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mercredi 26 juin 2024

Gene Carr





Ce texte a d'abord été publié comme texte inédit dans notre livre «Le meilleur de La vie est une puck» en 2022. Ce livre est désormais épuisé mais demeure toujours disponible en format digital (eBook).


Fils d’un joueur de hockey qui avait joué cinq matchs avec les ­Leafs dans les années 1940, Gene ­Carr avait un coup de patin remarquable, un style flamboyant en plus d’un potentiel offensif qui suscitait la convoitise. Lors du repêchage de 1971, l’attention fut évidemment portée vers ­Guy Lafleur, choisi premier par ­Montréal, et ­Marcel Dionne, deuxième par ­Détroit. Au troisième rang, les ­Canucks se tournèrent vers le défenseur ­Jocelyn ­Guèvremont avant que les Blues ne choisissent ­Carr avec la quatrième sélection. Il fut ainsi sélectionné devant son coéquipier avec les Bombers de ­Flin ­Flon, Chuck Arnason, choisi 7e par ­Montréal, même si ce dernier avait accumulé 163 points, 59 de plus que Carr. Le potentiel de ­Carr était tel que ­Claude Ruel l’aurait apparemment préféré à ­Dionne si les Canadiens n’avaient pas repêché au premier rang.
 
Les ­Blues étant à ce moment une équipe plutôt instable, ils échangèrent ­Carr après seulement 15 matchs dans leur uniforme. Le ­directeur-gérant des ­Rangers, ­Emile ­Francis, avait vu ­Carr lui glisser entre les mains au repêchage et voulait corriger le tir. Il envoya alors à ­St-Louis ­Mike Murphy, ­André ­Dupont et Jack ­Egers en retour de ­Wayne ­Connelly, Jim ­Lorentz et ­Carr. N’ayant pas de place pour lui au centre, les ­Blueshirts l’employèrent principalement à l’aile gauche où il n’eut pas vraiment l’occasion de se mettre en valeur, en plus d’être victime de plusieurs blessures. Malgré son bon coup de patin, il s’avéra que ­Carr manquait de finition et n’avait pas la touche du marqueur. Considérant les attentes à son endroit, il devint une tête de ­Turc des impitoyables partisans new yorkais.



Le 15 novembre 1973, ­Carr et ­Mike ­Murphy prirent un taxi qui fut impliqué dans un sérieux accident de la route qui leur laissa à chacun une sérieuse commotion. Après avoir raté plusieurs matchs, ­Carr fut échangé aux ­Kings en février 1974 contre un choix de première ronde au repêchage de 1977, qui deviendra ­Ron ­Duguay.

Dans sa nouvelle ville, il y avait toujours de grandes attentes envers ­lui, bien qu’il y avait moins de pression qu’à ­New ­York. Et sur la glace, ses boucles blondes qui virevoltaient dans l’uniforme doré des ­Kings firent de lui l’un des favoris de la foule. Lors d’une entrevue pour la radio, on lui demanda quel était son groupe de musique préféré. Il mentionna alors des nouveaux venus dans le domaine, les Eagles. Il s’avéra que ­leur chanteur ­Glenn ­Frey était à l’écoute. Originaire de ­Détroit, ­Frey était un fan de hockey et prit contact avec lui. Il en découla une grande amitié. En plus de porter son chandail lors de certains concerts, ­Frey fit entrer ­Carr dans le cercle du jet set californien, où il rencontra entre autres ­Joe ­Walsh, ­Linda ­Ronstadt et ­Elvis.

En plus, ­Frey s’inspira de l’histoire de ­Carr, celle de quelqu’un qui arrive dans une nouvelle ville et envers qui il y a de grandes attentes, pour composer ce qui deviendra l’un des plus grands succès des Eagles, ­«New ­Kid ­In ­Town».





Toutefois, l’histoire se répéta pour ­Carr à ­Los ­Angeles. Relégation au troisième ou quatrième trio, attentes déçues, blessures, etc. De plus, il y avait une grande animosité entre lui et son entraîneur, ­Bob Pulford. Pour sortir de cette situation fâcheuse, il eut recours à son agent, qui représentait également les ­Eagles. ­Celui-ci exigea alors aux ­Kings d’échanger ­Carr, sans quoi les ­Eagles ne joueraient plus au Forum d’Inglewood, en banlieue de L.A. C’est finalement le 1er novembre 1977 que ­Carr fut exaucé, alors qu’il fut échangé avec ­Dave «The Hammer» Schultz aux ­Penguins en retour de ­Syl Apps Jr. et du gendre de ­Bernard ­Geoffrion, ­Hartland ­Monahan.

C’est finalement dans la ville de l’acier que ­Carr répondit quelque peu aux espoirs placés en lui, alors qu’il récolta 17 buts (en plus des deux qu’il avait marqué avec les ­Kings) et 37 passes pour 56 points. Voulant capitaliser sur ces bonnes statistiques finalement obtenues, lorsqu’il devint autonome à la fin de la saison, il signa un contrat de trois ans pour 300 000 $ (une très coquette somme à l’époque) avec les Flames d’Atlanta. Ce fut toutefois une grave erreur des Flames.

L’année débuta sur un autre accident de la route où il bousilla sa nouvelle ­Mercedes. Sur la glace, ses performances retournèrent au point de départ et l’usure des blessures continua à faire son œuvre. Il ne joua que 30 matchs avec les ­Flames et fut éventuellement assigné aux Oilers de ­Tulsa de la ­Ligue centrale.

À l’été 1979 eut lieu le repêchage d’expansion pour annexer les quatre clubs survivants de l’AMH. La LNH ne fit pas de cadeau à ces nouveaux venus et les conditions d’admission furent difficiles. 
 
Parmi les joueurs à sélectionner, il y avait une grande quantité de mauvais contrats dont les équipes en place voulaient se débarrasser. Il y avait évidemment celui de ­Carr parmi ­ceux-ci. John Ferguson, alors ­directeur-gérant des ­Jets de Winnipeg, fut le dernier à parler. Pour ses deux dernières sélections, il se contenta de dire, plutôt dépité, qu’il prenait les deux derniers, sans même nommer ­Carr et ­Hilliard ­Graves, un joueur marginal des Canucks. Carr ne joua jamais avec les ­Jets, ni pour aucune autre équipe d’ailleurs.

En 465 matchs, il marqua 79 buts (24 % durant sa seule saison 1977-78) et amassa 136 passes, pour un total de 215 points.

Il retourna alors en ­Californie, où il travailla dans les studios hollywoodiens comme coordonnateur de transport pendant 24 ans. Toutefois, ses trois opérations au cou, six au dos, deux aux genoux et un remplacement d’une hanche laissèrent des traces et il dut se déplacer avec une canne, puis des béquilles et éventuellement un fauteuil roulant. Il put toutefois bénéficier d’un traitement expérimental aux cellules souches en 2015 pour l’aider un peu.

Après avoir finalement pris sa retraite, il est décédé en décembre dernier, à l'âge de 72 ans, des complications d'une opération au dos.

Sources :

"Sam’s shrewdness, Ruel lore’s pay off" de Pat Curran, June 11, 1971, Montreal Gazette, pages 17, 20,

"Four Rangers traded for three Blues", AP, November 16, 1971, Montreal Gazette, page 13,

"Grundman sert les ouïes à Marcel Aubut" de Claude Larochelle, 14 juin 1979, Le Soleil, pC2,

"Former NHLer Gene Carr and other ex-athletes offered a clean bill of hope" d’Allan Maki, November 6, 2015, The Globe and Mail (globeandmail.com),

"The new kid in town is back" de Charlie Hodge, June 10, 2017, Kelowna Capital News (kelownacapnews.com),

"Carr dies at 72, played 465 NHL games for 5 teams", December 14, 2023 (nhl.com),

hockeydraftcentral.com, wikipedia.org.

mercredi 12 juin 2024

Benny Grant

 


 

Ce texte a d'abord été publié comme texte inédit dans notre livre «Le meilleur de La vie est une puck» en 2022. Ce livre est désormais épuisé mais demeure toujours disponible en format digital (eBook). 


Le 20 février 2022, ­Andrew ­Hammond a pu effectuer un retour dans la ­LNH, après un exil de quatre ans, lorsqu’il fut acquis par les ­Canadiens de ­Montréal. Encore mieux, il a pu s’offrir une première victoire depuis le 9 avril 2016, soit un écart de 2 143 jours. On retrouve sept autres gardiens dans l’histoire de la ­LNH qui ont dû attendre plus longtemps que ­Hammond entre deux victoires. Il y a entre autres ­Michael ­Leighton (2 159 jours), ­Kay ­Whitmore (2 395 jours) et ­Roberto ­Romano (2 579 jours). Ce n’est rien cependant comparativement au meneur de cette liste.

Né à ­Owen ­Sound en ­Ontario le 14 juillet 1908, ­Benjamin ­Cameron Grant put jouer régulièrement à l’aréna d’Owen ­Sound car son père en était le gérant. Il joignit les ­rangs des ­Greys de sa ville natale dans la OHA, lors de la saison ­1924-25, mais dut attendre jusqu’en ­1926-27 pour finalement obtenir le poste de gardien titulaire de l’équipe. 

En 16 parties, il récolta 12 victoires, dont deux par blanchissage, avant de mener les ­Greys jusqu’au championnat de la coupe ­Memorial.


Il rejoignit ensuite les ­Panthers de ­London de la ­Canadian ­Professionnal ­Hockey ­League pour la saison suivante, mais ses droits furent échangés au ­Maple ­Leafs de ­Toronto en janvier 1928, contre une somme d’argent. Cette signature servait en fait à combler une rare absence de ­Lorne ­Chabot, gardien titulaire des ­Leafs. Grant fut d’office pour trois matchs à ­Toronto, ne récoltant qu’une victoire.

À une époque où les équipes de la ­LNH n’employaient qu’un seul gardien, ­Grant ne put vraiment s’établir. Mais ­Conn ­Smythe, propriétaire des ­Maple ­Leafs, ne voulait pas le perdre au profit d’une autre équipe et décida de le garder dans l’organisation pour les entrainements. Sa présence permettait d’avoir un remplaçant compétent lorsque ­Lorne ­Chabot devait s’absenter. Smythe se permettait de le prêter à d’autres équipes au besoin, contre une somme d’argent bien entendu. Ainsi, lors de la saison ­1929-30, ­Grant prit la place devant le filet des ­Americans de ­New ­York en remplacement de ­Roy ­Worters. Il y disputa sept matchs, remportant trois victoires.

Voulant garder son auxiliaire actif, ­Smythe prêta ­Grant aux ­Tigers de ­Boston de la ­Canadian-American ­Hockey ­League en ­1930-31 et aux ­Stars de ­Syracuse la ­IHL lors des deux saisons suivantes.

N’étant maintenant plus la propriété des ­Maple ­Leafs, qui comptaient désormais sur les services de ­Turk ­Broda, il retourna dans la ligue « ­Can-Am », d’abord avec les ­Cubs de ­Boston, ensuite les ­Arrows de ­Philadelphie, les ­Eagles de ­New ­Haven et les ­Indians de ­Springfield. Ces derniers migrèrent dans la ­AHL en 1936, avec ­Grant comme principal gardien. Il resta avec l’équipe jusqu’en 1941, pour ensuite rejoindre les ­Saints de ­Saint ­Paul de l’American ­Hockey ­Association. Il y joua deux saisons et prit sa retraite au printemps 1942, même s’il venait d’être élu sur la première équipe d’étoiles de l’AHA.

Benny Grant, dernier à droite de la 3e rangée, lors de la saison 1929-30 où il joua 7 matchs avec les Maple Leafs.


Un an plus tard, alors qu’il était de retour dans sa ville natale et travaillait pour ­Imperial ­Oil, ­Benny Grant assista comme spectateur au camp d’entraînement des ­Maple ­Leafs qui se déroulait à ­Owen Sound. Lorsque l’entraîneur-chef (et natif d’Owen ­Sound) ­Clarence "Hap" ­Day aperçut ­Grant, il lui offrit de revenir au jeu car les ­Leafs étaient en manque de gardiens compétents, dû à l’enrôlement de Turk ­Broda pour la ­Deuxième ­Guerre ­mondiale.

Grant refusa d’abord, prétextant qu’il avait un bon travail, mais il lui indiqua qu’il allait quand même demander à son patron s’il pouvait avoir congé sans solde pour la saison de hockey. Suite au refus de ce dernier, ­Grant avisa ­Hap ­Day qu’il ne pourrait accepter l’invitation. Mais quelques jours plus tard, Grant fut brusquement transféré aux bureaux de ­Toronto de la compagnie. Une fois sur place, il se fit indiquer que son lieu de travail se trouvait au 50 ­Carlton ­Street, ce qui se trouve à être le ­Maple Leaf Gardens.

L’Imperial ­Oil ­Company appartenait à ­Esso. Ces derniers étaient un commanditaires de la radio qui diffusait les matchs des ­Maple ­Leafs à l’époque. Lorsque les dirigeants apprirent que les ­Leafs avaient besoin de ­Grant, ils firent en sorte de libérer ce dernier.

Grant rejoignit donc ses nouveaux coéquipiers et disputa finalement 20 autres matchs avec les ­Maple ­Leafs. Il en remporta neuf, dont le premier le 30 octobre 1943, soit 3 609 jours (presque 10 ans) depuis sa dernière victoire dans l’uniforme des ­Americans de ­New ­York, eux qui n’existaient même plus à ce moment. Grant fut de nouveau prêté à une autre équipe, les ­Bruins de ­Boston en mars 1944, en l’absence de ­Bert ­Gardiner. Il affronta ses coéquipiers des ­Leafs, contre qui il subit une défaite de ­10-2, dans ce qui fut sa dernière partie en carrière.

Il retourna à ­Owen ­Sound travailler pour l’Imperial ­Oil. Il est décédé le 20 juillet 1991.




mercredi 29 mai 2024

Les grands voyageurs #13 - Paul Vincent




 

Ce texte a d'abord été publié comme texte inédit dans notre livre «Le meilleur de La vie est une puck» en 2022. Ce livre est désormais épuisé mais demeure toujours disponible en format digital (eBook).



S’il y a une série que j’adore particulièrement écrire sur le blogue, c’est bien celle des « grands voyageurs ». J’adore parler de ces « journeymen », comme le légendaire ­Mike Sillinger, titulaire du record de la ­LNH pour avoir joué avec 12 équipes. Ces joueurs sont toujours les sujets d’intéressantes histoires folkloriques, que ce soit par leur mode de vie nomade, les nombreuses équipes et ligues où ils ont joué ou bien ces histoires de marathons de matchs successifs. ­Mais parfois, on tombe sur des histoires plus troublantes qui viennent nous chercher. Le genre d’histoire à faire pleurer, comme moi durant mes recherches initiales pour ce texte.

Paul ­Vincent est né le 5 janvier 1975 à ­Utica dans l’état de ­New ­York. Costaud joueur de centre de 6’5’’ et 200 lb avec un certain flair offensif, il fut choisi par les ­Maple ­Leafs de ­Toronto en sixième ronde du repêchage de 1993 après une saison passée à l’école préparatoire ­Cushing ­Academy au ­Massachusetts. Il évolua quelques saisons dans le système des ­Maple ­Leafs, mais comme bon nombre d’espoirs, il ne se rendit jamais dans la ­LNH. Il débuta plutôt un long parcours avec un nombre impressionnant d’équipes dans pratiquement toutes les ligues professionnelles possibles ­d’Amérique du ­Nord et d’Europe.

Lorsqu’on découvre les histoires de ces joueurs nomades, on est d’abord amusé puis étourdi par tant de mouvement. On pense premièrement que ce ne doit pas être facile de vivre une existence aussi instable à trimbaler ses valises d’une ville à l’autre. Difficile de fonder une famille et d’en rester proche par exemple. On se dit toutefois que l’amour du jeu l’emporte sur tout et qu’il y a toujours pire dans la vie. Mais dans le cas de ­Paul ­Vincent, il y a effectivement eu pire et le mode de vie précaire de joueur de hockey n’était vraiment pas si terrible, considérant la manière dont sa vie a commencé.




Comme je vous le disais, ­Vincent est né le 5 janvier 1975 à ­Utica. Cependant, il ne s’agit pas de son vrai nom. Son prénom serait plutôt ­Tyrone et on ignore son vrai nom de famille. Sa mère était d’origine raciale mixte et son père était blanc. Alors qu’il n’était âgé que de six mois, sa mère l’abandonna dans la rue. Selon lui, c’était parce que sa peau n’était pas assez foncée, une source de honte pour sa mère. Son frère ainé ­Curtis­, âgé de seulement quatre ans, s’enfuit alors de la maison pour le secourir. 

Les deux jeunes frères, dont un encore trop jeune pour marcher, vécurent dans la rue, squattant des immeubles abandonnés et mangeant dans les poubelles. Le jeune ­Tyrone aurait même été suffisamment affamé pour avoir à se rabattre sur des écailles de peinture. Des docteurs émirent plus tard l’hypothèse que cette peinture devait contenir du plomb, ce qui lui aurait causé des déficiences de développement et d’apprentissage. Ils ont vécu environ six mois dans ces conditions terribles avant d’être enfin recueillis par les services sociaux. Ils passèrent ensuite trois ans dans un orphelinat de ­Boston pour être finalement tous les deux adoptés par ­Paul ­Vincent ­Sr. et sa femme ­Sylvia.

Vous comprenez alors que l’inaccessible ­LNH et les nombreux voyages en autobus ne sont vraiment pas des tragédies pour lui. Dans une rare entrevue accordée au ­Augusta ­Chronicle en 2001, ­Vincent déclara que d’être abandonné par sa mère fut probablement la meilleure chose qui lui soit arrivé. S’il était resté dans cette famille, il croit qu’il aurait abouti dans un gang de rue ou qu’il aurait été davantage maltraité par sa mère. 

Mais au lieu de ça, il a rejoint une famille aimante et fut rebaptisé du nom du père, soit ­Paul ­Vincent ­Jr. Le paternel était le fondateur d’une des meilleures écoles de patinage aux ­États-Unis et fut longtemps entraîneur dans la ­NCAA pour ­Boston ­College et la ­Rensselaer ­Polytechnic Institute. Il quitta momentanément ses fonctions dans les années 90 alors que sa femme était malade (elle mourut en 1997) mais revint par la suite comme entraîneur en perfectionnement du patinage à l’emploi du ­Lightning, des ­Bruins, ­des ­Blackhawks et plus récemment des ­Panthers.

Paul Vincent Sr. comme assistant entraineur à Chicago


C’est dans ce meilleur environnement que le jeune ­Paul ­Vincent ­Jr. apprit rapidement à patiner et il se révéla qu’il était un naturel. Il connut toutefois des difficultés d’apprentissage et il misa tout sur le hockey en abandonnant son collège privé après sa sélection au repêchage pour joindre les ­Thunderbirds de ­Seattle de la ­WHL en vue de la saison ­1993-94.

Il fit ses débuts professionnels l’année suivante lors de deux matchs avec les ­Maple ­Leafs de ­Saint-Jean de ­Terre-Neuve mais revint rapidement avec les ­Thunderbirds qui l’échangèrent peu après aux ­Broncos de Swift Current. Il termina au quatrième rang de la ­WHL avec 59 buts cette ­saison-là. Il joua ensuite pour les ­IceCaps de ­Raleigh dans la ­ECHL en ­1995-96 en plus d’une dizaine de matchs à ­Saint-Jean de ­Terre-Neuve. Malgré une récolte de points raisonnable, il joua ses derniers matchs dans l’organisation des ­Leafs en ­1996-97 sans jamais vraiment s’attirer la faveur du grand club, passant la majorité de la saison avec les ­Rivermen de ­Peoria.

C’est ainsi que son parcours nomade débuta, parcours parmi les plus impressionnants que j’aie vu jusqu’à maintenant. Et j’en ai vu une bonne batch. Après avoir constaté cette enfance tragique, je crois approprié de lui rendre justice et décortiquer son admirable parcours dans plusieurs villes secondaires d’Amérique du ­Nord. C’est en prime un voyage rétro dans plusieurs ligues défuntes et obscures avec tout plein d’équipes aux noms les plus débiles les uns que les autres, chose que j’adore particulièrement. ­Concentrez-vous ici parce qu’il y aura beaucoup de villes, de statistiques et d’abréviations de ligues...

Il rejoignit d’abord la ­United ­Hockey ­League (UHL) en ­1997-98, saison qu’il partagea entre trois villes (­Winston-Salem, ­Flint et ­Saginaw). Le scénario se répéta avec trois autres clubs en ­1998-99, d’abord les ­K-Wings du ­Michigan (IHL) suivi d’un saut dans une autre ligue, la ­Western ­Professionnal ­Hockey ­League (WPHL) avec les ­Ice ­Pirates de ­Lake ­Charles et les ­Jackalopes d’Odessa.

Autre saison, trois autres clubs pour ­Vincent en 1999‑2000 avec cinq matchs dans la ­AHL à ­Hershey et cinq autres dans la IHL à ­Kansas ­City. Il passa toutefois la majorité de la saison avec son club de l’année précédente à ­Odessa où il obtint 42 buts en 42 matchs, sa meilleure production à vie.

Il revint dans la ­ECHL en ­2000-01 avec les ­Lynx d’Augusta et les ­RiverBlades d’Arkansas pour ensuite faire un arrêt dans la ­Central ­Hockey ­League (CHL) avec les ­Outlaws de ­San ­Angelo pour la saison ­2001-02. Retour à son pattern de trois équipes en ­2002-03, cette fois dans trois ligues différentes ; les ­Barracudas de ­Jacksonville dans la ­Atlantic ­Coast ­Hockey ­League (ACHL), les ­River ­Otters du ­Missouri (UHL) et aussi sa première incursion en ­Europe avec les ­Boretti ­Tigers d’Amsterdam où il remporta le championnat de la ligue des ­Pays-Bas.

Ensuite, ça ne fait que devenir plus étourdissant. En ­2003-04, il joua pour cinq clubs dans trois ligues. D’abord un retour dans la ­ECHL pour la millième fois avec ­Augusta et les ­Everblades de la ­Floride. Il fit ensuite partie de ces quelques chanceux à avoir joué dans la très éphémère ­WHA2, une ligue ­semi-pro qui devait servir de base comme ligue de développement pour une nouvelle version de l'AMH  mais qui fut très rapidement dissoute. Vincent joua pour deux clubs de cette ­« ­semi-ligue », les ­Loggerheads de ­Lakeland et les ­Slammers de l’Alabama. 

On eut également la chance de l’avoir parmi nous au ­Québec avec sa cinquième formation de l’année, le ­Mission de ­St-Jean de la ­Ligue de ­Hockey ­Senior ­Majeur du ­Québec (LHSMQ), ancêtre de la ­LNAH. Il demeura au ­Québec en ­2004-05 avec le ­RadioX de ­Québec et les ­Dragons de ­Verdun en plus de retourner pour un match dans la ­UHL avec les ­IceHogs de ­Rockford. Il passa ensuite dans une nouvelle ligue, la ­Southern ­Professionnal ­Hockey ­League (SPHL), avec une des équipes au nom les plus délicieusement épicés de l’histoire, les ­FireAntz de ­Fayetteville. Non, ce n’est pas une faute de frappe, c’est bien ­FireAntz avec un « Z ».

En ­2005-06, il revint dans la ­CHL pour une dizaine de matchs avec les ­Ice ­Bats d’Austin et les ­Steelhounds de ­Youngstown. Il s’agissait toutefois de son chant du cygne dans les circuits mineurs ­nord-américains car il quitta le ­Sud profond pour le club de ­Trondheim en ­Norvège. Il joua ensuite de 2006 à 2012 pour quatre clubs en six saisons, principalement dans la ligue des ­Pays-Bas. Ces équipes n’ont certes pas des noms aussi exotiques que les clubs sudistes de la ­SPHL et autres ­WHA2 mais je crois qu’il s’agit d’un différent type d’exotisme avec différents enchaînements de voyelles et de consonnes.



­Il joua dans l’ordre pour les ­Amstel ­Tijgers, ­HYS ­The ­Hague, ­Eindhoven ­Kemphanen ainsi que les superbement nommés ­« ­A6.NL ­Heerenveen ­Flyers »­... On dirait davantage une section de formulaire qu’un nom d’équipe de hockey. Il joua aussi quelques matchs en ­Norvège à travers tout ça. Il prit sa retraite après la saison ­2011-12, mais demeura aux ­Pays-Bas comme ­assistant-entraîneur en deuxième division hollandaise en plus d’entraîner l’équipe des ­M18 et ­M20. Il s’établit par la suite en ­Belgique comme ­entraîneur-chef du ­HYC ­Herentals, également dans cette ligue des ­Pays-Bas, où il reprit même du service comme ­joueur-entraîneur durant quatre matchs en ­2014-15. Il fut ensuite entraîneur des ­Bulldogs de ­Liège dans la ligue du ­Bénélux, formée de l’union des ligues hollandaise et belge, où il rechaussa encore les patins pour quelques matchs.

Au final, ­Paul ­Vincent aura donc joué professionnellement pour 26 équipes en ­Amérique du nord dans 10 ligues différentes et pour huit autres équipes en ­Europe. En regardant de plus près, je crois qu’il est un des seuls à avoir joué dans toutes les principales ligues mineures de son époque (AHL, ­IHL, ­ECHL, ­UHL, ­WPHL, ­CHL, ­ACHL, ­WHA2, ­SPHL et ­LNAH). Il y a ­peut-être une ou deux autres ligues que j’oublie, mais rendu là, c’est très profond...

Il demeure très en contact avec son frère ­Curtis, toujours établi au ­Massachusetts. Pour sa part, ­Paul ­Vincent ­Sr. a pu amener la ­Coupe ­Stanley dans la famille en 2010 alors qu’il était à l’emploi des ­Blackhawks. Il s’implique toujours à ­Dartmouth ­College dans la ­NCAA, mais seulement à titre bénévole. Vincent ­Sr. fut au coeur de la saga ­Kyle ­Beach avec les ­Blackhawks en 2010. Après avoir été agressé sexuellement par un des entraîneurs adjoint des ­Blackhawks, la première personne à qui s’est confié ­Beach fut ­Paul ­Vincent, qui fut également la première personne que ­Beach remercia lorsqu’il sortit de l’ombre en 2021.

Et comme tout bon journeyman légendaire qui se respecte et qui n’arrête jamais, j’apprends, plusieurs mois après l’écriture initiale de ce texte, que ­Paul ­Vincent ­Jr était de retour en action en ­2021-22 comme joueur en quatrième division hollandaise avec le club ­Alcmaria ­Flames ­Alkmaar. Désormais âgé de 47 ans, il a obtenu 15 buts en 5 matchs... Depuis, il chausse également les patins au moins une fois par saison, j'imagine pour dépanner son équipe, cette fois-ci les Lions de Dordrecht, toujours en 4e division néerlandaise...


mercredi 15 mai 2024

Frédéric Chabot



 

 

Ce texte a d'abord été publié comme texte inédit dans notre livre «Le meilleur de La vie est une puck» en 2022. Ce livre est désormais épuisé mais demeure toujours disponible en format digital (eBook). 

 

Bien que les règlements entourant les repêchages d’expansion ont été modifiés afin de permettre aux nouvelles équipes d’être plus compétitives, le consensus demeure que les joueurs disponibles à ces repêchages sont plus souvent qu’autrement les « rejets » de leur équipe initiale.

On peut alors faire un parallèle à ce moment où notre crush finit par nous dire « ­Je t’aime, mais plus en ami ». Ça a beau ne pas être malintentionné, ça brise notre cœur un petit peu et on finit par passer au travers. Mais lorsque l’équipe qui t’acquiert au repêchage d’expansion ne veut ensuite rien savoir de toi, ça doit briser un cœur encore plus. Pour le savoir, il faudrait demander à ­Frédéric ­Chabot. Car ce type de rejet, il semble l’avoir vécu toute sa carrière.

Cela commença lors de son passage junior. Jugé trop vieux par les ­Voltigeurs de ­Drummondville, ce gardien natif d’Hébertville au ­Lac Saint-Jean devint joueur autonome la saison de ses 20 ans. Il traversa alors à l’autre extrémité du continent pour se joindre aux ­Warriors de Moose Jaw de la ­WHL. Ces derniers l’échangèrent toutefois aux ­Raiders de Prince Albert après 26 matchs. 

Choix des ­Devils du ­New ­Jersey en 1986, ­Chabot ne put se faire une place dans cette organisation, étant libéré trois ans plus tard. Il signa alors comme agent libre avec le ­Canadien de ­Montréal, rejoignant ­André Racicot et ­Jean-Claude ­Bergeron parmi les polices d’assurance pour les rares absences de ­Patrick ­Roy. Il évolua majoritairement dans la ­Ligue américaine, d’abord à ­Sherbrooke, ensuite à ­Fredericton, ainsi que quelques détours dans la ­ECHL.

En 1991, la ­LNH accueillit une nouvelle concession en ­Californie, les ­Sharks de ­San ­Jose. Parmi les règlements en place, chaque équipe établie pouvait protéger 14 patineurs et deux gardiens. 

Par contre, si une équipe perdait un gardien ou un défenseur, elle ne pouvait perdre un joueur à la même position lors de l’expansion suivante, ce qui laissa place à plusieurs mouvements sur l’échiquier des équipes de la ligue. Parmi les joueurs de la liste du ­Canadien, les ­Sharks sélectionnèrent le défenseur ­Jayson ­More. Ne pouvant ainsi perdre un défenseur en 1992, le ­Canadien vit alors ­Frédéric ­Chabot se faire choisir par le nouveau ­Lightning de ­Tampa ­Bay.

Il fut toutefois retourné à ­Montréal dès le lendemain, en retour du gardien ­Jean-Claude ­Bergeron,  qui lui n’était techniquement pas éligible à ce repêchage. Chabot accepta d’être ainsi balloté par deux clubs, et continua son parcours, étant un jour assigné à ­Fredericton, un autre prêté au ­Thunder de ­Las ­Vegas de la ­IHL. Il participa tout de même à 40 minutes dans la grande ligue durant la saison ­1992-93... afin de remplir les exigences minimales pour être éligible à un autre repêchage d’expansion, celui de 1993 où les ­Mighty ­Ducks et les ­Panthers firent leur entrée. Aucune des deux équipes ne le sélectionnèrent.

En février 1994, les ­Flyers obtinrent ­Chabot du ­Canadien en retour d’un montant d’argent. Il participa à quatre matchs avec eux mais n’en commença toutefois aucun. Il fut ensuite assigné au ­club-école des ­Flyers à ­Hershey, où il remporta le trophée ­du meilleur gardien de la ­AHL. Il joua les trois saisons suivantes entièrement dans la ­IHL, premièrement avec les ­Cyclones de ­Cincinnati et ensuite avec les ­Aeros de Houston où il remporta 39 victoires et fut nommé joueur le plus utile à son équipe. Cette prestation lui permit de faire un retour dans la ­LNH avec les ­Kings de ­Los ­Angeles qui lui firent jouer 12 matchs en ­1997-98, son plus haut total en une saison.



À la fin de la saison, la ­LNH reprenait son processus d’expansion avec l’arrivée des ­Predators de ­Nashville. Encore une fois, les jeux en coulisse désavantageaient ­Chabot, qui fut sélectionné. Cela assura ainsi aux ­Kings de voir leurs deux principaux gardiens, ­Stéphane ­Fiset et ­Jamie ­Storr, protégés en vue de l’arrivée des ­Thrashers d’Atlanta l’année suivante. Ne prévoyant pas utiliser ­Chabot, les ­Predators le placèrent au ballotage et il fut rapatrié par les ­Kings. 

Peu de temps après, il fut « dumpé » de nouveau pour ensuite retourner dans les bras d’un de ses ex, lorsqu’il fut réclamé par le ­Canadien au repêchage ­intraligue. Il joua 11 matchs avec le ­CH en ­1998-99 mais joua principalement avec les ­Aeros à ­Houston, où il fit aussi un retour. Si ­Montréal en avait fait sa ré-acquisition, c’était surtout pour répéter la valse de le mettre en vitrine pour un autre repêchage d’expansion, alors que c’était désormais le tour du ­Wild du ­Minnesota et des ­Blue ­Jackets de ­Columbus de joindre les rangs de la ­LNH, pour la saison ­2000-01. Chabot fut ainsi sélectionné par ­Columbus, qui le laissèrent dans la ­IHL lors d’un énième retour pour lui à ­Houston.

Après avoir autant fait la girouette en huit ans, ­Chabot mit ensuite le cap sur le vieux continent. Il disputa quatre saisons en ­Allemagne et une saison en ­Autriche. À sa retraite, il devint entraîneur des gardiens, entre autres avec les ­Oilers d’Edmonton et plus récemment pour le ­Wild. En plus d’avoir été disponible à un record de cinq repêchages d’expansion, ­Fréderic ­Chabot détient aussi le record d’avoir été sélectionné par trois équipes lors d’un de ces repêchages. Il n’a cependant joué pour aucune d’entre elles. Trois « crushs », trois « ­Je t’aime mieux en ami ». J’espère que son cœur s’en est remis.

mercredi 1 mai 2024

L'as, le Lord et le Godzilla


 

Ce texte a d'abord été publié comme texte inédit dans notre livre «Le meilleur de La vie est une puck» en 2022. Ce livre est désormais épuisé mais demeure toujours disponible en format digital (eBook).  

 

Même si chaque carrière sportive est unique, celles d’Olaf ­Kölzig et ­Byron ­Dafoe ont emprunté plusieurs routes parallèles, et parfois la même voie. Et les deux frappèrent le même obstacle sur leur chemin, un « as » qui vint temporairement brouiller les cartes.

Le premier, ­Olaf ­Kölzig, est à né ­Johannesburg en ­Afrique du ­Sud de parents allemands. Adolescent, il deménage en ­Colombie-Britannique où il sera rebaptisé « ­Godzilla » ou « ­Zilla », dû à la ressemblance entre son nom et celui du monstre bien connu, le tout accentué par sa stature imposante. Le second, ­Byron ­Dafoe, vient au monde en ­Angleterre, mais quelques mois après sa naissance, sa famille émigre ­elle aussi dans la province du ­Pacifique. Ses origines ­anglo-saxonnes lui valurent le surnom de « ­Lord ­Byron ».

Au niveau junior, les deux intègrent la ­Western ­Hockey ­League (WHL), ­Kolzig en 1987 avec les ­Bruins de ­New ­Westminster et ­Dafoe l’année suivante avec les ­Winter ­Hawks de ­Portland. Leurs performances remarquables attirèrent l’attention des ­Capitals de ­Washington, qui firent le choix peu commun de repêcher un gardien en première ­ET en deuxième ronde au même repêchage, dans ce ­cas-ci celui de 1989.

Kolzig disputa ses deux premiers matchs dans la grande ligue la même année, encaissant la défaite à chaque fois. En ­1990-91, il fit officiellement le saut chez les professionnels, à ­mi-temps chez les ­Skipjacks de ­Baltimore (Ligue américaine) et les ­Admirals d’Hampton ­Roads (ECHL). Dafoe, toujours un an derrière le ­Sud-Africain, passa des ­Winter ­Hawks aux ­Raiders de ­Prince ­Albert. L’année suivante, nos deux gardiens devinrent deux fois coéquipiers, d’abord au sein des ­Skipjacks et ensuite avec les ­Admirals.


Cependant, le grand club souhaitait faire voir davantage d’action à ses espoirs. Les ­Capitals prêtèrent ­Kolzig aux ­Americans de ­Rochester où il enfila l’uniforme 49 fois. Dafoe resta quant à lui à ­Baltimore, chaussant les patins pour 48 rencontres. Chacun fut également rappelé pour un match avec les ­Caps. En 1993, les ­Skipjacks déménagèrent à ­Portland au ­Maine et le tandem ­Dafoe-Kolzig aida les nouvellement baptisés ­Pirates de ­Portland à remporter la coupe ­Calder. Ils se partagèrent également le trophée ­Harry ­Hap ­Holmes, remis au(x) gardien(s) ayant la plus faible moyenne de buts alloués.

Kolzig participa ensuite à sept matchs avec les ­Capitals en ­1993-94, ne réussissant toutefois pas à obtenir une première victoire, contrairement à ­Dafoe qui, en cinq matchs à ­Washington, obtint son premier gain dans la ­LNH.

À l’aube de la saison écourtée de 1995, les ­Capitals se séparent de leur gardien numéro un des cinq saisons précédentes, le vétéran ­Don ­Beaupre, qui prendra la route d’Ottawa. On croyait alors que le poste de partant irait à ­Kolzig ou ­Dafoe, ou ­peut-être à l’adjoint de ­Beaupre, ­Rick ­Tabaracci. Le parcours de tout ce beau monde bascula lors du ­lock-out de 1994 avec l’arrivée d’un certain ­Jim ­Carey.

Choix de deuxième ronde lors de l’encan de 1992, ­Jim ­Carey ne doit pas être confondu à l’acteur canadien ­Jim ­Carrey avec deux R. Ce dernier étant célèbre grâce au film « ­Ace ­Ventura: ­Pet ­Detective », ­Carey hérita du surnom « ­Ace », ce qui expliquait les quatre as sur le menton de son masque à l’époque. Tout frais sorti de l’Université du ­Wisconsin, ­Carey tassa tout le monde de l’échiquier et devint le portier numéro un des ­Pirates durant le gel des activités dans la ­LNH en 1994. Pendant ce temps, ­Dafoe fut prêté aux ­Roadrunners de ­Phoenix de la ­International ­Hockey ­League (IHL) et Kolzig dut pour sa part mettre le cap sur l’Allemagne pour garder la forme.


Lors de la reprise des activités, les ­Capitals connaissent un misérable début de saison avec une fiche de seulement trois victoires en 18 matchs où se succédèrent sans succès ­Kolzig, ­Dafoe et ­Tabaracci. On donna donc sa chance à ­Carey au début du mois de mars, lui qui était fumant dans la ­Ligue américaine avec 30 victoires, dont six par jeu blanc. « ­Ace » poursuivit sa lancée dans la ­LNH avec 18 victoires en 29 parties, propulsant les ­Capitals en séries.

Après avoir échangé ­Tabarracci à ­Calgary, les ­Capitals rappelèrent ­Dafoe pour seconder ­Carey, en compagnie de ­Kolzig. Malheureusement pour le trio et les ­Capitals, ils se butèrent aux puissants ­Penguins qui les éliminèrent dès la première ronde. 

Le passage de ­Carey dans la ­AHL était toutefois si fulgurant qu’il gagna le trophée ­Red Garrett, remis à la recrue de l’année, ainsi que le trophée ­Baz Bastien, remis au meilleur gardien malgré une présence écourtée à ­Portland. De plus, il figura parmi les finalistes pour les trophées équivalents dans la ­LNH, soit le ­Calder et le ­Vézina. Voyant l’émergence incroyable de ­Carey, l’équipe se départit de ­Dafoe en août 1995, en l’expédiant aux ­Kings de ­Los ­Angeles en compagnie de ­Dmitri ­Khristich. Kolzig resta quant à lui à ­Washington pour assister la nouvelle coqueluche des ­Capitals.

Carey se remit au travail la saison suivante, survolant ses collègues de la ­LNH. Il vit beaucoup d’action, défendant le filet des ­Capitals pendant 71 matchs, recueillant 35 victoires. Kolzig ne participa qu’à 18 matchs et en ajouta cinq de plus à ­Portland, question de ne pas s’ankyloser. Quant à ­Dafoe, il partagea le filet des ­Kings avec ­Kelly Hrudey, ne récoltant que 14 victoires en 47 matchs. En séries éliminatoires, le chemin des ­Caps croisa de nouveau celui des ­Penguins en première ronde. Malgré cette deuxième élimination hâtive d’affilée, ­Carey remporta le trophée ­Vézina. Au moment d’écrire ces lignes, il est toujours le seul gardien à avoir été nominé pour le trophée ­Vézina lors de ses deux premières saisons. Forts de ces succès, les ­Capitals lui accordèrent un contrat de quatre saisons.

Mais malgré deux saisons extraordinaires, l’attaque des ­Penguins lors des séries avait fissuré l’armure du grand « ­Ace ». La légende raconte que les ­Penguins auraient remarqué une faiblesse de ­Carey pour les mouvements latéraux, qu’ils ont facilement parvenus à exploiter cette faille durant ces séries et que le ­bouche-à-oreille s’est vite répandu à travers la ligue. Cela fit en sorte que ­Carey eut, pour la première fois de sa carrière, une fiche déficitaire en ­1996-97, signant 17 victoires contre 18 défaites. Les Capitals ­avaient-ils misé sur le mauvais cheval? ­Ils prirent alors la décision de s’en départir en l’incluant dans un « blockbuster » à la date limite des transactions. 

Carey passa donc aux ­Bruins de ­Boston en compagnie de ­Jason Allison et d’Anson ­Carter, en retour d’Adam ­Oates, ­Rick ­Tocchet et du gardien ­Bill ­Ranford. Cet échange ébranla sérieusement ce qui restait de confiance à ­Carey, qui ne gagna que cinq des 19 matchs qu’il joua pour ­Boston.

En ­Californie, ­Dafoe tentait toujours de faire sa place, cette fois aux côtés de ­Stéphane ­Fiset. Mais n’ayant gagné que 13 des 40 matchs auxquels il participa, ­Lord ­Byron perdit son poste au profit du jeune ­Jamie ­Storr. Dafoe atterrit donc lui aussi à ­Boston à l’été 1997, retrouvant celui qui lui avait fait de l’ombre à ­Washington : ­Jim ­Carey. Mais cette fois, les rôles furent renversés. Dafoe éclipsa totalement ­Carey qui peinait à engranger les victoires. Avec 30 succès en 65 rencontres, il devint rapidement un favori de la foule et le nouveau numéro un des ­Bruins. Carey assura donc la navette entre le grand club et le ­club-école à ­Providence et n’obtint que trois victoires dans la ­LNH. Mais même dans la ­AHL, ­Carey ne put redorer son blason, alors qu’au même moment, son homonyme accumulait les succès au ­box-office.

Dernier des trois encore à ­Washington, ­Kolzig apprit grandement auprès de ­Bill Ranford, dont le nom était inscrit à deux reprises sur la ­coupe ­Stanley avec les ­Oilers d’Edmonton. « ­Godzilla » sortit complètement de sa coquille en ­1997-98, devenant le portier de confiance des ­Caps avec 33 victoires en 64 matchs et participant au Match des étoiles. Il conduisit ensuite son équipe en finale de la ­coupe Stanley. Cependant, les imbattables ­Red ­Wings de ­Detroit balayèrent ­Washington en quatre matchs.

Kolzig ne put répéter ses exploits en ­1998-99, et les ­Capitals ratèrent les séries. Dafoe, sur les chapeaux de roues avec les ­Bruins, récolta 32 victoires, dont 10 par blanchissage.

Pendant ce temps, les ­Blues de ­Saint-Louis firent l’acquisition de ­Carey, lui qui croupissait dans la ­AHL, n’ayant pas réussi à percer l’alignement des ­Bruins. Il ne participa qu’à quatre matchs au ­Missouri, n’enregistrant qu’une seule victoire. Il fut rétrogradé dans la ­IHL et, après deux matchs, il subit une commotion cérébrale.

N’étant plus capable de gérer la pression et ayant perdu le plaisir de jouer, il décida d’accrocher ses jambières. Plus jamais il ne remit l’équipement ou ne prit part à des activités de la ­LNH.



L’arrivée du nouveau millénaire ne fut pas de tout repos pour ­Dafoe. Une mésentente contractuelle avec les ­Bruins lui fit rater le début de la saison et une opération au genou le priva du dernier quart de l’année. La saison suivante ne fut pas meilleure côté blessures, alors que ses genoux l’envoyèrent à l’infirmerie pour 24 matchs.

De retour en pleine santé en ­2001-02, il retrouva sa touche magique avec 35 victoires, avant de voir les ­Canadiens de ­Montréal éliminer ­Boston en six matchs. Les dirigeants des ­Bruins, ayant perdu confiance en lui, ne renouvelèrent pas son contrat. Dafoe se retrouva du travail avec les ­Thrashers d’Atlanta, mais de retour dans un rôle de réserviste derrière ­Pasi ­Nurminen.

Après 35 matchs en deux saisons en ­Georgie, ­Dafoe décida de prendre une année sabbatique, la saison ­2004-05 de la ­LNH étant d’ailleurs annulée par un autre ­lock-out. Il tenta sa chance en ­Russie à l’automne 2005, mais le cœur n’y était plus et il confirma sa retraite après deux matchs.

Kolzig disputa 63 matchs par saison en moyenne à ­Washington, mais ne put jamais passer la première ronde des éliminatoires après sa présence en finale en 1998. Il s’établit tout de même parmi l’élite des gardiens de la ­LNH, mettant la main sur le trophée ­Vézina en 1999‑2000 et le ­King ­Clancy en ­2005-06.

C’est à la fin de la saison ­2007-08 qu’il perdit finalement la position de numéro un des ­Capitals au profit de ­Cristobal ­Huet. Agent libre durant l’été, il signa un contrat d’un an avec le ­Lightning comme gardien substitut. Après seulement huit matchs et une fiche de ­2-4-1, il se blessa en janvier, ce qui le mit au rancart pour le reste de la saison.

Un échange bizarre et controversé impliqua alors ­Kolzig. Le ­Lightning connaissait une période d’instabilité financière et l’envoya aux ­Maple ­Leafs en compagnie du défenseur ­Jamie ­Heward, du prospect ­Andy ­Rogers ainsi qu’un choix de 4e ronde. En retour de tout ça, le ­Lightning ne reçut qu’un seul joueur, le défenseur marginal ­Richard ­Petiot. Cet échange maquillait mal ce qui importait aux deux équipes, soit un « salary dump » pour ­Tampa ­Bay contre un simple choix pour ­Toronto. Kolzig prit sa retraite avant le début de la saison suivante et n’aura jamais mis les pieds à ­Toronto.

Il est encore à l’emploi des ­Capitals, dans un rôle de développement, et put ainsi soulever la ­coupe Stanley en 2018, vingt ans après sa présence en finale.

Kolzig et ­Dafoe ont tissé des liens d’amitié très serrés avec les années, par exemple en étant chacun le témoin de l’autre lors de leur mariage respectif au courant de l’été 1998. Kolzig est d’ailleurs le parrain du fils de ­Dafoe et ­vice-versa. Ils mirent aussi sur pied la fondation « ­Athletes ­Against ­Autism », les deux étant pères d’un enfant atteint du syndrome du spectre de l’autisme.

Après avoir obtenu son diplôme en affaires à l’Université de ­Tampa, ­Jim ­Carey développa ensuite une compagnie de facturation médicale en ­Floride où il siège toujours comme président.

La morale de l’histoire, c’est que repêcher trop de gardiens, ça fait du trafic devant le but.

mercredi 3 avril 2024

Clarence Campbell






Ce texte a d'abord été publié comme texte inédit dans notre livre «Le meilleur de La vie est une puck» en 2022. Ce livre est désormais épuisé mais demeure toujours disponible en format digital (eBook).


Étudiant brillant, ­Clarence ­Campbell gradua de la faculté de droit de l’Université de l’Alberta en 1924, avant de décrocher la prestigieuse bourse ­Rhodes, qui lui permit d’étudier à l’Université Oxford. Pendant son séjour en ­Angleterre, il fit partie de l’équipe de hockey de son université, en plus de travailler comme arbitre. Il fut également arbitre de crosse lors des ­Jeux olympiques de 1928 à Amsterdam, alors que ce sport était en démonstration. À son retour au ­Canada, en pleine dépression économique, il se trouva un boulot au sein d’une firme d’avocats d’Edmonton, tout en continuant à arbitrer. Il monta les échelons, jusqu’à être engagé par la ­LNH en 1936. C’est lui qui arbitra en 1937 ce qui s’avéra le dernier match de ­Howie ­Morenz, qui s’infligea une fracture de la jambe qui dégénéra et qui finit par l’emporter.

Pendant les séries de la même année, ­Campbell fut au cœur d’une controverse. Alors qu’il avait laissé le climat se détériorer, la marmite explosa à deux minutes de la fin d’un match. Dit Clapper, un joueur des ­Bruins qui n’avait pas l’habitude des coups salauds, coupa ­Dave Trottier des ­Maroons près de l’œil. Ne semblant pas encore satisfait, il lui asséna alors un ­double-échec pour ensuite se jeter sur lui. Campbell empoigna ensuite ­Clapper pour les séparer, mais ce dernier répliqua en frappant solidement l’officiel ­au-dessus de l’œil. Un spectateur lança ensuite une bouteille en sa direction, mais ­celle-ci aboutit sur la nuque de ­Herb ­Cain, qui s’écrasa sur la glace. Clapper s’en tira avec seulement cinq minutes de pénalité, que le président de la ligue Frank ­Calder n’augmenta que d’une amende 100 $.

En 1939, pour un bâton élevé à l’endroit de ­Red ­Horner des ­Leafs, ­Campbell ne décerna qu’une pénalité mineure. Ceci mit ­Conn ­Smythe, le propriétaire des ­Leafs, complètement hors de lui. Il entra donc en campagne contre ­Campbell auprès de ­Frank ­Calder et des autres propriétaires de la ligue. Smythe obtint satisfaction et le contrat de ­Campbell ne fut pas renouvelé. Il continua toutefois à travailler dans le bureau de ­Calder. Il mentionna plus tard que son travail d’arbitre l’avait préparé pour son poste de président de la ligue, puisqu’il s’était habitué à être constamment contesté.

Lorsque la guerre éclata, ­Campbell s’enrôla dans l’armée. À la fin des hostilités, il avait gradué jusqu’au titre de ­lieutenant-colonel. Combinant son expérience militaire à sa formation d’avocat, il demeura un peu en ­Europe pour contribuer aux procès pour crimes contre l’humanité. De retour au pays en 1946, ­Red ­Dutton s’empressa de démissionner de son poste de président de la ­LNH pour lui laisser la place. Dutton, entraîneur, ­directeur-gérant, puis propriétaire des Americans de ­New ­York / ­Brooklyn, équipe dont les activités avaient été suspendues en 1942, avait accepté à reculons le poste suite au décès subit de ­Frank ­Calder en 1943. Les ­Americans étaient supposés reprendre leurs activités après la guerre, mais lorsque les autres propriétaires revinrent sur leur entente, ­Dutton quitta.

Une des premières mesures que ­Campbell mit en place fut l’instauration du Match des étoiles. Il y avait déjà eu dans le passé des matchs regroupant des joueurs vedettes au bénéfice des familles de joueurs décédés tragiquement ou blessés gravement (Hod Stuart, ­Ace ­Bailey, ­Howie ­Morenz et ­Babe Siebert), mais à partir de 1947, on en fit un événement annuel. À ce moment, la partie avait lieu au tout début de la saison, ce qui fut le cas jusqu’en 1965, et opposait les champions de la ­Coupe Stanley aux étoiles des autres équipes, un format qui fonctionnait bien dans une ligne à six équipes.

Au cours de ses premières années comme président, ­Campbell aida aussi à mettre sur pied un fonds de pension pour les joueurs, bien que pendant longtemps, ­celui-ci n’était pas des plus généreux. Par exemple, en 1969, un ­ex-joueur touchait annuellement, à partir de 65 ans, la somme de 1000 $ pour chaque année jouée dans la ­LNH. Le début du long règne de ­Campbell fut aussi marqué en 1948 par son bannissement à vie de deux joueurs, ­Don Gallinger et Billy Taylor, qui avaient comploté pour parier sur des matchs. Lorsque la suspension fut levée en 1970, ­Campbell était toujours en poste.

 

 
La controverse suivante fut tout aussi monumentale. ­Le 13 mars 1955, une bagarre entre ­Hal Laycoe et ­Maurice Richard dégénéra. Alors que ­Richard était retenu par le juge de ligne ­Cliff Thompson, ­Laycoe en profita pour continuer de le frapper. Voulant se défaire de ­Thompson, le Rocket lui donna un coup de poing. Campbell avait déjà imposé des amendes à ­Richard pour différents incidents mais à chaque fois, le ­Rocket recevait des dons de la population qui dépassaient largement le montant de l’amende. Campbell décida donc de punir ­Richard en le suspendant pour les trois derniers matchs de la saison et l’entièreté des séries éliminatoires.

Cette décision fut non seulement perçue comme un affront au héros du peuple, mais aussi envers tous les ­canadiens-français. Malgré les ­contre-indications de la police et du maire ­Jean Drapeau, ­Campbell insista pour assister au match suivant au ­Forum, ce qui fut perçu par plusieurs comme une provocation. Mais pour lui, ne pas se présenter au match (à l’époque, la ligue avait ses bureaux dans l’édifice ­Sun Life de ­Montréal et ­Campbell habitait ­Ville ­Mont-Royal) aurait été un signe d’abdication. Celui qui se décrivait comme pragmatique y alla même avec sa secrétaire (qui devint plus tard son épouse) et la sœur de ­celle-ci. Une fois à leurs sièges, ils furent accueillis par une pluie de fruits, de ­couvre-chaussures et même une bouteille. Après qu’un jeune lui tendit la main pour ensuite le frapper, le tout dégénéra en ce qui devint l’émeute Maurice ­Richard, que certains associent au début de la ­Révolution tranquille.

L’année suivante, ­Campbell présenta à ­Richard la première de cinq ­Coupes ­Stanley consécutives. Sur un ton paternaliste, ­Campbell a même déjà affirmé que la suspension avait aidé ­Richard, puisqu’il a ensuite cessé de vouloir défier l’autorité et qu’il a ainsi pu mieux comprendre l’importance de se conformer aux règles. 
 
En 1966, alors qu’il était toujours président de la ligue, il fut élu au ­Temple de la renommée. Bien qu’il puisse paraître obséquieux et servile d’honorer ainsi le président en place, il semble que ce soit une coutume de la ­LNH, puisque les présidents subséquents; ­John ­Ziegler, ­Gil ­Stein et ­Gary ­Bettman ont eu droit au même traitement. Après 25 ans de stabilité (certains parleraient plutôt d’immobilisme), c’est finalement en 1967 que ­Campbell donna le feu vert à la grande expansion, alors que la ligue passa de six à douze équipes.

Comme il y avait dorénavant deux divisions de six équipes chacune, les clubs firent don d’un trophée qui porta le nom de Trophée ­Clarence ­Campbell pour être remis aux champions de la division ouest. Lorsqu’on atteignit 18 équipes en 1974 (trois fois plus qu’à peine sept ans plus tôt), on divisa la ligue en deux conférences, dont une fut nommée... Clarence ­Campbell. 
 
C’est donc dire qu’à ce moment, dans un rituel quasi ­nord-coréen, le président et membre du ­Temple de la renommée Clarence ­Campbell remettait le trophée Clarence ­Campbell aux champions de la conférence Clarence ­Campbell. Un artifice équivalent serait tourné au ridicule dans pratiquement n’importe quelle entreprise… La conférence Campbell fut plus tard renommée sous le nom de la ­Conférence de l’Ouest en 1993.

C’est sous son règne qu’eut lieu la ­Série du siècle, première grande rencontre entre les professionnels, qui à ce moment ne pouvaient pas participer aux ­Jeux olympiques ou aux Championnats du monde, et les meilleurs joueurs de l’Union soviétique, qui, bien qu’ils en avaient toutes les caractéristiques, n’avaient pas le statut de professionnel. Il y a toutefois une nuance qu’il faut apporter. Bien que l’équipe qui affronta les ­Soviétiques portait le nom d’Équipe ­Canada, la ­LNH avait un gros mot à dire dans la démarche. Campbell empêcha donc ­plusieurs joueurs, dont Bobby Hull, dont le talent justifiait pleinement leur place au sein de l’équipe, parce qu’ils venaient de signer avec la toute nouvelle Association mondiale de hockey (AMH).

En 1976, un scandale impliquant Campbell éclata mais qui n’avait rien à voir avec le hockey. Le sénateur libéral ­Louis ­Giguère fut accusé de trafic d’influence pour que le gouvernement fédéral prolonge le bail de la concession de la boutique ­hors-taxes à l’aéroport de ­Dorval à la firme ­Sky Shops. Des accusations furent aussi portées contre les trois actionnaires de l’entreprise. Parmi eux, on retrouvait ­Clarence Campbell. Ceci n’entraîna toutefois pas sa démission. Ce n’est qu’en juin 1977 qu’il prit sa retraite. Alors âgé de 71 ans, son règne de 31 ans fut le plus long parmi les présidents/commissaires des ligues professionnelles majeures d’Amérique du ­Nord. Selon Campbell, sa longévité est due au fait qu’à partir de 1967, en raison de l’état de crise ­quasi-constant (expansions, franchises instables, arrivée de l’AMH, montée de la violence, etc.), il a été incité à demeurer plus longtemps.

Si ­Giguère fut finalement acquitté et qu’un des associés de ­Campbell mourut avant de faire face à la justice, c’est finalement en 1980 que ­Campbell et son autre associé furent reconnus coupables d’avoir conspiré pour remettre 95 000 $ à ­Giguère (qui a pourtant été acquitté) dans le but d’obtenir la prolongation du bail. Il fut finalement condamné à un jour de prison et à une amende 25 000 $. Toutefois, à ce moment, il souffrait déjà de problèmes pulmonaires.

C’est finalement en 1984, à l’âge de 78 ans, qu’il est décédé des conséquences d’une pneumonie. Ironiquement, celui qui n’a jamais été reconnu pour ses sympathies envers les canadiens-français est décédé un 24 juin…


Sources :

"Maroon in Great Display to Defeat Boston Squad, 4-1" et "Sports Parade" de D.A.L. MacDonald, March 24, 1937, Montreal Gazette, page 14;

"Les Maroons déclassent les Bruins, 4-1" de Horace Lavigne, 24 mars 1937, La Patrie, page 20;

"Clapper paiera finalement l’amende", 26 mars 1937, La Patrie, page 52;

"The strange forces behind THE RICHARD HOCKEY RIOT" de Sydney Katz, September 17, 1955, MacLean’s (archive.macleans,ca);

"A Fitting Fight For St.Pat" de Stan Fischler, April 22, 1968, Sports Illustrated (vault.si.com);

"Clarence Campbell", March 1, 1969, MacLean’s (archive.macleans.ca);

"Heirs of Judge Landis" de Frank Deford, September 30, 1974, Sports Illustrated (vault.si.com);

"A government under influence" de Ian Urquhart, May 17, 1976, MacLean’s (archive.macleans.ca);

"It’s official: owner Zeigler (sic) takes over from Campbell" d’Al Strachan, June 23 1977, Montreal Gazette, page 27;

"Respiratory ailment hospitalizes Campbell", CP, January 27, 1979, Montreal Gazette, page 51;

"Sky-shops: Campbell coupable", PC, 9 février 1980, Le Soleil, page A3;

"Clarence Campbell Is Dead At 78; President Of N.H.L. For 31 Years" de Sam Goldaper, June 25, 1984, New York Times (nytimes.com);

"Clarence Campbell : 1905-1984", 26 juin 1984, La Presse, page S4;

"U of A alumnus’ name carried on in NHL history" de Ileren Byles, June 9, 2006, Folio Focus (sites.ualberta.ca);

"Clarence Campbell, NHL president, was a man with many hats" de Kevin Mitchell, June 1, 2017, Saskatoon Star-Phoenix (thestarphoenix.com);

"One on One with Clarence Campbell" de Kevin Shea, 18 March 2011, Hockey Hall of Fame (hhof.com);

"Mayor Drapeau tried to prevent 1955 Richard Riot – but Clarence Campbell would not listen" de Kate McKenna, December 30, 2019, CBC News (cbc.ca);

wikipedia.org.

mercredi 27 mars 2024

Les Six Guns d’Albuquerque



 
 

 

 
Ce texte a d'abord été publié comme texte inédit dans notre livre «Le meilleur de La vie est une puck» en 2022. Ce livre est désormais épuisé mais demeure toujours disponible en format digital (eBook).


 
Parmi les États constituant les ­États-Unis, un des derniers qui nous vient en tête pour le développement du hockey est probablement le ­Nouveau-Mexique (après ­peut-être ­Hawaii). Le hockey professionnel s’est tout de même développé assez tôt au 20e siècle dans les états plus au sud, avec par exemple des apparitions en ­Oklahoma dans les années 20, en ­Floride dans les années 30 et même au ­Texas dans les années 40. 
 
Mais concernant le ­Nouveau-Mexique, où on ne retrouve aujourd'hui que 2 millions d’habitants, ce n’est qu’en 1973 qu’on y verra apparaître une première équipe professionnelle lorsque furent créés les ­Six ­Guns d’Albuquerque. Il s’agit d’une équipe qui n’aura laissé que très peu d’héritage si ce n’est que ce magnifique logo stéréotypiquement adapté au public du sud ainsi qu’une autre histoire typique du hockey professionnel boboche et dysfonctionnel des années 70.

L’histoire commence en 1972 dans la métropole de l’état lorsque deux médecins du nom de ­Edward ­Johnson et ­Richard ­Ransom décident de former un consortium pour l’achat d’un système frigorifique au ­Tingley ­Coliseum d’Albuquerque. Un an plus tard, ce groupe a des idées de grandeur et veut y implanter immédiatement le hockey professionnel. Ils obtiennent alors un club d’expansion dans la ­Central ­Hockey League pour la saison ­1973-74, en plus de sécuriser une affiliation comme ­club-école d’une autre équipe d’expansion, les ­Scouts de Kansas City dans la ­LNH. 
 
Les nouveaux ­Six ­Guns d’Albuquerque voient donc le jour avec ce splendide logo et un chandail aux couleurs des futurs ­Scouts. Mais un problème majeur subsiste avec cette association car les ­Scouts ne doivent faire leurs débuts qu’en ­1974-75, soit une saison après, et n’ont donc pas encore de joueurs à fournir aux ­Six ­Guns. Ces derniers doivent donc recruter sur le tas et procéder à des emprunts de joueurs dans les profondeurs du système d’autres équipes de la ­LNH, principalement les ­Rangers et les ­Canucks. 
 
L’association avec ­Kansas ­City est d’ailleurs assez floue à l’exception de ses couleurs similaires. La majorité des médias et des locaux croient que les ­Scouts sont les propriétaires et qu’ils défraient les coûts d’opération des ­Six ­Guns, mais ce sont en fait les deux médecins qui assument véritablement l’ensemble des frais de la franchise.

Les ­Six ­Guns débutent leurs activités le 12 octobre 1973 contre les ­Knights d’Omaha et perdent ce premier match ­1-0 devant plus de 9000 spectateurs, meilleure foule de la ligue cette ­saison là. Ce score sera assez prémonitoire et démonstratif du peu de talent offensif chez les ­Six Guns qui connaissent une première saison de misère avec une moyenne de seulement 2,6 buts marqués par match. Après ce premier match, les assistances diminuent drastiquement durant le reste de la saison pour tomber sous la barre des 3000 spectateurs par match. Ils terminent la saison avec une fiche globale de ­16-40-16, bon pour le dernier rang de cette ligue comprenant seulement six équipes.

 

 
Le meilleur joueur des ­Six ­Guns est le centre ­Ken ­Ireland, un choix des ­Rangers en 1972 qui n’obtint qu’un modique 19 buts et 33 passes en 65 matchs. Au cours de cette saison, ­l’administration connait plusieurs mésententes avec les ­Scouts sur les termes financiers de leur partenariat. Vers la fin de la campagne, cette association est définitivement rompue et le groupe tente en panique de former une affiliation avec une autre équipe. On tente une association comme ­club-école avec les ­Golden ­Seals ou les ­Roadrunners de ­Phoenix de l’AMH mais en vain. En plus des frais initiaux pour meubler le ­Tingley Coliseum d’une glace, le groupe encaisse des pertes de plus de 600 000 $ durant cette seule saison et doit déclarer faillite durant l’été 1974. L’équipe est donc dissoute et les joueurs se retrouvent dispersés à travers la ligue ou retournés aux équipes de la ­LNH possédant leurs droits.

Des joueurs qui ont porté le très éphémère chandail des ­Six ­Guns, un seul jouera ensuite dans la ­LNH, soit l’ailier ­Steve ­Langdon durant un séjour de sept matchs avec les ­Bruins. ­Quelques-uns aboutiront dans l’AMH dont le gardien ­Wayne ­Wood et une ­demi-douzaine de joueurs avaient joué quelques matchs dans la ­LNH dans les années 60 et au début des années 70 sans jamais y retourner. On retrouvait également deux québécois originaires de ­Shawinigan au prénom de ­René, soit le défenseur ­René Levasseur et l’attaquant ­René ­Villemure. Les deux étaient d’ailleurs des choix au repêchage de 1972 des deux équipes de la ­LNH de ­la région de ­New ­York alors que ­Levasseur appartenait aux ­Islanders et Villemure aux ­Rangers. Villemure jouera plus tard pour les fameux ­Jaros de la Beauce ainsi que les Nordiques du ­Maine dans la ­NAHL. Quant à ­Levasseur, il se retire du hockey après cette saison ­1973-74 à ­Albuquerque.





Lorsqu’ils font finalement leurs débuts dans la grande ligue en ­1974-75, les ­Scouts ont comme équipes affiliées des clubs plus établis, soient les ­Clippers de ­Baltimore dans la ­AHL et les ­Flags de ­Port ­Huron dans la ­IHL. Mais les ­Scouts ne font à peine mieux que les ­Six ­Guns alors qu’ils plient aussi bagage rapidement après seulement deux saisons, devenant les ­Rockies du ­Colorado en 1976 et plus tard les Devils du New Jersey.

Une équipe senior du nom des ­Chaparrals d’Albuquerque récupérera peu après l’équipement laissé derrière par les ­Six ­Guns. Ils joueront de 1975 à 1977 dans une ligue plus qu’obscure, la Southwest Hockey ­League, mais fermeront boutique en même temps que cette dernière. Albuquerque et le Nouveau-Mexique doivent ensuite attendre jusqu’en 1996 pour y revoir du hockey professionnel avec l’arrivée des ­Scorpions du ­Nouveau-Mexique dans la défunte ­Western ­Professional ­Hockey ­League (WPHL), une ligue basée principalement au ­Texas et en ­Louisiane qui fusionna avec une nouvelle version de la ­Central ­Hockey ­League en 2001. Les ­Scorpions continuent l’aventure au ­Tingley Coliseum jusqu’en 2006 lorsqu’ils déménagent dans la ville voisine de ­Rio ­Rancho. Ils cessent ensuite leurs opérations en 2009. On ne retrouve maintenant que du ­Junior A à ­Albuquerque et dans tout l’État du ­Nouveau ­Mexique.

C’est quand même mieux que ­Hawaii…