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vendredi 29 juillet 2022

Petr Klima


 

L'histoire de Petr Klima est assez fascinante. J'hésitais à le mettre dans la série des «Joueurs oubliés des 90's» car il y a un je-ne-sais-quoi qui semble rendre Klima assez mémorable aux yeux des vieux de la vieille comme nous autres, que ce soit son nom amusant propice aux jeux de mots idiots ou bien son fameux but marqué en finale de 1990 contre les Bruins, ou sinon son fameux casque JOFA doublé d'un «mullet» assez garni à l'arrière. Mais je me suis aussi rendu compte que je ne connaissais Klima qu'en surface et un tel personnage se méritait une biographie en bonne et due forme.

Petr Klima est né le 23 décembre 1964 à Chomutov dans l'ancienne Tchécoslovaquie, dans la partie qui est maintenant la Tchéquie. Son père, Josef Klima, était un ancien joueur, dont la carrière dura presque 20 ans dans les différentes ligues tchèques de l'époque et sur la scène internationale. Petr débuta sa carrière avec le HC Litvinov en 1981. Il s'y illustra au cours des deux années suivantes, graduant avec le club senior à l'âge de 18 ans où il marqua 19 buts en 44 matchs. Ayant vu son potentiel lors des championnats du monde, l'entraîneur des Red Wings de Détroit Nick Polano convainquit l'équipe de prendre le risque et d'en faire leur choix de 5e ronde (86e au total) au repêchage de 1983. Le DG des Wings, Jim Devellano dit alors à Polano «Ok je l'ai pris. Maintenant tu dois aller le chercher».

Comme vous vous en doutez, pour jouer en Amérique du Nord, Klima se devait de faire défection, ce qu'il décida de mettre en branle une fois son service militaire terminé en 1985. Il aurait sinon fait défection en même temps que son ami Petr Svoboda, un an plus tôt en 1984.

Après plusieurs mois de négociations secrètes entre lui et les Wings, dont une signature de contrat dans le dos de l'équipe Tchèque à Vancouver lors de la coupe Canada de 1984, les deux partis passent à l'action. À la mi-août 1985, alors que son équipe s'entraînait de l'autre côté du rideau de fer à Nussdorf en Allemagne de l'Ouest, Klima faussa compagnie à ses coéquipiers lors d'un repas d'équipe pour sauter dans une voiture qui allait le conduire à un boisé où il avait ensuite à marcher plusieurs hectares de forêt pour finalement rejoindre Polano et le vice-président des Wings, Jim Lites. Ces derniers durent ensuite cacher Klima pendant quelques semaines dans les environs de Nussdorf et d'autres villes avoisinantes en Autriche.


Klima leur réserva alors quelques surprises. Il exigea entre autres d'avoir plus d'argent et que les Red Wings arrangent également le passage de sa copine, n'ayant que des marques de naissance comme seul moyen d'identifier cette dernière. Ils durent ainsi débourser beaucoup d'argent supplémentaire pour engager ce qui était techniquement des kidnappeurs professionnels pour réunir Klima et sa copine. Durant cette période en cachette dans les confins de l'Autriche, Klima aurait aussi crashé une Mercedes loué alors qu'il n'avait évidemment pas de permis. Tout ces «red flags» de la part de Klima deviendront une bonne indication de la suite des choses pour lui et les Wings.

Après toutes ces magouilles dignes d'un film d'espionnage qui auront coûté près d'un quart de million aux Red Wings, Klima arriva enfin à Détroit en septembre 1985. S'il n'était pas le premier à faire ainsi défection (Svoboda, les frères Šťastný, Miroslav Frycer, etc.), il était toutefois le premier à le faire pour une équipe américaine, les autres étant tous pour des équipes canadiennes. En honneur de sa nouvelle liberté, Klima choisit de porter le #85, l'année où il arriva finalement en Amérique du Nord. Plus tard en 1989, Alexander Mogilny fit de même avec son numéro 89 lorsqu'il devint le premier russe à faire défection. 

Au sein d'une équipe des Red Wings encore médiocre (après les années Dead Wings), Klima fit ses grands débuts dans la LNH à l'automne 1985. Il commença avec un but à son premier match, mais fut blanchi pour plusieurs matchs par la suite, suite à quoi il fut laissé de côté quelques matchs pour observer davantage le jeu nord-américain de la passerelle. À son retour, il commença à débloquer et termina tout de même cette saison recrue avec 32 buts et 56 points en 74 matchs. Il était toutefois le pire attaquant des Red Wings pour les +/- avec une fiche de -39. 

Un avant spectaculaire et rapide, Klima était un joueur très paresseux en défense et laissa plusieurs fans et entraîneurs sur leur faim quant au véritable potentiel offensif qu'il possédait. Il termina sa carrière avec une fiche de -122 et n'a eu que très rarement une fiche en saison positive à ce niveau.

Malgré de bonnes premières saisons offensives à Détroit, dont deux autres de plus de 30 buts, Klima profitait de sa nouvelle liberté, peut-être un peu trop de liberté aux yeux des Red Wings. Il se teignait les pointes des cheveux en blond, portait une boucle d'oreille, s'achetait des voitures luxueuses et faisait la fête. Il se fait également remarquer par son habitude de taper sa palette de seulement quelques bandes, un style qui sera surnommé «candy cane». Il porte aussi un gros casque JOFA 265 dont Don Cherry se moque en disant que Klima ne l'utilise que pour protéger sa chevelure blonde...

L'alcool est très présent au sein des jeunes Red Wings de l'époque et Klima défraie les manchettes par ses frasques en compagnie de Bob Probert, Joey Kocur et Sheldon Kennedy. Ils défient constamment le couvre-feu et manquent des pratiques. Klima est souvent arrêté au volant pour vitesse excessive et/ou facultés affaiblies. Durant les séries de 1988, les Red Wings sont finalement redevenus respectables et se faufilent jusqu'en finale de conférence contre les Oilers. En arrière 3-1 dans la série et faisant face à l'élimination, un groupe de 6 joueurs des Wings défient le couvre-feu et s'enfuient dans un bar. 

Klima, blessé, fait partie du groupe et aurait apparemment été celui qui a persuadé Probert, alors en probation et en tentative de sobriété, de venir les rejoindre. L'entraîneur Jacques Demers est découragé et ne peut plus voir Klima en peinture. Pourtant, avant sa blessure, Klima était en feu lors de ces séries avec une fiche de 10 buts en 12 matchs.



En septembre 1988, il est suspendu pour avoir encore enfreint les règles de l'équipe lors du camp d'entrainement. Il aurait entre autres manqué l'avion avant un match pré-saison. Il ne peut revenir avec l'équipe qu'après s'être excusé auprès de ses coéquipiers. En octobre, deux jours avant son retour avec l'équipe, il est de nouveau arrêté pour facultés affaiblies, d'avoir endommagé un autre véhicule en plus d'avoir tenté de s'enfuir. Après sa suspension, il est finalement envoyé dans la Ligue américaine pour un séjour de 5 matchs. Quand il revient à Détroit, il obtient tout de même 25 buts et 41 points en 51 matchs en 1988-89. Mais pendant ce temps, les Red Wings sont prêts à se débarrasser de Klima. Les Nordiques et le Canadien auraient notamment été dans le portrait pour l'obtenir. Les Red Wings sont toutefois assez gourmands dans leurs demandes. Serge Savard aurait d'ailleurs refusé de se départir de Stéphane Richer pour obtenir le tchèque. Les Nordiques auraient quant à eux refusé de se départir d'un choix de première ronde pour faire son acquisition.

Klima est finalement arrêté pour de bon en mai 1989 pour bris de probation après une troisième arrestation pour conduite sous influence de l'alcool où il tenta encore de s'échapper de la police. Il est condamné à 35 jours de prison durant l'été 1989 suivi d'une cure de désintox de 45 jours. 

Repentant à son retour et jurant ne plus jamais boire et de conduire, Klima reprend du service au début de la saison 1989-90. Il est toutefois finalement échangé lorsqu'il fait partie du «package deal» des Red Wings qui l'envoient à Edmonton en compagnie de Adam Graves, Joe Murphy et Jeff Staples en retour du malheureux Jimmy Carson, Kevin McClelland et un choix de 5e ronde en 1991.


À Edmonton, Klima dépasse de nouveau le plateau des 30 buts avec une fiche de 30 buts 33 passes pour 63 points. Mais durant les séries de 1990, il n'est utilisé que sporadiquement au sein de l'équipe toujours dominante des Oilers qui, après l'échange de Wayne Gretzky en 1988, avait beaucoup à prouver mais qui se retrouvait quand même très galvanisée suite à cet important échange amenant trois morceaux très utiles en Klima, Graves et Murphy. Ces deux derniers ont d'ailleurs marqué l'imaginaire collectif des Edmontoniens en formant la «Kid Line» avec Martin Gélinas lors de ce printemps magique de 1990. On peut dire que Glen Sather aura quand même bien rentabilisé l'échange de Gretzky avec ce qu'il a pu obtenir en retour de Carson. Gélinas a aussi été obtenu dans l'échange de la merveille avec les Kings.

Pour sa part, Klima n'obtient que 5 buts et aucune passe en 21 matchs. Cependant, un de ces buts fait aussi partie de la légende et du folklore des Oilers. Lors du premier match de la finale contre les Bruins, l'égalité de 2-2 persistait après trois périodes. Après deux périodes supplémentaires, c'était toujours l'impasse. Finalement, à 15:13 de la 3e période de surtemps, c'est un Petr Klima très frais qui vint sceller l'issue du match. L'entraîneur John Muckler n'aimait pas le jeu non-fiable de Klima en défense pour risquer de perdre le match. Il n'avait donc que très peu joué, dont aucune minute durant ces périodes supplémentaires. Mais avec la plupart de ses joueurs exténués, il se tourna finalement vers Klima et le pari fut bénéfique. Il s'agit encore à ce jour du plus long match de finale dans l'histoire de la LNH.


Malgré tout ça, Klima demeura quand même «benché» pour la majorité des matchs suivants et n'obtiendra aucun autre point durant cette finale.

Après son arrivée à Edmonton et cette première saison fructueuse là-bas, Klima s'est assez assagi par la suite pour ses activités hors-glace. Il déclara plus tard que ses premières années en Amérique du Nord furent difficiles personnellement et que l'alcool était un moyen de se dégêner avec ses coéquipiers et pour oublier ce qu'il avait laissé derrière lui. Il énonça également que la culture étant différente dans son pays, particulièrement pour l'alcool au volant où c'était selon lui plus accepté là-bas. 

Il connut ensuite sa meilleure saison en carrière en 1990-91 avec une fiche de 40 buts et 28 passes pour 68 points. Aucun membre des Oilers ne marquera plus de 40 buts après lui jusqu'à la saison de 41 buts de Connor McDavid en 2017-18 et ensuite Leon Draisaitl et ses saisons subséquentes de 50 buts et plus. Klima fut également un membre plus important en séries en 90-91 lorsque les Oilers s'inclinèrent en finale de conférence et où il obtint 7 buts et 13 points en 18 matchs. Sa saison 90-91 représentait également un sommet en carrière pour lui avec une fiche de +24.

Il joua deux autres saisons à Edmonton, dont une de 32 buts en 1992-93. Mais comme Klima n'était pas vraiment un passeur, il ne termina la saison qu'à 48 points, ce qui était (tristement) quand même bon pour le premier rang des piteux Oilers de 92-93 en pleine période post-dynastie... Klima n'est toutefois pas très heureux à Edmonton, détestant le froid lui rappelant trop la Tchécoslovaquie, et désire être échangé aux États-Unis pour obtenir la citoyenneté américaine.

Voulant de toute manière se reconstruire et se rajeunir, les Oilers envoient Klima au Lightning de Tampa Bay durant l'été 93 en retour de considérations futures qui deviendront un choix de 3e ronde en 1994 qui n'aboutit à pas grand chose (Brad Symes). Il obtint une autre saison de plus de 20 buts en 93-94 avec 28 buts et 55 points avec le Lightning. Il y joua deux autres saisons avant d'être échangé aux Kings de Los Angeles à l'été 1996 en retour d'un choix de 5e ronde.


 
Rare photo de son passage à L.A.

Son arrivée à L.A et la saison 1996-97 marqua toutefois le début d'une phase nomade et la fin qui approche pour Klima. Après seulement 8 matchs où il ne récolta aucun but, il fut rapidement échangé de nouveau, cette fois-ci aux Penguins de Pittsburgh en retour de considérations futures. Ce ne fut guère mieux à Pittsburgh lorsqu'après 9 matchs et seulement 1 but, il est rétrogradé dans les mineures avec les Lumberjacks de Cleveland dans la IHL. Il refusa initialement de s'y rapporter, déclarant qu'il préférait prendre sa retraite que d'être un joueur des ligues mineures. Les Penguins lui offrirent alors de racheter son contrat, ce qu'il refusa. Après quelques jours, il parvint à s'entendre avec l'équipe pour se rapporter à Cleveland avec une permission spéciale de pouvoir retourner à sa maison de Tampa Bay aux deux semaines. 

Après quelques mois et tout de même une bonne fiche de 21 points en 19 matchs avec les Lumberjacks, les Penguins passent à l'acte et rachètent son contrat. Libre comme l'air, il parvient toutefois à s'entendre avec son ancienne équipe, les Oilers, qui le signent comme agent libre pour terminer cette saison 1996-97. Il n'est toutefois qu'un passager avec les Oilers où il obtient 1 buts et 5 passes en 16 matchs et n'est de nouveau que très peu utilisé lors du retour des Oilers en séries en 1997, parcours où ils surprendront les Stars de Dallas en 7 matchs avant de s'incliner en 2e ronde contre l'Avalanche.

Retour à Edmonton avec la nouvelle version du chandail des Oilers... mais toujours son tape de bâton de style «candy cane».

Libéré par les Oilers et sans contrat dans la LNH, Klima met le cap sur la ligue allemande en 1997-98. Il est toutefois ramené une nouvelle fois au bercail, cette fois-ci par les Red Wings. Il obtient un essai lors du camp d'entraînement mais les Red Wings ne lui proposent qu'un contrat à deux volets et de débuter la saison dans les mineures, ce qu'il refuse encore une fois. Il ne changera d'idée que quelques mois plus tard, soit en janvier 1999. Après quelques semaines avec les Red Wings d'Adirondack, c'est finalement le 14 février 1999 que Klima put finalement revenir dans la LNH, avec sa première équipe maintenant totalement différente de lorsqu'il l'a quitté 10 ans plus tôt. Il ne restait d'ailleurs que Steve Yzerman comme seul survivant de cette époque chez les Wings.

Lors de son premier match de retour avec les Wings, Klima marqua son dernier but dans la LNH, qui est étrangement sur Youtube en qualité plus que médiocre:

Klima n'étant qu'avec les Red Wings simplement que pour cette fin de saison et en attendant que quelques blessés reviennent, il ne récoltera pas d'autres points en 13 matchs et ne sera qu'un spectateur durant les séries où il ne joua aucunement. Ce furent ses derniers moments dans la ligue.

Il prit alors sa retraite mais revint au jeu en 2001-02 dans son ancienne patrie libérée avec son premier club de sa jeunesse, le Litvinov HC en première division tchèque. Il termina premier pointeur de son club cette saison-là. Il y joua une dernière saison en 2002-03 avant d'accrocher ses patins pour de bon.

Ses fils jumeaux, Kevin et Kelly Klima, ont plus tard joué dans la LHJMQ avec les Wildcats de Moncton et les Saguenéens de Chicoutimi. Non-repêchés, ils ont joué quelques temps dans les mineures avant de tous les deux revenir en Tchéquie en première division. Le paternel est pour sa part entraîneur du SK Trhači Kadaň en 2e division depuis la saison 2017-18.

 

En 786 matchs dans la LNH, Petr Klima aura obtenu 313 buts et 260 passes pour 573 points.

Pour finir, je vous laisse sur une de ses publicités en 1987 pour la boisson gazeuse Vernors.



Sources:
The Haughtiness of Petr Klima, Crime in Sports
2 CZECH HOCKEY STARS WHO DEFECTED SAY MOGILNY HAS STRENGTH TO SURVIVE, Buffalo News, 14 mai 1989
The defection of Petr Klima was like a bad spy novel, but Red Wings got their man, Vintagedetroit.com, 31 janvier 2016
KLIMA ARRESTED ONCE AGAIN ON DRUNKEN DRIVING CHARGES, Orlando Sentinel, 31 mai 1989
Penguins buy out Petr Klima’s contract, Associated Press, 31 janvier 1997
DEMERS: DRINKING BY PROBERT, OTHERS CAUSED DETROIT'S LOSS, Washington Post, 12 mai 1988
Klima sentenced to jail, UPI, 16 juin 1989
Klima, Probert trouble for Wings, Daily Collegian, 20 octobre 1988
WINGS LOST MUCH MORE THAN A GAME, Detroit Free Press
KLIMA’S PARTY NOW A WINGS’ NIGHTMARE, Detroit Free Press
Red Wings Sign Klima Again, Associated Press, 11 janvier 1999
Klima: trop cher au goût de Lapointe, Le Soleil, 16 janvier 1988
Klima veut vaincre son problème, La Presse, 16 septembre 1989
Demers: Nous n'avons pas cédé de supervedette, La Presse, 3 novembre 1989
L'incompris Petr Klima ne regrette vraiment rien, Le Soleil, 1er mars 1995
Que de passage, Petr Klima ne veut pas moisir dans les mineures, Le Soleil, 11 janvier 1997
Les Oilers offrent une nouvelle chance à Klima, Le Droit, 22 février 1997

2 commentaires:

Jellos a dit…

Klima, un joueur à sens unique, flamboyant sur la glace... et encore plus à l'extérieur. Si Savard l'avait obtenu en 89, je l'aurais bien vu avec Shayne Corson comme co-chambreur... Merci pour cette bio détaillée.

Anonyme a dit…

Excellent compte-rendu d’un hockeyeur coloré. Merci!