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jeudi 31 août 2023

Joueur oublié des 90's #81 - Vladimír Růžička

 




Né le 6 juin 1963 dans la ville tchèque de Most, Vladimír Růžička était un peu le prototype de Jaromir Jagr avant l'arrivée de ce dernier quelques années plus tard. Sa grande portée (6'-3") et son maniement de la rondelle en firent un des meilleurs jeunes joueurs tchèques des années 80. Il se distingua d'abord sur la scène junior internationale, remportant d'abord une médaille d'or aux mondiaux des moins de 18 ans en 1979 et ensuite trois médailles d'argent consécutives aux U20, dont les tournois de 1981 et 1983 où il termina au premier rang des pointeurs. 

Suite à ces bonnes performances, les Maple Leafs prirent le pari de le sélectionner en 4e ronde (73e au total) du repêchage de 1982. Cependant, malgré une signature de contrat, il était peu probable de voir Ruzicka de sitôt dans l'uniforme les Leafs, le seul moyen pour un si jeune joueur tchèque de jouer dans la LNH étant à ce moment de faire défection.

Désormais professionnel, le jeune centre évolua d'abord au sein du Litvinov HC de la première division tchécoslovaque, ligue qu'il domina durant le reste de la décennie, terminant 5 fois en 6 ans au premier rang des buts marqués entre 1983-84 et 1988-89. Sa meilleure saison fut celle de 1985-86 où il termina avec 41 buts et 32 passes pour 73 points en 43 matchs. Il continua également de se distinguer au niveau international avec une médaille d'argent aux Olympiques de 1984, en plus d'une médaille d'or aux championnats du monde de 1985.

Après la saison 1988-89 où il termina de nouveau en tête des pointeurs, Glen Sather des Oilers voyait Ruzicka dans sa soupe et voulait faire son acquisition. Il se rendit à Prague durant l'été 89 pour négocier avec lui et les autorités tchécoslovaques qui refusèrent toutefois tout transfert de sa part. Ils se ravisèrent toutefois en décembre en lui donnant la permission de quitter le pays. Les Oilers, qui avaient précédemment obtenu ses droits des Maple Leafs en retour d'un choix de 4e ronde (Greg Walters) mirent alors Ruzicka sous contrat pour 4 saisons. Après quelques semaines de négociations supplémentaires et compliquées avec les dirigeants tchécoslovaques, Ruzicka put finalement mettre le pied à Edmonton le 10 janvier 1990.

Lors de son premier match contre les Jets, Ruzicka n’amassa aucun point mais fit toutefois les manchettes pour avoir écopé d'une pénalité inusitée. À la fin de la 2e période, il sauta du banc pour aller féliciter son gardien Bill Ranford. Les Jets protestèrent alors à l'arbitre qu'il n'avait pas le droit, alors que contrairement aux circuits européens, les joueurs au banc doivent retraiter au vestiaire. Ce ne fut toutefois pas une pénalité coûteuse alors que les Oilers gagnèrent le match 6-3 et il fit bien rigoler ses coéquipiers.

Il connut quelques jours plus tard son premier bon match avec une récolte de 2 buts et 1 passe. Jumelé par moments à Jari Kurri et Esa Tikkanen (l'ancien poste occupé par Wayne Gretzky), Ruzicka fit quelques flammèches à Edmonton, terminant cette première demi-saison dans la LNH avec 11 buts et 6 passes en 25 matchs. Cependant, le gros problème de Ruzicka qui fut remarqué par les entraîneurs des Oilers était son jeu défensif qu'on qualifia comme ultra-nul, même paresseux. Le considérant nuisible à cet égard, Ruzicka ne participa à aucun match en séries lors du parcours des Oilers jusqu'à la coupe de 1990. Comme il n'avait aussi joué que 25 matchs durant la saison, son nom n'apparaît pas sur la coupe mais il obtint tout de même une bague.

N'ayant désormais plus d'utilité pour lui et en surplus de joueurs de centre, les Oilers se débarrassèrent rapidement de Ruzicka au début de la saison suivante, l'envoyant aux Bruins en retour du défenseur Greg Hawgood (note à moi-même, un autre bon candidat pour cette série). 

Il débuta donc la saison 1990-91 à Boston et devint un favori de la foule à ses débuts par ses envolées électrisantes. Cependant, une blessure à la cheville mit fin à sa saison, mais parvint à revenir durant les séries, où il put participer cette fois, récoltant un bon 2 buts et 11 passes en 17 matchs.



La saison 1991-92 fut ensuite très bénéfique pour Ruzicka. Puisque Cam Neely ne put jouer que seulement 8 matchs durant cette saison, c'est Ruzicka qui hérita de sa place sur le premier trio avec Craig Janney et ensuite son remplaçant Adam Oates. Faisant fi de ses lacunes défensives, les Bruins purent obtenir une splendide saison du joueur tchèque qui récolta 39 buts et 36 passes pour 75 points, soit le premier rang chez les attaquants des Bruins, derrière Raymond Bourque à 81 points. Il fut toutefois décevant en séries avec seulement 2 buts et 3 passes en 13 matchs.

Des blessures vinrent lui nuire à nouveau en 1992-93 où il ne put jouer que 60 matchs et perdit sa place sur le premier trio au profit de Joé Juneau et Dmitri Kvartalnov. Son manque d'ardeur à l'entraînement et en défensive lui firent perdre aussi la grâce de son nouvel entraîneur, Brian Sutter. Il termina donc cette deuxième saison complète avec 41 points dont 19 buts.



Son contrat échu et libéré par les Bruins après trois saisons, Ruzicka signa comme agent libre avec les Sénateurs d'Ottawa pour une somme considérable de 425,000$ pour la saison 1993-94. Il retrouva à Ottawa son ancien entraîneur Rick Bowness, celui qui lui avait donné sa grosse chance à Boston lors de sa bonne saison de 1991-92. Toutefois, son jeu défensif atroce étant désormais mis au grand jour au sein d'un faible club, Ruzicka était misérable à Ottawa, où il n'avait plus un aussi bon apport offensif de ses coéquipiers pour finir ses jeux. Après avoir été laissé de côté quelques matchs et n'ayant que 5 buts et 13 passes au compteur en 42 matchs, la carrière de Ruzicka dans la LNH prit abruptement fin le 9 février 1993 lors d'un entraînement. 

Lui reprochant son manque d'effort lors de la pratique, Bowness fracassa son bâton et apostropha violemment Ruzicka en lui criant de quitter les lieux. Les Sénateurs le placèrent quelques jours plus tard au ballottage mais aucune équipe ne se manifesta, lui laissant le champ libre pour aller jouer en Suisse. Il termina donc la saison 1993-94 entre le club EV Zug en Suisse (qui compensa en partie les Sénateurs) et finalement suivi d'un retour chez soi avec le club de Prague. Il retrouva ses repères dans sa patrie, devenant capitaine de son club et terminant meilleur pointeur en 1995-96. 

Vint ensuite les Jeux Olympiques de 1998 à Nagano. Comme il s'agissait de la première participation de la LNH aux Jeux, on croyait tous que la finale allait mettre en vedette le Canada et les États-Unis, soit une reprise de la coupe du monde de 1996 remportée par les américains. Cependant, c'est la nouvelle République Tchèque, constitué seulement à moitié de joueurs de la LNH, qui causa la surprise et remporta l'or avec comme capitaine, un Vladimir Ruzicka désormais âgé de 34 ans. 

Malgré la présence de Jaromir Jagr et surtout Dominik Hasek, on ne donnait pas grande chance aux Tchèques face aux Canadiens, Américains ou même les Russes avec comme attaquants des joueurs tels que Pavel Patera, Robert Lang ou Martin Rucinsky.



 

Lors des quarts-de-finale, alors que les américains dominaient le jeu et menaient 1-0 après une période, Ruzicka a fait ce qu'on attend de tout grand capitaine qui se respecte, soit de prononcer un speech inspirant. Dans le documentaire «The Nagano tapes» racontant ce parcours des Tchèques, Roman Hamrlik n'a pas osé révéler ce que contenait ce fameux speech désormais légendaire dans le folklore du hockey tchèque, déclarant seulement «you don't wanna know» à l'interviewer. 

Mais en plus de faire son speech, Ruzicka mit la main à la pâte, profitant d'un retour de lancer de Jagr pour créer l'égalité. Son équipe transformée l'emporta finalement 4-1 et ne traîna plus jamais de l'arrière durant le restant du tournoi.

Suite à ce tournoi féerique pour les Tchèques, Ruzicka joua encore deux saisons comme capitaine du HC Prague, prenant sa retraite après la saison 99-2000. Il fit ensuite directement le saut derrière le banc, en plus d'éventuellement occuper aussi le poste de DG, et ce jusqu'en 2014. Il mena son club à trois titres de la ligue tchèque, en plus d'entraîner l'équipe nationale à plusieurs reprises, dont une médaille d'or aux championnats du monde de 2005 et de 2010. Il fut également en poste lors des Olympiques de 2010. Il fut depuis entraîneur de différents clubs mais il semble avoir perdu sa touche gagnante. Il est présentement entraîneur-chef du HC Slovan en 3e division. Il fut également accusé de fraude en 2020 pour avoir apparemment reçu un pot-de-vin du père d'un joueur qui voulait s'assurer que son fils joue avec son club. Ruzicka se déclara innocent, il aurait apparemment cru qu'il s'agissait d'une commandite et non pas d'un pot-de-vin...


La fiche en carrière de Vladimir Ruzicka dans la LNH fut de 82 buts et 87 passes pour 129 points en 233 matchs.
Sa fiche dans les ligues tchèques fut de 403 buts et 405 passes pour 808 points en 648 matchs.

Son numéro 97 fut retiré par le HC Prague et il fait partie du temple de la renommée du hockey Tchèque.


Sources:
Les Oilers d’Edmonton devront faire plus vite
, La Tribune, 6 dec. 1989
Bowness expulse Ruzicka, Le Droit, 10 février 1994
Vladimir Ruzicka soumis au ballotage, La Tribune, 16 février 1994
Vlad can laugh at first lesson, Edmonton Journal, 15 janvier 1990
Hockey draft central

jeudi 29 juin 2023

Repêcher Anton Šťastný


L’histoire des frères les Šťastný est assez connue. Ce quasi-roman d’espionnage bien ancré dans la période de la guerre froide et qui passe par l’Autriche a été bien documenté, en plus d’avoir été l’objet d’un livre du journaliste Robert Laflamme en 2012. La partie repêchage de l’histoire est toutefois un peu moins connue.

À ce moment, on regardait peu du côté de l’Europe pour former son équipe ou pour repêcher. À part quelques rares exceptions, presque exclusivement des suédois et des finlandais, on se limitait au Canada. Même les américains étaient rares. Alors pour ce qui est des joueurs des pays situés derrière le rideau de fer, qui n’étaient pas libres de quitter leur pays librement, on parle ici de quelques curiosités ici et là. Avant 1978, seulement les Flyers avaient choisi un soviétique au repêchage, en 1975, Viktors Hatulevs.

Les Canadiens avaient tenté le coup à ce même encan de 1978 avec un lointain choix de 12e ronde (201e au total) pour choisir le soviétique Vyacheslav Fetisov. À ce moment, Sam Pollock avait justifié ce choix inusité en évoquant le fait que les tchécoslovaques pensaient peut-être éventuellement laisser aller leurs vétérans jouer à l’étranger. Ainsi, qui sait ce qui pourrait se passer en URSS. C’était très hypothétique et vraiment une bouteille à la mer.

Outre Fetisov, seulement un autre soviétique a été sélectionné ce jour-là. Pour ce qui est des tchécoslovaques, il y a d’abord eu Ladislav Svozil, choisi par Détroit au 194e rang. Puis, quatre rangs plus tard, il y a eu Anton, qui est ainsi devenu le premier à être repêché du côté slovaque. Toutefois, en 1978, les Nordiques sont toujours dans l’AMH. Ce ne sont donc pas eux qui l’ont choisi. Ce sont les Flyers, qui avaient un œil sur les frères. Par contre, parmi les trois frères que nous avons connus avec les Nordiques (il y a aussi deux autres frères plus vieux que Marián, Peter et Anton), les deux plus vieux n’ont jamais été repêchés. À ce moment, Marián avait déjà 25 ans et Peter en avait 21 ans. À cette époque, l’âge de sélection était fixé à 20 ans.

Par contre, il y a eu confusion au sujet de l’âge d’Anton. Lorsqu’on réalisa qu’il n’avait que 19 ans, sa sélection fut invalidée.

En 1979, l’AMH est dissoute et les Nordiques font partie des quatre équipes (avec Edmonton, Hartford et Winnipeg) à être absorbées par la Ligue nationale. Les conditions d’admission sont par contre difficiles. Les nouveaux venus parviennent quand même à faire du marchandage pour pouvoir conserver certains de leurs joueurs (et ainsi éviter de devoir les retourner à l’équipe de la LNH à qui ils appartenaient). Par contre, elles ont définitivement besoin de profondeur.

Quand arriva leur premier repêchage, les Nordiques volèrent la vedette en manigançant pour mettre la main sur Michel Goulet au premier tour.

Au deuxième tour, le choix de Dale Hunter s’est avéré des plus judicieux. Au troisième, Lee Norwood est devenu un bon choix, bien que son passage à Québec ne représente qu’une petite partie de sa carrière.

C’est alors que lorsque vint la quatrième ronde, au 83e rang, Québec rechoisit Anton Šťastný. À ce moment, le choix d’un inaccessible tchécoslovaque par les Bleus parut alors plutôt incongru. Les besoins étaient pressants. Était-ce vraiment le temps d’aller à la pêche?

Évidemment, dans les journaux de l’époque, on parle beaucoup plus du coup fumant de Michel Goulet que de cet étonnant choix de quatrième ronde. Toutefois, il est intéressant de constater qu’à Montréal, dans La Presse, il a été reçu avec incompréhension, où l’on parla d’un coup d’épée dans l’eau, alors qu’à Québec, dans Le Soleil, on laissa le bénéfice du doute. On se disait qu’il y avait sûrement une raison pour justifier ce choix.

Il faudra attendre un an plus tard, en août 1980, pour que cette sélection finisse finalement par rapporter des dividendes, alors qu’un stratagème pour le moins audacieux permit de faire venir Peter et Anton. Après avoir pâti de la défection de ses frères, Marián ira les rejoindre un an plus tard.

Anton a joué 650 matchs dans l’uniforme fleurdelysé, amassant 252 buts, 384 passes, pour un total de 636 points.

Sources :

"Le Canadien choisit un Soviétique" de Bernard Brisset, 16 juin 1978, Montréal-Matin, page 70,

"Les Nordiques crient victoire" de François Béliveau, 10 août 1979, La Presse, page B1,

"Une sélection planifiée pour l’avenir" de Maurice Dumas, 10 août 1979, Le Soleil, page B1,

"Un nouveau livre sur la défection des Stastny" de Marc Delbès, La Presse Canadienne, 23 avril 2012, La Presse, (lapresse.ca),

hockeydraftcentral.com.

mardi 21 mars 2023

Igor Liba



 


Né le 4 novembre 1960 à Prešov en Slovaquie, Igor Liba n'a joué qu'une seule saison dans la LNH, mais ces quelques mois furent assez garnis en rebondissements.

Il était déjà considéré comme l'un des meilleurs joueurs de l'histoire de ce qui était alors la Tchécoslovaquie lorsque les Flames de Calgary en firent leur choix de 5e ronde (91e au total) du repêchage de 1983. Il venait à ce moment de mener son club, le ASD Dukla Jihlava, au championnat de la ligue tchèque, en plus de remporter une deuxième médaille d'argent d'affilée aux championnats du monde. 

Ailier gauche de 6'0" et 192 livres, Liba était un joueur complet tant à l'attaque qu'en défense et ne craignait pas non plus d'aller bousculer l'adversaire au besoin, ce qui en faisait un certain spécimen rare aux yeux des recruteurs nord-américains. 

Peter Stastny, probablement le meilleur joueur slovaque de l'histoire, déclara que Liba était un joueur naturel, capable de tout faire sur la glace et de mettre tout le monde dans sa poche. Un autre grand compliment vint de la part de Viktor Tikhonov, légendaire entraîneur de l'équipe nationale russe, qui déclara que Liba serait le premier joueur tchèque qu'il ajouterait sans hésitation à son équipe, le considérant comme un joueur au style universel.



 


De ses débuts professionnels en Tchécoslovaquie en 1979-80, jusqu'à la saison 1987-88, Liba avait à son actif quatre championnats tchèque, une médaille d'argent olympique (1984) ainsi que deux d'argent, une de bronze et une d'or aux championnats du monde, cette dernière à la spectaculaire édition de 1985, gagnant contre le Canada en finale. Durant cette dite période 79-88, il a amassé 196 buts et 392 points en 364 matchs dans la ligue tchèque, finissant meilleur buteur en 1983. Il fut également nommé meilleur joueur au pays en 1984.

Aux Jeux olympiques de Calgary en 1988, Liba (10 points) et son compatriote Dusan Pasek (11 points) terminèrent parmi les meilleurs pointeurs du tournoi malgré une absence des tchèques sur le podium. Cette performance attira l’œil des North Stars du Minnesota. Détenant déjà les droits sur Pasek, ils firent également l'acquisition de ceux de Liba en envoyant aux Flames un choix de 5e ronde au repêchage de 1988, choix qui devint l'attaquant Tomas Forslund. 

Les North Stars n'avaient plus qu'à se rendre en Tchécoslovaquie pour payer le gros prix pour obtenir Liba et Pasek. À l'époque, contrairement à l'Union soviétique, la Tchécoslovaquie permettait à ses plus vieux joueurs de traverser en Amérique du nord en retour de compensations financières.

Arrivé au Minnesota à la fin du mois d'août 1988, Liba ne parlait aucun mot anglais et avait beaucoup de difficulté à suivre durant le camp d'entraînement des North Stars. 

Si son compatriote Pasek parvint à faire l'équipe, il fut décidé par l'équipe que Liba devrait plutôt débuter dans les mineures à Kalamazoo pour s'acclimater au jeu nord-américain. 

Liba refusa et menaça plutôt de retourner en Tchécoslovaquie. Les North Stars firent alors d'une pierre deux coups en l'envoyant aux Rangers en compagnie de Rick Bennett et d'un autre joueur mécontent de son sort qui refusait d'aller dans les mineures, le fameux Brian Lawton, premier choix au total en 1983 qui avait grandement déçu depuis sa sélection. En retour, les North Stars reçurent 3 joueurs dont le défenseur Mark Tinordi en plus d'un choix de 3e ronde en 1989 qui devint Murray Garbutt.

Liba fit donc ses débuts dans la LNH avec les Rangers plutôt qu'avec les North Stars ou les Flames. Il s'en sortit quand même bien avec 2 buts et 7 points lors de ses 10 premiers matchs. Cependant, il fut rapidement échangé de nouveau lors d'un autre échange du DG Phil Esposito, celui qu'on surnommait alors «Trader Phil» par son impatience et sa rapidité de gâchette sur le marché des échanges. Liba fut donc inclus dans un autre échange, son troisième de l'année 1988, lorsqu'il fut envoyé aux Kings en compagnie de Todd Elik et Michael Boyce. En retour, les Rangers mirent la main sur Dean Kennedy et Denis Larocque.

Rare photo de Liba jouant avec Gretzky

À Los Angeles, on tenta immanquablement de jumeler Liba à nul autre que Wayne Gretzky. Cette expérience échoua toutefois assez rapidement. Gretzky déclara qu'il n'aimait pas jouer avec Liba car il est très dûr selon lui de jouer avec des joueurs tchèques, estimant qu'ils ne sont pas capables de s'adapter à d'autres styles de jeu. De son côté, Liba expliqua plutôt que la combinaison Liba-Gretzky ne fonctionnait pas car ils étaient tous les deux davantage des passeurs que des marqueurs. Il fut donc relégué sur les autres lignes et parfois laissé de côté. Au total il obtint 5 buts et 18 points en 27 matchs avec les Kings, ratant également quelques semaines d'activité avec une blessure à la main. Les Kings le libérèrent une fois la saison terminée. Au total, il aura obtenu 25 points en 37 matchs lors de sa seule saison dans la LNH.

Il y avait des offres sur la table pour lui pour rester dans la grande ligue mais il opta toutefois de retourner en Europe sous la promesse d'un lucratif contrat pour jouer en Allemagne. Ce fut toutefois une arnaque et il retourna plutôt en Tchécoslovaquie avec un de ses anciens clubs, le HC Kosice. Il déclara plus tard avoir regretté d'avoir laissé tomber la LNH aussi rapidement.

Il joua ensuite jusqu'en 2002-03, principalement en Tchécoslovaquie (la Slovaquie à partir de 1992), ainsi que quelques courts séjours en Suisse, en Finlande, en Autriche et en Italie. Il gagna une autre médaille olympique en 1992 avec une médaille de Bronze, ainsi qu'un autre championnat national en 1999.



 

Après sa retraite, il a brièvement été entraîneur au junior pour le HC Kosice. Il fut élu au sein du temple de la renommée slovaque en 2005.

En plus de ses 25 points en 37 matchs dans la LNH, Igor Liba aura aussi obtenu un total de 416 buts, 508 passes pour 924 points en 819 matchs en combinant ses totaux dans les différentes ligues et divisions européennes où il a joué. Il aura aussi obtenu 28 buts et 41 passes pour 69 points en 97 matchs sur la scène internationale.

Pour compléter la petite histoire, le pari tchèque aura probablement coûté cher aux North Stars puisque Dusan Pasek, lui qui accompagna Liba en Amérique du nord, fit lui aussi patate dans la LNH. Après une première saison de seulement 14 points en 48 matchs en 1988-89, il fut envoyé dans la Ligue internationale à Kalamazoo la saison suivante. Contrairement à Liba, Pasek accepta de s'y rapporter mais il quitta pour la Suisse après seulement 20 matchs à Kalamazoo.


Sources:
Greatest Hockey Legends
Gretzky de mauvais poil, Le Soleil, 29 décembre 1988


lundi 19 septembre 2022

Joueur oublié des 90's #67 - Jozef Stümpel


 

 

Gros joueur de centre à 6'3" et 220 livres, Jozef Stümpel est né le 20 juillet 1972 à Nitra dans l'ancienne Tchécoslovaquie. Il débuta avec le club local, le HC Nitra, en 1989-90 où il fut jumelé avec l'ailier Zigmund Palffy avec qui il débutera une grande amitié. Les deux se retrouveront d'ailleurs au sein de l'équipe junior aux championnats du monde et il récolteront ensemble deux médailles de bronze lors des années suivantes. Le duo se fit spécialement remarquer lors des U20 de 1991 alors que Palffy termina le tournoi avec 13 points en 7 matchs tandis que Stümpel récolta 8 points. Les deux furent ensuite repêchés dans la LNH au repêchage de 1991, Palffy en 2e ronde (#26 au total) par les Islanders et Stümpel également en 2e ronde (40e au total) par les Bruins.

Désormais joueur professionnel, Stümpel passa la saison 1991-92 en Allemagne avec le Kolner EC mais obtint un essai avec les Bruins en fin de saison où il joua 4 matchs, récoltant son premier but à la fin mars contre les Nordiques. Il débuta ensuite la saison 1992-93 avec le club-école des Bruins à Providence dans la ligue américaine mais fut rappelé par le grand club à la mi-novembre. Après une fiche de 1 buts 3 passes en 13 matchs, il fut retourné à Providence pour peaufiner son jeu. Il brûla ensuite la AHL le restant de la saison, terminant avec une fiche de 31 buts et 61 passes pour 92 points en seulement 56 matchs.

Sa progression se poursuivit lors des saisons suivantes à Boston. Après une saison de 23 points en 93-94 et une autre de 18 lors de la saison écourtée de 1995, il fit définitivement sa marque en 95-96 avec une fiche de 18 buts et 54 points. Il se manifesta davantage la saison suivante avec 21 buts, 55 passes pour 76 points, ce qui faisait de lui le meilleur pointeur des Bruins cette saison-là. 


Cependant les Bruins de 1996-97 ratèrent les séries pour la première fois depuis 1967 et de grands mouvements de personnel commençaient à se mettre en branle. Ils se départirent d'ailleurs d'Adam Oates, Bill Ranford et Rick Tocchet peu avant la fin de la saison après avoir constaté qu'ils allaient rater les séries. Durant l'été et peu après l'embauche de Pat Burns comme entraîneur, les Bruins se départirent de Stumpel en compagnie de Sandy Moger dans le but de faire l'acquisition du gardien Byron Dafoe et de l'attaquant ukrainien Dmitri Khristich des Kings de Los Angeles.

Également une équipe en déroute à ce moment, les Kings étaient en pleine ère post-Gretzky et avaient raté les séries à chaque année depuis la finale de 1993. Ils connurent cependant une certaine renaissance lors de cette saison 1997-98 avec l'émergence de plusieurs jeunes joueurs comme Glen Murray, Mattias Sundstrom et Vladimir Tsyplakov. C'était également la saison du retour de Luc Robitaille après quelques années d'exil et aussi une saison exemplaire du capitaine Rob Blake, gagnant du trophée Norris. Résultat, les Kings retournèrent en séries. 

Pour sa part, Stümpel fut également une des raisons de cette renaissance, connaissant sa meilleure saison en carrière alors qu'il termina de nouveau premier pointeur de son équipe avec 79 points. Il devint même un des meilleurs passeurs de la LNH alors que ses 58 passes firent de lui le 5e de la ligue à ce niveau.

Malheureusement, malgré un retour en force de Robitaille (39 buts et 74 points), les Kings et Stümpel régressèrent en 1998-99 et ratèrent les séries de nouveau. Stümpel ne put faire mieux que 12 buts et seulement 35 points en 64 matchs, ratant quelques matchs à cause de diverses blessures. 

Toutefois, cette mauvaise saison 98-99 força les Kings à frapper un gros coup sur le marché des échanges durant l'été 99, ce qu'ils firent en obtenant Zigmund Palffy des pauvres Islanders qui se devaient alors de couper dans leur masse salariale. Les Islanders inclurent également Bryan Smolinski dans cet échange «blockbuster» en retour notamment de Olli Jokinen, un prospect dont les Kings étaient déçus et qui prit d'ailleurs plusieurs saisons avant de débloquer. 

Maintenant réuni avec son grand ami sur la première ligne des Kings, Stümpel rebondit en 1999-00 avec une fiche de 58 points en seulement 57 matchs alors que malheureusement, il dut encore rater plusieurs matchs par cause de blessures. Cette bonne saison lui valut un lucratif nouveau contrat de 3 saisons à Los Angeles. La ligne Robitaille-Stümpel-Palffy continua de plus belle en 2000-01 alors que Palffy et Robitaille terminèrent la saison avec 89 et 88 points respectivement. Stümpel fut pour sa part encore blessé à plusieurs reprises, mais était encore près du un point par match avec 55 points en 63 parties. Il avait également raté quelques matchs en début de saison alors qu'il était en impasse contractuelle avant son nouveau contrat. Les Kings continuèrent alors leur belle progression en surprenant les Red Wings en première ronde des séries de 2001 avant de perdre en 2e ronde contre l'Avalanche.

Stumpel et Palffy lors de la conquête de la médaille d'or par la Slovaquie aux Championnats du Monde de 2002


Parlant d'impasse contractuelle, au même moment à Boston on retrouvait le capitaine Jason Allison, acquis en 1997 lors de l'échange d'Adam Oates, qui sortait tout droit d'une saison de 95 points avec les Bruins et qui exigeait plus de 7 millions, ce que les Bruins n'étaient pas près à débourser. Allison commença donc la saison 2001-02 en faisant la grève. Les Bruins retrouvèrent donc un partenaire d'échange familier, les Kings. En compagnie de Miko Eloranta, Allison prit le chemin de L.A. en retour de Stümpel et d'un autre ancien prospect des Bruins faisant un retour au bercail, Glen Murray.

De retour à Boston 5 ans plus tard, Stümpel se retrouva maintenant 2e centre derrière Joe Thornton mais obtint de bonne statistiques en compagnie de son compagnon de la deuxième chance à Boston, Glen Murray. Il obtint 58 points (dont 47 passes) en 2001-02 et ensuite 51 points en 2002-03.

Au même moment, les Kings se retrouvaient avec un problème au centre alors que Allison était sujet à de nombreuses blessures d'importance au cou et des symptômes post-commotions. Il dut rater les 3 quarts de la saison 2002-03 et ensuite l'entièreté de la saison 2003-04. De nouveau dégarnis au centre et la renaissance désormais passée date, les Kings se tournèrent également en terrain connu en faisant la ré-acquisition de Stümpel en retour de deux choix au repêchage qui n'aboutirent pas à grand chose pour les Bruins. 

Cette fois-ci, la magie n'opéra pas autant pour les piteux Kings qui non-seulement ratèrent les séries (2e de 6 saisons consécutives) mais établirent également un record avec 629 matchs ratés pour blessures à leurs joueurs. Ce record vient d'ailleurs tout juste d'être battu la saison dernière par le Canadien... Stümpel et Palffy ne purent sauver les meubles alors que Palffy ne put jouer que 35 matchs et Stümpel 64 et seulement 37 points pour ce dernier.

Retour à Boston...

 
Retour à L.A...

Après cette saison avec les Kings et la saison perdue de 2004-05, Stümpel devint agent libre et brisa finalement ce pattern Boston/Los Angeles en signant un contrat avec les Panthers. Avec cette nouvelle équipe, il connut d'abord deux saisons dans ses standards habituels de 50 points annuellement (52 et 57). Sa production chuta toutefois en 2007-08 à seulement 20 points en 52 matchs suite à quoi les Panthers rachetèrent son contrat.

Il opta ensuite de mettre le cap sur la KHL où il joua pour 3 clubs en 4 saisons, dont le Dynamo de Minsk où il fut élu capitaine. Il participa également au match des étoiles de la KHL en 2010. 

Il retourna ensuite au bercail en 2012-13 avec le club de sa jeunesse et de son patelin, le HC Nitra. En 2013-14, il en avait encore dans le ventre à l'âge de 41 ans, et il fut nommé MVP de la ligue Slovaque après une saison où il termina au premier rang des pointeurs avec 67 points en 54 matchs. Il fut ensuite nommé capitaine du HC Nitra. Il joua ensuite pour deux autres clubs de cette ligue avant de revenir à nouveau au HC Nitra, mais cette fois-ci dans le club du même nom en 3e division slovaque. Il s'y accrocha encore quelques saisons avant de finalement prendre sa retraite en 2020 alors qu'il était désormais rendu à 47 ans.

Il entraine désormais en niveau junior pour l'équipe nationale comme assistant entraineur.

En 957 matchs dans la LNH, sa fiche fut de 196 buts et 481 passes pour un respectable 677 points.

De son côté, Zigmund Palffy a lui aussi joué longtemps en Slovaquie après son retrait de la LNH en 2006. Il prit sa retraite en 2013 après 5 saisons comme capitaine du HK Skalica et un retour sur l'équipe Slovaquienne aux Olympiques en 2010, comme toujours aux côtés de Stumpel.


Panthers

Dynamo Minsk (KHL)


Sources:
Bruins trade Allison, Associated Press, 4 novembre 2001
Palffy Goes To Kings; Isles Get Prospects, NY Times, 21 juin 1999
First Line Regains Form, LA Times, 13 février 2000
Stumpel receives Kings ransom, CBC, 18 octobre 2000
Montreal Canadiens Set New NHL Record In The Worst Way, Montreal Hockey Now, 17 avril 2022



vendredi 29 juillet 2022

Petr Klima


 

L'histoire de Petr Klima est assez fascinante. J'hésitais à le mettre dans la série des «Joueurs oubliés des 90's» car il y a un je-ne-sais-quoi qui semble rendre Klima assez mémorable aux yeux des vieux de la vieille comme nous autres, que ce soit son nom amusant propice aux jeux de mots idiots ou bien son fameux but marqué en finale de 1990 contre les Bruins, ou sinon son fameux casque JOFA doublé d'un «mullet» assez garni à l'arrière. Mais je me suis aussi rendu compte que je ne connaissais Klima qu'en surface et un tel personnage se méritait une biographie en bonne et due forme.

Petr Klima est né le 23 décembre 1964 à Chomutov dans l'ancienne Tchécoslovaquie, dans la partie qui est maintenant la Tchéquie. Son père, Josef Klima, était un ancien joueur, dont la carrière dura presque 20 ans dans les différentes ligues tchèques de l'époque et sur la scène internationale. Petr débuta sa carrière avec le HC Litvinov en 1981. Il s'y illustra au cours des deux années suivantes, graduant avec le club senior à l'âge de 18 ans où il marqua 19 buts en 44 matchs. Ayant vu son potentiel lors des championnats du monde, l'entraîneur des Red Wings de Détroit Nick Polano convainquit l'équipe de prendre le risque et d'en faire leur choix de 5e ronde (86e au total) au repêchage de 1983. Le DG des Wings, Jim Devellano dit alors à Polano «Ok je l'ai pris. Maintenant tu dois aller le chercher».

Comme vous vous en doutez, pour jouer en Amérique du Nord, Klima se devait de faire défection, ce qu'il décida de mettre en branle une fois son service militaire terminé en 1985. Il aurait sinon fait défection en même temps que son ami Petr Svoboda, un an plus tôt en 1984.

Après plusieurs mois de négociations secrètes entre lui et les Wings, dont une signature de contrat dans le dos de l'équipe Tchèque à Vancouver lors de la coupe Canada de 1984, les deux partis passent à l'action. À la mi-août 1985, alors que son équipe s'entraînait de l'autre côté du rideau de fer à Nussdorf en Allemagne de l'Ouest, Klima faussa compagnie à ses coéquipiers lors d'un repas d'équipe pour sauter dans une voiture qui allait le conduire à un boisé où il avait ensuite à marcher plusieurs hectares de forêt pour finalement rejoindre Polano et le vice-président des Wings, Jim Lites. Ces derniers durent ensuite cacher Klima pendant quelques semaines dans les environs de Nussdorf et d'autres villes avoisinantes en Autriche.


Klima leur réserva alors quelques surprises. Il exigea entre autres d'avoir plus d'argent et que les Red Wings arrangent également le passage de sa copine, n'ayant que des marques de naissance comme seul moyen d'identifier cette dernière. Ils durent ainsi débourser beaucoup d'argent supplémentaire pour engager ce qui était techniquement des kidnappeurs professionnels pour réunir Klima et sa copine. Durant cette période en cachette dans les confins de l'Autriche, Klima aurait aussi crashé une Mercedes loué alors qu'il n'avait évidemment pas de permis. Tout ces «red flags» de la part de Klima deviendront une bonne indication de la suite des choses pour lui et les Wings.

Après toutes ces magouilles dignes d'un film d'espionnage qui auront coûté près d'un quart de million aux Red Wings, Klima arriva enfin à Détroit en septembre 1985. S'il n'était pas le premier à faire ainsi défection (Svoboda, les frères Šťastný, Miroslav Frycer, etc.), il était toutefois le premier à le faire pour une équipe américaine, les autres étant tous pour des équipes canadiennes. En honneur de sa nouvelle liberté, Klima choisit de porter le #85, l'année où il arriva finalement en Amérique du Nord. Plus tard en 1989, Alexander Mogilny fit de même avec son numéro 89 lorsqu'il devint le premier russe à faire défection. 

Au sein d'une équipe des Red Wings encore médiocre (après les années Dead Wings), Klima fit ses grands débuts dans la LNH à l'automne 1985. Il commença avec un but à son premier match, mais fut blanchi pour plusieurs matchs par la suite, suite à quoi il fut laissé de côté quelques matchs pour observer davantage le jeu nord-américain de la passerelle. À son retour, il commença à débloquer et termina tout de même cette saison recrue avec 32 buts et 56 points en 74 matchs. Il était toutefois le pire attaquant des Red Wings pour les +/- avec une fiche de -39. 

Un avant spectaculaire et rapide, Klima était un joueur très paresseux en défense et laissa plusieurs fans et entraîneurs sur leur faim quant au véritable potentiel offensif qu'il possédait. Il termina sa carrière avec une fiche de -122 et n'a eu que très rarement une fiche en saison positive à ce niveau.

Malgré de bonnes premières saisons offensives à Détroit, dont deux autres de plus de 30 buts, Klima profitait de sa nouvelle liberté, peut-être un peu trop de liberté aux yeux des Red Wings. Il se teignait les pointes des cheveux en blond, portait une boucle d'oreille, s'achetait des voitures luxueuses et faisait la fête. Il se fait également remarquer par son habitude de taper sa palette de seulement quelques bandes, un style qui sera surnommé «candy cane». Il porte aussi un gros casque JOFA 265 dont Don Cherry se moque en disant que Klima ne l'utilise que pour protéger sa chevelure blonde...

L'alcool est très présent au sein des jeunes Red Wings de l'époque et Klima défraie les manchettes par ses frasques en compagnie de Bob Probert, Joey Kocur et Sheldon Kennedy. Ils défient constamment le couvre-feu et manquent des pratiques. Klima est souvent arrêté au volant pour vitesse excessive et/ou facultés affaiblies. Durant les séries de 1988, les Red Wings sont finalement redevenus respectables et se faufilent jusqu'en finale de conférence contre les Oilers. En arrière 3-1 dans la série et faisant face à l'élimination, un groupe de 6 joueurs des Wings défient le couvre-feu et s'enfuient dans un bar. 

Klima, blessé, fait partie du groupe et aurait apparemment été celui qui a persuadé Probert, alors en probation et en tentative de sobriété, de venir les rejoindre. L'entraîneur Jacques Demers est découragé et ne peut plus voir Klima en peinture. Pourtant, avant sa blessure, Klima était en feu lors de ces séries avec une fiche de 10 buts en 12 matchs.


En septembre 1988, il est suspendu pour avoir encore enfreint les règles de l'équipe lors du camp d'entrainement. Il aurait entre autres manqué l'avion avant un match pré-saison. Il ne peut revenir avec l'équipe qu'après s'être excusé auprès de ses coéquipiers. En octobre, deux jours avant son retour avec l'équipe, il est de nouveau arrêté pour facultés affaiblies, d'avoir endommagé un autre véhicule en plus d'avoir tenté de s'enfuir. Après sa suspension, il est finalement envoyé dans la Ligue américaine pour un séjour de 5 matchs. Quand il revient à Détroit, il obtient tout de même 25 buts et 41 points en 51 matchs en 1988-89. Mais pendant ce temps, les Red Wings sont prêts à se débarrasser de Klima. Les Nordiques et le Canadien auraient notamment été dans le portrait pour l'obtenir. Les Red Wings sont toutefois assez gourmands dans leurs demandes. Serge Savard aurait d'ailleurs refusé de se départir de Stéphane Richer pour obtenir le tchèque. Les Nordiques auraient quant à eux refusé de se départir d'un choix de première ronde pour faire son acquisition.

Klima est finalement arrêté pour de bon en mai 1989 pour bris de probation après une troisième arrestation pour conduite sous influence de l'alcool où il tenta encore de s'échapper de la police. Il est condamné à 35 jours de prison durant l'été 1989 suivi d'une cure de désintox de 45 jours. 

Repentant à son retour et jurant ne plus jamais boire et de conduire, Klima reprend du service au début de la saison 1989-90. Il est toutefois finalement échangé lorsqu'il fait partie du «package deal» des Red Wings qui l'envoient à Edmonton en compagnie de Adam Graves, Joe Murphy et Jeff Staples en retour du malheureux Jimmy Carson, Kevin McClelland et un choix de 5e ronde en 1991.


À Edmonton, Klima dépasse de nouveau le plateau des 30 buts avec une fiche de 30 buts 33 passes pour 63 points. Mais durant les séries de 1990, il n'est utilisé que sporadiquement au sein de l'équipe toujours dominante des Oilers qui, après l'échange de Wayne Gretzky en 1988, avait beaucoup à prouver mais qui se retrouvait quand même très galvanisée suite à cet important échange amenant trois morceaux très utiles en Klima, Graves et Murphy. Ces deux derniers ont d'ailleurs marqué l'imaginaire collectif des Edmontoniens en formant la «Kid Line» avec Martin Gélinas lors de ce printemps magique de 1990. On peut dire que Glen Sather aura quand même bien rentabilisé l'échange de Gretzky avec ce qu'il a pu obtenir en retour de Carson. Gélinas a aussi été obtenu dans l'échange de la merveille avec les Kings.

Pour sa part, Klima n'obtient que 5 buts et aucune passe en 21 matchs. Cependant, un de ces buts fait aussi partie de la légende et du folklore des Oilers. Lors du premier match de la finale contre les Bruins, l'égalité de 2-2 persistait après trois périodes. Après deux périodes supplémentaires, c'était toujours l'impasse. Finalement, à 15:13 de la 3e période de surtemps, c'est un Petr Klima très frais qui vint sceller l'issue du match. L'entraîneur John Muckler n'aimait pas le jeu non-fiable de Klima en défense pour risquer de perdre le match. Il n'avait donc que très peu joué, dont aucune minute durant ces périodes supplémentaires. Mais avec la plupart de ses joueurs exténués, il se tourna finalement vers Klima et le pari fut bénéfique. Il s'agit encore à ce jour du plus long match de finale dans l'histoire de la LNH.


Malgré tout ça, Klima demeura quand même «benché» pour la majorité des matchs suivants et n'obtiendra aucun autre point durant cette finale.

Après son arrivée à Edmonton et cette première saison fructueuse là-bas, Klima s'est assez assagi par la suite pour ses activités hors-glace. Il déclara plus tard que ses premières années en Amérique du Nord furent difficiles personnellement et que l'alcool était un moyen de se dégêner avec ses coéquipiers et pour oublier ce qu'il avait laissé derrière lui. Il énonça également que la culture étant différente dans son pays, particulièrement pour l'alcool au volant où c'était selon lui plus accepté là-bas. 

Il connut ensuite sa meilleure saison en carrière en 1990-91 avec une fiche de 40 buts et 28 passes pour 68 points. Aucun membre des Oilers ne marquera plus de 40 buts après lui jusqu'à la saison de 41 buts de Connor McDavid en 2017-18 et ensuite Leon Draisaitl et ses saisons subséquentes de 50 buts et plus. Klima fut également un membre plus important en séries en 90-91 lorsque les Oilers s'inclinèrent en finale de conférence et où il obtint 7 buts et 13 points en 18 matchs. Sa saison 90-91 représentait également un sommet en carrière pour lui avec une fiche de +24.

Il joua deux autres saisons à Edmonton, dont une de 32 buts en 1992-93. Mais comme Klima n'était pas vraiment un passeur, il ne termina la saison qu'à 48 points, ce qui était (tristement) quand même bon pour le premier rang des piteux Oilers de 92-93 en pleine période post-dynastie... Klima n'est toutefois pas très heureux à Edmonton, détestant le froid lui rappelant trop la Tchécoslovaquie, et désire être échangé aux États-Unis pour obtenir la citoyenneté américaine.

Voulant de toute manière se reconstruire et se rajeunir, les Oilers envoient Klima au Lightning de Tampa Bay durant l'été 93 en retour de considérations futures qui deviendront un choix de 3e ronde en 1994 qui n'aboutit à pas grand chose (Brad Symes). Il obtint une autre saison de plus de 20 buts en 93-94 avec 28 buts et 55 points avec le Lightning. Il y joua deux autres saisons avant d'être échangé aux Kings de Los Angeles à l'été 1996 en retour d'un choix de 5e ronde.


 
Rare photo de son passage à L.A.

Son arrivée à L.A et la saison 1996-97 marqua toutefois le début d'une phase nomade et la fin qui approche pour Klima. Après seulement 8 matchs où il ne récolta aucun but, il fut rapidement échangé de nouveau, cette fois-ci aux Penguins de Pittsburgh en retour de considérations futures. Ce ne fut guère mieux à Pittsburgh lorsqu'après 9 matchs et seulement 1 but, il est rétrogradé dans les mineures avec les Lumberjacks de Cleveland dans la IHL. Il refusa initialement de s'y rapporter, déclarant qu'il préférait prendre sa retraite que d'être un joueur des ligues mineures. Les Penguins lui offrirent alors de racheter son contrat, ce qu'il refusa. Après quelques jours, il parvint à s'entendre avec l'équipe pour se rapporter à Cleveland avec une permission spéciale de pouvoir retourner à sa maison de Tampa Bay aux deux semaines. 

Après quelques mois et tout de même une bonne fiche de 21 points en 19 matchs avec les Lumberjacks, les Penguins passent à l'acte et rachètent son contrat. Libre comme l'air, il parvient toutefois à s'entendre avec son ancienne équipe, les Oilers, qui le signent comme agent libre pour terminer cette saison 1996-97. Il n'est toutefois qu'un passager avec les Oilers où il obtient 1 buts et 5 passes en 16 matchs et n'est de nouveau que très peu utilisé lors du retour des Oilers en séries en 1997, parcours où ils surprendront les Stars de Dallas en 7 matchs avant de s'incliner en 2e ronde contre l'Avalanche.

Retour à Edmonton avec la nouvelle version du chandail des Oilers... mais toujours son tape de bâton de style «candy cane».

Libéré par les Oilers et sans contrat dans la LNH, Klima met le cap sur la ligue allemande en 1997-98. Il est toutefois ramené une nouvelle fois au bercail, cette fois-ci par les Red Wings. Il obtient un essai lors du camp d'entraînement mais les Red Wings ne lui proposent qu'un contrat à deux volets et de débuter la saison dans les mineures, ce qu'il refuse encore une fois. Il ne changera d'idée que quelques mois plus tard, soit en janvier 1999. Après quelques semaines avec les Red Wings d'Adirondack, c'est finalement le 14 février 1999 que Klima put finalement revenir dans la LNH, avec sa première équipe maintenant totalement différente de lorsqu'il l'a quitté 10 ans plus tôt. Il ne restait d'ailleurs que Steve Yzerman comme seul survivant de cette époque chez les Wings.

Lors de son premier match de retour avec les Wings, Klima marqua son dernier but dans la LNH, qui est étrangement sur Youtube en qualité plus que médiocre:

Klima n'étant qu'avec les Red Wings simplement que pour cette fin de saison et en attendant que quelques blessés reviennent, il ne récoltera pas d'autres points en 13 matchs et ne sera qu'un spectateur durant les séries où il ne joua aucunement. Ce furent ses derniers moments dans la ligue.

Il prit alors sa retraite mais revint au jeu en 2001-02 dans son ancienne patrie libérée avec son premier club de sa jeunesse, le Litvinov HC en première division tchèque. Il termina premier pointeur de son club cette saison-là. Il y joua une dernière saison en 2002-03 avant d'accrocher ses patins pour de bon.

Ses fils jumeaux, Kevin et Kelly Klima, ont plus tard joué dans la LHJMQ avec les Wildcats de Moncton et les Saguenéens de Chicoutimi. Non-repêchés, ils ont joué quelques temps dans les mineures avant de tous les deux revenir en Tchéquie en première division. Le paternel est pour sa part entraîneur du SK Trhači Kadaň en 2e division depuis la saison 2017-18.

 

En 786 matchs dans la LNH, Petr Klima aura obtenu 313 buts et 260 passes pour 573 points.

Pour finir, je vous laisse sur une de ses publicités en 1987 pour la boisson gazeuse Vernors.



Sources:
The Haughtiness of Petr Klima, Crime in Sports
2 CZECH HOCKEY STARS WHO DEFECTED SAY MOGILNY HAS STRENGTH TO SURVIVE, Buffalo News, 14 mai 1989
The defection of Petr Klima was like a bad spy novel, but Red Wings got their man, Vintagedetroit.com, 31 janvier 2016
KLIMA ARRESTED ONCE AGAIN ON DRUNKEN DRIVING CHARGES, Orlando Sentinel, 31 mai 1989
Penguins buy out Petr Klima’s contract, Associated Press, 31 janvier 1997
DEMERS: DRINKING BY PROBERT, OTHERS CAUSED DETROIT'S LOSS, Washington Post, 12 mai 1988
Klima sentenced to jail, UPI, 16 juin 1989
Klima, Probert trouble for Wings, Daily Collegian, 20 octobre 1988
WINGS LOST MUCH MORE THAN A GAME, Detroit Free Press
KLIMA’S PARTY NOW A WINGS’ NIGHTMARE, Detroit Free Press
Red Wings Sign Klima Again, Associated Press, 11 janvier 1999
Klima: trop cher au goût de Lapointe, Le Soleil, 16 janvier 1988
Klima veut vaincre son problème, La Presse, 16 septembre 1989
Demers: Nous n'avons pas cédé de supervedette, La Presse, 3 novembre 1989
L'incompris Petr Klima ne regrette vraiment rien, Le Soleil, 1er mars 1995
Que de passage, Petr Klima ne veut pas moisir dans les mineures, Le Soleil, 11 janvier 1997
Les Oilers offrent une nouvelle chance à Klima, Le Droit, 22 février 1997

mardi 20 juillet 2021

Joueur oublié des 90's #55 - Jaroslav Otevřel


L'autre jour, j'ai publié cette carte sur notre Instagram, principalement parce que c'était un joueur obscur que je n'avais jamais vu avant et aussi parce que son nom m'amusait. C'est pas mal l'ensemble des critères et le maximum de recherches que je fais avant de choisir une de ces cartes d'ailleurs. Ce n'est que par après que je me suis rendu compte que ce joueur avait une histoire qui méritait d'être racontée ici. Même que son périple mérite que j'aille copier-coller ce R avec un accent circonflexe à l'envers pour bien lui rendre justice.


Jaroslav Otevřel est né le 16 septembre à Gottwaldov en Tchécoslovaquie, maintenant la République Tchèque mais encore plus maintenant «la Tchéquie». En fait, Gottwaldov est depuis 1990 renommée sous le nom de Zlín, l'ancien nom datant d'avant 1948 durant l'ère communiste. Un ailier costaud de 6'2" et 185 livres, Otevřel s'illustra en première division tchèque de 1987 à 1991, principalement au sein du club de son patelin, le TJ Gottwaldov, club qui fut aussi renommé sous le nom du TJ Zlín en 1990, en même temps que la ville et le pays... Il avait alors comme coéquipier le futur premier choix de 1992, Roman Hamrlik.

Otevřel se distingua particulièrement en 1990-91 alors qu'il mena son club avec 24 buts et 48 points en 49 matchs en plus de mener la ligue pour les minutes de pénalité (105). Cette excellente saison lui valut de faire partie de la première classe du repêchage des Sharks de San Jose, qui firent sa sélection en 7e ronde (133e au total) lors du repêchage de 1991. Otevřel cadrait assez bien dans la philosophie des premières années des Sharks, soit d'aligner beaucoup de gros joueurs et d'européens. 

Il joua une autre saison en République Tchèque avant de faire le saut en Amérique du nord en 1992-93 mais était considéré comme un projet à long terme incertain.


Les Sharks l'assignèrent à leur club-école, les Blades de Kansas City où il obtint 17 buts, 27 passes pour 44 points en 62 matchs. Il fut également rappelé avec les Sharks l'espace de 7 matchs en janvier 1993 où il obtint 2 passes. Le même scénario se répéta en 1993-94 alors qu'il passa la majorité de la saison à Kansas City (fiche de 20-33-53 en 62 matchs). 
 
Il joua cette fois 9 matchs dans la LNH avec les Sharks et s'illustra davantage avec une fiche de 3 buts et 2 passes. 

Cependant, la jeune organisation des Sharks avait davantage de jeunes joueurs plus intéressants dans son pipeline (Viktor Kozlov, Jeff Friesen, Andrei Nazarov, Ray Whitney, etc...) et durent donc faire de la place en libérant entre autres Otevřel. Ce dernier abandonna son parcours dans la LNH et mit donc le cap sur la Finlande dans la SM-Liiga avec le club Porin Ässät pour la saison 1994-95.

C'est lors de sa deuxième saison en Finlande, plus précisément le 11 février 1996 lors d'un match contre le JYP Jyväskylä, que sa vie changea dramatiquement. En effectuant un inoffensif repli en défense près de son filet, Otevřel perdit pied sur le bâton d'un adversaire et percuta le genou d'un autre adversaire, l'ancien des Blues Vitali Karamnov. Les deux vinrent finir cette collision en percutant la bande. Karamnov s'en tira sans trop de problème mais il s'avéra qu'Otevřel s'est brutalement cassé le cou sur le genou de Karamnov et il demeure jusqu'à ce jour paralysé du cou jusqu'aux pieds.

Vous pouvez voir ici un vidéo de l'incident si vous n'êtes pas trop nerveux...

 


Suite à cette fin de carrière tragique, Otevřel retourna vivre à Zlín en compagnie de son épouse et sa jeune fille. Il travaille de la maison en utilisant un ordinateur qu'il contrôle avec la bouche. 

Son numéro 89 fut plus tard retiré par Ässät mais à sa demande, il n'est pas hissé dans les hauteurs de l'aréna.

En 16 matchs dans la LNH, sa fiche fut de 3 buts et 4 passes pour 7 points.
En 124 matchs dans la IHL, sa fiche fut de 37 buts et 60 passes pour 97 points.
En 200 matchs dans la première ligue Tchèque, sa fiche fut de 62 buts et 57 passes pour 119 points.
En 93 matchs dans la SM-Liiga, sa fiche fut de 23 buts et 44 passes pour 67 points.

samedi 27 février 2021

Les grands voyageurs #4: Brent Ashton


 

Voici l'histoire d'un joueur qui est dans ma pile depuis un petit moment, soit depuis que j'ai su qu'il était co-détenteur du record pour le joueur qui a été échangé le plus souvent dans l'histoire de la LNH, soit 9 fois, record partagé avec Mike Sillinger qui lui a aussi le record pour le nombres d'équipes avec 12. Je me disais donc qu'il méritait définitivement sa place dans cette série.


Brent Kenneth Ashton est né le 18 mai 1960 à Saskatoon. Après 4 saisons passées avec le club junior de sa ville natale, les Blades de Saskatoon dans la WHL, Ashton était bien en vue pour le repêchage de 1979, où il fut repêché au 26e rang par les Canucks. Il fit immédiatement l'équipe en 1979-80 mais sa première saison fut écourtée par une grave blessure au genou. Il joua en tout 47 matchs et obtint 19 points. Il joua ensuite une deuxième saison à Vancouver où il obtint 18 buts et 29 points. 

C'est toutefois à l'été 1981, après sa deuxième saison qu'il connut le premier échange de sa carrière. En fait, il s'agissait d'un échange compliqué à trois équipes, ce qui fait donc rapidement avancer le décompte à 2 échanges. Il passa d'abord aux Jets de Winnipeg en plus d'un choix de 4e ronde. Il s'agissait en fait d'une compensation aux Jets suite à la signature de l'agent libre avec restriction, le légendaire tchèque Ivan Hlinka, par les Canucks. Les Canucks avaient également envie de réunir Hlinka avec un autre tchèque, le défenseur Jiri Bubla. Bubla et Hlinka étaient en fait disponibles par le bienfait d'un repêchage spécial de joueurs provenant de la Tchécoslovaquie, les premiers transferts alors autorisés par ce pays.  Seulement des joueurs en fin de carrière purent se joindre à la LNH.

 

Les Canucks firent donc un arrangement avec les Rockies du Colorado. Ces derniers promirent de sélectionner Bubla et de l'envoyer ensuite aux Canucks. En retour, les Rockies obtinrent Ashton et un choix de 3e ronde des Jets qui eux, reçurent l'attaquant Lucien DeBlois en provenance du Colorado. C'était donc Hlinka et Bubla à Vancouver, Ashton au Colorado et DeBlois à Winnipeg avec quelques choix ajoutés au travers...

Ce premier (double) échange d'Ashton marqua alors le décollage de sa carrière de grand voyageur, alors qu'il habitera dans 4 villes différentes au cours des 4 années suivantes.

Il joua d'abord la saison 1981-82 avec les Rockies, où il connut sa meilleure saison jusqu'à ce moment avec 24 buts et 60 points dans ce qui fut la dernière année d'existence de la franchise. Il était d'ailleurs le meilleur pointeur de la faible équipe.


Il suivit ensuite l'organisation lors du déménagement au New Jersey en 1982-83 et joua l'entièreté de la première saison des Devils, avant d'être échangé une troisième fois lorsqu'il passa aux North Stars en octobre 1983 en retour de Dave Lewis. 

Son parcours au Minnesota fut le moins productif de sa carrière, alors qu'il ne marqua que 7 buts et 17 points en 1983-84. L'équipe l'envoya ensuite (pour son 4e échange) aux Nordiques en décembre 1984 en compagnie de Brad Maxwell. 

En retour, les North Stars mirent la main sur Tony McKegney et Bo Berglund. 

 


C'est à Québec qu'il connut quelques-uns de ces meilleurs moments. Il termina cette saison 84-85 en force avec les Nordiques avec 27 buts et 51 points en 49 matchs, lui donnant sa première saison de plus de 30 buts avec les 4 autres buts qu'il avait récolté au Minnesota. Il connut ensuite une autre bonne saison en 85-86 avec 26 buts et 58 points. 

Il fit toutefois partie d'un échange majeur durant la saison 1986-87, lorsqu'il passa aux Red Wings en compagnie de Gilbert Delorme et Mark Kumpel. En retour les Nordiques mirent la main sur John Ogrodnick, Basil McRae, et Doug Shedden. Cette transaction sera toutefois un mauvais coup pour le fleurdelisé alors que Ogrodnick exigea plus tard d'être échangé et les autres ne firent également que passer. 

Ashton avait à ce moment 25 buts en 46 matchs à Québec et en récolta 15 autres à Detroit, ce qui lui valut sa première et seule saison de 40 buts, et son plus haut total de points avec 75.

 

Il joua la saison 1987-88 au complet à Detroit (fiche de 26-27-53) mais fut une fois de plus utilisé comme monnaie d'échange pour sa sixième transaction, lorsqu'il passa aux Jets à l'été 1988 en retour de l'attaquant et futur coach des Sénateurs Paul MacLean. Ce fut donc un retour à Winnipeg après celui de quelques minutes lors de son premier échange à trois équipes en 1981, et c'est à Winnipeg qu'il joua le plus longtemps. 

Il connut d'abord une bonne première saison de 31 buts et 68 points en 88-89 et ensuite il vit sa production chuter à 56 en 89-90 et finalement 36 points en 90-91. Après seulement 7 matchs en 1991-92, il passa aux Bruins en retour de Petri Skriko, dans ce qui était son 7e échange.

Il obtint 17 buts et 39 points avec les Bruins, mais des blessures aux genoux commençaient à vraiment le malmener durant cette saison. Il rata donc une partie de la saison 1992-93 où il joua ses premiers matchs jusqu'à maintenant dans les mineures avec les Bruins de Providence. Il ne termina pas cette saison à Boston mais plutôt à Calgary puisque les Bruins l'échangèrent en février 1993 aux Flames en retour de l'attaquant C.J Young.


 


Sans contrat la saison suivante, il ne reçut pas d'offre d'une nouvelle équipe et joua donc dans la IHL avec le Thunder de Las Vegas. Une autre blessure au genou vint toutefois couper court à sa carrière alors qu'il était supposément en pourparlers avec les Kings pour un retour dans la LNH. Il prit donc sa retraite à 33 ans.

C'était donc la carrière de ce grand voyageur du nom de Brent Ashton, co-détenteur du record pour le plus de transactions... En fait non, ce n'est pas vrai. Si vous recomptez avec moi, il a été échangé 8 fois et non pas 9 comme le prétend la légende et même le livre des records Guinness. J'ai revérifié et le compte est bel et bien de 8 échanges selon plusieurs sources dont les plus fiables, hockeydb et NHL Trade Tracker. Ce serait donc véritablement Mike Sillinger le recordman légitime dans les deux catégories. Je me demande pourquoi la confusion demeure sur un bon nombre de sources contradictoires. Peut-être une transaction oubliée dans un autre échange à trois équipes? 

Je crois en fait que plusieurs ont simplement mal compté ou mal analysé les équipes où il a joué car Ashton a bel et bien porté 10 uniformes différents mais parmi ces 10, on retrouve la même franchise avec les Rockies/Devils. Peut-être que certaines sources ont tout simplement déduit que pour avoir joué avec 10 équipes, tu devais avoir été échangé 9 fois, ce qui est techniquement faux car tu n'es pas échangé de ta dernière équipe, dans son cas les Flames.

Mais quoiqu'il en soit, Ashton fut bel et bien détenteur du record de 8 échanges mais seulement jusqu'en janvier 2006 lorsque Mike Sillinger passa des Blues aux Predators dans ce qui était alors son 9e et dernier échange. Les Flames étaient également la 9e équipe d'Ashton, ce qui était aussi un record à l'époque avant d'être battu quelques années plus tard par Jean-Jacques Daigneault et Michel Petit et ensuite Sillinger. En plus de ses 9 transactions, Sillinger a tout de même eu le luxe, contrairement à Ashton, de pouvoir choisir sa destination à deux reprises comme joueur autonome avec les Blue Jackets et les Islanders à la fin de sa carrière.

C'est donc en 1993 que Ashton joua ses derniers matchs dans la LNH. Il n'était alors qu'à deux matchs du plateau des 1000 parties en carrière dans la LNH. Sa fiche en 998 matchs fut de 284 buts et 345 passes pour 629 points. Son numéro 7 fut retiré par les Blades de Saskatoon et il fut élu au temple de la renommée du sport de la Saskatchewan.

Il était donc un bon petit joueur, capable de marquer par séquences mais aussi reconnu pour un certain manque de robustesse. Il était aussi une sacré bonne monnaie d'échange.

Voici quelques-uns de ces bons moments avec les Nordiques:



Il retourna ensuite à Saskatoon après sa retraite et il opéra pendant quelques années un magasin de sport sous son nom, Brent Ashton Sportswear. Il a également travaillé pour l'armée américaine. 

Son fils, Carter Ashton, a été un choix de 1re ronde (29e au total) du Lightning en 2009. Il ne joua jamais à Tampa Bay mais joua plus tard une cinquantaine de matchs avec les Maple Leafs entre 2012 et 2015. Il évolue présentement en Suède. Le frère de Brent, Ron Ashton, a aussi joué quelques temps au hockey professionnel avec les Jets de Winnipeg dans l'AMH durant les années 70.

 

Sources:
Hockeydraftcentral
NJDevilspitchfork.com
No one knows what it's like to be traded better than former NHLer Brent Ashton, Sports Illustrated, 26 mars 2016