Né le 11 mars 1967 à Rogachyov, dans ce qui est aujourd'hui la Biélorussie, Sergei Bautin a fait ses armes dans la ligue soviétique, d'abord avec le Kristall Saratov en deuxième division, puis ensuite avec le puissant Dynamo de Moscou. C'est là qu'il a bâti sa réputation de défenseur à vocation défensive de premier ordre. Il n'obtenait presque pas de points (6 points en plus de 60 matchs) mais sa présence physique a aidé à remporter le championnat à deux reprises, en 1991 et 1992, au sein d'une équipe qui comptait également Alexei Kovalev, Alexander Karpovtsev et Darius Kasparaitis.
Grand et robuste, il a aussi contribué à la performance de l'Équipe Unifiée qui a remporté quatre de ses cinq matchs lors du tour préliminaire des Jeux olympiques d'Albertville en 1992, ne s'inclinant que face à la Tchécoslovaquie. En séries éliminatoires, ils ont battu la Finlande, les États-Unis et enfin le Canada (3-1), décrochant une médaille d'or historique pour un pays alors en pleine transition.
Quelques mois plus tard, il a représenté la Russie (depuis ré-unifiée) au Championnat du monde, mais en peu de temps, l'ancienne Union soviétique était totalement démantelée et l'équipe a terminé cinquième.
Les joueurs pouvant désormais s'expatrier librement en Amérique du Nord, Bautin a été repêché par les Jets de Winnipeg lors de l'été 1992 au 17ème rang au total. Trois de ses compatriotes et coéquipiers sur la scène internationale furent sélectionnés avant lui : Alexei Yashin (2ème), Kasparaitis (5ème) et Andrei Nazarov (10ème). Les Capitals de Washington ont également choisi Sergei Gonchar au 14ème rang.
À l'époque, demeurer en Russie n'était donc pas la priorité. Les clubs n'avaient plus les moyens de payer les joueurs, le pays traversait une crise majeure et la LNH pouvait enfin mettre la main sur ce qu'elle convoitait depuis des années, des joueurs de hockey russes. En conséquence, presque tout l'effectif du Dynamo Moscou a traversé l'Atlantique.
Bautin a donc rejoint les Jets pour la saison 1992-93. Pendant l'essentiel de ses deux premières années, il fut un élément stable, souvent jumelé à un autre Russe, Igor Ulanov, ou aligné sur le premier bloc aux côtés de Teppo Numminen. Contrairement à beaucoup de ses compatriotes, Bautin avait véritablement adopté le côté physique du jeu nord-américain, se révélant être un adepte des mises en échec solides. Cependant, des doutes subsistaient quant à sa qualité de patinage et sa
vision de jeu ; il semblait souvent mal positionné ou accusait un temps
de retard par rapport aux autres joueurs de son âge.
Sergei a signé un contrat de trois ans avec les Jets. Malgré le déracinement, son adaptation à sa nouvelle vie ne fut pas trop difficile, le club ayant également recruté Ulanov, le jeune centre Alexei Zhamnov (choix de 4e ronde en 1990) et Evgeny Davydov (12e ronde de 1989).
Sa saison recrue s'est plutôt bien déroulée. Il a inscrit un total
respectable (et son meilleur total à vie en une saison) de 5 buts et 18
mentions d'aide, assortis de 96 minutes de pénalité en 71 matchs, aidant
les Jets à atteindre les séries éliminatoires où ils se sont inclinés
en six matchs face aux Canucks de Vancouver.
La saison 1993-94 fut beaucoup moins clémente. Le club décida d'échanger le défenseur vedette Phil Housley aux Blues de St-Louis contre Nelson Emerson et Stéphane Quintal, et la nouvelle brigade défensive des Jets ne parvint jamais à se replacer. Après un début de saison correct (6-3-1), une série catastrophique de 2 victoires, 20 défaites et 2 nulles en janvier et février a fait sombrer le club au dernier rang de la Conférence Ouest.
Donc complètement hors du portrait, le 18 février 1994, les Jets ont conclu une transaction avec Détroit, envoyant Bautin et le gardien Bob Essensa aux Red Wings en échange de Dallas Drake et Tim Cheveldae.
Sous les nouveaux ordres de Scotty Bowman, les Wings commençaient à accumuler les joueurs russes dans l'idée de former cette fameuse unité complète de cinq joueurs. Avec Fedorov, Kozlov et Konstantinov comme piliers, il en fallait deux de plus : un défenseur et un attaquant. Bautin était initialement censé être ce second défenseur.
Cependant, les Wings ont immédiatement constaté un grave problème de condition physique chez Bautin. Il n'avait aucune endurance, était incapable de soulever son propre poids (185 livres) au développé couché (bench press) et était un gros fumeur, le Chicago Tribune rapportant même qu'il fumait deux paquets par jour. « Côté condition physique, il était tout en bas de notre organisation », a déclaré le directeur général de Winnipeg, John Paddock, après l'échange. « Il n'a aucune rapidité et aucune force. » Bautin ne joua qu'un match à Détroit en fin de saison et se blessa même en entrant en collision avec Kris Draper lors d'un entraînement.
Il fut donc envoyé au club-école de l'époque, les Red Wings d'Adirondack dans la Ligue américaine pour le lock-out à l'automne 1994, Détroit ne le rappelant aucunement. En fait, les Wings avaient rapidement trouvé la solution pour leur deuxième défenseur du «Russian five» en obtenant nul autre que Viacheslav Fetisov des Devils durant cette saison écourtée de 94-95.
Son contrat signé avec les Jets étant échu, Bautin signa comme agent libre avec San Jose dans l'espoir de jouer avec ses compatriotes Igor Larionov et Sergei Makarov. Son sort ne s'arrangea toutefois pas. Il ne disputa qu'un seul match avec les Sharks en début de saison, son dernier dans la LNH. Les entraîneurs et la direction des Sharks ont rapidement réalisé que le défenseur n'avait plus le coup de patin nécessaire pour la ligue, et il fut envoyé aux Blades de Kansas City dans la IHL. Au même moment à Détroit, le «R5» fut finalement complété avec l'ajout de ce même Larionov, qui fut obtenu de ces même Sharks, en retour d'un gars pas pire
pentoute, Ray Sheppard, après seulement 5 matchs au début de la saison.
Bautin est ensuite devenu assez globe-trotter. Après sa saison 95-96 passée à Kansas City, il joua deux saisons en Suède avec le Luleå HF, où il mena la ligue pour les minutes de pénalité en 1996-97, une saison en Russie avec le Ak Bars Kazan, et ensuite une en Allemagne (Ice Tigers de Nurnberg). Il joua ensuite deux saisons au Japon (JIHL) avant de revenir terminer sa carrière dans sa patrie avec le Metallurg Manitogorsk et finalement une dernière saison en deuxième division avec le Krylia Sovetov de Moscou.
Après avoir pris sa retraite, Bautin est retourné aux États-Unis pour entraîner des équipes de jeunes à Kansas City, là où il avait joué durant son séjour pour les Sharks. Il a plus tard entraîné au Colorado et de nouveau au Japon avant de rentrer chez lui. Bautin a été intronisé au Temple de la renommée du hockey russe en 2014.
Sergei Bautin s'est éteint la veille du jour de l'An à l'âge de 55 ans, après une longue lutte contre une maladie oncologique.
Anatoli Anatolievich Semyonov est né le 5 mars 1962 à Moscou. Il se développa dans le puissant système du hockey moscovite jusqu'à ce qu'il fasse ses débuts à seulement 17 ans en 1979-80 avec le Dynamo de Moscou. Il passa l'entièreté de la décennie comme joueur vedette du Dynamo, terminant 3 fois comme premier pointeur du club et une fois au sein de l'équipe d'étoile de la ligue. Sa grande stature (6'-2") combiné à une certaine grâce sur patins lui valut d'être surnommé le «Jean Béliveau» russe.
Au final, il aura joué 11 saisons dans la première ligue russe, récoltant 303 points en 374 matchs. Mais comme la ligue soviétique de l'époque n'était essentiellement qu'une ligue d'entraînement pour le puissant CSKA de Moscou, Semenov et le Dynamo ne se méritèrent aucun championnat durant les années 80, étant éternellement considérés comme deuxièmes violons. Ridiculement dominé entre autres par la fameuse ligne KLM (Vladimir Krutov, Igor Larionov et Sergei Makarov), le CSKA remporta le championnat à chaque saison entre 1977 et 1989, soit un record de 13 saisons consécutives.
En fait, la ligue soviétique de l'époque, ancêtre de la KHL actuelle, fut entièrement dominée par les clubs de Moscou durant son existence. De 1946 jusqu'à la dissolution de la ligue en 1992, aucun club hors de Moscou ne fut sacrer champion. Malgré la présence de dizaines d'autres équipes, il n'y eut que 5 récipiendaires du titre durant cette longue période; le Dynamo, le VVS Moscou, le HC Spartak Moscou, le Krylya Sovetov Moscou, et bien sûr le CSKA et ses 32 titres.
L'équipe nationale, également surpuissante durant cette époque, était grandement constituée de joueurs du CSKA dont bien sûr la KLM, laissant quelques places sur les lignes secondaires à des joueurs comme Semenov. Ce dernier parvint toutefois à se faire remarquer sur la scène internationale malgré un temps de glace limité, notamment en 1987-88 avec une récolte de 7 points en 9 matchs à la Coupe Canada, et 6 points en 8 matchs durant les Olympiques de Calgary, d'où il repartit avec une médaille d'or. Cela lui permit d'être choisi par les Oilers d'Edmonton en 6e ronde du repêchage de 1989.
Il joua alors une dernière saison avec le Dynamo où comme capitaine, il permit à l'équipe de finalement prendre le dessus sur le CSKA et remporter le championnat de 1990. Il termina ensuite la saison avec les Oilers pour leurs parcours en séries. Il ne joua toutefois que 2 matchs en finale de conférence contre les Blackhawks, et aucun en finale, ce qui le disqualifia d'obtenir son nom sur la Coupe Stanley. Il reçut toutefois une bague pour ses efforts, devenant le deuxième joueur russe de l'histoire à faire partie d'une équipe championne dans la LNH après son compatriote Sergei Pryakhin l'année précédente avec les Flames.
Comme Semenov, Pryakhin n'avait pas joué pas durant la finale de 1989 et n'avait pas joué assez de matchs en saison régulière pour voir son nom gravé sur la coupe. Il fallut attendre le printemps 1994 pour voir des joueurs soviétiques recevoir cet honneur lorsque les Rangers gagnèrent le trophée avec plusieurs joueurs russes comme Alex Kovalev, Sergei Zubov, Sergei Nemchinov et Alexander Karpovtsev.
Semenov fit ses débuts en saison régulière en 1990-91 avec les Oilers, s'en sortant relativement bien avec une fiche de 31 points dont 15 buts en 57 matchs, suivi de 10 points en 12 matchs en séries avec un club toujours bien «huilé» à Edmonton ou ils se rendirent jusqu'en finale de conférence contre les North Stars. Une de ses meilleurs saisons fut celle de 1991-92 où il obtint 20 buts et 22 passes en 59 matchs. On lui reprochait toutefois d'être trop empreint de la mentalité du jeu soviétique, où beaucoup de joueurs de son style étaient conditionnés à passer en premier lieu et non à tirer au but.
Les Oilers n'avaient apparemment pas beaucoup de plans pour lui dans leur équipe en reconstruction et le laissèrent aller au repêchage d'expansion de 1992 accueillant les Sénateurs et le Lightning. Il fut ainsi réclamé par l'équipe floridienne et marqua un but lors du premier match de l'histoire du Lightning. Il ne resta cependant que quelques semaines avec l'équipe puisqu'il fut rapidement acquis par les Canucks en novembre 1992 en retour de Dave Capuano. Les Canucks espéraient qu'il puisse remplacer Igor Larionov, son ancien coéquipier de l'équipe nationale russe, sur la première ligne d'attaque de l'équipe, au centre de Pavel Bure. Le duo Bure-Semenov fonctionna initialement à merveille, Semenov récoltant 20 points en 15 matchs à ses débuts à Vancouver. Il commença toutefois à ralentir la cadence et Bure fut alors davantage réuni avec Cliff Ronning et Murray Craven. Semenov termina quand même la saison 92-93 avec sa meilleure récolte avec 49 points dont 37 passes principalement acquises sur les 60 buts de son compatriote.
Un autre repêchage d'expansion suivit ensuite durant l'été 1993 et Semenov fut de nouveau laissé sans protection avant d'être réclamé par les nouveaux Mighty Ducks d'Anaheim. Le premier entraîneur des Ducks, Ron Wilson, avait vu évolué Semenov de près l'année précédente alors qu'il était assistant avec les Canucks. Wilson voulait que Semenov devienne le principal marqueur de l'équipe et qu'il tire plus souvent au but et n'attende plus qu'un coéquipier plus talentueux vienne marquer, n'ayant de toute façon que très peu d'autres options en attaque chez les Ducks. Semenov commença de nouveau la saison en lion, récoltant 24 points lors de ses 30 premiers matchs. Des blessures vinrent toutefois mettre un frein à sa productivité et il ne put jouer que 49 matchs au total en 1993-94, terminant à 30 points.
Il commença la saison suivante à Anaheim avant d'être échangé aux Flyers en mars 1995, sa 5e équipe en seulement 4 saisons. Il ne fut utilisé que sporadiquement sur le bottom 6 avec les Flyers, étant toutefois plus utilisé en séries avec 6 points en 15 matchs. La saison suivante fut une version inversée de la précédente alors qu'après une récolte de 16 points en 44 matchs à Philadelphie, il fut retourné aux Mighty Ducks en mars 1996 et termina la saison avec un bon 10 points en 12 matchs. Il signa ensuite un contrat comme agent libre avec les Sabres pour la saison 1996-97 mais ne put jouer que seulement 25 matchs, étant de nouveau blessé à long terme. Il se retira du jeu peu après à l'âge de 35 ans.
Après sa retraite il occupa certains postes comme entraîneur ou adjoint à divers niveaux en Russie. Il est présentement recruteur pour les Blackhawks depuis 2017.
En 362 matchs dans la LNH, sa fiche fut de 68 buts et 126 passes pour 194 points.