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vendredi 2 janvier 2026

Stock volé à vendre #21 - Chronique Vintage : La carte de hockey qu’Artūrs Irbe ne veut pas autographier

Peu de temps après le début de l'aventure "La Vie Est Une Puck", Martin est devenu chroniqueur pour le défunt site 25stanley.com, avec sa "Chronique Vintage". Bien qu'on croyait ces textes perdus à jamais, la magie d'Internet (et beaucoup de patience …) nous a permis d'en retrouver la majorité. Au cours des prochaines semaines / mois / années, nous en ressortirons quelques-uns des boules à mites, pour votre plus grand plaisir. 






Originalement publié le 14 août 2012

Si vous aviez entre 8 et 14 ans en 1990, vous vous rappelez certainement de cette carte de la collection de l’Armée Rouge que l’on retrouvait à raison d’une carte par paquet de la série O-Pee-Chee 1990-91. On y voyait donc le futur gardien vedette des Sharks et des Hurricanes dans l’uniforme du CSKA, la fameuse équipe de l’Armée Rouge.

Sachez que cette carte qui est considérée comme étant sa carte de recrue en est une qu’Irbe refuse d’autographier.

Artūrs Irbe est un gardien d’origine lettonne, étant né en 1966 à Riga, la capitale du pays… Il a débuté sa carrière de haut niveau en 1986 avec le Dinamo de Riga de la ligue d’URSS et y a évolué jusqu’en 1991 lorsqu’il se joint aux Sharks. La première visite d’Irbe en Amérique du Nord fut lors de la Super Série de 1988-89 alors qu’il évoluait avec son équipe.

Pour ceux qui ne le savent pas, les Super Séries étaient une série de matchs hors-concours qui avaient lieu au milieu de la saison entre des équipes soviétiques et les équipes de la LNH. C’était à l’époque où les joueurs soviétiques étaient très peu présents dans la Ligue nationale, donc où les deux types de hockey étaient très distincts et où les équipes de l’URSS, notamment le CSKA, étaient pleines de joueurs qui sont maintenant considérés comme des légendes. Donc un bon moyen de voir la différence entre les deux systèmes de hockey.

Lors de la Super Série de 1989-90, le CSKA réquisitionna les services du gardien du Dinamo de Riga pour jouer ses matchs. Or il est assez reconnu que la plupart des personnes vivant dans les pays satellites de l’URSS comme la Lettonie avaient un brin de haine envers Moscou durant l’ère soviétique, siège du pouvoir qui dirigeait ces républiques constituantes. Les lettons avaient une haine particulière envers les russes, ce qui explique le fait qu’ils furent un des 3 premiers peuples à s’affranchir de l’URSS. J’ai déjà d’ailleurs parlé d’un joueur des années 70, Helmuts Balderis qui refusa de s’aligner avec le CSKA, préférant rester avec le Dinamo Riga, et qui fut suspendu.

Artūrs Irbe, en tant que joueur d’origine lettone, n’avait pas une grand affection pour les russes. Alors lorsqu’il fut réquisitionné afin d’évoluer avec le CSKA pour la tournée 1989-90 avec le CSKA, c’est à contrecœur qu’il se joignit à la légendaire équipe…

À noter qu’en 2006, aux jeux de Turin, Irbe, qui étaient en fin de carrière à 40 ans, évolua non seulement avec son équipe nationale, mais fut le porteur de drapeau du pays. Ce n’est que pour illustrer sa fierté d’être letton et la reconnaissance du peuple de Lettonie envers ce gardien.

Et bien de nos jours, si vous lui faites parvenir des cartes de hockey pour lui faire autographier cette dernière, il signera probablement toutes vos cartes que vous lui envoyez, sauf celle-ci qui représente un moment triste dans sa carrière, où il fut réquisitionné par le système pour évoluer pour une équipe russe…

Je vous suggère de lui envoyer celle-ci :



samedi 7 octobre 2023

Joueur oublié des 90's #83 - Igor Kravchuk




Lorsqu'il fut repêché par les Blackhawks de Chicago en 1991 au 71e rang, Igor Aleksandrovich Kravchuk avait 25 ans et était déjà un défenseur accompli au sein de la première ligue russe et sur la scène internationale. Il est d'ailleurs malgré lui un personnage faisant partie à jamais du folklore du hockey canadien alors qu'il était le seul défenseur tentant d'empêcher la fameuse montée à 3 contre 1 de Mario Lemieux, Wayne Gretzky et Larry Murphy lors du célèbre but gagnant du #66 lors de la Coupe Canada de 1987.

Né le 13 septembre 1966 à Ufa, Kravchuk débuta sa formation avec le club local, le Ufa Salavat Yulayev, en 1982 à l'âge de seulement 16 ans. Il fut plus tard acquis par le puissant club du CSKA Moscou en 1987, en vue des Olympiques de Calgary, où il remporta la médaille d'or avec le puissant club soviétique.



Il retarda son entrée dans la LNH afin de participer de nouveau aux Olympiques en 1992, tournoi qui se solda de nouveau par une médaille d'or pour l'équipe soviétique, cette fois connue sous le nom d'«Équipe unifiée» en raison des bouleversements politiques de l'époque. 

Avec une fiche de 3 buts et 2 passes en 8 matchs, Kravchuk fut également élu au sein l'équipe d'étoiles du tournoi. 

Une fois les jeux terminés, il mit le cap sur Chicago pour faire ses débuts dans la grande ligue en cette fin de saison 1991-92. Il marqua lors de son premier match avec les Blackhawks et termina cette saison avec 1 buts et 8 passes en 18 matchs, en plus de 8 points en 18 matchs en séries où les Blackhawks se rendirent en finale contre les Penguins. Les Blackhawks semblaient alors avoir dégoté un pas pire défenseur.



Cependant, durant la saison suivante se présenta aux Blackhawks la chance d'obtenir l'attaquant Joe Murphy des Oilers d'Edmonton, auteur d'une saison de 82 points la saison précédente. En grève depuis le début de la campagne, Murphy passa finalement aux Blackhawks en février 1993 en retour de Kravchuk et de l'attaquant Dean McAmmond. Kravchuk termina cette saison 92-93 avec une fiche de 27 points en 55 matchs partagés entre Edmonton et Chicago, en plus d'être blessé plusieurs semaines.

Kravchuk fit très bien à Edmonton, connaissant son sommet en carrière en 93-94 avec 12 buts et 38 passes pour 50 points au sein du faible club des Oilers où il devint brièvement leur meilleur défenseur. 

Il joua une autre demi-saison complète avec les Oilers en 1995 avant d'être échangé de nouveau, cette fois aux Blues en janvier 1996 lors d'un échange multi-défenseurs. En plus de Kravchuk, les Blues obtinrent le défenseur Ken Sutton. En retour, ils cédèrent Jeff Norton et Donald Dufresne.

Après deux saisons de 34 et 35 points respectivement, Kravchuk fut de nouveau utilisé comme monnaie d'échange, cette fois lors d'un échange avec les Senators d'Ottawa, alors qu'il fut échangé un contre un en retour de Steve Duchesne durant l'été 1997.

À Ottawa, Kravchuk eut de la difficulté à remplir les patins du plus populaire et plus offensif Steve Duchesne. Mais au final, l'échange porta fruit alors que Kravchuk était plus fiable défensivement et les Senators eurent une meilleure fiche que l'année précédente. 

Pour couronner le tout, la petite équipe qui termina au 8e rang parvint à causer la surprise en première ronde en éliminant les Devils. Kravchuk marqua le but d'assurance lors du dernier match de cette série, officialisant la première série remportée dans l'histoire du club.



Durant cette même saison 1997-98, Kravchuk put participer de nouveau au tournoi olympique, ses troisièmes jeux en carrière. Il est d'ailleurs le seul de l'histoire à avoir représenté son pays sous trois incarnations différentes. Il le fit sous le drapeau de l'Union Soviétique en 1988, de l'«Équipe Unifiée» en 1992 et finalement sous celui de la Russie en 1998. Ce fut cette fois une médaille d'argent pour Kravchuk et les Russes.

Kravchuk joua deux autres saisons complètes à Ottawa mais ses statistiques baissèrent d'année en année. Afin de couper dans leur masse salariale, les Sénateurs le placèrent au ballotage en novembre 2000. Il fut alors réclamé par sa troisième équipe canadienne, les Flames de Calgary.

Kravchuk joua une saison supplémentaire à Calgary, avant d'être libéré durant l'été 2002. Il ne refit pas surface avant le mois de mars 2003, lorsqu'il fut engagé comme agent libre par les Panthers pour la fin de la saison. Ce furent alors ses 7 derniers matchs en carrière avant de prendre sa retraite.

En 699 matchs dans la LNH, sa fiche fut de 64 buts et 210 passes pour 274 points.

Depuis sa retraite, il a été entraîneur ou adjoint à plusieurs niveaux, dont le niveau junior russe ainsi que quelques équipes en KHL. Il devint en 2018-19 entraîneur-chef des Lions de Lac-St-Louis au niveau Bantam AAA québécois, là où évoluait son fils Roman Kravchuk. Son autre fils Chris avait également évolué au Québec dans le passé, dont brièvement avec le Drakkar de Baie-Comeau. 

Igor est présentement entraîneur-adjoint de son ancien club, le CSKA Moscou.





mercredi 14 juin 2023

La famille Staline et le hockey




 

Vasily Iosifovich Staline est né le 21 mars 1921 à Moscou, un an avant que son célèbre père, Joseph Staline, ne devienne le successeur de Vladimir Lénine à la tête de l'URSS. Il était le deuxième enfant de Joseph, et premier de son deuxième mariage. 

Son enfance fut difficile alors qu'il fut largement ignoré par le père et même la mère, Nadezhda Alliluyeva, qui refusait de se soumettre aux ordres de Joseph de rester à la maison pour s'occuper des enfants. Vasily fut donc élevé principalement par des bonnes et des gardes du corps. En 1932, après une dispute entre les deux parents, Nadezhda fut retrouvée morte, s'étant suicidée par arme à feu. Les enfants Staline, soit Vasily et sa soeur Svetlana, furent induits en erreur pendant 10 ans avant de savoir la vérité sur la mort de leur mère, croyant jusque là qu'elle était morte d'une appendicite. La mort de sa mère eut un profond impact sur Vasily, qui commença à boire abondamment dès l'âge de 13 ans et qui ne vit que très rarement son père par la suite, lui qui le trouvait indigne.

Élève moyen sinon médiocre et turbulent à l'école, Vasily débuta son service militaire à 17 ans et commença à servir au front en août 1941 sous le nom de famille de Ivanov, pour dissimuler son identité. Mais ses supérieurs, voulant attirer la faveur du père, l'envoyèrent rarement au combat et lui donnèrent des promotions rapides et probablement non-méritées. Il abattit toutefois au moins 2 avions au combat. Il devint à 24 ans le plus jeune majeur-général de l'Armée rouge. 
 

Après la deuxième guerre mondiale, il commença à cultiver un intérêt pour le sport, particulièrement le hockey. Il participa à la création d'une équipe pour représenter les forces aériennes russes, le VVS Moscou, dont il devint président et directeur-général.
 
Logo du VVS Moscou
L'équipe débuta dans la ligue de championnat de Russie dès la saison 1946-47, première saison de l'histoire de la ligue. Anatoly Tarasov, surnommé le «père du hockey Russe» et futur créateur de la puissante équipe nationale de Russie, y débuta sa carrière comme joueur-entraîneur. 
 
Mais après une seule saison, Tarasov se disputa avec Vasily Staline et quitta l'équipe pour aller fonder le légendaire club du CSKA Moscou, qui deviendra le principal rival du VVS. 
 
Ces deux équipes représentant l'armée russe se livreront alors leur propre guerre interne de recrutement (parfois forcé) et de pillage de joueurs des autres clubs de la ligue. Vasily utilisa particulièrement son influence et son prestige pour parvenir à ses fins, comme par exemple le recrutement entier du premier trio d'un autre rival, le Spartak Moscou, au début de la saison 1948-49.

Lors de la saison 1949-50, Stalin continua son recrutement agressif en soutirant un joueur du nom de Viktor Shuvalov, joueur vedette du faible club du Dzerzhinets Chelyabinsk, en plus de celui qui était considéré comme le meilleur gardien de la ligue, le letton Harijs Mellups, qui venait de remporter le titre de gardien de l'année lors des trois saisons précédentes avec le Dinamo de Riga.
 
Vsevolod Bobrov avec le VVS Moscou

 
Mais le meilleur coup de Staline fut envers le CSKA en leur soutirant Vsevolod Bobrov, celui qui est considéré comme la première supervedette du hockey russe, et qui était d'ailleurs aussi une vedette au bandy et au soccer. Bobrov termina sa carrière avec 254 buts en 130 matchs, et fut plus tard comparé à Wayne Gretzky par Tarasov lui-même. Cependant, Bobrov était en froid avec ce dernier à cause de son jeu défensif, et accepta avec joie de joindre le VVS. Il deviendra un grand ami de Vasily Staline, qui organisait apparemment de grandes beuveries extravagantes en honneur de son joueur vedette après chaque match. 
 
Un film biographique fut même réalisé à partir de cette histoire en 1991, intitulé «Mon meilleur ami, le général Vassili, fils de Joseph», que je vous inclus intégralement ici parce que je l'ai trouvé sur YouTube... Je comprends rien de l'histoire mais ça a un peu l'air d'un «Lance et Compte» russe...



Bobrov deviendra joueur-entraîneur durant cette saison 1949-50 suite au renvoi de l'entraîneur précédent après quelques matchs. La puissante équipe de Staline avait donc en vue de remporter son premier championnat et de freiner la domination du CSKA, champion lors des deux années précédentes.

Cependant, le sort en fut tout autrement. Le 7 janvier 1950, l'équipe prit l'avion pour un match à Chelyabinsk. Les conditions météo étaient très mauvaises et l'avion dut plutôt tenter d’atterrir dans la ville voisine de Sverdlovsk (aujourd'hui Ekaterinbourg). L'entreprise échoua toutefois, et l'avion s'écrasa, tuant l'entièreté des 19 passagers à bord dont 11 joueurs du VVS, ainsi que le docteur et le massothérapeute de l'équipe. Trois joueurs éviteront toutefois la mort; Bobrov, Shuvalov et le défenseur Alexander Vinogradov. Ce dernier était suspendu pour s'être battu, tandis que Shuvalov avait été ordonné de ne pas jouer ce match contre Chelyabinsk par Staline lui-même qui voulait éviter les représailles violentes de la part des fans de l'ancienne vedette locale. L'équipe avait auparavant subi des représailles du genre après le vol du premier trio du Spartak l'année précédente. Bobrov pour sa part, aurait manqué le vol car il s'était réveillé trop tard et n'avait pas entendu son alarme. Il était en voyage en train lors de ces événements...

Parmi les joueurs décédés, on trouvait ce premier trio d'ex-Spartak discuté précédemment, qui était constitué de Ivan Novikov, Zdenek Zigmund, ainsi que Yuri Tarasov, qui était le frère du célèbre Anatoly. Le gardien Mallups fut lui aussi parmi les victimes, lui qui n'avait que 23 ans et qui était devenu père la semaine précédente et qui n'aura jamais pu voir son fils. Il recevra un autre titre de gardien de l'année, cette fois malheureusement à titre posthume.




Comme on était en pleine ère de communisme stalinien, le jeune Staline voulut complètement étouffer l'affaire, ne voulant pas que son père et le public soient au courant. Aucune mention de l'écrasement ne fut publiée dans la presse, les familles des joueurs furent laissés dans l'ignorance et les corps furent enterrés à la va-vite dans une fausse commune près du lieu de l'écrasement.

Et ne voulant pas que s'ébruite la disparition de ses joueurs manquants, Staline reconstruisit rapidement son équipe et parvint malgré tout à lui faire jouer ce match contre Chelyabinsk et le reste de la saison en remplaçant la majorité des joueurs décédés par des joueurs au même nom de famille...
 
Donc, lors de ce qu'on pourrait appeler un repêchage d'expansion digne de la «Twilight Zone», Staline trouva apparemment d'autres joueurs aux noms de Novikov, Zigmund, Tarasov, Moissev, etc...  
 
Pavel Zhiburtovich
Même que l'attaquant Yuriy Zhiburtovich fut remplacé par son frère, Pavel Zhiburtovich... qui ignorait probablement le sort de son frère. 
 
Il n'y avait cependant pas que des «faux joueurs» désormais avec le VVS alors qu'un des remplaçants à la défense pour l'équipe fut une autre figure légendaire du hockey russe, soit Viktor Tikhonov, futur entraîneur de l'équipe nationale et du CSKA. J'ignore toutefois si Tikhonov remplaça un autre joueur avec son véritable nom ou un nom «d'emprunt»...
 
Avec cette équipe «reconstituée» mais toujours puissante avec l'apport (et surtout présence divine) de Bobrov et Shuvalov, le VVS Moscou remporta ce match contre Chelyabinsk par la marque de 8-3. Pour éviter des soupçons supplémentaires ou pour se protéger, Staline ordonna aux annonceurs et à la presse de ne publier le sommaire qu'avec seulement les noms de famille des joueurs, sans prénom. Apparemment que Staline père n'a effectivement jamais eu bruit de cet écrasement.
 
La saison s'achevait toutefois et le VVS termina avec une fiche de 16-5-1 en 22 matchs, bon pour le 4e rang de la ligue, baissant de nouveau pavillon contre le CSKA qui termina au premier rang. Staline et le VVS Moscou se relevèrent toutefois de cette saison mouvementée avec la dominance de son premier trio toujours composé de Bobrov, Shavalov ainsi que Yevgeny Babich, un autre joueur vedette soutiré du CSKA et ami de Bobrov. Staline régla également le trou laissé dans les buts avec la mort de Mallups en volant de nouveau le CSKA avec le recrutement de Grigory Mkrtychan.
 
Bobrov termina cette saison 1950-51 avec 43 buts en 15 matchs (!) et le VVS Moscou remporta le premier championnat de son histoire, ainsi que les deux saisons suivantes.
 



Cependant, après ces trois championnats consécutifs, Joseph Staline subit une hémorragie cérébrale et mourut 4 jours plus tard, le 5 mars 1953. Il fut aussi spéculé qu'il aurait été empoisonné par des membres de son équipe politique, une thèse hautement secondée par Vasily lui-même, qui lors d'un épisode de rage et d'état d'ébritété avancé, aurait insulté les docteurs et les officiels présents. Il arrêta aussitôt ses fonctions au sein du VVS qui fut ensuite dissout et intégré au CSKA suite à l'arrivée du successeur de Staline, Nikita Khrouchtchev, et le début de la «déstalinisation». 
 
Ne pouvant plus profiter de la protection que son nom de famille lui avait jusque-là procurée, Vasily fut forcé de se retirer de l'armée russe et il fut peu après arrêté le 28 avril 1953 suite à une visite au restaurant avec des diplomates étrangers. Il fut accusé de propagande anti-soviétique et condamné à 8 ans de prison, qu'il servit sous le nom de Vasily Pavlovich Vasilyev pour éviter toute tentative de représailles contre lui. Ayant pitié de lui, Khrouchtchev le libéra en 1960 et lui rendit ses médailles militaires. Il mourut toutefois dans un certain anonymat assombri d’un profond alcoolisme le 19 mars 1962, 5 jours avant son 42e anniversaire.

Après la dissolution du VVS Moscou, Vsevolod Bobrov rejoignit les rangs du CSKA en compagnie de Shavalov et Babich qui continuèrent leur dominance du hockey soviétique. Les trois firent d'ailleurs partie de l'équipe nationale aux Olympiques de 1956, avec Bobrov comme capitaine, et ramenèrent la première médaille d'or olympique de la Russie de ce tournoi, commençant officiellement la domination russe à l'échelle internationale. Bobrov mena le tournoi avec 9 buts.


Yevgeny Babich, Viktor Shuvalov et Vsevolod Bobrov


Après sa retraite comme joueur, Bobrov devint entraîneur-chef du Spartak Moscou et brièvement pour l'équipe nationale, notamment durant la Série du Siècle de 1972. Bobrov mourut en 1979 à l'âge de 56 ans et fut introduit au temple de la renommée du hockey international (IIHF) en 1997, soit lors de la première année de l'existence de ce temple.

En plus d'avoir été un des chanceux qui ont évité la mort lors de l'écrasement de 1950, Viktor Shuvalov vécut très longtemps, devenant le dernier joueur encore vivant de cette époque de l'émergence du hockey russe. Il mourut finalement en 2021 à l'âge de 97 ans, suite à des complications reliées à la Covid-19.

J'ignore quand et comment les familles des joueurs décédés lors de l'écrasement de 1950 furent mis au courant de ce secret et des manigances de Vasily Staline. Une plaque fut toutefois érigée en leur mémoire près du lieu de leur enterrement.



Une comédie du nom de «The death of Stalin» est sortie en 2017 où ces faits sont de nouveau relatés:


 

Conway's Russian Hockey Blog
Soviet Union ice hockey great Shuvalov dies at 97, Insidethegames.biz, 20 avril 2021
Eliteprospects.com


mardi 16 août 2022

Un masque à partir d'une statue ?

Le logo du Khimik de Voskresensk








Ma prochaine édition du "Masque du vendredi 13" n'est pas avant le 13 janvier 2023, mais je ne pouvais attendre à cette date pour vous montrer le masque d'Anatoli Ragulin. 

Anatoli est né le 5 mai 1941, en compagnie de ses frères jumeaux Mikhail & Alexander. Parmi ce trio, c'est Alexander qui connu le plus de succès sur la scène internationale. Il fit partie de l'équipe nationale de l'URSS dès 1960. Il était à son dernier tour de piste lorsqu'il participa à la célèbre "Série du Siècle" en 1972.

Anatoli, quant à lui, n'a pas connu autant de succès que son frère. Il trouva toutefois une façon de marquer l'histoire du hockey russe. Lors de son passage avec le Khimik de Voskresensk au début des années 60, il devint le premier gardien russe à porter un masque.

Mais ce n'est pas tant le fait qu'il dut porter un masque qui est marquant, mais plutôt à partir de quoi ce masque fut fabriqué. Il faut se rappeler qu'à l'époque, aucun équipement de hockey provenait de ce régime communiste. Le casque Jofa que la majorité des joueurs portaient étaient fabriqués en Suède. Donc, un ami de la mère de Ragulin a fabriqué un masque à partir d'un buste en métal d'un ancien membre du Parti communiste de l'Union Soviétique, Andreï Aleksandrovitch Jdanov.
L'artisan coupa la tête en deux afin de ne garder que le visage et perfora des trous pour l'aération, en plus de créer des ouvertures pour les yeux, pour le nez et la bouche. C'est comme porter une tête de pantin pour garder les buts ... mais en vraiment plus lourd.

Anatoli et son masque de pantin de métal

Ragulin dut protéger son visage suite à une fracture de l'os orbital, blessure qui occasionna une réduction de sa vision de l'œil droit. Cette blessure l'a peut-être empêché de gravir les échelons de l'équipe de l'Armée Rouge. Il ne joua d'ailleurs que 2 parties avec l'équipe, n'accordant qu'une moyenne d'un but par match, lors des deux victoires.

vendredi 29 juillet 2022

Petr Klima


 

L'histoire de Petr Klima est assez fascinante. J'hésitais à le mettre dans la série des «Joueurs oubliés des 90's» car il y a un je-ne-sais-quoi qui semble rendre Klima assez mémorable aux yeux des vieux de la vieille comme nous autres, que ce soit son nom amusant propice aux jeux de mots idiots ou bien son fameux but marqué en finale de 1990 contre les Bruins, ou sinon son fameux casque JOFA doublé d'un «mullet» assez garni à l'arrière. Mais je me suis aussi rendu compte que je ne connaissais Klima qu'en surface et un tel personnage se méritait une biographie en bonne et due forme.

Petr Klima est né le 23 décembre 1964 à Chomutov dans l'ancienne Tchécoslovaquie, dans la partie qui est maintenant la Tchéquie. Son père, Josef Klima, était un ancien joueur, dont la carrière dura presque 20 ans dans les différentes ligues tchèques de l'époque et sur la scène internationale. Petr débuta sa carrière avec le HC Litvinov en 1981. Il s'y illustra au cours des deux années suivantes, graduant avec le club senior à l'âge de 18 ans où il marqua 19 buts en 44 matchs. Ayant vu son potentiel lors des championnats du monde, l'entraîneur des Red Wings de Détroit Nick Polano convainquit l'équipe de prendre le risque et d'en faire leur choix de 5e ronde (86e au total) au repêchage de 1983. Le DG des Wings, Jim Devellano dit alors à Polano «Ok je l'ai pris. Maintenant tu dois aller le chercher».

Comme vous vous en doutez, pour jouer en Amérique du Nord, Klima se devait de faire défection, ce qu'il décida de mettre en branle une fois son service militaire terminé en 1985. Il aurait sinon fait défection en même temps que son ami Petr Svoboda, un an plus tôt en 1984.

Après plusieurs mois de négociations secrètes entre lui et les Wings, dont une signature de contrat dans le dos de l'équipe Tchèque à Vancouver lors de la coupe Canada de 1984, les deux partis passent à l'action. À la mi-août 1985, alors que son équipe s'entraînait de l'autre côté du rideau de fer à Nussdorf en Allemagne de l'Ouest, Klima faussa compagnie à ses coéquipiers lors d'un repas d'équipe pour sauter dans une voiture qui allait le conduire à un boisé où il avait ensuite à marcher plusieurs hectares de forêt pour finalement rejoindre Polano et le vice-président des Wings, Jim Lites. Ces derniers durent ensuite cacher Klima pendant quelques semaines dans les environs de Nussdorf et d'autres villes avoisinantes en Autriche.


Klima leur réserva alors quelques surprises. Il exigea entre autres d'avoir plus d'argent et que les Red Wings arrangent également le passage de sa copine, n'ayant que des marques de naissance comme seul moyen d'identifier cette dernière. Ils durent ainsi débourser beaucoup d'argent supplémentaire pour engager ce qui était techniquement des kidnappeurs professionnels pour réunir Klima et sa copine. Durant cette période en cachette dans les confins de l'Autriche, Klima aurait aussi crashé une Mercedes loué alors qu'il n'avait évidemment pas de permis. Tout ces «red flags» de la part de Klima deviendront une bonne indication de la suite des choses pour lui et les Wings.

Après toutes ces magouilles dignes d'un film d'espionnage qui auront coûté près d'un quart de million aux Red Wings, Klima arriva enfin à Détroit en septembre 1985. S'il n'était pas le premier à faire ainsi défection (Svoboda, les frères Šťastný, Miroslav Frycer, etc.), il était toutefois le premier à le faire pour une équipe américaine, les autres étant tous pour des équipes canadiennes. En honneur de sa nouvelle liberté, Klima choisit de porter le #85, l'année où il arriva finalement en Amérique du Nord. Plus tard en 1989, Alexander Mogilny fit de même avec son numéro 89 lorsqu'il devint le premier russe à faire défection. 

Au sein d'une équipe des Red Wings encore médiocre (après les années Dead Wings), Klima fit ses grands débuts dans la LNH à l'automne 1985. Il commença avec un but à son premier match, mais fut blanchi pour plusieurs matchs par la suite, suite à quoi il fut laissé de côté quelques matchs pour observer davantage le jeu nord-américain de la passerelle. À son retour, il commença à débloquer et termina tout de même cette saison recrue avec 32 buts et 56 points en 74 matchs. Il était toutefois le pire attaquant des Red Wings pour les +/- avec une fiche de -39. 

Un avant spectaculaire et rapide, Klima était un joueur très paresseux en défense et laissa plusieurs fans et entraîneurs sur leur faim quant au véritable potentiel offensif qu'il possédait. Il termina sa carrière avec une fiche de -122 et n'a eu que très rarement une fiche en saison positive à ce niveau.

Malgré de bonnes premières saisons offensives à Détroit, dont deux autres de plus de 30 buts, Klima profitait de sa nouvelle liberté, peut-être un peu trop de liberté aux yeux des Red Wings. Il se teignait les pointes des cheveux en blond, portait une boucle d'oreille, s'achetait des voitures luxueuses et faisait la fête. Il se fait également remarquer par son habitude de taper sa palette de seulement quelques bandes, un style qui sera surnommé «candy cane». Il porte aussi un gros casque JOFA 265 dont Don Cherry se moque en disant que Klima ne l'utilise que pour protéger sa chevelure blonde...

L'alcool est très présent au sein des jeunes Red Wings de l'époque et Klima défraie les manchettes par ses frasques en compagnie de Bob Probert, Joey Kocur et Sheldon Kennedy. Ils défient constamment le couvre-feu et manquent des pratiques. Klima est souvent arrêté au volant pour vitesse excessive et/ou facultés affaiblies. Durant les séries de 1988, les Red Wings sont finalement redevenus respectables et se faufilent jusqu'en finale de conférence contre les Oilers. En arrière 3-1 dans la série et faisant face à l'élimination, un groupe de 6 joueurs des Wings défient le couvre-feu et s'enfuient dans un bar. 

Klima, blessé, fait partie du groupe et aurait apparemment été celui qui a persuadé Probert, alors en probation et en tentative de sobriété, de venir les rejoindre. L'entraîneur Jacques Demers est découragé et ne peut plus voir Klima en peinture. Pourtant, avant sa blessure, Klima était en feu lors de ces séries avec une fiche de 10 buts en 12 matchs.


En septembre 1988, il est suspendu pour avoir encore enfreint les règles de l'équipe lors du camp d'entrainement. Il aurait entre autres manqué l'avion avant un match pré-saison. Il ne peut revenir avec l'équipe qu'après s'être excusé auprès de ses coéquipiers. En octobre, deux jours avant son retour avec l'équipe, il est de nouveau arrêté pour facultés affaiblies, d'avoir endommagé un autre véhicule en plus d'avoir tenté de s'enfuir. Après sa suspension, il est finalement envoyé dans la Ligue américaine pour un séjour de 5 matchs. Quand il revient à Détroit, il obtient tout de même 25 buts et 41 points en 51 matchs en 1988-89. Mais pendant ce temps, les Red Wings sont prêts à se débarrasser de Klima. Les Nordiques et le Canadien auraient notamment été dans le portrait pour l'obtenir. Les Red Wings sont toutefois assez gourmands dans leurs demandes. Serge Savard aurait d'ailleurs refusé de se départir de Stéphane Richer pour obtenir le tchèque. Les Nordiques auraient quant à eux refusé de se départir d'un choix de première ronde pour faire son acquisition.

Klima est finalement arrêté pour de bon en mai 1989 pour bris de probation après une troisième arrestation pour conduite sous influence de l'alcool où il tenta encore de s'échapper de la police. Il est condamné à 35 jours de prison durant l'été 1989 suivi d'une cure de désintox de 45 jours. 

Repentant à son retour et jurant ne plus jamais boire et de conduire, Klima reprend du service au début de la saison 1989-90. Il est toutefois finalement échangé lorsqu'il fait partie du «package deal» des Red Wings qui l'envoient à Edmonton en compagnie de Adam Graves, Joe Murphy et Jeff Staples en retour du malheureux Jimmy Carson, Kevin McClelland et un choix de 5e ronde en 1991.


À Edmonton, Klima dépasse de nouveau le plateau des 30 buts avec une fiche de 30 buts 33 passes pour 63 points. Mais durant les séries de 1990, il n'est utilisé que sporadiquement au sein de l'équipe toujours dominante des Oilers qui, après l'échange de Wayne Gretzky en 1988, avait beaucoup à prouver mais qui se retrouvait quand même très galvanisée suite à cet important échange amenant trois morceaux très utiles en Klima, Graves et Murphy. Ces deux derniers ont d'ailleurs marqué l'imaginaire collectif des Edmontoniens en formant la «Kid Line» avec Martin Gélinas lors de ce printemps magique de 1990. On peut dire que Glen Sather aura quand même bien rentabilisé l'échange de Gretzky avec ce qu'il a pu obtenir en retour de Carson. Gélinas a aussi été obtenu dans l'échange de la merveille avec les Kings.

Pour sa part, Klima n'obtient que 5 buts et aucune passe en 21 matchs. Cependant, un de ces buts fait aussi partie de la légende et du folklore des Oilers. Lors du premier match de la finale contre les Bruins, l'égalité de 2-2 persistait après trois périodes. Après deux périodes supplémentaires, c'était toujours l'impasse. Finalement, à 15:13 de la 3e période de surtemps, c'est un Petr Klima très frais qui vint sceller l'issue du match. L'entraîneur John Muckler n'aimait pas le jeu non-fiable de Klima en défense pour risquer de perdre le match. Il n'avait donc que très peu joué, dont aucune minute durant ces périodes supplémentaires. Mais avec la plupart de ses joueurs exténués, il se tourna finalement vers Klima et le pari fut bénéfique. Il s'agit encore à ce jour du plus long match de finale dans l'histoire de la LNH.


Malgré tout ça, Klima demeura quand même «benché» pour la majorité des matchs suivants et n'obtiendra aucun autre point durant cette finale.

Après son arrivée à Edmonton et cette première saison fructueuse là-bas, Klima s'est assez assagi par la suite pour ses activités hors-glace. Il déclara plus tard que ses premières années en Amérique du Nord furent difficiles personnellement et que l'alcool était un moyen de se dégêner avec ses coéquipiers et pour oublier ce qu'il avait laissé derrière lui. Il énonça également que la culture étant différente dans son pays, particulièrement pour l'alcool au volant où c'était selon lui plus accepté là-bas. 

Il connut ensuite sa meilleure saison en carrière en 1990-91 avec une fiche de 40 buts et 28 passes pour 68 points. Aucun membre des Oilers ne marquera plus de 40 buts après lui jusqu'à la saison de 41 buts de Connor McDavid en 2017-18 et ensuite Leon Draisaitl et ses saisons subséquentes de 50 buts et plus. Klima fut également un membre plus important en séries en 90-91 lorsque les Oilers s'inclinèrent en finale de conférence et où il obtint 7 buts et 13 points en 18 matchs. Sa saison 90-91 représentait également un sommet en carrière pour lui avec une fiche de +24.

Il joua deux autres saisons à Edmonton, dont une de 32 buts en 1992-93. Mais comme Klima n'était pas vraiment un passeur, il ne termina la saison qu'à 48 points, ce qui était (tristement) quand même bon pour le premier rang des piteux Oilers de 92-93 en pleine période post-dynastie... Klima n'est toutefois pas très heureux à Edmonton, détestant le froid lui rappelant trop la Tchécoslovaquie, et désire être échangé aux États-Unis pour obtenir la citoyenneté américaine.

Voulant de toute manière se reconstruire et se rajeunir, les Oilers envoient Klima au Lightning de Tampa Bay durant l'été 93 en retour de considérations futures qui deviendront un choix de 3e ronde en 1994 qui n'aboutit à pas grand chose (Brad Symes). Il obtint une autre saison de plus de 20 buts en 93-94 avec 28 buts et 55 points avec le Lightning. Il y joua deux autres saisons avant d'être échangé aux Kings de Los Angeles à l'été 1996 en retour d'un choix de 5e ronde.


 
Rare photo de son passage à L.A.

Son arrivée à L.A et la saison 1996-97 marqua toutefois le début d'une phase nomade et la fin qui approche pour Klima. Après seulement 8 matchs où il ne récolta aucun but, il fut rapidement échangé de nouveau, cette fois-ci aux Penguins de Pittsburgh en retour de considérations futures. Ce ne fut guère mieux à Pittsburgh lorsqu'après 9 matchs et seulement 1 but, il est rétrogradé dans les mineures avec les Lumberjacks de Cleveland dans la IHL. Il refusa initialement de s'y rapporter, déclarant qu'il préférait prendre sa retraite que d'être un joueur des ligues mineures. Les Penguins lui offrirent alors de racheter son contrat, ce qu'il refusa. Après quelques jours, il parvint à s'entendre avec l'équipe pour se rapporter à Cleveland avec une permission spéciale de pouvoir retourner à sa maison de Tampa Bay aux deux semaines. 

Après quelques mois et tout de même une bonne fiche de 21 points en 19 matchs avec les Lumberjacks, les Penguins passent à l'acte et rachètent son contrat. Libre comme l'air, il parvient toutefois à s'entendre avec son ancienne équipe, les Oilers, qui le signent comme agent libre pour terminer cette saison 1996-97. Il n'est toutefois qu'un passager avec les Oilers où il obtient 1 buts et 5 passes en 16 matchs et n'est de nouveau que très peu utilisé lors du retour des Oilers en séries en 1997, parcours où ils surprendront les Stars de Dallas en 7 matchs avant de s'incliner en 2e ronde contre l'Avalanche.

Retour à Edmonton avec la nouvelle version du chandail des Oilers... mais toujours son tape de bâton de style «candy cane».

Libéré par les Oilers et sans contrat dans la LNH, Klima met le cap sur la ligue allemande en 1997-98. Il est toutefois ramené une nouvelle fois au bercail, cette fois-ci par les Red Wings. Il obtient un essai lors du camp d'entraînement mais les Red Wings ne lui proposent qu'un contrat à deux volets et de débuter la saison dans les mineures, ce qu'il refuse encore une fois. Il ne changera d'idée que quelques mois plus tard, soit en janvier 1999. Après quelques semaines avec les Red Wings d'Adirondack, c'est finalement le 14 février 1999 que Klima put finalement revenir dans la LNH, avec sa première équipe maintenant totalement différente de lorsqu'il l'a quitté 10 ans plus tôt. Il ne restait d'ailleurs que Steve Yzerman comme seul survivant de cette époque chez les Wings.

Lors de son premier match de retour avec les Wings, Klima marqua son dernier but dans la LNH, qui est étrangement sur Youtube en qualité plus que médiocre:

Klima n'étant qu'avec les Red Wings simplement que pour cette fin de saison et en attendant que quelques blessés reviennent, il ne récoltera pas d'autres points en 13 matchs et ne sera qu'un spectateur durant les séries où il ne joua aucunement. Ce furent ses derniers moments dans la ligue.

Il prit alors sa retraite mais revint au jeu en 2001-02 dans son ancienne patrie libérée avec son premier club de sa jeunesse, le Litvinov HC en première division tchèque. Il termina premier pointeur de son club cette saison-là. Il y joua une dernière saison en 2002-03 avant d'accrocher ses patins pour de bon.

Ses fils jumeaux, Kevin et Kelly Klima, ont plus tard joué dans la LHJMQ avec les Wildcats de Moncton et les Saguenéens de Chicoutimi. Non-repêchés, ils ont joué quelques temps dans les mineures avant de tous les deux revenir en Tchéquie en première division. Le paternel est pour sa part entraîneur du SK Trhači Kadaň en 2e division depuis la saison 2017-18.

 

En 786 matchs dans la LNH, Petr Klima aura obtenu 313 buts et 260 passes pour 573 points.

Pour finir, je vous laisse sur une de ses publicités en 1987 pour la boisson gazeuse Vernors.



Sources:
The Haughtiness of Petr Klima, Crime in Sports
2 CZECH HOCKEY STARS WHO DEFECTED SAY MOGILNY HAS STRENGTH TO SURVIVE, Buffalo News, 14 mai 1989
The defection of Petr Klima was like a bad spy novel, but Red Wings got their man, Vintagedetroit.com, 31 janvier 2016
KLIMA ARRESTED ONCE AGAIN ON DRUNKEN DRIVING CHARGES, Orlando Sentinel, 31 mai 1989
Penguins buy out Petr Klima’s contract, Associated Press, 31 janvier 1997
DEMERS: DRINKING BY PROBERT, OTHERS CAUSED DETROIT'S LOSS, Washington Post, 12 mai 1988
Klima sentenced to jail, UPI, 16 juin 1989
Klima, Probert trouble for Wings, Daily Collegian, 20 octobre 1988
WINGS LOST MUCH MORE THAN A GAME, Detroit Free Press
KLIMA’S PARTY NOW A WINGS’ NIGHTMARE, Detroit Free Press
Red Wings Sign Klima Again, Associated Press, 11 janvier 1999
Klima: trop cher au goût de Lapointe, Le Soleil, 16 janvier 1988
Klima veut vaincre son problème, La Presse, 16 septembre 1989
Demers: Nous n'avons pas cédé de supervedette, La Presse, 3 novembre 1989
L'incompris Petr Klima ne regrette vraiment rien, Le Soleil, 1er mars 1995
Que de passage, Petr Klima ne veut pas moisir dans les mineures, Le Soleil, 11 janvier 1997
Les Oilers offrent une nouvelle chance à Klima, Le Droit, 22 février 1997

jeudi 9 novembre 2017

La Coupe Défi / The Challenge Cup, 1979








On a parlé en long et en large de la Série du Siècle de 1972, des coupes Canada (entre 1976 et 1991) et des coupes du Monde. Il y eu également Rendez-Vous '87, une série de deux matchs entre les vedettes de la LNH contre ceux de l'URSS, qui remplaçait le match des étoile de la LNH. Mais 8 ans auparavant, il y eu "l'ancêtre" de Rendez-Vous '87, la Challenge Cup (ou la Coupe Défi).



Au lieu de tenir le traditionnel match des étoiles en 1978-79, la LNH opta pour un évènement d'exhibition face à l'URSS, réparti sur 4 jours, dans le but de démontrer leur supériorité et d'améliorer leur visibilité aux États-Unis. Pour la première fois, au lieu d'être "Team Canada", l'équipe qui ferait face à l'URSS serait composée des meilleurs éléments de la LNH, peu importe la nationalité. La diversité culturelle n'étant pas ce qu'elle est aujourd'hui, l'équipe dirigée par Scotty Bowman fut finalement composée de 23 joueurs canadiens et de 3 joueurs suédois (Borje Salming, Ulf Nilsson et Anders Hedberg). Les matchs furent disputés les 8, 10 et 11 février 1979 au Madison Square Garden de New York.


Plusieurs observateurs croyaient que l'équipe All-Stars de la LNH allait gagner facilement cette confrontation car, contrairement à la "Série du Siècle", les joueurs ne seraient pas en forme "pré-camp d'entraînement" puisque les matchs prenaient place à la mi-saison. Toutefois, les joueurs retenus pour l'évènement n'eurent que 3 pratiques ensemble pour s'apprivoiser. Du côté des Soviétiques, ils s'entraînaient ensemble depuis 11 mois, allant même jusqu'aux Pays-Bas afin de s'exercer sur une patinoire aux dimensions du Madison Square Garden.

Tout était en place pour le 1er affrontement, le 8 février 1979 devant une foule de 17 438 partisans. Après seulement 16 secondes, Guy Lafleur donna les devants à Team Canada Team NHL, déjouant Vladislav Tretiak sur une passe de Bobby Clarke. Six minutes plus tard, Mike Bossy compléta un jeu de Gilbert Perreault pour augmenter l'avance à 2-0. Ces deux buts rapides ne sont pas sans rappeler les 2 premiers buts de Team Canada dans le premier affrontement de la Série du Siècle, avant la débandade dans une défaite de 7-3. Cette fois cependant, les vedettes de la LNH ne lâchèrent pas la pédale, Bob Gainey et Clark Gillis augmentant le pointage.  La réplique des russes parvint des bâtons de Boris Mikhailov et Vladimir Golikov.


Le deuxième match, présenté deux jours plus tard fut extrêmement serré, alors que l'équipe de l'URSS fut beaucoup plus agressive en poursuite de rondelle. Après avoir vu les soviétiques ouvrir la marque, les joueurs des Islanders de NY se mirent au boulot. Mike Bossy et Bryan Trottier donnèrent l'avance aux NHLers, tous deux sur des passes de Clark Gillis. Tôt en deuxième période, Gilbert Perreault augmenta l'avance à 3-1, avant un échange de but de chaque côté. En avance dans le pointage à 4-2, Barry Beck fut pénalisé après avoir violemment donné de la bande à Alexander Skvortsov. L'avantage numérique des soviétiques réduisit l'écart à un seul but. Quarante-cinq secondes plus tard,  Boris Mikhailov égala le pointage. La troisième période fut tout à l'avantage des soviétiques, Vladimir Golikov déjouant Ken Dryden sur un retour de Sergei Makarov pour donner la victoire à l'URSS.

Ayant été déjoué 8 fois en deux matchs pour les joueurs de la LNH, Tretiak regarda le 3e match du bout du banc.  C'est Vladimir Myshkin qui fut désigné pour défendre le filet soviétique pour une première fois, alors que Gerry Cheevers prit place devant le filet de la LNH. Après une première période sans but où les étoiles de la LNH ratèrent quelques chances de marquer, l'URSS ouvrit la marque, comptant deux fois lors de la deuxième période, sans réplique de la part de la LNH. La troisième période fut dévastatrice : 4 buts de la part des soviétiques, alors que les bâtons des meilleurs joueurs de la LNH restèrent silencieux. Résultat, l'équipe d'étoiles de la LNH s'avoua vaincue de façon embarrassante, 2 matchs à 1.

L'entraîneur des soviétiques Viktor Tikhonov déclara plus tard que cette victoire convaincante était plus importante encore qu'une médaille d'or olympique (car les joueurs de la LNH n'y étaient pas présent à l'époque ... comme cette année finalement) ou de n'importe quel championnat mondial.


Avec deux buts et deux passes, Mike Bossy fut le meilleur pointeur du "tournoi". Les deux objectifs de la LNH (démontrer leur supériorité et améliorer leur visibilité aux États-Unis) furent tous deux des échecs. Car en plus de perdre aux mains des soviétiques, les grands réseaux de télévision (CBS, NBC et ABC) ignorèrent l'évènement.

Sources :
    - http://www.iihf.com/iihf-home/the-iihf/100-year-anniversary/100-top-stories/story-36/
    - https://www.hhof.com/htmlTimeCapsule/GamesSummaryCHCUP1979.shtml
    - http://www.greatesthockeylegends.com/2011/01/1979-challenge-cup.html
    - http://icehockey.wikia.com/wiki/1979_Challenge_Cup

samedi 22 février 2014

Un miracle avec des pincettes...


C'est aujourd'hui le 22 février et l'on célèbre donc aujourd'hui un anniversaire assez important dans le monde du hockey américain... C'est en effet il y a 34 ans que l'équipe de jeunes collégiens dirigés par l'entraîneur Kurt Russell Herb Brooks eut raison de l'équipe remplie de joueurs venant des collèges comme Mike Eruzione, Steve Janaszak et Jim Craig battirent la puissante équipe de l'URSS...

L'histoire est remarquable, on en a fait, comme je l'ai invoqué plus haut, un film post-11 Septembre de Disney avec l'idée que même dans l'adversité les "amaricains", s'ils y mettent tout le coeur à l'ouvrage, peuvent triompher devant ce qui apparaît comme plus fort... C'était assez fort de sortir cette fable de la Guerre Froide dans une époque où on faisait régner ce climat de suspicion aux États-Unis dans cette guerre contre la terreur, cet ennemi qui, au final, peut être n'importe qui ou quoi... 

C'est pourquoi j'adore ce film, c'est dans la construction de mythe social qu'on joue à grand coup de perruque sur un de mes acteurs préférés... Rappelons le mythe barthien où la fameuse équation "signifiant/signifié=signe" de la sémiologie "saussurienne" est doublé, ce qui veut dire en quelque sorte que ce qui est perçu et interprété comme un mythe est une construction qui fait abstraction d'éléments qui constituent ce qui est la réalité... 

Une bonne manière de l'expliquer est justement dans cette fameuse victoire de l'équipe américaine de 1980 à Lake Placid...  En fait, la victoire de la médaille d'or ne s'est pas faite le 22 février 1980 dans la victoire de l'équipe américaine contre la puissante URSS, mais le 24 février quand l'équipe américaine a eut raison de l'équipe de Finlande par la marque de 4-2...  Match d'ailleurs où les "amaricains" revinrent de l'arrière d'un déficit de 2-1 en fin de deuxième pour l'emporter 4-2 en repliquant avec 3 buts...

Mais qu'est-ce qu'on en a à foutre de ce match?  Et bien c'est ça un mythe, c'est une construction sociale où on garde la narrative qui peut construire et/ou apprendre des choses aux sociétés en excluant bien des choses de ce qu'il en fut dans le réel...

Ce qu'il faut retenir, c'est cette histoire de David contre Goliath, celle de ces américains jugés comme faibles qui eurent raison, sur la glace, en plein marasme social, du puissant ennemi soviétique, celui qui se la jouait fort partout à cette époque... C'est ce que Disney veut que vous reteniez de ce qui s'est passé à Lake Placid en 1980...


Et comme je suis né quelques jours plus tard, et bien je n'ai jamais connu de médaille d'or olympique américaine au hockey masculin de mon vivant...



mardi 26 novembre 2013

Nikolai Sologubov


Nikolai Sologubov était un des piliers de la ligne bleue de la première génération de joueurs soviétiques. On le reconnaît souvent comme l'un des plus grands défenseurs russes de tous les temps, certain le mettant même à un plus gros échelon que le grand Vyacheslav Fetisov... À une certaine époque, on le nommait le Bobby Orr russe, bien que sa carrière était terminée... Par contre, cette brillante carrière aurait pu ne jamais avoir eu lieu...

Николай Михайлович Сологубов (Nikolai Mikhailovich Sologubov) est né en 1924 à Moscou. Il servit durant la Seconde Guerre mondiale en tant que soldat d'infanterie navale. en 1943, durant les combats avec les troupes allemandes, ce que les russe nomme la Grande Guerre Patriotique, Sologubov mis le pied sur une bombe et fut blessé au pied. Quelques semaines plus tard, Sologubov retourna au front en tant qu'éclaireur où il fut blessé au bras quelques temps plus tard. Aprs une deuxième convalescence, il fut envoyé au front lors de l'offensive de Leningrad. Il fut blessé une troisième fois lors de l'offensive de Krasnoye Selo alors qu'une mine explosa près de lui. Cette fois-ci, la blessure fut assez sérieuse qu'on songea à lui amputer une jambe, craignant que la gangrène s'empare de cette dernière. Par contre, après quelques opérations aux deux jambes, lui permit de s'en tirer...

Après la Guerre, Sologubov continua son service militaire en étant déployé dans l'est de l'URSS. C'est à cette époque qu'il commença à jouer au hockey, sport qui prenait alors son envol dans ce pays. Alors qu'il évoluait avec une équipe d'officier de Khabarovsk dans l'extrême est, il fut remarqué par un des représentant du CSKA (ЦДКА), la fameuse équipe de l'Armée Rouge et fut recommandé  le légendaire Anatoli Tarasov. 



Lorsqu'il  se joint au CSKA en 1949, Sologubov possédait un style très différent que celui imposé par Tarasov à ses joueurs. Au lieu d'entrer dans le système collectif développé par ce grand entraîneur, il possédait un jeu plus individualiste. Pour lui, le rôle du défenseur ne devait pas se limiter à celui de gardien de la zone défensive. Pour lui, le défenseur devait également aller plus à l'avant afin d'appuyer l'attaque. Et comme il était plus talentueux et fort que ses écarts de philosophie furent accepté auprès de l'équipe et fit même école. Même à l'époque, peu de défenseurs quittaient leur position pour se porter à l'attaque. À la même période, presque seulement un joueur comme Doug Harvey avait ce rôle dans le hockey nord-américain. Et en plus d'être un défenseur offensif avant le temps, Sologubov était également un défenseur très agressif, chose également très étrangère au type de hockey que les russe mirent sur pied à cette époque. 



Faisant partie de l'équipe soviétique qui surprit le monde entier en 1954 en défaisant le Canada pour ainsi marquer le début d'une très longue rivalité pour la suprématie du hockey entre le Canada et l'URSS, Sologulov fut par contre de l'équipe qui remporta en 1956 la première médaille d'or olympique en hockey pour l'URSS. En 1960, il porteur de drapeau pour l'URSS aux jeux de Squaw Valley, remportant la médaille de bronze, il fut également un membre des équipes soviétiques qui remportère l'or au championnat du monde en 1956 et 1963. En tant que membre du CSKA avec qui il joua entre 1949 et 1964, il remporta 9 fois le championnat d'URSS. Apparemment que c'est lui qui organisait les fêtes de championnat... 

Comme il fut le premier défenseur soviétique à marquer 100 buts en championnat, on nomme membres du "club Nikolai Sologubov" les joueurs soviétiques/russes qui réussissent l'exploit... D'ailleurs Andrei Markov en fait parti car les buts dans la NHL et les buts en Russie comptent...

Vétéran de Guerre et pionnier du hockey soviétique, Sologubov fut maintes fois décoré en URSS, il fut notamment décoré de l'Ordre du Drapeau rouge du Travail, la Médaille du mérite de combat ainsi que  la médaille pour la "Valeur du travail". Il fut également intronisé au temple de la renommée de la IIHF en 2004.



Il fut nommé meilleur défenseur du championnat du monde à trois reprises, en 1956, 1957 et 1960... Il fut donc le meilleur défenseur des tournois Olympiques de 1956 et 1960... On le voit ici sur la photo en 1960 compagnie de Nisse Nilsson, meilleur attaquant du tournoi... 

D'ailleurs, mené par un désir presque maladif de remporter une médaille lors de ces mêmes jeux de 1960, Sologubov est souvent crédité comme la personne qui a aidé les américains à remporter l'or. Alors que les américains perdaient contre les tchécoslovaques, Sologubov, alors capitaine de l'URSS, remarqua que les joueurs américains étaient fortement essoufflés. La chose à savoir est que les américains devaient battre les tchécoslovaques pour qu'ils non seulement remportent l'or mais garantissent une médaille aux soviétiques. Sologubov entra dans le vestiaire des américains et fit des geste pour leur signifier de prendre de l'oxygène afin de retrouver leur souffle. Les joueurs américains comprirent le message et s'oxygénèrent pour revenir en force, marquèrent 6 buts lors de la troisième période et remportèrent le match et l'or... Par contre, une défaite lors du match suivant mit le Canada en deuxième position et donna la médaille de bronze aux soviétiques... Tant qu'à être machiavélique, c'est comme ça!

Il est décédé en 1988...

Apparemment qu'il portait des dents en or...