec les Caps selon quoi si les Capitals sélectionnaient Bouchard, il leur enverrait le jeune prospect Rod Schutt, vedette des Voyageurs dans l'AHL. La sélection et l'échange eurent lieu (seulement 2 500$ de compensation pour Montréal) mais la ligue annula cette transaction, car il était toujours illégal d'échanger un joueur obtenu lors de ce repêchage durant la saison en cours. Bouchard ne voulait pas jouer à Washington et ne joua qu'un match avec eux avant de prendre sa retraite. Il se ravisa toutefois la saison suivante et joua 3 autres saisons dans l'organisation des Caps. 

Yvon Lambert, réclamé des Canadiens par les Sabres en 1981

Un autre glorieux déchu, Lambert joua une saison avec les Sabres et ensuite deux autres avec leur club-école de Rochester où il remporta la coupe Calder en 1983.

Serge Savard, réclamé des Canadiens par les Jets en 1981.

Un autre signe de la fin de la dynastie des glorieux des années 70 avec Serge Savard qui prit le chemin de Winnipeg. Il y joua deux saisons avant de revenir comme DG à Montréal.

Carol Vadnais, réclamé des Rangers par les Devils en 1982.

Après avoir été réclamé du Canadien par les Seals en début de carrière, Carol Vadnais retourna de nouveau par voie du repêchage intraligue à l'autre équipe faible du moment. Il refusa initialement de se rapporter avec les Devils mais fut ensuite convaincu par l'équipe de signer un nouveau contrat. Les Devils le libérèrent toutefois après une seule saison et il prit sa retraite.

Wayne Babych, réclamé des Blues par les Penguins en 1984.

Bob Bourne, réclamé des Islanders par les Kings en 1986.

Clark Gillies, réclamé des Islanders par les Sabres en 1986.

 

Un autre signe d'une autre dynastie qui s'éfrite avec Bob Bourne et Clark Gillies, des membres importants des coupes Stanley de 1980 à 1983, qui quittèrent tous les deux les Islanders en 1986. Les Islanders post-dynastie furent vraiment mal gérés c'est le moins qu'on puisse dire. Ils avaient également perdu Dave Langevin en 1985, tandis que Bob Nystrom prit sa retraite en 1986. Mike Bossy et Denis Potvin prirent leurs retraites également dans les deux années suivantes. Perdre autant de bons joueurs sans rien recevoir en retour, si ce n'est que de maigres compensation financières de 2,500$ par joueur...

Wilf Paiement, réclamé des Rangers par les Sabres en 1986.

Charlie Simmer, réclamé des Bruins par les Penguins en 1987.

Reijo Ruotsalainen et Risto Siltanen, réclamés par les Devils en 1987.

Comme moi, les Devils étaient fascinés par ces deux défenseurs finlandais et profitèrent de ce repêchage pour obtenir leurs droits des Oilers et des Nordiques respectivement. Mais seulement Ruotsalainen joua quelques matchs au New Jersey, tandis que Siltanen retourna jouer en Europe par la suite.

Brad Marsh, réclamé des Flyers par les Maple Leafs en 1988.

Wayne Van Dorp, réclamé des Blackhawks par les Nordiques en 1990.


Pas vraiment notable, mais Van Dorp a quand même coûté 50 000$ aux Nordiques... L'homme fort joua seulement 4 matchs au début de la saison 1990-91 avant se devoir se faire opérer à l'épaule et rater le reste de la saison. Apparement que les Blackhawks savaient pour l'état de Van Dorp et que ce fut la raison de son placement au ballotage. Le DG Pierre Pagé tenta de réclamer une enquête de la LNH à ce sujet mais rien n'aboutit au final. Van Dorp joua ensuite seulement 24 matchs en 1991-92, ses derniers dans la LNH, avant de terminer sa carrière deux ans plus tard dans les mineures.

Mario Marois, réclamé des Nordiques par les Blues en 1990.

Bob Bassen, réclamé des Blackhawks par les Blues en 1990.

Une très bonne acquisition sous le radar ici car Bassen sera un des joueurs favoris de la foule à St.Louis.

Norm Maciver, réclamé des Oilers par les Sénateurs en 1992.

Ici j'avais quelque peu oublié que Maciver n'avait pas été réclamé lors du repêchage d'expansion mais plutôt au repêchage intraligue. Il termina la saison inaugurale des Sénateurs au premier rang des pointeurs de l'équipe.

Igor Larionov, réclamé des Canucks par les Sharks en 1992.

Malgré que Larionov avait obtenu des bonnes stats à Vancouver et qu'il avait pris Pavel Bure sous son aile, son contrat de trois saisons était terminé et plutôt que de l'échanger ou de le resigner, les Canucks le laissèrent sans protection au profit des Sharks. Il décida de jouer une saison en Suisse en 1992-93 avant de revenir dans la LNH avec les Sharks en 1993-94.

Doug Brown, réclamé des Penguins par les Red Wings en 1995. 

Craig Billington, réclamé des Panthers par l'Avalanche en 1996.

Une solide acquisition sous le radar. Billington sera l'adjoint principal de Patrick Roy pendant trois saisons. Il jouera ensuite 4 autres saisons avec les Capitals.

Robert Lang, réclamé des Penguins par les Bruins en 1997.

Ici c'était un chapitre bizarre de la carrière de Robert Lang. Libéré par les Kings après la saison 95-96, Lang joua un an en Europe avant de revenir dans la LNH comme agent libre avec les Penguins. Cependant, les Penguins le perdirent au repêchage intraligue au profit des Bruins. Cependant, il ne joua que 3 matchs à Boston avant d'être placé au ballotage. Les Penguins le rapatrièrent et il y joua ensuite pendant 6 saisons, durant lesquelles il devint finalement un joueur d'élite.

Chris Osgood, réclamé des Red Wings par les Islanders en 2001.

Probablement l'acquisition du repêchage intraligue 2.0 la plus majeure alors que Osgood était parmi les meilleurs gardiens de la ligue. Mais ayant mis la main sur LE meilleur gardien avec Dominik Hasek durant l'été 2001, les Red Wings tentèrent sans succès d'échanger Osgood. Ils durent finalement se résoudre à le laisser sans protection. J'imagine qu'ils ne voulaient pas le laisser croupir dans l'attente ou le reléguer comme numéro deux. 

Alors pour services rendus, il put quitter pour Long Island. Après une saison et demie avec les Islanders (qu'il aida à retourner en séries) et une autre avec les Blues, il revint à Détroit en 2005-06 comme agent libre. Il se retrouva éventuellement en tandem avec Hasek, qui fit également un retour à Détroit en 2006-07. Osgood fut le partant de confiance des Wings pour une dernière coupe en 2008.

Stéphane Robidas, réclamé du Canadien par les Thrashers en 2002.

Francis Bouillon, réclamé du Canadien par les Predators en 2002.

Le premier aller-retour Nashville/Montréal de Francis Bouillon. Ce fut toutefois très court. Après seulement 4 matchs, il fut placé au ballotage et rapatrié à Montréal. Il resigna toutefois comme agent libre avec les Predators en 2009 et y joua trois saisons. Il revint ensuite à Montréal comme agent libre en 2012.

 

Steve Bégin, réclamé des Sabres par le Canadien en 2003.


Un petit cadeau pour finir avec la seule bonne acquisition du Canadien dans l'histoire de ces deux repêchages. En fait, l'équipe était plutôt habituée d'être de l'autre côté de l'équation avec des joueurs de talent en trop qui vont dans l'autre sens. Mais pour cette dernière édition du repêchage intraligue en 2003, l'équipe fit l'acquisition du valeureux Steve Begin qui deviendra un joueur culte à Montréal. 


Sources:
Pagé réclame une enquête à la LNH, Le Soleil, 30 novembre 1990
Historical hockey stats and trivia

vendredi 2 mai 2025

Le repêchage Intraligue


 


Lors du texte de Chris Joseph que j'ai publié l'autre jour, j'ai mentionné que ce dernier avait été réclamé à plusieurs reprises au repêchage intraligue durant sa carrière, soit 3 fois, ce qui est probablement un record. Mais pour vous plus jeunes lecteurs, vous ignorez peut-être ce qu'était le repêchage intraligue. Même moi je ne savais pas exactement en quoi ça consistait exactement. Dans le passé, j'ai déjà parlé du repêchage supplémentaire, alors dans la même veine voici l'histoire de ce repêchage particulier et vestige du passé qu'est le repêchage intraligue.

Les origines du repêchage intraligue remontent à 1952. La LNH se retrouvait alors en pleine ère «Original 6» où il y avait peu d'équipes mais beaucoup de disparité entre les clubs, ce que mon collègue keithacton surnomme «la ligue à deux vitesses». Afin d'aider à équilibrer les clubs en place, l'idée de ce repêchage fut implantée.

Les principales règles initiales furent les suivantes:

  • Le repêchage avait lieu une semaine avant le début de la saison.
  • Chaque équipe pouvait protéger 20 patineurs et 2 gardiens.
  • Pour chaque sélection d'un joueur non-protégé, l'équipe devait payer 10 000$ à l'ancien club.
  • Le joueur ne pouvait pas être échangé ou prêté à un autre club durant la saison, à l'exception du ballotage.
  • L'ordre des sélections était l'inverse des positions finales au classement de la saison précédente.
  • Tous les joueurs en bas de 22 ans n'ayant pas joué au moins 4 matchs dans la ligue étaient exclus.

Mais lors de la première séance du repêchage intraligue le 5 octobre 1952, un jour avant le match des étoiles, aucune équipe ne fit de sélection. Un mauvais départ pour cette initiative de la ligue.

Des amendements eurent lieu lors des saisons suivantes, abaissant d'abord le nombre de patineurs protégés à 18 et le montant réclamé monta à 15 000$. L'âge et le nombre de matchs minimum furent aussi éventuellement laissés de côté.

Mais encore une fois, aucune équipe n'exerça cette option lors du repêchage de 1953.

John McCormack
 

Ce n'est qu'en 1954 qu'on vit finalement de l'action lorsque les Blackhawks sélectionnèrent l'attaquant John McCormack du Canadien. McCormack était un joueur de soutien du CH depuis quelques saisons et ne jouera qu'une seule saison à Chicago et finira sa carrière en 1956 dans les mineures. À noter que lors de ce repêchage, Elmer Lach était aussi disponible chez le CH. Ce dernier a toutefois pris sa retraite avant la saison.

On était donc encore loin de voir quelque chose de spectaculaire avec ce repêchage...

Si bien qu'en 1955, la rencontre entre les dirigeants fut même annulée à la demande générale, devant le peu de choix disponibles chez les joueurs...

Il fut ensuite décidé qu'il était mieux de procéder à ce repêchage en juin lors du rendez-vous annuel des dirigeants. Et ça commença peu à peu à lever. En 1956, on assista à deux sélections, soit Larry Cahan (des Maple Leafs aux Rangers) et Tom McCarthy (des Rangers aux Red Wings).

En 1957, on assista à 5 sélections et finalement des joueurs notables comme Larry Hillman (des Red Wings aux Blackhawks) et Bronco Horvath (des Canadiens aux Bruins). Hillman connaîtra une longue carrière tandis que Horvath connaitra deux saisons de 30 buts avec les Bruins.

Je ne vais pas résumer chaque année en détail mais voici les principales acquisitions d'importance lors des années suivantes. Vous allez voir que l'on commença à voir de plus en plus de sélections qui auront effectivement aidé à balancer les pouvoirs en place.

Bert Olmstead

Bert Olmstead réclamé du Canadien par les Maple Leafs en 1958
Après sa 8e saison à Montréal, les docteurs dirent à Olmstead qu'il ne restait plus de force dans ses genoux et qu'il devrait contempler la retraite. Suite à ce diagnostic, les Canadiens le laissèrent donc sans protection. Il joua quand même 4 autres saisons avec les Leafs, remportant une dernière coupe en 1962. 

Al Arbour réclamé des Red Wings par les Blackhawks en 1958
Arbour fit partie de l'équipe championne des Hawks en 1961. Il repassa par le même repêchage à l'automne suivant, et fut cette fois-ci réclamé par les Leafs où il gagna deux autres coupes.  

Jean-Guy Gendron réclamé des Rangers par les Bruins en 1958
Jean-Guy Gendron, futur joueur et entraîneur des Nordiques dans l'AMH, fut lui aussi un membre constant du repêchage intraligue, passant à deux autres équipes au courant des années suivantes.   

Ted Green réclamé du Canadien par les Bruins en 1960
Jeune défenseur dans le système du Canadien, Green sera longtemps membre de la brigade défensive et de la montée en puissance des Bruins avec qui il remportera la coupe en 1970 et 1972. Il fit ensuite le saut dans l'AMH avec les Whalers, où il fut nommé comme premier capitaine de l'équipe et les menant au premier championnat de l'AMH.


Vic Hadfield

Vic Hadfield réclamé des Blackhawks par les Rangers en 1961
Hadfield n'avait encore jamais joué avec les Blackhawks avant sa sélection. Il deviendra un des meilleurs joueurs de l'histoire de la franchise, obtenant au passage une saison de 50 buts en 1971-72. Il sera également capitaine de 1971 à 1974. Son numéro 11 (le même que Mark Messier) fut retiré par l'équipe en 2018.   

Gary Bergman réclamé du Canadien par les Red Wings en 1964
Bergman sera un solide pilier de la défense des Red Wings jusqu'en 1973. Il fera également partie de l'équipe de la série du siècle en 1972.  

Dickie Moore réclamé du Canadien par les Maple Leafs en 1964
En fin de carrière, Moore jouera seulement une saison à Toronto avant de prendre sa retraite mais fera un comeback d'une saison avec les Blues en 1967.  

Terry Sawchuk réclamé des Red Wings par les Maple Leafs en 1964
En 1964, on vit un mouvement majeur alors que les Red Wings laissèrent le légendaire Terry Sawchuk non-protégé. Il passa alors aux Maple Leafs et les aida grandement lors de la conquête de 1967.

Gerry Cheevers
 

Gerry Cheevers réclamé des Maple Leafs par les Bruins en 1965
Un autre mouvement d'importance chez les gardiens avec l'acquisition de Cheevers en 1965. Il jouera deux saisons dans les mineures mais deviendra numéro un de l'équipe jusqu'en 1980 suite à la sélection de Bernard Parent par les Flyers à l'expansion de 1967. 

Pat Stapleton réclamé des Bruins par les Blackhawks en 1965 
Stapleton avait d'abord été lui-même obtenu au repêchage intraligue des Blackhawks en 1961. Mais 4 ans plus tard il retourna à Chicago par le même procédé. Il sera un rouage important de l'équipe pendant 8 saisons.

Carol Vadnais réclamé des Canadiens par les Seals de Californie en 1968
En surplus de talent à Montréal, Vadnais devint disponible et deviendra le meilleur défenseur de la faible franchise des Seals pendant quelques saisons.

Jacques Plante réclamé des Rangers par les Blues en 1968
En retraite depuis qu'il ne voulait plus jouer avec les Rangers, ces derniers acceptèrent finalement de le libérer et utilisèrent le repêchage intraligue pour finalement s'en débarrasser. Plante aida les Blues à retourner en finale et jouera jusqu'en 1975 dans l'AMH avec les Oilers.

Tony Esposito réclamé des Canadiens par les Blackhawks en 1969
Une autre acquisition d'importance du repêchage intraligue, probablement la meilleure en fait. Également en surplus de talent au niveau des gardiens, le CH n'avait pas le choix de laisser Esposito disponible. Il gagnera le trophée Calder en 1970 ainsi que trois trophées Vézina. Son numéro 35 fut retiré par les Hawks et il fut élu au temple de la renommée en 1988.

À noter qu'à partir de 1966, les équipes perdant le joueur avaient l'option de réclamer un joueur de l'autre équipe au lieu de prendre le montant d'argent, qui était désormais de 20,000$. Les Canadiens obtinrent alors le gardien Jack Norris, qui ne jouera qu'une saison dans le système des mineures du CH.

Dean Prentice réclamé des Red Wings par les Penguins en 1969
Joueur de longue date des Rangers, Bruins et Red Wings, Prentice avait encore quelques bonnes saisons à donner. Il jouera 2 saisons à Pittsburgh et 3 autres au Minnesota, amassant au final 391 buts et 860 points en 1378 matchs.

René Robert

René Robert réclamé des Maple Leafs par les Penguins en 1971
Un fait que j'ignorais totalement était le bref passage de Robert avec les Penguins (?). Mais oui, il joua d'abord 49 matchs à Pittsburgh en 1971-72 avant d'être échangé aux Sabres (en retour de Eddie Shack) et de devenir membre de la fameuse «French Connection».

Le repêchage intraligue dura ensuite jusqu'en 1975. Les précédentes expansions et le surplus d'équipes firent en sorte qu'il n'y avait plus beaucoup de joueurs intéressants et donc moins de sélections. Il y a toujours Tim Horton qui passa des Penguins aux Sabres en 1972 mais à part ça, rien de majeur. Également les compensations financières faisaient reculer plusieurs équipes en difficulté financière. D'ailleurs, les Penguins ne purent participer à la dernière séance de 1975 puisqu'ils étaient alors techniquement en faillite avant de redresser la barque.

Le repêchage intraligue fut ensuite ressuscité en 1977 avec quelques modifications, ce que nous verrons dans une deuxième partie.

mercredi 18 décembre 2024

Histoires de coupes: 1992


 



Chaque édition de champions qui se retrouve inscrite annuellement sur le trophée comporte son lot d'histoire et de petits détails fascinants. Il y a bien sûr des joueurs vedettes que l'on reconnait inévitablement, mais moi, ce que je préfère, ce sont évidemment les joueurs no-names ou ceux que je ne me souvenais pas qu'ils avaient joué avec l'équipe ou même qu'ils avaient gagné la coupe. Parfois aussi, ce sont les membres du staff qui me fascinent. 

Donc, au cours du texte, je porte mon choix sur un ou deux joueurs qui détonnent du lot par leur présence.

Aujourd'hui on poursuit dans les années 90 avec la deuxième édition championne des Penguins de Pittsburgh, celle de 1992.

Chapitres précédent: 1990, 1991

 

Penguins de Pittsburgh - 1992


Joueurs: Ron Francis, Shawn McEachern, Ken Priestlay, Bryan Trottier (A), Jiri Hrdina, Mario Lemieux (Captain), Joe Mullen, Bob Errey (A), Jock Callander, Jay Caufield, Jamie Leach, Troy Loney, Kevin Stevens, Phil Bourque, Dave Michayluk, Jeff Daniels, Mike Needham*, Jaromir Jagr, Rick Tocchet, Jim Paek, Grant Jennings, Ulf Samuelsson, Jeff Chychrun, Paul Stanton, Kjell Samuelsson, Gordie Roberts, Peter Taglianetti, Larry Murphy, Wendell Young, Ken Wregget, Tom Barrasso

Staff: Morris Belzberg (Owner), Howard Baldwin Sr. (Owner/President), Thomas Ruta (Owner), Donn Patton (Vice President-Chief Financial Officer), J. Paul Martha (Vice President-General Council), Craig Patrick (Vice President/General Manager), Bob Johnson (Coach), William Scotty Bowman (Head Coach/Director of Player Development-Recruitment), Barry Smith (Asst. Coach), Rick Kehoe (Asst. Coach), Pierre McGuire (Asst. Coach), Gilles Meloche (Goaltending Coach/Scout), Rick Paterson (Asst. Coach), Steve Latin (Equipment Manager), Charles "Skip" Thayer (Trainer), John Welday (Strength-Conditioning Coach), Greg Malone (Head Scout), Les Binkley (Scout), Charlie Hodge (Scout), John Gill (Scout), Ralph Cox (Scout)
 
 
Quand même beaucoup de changement entre les éditions 1991 et 1992 des Penguins. La majorité des gros canons sont toujours présents (Lemieux, Jagr, Francis, Barrasso, Murphy, Mullen) mais plusieurs furent remplacés, notamment Mark Recchi et Paul Coffey qui firent partie d'un blockbuster à trois équipes entre les Flyers, Penguins et Kings. Ce sont alors Rick Tocchet, Kjell Samuelsson et le gardien Ken Wregget qui prirent leurs places. 

Il y avait également quelques départs dans les joueurs de soutien, comme Barry Pederson, Randy Gilhen, Randy Hillier, Frank Pietrangelo et surtout Scott Young. Le futur joueur des Nordiques n'avait pas évolué dans la LNH en 1991-92, évoluant plutôt en Italie et avec l'équipe olympique américaine. Il fut en fait échangé aux Nordiques en mars 1992 mais termina l'année en Italie avant de venir à Québec à l'automne.
 
Mais pour le remplacer, notons la présence du jeune Shawn McEachern qui célébra en grande sa première saison recrue dans la LNH avec rien de moins qu'une bague et son nom gravé. Il avait obtenu 9 points en 19 matchs durant les séries.

Mais, comme choix de joueur élu de style «LVEUP» pour cette édition, je n'ai d'autre choix que d'y aller pour trois joueurs avec la «Muskegon Line» composée de Jock Callander, Dave Michayluk et Mike Needham, soit une des meilleurs histoires feel-good de l'époque et un classique des histoires de ligues mineures.


Jock Callander au centre avec la coupe et entouré de Mike Needham (premier en haut à gauche)
et Dave Michayluk (à gauche de Mario Lemieux).



Comme en 1991, les Penguins réussirent à se rendre jusqu'au bout malgré plusieurs blessures dans leur alignement. Si en 1991 c'était principalement les gardiens qui étaient éclopés, en 1992 il s'agissait plutôt des attaquants. 

Mario Lemieux par exemple, eut à rater six matchs durant les séries. Rick Tocchet et Bob Errey en manquèrent sept chacun, tandis que Joe Mullen ne put jouer que 9 matchs.

C'est quand même bien quand tu as des Jagr, Francis, Bryan Trottier et Kevin Stevens pour (grandement) compenser, mais au final, tu as souvent besoin de profondeur et de «grinders» en séries, et c'est ici que la «Muskegon Line» est entrée dans la légende.
 
Callander, Michayluk et Needham évoluaient tous avec le club-école, les Lumberjacks de Muskegon dans la IHL. Callander et Michayluk sont d'ailleurs parmi les meilleurs joueurs de l'histoire de cette ligue et formaient un duo redoutable depuis plusieurs saisons. Cependant, ils n'avaient jamais réussi à percer la LNH malgré quelques flashs au cours des années pour Callander, le meilleur des trois. Mais même ce dernier n'avait pu être rappelé ne serait-ce qu'un seul match durant la saison régulière, et il croyait même que son tour ne reviendrait jamais et était content de demeurer dans la IHL. 
 
Pour sa part, Mike Needham était un choix de 1989 qui n'avait encore disputé aucun match dans la LNH, tandis que le dernier match Michayluk remontait à novembre 1982 avec les Flyers!

Donc, le coach Scotty Bowman rappela les trois joueurs tour à tour, eux qui évoluaient sur la même ligne à Muskegon. Il décida de les garder ensemble la plupart du temps, voulant garder leur chimie. Cependant, Callander joua 12 matchs (4 points), contre 7 pour Michayluk (2 points) et 5 pour Needham (1 point).


 

Pendant ce temps, les normalement puissants Lumberjacks de Muskegon écopèrent puisque sans leurs 3 gros canons, ils s'inclinèrent en finale de la IHL. 

Mais la «Muskegon Line» put voir ses joueurs avoir leurs noms gravés sur le précieux trophée en 1992. Cependant, en réalité, seulement Callander et Michayluk se qualifiaient officiellement pour recevoir ce privilège alors qu'ils avaient disputé au moins un match en finale. Les cinq matchs de Needham eurent tous lieu avant la finale mais il continua à accompagner l'équipe jusqu'à la fin. 

L'équipe fit toutefois la demande auprès de la ligue pour avoir le trio au complet sur le trophée.
 
En plus, pour continuer dans la thématique, les trois ont été gardés ensemble sur la même ligne:



En fait, les Penguins ont aussi fait pression pour inclure un autre joueur qui ne se qualifiait pas, soit Jeff Daniels, lui qui avait seulement joué deux matchs en saison et aucun en séries.

L'édition de 1992 des Penguins avait aussi établi un record à ce moment en incluant 31 joueurs et 21 membres du staff. En conséquence, aucun titre (président, coach, propriétaire etc.) ne fut gravé, seulement le prénom et nom de famille. Seulement Mario Lemieux eut droit à avoir la mention «Capt.».

Du coté du staff, les Penguins de 1992 firent également la demande pour graver le nom de leur ancien coach, Bob «Badger» Johnson, celui qui les avaient mené à la conquête l'année précédente avant de décéder subitement d'un cancer du cerveau en novembre 91. 

Gilles Meloche et Rick Kehoe, dont j'ai parlé dans l'édition de 1991, étaient toujours fidèles au poste en 1992, comme beaucoup d'autres. Seulement, comme l'édition 1992 put comprendre plus de noms, plusieurs autres membres du staff qui étaient présents en 1991 sans pouvoir avoir leur nom gravé, purent l'avoir en 1992. C'était le cas des recruteurs Pierre McGuire, Ralph Cox, Charlie Hodge et Les Binkley.

McGuire, vous le connaissez pour son travail à la télé ainsi que son bref passage comme entraineur-chef des Whalers en 1993-94. Charlie Hodge est bien sûr l'ancien gardien du Canadien, des Seals et des Canucks et Les Binkley était le premier gardien numéro un de l'histoire des Penguins, jouant avec l'équipe de 1967 à 1972 avant de migrer dans l'AMH. 

Cependant comme choix «LVEUP» j'ai choisi Ralph Cox. Son nom m'était familier sans que je me rappelle de où. Si vous avez vu le film «Miracle», vous vous souvenez peut-être de lui, il s'agit du dernier joueur retranché par Herb Brooks en vue des Olympiques de 1980.

Choix de 7e ronde des Bruins en 1977, Cox ne s'est jamais rendu à la LNH. En fait, il a à peine joué une trentaine de matchs dans les ligues mineures entre 1980 et 1984, passant le reste du temps dans la SM-Liiga. Il prit sa retraite en 1985 et c'est en 1989 qu'il devint recruteur chez les Penguins.

S'il n'a pas pu faire partie de l'équipe «Miracle», il peut toutefois se vanter d'avoir deux bagues de la coupe, dont celle de 1991 obtenue contre son ancien coéquipier Neal Broten des North Stars.

Cox demeura en poste à Pittsburgh jusqu'en 1999 et n'a jamais plus retravaillé dans le hockey depuis, se concentrant plutôt dans l'immobilier.

Avec leur conquête de 1991, les Penguins avaient rempli le dernier espace sur la 5e grande bande de la Coupe Stanley. Comme la LNH ne voulaient plus en rajouter d'autres pour éviter d'agrandir davantage le trophée, un ancien problème d'ailleurs dans les années 30-40, il fut décider de retirer la première bande contenant les champions de 1927-28 à 1939-40 au profit d'une nouvelle. L'ancienne bande est depuis ce temps au Temple de la renommée.

Depuis ce temps, à chaque 13 saisons (chaque bande pouvant contenir 13 équipes championnes), une bande est retirée et remise au Temple. La plus récente bande à subir ce sort fut en 2018 lorsque les Capitals devinrent champions. On retira alors la bande contenant les champions de 1953-54 à 1964-65, faisant en sorte de faire disparaître plusieurs noms illustres comme ceux de Maurice Richard et Gordie Howe... c'est la vie.

C'était donc les histoires de la Coupe de 1992. On se revoit avec une édition familière en 1993...




mercredi 3 avril 2024

Clarence Campbell






Ce texte a d'abord été publié comme texte inédit dans notre livre «Le meilleur de La vie est une puck» en 2022. Ce livre est désormais épuisé mais demeure toujours disponible en format digital (eBook).


Étudiant brillant, ­Clarence ­Campbell gradua de la faculté de droit de l’Université de l’Alberta en 1924, avant de décrocher la prestigieuse bourse ­Rhodes, qui lui permit d’étudier à l’Université Oxford. Pendant son séjour en ­Angleterre, il fit partie de l’équipe de hockey de son université, en plus de travailler comme arbitre. Il fut également arbitre de crosse lors des ­Jeux olympiques de 1928 à Amsterdam, alors que ce sport était en démonstration. À son retour au ­Canada, en pleine dépression économique, il se trouva un boulot au sein d’une firme d’avocats d’Edmonton, tout en continuant à arbitrer. Il monta les échelons, jusqu’à être engagé par la ­LNH en 1936. C’est lui qui arbitra en 1937 ce qui s’avéra le dernier match de ­Howie ­Morenz, qui s’infligea une fracture de la jambe qui dégénéra et qui finit par l’emporter.

Pendant les séries de la même année, ­Campbell fut au cœur d’une controverse. Alors qu’il avait laissé le climat se détériorer, la marmite explosa à deux minutes de la fin d’un match. Dit Clapper, un joueur des ­Bruins qui n’avait pas l’habitude des coups salauds, coupa ­Dave Trottier des ­Maroons près de l’œil. Ne semblant pas encore satisfait, il lui asséna alors un ­double-échec pour ensuite se jeter sur lui. Campbell empoigna ensuite ­Clapper pour les séparer, mais ce dernier répliqua en frappant solidement l’officiel ­au-dessus de l’œil. Un spectateur lança ensuite une bouteille en sa direction, mais ­celle-ci aboutit sur la nuque de ­Herb ­Cain, qui s’écrasa sur la glace. Clapper s’en tira avec seulement cinq minutes de pénalité, que le président de la ligue Frank ­Calder n’augmenta que d’une amende 100 $.

En 1939, pour un bâton élevé à l’endroit de ­Red ­Horner des ­Leafs, ­Campbell ne décerna qu’une pénalité mineure. Ceci mit ­Conn ­Smythe, le propriétaire des ­Leafs, complètement hors de lui. Il entra donc en campagne contre ­Campbell auprès de ­Frank ­Calder et des autres propriétaires de la ligue. Smythe obtint satisfaction et le contrat de ­Campbell ne fut pas renouvelé. Il continua toutefois à travailler dans le bureau de ­Calder. Il mentionna plus tard que son travail d’arbitre l’avait préparé pour son poste de président de la ligue, puisqu’il s’était habitué à être constamment contesté.

Lorsque la guerre éclata, ­Campbell s’enrôla dans l’armée. À la fin des hostilités, il avait gradué jusqu’au titre de ­lieutenant-colonel. Combinant son expérience militaire à sa formation d’avocat, il demeura un peu en ­Europe pour contribuer aux procès pour crimes contre l’humanité. De retour au pays en 1946, ­Red ­Dutton s’empressa de démissionner de son poste de président de la ­LNH pour lui laisser la place. Dutton, entraîneur, ­directeur-gérant, puis propriétaire des Americans de ­New ­York / ­Brooklyn, équipe dont les activités avaient été suspendues en 1942, avait accepté à reculons le poste suite au décès subit de ­Frank ­Calder en 1943. Les ­Americans étaient supposés reprendre leurs activités après la guerre, mais lorsque les autres propriétaires revinrent sur leur entente, ­Dutton quitta.

Une des premières mesures que ­Campbell mit en place fut l’instauration du Match des étoiles. Il y avait déjà eu dans le passé des matchs regroupant des joueurs vedettes au bénéfice des familles de joueurs décédés tragiquement ou blessés gravement (Hod Stuart, ­Ace ­Bailey, ­Howie ­Morenz et ­Babe Siebert), mais à partir de 1947, on en fit un événement annuel. À ce moment, la partie avait lieu au tout début de la saison, ce qui fut le cas jusqu’en 1965, et opposait les champions de la ­Coupe Stanley aux étoiles des autres équipes, un format qui fonctionnait bien dans une ligne à six équipes.

Au cours de ses premières années comme président, ­Campbell aida aussi à mettre sur pied un fonds de pension pour les joueurs, bien que pendant longtemps, ­celui-ci n’était pas des plus généreux. Par exemple, en 1969, un ­ex-joueur touchait annuellement, à partir de 65 ans, la somme de 1000 $ pour chaque année jouée dans la ­LNH. Le début du long règne de ­Campbell fut aussi marqué en 1948 par son bannissement à vie de deux joueurs, ­Don Gallinger et Billy Taylor, qui avaient comploté pour parier sur des matchs. Lorsque la suspension fut levée en 1970, ­Campbell était toujours en poste.

 

 
La controverse suivante fut tout aussi monumentale. ­Le 13 mars 1955, une bagarre entre ­Hal Laycoe et ­Maurice Richard dégénéra. Alors que ­Richard était retenu par le juge de ligne ­Cliff Thompson, ­Laycoe en profita pour continuer de le frapper. Voulant se défaire de ­Thompson, le Rocket lui donna un coup de poing. Campbell avait déjà imposé des amendes à ­Richard pour différents incidents mais à chaque fois, le ­Rocket recevait des dons de la population qui dépassaient largement le montant de l’amende. Campbell décida donc de punir ­Richard en le suspendant pour les trois derniers matchs de la saison et l’entièreté des séries éliminatoires.

Cette décision fut non seulement perçue comme un affront au héros du peuple, mais aussi envers tous les ­canadiens-français. Malgré les ­contre-indications de la police et du maire ­Jean Drapeau, ­Campbell insista pour assister au match suivant au ­Forum, ce qui fut perçu par plusieurs comme une provocation. Mais pour lui, ne pas se présenter au match (à l’époque, la ligue avait ses bureaux dans l’édifice ­Sun Life de ­Montréal et ­Campbell habitait ­Ville ­Mont-Royal) aurait été un signe d’abdication. Celui qui se décrivait comme pragmatique y alla même avec sa secrétaire (qui devint plus tard son épouse) et la sœur de ­celle-ci. Une fois à leurs sièges, ils furent accueillis par une pluie de fruits, de ­couvre-chaussures et même une bouteille. Après qu’un jeune lui tendit la main pour ensuite le frapper, le tout dégénéra en ce qui devint l’émeute Maurice ­Richard, que certains associent au début de la ­Révolution tranquille.

L’année suivante, ­Campbell présenta à ­Richard la première de cinq ­Coupes ­Stanley consécutives. Sur un ton paternaliste, ­Campbell a même déjà affirmé que la suspension avait aidé ­Richard, puisqu’il a ensuite cessé de vouloir défier l’autorité et qu’il a ainsi pu mieux comprendre l’importance de se conformer aux règles. 
 
En 1966, alors qu’il était toujours président de la ligue, il fut élu au ­Temple de la renommée. Bien qu’il puisse paraître obséquieux et servile d’honorer ainsi le président en place, il semble que ce soit une coutume de la ­LNH, puisque les présidents subséquents; ­John ­Ziegler, ­Gil ­Stein et ­Gary ­Bettman ont eu droit au même traitement. Après 25 ans de stabilité (certains parleraient plutôt d’immobilisme), c’est finalement en 1967 que ­Campbell donna le feu vert à la grande expansion, alors que la ligue passa de six à douze équipes.

Comme il y avait dorénavant deux divisions de six équipes chacune, les clubs firent don d’un trophée qui porta le nom de Trophée ­Clarence ­Campbell pour être remis aux champions de la division ouest. Lorsqu’on atteignit 18 équipes en 1974 (trois fois plus qu’à peine sept ans plus tôt), on divisa la ligue en deux conférences, dont une fut nommée... Clarence ­Campbell. 
 
C’est donc dire qu’à ce moment, dans un rituel quasi ­nord-coréen, le président et membre du ­Temple de la renommée Clarence ­Campbell remettait le trophée Clarence ­Campbell aux champions de la conférence Clarence ­Campbell. Un artifice équivalent serait tourné au ridicule dans pratiquement n’importe quelle entreprise… La conférence Campbell fut plus tard renommée sous le nom de la ­Conférence de l’Ouest en 1993.

C’est sous son règne qu’eut lieu la ­Série du siècle, première grande rencontre entre les professionnels, qui à ce moment ne pouvaient pas participer aux ­Jeux olympiques ou aux Championnats du monde, et les meilleurs joueurs de l’Union soviétique, qui, bien qu’ils en avaient toutes les caractéristiques, n’avaient pas le statut de professionnel. Il y a toutefois une nuance qu’il faut apporter. Bien que l’équipe qui affronta les ­Soviétiques portait le nom d’Équipe ­Canada, la ­LNH avait un gros mot à dire dans la démarche. Campbell empêcha donc ­plusieurs joueurs, dont Bobby Hull, dont le talent justifiait pleinement leur place au sein de l’équipe, parce qu’ils venaient de signer avec la toute nouvelle Association mondiale de hockey (AMH).

En 1976, un scandale impliquant Campbell éclata mais qui n’avait rien à voir avec le hockey. Le sénateur libéral ­Louis ­Giguère fut accusé de trafic d’influence pour que le gouvernement fédéral prolonge le bail de la concession de la boutique ­hors-taxes à l’aéroport de ­Dorval à la firme ­Sky Shops. Des accusations furent aussi portées contre les trois actionnaires de l’entreprise. Parmi eux, on retrouvait ­Clarence Campbell. Ceci n’entraîna toutefois pas sa démission. Ce n’est qu’en juin 1977 qu’il prit sa retraite. Alors âgé de 71 ans, son règne de 31 ans fut le plus long parmi les présidents/commissaires des ligues professionnelles majeures d’Amérique du ­Nord. Selon Campbell, sa longévité est due au fait qu’à partir de 1967, en raison de l’état de crise ­quasi-constant (expansions, franchises instables, arrivée de l’AMH, montée de la violence, etc.), il a été incité à demeurer plus longtemps.

Si ­Giguère fut finalement acquitté et qu’un des associés de ­Campbell mourut avant de faire face à la justice, c’est finalement en 1980 que ­Campbell et son autre associé furent reconnus coupables d’avoir conspiré pour remettre 95 000 $ à ­Giguère (qui a pourtant été acquitté) dans le but d’obtenir la prolongation du bail. Il fut finalement condamné à un jour de prison et à une amende 25 000 $. Toutefois, à ce moment, il souffrait déjà de problèmes pulmonaires.

C’est finalement en 1984, à l’âge de 78 ans, qu’il est décédé des conséquences d’une pneumonie. Ironiquement, celui qui n’a jamais été reconnu pour ses sympathies envers les canadiens-français est décédé un 24 juin…


Sources :

"Maroon in Great Display to Defeat Boston Squad, 4-1" et "Sports Parade" de D.A.L. MacDonald, March 24, 1937, Montreal Gazette, page 14;

"Les Maroons déclassent les Bruins, 4-1" de Horace Lavigne, 24 mars 1937, La Patrie, page 20;

"Clapper paiera finalement l’amende", 26 mars 1937, La Patrie, page 52;

"The strange forces behind THE RICHARD HOCKEY RIOT" de Sydney Katz, September 17, 1955, MacLean’s (archive.macleans,ca);

"A Fitting Fight For St.Pat" de Stan Fischler, April 22, 1968, Sports Illustrated (vault.si.com);

"Clarence Campbell", March 1, 1969, MacLean’s (archive.macleans.ca);

"Heirs of Judge Landis" de Frank Deford, September 30, 1974, Sports Illustrated (vault.si.com);

"A government under influence" de Ian Urquhart, May 17, 1976, MacLean’s (archive.macleans.ca);

"It’s official: owner Zeigler (sic) takes over from Campbell" d’Al Strachan, June 23 1977, Montreal Gazette, page 27;

"Respiratory ailment hospitalizes Campbell", CP, January 27, 1979, Montreal Gazette, page 51;

"Sky-shops: Campbell coupable", PC, 9 février 1980, Le Soleil, page A3;

"Clarence Campbell Is Dead At 78; President Of N.H.L. For 31 Years" de Sam Goldaper, June 25, 1984, New York Times (nytimes.com);

"Clarence Campbell : 1905-1984", 26 juin 1984, La Presse, page S4;

"U of A alumnus’ name carried on in NHL history" de Ileren Byles, June 9, 2006, Folio Focus (sites.ualberta.ca);

"Clarence Campbell, NHL president, was a man with many hats" de Kevin Mitchell, June 1, 2017, Saskatoon Star-Phoenix (thestarphoenix.com);

"One on One with Clarence Campbell" de Kevin Shea, 18 March 2011, Hockey Hall of Fame (hhof.com);

"Mayor Drapeau tried to prevent 1955 Richard Riot – but Clarence Campbell would not listen" de Kate McKenna, December 30, 2019, CBC News (cbc.ca);

wikipedia.org.