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mercredi 4 juin 2025

Les buts de Jean Béliveau

 


Je viens de terminer la biographie de Jean Béliveau, «Ma vie bleu-blanc-rouge» il y a quelques jours. Je sais ça fait plusieurs années que c'est sorti et même mis à jour avec une deuxième édition mais je n'avais jamais eu la chance avant de me le procurer l'autre jour dans une biblio-vente.

Ce que j'appréhende lors de la lecture de biographie de joueurs très connus, c'est que la majorité des informations et des anecdotes, je les connais déjà... Mais ici j'ai quand même appris de nouveaux trucs sur le «Gros Bill», comme par exemple qu'il avait été brièvement courtisé par les Nordiques de l'AMH pour faire un retour au jeu en 1972, offre qu'il refusa. C'est d'ailleurs son ancien coéquipier Jacques Plante qui lui fit l'offre mais qui n'insista pas davantage une fois le premier refus, comprenant parfaitement sa décision. 

J'aime bien aussi qu'il insiste sur la «dynastie oubliée» des Canadiens, soit celle de 1965 à 1971 où le club gagna 5 coupes en 7 ans, qu'il considère injuste qu'elle ne soit pas davantage reconnue, étant prise en sandwich entre la dynastie des 5 coupes de 1956 à 1960 et celle de 1976 à 1979. 

Il est vrai que le club était dominant durant cette période mais j'hésiterais à le considérer comme étant une dynastie, puisque le club rata les séries en 1970 au tout dernier match de la saison dans des circonstances bizarres, en plus d'avoir remporté 2 des ces coupes contre les Blues de St.Louis, un club se retrouvant en finale simplement parce que toutes les équipes d'expansion étaient dans la même conférence... De plus, cette «dynastie» a été grandement entachée par la coupe perdue de 1967 aux mains des Leafs lors de l'année de l'exposition universelle où le club s'était promis de présenter la coupe. D'ailleurs, Béliveau effleure à peine le sujet de cette finale de 1967, même chose pour les séries ratées de 1970.

Donc bref, un bon livre. Le gros Bill est tellement attachant, même de l'au-delà. Mais la meilleure anecdote qui m'est sortie de cette lecture est la suivante que je vous recopie ici:

L'organisation du Canadien avait cru bon de se procurer une police d'assurance, car je venais de signer avec eux un contrat de 100 000$ pour  une durée de cinq ans... On me fit passer un examen médical très poussé et les médecins relevèrent ce qu'ils ont qualifié «d'anomalie cardiaque»... Au grand désespoir de Frank Selke, la compagnie d'assurances refusa de m'offrir une garantie. Le médecin qui m'avait examiné avait écrit dans son rapport: «Il présente un moteur d'Austin dans un châssis de Cadillac».

Persone ne crut que ma vie était en danger, mais cela me posait quand même de sérieux problèmes. Lorsque je devais fournir un effort important, mon coeur ne parvenait pas à pomper assez de sang pour bien oxygéner mon organisme. Les principaux symptômes étaient la fatique, des nausées, une perte temporaire de la vue, des difficultés respiratoires et des douleurs si aigües à la poitrine que j'avais l'impression que mon coeur allait éclater.

Un autre que moi aurait peut-être tout laissé tomber... Mais je suis resté, et j'ai bien fait. J'ai aidé le Canadien à gagner cinq coupes Stanley consécutives.

Après la saison 1961-62, la nature a commencé à me rattraper. J'étais toujours fatigué. J'ai donc décidé d'aller à la clinique Leahy à Boston, où j'ai passé tous les tests d'effort inimaginables... les deux premières minutes sur le tapis roulant étaient très éprouvantes et je manquais rapidement de souffle. Peu à peu, ma réponse musculaire s'améliorait, mon corps s'adaptait et au bout de six minutes, quand on me fit signe d'arrêter, ma «machine» s'était vraiment mise en marche et j'aurais pu continuer pendant plusieurs minutes encore.

Les médecins étaient très étonnés que je puisse faire carrière dans le sport professionnel... Ils en ont cependant déduit que je ne risquais rien si je continuais... Apparemment, mon corps s'était habitué à cet état depuis plusieurs années et s'était imposé un rythme qui, comme l'avaient démontré les tests, s'accélérait avec l'effort. Autrement dit, j'étais lent à démarrer, mais une fois lancé, mon «moteur» fonctionnait de mieux en mieux.

Je n'ai pas vérifié mes statistiques au cours des années, mais il se pourrait bien que j'aie compté plus de buts dans la deuxième et la troisième période que dans la première.


C'est bien sûr cette dernière citation qui a piqué ma curiosité. Si le regretté monsieur Béliveau n'a pas pu vérifier cette hypothèse, ni aucune autre personne d'ailleurs selon mes recherches, je me devais de lui rendre hommage et vérifier.

Voici les buts marqués de Jean Béliveau au cours de sa longue carrière, décortiqués par périodes:

Saison Régulière Matchs 1ère 2ème 3ème Total
1950-51 2 1 0 0 1
1952-53 3 1 4 0 5
1953-54 44 6 3 4 13
1954-55 70 10 17 10 37
1955-56 70 12 15 20 47
1956-57 69 11 9 13 33
1957-58 55 4 11 12 27
1958-59 64 19 13 13 45
1959-60 60 12 6 16 34
1960-61 69 14 7 11 32
1961-62 43 8 6 4 18
1962-63 69 4 8 6 18
1963-64 68 12 9 7 28
1964-65 58 7 9 4 20
1965-66 67 9 12 8 29
1966-67 53 2 3 7 12
1967-68 59 9 14 8 31
1968-69 69 11 14 8 33
1969-70 63 11 3 5 19
1970-71 70 11 5 9 25
TOTAL 1125 174 168 165 507


Donc voilà. Vous voyez en jaune les instances où Jean Béliveau a marqué plus de buts qu'en première période. Loin de moi l'idée de contredire M. Béliveau et j'aurais vraiment voulu que cette théorie se confirme pour ajouter au folklore, mais ce n'est malheureusement pas le cas. Il a en fait marqué davantage de buts en première période (174), quoique seulement par une mince différence. 

Il y a bien sûr quelques saisons où ce fut le cas, particulièrement celles de 1957-58 et sa meilleure saison en carrière de 1955-56 où c'est vraiment une récolte exponentielle de période en période. Mais sur une possibilité de 40 périodes (2 périodes x 20 saisons), il y a seulement 16 instances positives.

Mais ici ce ne sont que les buts marqués en saison régulière. Allons voir dans les séries, là où ça compte vraiment.

Séries Matchs 1ère 2ème 3ème OT Total
1950-51 / / / / / /
1952-53 / / / / / /
1953-54 10 0 1 1 0 2
1954-55 12 2 3 1 0 6
1955-56 10 3 5 4 0 12
1956-57 10 1 3 2 0 6
1957-58 10 1 2 0 0 3
1958-59 3 0 1 0 0 1
1959-60 8 4 0 1 0 5
1960-61 6 0 0 0 0 0
1961-62 6 0 1 2 0 3
1962-63 5 1 1 0 0 2
1963-64 5 0 2 0 0 2
1964-65 13 3 3 2 0 8
1965-66 10 2 1 2 0 5
1966-67 10 3 2 1 0 6
1967-68 10 5 0 2 0 7
1968-69 14 0 2 2 1 5
1969-70 / / / / / /
1970-71 20 2 1 3 0 6
TOTAL 162 27 28 23 1 79

 

J'espérais donc vraiment que les séries allaient venir contre-carrer mon argumentation jusqu'à date mais malheureusement, c'est la même chose, quoique on retrouve 1 seul but différentiel au total en 2e période, ce qui ne vient pas vraiment confirmer grand chose, encore une fois c'est pas mal égal quelque soit la période, en saison ou en séries. Ici, sur 34 périodes possibles, c'est arrivé 14 fois, plus 1 seul but marqué en prolongation.

Mais on remarque également que les quelque fois où c'était le cas, c'était encore durant ses saisons en début de carrière, soit les saisons 1955-56 à 1958-59.



 
Donc c'est ça pour cette petite expérience de vérification historique et biographique. Je suis bien déçu parce que ça aurait vraiment été cool comme fait sur la grande carrière de cette légende. Mais finalement il était bon et dangereux, quelque soit la période où le temps de l'année... 

 

 

 

 

samedi 16 avril 2022

Le pire livre de hockey

 


 


Comme je demande souvent des livres de hockey en cadeaux, ma fabuleuse épouse est désormais inévitablement «targetée» sur Amazon avec de nombreuses offres du genre. Elle a donc décidée de profiter d'une de ces offres qui a poppé dans son feed pour m'offrir le livre que vous voyez ici. J'étais bien sûr super content de ce cadeau mais plusieurs mois plus tard et après plusieurs tentatives, j'ai du faire preuve de franchise et lui avouer l'inévitable...

Non seulement «Hockey's Sticks and Stones» de Carl Johnson est le pire livre de hockey que j'ai jamais lu mais probablement le pire livre tout court. En fait, je crois que l'annuaire téléphonique est plus intéressant.

En fait, je mens un peu car je n'ai pas totalement lu ce livre. J'ai bien essayé mais c'est totalement illisible en fait. C'est un ramassis confus d'idées disparates et d'opinions d'un vieux boomer semi-sénile qui semble avoir monté lui-même ce livre dans Microsoft Publisher ou un autre programme cheap du genre. La page couverture en est d'ailleurs un bon exemple. C'est quoi le titre exact du livre? Est-ce «Sport's new golden age - Hockey's Sticks and Stones by Carl Johnson «Unforgettable encounters»? Choisis juste un titre Carl...

D'ailleurs vous devez vous aussi vous demander qui est ce Carl Johnson? Selon ce que j'ai tenté de comprendre, il s'agit d'un homme originaire de Cap Breton qui y a brièvement joué dans sa jeunesse avant de devenir assistant-entraîneur et/ou toutes sortes d'autres emplois au sein de différentes équipes des ligues mineures durant les années 60 et 70, comme les Ducks de Long Island de la Eastern Hockey League et les Kings de Springfield dans l'AHL. Mais je ne trouve aucune trace de son parcours nulle part sur hockeydb ou EliteProspects, ni sur aucun autre site d'ailleurs. Aucune page wikipedia ou rien sur Google à son sujet autre que ce livre...  Et encore je n'ai pas trouvé de véritables critiques ou articles de journaux sur ce livre, seulement des liens vers des sites de vente de livres. Je ne doute pas qu'il ait occupé ces postes pour autant, mais un peu de feedback ou une autre mention de l'homme m'aurait aidé à tenter de continuer ou de comprendre ma lecture...

Au lieu de ça il y a bien quelques critiques de noms connus à l'arrière du livre qui m'ont intrigué:
 


Donc au départ j'étais piqué de curiosité d'y voir les noms de Marcel Dionne et d'un auteur connu comme Brian McFarland... Mais attendez... ce n'est pas plutôt Brian McFarlane ? Euh oui... Donc vous voyez que ça part mal en commençant. Et puis sa citation ne fait pas vraiment de sens. McFarlane a écrit plus de 90 livres sur le hockey. S'il voulait écrire une telle merde, personne ne l'aurait empêché...
 
Et en lisant ce derrière de couverture, je pensais d'abord que le livre parlait seulement de Doug Harvey. Il y a bien plusieurs passages du livre qui en parle mais ce n'est pas vraiment le sujet principal non plus. En fait il n'y a pas vraiment de sujet principal dans ce foutoir. J'imagine qu'on pourrait classer ce livre comme étant un «mémoire» mais c'est tellement mélangé et confus et c'est vraiment difficile de se concentrer tellement il n'y a pas de cohérence entre les pages. Il n'y a également pas d'introduction ou quelque chose pour nous diriger. Ou au moins nous avertir de ce qui va arriver à notre mental en tentant cette lecture. Il n'y a pas de table de matières ou de véritables chapitres. C'est un vrai capharnaüm. 

Johnson commence le livre en nous parlant pas assez brièvement de l'histoire du Cap Breton, ensuite de vétérans de la guerre mondiale provenant du Cap Breton, ensuite de sa famille de Cap Breton et ensuite ça switche quelque peu à l'histoire du hockey, en faisant un détour par Babe Ruth et le baseball et à moment donné on revient au hockey.... Plus tard, il parle d'Elvis et de boxe. Le tout est parsemé de caricatures, de «cliparts» de Windows 95, de poèmes de l'auteur, d'extraits de journaux, de photographies, etc... La seule chose qu'on ne retrouve pas c'est de la structure...

En voici quelques extraits pour tenter de vous faire vivre l'expérience:

Un exemple de ses fabuleux talents de poète blasé de la LNH moderne...

Un hommage à sa vieille mère, une famille du Tennessee et 3 chiens...

Un exemple de la non-structure de ce livre avec cette mise en page «all over the fucking place»


«The way I write is who I am»....
Ok... So you're a pile of shit?



Vous n'aimez pas ces petits «cliparts» garochés un peu partout?


Donc vous voyez à quel point c'est pénible. Mais plus j'essayais de lire ce foutu livre, plus j'étais intrigué de savoir qui était donc ce Carl Johnson... Normalement, un livre qui se respecte a au moins une section «À propos de l'auteur» ou une préface quelconque où l'auteur est présenté par quelqu'un ou par lui-même. 

Ici j'avais plutôt droit à ceci, quelque part vers la fin du livre:




Ouf... Est-ce que ça ne vous donne pas envie de lire ce livre? 

Ça dit qu'en plus d'avoir été un joueur de hockey «sometimes» il était aussi un inventeur et un chanteur country... J'aimerais en savoir plus sur ces deux autre hobbys s'il-te-plait Carl...

Le seul «fil conducteur» que l'on semble trouver dans ce livre, ce sont les souvenirs et impressions de ce Carl Johnson ainsi que son «boner» envers son ami Doug Harvey. Et au travers de tout ça, on retrouve des tas de clichés de vieux boomer fan de l'époque des Original Six, plein de condescendance avec les vedettes du hockey moderne. Il se permet même quelques flèches envers Wayne Gretzky. J'ai essayé de trouver le fond de sa pensée envers le grand Wayne, mais j'ai pas vraiment trouvé autre que la petite mention dans les prochaines photos que vous allez voir. Encore là, il n'y a pas d'index dans le livre pour tenter de faire du sens à tout ça. Mais à mon avis il doit être fâché contre Wayne d'avoir vendu le sports aux méchants américains.




Un petit bout sur Wayne Gretzky qui ne fait aucun sens au milieu d'un autre chapitre sur Doug Harvey.


Canada's Greatest Athlete of the 20th Century...
Rien à enlever au talent de Doug Harvey mais... les nerfs Carl...


J'adore qu'un auteur ajoute lui-même ses propres citations dans son livre.



Et voici la meilleure page de ce «livre» avec le top... 56(?) des meilleurs joueurs de l'histoire selon Carl Johnson qui du haut de son légendaire prestige comme... assistant-entraîneur (probablement) des Kings de Springfield, nous donne son palmarès des meilleurs joueurs. On y retrouve des noms légendaires comme Gordie Howe, Bobby Orr et Doug Harvey (bien sûr) et quelques noms plus «modernes» comme Jaromir Jagr, Teemu Selanne et Jari Kurri. Il semble toutefois manquer un certain #99 à quelque part il me semble. Et pas une légère mention envers Mario Lemieux, Martin Brodeur, Dominik Hasek ou Patrick Roy? En y pensant, c'est vrai que c'est Jari Kurri qui a traîné Wayne Gretzky sur son dos toutes ces années...
 
Comment a-t-il fait pour réussir à faire lire ce torchon à Marcel Dionne?
 
Je vais pas plus m'éterniser sur ce sujet. Mais je vous conseille de vous tenir très loin de ce livre. À moins que vous ayez vous aussi une fixation sur Doug Harvey ou sur les splendides plages du Cap Breton. Je le garde quand même dans ma collection comme pièce de musée, histoire de me remonter le moral si jamais ça m'arrive de trouver que j'écris mal...

Je vais vous laisser sur un autre fabuleux poème et une autre auto-citation de ce personnage éternel qu'est Carl Johnson.





vendredi 26 novembre 2021

Jacques Plante le pédagogue








Jacques Plante n'a plus besoin de présentation. Il était un maître dans les buts, sans contredit le meilleur de son époque. En plus d'être un de ceux qui révolutionna la position de gardien de but, Plante développa une excellente capacité d'analyse. La position de gardien donnant une vue impayable sur ce qui se produit sur la glace, il n'était pas rare pour lui de diriger ses défenseurs. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle, lors de sa première retraite en 1965, il fut engagé comme analyste et commentateur pour la diffusion des matchs de la Ligue de hockey junior du Québec (avant la LHJMQ). Plante fit également partie des analystes de Radio-Canada lors de la Série du Siècle de 1972 et de la Coupe Canada de 1976.

Sa capacité d'analyser le jeu qui se déroulait devant lui était également doublée d'une habilité à le communiquer et l'enseigner. C'est d'ailleurs une des raisons qui poussa Bert Olmstead à l'inviter à participer au premier camp d'entraînement des Seals d'Oakland (Voir texte du 9 février 2021). Dès 1967, il fut l'un des instructeurs de l'École moderne de hockey, une école d'été située à Rosemont pour les jeunes hockeyeurs. Il continua à occuper ce poste après avoir joint les rangs des Blues de St-Louis en 1968. 

En 1972, il publia le livre "On Goaltending", qui contenait un programme d'entraînement, des conseils et des techniques pour les jeunes gardiens. L'ouvrage fut ensuite publié en français l'année suivante avec le titre "Devant le filet".


Son savoir-faire était hautement reconnu en Europe et en ancienne URSS. Il lui arrivait régulièrement de donner des cliniques aux meilleurs gardiens et entraîneurs du pays qu'il visitait. Même le grand Vladieslav Tretiak s'est grandement inspiré de ses conseils. 

En Suède en 1972, avec l'uniforme de la ville de Leksand

Suite à son court passage avec les Bruins de Boston, Plante accepta le double-poste de directeur général/entraîneur-chef des Nordiques de Québec dans l'AMH. Un contrat de 10 millions étalé sur 10 ans. Malgré une fiche de 38-36-4, l'équipe ne participa pas aux séries de fin de saison. Plante décida de démissionner, insatisfait par les performances de ses joueurs et suite à plusieurs prises de bec avec l'état-major. De toute façon, il avait encore le feu sacré et du "gaz dans le réservoir", alors qu'il lui arrivait d'enfiler les jambières lors des entraînements des Nordiques.  

Derrière le banc des Nordiques ...

... mais appréciant toujours être devant le filet.

Il prit officiellement sa retraite en tant que joueur à la fin du camp d'entraînement des Oilers, après avoir appris la mort de son plus jeune fils. Bien qu'il vivait majoritairement en Suisse, Plante continua son rôle de formateur de gardiens en Amérique du Nord, travaillant pour quelques clubs de la LNH. Il enseigna d'ailleurs à Bernard Parent avec les Flyers de Philadelphie, qu'il avait préalablement pris sous son aile lors de son passage avec les Maple Leafs de Toronto. Il eut également comme élève un jeune gardien repêché en 8e ronde en 1978 par les Flyers, Jerry Price, le père de Carey.

Le masque de Parent était une création de Plante


Ses services furent également retenus par les Canadiens de Montréal jusqu'en 1985. Richard Sévigny, Rick Wamsley et Steve Penney, entre autres, profitèrent de ses conseils. Il enseigna également à Patrick Roy lors de ses premiers pas dans l'organisation montréalaise. Cependant, Plante tentait de convaincre Roy d'utiliser un style plus "debout" alors que ce dernier affectionnait déjà un style plus "papillon". Selon la biographie "Le Guerrier", Patrick aurait même dit à Jacques Plante : "Malgré tout le respect que je vous dois, je ne crois pas que ce que vous m'enseignez est correct." Plante serait ensuite reparti en furie en Suisse, indiquant au passage à Serge Savard que Roy ne ferait jamais carrière dans la LNH. 


Il rejoignit les Blues de St-Louis l'année suivante, où il retrouva Wamsley comme élève. Étant déjà diagnostiqué d'un cancer de l'estomac qui l'emporta en février 1986, Plante n'y fut présent que sporadiquement. 


https://www.nhl.com/canadiens/news/jerry-price---carey-price---jacques-plante/c-297444270
https://www.journaldequebec.com/2018/11/18/dans-nos-archives-le-feu-sacre

samedi 28 août 2021

The Game (ou L'enjeu ou Le match) de Ken Dryden



Il y a parfois des incontournables que, pour une raison tout à fait inexplicable, on finit par contourner.

J’ai une grande admiration pour Ken Dryden, qui a un parcours qui sort du lot et qui a toujours fait les choses à sa manière. Que ce soit en prenant le chemin universitaire (chose rarissime dans les années 1960 pour un joueur qui aspirait à une carrière dans la LNH), en refusant le contrat qu’on voulait lui imposer pour plutôt aller terminer son droit en 1973, en prenant sa retraite très tôt pour se consacrer à son après-carrière et j’en passe, Dryden a mené sa carrière comme lui l’entendait.

J’ai aussi lu de nombreux livres au sujet du hockey, et il s’adonne que Dryden en a écrit un des plus renommés. Lorsqu’en 2002, le Sports Illustrated a dressé son top 100 des meilleurs livres de sport de tous les temps, The Game (traduit en français par L’enjeu ou Le match, dépendamment des éditions) s’est classé neuvième (et premier pour le hockey). Sorti en 1983, il a fait l’objet de nombreuses rééditions et est toujours disponible.  

J’avais donc toutes les raisons du monde pour le lire et pourtant, jusqu’à récemment, je ne l’avais pas fait.

Le cœur du livre est le suivant : au cours de la saison 1978-79, n’étant pourtant âgé que de 31 ans, jouant pour les triples champions de la Coupe Stanley et ayant remporté le Trophée Vézina au cours de ces trois mêmes années, Dryden songe pourtant à la retraite. À partir de ce moment, on l’accompagne dans sa réflexion, lors de sa décision, ainsi que dans son quotidien, autant sur la glace, hors glace que dans sa vie personnelle. L’intellectuel qu’est Dryden ne se contente évidemment pas de décrire la situation. Il y va de son analyse et de sa vision des choses.

On le voit entre autres pleinement conscient des sacrifices que ses choix professionnels imposent à son épouse et ses enfants et discuter de ces partisans qui sont si souvent à l'entrée du Forum pour les solliciter que les joueurs viennent à les connaître.

Dans la chambre, il consacre plusieurs paragraphes (dispersés dans le livre) à décrire ses coéquipiers, sans condescendance mais sans complaisance. Les innombrables tours pendables de Pointu (Guy Lapointe). Le tempérament fougueux de Mario Tremblay.  Réjean Houle, à la fois cible de nombreux quolibets, mais aussi tellement appréciatif de la chance qu’il avait, lui qui venait d’un milieu modeste. Larry Robinson, le géant qui préférait jouer autrement que physiquement pour exprimer son talent. Bob Gainey, le valeureux guerrier au talent malgré tout limité (en attaque du moins). Le talent extraordinaire de Lafleur. De toute évidence, Dryden avait des atomes crochus avec Doug Risebrough, qu’il décrit comme une personne foncièrement bonne. Peut-être un peu moins avec Steve Shutt, qu’on perçoit comme un peu puéril, faisant des blagues qu’il semblait le seul à trouver drôle. Dryden a aussi pris le temps de s’attarder au travail sans relâche, important mais dans l’ombre, du préposé à l’équipement Eddy Palchak.

Cette équipe était bien consciente de son excellence. Dryden y va de réflexions au sujet de matchs où, devant des adversaires beaucoup plus faibles, même une victoire apportait des frustrations si la performance était jugée trop ordinaire. Il y va aussi d’analyses qui peuvent presque paraître arrogantes de certains adversaires, entre autres les Flyers et les Leafs, l’équipe de son enfance.

D’ailleurs à un moment où on mentionne souvent que les joueurs ne veulent plus jouer à Montréal à cause de la pression étouffante, malgré que les Canadiens n’aient pas gagné la Coupe depuis près de 30 ans, il est surprenant de constater qu’à cette époque, pourtant dominante, l’équipe ressentait aussi une telle pression. La victoire semblait un acquis. Dryden, le meilleur gardien de la ligue, se faisait régulièrement crier "On veut Larocque!" après un mauvais but. Au début de sa carrière, il sentait qu’il pouvait faire une différence et faire gagner l’équipe. À la fin, il voyait plutôt son rôle comme étant de veiller à ne pas la faire perdre. Une défaite sur la route contre les Islanders, une équipe en pleine progression, n’aurait pas dû être perçue comme déshonorante. Pourtant, lorsqu’elle se produit, on sent que c’est la fin du monde.

Voyant les troupes vieillir et n’envisageant pas comment elles pourraient maintenir la cadence (et encore moins l’augmenter) pour répondre à ces attentes considérables, il a préféré passer à autre chose, non sans ajouter une quatrième Coupe Stanley consécutive et un autre Trophée Vézina (partagé avec Michel Larocque) à la fin de la saison.  Jamais Dryden n’emploie de tels mots, mais en lisant ceci, j’ai eu l’impression qu’en traversant une ligne, l’exigence d’un public devient de l’ingratitude, ligne qu’a allègrement franchi le très gâté public montréalais (15 Coupes en 24 ans). Exigence qui, à mes yeux, a éventuellement aussi coûté cher aux Alouettes et aux Expos.

Sur une base plus macro, Dryden réfléchit au sujet de la violence dans le hockey, de l’influence des Soviétiques et de l’importance du hockey dans la culture canadienne. Il s’attarde aussi à la tentative ratée d’américanisation du hockey, avec les expansions à tous crins des années 1970, qui culmine avec l’échec médiatique de la Coupe du défi.

Dryden démontre également que pendant ses années à Montréal, ville qu’il a appréciée, il n’a pas vécu dans une bulle. Considérant le Montréal anglophone petit et restreint, il se devait d’embrasser la ville au complet, côté franco inclus. Politiquement en ébullition, il a vu le déroulement des années 1970 au Québec. On sent qu’il comprend ce qui s’y passe et qu’il s’y intéresse. Il parle du rôle identitaire des Canadiens au Québec, de la dynamique franco/anglo de la chambre et de la montée du Parti québécois.

Il mentionne aussi son passage à l’émission de Lise Payette, Appelez-moi Lise, en 1972, où il a angoissé, croyant que son français n’était pas assez bon (comme c’est souvent le cas chez les anglophones). Bien sûr qu’il n’a pas la même éloquence en français qu’en anglais, mais il demeure qu’on lui a parlé positivement de cette entrevue pendant des années.

Lors de la réédition de 2003, vingt ans après sa sortie, un chapitre a été ajouté où il couvre la fin de la domination des Canadiens, le rôle croissant de l’argent et l’impact qu’a eu Wayne Gretzky. Il fait également l’inventaire de tous ses anciens coéquipiers qui occupaient des postes dans la LNH incluant, à sa grande surprise, Steve Shutt, qui a été assistant-entraîneur.

À noter que la traduction a été refaite en 2008, puisque celle-ci n'était pas à la hauteur aux yeux de Dryden, et confirmé par mon collègue Kirk McLean.  Donc, à garder en tête si vous magasinez du côté des livres d'occasion.

Il s’agit donc d’un livre qui ratisse large, réfléchi, franc, écrit dans un style assez littéraire et qui offre un accès privilégié à tout ce qui touche de près ou de loin au hockey. Le fait qu’il se passe au sein des Canadiens ajoute bien sûr à l’intérêt, puisque les références nous sont plus familières, autant au niveau sportif que sociologique.

À lire donc, si ce n’est pas encore fait.

Source :

Dryden, Ken, The Game, HarperCollins, Toronto, 1983 (réédition de 2013),

"The Top 100 Sports Books of All Time" de Pete McEntegart, L. Jon Wertheim, Gene Menez et Mark Bechtel, December 16, 2002, Sports Illustrated (sportsillustrated.cnn.com).