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samedi 23 janvier 2021

Les grands voyageurs #3: Todd Bidner



Si dans le premier tome vous avez apprécié l'anecdote du magistral 5 matchs en 5 soirs effectués par David Ling et bien vous devriez aimer le récit du joueur d'aujourd'hui.

Richard Todd Bidner est né le 5 juillet 1961 à Petrolia dans le sud de l'Ontario. Comme son nom l'indique, Petrolia est effectivement une ville où l'on retrouve l'industrie pétrolière. Ce serait d'ailleurs le premier endroit au monde où un terrain fut acheté pour y extraire du pétrole... Bidner débuta son hockey mineur à Petrolia avant de joindre les rangs des Marlboros de Toronto en 1978. Centre de bon gabarit à 6'2'' et 200 livres, Bidner fut choisi par les Capitals de Washington en 6e ronde (110e au total) du repêchage de 1980. Après une dernière saison junior, il impressionna assez au camp des Capitals pour débuter la saison 1981-82 avec l'équipe.


Il fut utilisé sporadiquement en début de saison mais une blessure au genou le mit au rencart pendant 3 mois. Preuve qu'on était pas mal moins souciant de la santé des joueurs à l'époque, Bidner fut envoyé à l’hôpital en taxi. Il n'avait même pas été capable d'enlever son équipement...

Le même soir que cette blessure, les Capitals firent un grand ménage dans l'organisation en renvoyant le coach Gary Green ainsi que le directeur général Max McNab et plusieurs membres du personnel et des recruteurs. L'ancien gardien Roger Crozier fut nommé coach et directeur général par intérim jusqu'à la nomination de Bryan Murray et David Poile la saison suivante.

Pendant que cette nouvelle administration s'installait, Bidner était en convalescence et à son retour il fit la navette entre Washington et leur club-école, les Bears de Hershey. Alors que la date limite des transactions approchait dans la LNH, Bidner connut tout un week-end à la fin du mois de février.

Roger Crozier à ses derniers miles comme
gardien avec les Capitals en 1976-77.

 

Tout commença le vendredi 26 février 1982. Bidner joua alors un match en soirée avec les Bears à New Haven au Connecticut. Après le match, il se fit appeler par son gérant qui lui dit qu'il devait se rapporter à Washington pour le match contre les Whalers de Hartford le lendemain, soit le samedi après-midi. Les Capitals remportèrent ce match 7-1. Alors qu'il était dans la douche après le match, Crozier alla chercher Bidner pour lui annoncer qu'il devait partir immédiatement pour rejouer à Hershey ce même samedi en soirée. Il prit sa voiture et se rendit donc à Hershey. J'ai vérifié sur Google Maps et c'est environ un bon 2 heures et demie en voiture. 

Après ce match du samedi soir contre la Nouvelle-Écosse, Bidner fut rappelé à nouveau par son gérant qui lui dit encore une fois de retourner à Washington pour le match du lendemain des Capitals qui recevaient les Oilers. Le hasard de leur calendrier respectif avait fait en sorte que les Bears et les Capitals avaient chacun une série de deux matchs en deux soirs mais à une journée de différence. Comme la distance entre les villes impliquées était somme toute raisonnable, Bidner put jouer en tout 4 matchs professionnels en 48 heures. Difficile de confirmer si c'est un record mais ce n'est pas quelque chose que je crois déjà avoir vu. J'imagine que c'est toujours possible de revoir ça de nos jours avec tous ces club-écoles dans la même région comme le Canadien à Montréal et le Rocket à Laval (en temps normal pas de Covid bien sûr) mais même là, je ne crois pas que les joueurs de nos jours accepteraient de se faire trimbaler ainsi. Il doit sûrement y avoir quelque chose dans la convention des joueurs à cet effet ou quelque chose du genre.

Le grand voyage de Bidner ne s'arrête toutefois pas ici. Deux jours plus tard, soit le mardi 2 mars 1982, il se fit annoncer par Crozier qu'il était échangé à ces mêmes Oilers. Ce deuxième rappel d'urgence pour le match du dimanche avait en fait comme but de mettre Bidner en vitrine pour que Glen Sather puisse le voir à l’œuvre. Il fut donc obtenu par les Oilers en retour du défenseur vétéran Doug Hicks.

Bidner se dirigea donc à l'aéroport selon les instructions des Oilers. Croyant devoir rejoindre sa nouvelle équipe à Edmonton, il alla chercher ses billets d'avion et quelle fut sa surprise lorsqu'il découvrit que la destination sur le billet était plutôt la ville de Wichita, au Kansas. Bidner n'était alors âgé que de 19 ans et ignorait même qu'il y avait du hockey au Kansas. Les Oilers avaient à l'époque comme club-école principal le Wind de Wichita dans la Central Hockey League...

Donc si on récapitule, Bidner était le vendredi à Hershey, promenade le samedi après-midi à Washington mais retour en soirée à Hershey, retour à Washington le dimanche et ensuite en vol vers Wichita le mardi. Et tout ça en ayant aucun avertissement à l'avance sur ces déplacements. J'espère qu'il a bien dormi le lundi...


Les Oilers, étant loadés en talent et particulièrement au centre (Gretzky, Messier etc...), reléguèrent Bidner dans les mineures lors des saisons suivantes mais cette fois, il put au moins revenir dans la AHL avec le nouveau club-école des Oilers, les Alpines de Moncton. Il je jouera jamais pour les Oilers, étant échangé en octobre 1984 aux Red Wings. Il ne joua jamais non plus à Detroit, passant la saison 1984-85 avec les Red Wings mais ceux d'Adirondack dans la AHL. Étant désormais étiqueté comme joueur des mineures, il fit une croix sur la LNH et mit le cap sur le vieux continent. Ses derniers matchs dans la LNH auront donc été durant ce fameux marathon de 48 heures à faire le yoyo entre Washington et Hershey en février 1982.

Il joua ensuite plus d'une dizaine de saisons dans la ligue britannique, dont ses meilleures avec les Pirates de Peterborough aux côtés du vétéran et ancienne vedette des Blues Garry Unger. En 1986-87, Bidner, Unger et leur compagnon de trio Doug McEwen ''annihilèrent'' les filets adverses dans cette ligue hautement offensive. Genre offensive à en friser le ridicule. McEwen amassa 180 points tandis que Bidner en récolta 191 dont 79 buts. Mais Unger n'avait pas perdu sa fougue des années 70 et obtint 95 buts et 143 passes pour un total ahurissant de 238 points. Tout ça en seulement 30 matchs... Et Unger n'était même pas le premier compteur de la ligue alors qu'un certain Rick Fera le devançait de 4 points à 242 (dont 133 buts) au premier rang. Ça mes amis, c'est une moyenne de 8 points par match. Le genre de ligue ou chaque match se termine 13 à 11...

Bidner, Unger et McEwen avec les Pirates de Peterborough au Royaume-Uni
Je vois vraiment pas le lien entre les Pirates et le logo des Flyers...



Lors de ses années au Royaume-Uni, Bidner fit un peu moins de millage comparé à ses années dans la ligue américaine mais il n'avait pas fini de changer d'équipe pour autant. En tout, il joua pour 12 clubs différents dans les différentes divisions britanniques entre 1985 et 1997.

Et ensuite, fouillez moi pourquoi, mais il revint en Amérique du Nord pour un court séjour de 6 matchs durant la saison 1997-98 avec les Rattlers d'Amarillo au Texas dans l'obscure WPHL (Western Professionnal Hockey League).

Bidner prit ensuite une courte retraite, mais revint le temps de 5 matchs avec son ancien club de Peterborough pour les séries de 2000. Il joua ensuite quelques matchs dans le senior à Petrolia avant de prendre sa retraite. Depuis ce temps, on l'a vu comme assistant coach avec les Knights de London et plus récemment comme entraîneur-chef dans un autre club du sud profond au nom débile, les FireAntz de Fayetteville dans la SPHL en 2011-12. Il est depuis conseiller jeunesse dans sa ville natale et donne des camps de perfectionnement de hockey.

En 12 matchs dans la LNH, sa fiche fut de 2 buts et 1 passe pour 3 points.
En 228 matchs dans la AHL, sa fiche fut de 62 buts et 77 passes pour 139 points.
En 497 matchs combinés (saison, séries et tournois inclus) dans les différentes ligues britanniques, sa fiche fut de 755 buts et 777 passes pour 1532 points. Oui, j'ai même tout compté deux fois pour être sûr...

 

Sources:
NHL.com
eliteprospects
Hockeydb
Old Time Hockey UK

SlapshotDiaries

The Legends of Landover, Long lost stories of the Washington Capitals
, Glenn Dreyfuss

mercredi 30 décembre 2020

Les grands voyageurs #1: David Ling


 
 
Voici aujourd'hui le premier tome d'une nouvelle série sur ce blog, soit sur ces joueurs qu'on qualifie de vagabonds, nomades ou globe-trotters mais surtout passionnés et résilients. On surnomme souvent ces joueurs des ''journeymen'' et on les retrouve à tous les niveaux du hockey professionnel. C'est un sujet qui me fascine et j'ai déjà traité de plusieurs de ces messieurs dans le passé par exemple avec Grigori Panteleev, Mike Sillinger, Gary ''Suitcase'' Smith , les jumeaux Ferraro ou même Brent Gretzky.

Mais aujourd'hui je crois que le choix n'était que trop évident de consacrer ce premier tome à nul autre que le légendaire David Ling.


David Gregory Ling est né à Halifax le 9 janvier 1975 mais sa famille déménagea à l'Île-du-Prince-Édouard quand il était enfant. Il commença ainsi son stage junior un peu loin des radars dans la Ligue Junior A des Maritimes à Charlottetown, où il domina dès l'âge de 15 ans avec une saison de 33 buts, 75 points et 270 minutes de pénalité en seulement 30 matchs. Il gradua ensuite dans la OHL en 1992-93 avec les Frontenacs de Kingston et connut une bonne première saison avec 63 points en 64 matchs. Il figurait également au 3e rang de la ligue avec ses 275 minutes de pénalité.

Frontenacs de Kingston (OHL)
(1992-95)

Ling était un joueur qualifié de ''dirty'' ou ''salaud'' si vous préférez. Il était très combatif et versatile dans le sens qu'il marquait autant avec ses points qu'avec ses poings. Il était cependant loin d'être un prospect garanti pour la LNH par sa petite taille à 5'-9''. Les Nordiques en firent toutefois un choix tardif de 7e ronde (179e au total) au repêchage de 1993. Il enchaîna ensuite deux autres excellentes saisons junior avec les Frontenacs, dont sa dernière en 94-95 où il mena la OHL avec 61 buts. Il termina également 3e pour les points avec 135. Il se mérita ainsi le trophée ''Red Tilson'' remis au MVP de la OHL ainsi que le titre du joueur de l'année dans le hockey junior canadien.

Ces accolades au junior ne firent toutefois pas monter sa cote dans la LNH. Il débuta ensuite son parcours professionnel, mais pas dans l'organisation des Nordiques, étant plutôt échangé aux Flames de Calgary en retour d'un choix de 9e ronde en juillet 1995. Il s'agissait de la première transaction de l'Avalanche après son déménagement de Québec. 

Il passa une saison complète dans l'organisation des Flames mais joua plutôt près de sa patrie, avec les Flames de Saint-John (Nouveau-Brunswick) dans la AHL. Il fut ensuite échangé de nouveau, soit en octobre 1996 aux Canadiens de Montréal en retour de Scott Fraser..

Canadiens de Montréal/Fredericton
(1996-98)


Il passa ensuite deux saisons dans l'organisation montréalaise, mais la plupart du temps à Fredericton (encore près de sa terre natale). Il disputa quand même ses premiers matchs dans la LNH avec le CH mais il ne joua au final que 3 matchs en deux saisons avec le grand club, sans récolter de point. 

Malgré qu'il faisait bien dans la Ligue américaine (66 points en 67 matchs), les Canadiens l'échangèrent aux Blackhawks en mars 1998 en retour de Martin Gendron. Il ne parvint pas non plus à faire le line-up des Blackhawks, alors qu'il passa le restant de la saison dans la IHL, où il joua les trois saisons suivantes, passant des Blackhawks à l'organisation des Stars de Dallas en 2000-01.

Incapable de se rendre à la LNH durant cette ère de trappe et d'obstruction où les petits joueurs ne faisaient pas long feu, Ling ne pensait plus retourner dans la LNH. Il eut cependant un petit coup de pouce de ses contacts en 2001-02 lorsqu'il fut invité à se joindre au Crunch de Syracuse, le club-école des Blue Jackets, alors à leur deuxième année d'existence. 

Aux commandes du Crunch se trouvait son ancien coach à Kingston, Gary Agnew, tandis que le DG et l'assistant-coach des Blue Jackets étaient des compatriotes de l'I-P-É, soient Doug MacLean et Gerard Gallant. 

Il eut dont probablement droit à un peu de pushing et de favoritisme régional, mais Ling parvint à se faire une petite niche dans l'organisation pendant trois saisons où il fit la navette entre la AHL et la LNH. Il joua d'abord 5 matchs en 2001-02 avec les Blue Jackets sans récolter de point. Ensuite il marqua finalement son premier but en 2002-03 avec une fiche de 3-2-5 en 35 matchs ainsi que 86 minutes de pénalité. Il était également capitaine du Crunch durant cette même saison. Ces 5 points furent toutefois sa meilleure récolte dans la LNH. Son rôle dans la LNH demeurait celui d'un pugiliste tandis qu'il était un marqueur et un leader dans l'AHL. Il put toutefois disputer la majorité du calendrier 2003-04 avec les Blue Jackets où il joua 50 matchs (fiche de 1-2-3 et 98 minutes de punition.)

Capitaine et marqueur à Syracuse (AHL)
(2001-04)

Pugiliste dans la LNH à Columbus (LNH)
(2001-04)


Son contrat échu avec les Blue Jackets, Ling signa avec les Maple Leafs pour la saison 2004-05 mais comme la saison fut annulée, il retourna dans la AHL, cette fois à St.John's (Terre-Neuve). Il ne manquait alors que la Nouvelle-Écosse pour compléter son parcours dans toutes les provinces maritimes. Il mena St.John's pour les points avec 88 en 2004-05. Il ne le savait pas encore mais cette saison marqua le véritable début de sa légende de joueur nomade. Il débuta en effet avec les Maple Leafs un long parcours que je vais essayer de résumer le plus brièvement possible tout en gardant quelques éléments croustillants au travers.


Dynamo de Moscou (Superligue)
(2006-07)

 

Comme il n'y avait pas de place pour lui à Toronto à la reprise des activités de la LNH, il quitta donc pour la Superligue de Russie en 2005-06 avec le Spartak de Moscou. En fait, il devait s'aligner avec le Dynamo de la même ville mais ces derniers refusèrent de lui faire signer un contrat avant qu'il ne fasse d'abord un essai de quelques matchs sans salaire. Le Spartak, avec l'aide de son ancien coéquipier Tyler Moss, allèrent donc le voler au Dynamo avec une vraie offre en argent cash...

Il alla cependant rejoindre le Dynamo en 2006-07 et y joua un an. Il revint toutefois au Canada pour être plus près de son père malade l'année suivante et s'aligna donc à nouveau dans l'organisation des Maple Leafs, cette fois avec les Marlies de Toronto dans l'AHL. Il mena d'ailleurs les Marlies pour les points cette année-là. Ses ambitions de retourner dans la LNH étaient toutefois bien derrière lui et il repartit de plus belle en Europe en 2008-09, d'abord en Suisse avec le EHC Biel, et ensuite en Finlande avec le Jokerit d'Helsinki.

Il retourna en Russie pour la saison 2009-10, dans la nouvelle KHL, cette fois avec le Amur Khabarovsk. Il y débuta également la saison suivante, mais quitta la Russie pour toujours avec un autre retour dans la AHL avec les Bruins de Providence pour terminer la saison.

Maple Leafs de St. John's (AHL)
2004-05


 
Blades de Kansas City (IHL)
(1998-2000)

Jokerit d'Helsinki (SM-Liiga)
(2008-09)

Bruins de Providence (AHL)
(2010-11)


 

Il opta ensuite de jouer en Italie avec le HC Val Pusteria, où il joua un an et remporta le championnat d'Italie.

Ensuite, histoire de ne pas s'éterniser trop longtemps dans le même pays plus d'une saison, il fit le saut dans la ligue britannique avec les Panthers de Nottingham. Si vous suivez le compte depuis le début vous vous rendez peut-être compte qu'en plus d'amasser les équipes, Ling avançait également en âge. Il était alors en 2012-13 âgé de 37 ans, et les Panthers lui offraient la chance de jouer tout en lui donnant l'opportunité de préparer son après-carrière. Il décida alors de compléter son MBA (Diplôme en administration des affaires) à l'Université. Fidèle à son habitude, Ling mena les Panthers et la ligue britannique avec 34 buts, 55 passes et 89 points en 52 matchs.

Panthers de Nottingham (EIHL)
(2012-13, 2015-16)



Il devint ainsi un joueur culte à Nottingham où en plus de mener la ligue, il mena les Panthers au championnat de la ligue et fut nommé joueur de l'année. Il devint également une certaine sensation virale, alors qu'un vidéo de lui en train de faire semblant de faire du ski nautique derrière une zamboni circula beaucoup sur les réseaux sociaux...



Bon, j'espère que vous avez pris un petit break avec cet interlude rigolo au Royaume-Uni, parce que ce n'est pas vraiment terminé pour David Ling. Avec son diplôme en poche, Ling se retira du hockey professionnel et retourna en 2013 dans les maritimes travailler pour la commission des alcools de l'I-P-É. tout en jouant toujours au niveau senior, avec les Cee Bee Stars de Eastlink à Terre-Neuve...

Il ne sembla pas garder cet emploi très longtemps puisqu'il termina la saison 2013-14 avec un retour en Italie avec le HC Val Pusteria, son club de 2011-12...

Après une autre courte retraite au début de la saison 2014-15, survint l'appel de la ECHL. En manque de joueurs à la mi-saison, le Beast de Brampton signa Ling pour terminer la saison. Alors âgé de 40 ans, Ling fit très bien contre des joueurs âgés de la moitié de son âge, alors qu'il récolta 9 buts et 41 points en 46 matchs. C'est alors que l'on vit apparaître ce qui est selon moi un des meilleurs surnoms de l'histoire du hockey alors que Ling fut surnommé ''Linger''. Librement traduit, le verbe «to linger» signifie ''qui s'éternise'' ou bien ''qui résiste ou s'oppose à disparaître ou se terminer''

HC Val Pusteria (Serie A - Italie)
(2011-12, 2014)



C'est aussi en 2014-15 que Linger cimenta à jamais sa légende dans les ligues mineures, alors qu'il effectua le tour de maître de disputer 5 matchs en 5 soirs. 

Également en manque de joueurs lors d'un voyage sur la route, les Barons d'Oklahoma City de l'AHL firent appel à Ling pour quelques matchs en mars 2015. En bon coéquipier, il ne voulait cependant pas laisser le Beast au dépourvu mais ne voulait aussi pas laisser passer la chance de retourner dans la AHL à l'âge vénérable de 40 ans... Il s'arrangea donc pour planifier tout un road trip. 

Il joua d'abord le mercredi soir avec les Barons contre les Marlies à Toronto. Comme Brampton n'est pas trop loin de la ville reine, il revint à temps pour le match du lendemain du Beast contre le Rush de Rapid City. Il joua ensuite le vendredi de retour dans la AHL alors que les Barons jouaient à Utica dans l'état de New York, et ensuite le samedi soir contre les Flames d'Adirondack. Il fit ensuite le trajet du retour (en voiture je vous le rappelle) où il fit une escale à Syracuse pour dormir et arriver à temps pour le match du dimanche après-midi à Brampton encore contre le Rush de Rapid City...

Évidemment, vous vous doutez que tout ce mouvement et cette vie de nomade ne devaient pas être idéal pour la vie de familiale et personnelle de Linger... En juillet 2015, il fut arrêté en Floride pour un épisode de violence domestique et de désordre public dans un hôtel de Miami. Il fut libéré le lendemain et les accusations furent plus tard retirées par la plaignante. Ling a d'ailleurs plusieurs ex-épouses et sa vie de hockeyeur nomade semble être la cause de plusieurs de ses divorces.

Petits déboires à Miami (2015)

Après cette saison mouvementée de 2014-15, les Panthers de Nottingham voulaient ravoir leur ancien joueur vedette. Il revint donc en Angleterre pour 2015-16, mais quitta l'équipe à la mi-saison, désirant se rapprocher de ses fils en Ontario. Il termina donc la saison en effectuant un retour avec le Beast. L'équipe venait à ce moment de commencer son affiliation comme 2e club-école du Canadien. Donc 20 ans après ses premiers matchs dans la LNH à Montréal, Ling retrouva un logo du CH sur son uniforme... Toujours efficace, il obtint 42 points à Nottingham et 17 points en 26 matchs à Brampton en 2015-16.

La saison suivante, le Beast n'avait plus de place pour Linger alors qu'il y a un nombre limite de joueurs vétérans à respecter dans la ECHL. Ling croyait alors que son parcours professionnel était finalement terminé et s'établit donc à Hamilton, lui qui ne voulait plus jouer outre-mer ou même loin de la région de Toronto ou du nord-est américain. Il n'avait toutefois pas dit adieu au hockey et joua quelques matchs au niveau senior avec les Generals de Stoney Creek au début de la saison 2016-17. Cependant, surprise! Le Beast avait encore besoin de joueurs à la mi-décembre... Ling termina de nouveau la saison à Brampton avec une fiche de 9-11-20 en 39 matchs.

En 2017-18, Ling était désormais habitué au refrain et avait cessé de déclarer à sa famille et ses amis qu'il avait terminé de jouer. Après quelques semaines au niveau senior avec les Steelhawks d'Hamilton dans la ligue de la Allan Cup, «v'la ti pas» le Beast qui rapplique et rappelle Ling à la mi-saison. Ling déclara aux journalistes que c'est par respect pour le Beast et son entraîneur qu'il revint et qu'il ne jouerait nulle part ailleurs qu'à Brampton. Il déclara également: ''Parfois, je me sens encore comme si j'avais 29 ans...''  

Il joua 12 matchs avec le Beast en 2017-18, récoltant 1 but et 8 points. Il était alors âgé de 43 ans et devint le plus vieux joueur de l'histoire de la ECHL.

Beast de Brampton (ECHL)
(2014-2018
)
 

Quittons alors la carrière de Ling un moment et allons-y avec un petit épisode personnel. Anyway, il doit bien avoir fini à moment donné non? Nous sommes alors en 2018-19 et Ling semble effectivement absent des statistiques de EliteProspects ou hockeydb. De mon côté, je scrute davantage à ce moment les Marquis de Jonquière dans la LNAH, seule équipe intéressante (avec les Sags) que je peux voir à proximité de ma ville à Alma. Mais bref, dans un communiqué publié sur Facebook, «re-v'la-ti-pas» que les Marquis font signer en novembre 2018 un contrat à nul autre que motherfucking David ''Linger'' Ling...  Holy shit. 

Les Marquis voulaient profiter de la dernière journée de signature de joueurs autonomes dans la LNAH pour apporter des renforts à l'équipe. 

Petite parenthèse ici alors qu'au même moment de cette signature, il y avait en coulisses la situation de l'éphémère équipe américaine des Blackjacks de Berlin (au New Hampshire) qui préoccupait la LNAH et ses fans. Après seulement 10 pénibles matchs au début de la saison 2018-19, l'équipe des Blackjacks fut abandonnée par ses propriétaires par manque de soutien et de fonds et la LNAH prit alors contrôle de la franchise. Plutôt que de dissoudre l'équipe et disperser les joueurs, la LNAH opéra l'équipe le temps de trouver un nouveau propriétaire, un nouveau commanditaire et surtout une nouvelle ville. Les Blackjacks devinrent donc pendant quelques semaines le ''Pétrole et Propane Bélanger de la LNAH'' et opérèrent comme équipe itinérante, jouant à ''domicile'' dans l’amphithéâtre des autres équipes...

Inutile de vous dire que je jubilais. Non seulement j'allais avoir la chance de voir et payer mes hommages à un Linger de 43 ans (et bientôt 44 à ce moment) dans l'uniforme vert des Marquis, mais en plus j'aurais la chance de réaliser un rêve de geek de voir un match d'une équipe itinérante! C'était le rêve. Moi qui suis fasciné par ce rare phénomène des équipes qui n'ont pas pu terminer leur saison ou qui jouent exclusivement sur la route... J'allais avoir ma chance lors de ce match du samedi 1er décembre 2018 alors que David Ling et les Marquis étaient en ville (dans leur propre ville mais comme visiteurs) pour affronter le ''Pétrole et Propane Bélanger de la LNAH'' au Palais des Sports de Jonquière.

Malheureusement, je ne me rappelle plus vraiment pourquoi mais je n'ai pas pu assister à ce match. Je pense me souvenir qu'on recevait de la visite à la maison ce soir-là, donc je ne pouvais pas y aller. Mais je me disais que j'allais pouvoir me reprendre dans les semaines suivantes alors que la situation des Blackjacks était encore floue. Sinon je pouvais quand même me rabattre avec un autre match de Ling contre une autre équipe, j'aurais quand même été heureux. 

Encore ici, malheureusement non. Je ne sais pas ce qui s'est passé exactement mais le séjour de Linger à Jonquière n'aura pas porté fruit et n'aura duré que seulement deux matchs, où il ne récolta aucun point et aucune minute de pénalité en plus de terminer à -2. Son dernier match dans ce circuit aura donc été celui que j'ai raté contre les ex-Blackjacks itinérants. Ce rendez-vous manqué avec le destin demeure à ce jour une profonde source de honte pour moi...

Pour ajouter à l'injure pour moi qui adore mettre des photos dans ces articles, je n'ai même pas réussi à trouver de photos de Linger avec les Marquis...

Il quitta donc Jonquière et retourna à Hamilton. Je n'ai jamais trouvé de communiqué de l'équipe ou même un seul tweet explicatif de la part de Ling... Et quelques semaines plus tard, le ''Pétrole et Propane Bélanger de la LNAH'' s'installa à St-Jérôme et se rebaptisa une troisième fois durant la saison, devenant les Pétroliers du Nord de St-Jérôme et tout le monde tourna la page... sauf moi et mes rêves de geek de hockey brisés à tout jamais...

Steelhawks d'Hamilton (ACH)
(2017-2020)

 
Pour sa part et bien pensez-vous que Linger en avait fini du hockey? Et bien non. Il termina la saison de nouveau au niveau senior en faisant un retour avec les Steelhawks d'Hamilton. Il fut même le joueur qui récolta le plus de minutes de pénalité dans cette ligue en 2018-19. 

Il y joua encore tout récemment en 2019-20 où il récolta 6 buts, 18 passes et 24 points en 14 matchs. J'ignore si leur saison dut être annulée à cause de la pandémie mais je crois que même la Covid ou une météorite destructrice ne pourront arrêter David Ling de jouer... Il doit certainement s'être construit une patinoire dans sa cour et doit même y jouer en ce moment-même.

En fait, je crois savoir pourquoi il a quitté les Marquis puisque il est depuis 2018 à l'emploi de IG Wealth Financial comme planificateur financier pour la région d'Hamilton. C'est donc probablement terminé les longs voyages en autobus pour Linger.

Quoique...



Au final, David Ling aura joué professionnellement (ou semi-professionnellement) pendant 23 ans soit depuis sa première saison dans la AHL en 1995-96 jusqu'à sa fin de parcours en décembre 2018 avec les Marquis. Si on inclut ses années et équipes junior en plus de ses équipes outre-mer, semi-pro et senior, on arrondit à 29 ans et il aura porté en tout l'uniforme de 27 équipes au sein de 16 ligues différentes...

Il demeure le dernier joueur repêché par les Nordiques à avoir joué professionnellement. Il m'est difficile de vérifier, mais je crois également qu'il est aussi le dernier joueur actif à avoir joué dans la IHL.

Sa fiche dans la LNH fut de 4 buts et 4 passes pour 8 points en 93 matchs et 191 minutes de pénalité.
Sa fiche combinée dans les mineures et en Europe fut de 385 buts, 732 passes pour 1117 points et 2710 minutes de pénalité.

Son numéro 17 fut retiré par les Frontenacs de Kingston.



Sources:
David Ling trades skates for suits, Habs eyes on the price, 24 avril 2020
David Ling: “Have Skates, Will Travel”, PEI Pucks
No One Loves Hockey Quite Like ECHL's Eldest Statesman David Ling, VICE, 20 avril 2017
Former Frontenac Ling arrested in Florida, The Kingston Whig Standard, 29 juillet 2015
Court in U.S. drops charges against P.E.I. hockey player, The Guardian, 29 septembre 2015
David Ling signe avec les Marquis,
Le Quotidien, 16 novembre 2018
Beast forward Ling,40, plays five games in as many days, Brampton Guardian, 31 mars 2015