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mardi 19 septembre 2023

Pavel Trnka ou Petr Tenkrat?



C'est le moment de passer à un autre sondage on ne peut plus pertinent. Lorsque je jouais à NHL circa édition 2001/2002/2003, j'aimais bien me procurer de ces joueurs aux noms de famille étranges et plein de konsonnes fascinantes. Plusieurs de ces acquisitions de l'époque font d'ailleurs partie des joueurs de notre série «Joueurs oubliés des 90's» comme Oleg Tverdovsky, Tony Hrkac ou Sergei Krivokrasov. D'ailleurs, par un magnifique (ou magnifik) hasard, ces trois derniers ont joué avec les Mighty Ducks d'Anaheim, également l'équipe d'origine des deux joueurs d'aujourd'hui; Pavel Trnka et Petr Tenkrat.

J'ai souvent eu de la difficulté à différencier ces deux joueurs obscurs, et ce même s'ils n'évoluaient pas à la même position. Le temps est donc venu de les analyser en profondeur et ensuite, de votre côté, de voter pour votre préféré. Allons-y donc.

Pavel Trnka est né le 27 juillet 1976 à Plzeň (Pilsen en français) en Tchéquie. Défenseur purement défensif de 6'-2" et 200 livres, il débuta à 19 ans avec le club local, le HC Plzen, en première division tchèque en 1993-94, en plus d'aider l'équipe tchèque des U18 à remporter le bronze aux championnats junior. Malgré de maigres statistiques (1 passe en 12 matchs), il attira assez l'attention pour se faire repêcher par les Mighty Ducks en 5e ronde (106e au total) du repêchage de 1994.


Après une dernière saison dans la ligue tchèque, il traversa l'Atlantique pour la saison 1995-96. Il fit bonne impression au camp des Ducks, mais ces derniers croyaient qu'il serait mieux pour lui de faire son bout de chemin dans les mineures. Il joua donc deux saisons complètes avec les Bandits de Baltimore de la AHL, et ce n'est qu'en 1997-98 qu'il joua finalement un premier match à Anaheim.

Après cette première saison partagée entre Anaheim et le club-école, Trnka fit l'équipe à temps plein en 98-99 et joua 4 saisons complètes avec l'équipe, enregistrant son sommet en carrière en 99-00 avec 2 buts et 15 passes pour 17 points. Il signa ensuite un nouveau contrat avec l'équipe durant l'été 2002. 

Mais durant la saison suivante, les Panthers de la Floride durent procéder à une vente de feu pour se débarrasser de salaires encombrants. C'était le cas du défenseur Sandis Ozolinsh qui se fit échanger aux Ducks le matin du match des étoiles de 2003. En plus d'Ozolinsh, les Ducks mirent la main sur un autre défenseur du nom de Lance Ward. En retour, les Panthers mirent la main sur le plus abordable Trnka, en plus d'un jeune Matt Cullen et un choix de 4e ronde en 2003 (Jay Pemberton).


Trnka termina donc la saison 02-03 avec les Panthers. Il y joua une autre saison  en 2003-04 durant laquelle il amassa 3 buts et 13 passes pour 16 points, soit sa 2e meilleure saison au niveau offensif. Les Panthers le libérèrent toutefois durant l'été 2004 et le lock-out imminent signifia la fin du parcours de Trnka dans la LNH.

Il profita alors de l'occasion pour retourner au bercail avec le HC Pilsen où il fut éventuellement nommé capitaine en 2005-06. Il fut également prêté quelques matchs à différents clubs suédois pour les séries. Il termina ensuite sa carrière en 2012 après 5 saisons passées avec le HC Vitkovice. Depuis sa retraite, il est demeuré au sein du HC Vitkovice comme assistant-entraîneur ou entraîneur-chef des niveaux junior de l'équipe.

En 411 matchs dans la LNH, la fiche de Pavel Trnka fut de 14 buts et 63 passes pour 77 points.
En 366 matchs dans la ligue tchèque, sa fiche fut de 23 buts et 52 passes pour 75 points.


Également né en Tchéquie, pour sa part le 31 mai 1977 dans la ville de Děčín, l'attaquant Petr Tenkrát débuta comme professionnel avec le HC Kladno durant la saison 1994-95, où il eu brièvement Trnka comme coéquipier. Ailier droit de 5'-11" et 182 livres, il joua 5 saisons à Kladno, soit jusqu'en 1999 suite à quoi il fut également repêché par les Mighty Ducks, en 8e ronde avec le 230e choix au total.

Il joua ensuite une saison en Suède avant de faire le saut en Amérique pour la saison 2000-01 qu'il partagea entre Anaheim et le club-école à Cincinnati.

La première saison de Tenkrat dans la LNH fut somme toute sans histoire, alors qu'il obtint un simple 5 buts et 9 passes en 46 matchs. Toutefois, les astres s'alignèrent magnifiquement lors de son premier but dans la LNH, le 15 décembre 2000 dans un match contre les Rangers...

But de Tenkrat, sur des passes de Hrkac et Trnka. Avouez que la vie peut parfois être magique...

Malheureusement pour Tenkrat et les Ducks, le reste de l'histoire de fut pas aussi féérique. Après 9 matchs sans point au début de la saison 2001-02, les Ducks échangèrent Tenkrat aux Predators de Nashville en retour de l'ancien espoir du CH Patric Kjellberg. 

Les choses semblèrent se replacer tranquillement pour Tenkrat à Nashville. Il obtint même un tour du chapeau contre les Blackhawks. Mais il manqua de constance et au final il termina cette saison 2001-02 avec une fiche de seulement 8 buts et 16 passes en 67 matchs. 

On commença ensuite à se passer Tenkrat comme une patate chaude. Refusant un contrat à deux volets des Predators, il fut placé au ballottage en octobre 2002 et réclamé par les Panthers qui l'envoyèrent le même jour aux Blue Jackets en retour de Mathieu Biron. Les Blue Jackets n'avaient également qu'un contrat à deux volets à lui offrir et il préféra plutôt s'exiler en Suède pour la saison 2002-03 avec le club Oulun Kärpät où il retrouva ses repères offensifs en plus de gagner deux championnats en 2004 et 2005.

Entretemps, ses droits dans la LNH étaient désormais propriété des Maple Leafs, qui le réclamèrent au ballottage en octobre 2003. Eux aussi ne lui offraient que cet éternel contrat à deux volets et décidèrent finalement de l'échanger aux Bruins en juin 2006 en retour d'un choix de 7e ronde. Il trouva enfin chez les Bruins une offre à un seul volet et il parvint ainsi à refaire surface dans la LNH pour la saison 2006-07. Il obtint 9 but et 5 passes en 64 matchs durant cette seule saison comme joueur de soutien avec Boston, sa dernière dans la LNH.


Il retourna en Europe en 2007-08 et se promena annuellement entre la Tchéquie, la Suède et la Finlande, effectuant au passage des retours à Kladno de temps en temps, et retrouva parfois Trnka sur son chemin comme adversaire et jamais plus comme coéquipier. Il se retira finalement du jeu en 2017.

En 177 matchs dans la LNH, la fiche de Petr Tenkrat fut de 22 buts et 30 passes pour 52 points.
Sa fiche globale combinée en Suède, Finlande, Russie et Tchéquie fut de 302 buts et 285 passes pour 587 points en 914 matchs.


Il est donc temps pour vous de voter pour votre préféré. Trnka ou Tenkrat?



Sources:
Panthers ship Ozolinsh to Ducks, CBC, 30 janvier 2003
Tenkrat gets revenge on Leafs ... sort of, The Globe and Mail, 28 novembre 2006

jeudi 31 août 2023

Joueur oublié des 90's #81 - Vladimír Růžička

 




Né le 6 juin 1963 dans la ville tchèque de Most, Vladimír Růžička était un peu le prototype de Jaromir Jagr avant l'arrivée de ce dernier quelques années plus tard. Sa grande portée (6'-3") et son maniement de la rondelle en firent un des meilleurs jeunes joueurs tchèques des années 80. Il se distingua d'abord sur la scène junior internationale, remportant d'abord une médaille d'or aux mondiaux des moins de 18 ans en 1979 et ensuite trois médailles d'argent consécutives aux U20, dont les tournois de 1981 et 1983 où il termina au premier rang des pointeurs. 

Suite à ces bonnes performances, les Maple Leafs prirent le pari de le sélectionner en 4e ronde (73e au total) du repêchage de 1982. Cependant, malgré une signature de contrat, il était peu probable de voir Ruzicka de sitôt dans l'uniforme les Leafs, le seul moyen pour un si jeune joueur tchèque de jouer dans la LNH étant à ce moment de faire défection.

Désormais professionnel, le jeune centre évolua d'abord au sein du Litvinov HC de la première division tchécoslovaque, ligue qu'il domina durant le reste de la décennie, terminant 5 fois en 6 ans au premier rang des buts marqués entre 1983-84 et 1988-89. Sa meilleure saison fut celle de 1985-86 où il termina avec 41 buts et 32 passes pour 73 points en 43 matchs. Il continua également de se distinguer au niveau international avec une médaille d'argent aux Olympiques de 1984, en plus d'une médaille d'or aux championnats du monde de 1985.

Après la saison 1988-89 où il termina de nouveau en tête des pointeurs, Glen Sather des Oilers voyait Ruzicka dans sa soupe et voulait faire son acquisition. Il se rendit à Prague durant l'été 89 pour négocier avec lui et les autorités tchécoslovaques qui refusèrent toutefois tout transfert de sa part. Ils se ravisèrent toutefois en décembre en lui donnant la permission de quitter le pays. Les Oilers, qui avaient précédemment obtenu ses droits des Maple Leafs en retour d'un choix de 4e ronde (Greg Walters) mirent alors Ruzicka sous contrat pour 4 saisons. Après quelques semaines de négociations supplémentaires et compliquées avec les dirigeants tchécoslovaques, Ruzicka put finalement mettre le pied à Edmonton le 10 janvier 1990.

Lors de son premier match contre les Jets, Ruzicka n’amassa aucun point mais fit toutefois les manchettes pour avoir écopé d'une pénalité inusitée. À la fin de la 2e période, il sauta du banc pour aller féliciter son gardien Bill Ranford. Les Jets protestèrent alors à l'arbitre qu'il n'avait pas le droit, alors que contrairement aux circuits européens, les joueurs au banc doivent retraiter au vestiaire. Ce ne fut toutefois pas une pénalité coûteuse alors que les Oilers gagnèrent le match 6-3 et il fit bien rigoler ses coéquipiers.

Il connut quelques jours plus tard son premier bon match avec une récolte de 2 buts et 1 passe. Jumelé par moments à Jari Kurri et Esa Tikkanen (l'ancien poste occupé par Wayne Gretzky), Ruzicka fit quelques flammèches à Edmonton, terminant cette première demi-saison dans la LNH avec 11 buts et 6 passes en 25 matchs. Cependant, le gros problème de Ruzicka qui fut remarqué par les entraîneurs des Oilers était son jeu défensif qu'on qualifia comme ultra-nul, même paresseux. Le considérant nuisible à cet égard, Ruzicka ne participa à aucun match en séries lors du parcours des Oilers jusqu'à la coupe de 1990. Comme il n'avait aussi joué que 25 matchs durant la saison, son nom n'apparaît pas sur la coupe mais il obtint tout de même une bague.

N'ayant désormais plus d'utilité pour lui et en surplus de joueurs de centre, les Oilers se débarrassèrent rapidement de Ruzicka au début de la saison suivante, l'envoyant aux Bruins en retour du défenseur Greg Hawgood (note à moi-même, un autre bon candidat pour cette série). 

Il débuta donc la saison 1990-91 à Boston et devint un favori de la foule à ses débuts par ses envolées électrisantes. Cependant, une blessure à la cheville mit fin à sa saison, mais parvint à revenir durant les séries, où il put participer cette fois, récoltant un bon 2 buts et 11 passes en 17 matchs.



La saison 1991-92 fut ensuite très bénéfique pour Ruzicka. Puisque Cam Neely ne put jouer que seulement 8 matchs durant cette saison, c'est Ruzicka qui hérita de sa place sur le premier trio avec Craig Janney et ensuite son remplaçant Adam Oates. Faisant fi de ses lacunes défensives, les Bruins purent obtenir une splendide saison du joueur tchèque qui récolta 39 buts et 36 passes pour 75 points, soit le premier rang chez les attaquants des Bruins, derrière Raymond Bourque à 81 points. Il fut toutefois décevant en séries avec seulement 2 buts et 3 passes en 13 matchs.

Des blessures vinrent lui nuire à nouveau en 1992-93 où il ne put jouer que 60 matchs et perdit sa place sur le premier trio au profit de Joé Juneau et Dmitri Kvartalnov. Son manque d'ardeur à l'entraînement et en défensive lui firent perdre aussi la grâce de son nouvel entraîneur, Brian Sutter. Il termina donc cette deuxième saison complète avec 41 points dont 19 buts.



Son contrat échu et libéré par les Bruins après trois saisons, Ruzicka signa comme agent libre avec les Sénateurs d'Ottawa pour une somme considérable de 425,000$ pour la saison 1993-94. Il retrouva à Ottawa son ancien entraîneur Rick Bowness, celui qui lui avait donné sa grosse chance à Boston lors de sa bonne saison de 1991-92. Toutefois, son jeu défensif atroce étant désormais mis au grand jour au sein d'un faible club, Ruzicka était misérable à Ottawa, où il n'avait plus un aussi bon apport offensif de ses coéquipiers pour finir ses jeux. Après avoir été laissé de côté quelques matchs et n'ayant que 5 buts et 13 passes au compteur en 42 matchs, la carrière de Ruzicka dans la LNH prit abruptement fin le 9 février 1993 lors d'un entraînement. 

Lui reprochant son manque d'effort lors de la pratique, Bowness fracassa son bâton et apostropha violemment Ruzicka en lui criant de quitter les lieux. Les Sénateurs le placèrent quelques jours plus tard au ballottage mais aucune équipe ne se manifesta, lui laissant le champ libre pour aller jouer en Suisse. Il termina donc la saison 1993-94 entre le club EV Zug en Suisse (qui compensa en partie les Sénateurs) et finalement suivi d'un retour chez soi avec le club de Prague. Il retrouva ses repères dans sa patrie, devenant capitaine de son club et terminant meilleur pointeur en 1995-96. 

Vint ensuite les Jeux Olympiques de 1998 à Nagano. Comme il s'agissait de la première participation de la LNH aux Jeux, on croyait tous que la finale allait mettre en vedette le Canada et les États-Unis, soit une reprise de la coupe du monde de 1996 remportée par les américains. Cependant, c'est la nouvelle République Tchèque, constitué seulement à moitié de joueurs de la LNH, qui causa la surprise et remporta l'or avec comme capitaine, un Vladimir Ruzicka désormais âgé de 34 ans. 

Malgré la présence de Jaromir Jagr et surtout Dominik Hasek, on ne donnait pas grande chance aux Tchèques face aux Canadiens, Américains ou même les Russes avec comme attaquants des joueurs tels que Pavel Patera, Robert Lang ou Martin Rucinsky.



 

Lors des quarts-de-finale, alors que les américains dominaient le jeu et menaient 1-0 après une période, Ruzicka a fait ce qu'on attend de tout grand capitaine qui se respecte, soit de prononcer un speech inspirant. Dans le documentaire «The Nagano tapes» racontant ce parcours des Tchèques, Roman Hamrlik n'a pas osé révéler ce que contenait ce fameux speech désormais légendaire dans le folklore du hockey tchèque, déclarant seulement «you don't wanna know» à l'interviewer. 

Mais en plus de faire son speech, Ruzicka mit la main à la pâte, profitant d'un retour de lancer de Jagr pour créer l'égalité. Son équipe transformée l'emporta finalement 4-1 et ne traîna plus jamais de l'arrière durant le restant du tournoi.

Suite à ce tournoi féerique pour les Tchèques, Ruzicka joua encore deux saisons comme capitaine du HC Prague, prenant sa retraite après la saison 99-2000. Il fit ensuite directement le saut derrière le banc, en plus d'éventuellement occuper aussi le poste de DG, et ce jusqu'en 2014. Il mena son club à trois titres de la ligue tchèque, en plus d'entraîner l'équipe nationale à plusieurs reprises, dont une médaille d'or aux championnats du monde de 2005 et de 2010. Il fut également en poste lors des Olympiques de 2010. Il fut depuis entraîneur de différents clubs mais il semble avoir perdu sa touche gagnante. Il est présentement entraîneur-chef du HC Slovan en 3e division. Il fut également accusé de fraude en 2020 pour avoir apparemment reçu un pot-de-vin du père d'un joueur qui voulait s'assurer que son fils joue avec son club. Ruzicka se déclara innocent, il aurait apparemment cru qu'il s'agissait d'une commandite et non pas d'un pot-de-vin...


La fiche en carrière de Vladimir Ruzicka dans la LNH fut de 82 buts et 87 passes pour 129 points en 233 matchs.
Sa fiche dans les ligues tchèques fut de 403 buts et 405 passes pour 808 points en 648 matchs.

Son numéro 97 fut retiré par le HC Prague et il fait partie du temple de la renommée du hockey Tchèque.


Sources:
Les Oilers d’Edmonton devront faire plus vite
, La Tribune, 6 dec. 1989
Bowness expulse Ruzicka, Le Droit, 10 février 1994
Vladimir Ruzicka soumis au ballotage, La Tribune, 16 février 1994
Vlad can laugh at first lesson, Edmonton Journal, 15 janvier 1990
Hockey draft central

vendredi 29 juillet 2022

Petr Klima


 

L'histoire de Petr Klima est assez fascinante. J'hésitais à le mettre dans la série des «Joueurs oubliés des 90's» car il y a un je-ne-sais-quoi qui semble rendre Klima assez mémorable aux yeux des vieux de la vieille comme nous autres, que ce soit son nom amusant propice aux jeux de mots idiots ou bien son fameux but marqué en finale de 1990 contre les Bruins, ou sinon son fameux casque JOFA doublé d'un «mullet» assez garni à l'arrière. Mais je me suis aussi rendu compte que je ne connaissais Klima qu'en surface et un tel personnage se méritait une biographie en bonne et due forme.

Petr Klima est né le 23 décembre 1964 à Chomutov dans l'ancienne Tchécoslovaquie, dans la partie qui est maintenant la Tchéquie. Son père, Josef Klima, était un ancien joueur, dont la carrière dura presque 20 ans dans les différentes ligues tchèques de l'époque et sur la scène internationale. Petr débuta sa carrière avec le HC Litvinov en 1981. Il s'y illustra au cours des deux années suivantes, graduant avec le club senior à l'âge de 18 ans où il marqua 19 buts en 44 matchs. Ayant vu son potentiel lors des championnats du monde, l'entraîneur des Red Wings de Détroit Nick Polano convainquit l'équipe de prendre le risque et d'en faire leur choix de 5e ronde (86e au total) au repêchage de 1983. Le DG des Wings, Jim Devellano dit alors à Polano «Ok je l'ai pris. Maintenant tu dois aller le chercher».

Comme vous vous en doutez, pour jouer en Amérique du Nord, Klima se devait de faire défection, ce qu'il décida de mettre en branle une fois son service militaire terminé en 1985. Il aurait sinon fait défection en même temps que son ami Petr Svoboda, un an plus tôt en 1984.

Après plusieurs mois de négociations secrètes entre lui et les Wings, dont une signature de contrat dans le dos de l'équipe Tchèque à Vancouver lors de la coupe Canada de 1984, les deux partis passent à l'action. À la mi-août 1985, alors que son équipe s'entraînait de l'autre côté du rideau de fer à Nussdorf en Allemagne de l'Ouest, Klima faussa compagnie à ses coéquipiers lors d'un repas d'équipe pour sauter dans une voiture qui allait le conduire à un boisé où il avait ensuite à marcher plusieurs hectares de forêt pour finalement rejoindre Polano et le vice-président des Wings, Jim Lites. Ces derniers durent ensuite cacher Klima pendant quelques semaines dans les environs de Nussdorf et d'autres villes avoisinantes en Autriche.


Klima leur réserva alors quelques surprises. Il exigea entre autres d'avoir plus d'argent et que les Red Wings arrangent également le passage de sa copine, n'ayant que des marques de naissance comme seul moyen d'identifier cette dernière. Ils durent ainsi débourser beaucoup d'argent supplémentaire pour engager ce qui était techniquement des kidnappeurs professionnels pour réunir Klima et sa copine. Durant cette période en cachette dans les confins de l'Autriche, Klima aurait aussi crashé une Mercedes loué alors qu'il n'avait évidemment pas de permis. Tout ces «red flags» de la part de Klima deviendront une bonne indication de la suite des choses pour lui et les Wings.

Après toutes ces magouilles dignes d'un film d'espionnage qui auront coûté près d'un quart de million aux Red Wings, Klima arriva enfin à Détroit en septembre 1985. S'il n'était pas le premier à faire ainsi défection (Svoboda, les frères Šťastný, Miroslav Frycer, etc.), il était toutefois le premier à le faire pour une équipe américaine, les autres étant tous pour des équipes canadiennes. En honneur de sa nouvelle liberté, Klima choisit de porter le #85, l'année où il arriva finalement en Amérique du Nord. Plus tard en 1989, Alexander Mogilny fit de même avec son numéro 89 lorsqu'il devint le premier russe à faire défection. 

Au sein d'une équipe des Red Wings encore médiocre (après les années Dead Wings), Klima fit ses grands débuts dans la LNH à l'automne 1985. Il commença avec un but à son premier match, mais fut blanchi pour plusieurs matchs par la suite, suite à quoi il fut laissé de côté quelques matchs pour observer davantage le jeu nord-américain de la passerelle. À son retour, il commença à débloquer et termina tout de même cette saison recrue avec 32 buts et 56 points en 74 matchs. Il était toutefois le pire attaquant des Red Wings pour les +/- avec une fiche de -39. 

Un avant spectaculaire et rapide, Klima était un joueur très paresseux en défense et laissa plusieurs fans et entraîneurs sur leur faim quant au véritable potentiel offensif qu'il possédait. Il termina sa carrière avec une fiche de -122 et n'a eu que très rarement une fiche en saison positive à ce niveau.

Malgré de bonnes premières saisons offensives à Détroit, dont deux autres de plus de 30 buts, Klima profitait de sa nouvelle liberté, peut-être un peu trop de liberté aux yeux des Red Wings. Il se teignait les pointes des cheveux en blond, portait une boucle d'oreille, s'achetait des voitures luxueuses et faisait la fête. Il se fait également remarquer par son habitude de taper sa palette de seulement quelques bandes, un style qui sera surnommé «candy cane». Il porte aussi un gros casque JOFA 265 dont Don Cherry se moque en disant que Klima ne l'utilise que pour protéger sa chevelure blonde...

L'alcool est très présent au sein des jeunes Red Wings de l'époque et Klima défraie les manchettes par ses frasques en compagnie de Bob Probert, Joey Kocur et Sheldon Kennedy. Ils défient constamment le couvre-feu et manquent des pratiques. Klima est souvent arrêté au volant pour vitesse excessive et/ou facultés affaiblies. Durant les séries de 1988, les Red Wings sont finalement redevenus respectables et se faufilent jusqu'en finale de conférence contre les Oilers. En arrière 3-1 dans la série et faisant face à l'élimination, un groupe de 6 joueurs des Wings défient le couvre-feu et s'enfuient dans un bar. 

Klima, blessé, fait partie du groupe et aurait apparemment été celui qui a persuadé Probert, alors en probation et en tentative de sobriété, de venir les rejoindre. L'entraîneur Jacques Demers est découragé et ne peut plus voir Klima en peinture. Pourtant, avant sa blessure, Klima était en feu lors de ces séries avec une fiche de 10 buts en 12 matchs.


En septembre 1988, il est suspendu pour avoir encore enfreint les règles de l'équipe lors du camp d'entrainement. Il aurait entre autres manqué l'avion avant un match pré-saison. Il ne peut revenir avec l'équipe qu'après s'être excusé auprès de ses coéquipiers. En octobre, deux jours avant son retour avec l'équipe, il est de nouveau arrêté pour facultés affaiblies, d'avoir endommagé un autre véhicule en plus d'avoir tenté de s'enfuir. Après sa suspension, il est finalement envoyé dans la Ligue américaine pour un séjour de 5 matchs. Quand il revient à Détroit, il obtient tout de même 25 buts et 41 points en 51 matchs en 1988-89. Mais pendant ce temps, les Red Wings sont prêts à se débarrasser de Klima. Les Nordiques et le Canadien auraient notamment été dans le portrait pour l'obtenir. Les Red Wings sont toutefois assez gourmands dans leurs demandes. Serge Savard aurait d'ailleurs refusé de se départir de Stéphane Richer pour obtenir le tchèque. Les Nordiques auraient quant à eux refusé de se départir d'un choix de première ronde pour faire son acquisition.

Klima est finalement arrêté pour de bon en mai 1989 pour bris de probation après une troisième arrestation pour conduite sous influence de l'alcool où il tenta encore de s'échapper de la police. Il est condamné à 35 jours de prison durant l'été 1989 suivi d'une cure de désintox de 45 jours. 

Repentant à son retour et jurant ne plus jamais boire et de conduire, Klima reprend du service au début de la saison 1989-90. Il est toutefois finalement échangé lorsqu'il fait partie du «package deal» des Red Wings qui l'envoient à Edmonton en compagnie de Adam Graves, Joe Murphy et Jeff Staples en retour du malheureux Jimmy Carson, Kevin McClelland et un choix de 5e ronde en 1991.


À Edmonton, Klima dépasse de nouveau le plateau des 30 buts avec une fiche de 30 buts 33 passes pour 63 points. Mais durant les séries de 1990, il n'est utilisé que sporadiquement au sein de l'équipe toujours dominante des Oilers qui, après l'échange de Wayne Gretzky en 1988, avait beaucoup à prouver mais qui se retrouvait quand même très galvanisée suite à cet important échange amenant trois morceaux très utiles en Klima, Graves et Murphy. Ces deux derniers ont d'ailleurs marqué l'imaginaire collectif des Edmontoniens en formant la «Kid Line» avec Martin Gélinas lors de ce printemps magique de 1990. On peut dire que Glen Sather aura quand même bien rentabilisé l'échange de Gretzky avec ce qu'il a pu obtenir en retour de Carson. Gélinas a aussi été obtenu dans l'échange de la merveille avec les Kings.

Pour sa part, Klima n'obtient que 5 buts et aucune passe en 21 matchs. Cependant, un de ces buts fait aussi partie de la légende et du folklore des Oilers. Lors du premier match de la finale contre les Bruins, l'égalité de 2-2 persistait après trois périodes. Après deux périodes supplémentaires, c'était toujours l'impasse. Finalement, à 15:13 de la 3e période de surtemps, c'est un Petr Klima très frais qui vint sceller l'issue du match. L'entraîneur John Muckler n'aimait pas le jeu non-fiable de Klima en défense pour risquer de perdre le match. Il n'avait donc que très peu joué, dont aucune minute durant ces périodes supplémentaires. Mais avec la plupart de ses joueurs exténués, il se tourna finalement vers Klima et le pari fut bénéfique. Il s'agit encore à ce jour du plus long match de finale dans l'histoire de la LNH.


Malgré tout ça, Klima demeura quand même «benché» pour la majorité des matchs suivants et n'obtiendra aucun autre point durant cette finale.

Après son arrivée à Edmonton et cette première saison fructueuse là-bas, Klima s'est assez assagi par la suite pour ses activités hors-glace. Il déclara plus tard que ses premières années en Amérique du Nord furent difficiles personnellement et que l'alcool était un moyen de se dégêner avec ses coéquipiers et pour oublier ce qu'il avait laissé derrière lui. Il énonça également que la culture étant différente dans son pays, particulièrement pour l'alcool au volant où c'était selon lui plus accepté là-bas. 

Il connut ensuite sa meilleure saison en carrière en 1990-91 avec une fiche de 40 buts et 28 passes pour 68 points. Aucun membre des Oilers ne marquera plus de 40 buts après lui jusqu'à la saison de 41 buts de Connor McDavid en 2017-18 et ensuite Leon Draisaitl et ses saisons subséquentes de 50 buts et plus. Klima fut également un membre plus important en séries en 90-91 lorsque les Oilers s'inclinèrent en finale de conférence et où il obtint 7 buts et 13 points en 18 matchs. Sa saison 90-91 représentait également un sommet en carrière pour lui avec une fiche de +24.

Il joua deux autres saisons à Edmonton, dont une de 32 buts en 1992-93. Mais comme Klima n'était pas vraiment un passeur, il ne termina la saison qu'à 48 points, ce qui était (tristement) quand même bon pour le premier rang des piteux Oilers de 92-93 en pleine période post-dynastie... Klima n'est toutefois pas très heureux à Edmonton, détestant le froid lui rappelant trop la Tchécoslovaquie, et désire être échangé aux États-Unis pour obtenir la citoyenneté américaine.

Voulant de toute manière se reconstruire et se rajeunir, les Oilers envoient Klima au Lightning de Tampa Bay durant l'été 93 en retour de considérations futures qui deviendront un choix de 3e ronde en 1994 qui n'aboutit à pas grand chose (Brad Symes). Il obtint une autre saison de plus de 20 buts en 93-94 avec 28 buts et 55 points avec le Lightning. Il y joua deux autres saisons avant d'être échangé aux Kings de Los Angeles à l'été 1996 en retour d'un choix de 5e ronde.


 
Rare photo de son passage à L.A.

Son arrivée à L.A et la saison 1996-97 marqua toutefois le début d'une phase nomade et la fin qui approche pour Klima. Après seulement 8 matchs où il ne récolta aucun but, il fut rapidement échangé de nouveau, cette fois-ci aux Penguins de Pittsburgh en retour de considérations futures. Ce ne fut guère mieux à Pittsburgh lorsqu'après 9 matchs et seulement 1 but, il est rétrogradé dans les mineures avec les Lumberjacks de Cleveland dans la IHL. Il refusa initialement de s'y rapporter, déclarant qu'il préférait prendre sa retraite que d'être un joueur des ligues mineures. Les Penguins lui offrirent alors de racheter son contrat, ce qu'il refusa. Après quelques jours, il parvint à s'entendre avec l'équipe pour se rapporter à Cleveland avec une permission spéciale de pouvoir retourner à sa maison de Tampa Bay aux deux semaines. 

Après quelques mois et tout de même une bonne fiche de 21 points en 19 matchs avec les Lumberjacks, les Penguins passent à l'acte et rachètent son contrat. Libre comme l'air, il parvient toutefois à s'entendre avec son ancienne équipe, les Oilers, qui le signent comme agent libre pour terminer cette saison 1996-97. Il n'est toutefois qu'un passager avec les Oilers où il obtient 1 buts et 5 passes en 16 matchs et n'est de nouveau que très peu utilisé lors du retour des Oilers en séries en 1997, parcours où ils surprendront les Stars de Dallas en 7 matchs avant de s'incliner en 2e ronde contre l'Avalanche.

Retour à Edmonton avec la nouvelle version du chandail des Oilers... mais toujours son tape de bâton de style «candy cane».

Libéré par les Oilers et sans contrat dans la LNH, Klima met le cap sur la ligue allemande en 1997-98. Il est toutefois ramené une nouvelle fois au bercail, cette fois-ci par les Red Wings. Il obtient un essai lors du camp d'entraînement mais les Red Wings ne lui proposent qu'un contrat à deux volets et de débuter la saison dans les mineures, ce qu'il refuse encore une fois. Il ne changera d'idée que quelques mois plus tard, soit en janvier 1999. Après quelques semaines avec les Red Wings d'Adirondack, c'est finalement le 14 février 1999 que Klima put finalement revenir dans la LNH, avec sa première équipe maintenant totalement différente de lorsqu'il l'a quitté 10 ans plus tôt. Il ne restait d'ailleurs que Steve Yzerman comme seul survivant de cette époque chez les Wings.

Lors de son premier match de retour avec les Wings, Klima marqua son dernier but dans la LNH, qui est étrangement sur Youtube en qualité plus que médiocre:

Klima n'étant qu'avec les Red Wings simplement que pour cette fin de saison et en attendant que quelques blessés reviennent, il ne récoltera pas d'autres points en 13 matchs et ne sera qu'un spectateur durant les séries où il ne joua aucunement. Ce furent ses derniers moments dans la ligue.

Il prit alors sa retraite mais revint au jeu en 2001-02 dans son ancienne patrie libérée avec son premier club de sa jeunesse, le Litvinov HC en première division tchèque. Il termina premier pointeur de son club cette saison-là. Il y joua une dernière saison en 2002-03 avant d'accrocher ses patins pour de bon.

Ses fils jumeaux, Kevin et Kelly Klima, ont plus tard joué dans la LHJMQ avec les Wildcats de Moncton et les Saguenéens de Chicoutimi. Non-repêchés, ils ont joué quelques temps dans les mineures avant de tous les deux revenir en Tchéquie en première division. Le paternel est pour sa part entraîneur du SK Trhači Kadaň en 2e division depuis la saison 2017-18.

 

En 786 matchs dans la LNH, Petr Klima aura obtenu 313 buts et 260 passes pour 573 points.

Pour finir, je vous laisse sur une de ses publicités en 1987 pour la boisson gazeuse Vernors.



Sources:
The Haughtiness of Petr Klima, Crime in Sports
2 CZECH HOCKEY STARS WHO DEFECTED SAY MOGILNY HAS STRENGTH TO SURVIVE, Buffalo News, 14 mai 1989
The defection of Petr Klima was like a bad spy novel, but Red Wings got their man, Vintagedetroit.com, 31 janvier 2016
KLIMA ARRESTED ONCE AGAIN ON DRUNKEN DRIVING CHARGES, Orlando Sentinel, 31 mai 1989
Penguins buy out Petr Klima’s contract, Associated Press, 31 janvier 1997
DEMERS: DRINKING BY PROBERT, OTHERS CAUSED DETROIT'S LOSS, Washington Post, 12 mai 1988
Klima sentenced to jail, UPI, 16 juin 1989
Klima, Probert trouble for Wings, Daily Collegian, 20 octobre 1988
WINGS LOST MUCH MORE THAN A GAME, Detroit Free Press
KLIMA’S PARTY NOW A WINGS’ NIGHTMARE, Detroit Free Press
Red Wings Sign Klima Again, Associated Press, 11 janvier 1999
Klima: trop cher au goût de Lapointe, Le Soleil, 16 janvier 1988
Klima veut vaincre son problème, La Presse, 16 septembre 1989
Demers: Nous n'avons pas cédé de supervedette, La Presse, 3 novembre 1989
L'incompris Petr Klima ne regrette vraiment rien, Le Soleil, 1er mars 1995
Que de passage, Petr Klima ne veut pas moisir dans les mineures, Le Soleil, 11 janvier 1997
Les Oilers offrent une nouvelle chance à Klima, Le Droit, 22 février 1997

mercredi 2 mars 2022

Joueur oublié des 90's #61 - Jan Caloun

  

 

La plupart des joueurs que je prends pour cette série sont soit des joueurs oubliés (duh) méconnus ou bien sous-estimés. Mais le joueur d'aujourd'hui est plutôt un vrai mystère...

Jan Caloun est né le 20 décembre 1972 à Ústí nad Labem en Tchéquie. Ailier droit de 5' 11" et 176 livres, Caloun était un marqueur né et il domina assez tôt dans le système mineur tchèque comme par exemple sa saison 1988-89 avec le HC Litvinov dans la division des moins de 16 ans où il mena la ligue avec 66 buts et 95 points en seulement 24 matchs. Il continua à se démarquer lors des années suivantes, le tout culminant en 1991-92 alors qu'il mena la première ligue tchèque avec 32 buts en 37 matchs, devançant des joueurs de renom comme Zigmund Palffy et Martin Straka. Il se distingua également au championnat mondial junior où il mena le tournoi au niveau des buts marqués avec 8.

Les Sharks de San Jose en firent ensuite leur choix de 4e ronde au repêchage de 1992 avec la 75e sélection au total. Il demeura en Tchéquie lors des deux saisons suivantes et mena la ligue une fois de plus pour les buts en 1992-93 avec 45 buts en 47 matchs.

Bref, le gars était un scorer.



Il traversa en Amérique du nord pour la saison 1994-95 qu'il passa avec le club-école des Sharks, les Blades de Kansas City dans la IHL. Il s'en sortit bien lors de cette première saison alors qu'il termina premier pointeur des Blades avec 34 buts et 73 points en 76 matchs, et ensuite 13 buts en 21 matchs en séries alors que les Blades s'inclinèrent en finale de la IHL. Il demeura à Kansas City en 1995-96 où après 38 buts en 61 matchs, il fut finalement rappelé par les Sharks pour terminer la saison. 

Il étonna alors dans la plus grande ligue au monde en marquant à son premier tir lors de son premier match. Lors de son deuxième, il obtint deux autres tirs et marqua également sur chacun d'entre eux. À son troisième match, il marqua encore une fois. Cela porta sa séquence à 4 buts marqués lors de ses 4 premiers tirs en carrière, ce qui demeure un record à ce jour. Il obtint en tout un excellent 8 buts et 3 passes pour 11 points en 11 matchs pour terminer cette saison. 

On peut appeler ça un très bon départ et je le rappelle, tout un scorer.

Mais alors que tout semblait bien parti pour Caloun dans la LNH, les Sharks le retournèrent dans leur club-école en 1996-97, cette fois-ci dans la Ligue américaine avec les Thoroughblades du Kentucky. Il ne fut rappelé que pour deux petits matchs en décembre où il ne joua que très peu et ne récolta pas de points. Il continuait pourtant de prouver sa valeur dans les mineures, alors qu'il récolta 43 buts et 43 passes pour 86 points en 66 matchs et fut élu sur la deuxième équipe d'étoiles de la AHL. Cependant, les Sharks ne firent plus jamais appel à ses services et il opta plutôt de mettre le cap sur la Finlande dans la SM-Liiga en 1997-98 avec le club HIFK d'Helsinki. 
 


Il devint un joueur culte avec HIFK, les menant d'abord au championnat de la SM-Liiga en 1998, saison où il termina au deuxième rang des pointeurs de la ligue. Il participa également aux Jeux olympiques de Nagano avec l'équipe de la République Tchèque, qu'il aida à remporter l'or. 

En 1998-99, lui et le défenseur américain Brian Rafalski brulèrent la SM-Liiga alors que Caloun termina au premier rang de la ligue avec 81 points, une des meilleures saisons offensives de l'histoire de la SM-Liiga (saison de 54 matchs), le record étant de 93 points par un certain Kari Jalonen en 1986-87. Quant à lui, Rafalski termina au premier rang des défenseurs avec 53 points, ce qui lui valut le titre du joueur de l'année et un contrat avec les Devils la saison suivante. On connait la suite dans son cas. 

Caloun remporta également l'or avec l'équipe tchèque aux championnats du monde de 1999.


Championnat de la SM-Liiga en 1998 avec Brian Rafalski et Olli Jokinen dans le haut de l'image


 

Donc on avait quand même droit à tout un joueur ici et il est vraiment à se demander ce qui s'est passé avec les Sharks pour ne pas qu'il puisse avoir droit, non seulement à pouvoir débuter la saison 96-97 avec eux mais au moins à se mériter une meilleure chance par la suite... Un marqueur qui marque 4 buts à ses 3 premiers matchs et avec un superbe pourcentage de tir (40%), normalement tu es un peu plus patient. Mais comme je disais, c'est un peu un mystère alors que je n'ai pas vraiment trouvé grand chose comme explication à travers mes recherches. 

Du moins en anglais et en français. Je ne parle malheureusement pas le tchèque.



J'ai cependant trouvé cette entrevue qu'il réalisa en Finlande en 1998 alors qu'il était fraichement débarqué de la LNH. Je me disais peut-être que je pourrais voir s'il parlait un peu de son traitement par les Sharks mais l'entrevue est bel et bien en tchèque avec sous-titres en finnois...

Je me suis alors souvenu que Google Translate existait. 

Mais là vous ne pensez tout de même pas que j'allais retranscrire tout ça manuellement dans Google Translate? Juste pour tenter de trouver une parcelle d'information sur un joueur obscur qui intéresse probablement juste moi et quelques autres geeks?

...

Oui je l'ai fait...

Je suis un craqué mental, je l'ai déjà dit.


Étonnement ça a vraiment bien marché avec Google Translate pour la plupart du texte. Un petit truc que je vous donne si jamais l'occasion se présente à vous de traduire du russe, du finnois ou whatever, c'est de mettre la deuxième langue en anglais. Comme ça, ça peut vous éviter des petits pièges d’ambiguïté avec la langue française difficile à traduire.

Voici mon transcript de la partie de cette entrevue où il parle de son séjour avec les Sharks:

- I still don't know why. In 11 matches, i had 8 goals and 3 assists. The team management promised that I get to play NHL. In the summer at home in the Czech Republic, I was preparing for a NHL career but in the fall in San Jose, almost the management of the whole team and all the coaches changed and I got to start all over again, achievements of the previous period wiped off, in addition to the coach who did not like Europeans like me and Ville Peltonen. The coach didn’t like us and sent us to the farm team.
 

Donc on a ici une bonne explication sur ce qui s'est passé après sa bonne prestation à la fin de la saison 1995-96 et on peut finalement compléter la narrative. Les Sharks de 1995-96 étaient médiocres et connurent surtout une saison décevante après deux saisons où ils avaient accédé aux séries, dont la victoire surprise contre les Red Wings en première ronde des séries de 1994. L'entraîneur Kevin Constantine fut congédié durant la saison, étant remplacé par Jim Wiley pour le restant de l'année. C'est ce Wiley qui donna sa chance à Caloun pour la fin de cette saison à oublier pour les Sharks où il est souvent habituel de tester quelques recrues. Le DG Chuck Grillo fut lui aussi congédié en mars 1996 et remplacé par Dean Lombardi. 
 
La saison suivante, les Sharks nommèrent Al Sims comme nouvel entraîneur, et apparemment qu'il n'aimait pas les européens selon Caloun. Ce ne fut pas mieux pour les Sharks avec Sims, qui fut également congédié après une seule saison où les Sharks terminèrent avant-derniers, ce qui leur permit toutefois de repêcher Patrick Marleau au repêchage de 1997.

Donc, malheureusement, le timing n'était pas bon pour Caloun et probablement qu'il fut victime de la vieille garde en place dans l'équipe et dans la ligue où il s'agissait d'une époque difficile pour les marqueurs et petits joueurs de finesse. 
 
Caloun demeura donc en Finlande lors des années suivantes tandis que ses droits demeurèrent avec les Sharks pendant qu'il brûlait la ligue finlandaise. Il eut finalement une autre chance dans la LNH lorsque les Sharks échangèrent ses droits aux Blue Jackets de Columbus pour leur saison inaugurale en 2000-01. Il fit donc partie de l'alignement partant des Blue Jackets au début de leur histoire mais malheureusement, la magie de ses débuts n'opérait plus. Après 11 matchs où il amassa seulement 3 passes, les Blue Jackets le placèrent au ballotage. N'étant pas réclamé, il fut libéré et retourna en Finlande avec HIFK à la mi-novembre.

 

 

Il joua jusqu'en 2004 dans la SM-Liiga, passant aux Blues d'Espoo en 2001-02 et continuant d’amasser des points et de se distinguer dans cette ligue, terminant une nouvelle fois au premier rang des pointeurs en 2002-03.

Petite parenthèse intéressante ici, le trophée de la SM-Liiga du meneur pour les points (l'équivalent du Art Ross) est le trophée Veli-Pekka Ketola, cet ancien joueur des Jets dans l'AMH avec un des meilleurs noms ever.
 
Caloun retourna ensuite en Tchéquie en 2004-05 avec le HC Chemopetrol, en plus de jouer quelques matchs en Russie. Il joua pour plusieurs clubs en première et deuxième divisions tchèques jusqu'à sa retraite en 2010, un an après un dernier championnat en deuxième division. Il devint ensuite entraineur au niveau junior et plus tard DG du HC Slovan dans son patelin d'Ústí nad Labem. Quel beau nom pour une ville d'ailleurs. Je serais curieux d'y voyager un jour. 

Ses exploits avec le HIFK furent honorés lors d'une cérémonie en 2020.



Voici ses statistiques dans les différentes ligues où il a joué:
LNH: 24 matchs, 8 buts et 6 passes pour 14 points.
SM-Liiga: 298 matchs, 145 buts et 230 passes pour 375 points.
IHL: 137 matchs, 72 buts et 69 passes pour 141 points.
AHL: 66 matchs, 43 buts et 43 passes pour 83 points.
Ligue Tchèque (division 1 et 2): 249 matchs, 123 buts et 95 passes pour 218 points.

Il marqua également plus de 200 buts au niveau international en combinant les nombreux tournois auquel il a participé. Vraiment dommage qu'il soit tombé chez les Sharks.