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mercredi 3 janvier 2024

Gloire et misère: Chicago



 


Chaque franchise de la LNH ayant connu des hauts et des bas, j'ai pensé analyser chaque franchise sous deux angles différents, soit ses années de gloire d'un côté (l'âge d'or) et ses années de misère de l'autre (l'âge de crotte), tout en omettant en grande partie de parler des années «normales». Bien sûr, on peut souvent retrouver plus d'un âge d'or ou âge de crotte. Et vous allez voir que parfois la «gloire» et la «misère» sont relatives selon l'équipe. Genre que je sais pas trop ce que ça va donner côté gloire pour les Blue Jackets, mais on verra rendu là.

J'ai en même temps établi quels ont été les différents «No man's land» de la LNH au cours des années, soient les pires endroits où on pouvait se retrouver comme joueur et/ou comme fan.

Aujourd'hui, on s'attaque aux Blackhawks. Un gros morceau.


Cliquez ici pour les chapitres précédents:
Anaheim, Arizona, Boston, Buffalo, Calgary, Caroline


Années de misère: 1927-28 à 1928-29

La franchise des Blackhawks fut créée en 1926 et comme base pour la nouvelle équipe, les dirigeants achetèrent l'entièreté des droits des joueurs des défunts Rosebuds de Portland de la Western Hockey League qui venait tout juste de fermer ses portes. Au même moment, le nouveau club de Détroit fit de même en s'appropriant les contrats des anciens Cougars de Victoria.

Le premier propriétaire des Blackhawks se nommait Frederic McLaughlin, qui nomma l'équipe sous ce nom à son arrivée. Il était un homme impatient et en tant que proprio, il n'hésitait pas à s'incruster dans le fonctionnement de son équipe, n'hésitant pas à renvoyer coach ou DG dès qu'il voyait un problème. 

Après la première saison des Hawks en 1926-27 où ils réussirent à se faufiler en séries avec une fiche de 19-22-3, McLaughlin croyait que son équipe aurait dû terminer au premier rang. L'entraîneur Pete Muldoon modéra les attentes de son boss qui le renvoya aussitôt après l'élimination des Hawks.


Muldoon aurait alors dit à McLaughlin que s'il était renvoyé, il causerait une malédiction à l'équipe qui ne terminerait jamais au premier rang. Le journaliste Jim Coleman raconta plus tard qu'il avait inventé cette histoire de toute pièce pour vendre son journal mais la malédiction de Muldoon devint tout de même une légende urbaine à Chicago qui ne remporta jamais la première place avant 1967, bien après la mort de Muldoon et McLaughlin.

La malédiction sembla avoir un véritable effet dès la saison suivant le renvoi de Muldoon, puisque les Hawks terminèrent derniers avec une fiche de 7-34-3. Le même scénario se répéta en 1928-29 avec une fiche presque identique de 7-29-8. On vit passer trois nouveaux entraîneurs à Chicago durant ces deux saisons de misère.

Pour ajouter à tout ça, ils durent également passer l'entièreté de la saison 1928-29 en dehors de Chicago puisque le nouveau Chicago Stadium n'était pas encore terminé. Ils partagèrent alors la moitié du calendrier à l'Olympia de Détroit, et l'autre dans un aréna de 5000 à Fort Erie, près de Buffalo mais du côté canadien.


Années de gloire: 1933-34 à 1937-38

Malgré l'ingérence de McLaughlin qui continuait les portes tournantes chez ses entraîneurs durant les années suivantes, les Hawks commencèrent à devenir bons et développèrent finalement de bons joueurs, principalement Johnny Gottselig qui jouera avec l'équipe de 1928 à 1945. Avec l'arrivée de Lionel Conacher et du gardien Chuck Gardiner, les Hawks se rendirent en finale dans une cause perdante en 1931 mais continuèrent de demeurer compétitifs durant les difficiles années 30, le tout culminant par deux conquêtes de la coupe Stanley.

La première fut remportée en 1934 contre les Red Wings, tandis que la deuxième fut remportée in extremis en 1938 alors que les Hawks avaient terminé au 6e rang d'une ligue à 8 équipes avec une fiche de 14-25-9. Ils gagnèrent les deux premières rondes lors de matchs décisifs en prolongation, premièrement contre les Canadiens en première ronde et ensuite contre les Americans de New York en deuxième. Ils gagnèrent ensuite la finale contre les Maple Leafs, finale durant laquelle leur gardien Mike Karakas était blessé et durent se rabattre sur un gardien d'urgence, Alfie Moore. Une histoire assez abracadabrante ici d'ailleurs.

Karakas parvint par revenir et remporter la série. À ce jour les Blackhawks de 1938 demeurent l'équipe avec la pire fiche en saison régulière à avoir remporté la coupe.


Années de misère: 1944-45 à 1957-58
ALERTE NO MAN'S LAND

McLaughlin mourut en 1944 et la franchise fut vendue à son adjoint du nom de Bill Tobin. Ce dernier n'était toutefois qu'une parure alors que l'équipe était réellement sous le contrôle de James E. Norris, proprio des Red Wings et également du Chicago Stadium depuis 1936. 

Des manigances similaires de Norris firent en sorte qu'il avait contrôle total ou de l'influence majeure sur les 4 équipes américaines, étant proprio des Red Wings et du Chicago Stadium, en plus d'être actionnaire du Madison Square Garden et du Gardens de Boston. Cela mena à ce qu'on appelle ici «la ligue à deux vitesses» avec d'un côté les Canadiens, Maple Leafs et Red Wings, et de l'autre les Rangers, Bruins et Blackhawks comme enfants pauvres et négligés.


 

Donc entre 1944 et 1958, les Blackhawks ne firent les séries qu'à deux reprises (1946 et 1953) et terminèrent derniers à 9 reprises, dont 4 saisons consécutives de de 1953-54 à 1956-57, ce qui les confirme comme «no man's land» définitif de l'époque.

C'est en 1952 que le fils de Norris, James D. Norris, prit contrôle de l'équipe en compagnie de Arthur Wirtz et les deux commencèrent à rendre l'équipe davantage compétitive et graduellement mettre fin à cette ère à deux vitesses. L'équipe était encore toutefois considérée comme la Sibérie de la LNH, particulièrement lorsque le légendaire Ted Lindsay des Red Wings y fut expédié en 1957 en rétribution à sa participation à la tentative d'une création d'une association des joueurs.


Années de gloire: 1960-61 à 1972-73

Vers la fin des années 50, les Hawks avaient définitivement frappé fort en obtenant et développant 3 joueurs légendaires; Bobby Hull, Stan Mikita et Pierre Pilote. De plus, l'arrivée de Lindsay et du gardien Glenn Hall lors du même échange vint galvaniser davantage cette jeune équipe qui remporta finalement les grands honneurs en 1961, après deux sorties en première ronde les deux saisons précédentes aux mains des Canadiens.

Durant la décennie, Chicago avait main mise sur le trophée Art Ross avec Hull (1959-60, 1961-62 et 1965-66) et Mikita (1963-64, 1964-65, 1966-67 et 1967-68). Les deux remportèrent également le trophée Hart, Hull en 64-65 et 65-66 tandis que Mikita le remporta en 66-67 et 67-68. 

Pilote n'était pas en reste non plus, alors qu'il fut le récipiendaire du trophée Norris pendant trois saisons consécutives, soit de 1962-63 à 1964-65. 

Glenn Hall remporta le Vézina à deux reprises, tandis que Bill Hay et Tony Esposito remportèrent le Calder en 1959-60 et 1969-70 respectivement, avec également un Vézina pour Esposito en 69-70, 71-72 et 73-74. Les Hull et Mikita, ainsi que Ken Wharram, remportèrent également le Lady Bing à quelques reprises.



L'équipe termina en première place en 1966-67. Malgré qu'il ne regagnèrent pas la coupe durant cette période, ils retournèrent en finale en 1962, 1965, 1971 et 1973.

Cette période de gloire se termina toutefois au même moment en 1973, un an après que Bobby Hull ait fait sa fameuse défection dans l'AMH, marquant la fin d'une ère à Chicago et dans la LNH avec l'arrivée de son premier et seul véritable compétiteur. Il y eut d'ailleurs une équipe de l'AMH implantée directement à Chicago, les Cougars, entre 1972 et 1975, qui ne jouait toutefois pas dans le même amphithéâtre.

L'équipe demeura compétitive durant le restant des années 70 mais ne dépassa jamais plus la deuxième ronde, et la vieille garde des Hull, Mikita, Esposito et autres Keith Magnuson disparut peu à peu.


Années de gloire: 1981-82 à 1994-95

Sans avoir été une période ponctuée d'une Coupe Stanley, la période 1981 à 1995 vit l'émergence de plusieurs nouvelles vedettes à Chicago comme Denis Savard, Chris Chelios (inévitablement), Steve Larmer, Jeremy Roenick et Ed Belfour entre autres. Le Chicago Stadium des années 80 et 90 était de plus un endroit très intimidant pour les autres équipes de la LNH, et les Blackhawks demeuraient annuellement parmi les meilleures équipes de la ligue.



L'équipe atteignit huit fois la 3e ronde et une fois la finale en 1992 contre les Penguins, en plus de remporter le trophée du Président en 1990-91. Parmi les autres honneurs de cette période, notons:

- Trophée Calder: Steve Larmer (1982-83), Ed Belfour (1990-91)
- Trophée Norris: Doug Wilson (1981-82), Chris Chelios (1992-93, 1995-96)
- Trophée Adams: Orval Tessier (1982-83)
- Trophée Vézina: Ed Belfour (1990-91, 1992-93)
- Trophée Jennings: Ed Belfour (1990-91, 1992-93, 1994-95)
- Trophée Selke: Troy Murray (1985-86), Dirk Graham (1990-91)

Il y eut donc bien des bons moments à Chicago durant cette période.


Années de misère: 1997-98 à 2007-08

Après la finale de 1992 (défaite en 4 matchs contre Pittsburgh), les Blackhawks furent décevants lors des années suivantes où ils s'inclinèrent rapidement en première ronde, malgré des saisons régulières dominantes. Ils retournèrent en finale de conférence en 1995 mais le déclin graduel réapparut par la suite alors qu'ils s'inclinèrent en 2e ronde en 1996 et en première ronde en 1997. 

L'équipe rata finalement les séries en 1997-98, soit la première fois en 29 ans. Commença alors une longue traversée du désert pour les Blackhawks qui ratèrent les séries 9 fois lors des 10 saisons suivantes et étant surtout mal administrés par la vieille garde du propriétaire Bill Wirtz. Surnommé «Dollar Bill» pour son avarice, Writz refusait par exemple de diffuser les matchs locaux à la télévision en plus d'être partiellement ou directement responsable de plusieurs départs de joueurs vedettes dont Roenick et Belfour. Chelios quitta également l'équipe en 1999.

 

En 2004, l'équipe était alors à son plus bas, et fut nommée comme pire franchise en Amérique du nord par ESPN. Les fans des Hawks n'avaient alors comme vedettes des joueurs comme Kyle Calder, Tuomo Ruutu et Tyler Arnason... Bien loin des années précédentes et celles qui allaient suivre.

ALERTE NO MAN'S LAND (2003-04 à 2006-07)
J'hésitais ici à déclarer les Blackhawks de l'époque comme véritable «No man's land» car je crois qu'il y avait encore pire que eux à l'époque comme les Penguins ou les Capitals qui étaient en vente de feu depuis quelques saisons. Malgré tout, Chicago parvenait à signer des joueurs convoités comme Nikolai Khabibulin et Martin Lapointe en 2005 par exemple. 

Mais il peut bien y avoir plus qu'un no man's land dans une ligue à 30 équipes et à partir de disons 2003 jusqu'à 2007 environ, les Blackhawks étaient véritablement un des pires endroits pour être un fan et ce fait fut reflété dans les assistances qui passèrent sous les 13 000 par match en 2006-07, malgré tout le flafla présent dans la LNH au retour du lock-out.


Années de gloire: 2008-09 à 2016-17


Les fortunes des Hawks tournèrent finalement petit à petit. Ils repêchèrent tout d'abord Jonathan Toews au 3e rang en 2006 et ensuite Patrick Kane au premier rang en 2007. Et finalement, Bill Wirtz mourut en septembre 2007, laissant la place à son fils Rocky qui était le premier à s'opposer aux mesures rétrogrades de son père. Il rétablit tout d'abord les matchs à domicile à la télévision, en plus de nommer du nouveau personnel hockey, administratif, et surtout, au niveau du marketing. 

L'arrivée ensuite de Joel Quenneville pour la saison 2008-09 marqua le début de ces récentes années de gloire, et la meilleur période dans l'histoire de la franchise, alors que les Hawks retournèrent pour de bon en séries, parvenant même jusqu'à la 3e ronde. 

Ils gagneront ensuite la coupe en 2010, 2013 et 2015, ce qui mena Gary Bettman et la LNH à déclarer l'équipe comme une véritable dynastie, ce que je ne crois pas vraiment. À mon avis, une dynastie se doit de remporter plus d'une coupe d'affilée, ce que les Blackhawks sont tout de même passés bien près d'accomplir. On peut bien argumenter que c'est désormais plus difficile de faire avec la parité et tout ça, mais les Penguins et le Lightning sont ensuite parvenus à remporter deux coupes d'affilée, sans qu'on semble vraiment les considérer comme des dynasties. 

Bref c'est subjectif mais n'empêche, les Hawks sont bien probablement la meilleure équipe des années 2010.


En plus des trois coupes, voici le reste de l'argenterie de la période:
Art Ross: Patrick Kane (2015-16)
Hart: Patrick Kane (2015-16)
Calder: Patrick Kane (2007-08), Artemi Panarin (2015-16)
Conn Smythe: Jonathan Toews (2010), Patrick Kane (2013), Duncan Keith (2015)
Selke: Jonathan Toews (2012-13)
Norris: Duncan Keith (2009-10 et 2013-14)
Jennings: Corey Crawford (2012-13, 2014-15)


Années de misère: 2017-18 à maintenant

Les Blackhawks tombèrent de 109 points en 2016-17 à seulement 76 la saison suivante. Depuis, la «dynastie» s'effrita d'année en année et la franchise perdit des plumes (d'amérindien), surtout au niveau de leur réputation depuis la saga Kyle Beach en 2021.

Depuis la fin de la période précédente, la franchise semble être davantage revenue au pattern de l'époque 1997-2007, le tout culminant l'année dernière en terminant dans le «bottom 5» de la ligue, après quoi ils furent toutefois récompensés (non-mérité selon plusieurs) en obtenant Connor Bedard au premier rang. Ce dernier devra probablement faire preuve de beaucoup de patience avant de recevoir de l'aide et de voir l'équipe revenir à une période de gloire. En plus, l'équipe continue de connaître des désastres au niveau PR, comme l'épisode récent de Corey Perry dont on attend encore de savoir ce qui s'est passé et qu'on est probablement mieux de demeurer dans l'ignorance...


C'était donc toute que des montages russes de retracer l'histoire à Chicago. Prochain épisode, le Colorado.

Cliquez ici pour les chapitres précédents:
Anaheim, Arizona, Boston, Buffalo, Calgary, Caroline

lundi 23 octobre 2023

Gloire et misère: Boston

 


Chaque franchise de la LNH ayant connu des hauts et des bas, j'ai pensé analyser chaque franchise sous deux angles différents, soit ses années de gloire (l'âge d'or) d'un côté et ses années de misère de l'autre (l'âge de crotte), tout en omettant en grande partie de parler des années «normales». Bien sûr, on peut souvent retrouver plus d'un âge d'or ou âge de crotte. Et vous allez voir que parfois la «gloire» et la «misère» sont relatives selon l'équipe. Genre que je sais pas trop ce que ça va donner côté gloire pour les Blue Jackets mais on verra rendu là.

J'ai en même temps établi quels ont été les différents «No man's land» de la LNH au cours des années, soit les pires endroits où on pouvait se retrouver comme joueur et/ou comme fan.

Aujourd'hui, on part dans une direction totalement opposée du dernier chapitre déstabilisant des Coyotes, avec une franchise pas mal plus stable.

Cliquez ici pour les chapitres précédents:
Anaheim, Arizona

 

Bruins de Boston

Années de gloire: 1926-27 à 1942-43
Première équipe américaine de l'histoire de la LNH en 1924, les Bruins ratèrent les séries à leur deux premières années mais c'était compréhensible en tant qu'équipe d'expansion. Ils devinrent rapidement compétitifs et dominants par la suite, avec des joueurs comme Dit Clapper, Cooney Weiland et Eddie Shore en plus du gardien Tiny Thompson. Ils s'inclinèrent en finale à leur troisième saison, soit en 1926-27 contre les Sénateurs d'Ottawa, pour ensuite remporter leur première coupe en 1929. Ils terminèrent ensuite la saison 1929-30 avec une fiche ridiculement bonne de 38-5-1 durant cette saison de 44 matchs, une des meilleures fiches de l'histoire, mais perdirent en finale contre les Canadiens.


Les Bruins, champions de 1939

Ils redescendirent un peu sur terre lors des saisons suivantes avec des saisons moyennes, et deux exclusions des séries en 31-32 et 33-34. Ils redevinrent toutefois une puissance vers 1935 avec l'arrivée entre autres de Babe Siebert, Bill Cowley et Milt Schmidt. Tout cela mènera à deux autres championnats pour les Bruins, d'abord en 1939 et ensuite en 1941. 

Les années suivantes furent ensuite difficile avec plusieurs joueurs qui partirent au front. Ils se rendirent de nouveau en finale en 1943 dans une cause perdante contre Détroit et c'en était pas mal terminé pour cette époque chez les Bruins.

Joueur emblématique de cette période: Eddie Shore
Meilleur défenseur des débuts des Bruins, Eddie Shore inculqua en quelques sorte cette identité d'équipe robuste et redoutable chez les Bruins. Récipiendaire du trophée Hart en 1933, 1935, 1936 et 1938, seul Gordie Howe et Wayne Gretzky l'auront gagné plus souvent.

Années de misère: 1959-60 à 1966-67
ALERTE NO MAN'S LAND
L'époque «Original 6» suivant le départ des Americans de New York en 1942 fit des Bruins une équipe de deuxième ordre durant cette époque où la LNH était plus ou moins une «ligue à deux vitesses» selon mon cher collègue keithacton qui vous explique cela ici.

Équipe moyenne après les années Clapper/Shore discutées plus haut, les Bruins étaient tout de même présents durant les années 50, se rendant par exemple en finale en 1946, 1953, 1956 et 1957, à chaque fois dans une cause perdante. Mais leurs dirigeants n'avaient comme ordre que de les rendre juste assez compétitifs pour remplir le Garden de Boston les soirs où les dominants Celtics de la NBA ne jouaient pas. Ce qui fit qu'on retrouvait chez les meilleurs pointeurs des Bruins durant ces années des noms éternels comme Fleming Mackell, Ed Sanford et Paul Ronty.

L'équipe tomba toutefois définitivement dans les bas-fonds à partir de 1959-60, ratant les séries pour les 8 années suivantes et terminant en dernière place à chaque saison entre 1960-61 et 1966-67, à l'exception de 1965-66 où ils terminèrent avec un seul point de plus que les Rangers, la deuxième pire équipe durant cette période, ce qui confirme l'équipe comme No Man's land durant ces quelques années. La pire saison de l'équipe durant cette période fut celle de 1961-62 qu'ils terminèrent avec une fiche de 15-47-8.

Bref, c'est un peu ingrat de déclarer un No man's land dans une ligue à 6 équipes, je crois que n'importe quel joueur se considérait chanceux de jouer dans la LNH avec si peu d'emplois disponibles. Mais quand même parmi ces 6 c'était la pire pendant presque toute cette décennie.


Joueur emblématique de cette période: Johnny Bucyk
Arrivé avec l'équipe en 1957, Johnny Bucyk connaitra à la fois l'âge d'or et l'âge de crotte des Bruins, étant présent en tout temps jusqu'en 1977-78, alors qu'il se retira à l'âge vénérable de 42 ans avec 1369 points au compteur et une place au temple de la renommée quelques saisons plus tard. Durant cette période sombre 1959-1967, il termina quatre fois au premier rang pour les points chez les Bruins, en plus de participer au match des étoiles à trois reprises.

Années de gloire: 1967-68 à 1995-96
Oui je ratisse large ici avec une période de «gloire» de presque 30 ans. Mais contrairement à plusieurs équipes, la manière dont les Bruins sont demeurés compétitifs durant ces trois décennies est exemplaire et on ne peut pas dire qu'il y a eu beaucoup de moments faibles durant cette période.

Cela commença avec l'arrivée prodigiale de Bobby Orr en 1966, ensuite des Phil Esposito, Gerry Cheevers, Wayne Cashman, Ken Hodge, etc et les deux conquêtes des puissants «Big Bad Bruins» en 1970 et 1972. Ensuite ce fut l'arrivée d'un autre puissant défenseur et futur membre du temple du nom de Raymond Bourque pour la saison 1979-80. Ensuite Rick Middleton (arrivé avant Bourque), Cam Neely, Adam Oates etc... 

Bref, on ne peut pas dire que les Bruins et leurs fans ont fait pitié, même après qu'ils aient arrêté de gagner des coupes. Ils se sont d'ailleurs rendus en finale à plusieurs reprises durant cette période, soit en 1974, 1977, 1978, 1988 et 1990.

De plus, leurs 29 participations consécutives aux séries représentent toujours un record du Big 4 nord-américain, ce qui justifie également mon «large ratissage».

Joueurs emblématiques de cette période: Bobby Orr / Raymond Bourque
À eux deux, Orr et Bourque représentent 44% des récipiendaires du trophée Norris durant cette période de 29 ans. Orr l'a gagné chaque saison de 1967-68 à 1974-75 soit 8 fois, tandis que Bourque l'a remporté en 86-87, 87-88, 89-90, 90-91 et 93-94.

Années de misère: 1996-97 à 2006-07
Les Bruins non seulement ratèrent finalement les séries en 1996-97 mais en plus ils terminèrent derniers avec une fiche de 26-47-9. Et malgré un retour l'année suivante ainsi qu'un trophée Jack Adams pour l'entraîneur Pat Burns, cela ne fut que temporaire et ils les ratèrent à nouveau en 1999-00 et 2000-01. Tout cela mena au départ de Raymond Bourque qui fut gracié par le DG Harry Sinden en étant échangé à une équipe aspirant aux grands honneur au printemps 2000.

Malgré quelques bonnes saisons par la suite, c'était portes tournantes chez les entraîneurs et également beaucoup d'instabilité dans les buts. Ils étaient parfois excellents en saison, pour ensuite subir des éliminations hâtives, dont deux fois aux mains d'une équipe négligée du Canadien (2002 et 2004) qui faisait les séries par la peau des fesses, ce qui était assurément très insultant pour les fans des Bruins.

Le retour du lock-out ne fut pas meilleur alors que l'équipe retourna en dehors du portrait des séries en 2005-06 et 2006-07.


Joueur emblématique de cette période: Joe Thornton
Premier choix au total obtenu lors de la saison passée au dernier rang en 1996-97, le capitaine Joe Thornton deviendra malgré lui le visage de cette équipe sous-performante des Bruins du tournant du millénaire. Cela mena à la transaction malfamée de 2005-06 où il passa aux Sharks et deviendra le seul jour de l'histoire à terminer champion pointeur en ayant joué pour deux équipes durant la saison.

Années de gloire: 2007-08 à 2013-14 / 2017-18 à maintenant
Après l'ajustement post-lockout et ces deux saisons hors des séries, les Bruins redevinrent aussitôt compétitifs après l'embauche de Claude Julien avant la saison 2007-08. L'équipe progressa rapidement par la suite, remportant finalement de nouveau les grands honneurs en 2011 contre les Canucks, terminant une disette de 39 ans à Boston.

Ils retournèrent ensuite en finale dans une cause perdante contre les Blackhawks en 2013, suivi d'une autre saison au sommet en 2013-14 avec 54 victoires et le trophée du Président.

L'ère Julien s'essouffla par la suite et les Bruins ratèrent les séries en 2014-15 et 2015-16, menant au renvoi de Julien. Ce léger «reset» porta fruit puisque les Bruins font de nouveau partie de l'élite de la LNH depuis, retournant en finale en 2019 contre les Blues et remportant deux autres trophées du Président, dont le dernier l'an passé suite à une saison record de 65 victoires et 135 points, éclipsant tous les records d'équipes précédents dans la ligue à ce niveau, à prendre bien sûr avec des pincettes depuis l'élimination des matchs nuls, du point de perdant et l'arrivée de la fusillade, mais quand même tout un exploit.

Joueurs emblématiques de cette période: Zdeno Chara / Patrice Bergeron
Je ne pouvais pas en mettre qu'un seul ici. Je voulais garder Chara comme il était capitaine et continuait dans cette lignée des Shore, Bourque et Orr comme défenseur dominant et récipiendaire du trophée Norris (2008-09). Cependant, durant cette période c'est Patrice Bergeron qui remporta le plus de trophées individuels avec ses 6 trophées Selke.

À noter aussi durant cette périodes les trophées suivants:
- Tim Thomas: Conn Smythe 2010-11, Vézina 2008-09, 2010-11
- Bruce Cassidy: Jack Adams 2019-20
- Jim Montgomery: Jack Adams 2022-23
- Patrice Bergeron: King Clancy 2012-13
- David Pastrnak: 2019-20
- Tuuka Rask: Vézina 2013-14, Jennings 2019-20 (avec Jaroslav Halak)
- Linus Ullmark: Vézina 2022-23, Jennings 2022-23 (avec Jeremy Swayman)

Donc pas mal de gloire et pas tellement d'années de véritable misère à Boston depuis 100 ans. Ce ne sera pas aussi glorieux lors du prochain chapitre dans l'ordre alphabétique: Buffalo...