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mercredi 25 mars 2026

Joueur oublié des 90's #104 - Sergei Bautin



 


Né le 11 mars 1967 à Rogachyov, dans ce qui est aujourd'hui la Biélorussie, Sergei Bautin a fait ses armes dans la ligue soviétique, d'abord avec le Kristall Saratov en deuxième division, puis ensuite avec le puissant Dynamo de Moscou. C'est là qu'il a bâti sa réputation de défenseur à vocation défensive de premier ordre. Il n'obtenait presque pas de points (6 points en plus de 60 matchs) mais sa présence physique a aidé à remporter le championnat à deux reprises, en 1991 et 1992, au sein d'une équipe qui comptait également Alexei Kovalev, Alexander Karpovtsev et Darius Kasparaitis. 
 
Grand et robuste, il a aussi contribué à la performance de l'Équipe Unifiée qui a remporté quatre de ses cinq matchs lors du tour préliminaire des Jeux olympiques d'Albertville en 1992, ne s'inclinant que face à la Tchécoslovaquie. En séries éliminatoires, ils ont battu la Finlande, les États-Unis et enfin le Canada (3-1), décrochant une médaille d'or historique pour un pays alors en pleine transition.

Quelques mois plus tard, il a représenté la Russie (depuis ré-unifiée) au Championnat du monde, mais en peu de temps, l'ancienne Union soviétique était totalement démantelée et l'équipe a terminé cinquième. 
 
Les joueurs pouvant désormais s'expatrier librement en Amérique du Nord, Bautin a été repêché par les Jets de Winnipeg lors de l'été 1992 au 17ème rang au total. Trois de ses compatriotes et coéquipiers sur la scène internationale furent sélectionnés avant lui : Alexei Yashin (2ème), Kasparaitis (5ème) et Andrei Nazarov (10ème). Les Capitals de Washington ont également choisi Sergei Gonchar au 14ème rang.

À l'époque, demeurer en Russie n'était donc pas la priorité. Les clubs n'avaient plus les moyens de payer les joueurs, le pays traversait une crise majeure et la LNH pouvait enfin mettre la main sur ce qu'elle convoitait depuis des années, des joueurs de hockey russes. En conséquence, presque tout l'effectif du Dynamo Moscou a traversé l'Atlantique.

Bautin a donc rejoint les Jets pour la saison 1992-93. Pendant l'essentiel de ses deux premières années, il fut un élément stable, souvent jumelé à un autre Russe, Igor Ulanov, ou aligné sur le premier bloc aux côtés de Teppo Numminen. Contrairement à beaucoup de ses compatriotes, Bautin avait véritablement adopté le côté physique du jeu nord-américain, se révélant être un adepte des mises en échec solides. Cependant, des doutes subsistaient quant à sa qualité de patinage et sa vision de jeu ; il semblait souvent mal positionné ou accusait un temps de retard par rapport aux autres joueurs de son âge.

Sergei a signé un contrat de trois ans avec les Jets. Malgré le déracinement, son adaptation à sa nouvelle vie ne fut pas trop difficile, le club ayant également recruté Ulanov, le jeune centre Alexei Zhamnov (choix de 4e ronde en 1990) et Evgeny Davydov (12e ronde de 1989).
 
Sa saison recrue s'est plutôt bien déroulée. Il a inscrit un total respectable (et son meilleur total à vie en une saison) de 5 buts et 18 mentions d'aide, assortis de 96 minutes de pénalité en 71 matchs, aidant les Jets à atteindre les séries éliminatoires où ils se sont inclinés en six matchs face aux Canucks de Vancouver. 
 
La saison 1993-94 fut beaucoup moins clémente. Le club décida d'échanger le défenseur vedette Phil Housley aux Blues de St-Louis contre Nelson Emerson et Stéphane Quintal, et la nouvelle brigade défensive des Jets ne parvint jamais à se replacer. Après un début de saison correct (6-3-1), une série catastrophique de 2 victoires, 20 défaites et 2 nulles en janvier et février a fait sombrer le club au dernier rang de la Conférence Ouest. 
 
Donc complètement hors du portrait, le 18 février 1994, les Jets ont conclu une transaction avec Détroit, envoyant Bautin et le gardien Bob Essensa aux Red Wings en échange de Dallas Drake et Tim Cheveldae.
 
Sous les nouveaux ordres de Scotty Bowman, les Wings commençaient à accumuler les joueurs russes dans l'idée de former cette fameuse unité complète de cinq joueurs. Avec Fedorov, Kozlov et Konstantinov comme piliers, il en fallait deux de plus : un défenseur et un attaquant. Bautin était initialement censé être ce second défenseur.

Cependant, les Wings ont immédiatement constaté un grave problème de condition physique chez Bautin. Il n'avait aucune endurance, était incapable de soulever son propre poids (185 livres) au développé couché (bench press) et était un gros fumeur, le Chicago Tribune rapportant même qu'il fumait deux paquets par jour. « Côté condition physique, il était tout en bas de notre organisation », a déclaré le directeur général de Winnipeg, John Paddock, après l'échange. « Il n'a aucune rapidité et aucune force. » Bautin ne joua qu'un match à Détroit en fin de saison et se blessa même en entrant en collision avec Kris Draper lors d'un entraînement.
 
Il fut donc envoyé au club-école de l'époque, les Red Wings d'Adirondack dans la Ligue américaine pour le lock-out à l'automne 1994, Détroit ne le rappelant aucunement. En fait, les Wings avaient rapidement trouvé la solution pour leur deuxième défenseur du «Russian five» en obtenant nul autre que Viacheslav Fetisov des Devils durant cette saison écourtée de 94-95.

Son contrat signé avec les Jets étant échu, Bautin signa comme agent libre avec San Jose dans l'espoir de jouer avec ses compatriotes Igor Larionov et Sergei Makarov. Son sort ne s'arrangea toutefois pas. Il ne disputa qu'un seul match avec les Sharks en début de saison, son dernier dans la LNH. Les entraîneurs et la direction des Sharks ont rapidement réalisé que le défenseur n'avait plus le coup de patin nécessaire pour la ligue, et il fut envoyé aux Blades de Kansas City dans la IHL. Au même moment à Détroit, le «R5» fut finalement complété avec l'ajout de ce même Larionov, qui fut obtenu de ces même Sharks, en retour d'un gars pas pire pentoute, Ray Sheppard, après seulement 5 matchs au début de la saison.
 


 
Bautin est ensuite devenu assez globe-trotter. Après sa saison 95-96 passée à Kansas City,  il joua deux saisons en Suède avec le Luleå HF, où il mena la ligue pour les minutes de pénalité en 1996-97, une saison en Russie avec le Ak Bars Kazan, et ensuite une en Allemagne (Ice Tigers de Nurnberg). Il joua ensuite deux saisons au Japon (JIHL) avant de revenir terminer sa carrière dans sa patrie avec le Metallurg Manitogorsk et finalement une dernière saison en deuxième division avec le Krylia Sovetov de Moscou.

Après avoir pris sa retraite, Bautin est retourné aux États-Unis pour entraîner des équipes de jeunes à Kansas City, là où il avait joué durant son séjour pour les Sharks. Il a plus tard entraîné au Colorado et de nouveau au Japon avant de rentrer chez lui. Bautin a été intronisé au Temple de la renommée du hockey russe en 2014.

Sergei Bautin s'est éteint la veille du jour de l'An à l'âge de 55 ans, après une longue lutte contre une maladie oncologique.

mardi 16 septembre 2025

Le hockey au Turkménistan



Malgré son statut d'ancienne république soviétique, le Turkménistan n’a jamais eu de tradition de hockey, son climat désertique rendant sa pratique impossible à l'état naturel. Situé au nord de l’Iran et de l’Afghanistan, la neige et les températures froides y sont très rares. En fait, il s'agissait à l'époque de la région la plus au sud de tout l'union soviétique. Selon mes recherches, aucun joueur de hockey de l'ancien union soviétique était d'origine Turkmène avant l'indépendance du pays en 1991.

Surtout reconnu pour les tristement célèbres «Portes de l'enfer», ce cratère de feu qui dure depuis 1971, le Turkménistan est également dirigé par un régime autoritaire et dynastique autour de la famille Berdymoukhamedov, sans opposition politique ni liberté de presse. L’État contrôle l’information et limite l’accès à Internet, mais se présente comme neutre et exploite ses ressources énergétiques pour entretenir des relations sélectives avec l’étranger. 

Le pays serait même plus oppressif que la Corée du Nord, auquel il est souvent comparé. Et comme cette dernière, les dirigeants du Turkmenistan ont cultivé un culte de la personnalité et imposé des mesures drastiques et extravagantes. Par exemple, l'ancien président Saparmurat Niyazov (1991 à 2006) avait rebaptisé les mois et les jours, interdit les barbes longues et fermé les hôpitaux et bibliothèques rurales. Son successeur, Gurbanguly Berdymoukhamedov, a ensuite annulé certaines de ces mesures mais poursuivit dans le culte de personnalité, interdisant par exemple les voitures de couleurs, ce qui fait qu'aujourd'hui, l'entièreté des voitures citoyennes du pays sont blanches... 

Donc, comment un pays désertique et oppressé comme le Turkménistan est parvenu à avoir du hockey? 

Et bien, avant sa mort en 2006, Niyazov avait fait construire la première patinoire de l'histoire du pays dans le désert Kopet Dag, situé à la frontière avec l'Iran. Après sa mort, son successeur entreprit ensuite la construction d'une deuxième patinoire, plus grande et extravagante, dans la capitale d'Achgabat. D'une capacité de 10,000 sièges, le «Winter sports Complex» d'Achgabat est un des plus gros amphithéâtres de toute l'Eurasie, à l'exception de ceux qu'on retrouve à Moscou ou St.Petersbourg. Un troisième aréna de seulement 630 places a par la suite été construit en 2014, toujours à Achgabat.

L'ancien président Gurbanguly Berdymoukhamedov

Construire un aréna hyper moderne était déjà ambitieux et quelque peu mal avisé pour un pays qui se classe dans les pires espérances de vie et niveaux de santé, en dehors du continent africain. Mais qu'à cela ne tienne, Berdymoukhamedov voulait que son pays se distingue au hockey international. Comme il n'y avait qu'une ou deux équipes informelles à travers le pays, il ordonna en 2012 la création d'équipes au sein de son gouvernement et ses institutions, afin de donner l'exemple. On vit donc apparaitre des équipes sponsorisées par différents ministères comme le ministère de l'industrie, le ministère des relations économiques et le ministère de la défense entre autres.

Le premier championnat national apparut ensuite en 2013, et fut remporté par le Galkan HC (Ministère des affaires internes) qui a remporté par la suite toutes les éditions suivantes. 

 

Le Turkménistan joignit ensuite les rangs de la IIHF en 2015 et participa à son premier tournoi international en 2017 lors des jeux d'hiver d'asie au Japon. Il termina alors en 11e place du tournoi, devant son voisin, le Kyrgystan, et les Philippines. 

Le pays entra ensuite dans le classement du championnat mondial en 2018, parvenant à se classer en 3e division-A. 

Les divisions du championnat du monde sont en fait très compliquées en dehors de la division élite que l'on connait davantage ici (Canada, USA, Suède, Etc). En dehors de ces 16 nations élite, les pays suivants se disputent les divisions I, IA, IIA, IIB, IIIA, IIIB et IV. 

Le Turkménistan n'est pas encore en voie de devenir une puissance mondiale comme le voulait Berdymukhamedov. Le Turkménistan se retrouve actuellement au 44e rang mondial sur 60. Il s'agit somme toute d'un bon résultat pour un pays au programme et à la tradition encore très jeune. Par exemple, des pays ayant des programmes plus vieux comme la Turquie (1991) et l'Arménie (1999) ne sont jamais allé plus loin que le fond de la division IIIB. Le programme a sans doute été grandement aidé par le parainage du double champion de la coupe Stanley Sergei Nemchinov, qui vint consulter au Turkménistan en 2020, mais qui semble ne pas y être retourné par la suite...

On verra ce qui adviendra pour la suite. Est-ce que le hockey peut y progresser naturellement sans l'influence forcée du régime en place? Qu'adviendrait-il en cas de changement de régime? 

Je vous laisse sur cet extrait le plus célèbre de la courte histoire du hockey turkmène, soit lors du mois de février dernier lorsqu'une mêlée générale éclata entre le Turkménistan et l'équipe de Hong Kong aux plus récents jeux asiatiques. 4 joueurs turkmènes ont été suspendus à la suite de ces incidents qui eurent lieu durant la poignée de main après le match remporté 5-1 par Hong Kong.

 

En 2022, Gurbanguly Berdymoukhamedov passa les rênes de son parti à son fils Serdar qui fut élu aux élections avec 73% des voix le mois suivant dans une élection qui fut grandement reconnue comme truquée.

jeudi 1 février 2024

Joueur oublié des 90's #88 - Yuri Khmylev






Beaucoup de joueurs de cette série ont la distinction d'être «oublié» principalement par le fait qu'ils étaient originaires de la Russie. Lors de la tombée du rideau de fer, un vaste nouveau bassin de joueurs était désormais ouvert aux recruteurs de la LNH. Mais contrairement aux autres pays, on avait alors accès à des joueurs de tous âges, et pas seulement des espoirs de 18 ans. On pouvait alors prendre des chances au repêchage en sélectionnant des joueurs plus âgés et établis en Russie plutôt qu'un jeune nord-américain. Il y avait même certains joueurs russes qui venaient faire leurs preuves dans les mineures afin de se faire découvrir plus facilement par les recruteurs nord-américains, surtout dans l'ancienne IHL. De nombreux «coups de dé» du genre arrivèrent donc en scène dans la LNH durant les années 90 et bien qu'on retrouvait de bons soldats qui comblèrent les besoins de plusieurs équipes, il s'agissait très souvent d'«étoiles filantes» alors que plusieurs d'entre eux étaient déjà trop vieux ou ne cadraient pas dans le système nord-américain.

Cela fait en sorte que j'ai discuté de pas mal d'entre eux comme Nikolai Borschevsky, Alexander Semak, Dmitri Kvartalnov, Vladimir Tsyplakov et Anatoli Semenov

Et en voici un autre bel exemple dans le genre, Yuri Khmylev.

En prêt au CSKA Moscou
pour la Super Series 1990-91

Né à Moscou le 9 août 1964, Yuri Alexeyevich Khmylev (parfois épelé Khmylyov ou Khmyliov) débuta dans le système moscovite dès la saison 1980-81 avec le Krylya Sovetov, les «Soviet Wings» ou «Ailes Rouges» si vous préférez. 
 
Il passera 11 saisons avec le club, dont plusieurs comme ailier principal de Sergei Nemchinov, joueur qui connaîtra également du succès dans la LNH. Ce n'est qu'en 1992, alors qu'il était âgé de 27 ans, qu'une équipe de la LNH décida de sélectionner Khmylev lorsque les Sabres en firent leur choix de 5e ronde (108e au total). Khmylev s'était auparavant attiré de l'attention lors des «Super Series», ces tournois entre quelques clubs soviétiques et de la LNH qui eurent lieu durant trois saisons au tournant des années 90. 
 
Il s'était également distingué aux Olympiques de 1992 avec 10 points en 8 matchs durant ce tournoi où l'équipe unifiée remporta l'or. 

Il débuta immédiatement avec les Sabres en 1992-93 et s'en sortit bien avec 20 buts et 19 passes en 68 matchs et ensuite 7 points en 8 matchs en séries. Sa saison 93-94 fut encore meilleure avec 27 buts et 31 passes pour un sommet en carrière de 58 points. 
 
Ce furent cependant ses deux seules bonnes saisons. Au retour du lock-out de 1994, il obtint un raisonnable 25 points en 48 matchs mais ensuite seulement 28 points en 66 matchs en 1995-96. Il faut dire qu'il obtenait auparavant la plupart de ses points en évoluant avec Pat LaFontaine et Alexander Mogilny, ayant comme principale tâche d'assurer l'aspect plus défensif de ce trio. Lorsque ces derniers furent respectivement blessé et échangé, la production de Khmylev diminua inévitablement. Les Sabres devenaient également de plus en plus une machine défensive avec l'émergence de Dominik Hasek dans les buts.





Voulant rajeunir l'équipe, la direction décida d'échanger Khmylev aux Blues de St.Louis en mars 1996. Ce fut d'ailleurs tout un vol de la part des Sabres. En retour de seulement Khmylev et un choix de 8e ronde en 1996 qui n'aboutit à rien, les Sabres reçurent le robuste défenseur Jean-Luc Grand-Pierre, un choix de 2e ronde en 1996 qui devint Cory Sarich et surtout un choix de 3e ronde en 1997 qui devint nul autre que Maxim Afinogenov. 
 
Grand-Pierre et Sarich ne joueront qu'une poignée de matchs avec les Sabres avant de jouer plusieurs saisons dans d'autres clubs mais c'est avec Afinogenov que les Sabres remportèrent haut la main cet échange alors que ce dernier récolta plus de 300 points avec l'équipe tandis que Khmylev fut un flop total à St.Louis. Il termina cette saison 95-96 avec les Blues, ne jouant que 7 matchs et récoltant une seule passe, avec ensuite 2 points en 6 matchs en séries. Après seulement deux autres matchs au début de la saison 96-97, les Blues le libérèrent.

 


Après quelques semaines d'inactivité, Khmylev obtint en novembre un contrat de 25 matchs avec les Rafales de Québec dans la IHL, espérant profiter de l'occasion pour revenir dans la LNH avec un autre club avant la fin de la saison. Après 15 matchs décevants où il n'obtint qu'un seul but et 7 passes, le club procéda à un échange interligue (une chose rare) en l'envoyant aux Bulldogs d'Hamilton dans la ligue américaine en retour de l'ancien membre du Canadien Jesse Bélanger. Propriété des Oilers à ce moment, Bélanger apportera beaucoup aux Rafales avec 62 points en 47 matchs dont 32 buts. 
 
Pour sa part Khmylev ne récolta que 24 points en 52 matchs à Hamilton, et ne retourna plus jamais dans la LNH. Il opta ensuite de jouer une saison en Suisse en 1997-98 avec le HC Fribourg-Gotteron et par la suite un bref retour dans la AHL en 98-99 avec les Maple Leafs de St.John's où il termina finalement sa carrière.

Après sa retraite, il revint dans le giron de son ancienne équipe en devenant dépisteur en Russie pour les Sabres. Il occupa ces fonctions jusqu'en 2017 lorsqu'il fut renvoyé suite à une réorganisation majeure chez les Sabres. Il s'occupe présentement ces mêmes fonctions en Russie pour le compte des Kings de Los Angeles.

En 263 matchs dans la LNH, sa fiche fut de 64 buts et 88 passes pour 152 points.

En 429 matchs dans la ligue soviétique, sa fiche fut de 159 buts et 113 passes pour 272 points.

Sources:
Former Sabres player and scout Yuri Khmylev still has fond memories of Buffalo, The Athletic, 13 mai 2020
Khmylev garde un oeil sur la LNH, Le Soleil, 20 novembre 1996
Bélanger à la rescousse, Le Soleil, 18 décembre 1996
Bélanger heureux, Le Soleil, 19 décembre 1996




lundi 22 janvier 2024

Joueur oublié des 90's #87 - German Titov

 

 



German Mikhailovich Titov
est né le 16 octobre 1965 à Borovsk, une petite ville au sud de Moscou. Il évoluera dans le hockey professionnel russe et nord-américain pendant une vingtaine d'années.

L'autre Gherman Titov
Il n'est pas à confondre avec son homonyme Gherman Titov (avec un H). Ce dernier fut le deuxième homme après Yuri Gagarin à être lancé en orbite autour de la terre. Il accomplit ce fait en 1961, à l'âge de 26 ans, ce qui en fit le plus jeune de l'histoire à aller dans l'espace jusqu'en 2021. S'il était le deuxième après Gagarine, Titov y est par contre allé beaucoup plus souvent, et il fut le premier à y passer plus d'une journée. 

Son périple permit entre autres de prouver que l'humain pouvait travailler et opérer dans l'espace. Il fut également le premier à filmer et photographier la terre de l'espace, le premier à y dormir et aussi le premier à subir des symptômes de désorientation et de «mal de l'espace», et par conséquent le premier à vomir dans l'espace...

Donc pour récapituler, German Titov, le joueur de hockey oublié des années 90, n'est pas à confondre avec Gherman Titov, astronaute oublié des années 60...



Notre Titov débuta son parcours en Russie avec le Khimik Voskresensk à l'âge de 17 ans seulement, lors de la saison 1982-83. Il quitta toutefois le hockey pendant trois ans, pour être stationné exclusivement dans l'armée russe comme chauffeur de tank. Il revint toutefois avec le Khimik en 1986 et y joua durant 6 saisons. Ce club était cependant très médiocre et Titov n'eut jamais vraiment la chance de s'y faire valoir. Il faut dire que la Superligue Russe des années 80 était composée aux 3/4 de clubs de deuxième ordre, étant outrageusement dominé par le CSKA Moscou qui ne laissait que quelques miettes aux autres équipes.

Mais le rideau de fer étant désormais tombé, Titov profita de l'occasion pour quitter la Russie et évoluer avec le TPS Turku en Finlande pour la saison 1992-93. Il termina premier marqueur du club avec 25 buts en 47 matchs et les mena au championnat national de 1993. Lors de la même saison, il aida la Russie à remporter l'or au championnat du monde. Tout cela le mit finalement sur le radar des recruteurs de la LNH et ce sont les Flames de Calgary qui prirent le pari de le repêcher sur le tard en 10e ronde (252e au total) du repêchage de 1993.

Titov gradua immédiatement avec les Flames en 1993-94, et connut une très bonne saison recrue avec 27 buts et 18 passes pour 45 points en 76 matchs. Il retourna brièvement avec le TPS Turku lors de l'arrêt des activités dans la LNH, et revint avec 12 buts et 12 passes en 40 matchs lors de la reprise.



 

Il connut sa meilleure saison en 1995-96 avec 28 buts et 39 passes pour 67 points, soit le deuxième rang des pointeurs de l'équipe après Theoren Fleury. Les Flames n'étaient alors plus vraiment une équipe avec beaucoup de mordant, ayant perdu de nombreuses vedettes au cours des années et n'ayant que très peu pour les remplacer. Titov était dans ce très peu, mais après sa bonne saison 95-96, sa production déclina lors des deux années suivantes, tombant de 67 à 52 points et ensuite seulement 40 points en 1997-98. Et durant cette saison 97-98, de nombreuses rumeurs d'échange circulèrent à son endroit, notamment vers Montréal qui aurait été à ses trousses pendant plusieurs mois. 

Au final, l'échange qui se matérialisa entre les deux équipes fut celui envoyant Valeri Bure à Calgary en retour de Jonas Hoglund et Zarley Zalapski. Réjean Houle voulait apparemment Titov au lieu de Hoglund et c'est l'ajout de Zalapski qui vint finalement le convaincre.

Mais finalement les Flames se départirent aussi de Titov, qui prit le chemin de Pittsburgh durant l'été 98. Titov, en compagnie de Todd Hlushko, devinrent des membres des Penguins, en retour du gardien Ken Wregget et David Roche. 

Titov connut d'abord une saison de 56 points à Pittsburgh en 98-99, jouant principalement avec Jaromir Jagr. Il fut toutefois échangé aux Oilers vers la fin de la saison suivante, en retour de Josef Beranek. Il termina cette saison 99-00 comme joueur de location pour les Oilers en séries, et signa ensuite comme agent libre avec les Mighty Ducks. Il n'était plus alors qu'un attaquant secondaire, voire tertiaire, récoltant seulement 20 points en 71 matchs en 2000-01 et ensuite 27 points en 2001-02, sa dernière saison dans la LNH.



Après une saison sabbatique en 2002-03, il revint au jeu dans son pays natal avec son ancienne équipe, le Khimik Voskresensk, où il joua deux saisons avant de prendre sa véritable retraite.

Il devint en 2013 l'entraîneur-chef du Mettalurg Novokuznetsk, ensuite du Spartak Moscou, du Avangard Omsk et du Traktor Chelyabinsk. Il est présentement entraîneur junior avec le SKA-Yunior Krasnogors.

En 624 matchs dans la LNH, sa fiche fut de 157 buts, 220 passes pour 377 points.

Pour sa part, Gherman Titov mourut en 2000 à l'âge de 65 ans. Il fut décoré de plusieurs honneurs, dont la médaille de héros de l'union soviétique, l'ordre de Lénine et l'ordre du Drapeau rouge du travail.

Sources:
Titov ne serait pas disponible, La Presse, 31 décembre 1997

samedi 7 octobre 2023

Joueur oublié des 90's #83 - Igor Kravchuk




Lorsqu'il fut repêché par les Blackhawks de Chicago en 1991 au 71e rang, Igor Aleksandrovich Kravchuk avait 25 ans et était déjà un défenseur accompli au sein de la première ligue russe et sur la scène internationale. Il est d'ailleurs malgré lui un personnage faisant partie à jamais du folklore du hockey canadien alors qu'il était le seul défenseur tentant d'empêcher la fameuse montée à 3 contre 1 de Mario Lemieux, Wayne Gretzky et Larry Murphy lors du célèbre but gagnant du #66 lors de la Coupe Canada de 1987.

Né le 13 septembre 1966 à Ufa, Kravchuk débuta sa formation avec le club local, le Ufa Salavat Yulayev, en 1982 à l'âge de seulement 16 ans. Il fut plus tard acquis par le puissant club du CSKA Moscou en 1987, en vue des Olympiques de Calgary, où il remporta la médaille d'or avec le puissant club soviétique.



Il retarda son entrée dans la LNH afin de participer de nouveau aux Olympiques en 1992, tournoi qui se solda de nouveau par une médaille d'or pour l'équipe soviétique, cette fois connue sous le nom d'«Équipe unifiée» en raison des bouleversements politiques de l'époque. 

Avec une fiche de 3 buts et 2 passes en 8 matchs, Kravchuk fut également élu au sein l'équipe d'étoiles du tournoi. 

Une fois les jeux terminés, il mit le cap sur Chicago pour faire ses débuts dans la grande ligue en cette fin de saison 1991-92. Il marqua lors de son premier match avec les Blackhawks et termina cette saison avec 1 buts et 8 passes en 18 matchs, en plus de 8 points en 18 matchs en séries où les Blackhawks se rendirent en finale contre les Penguins. Les Blackhawks semblaient alors avoir dégoté un pas pire défenseur.



Cependant, durant la saison suivante se présenta aux Blackhawks la chance d'obtenir l'attaquant Joe Murphy des Oilers d'Edmonton, auteur d'une saison de 82 points la saison précédente. En grève depuis le début de la campagne, Murphy passa finalement aux Blackhawks en février 1993 en retour de Kravchuk et de l'attaquant Dean McAmmond. Kravchuk termina cette saison 92-93 avec une fiche de 27 points en 55 matchs partagés entre Edmonton et Chicago, en plus d'être blessé plusieurs semaines.

Kravchuk fit très bien à Edmonton, connaissant son sommet en carrière en 93-94 avec 12 buts et 38 passes pour 50 points au sein du faible club des Oilers où il devint brièvement leur meilleur défenseur. 

Il joua une autre demi-saison complète avec les Oilers en 1995 avant d'être échangé de nouveau, cette fois aux Blues en janvier 1996 lors d'un échange multi-défenseurs. En plus de Kravchuk, les Blues obtinrent le défenseur Ken Sutton. En retour, ils cédèrent Jeff Norton et Donald Dufresne.

Après deux saisons de 34 et 35 points respectivement, Kravchuk fut de nouveau utilisé comme monnaie d'échange, cette fois lors d'un échange avec les Senators d'Ottawa, alors qu'il fut échangé un contre un en retour de Steve Duchesne durant l'été 1997.

À Ottawa, Kravchuk eut de la difficulté à remplir les patins du plus populaire et plus offensif Steve Duchesne. Mais au final, l'échange porta fruit alors que Kravchuk était plus fiable défensivement et les Senators eurent une meilleure fiche que l'année précédente. 

Pour couronner le tout, la petite équipe qui termina au 8e rang parvint à causer la surprise en première ronde en éliminant les Devils. Kravchuk marqua le but d'assurance lors du dernier match de cette série, officialisant la première série remportée dans l'histoire du club.



Durant cette même saison 1997-98, Kravchuk put participer de nouveau au tournoi olympique, ses troisièmes jeux en carrière. Il est d'ailleurs le seul de l'histoire à avoir représenté son pays sous trois incarnations différentes. Il le fit sous le drapeau de l'Union Soviétique en 1988, de l'«Équipe Unifiée» en 1992 et finalement sous celui de la Russie en 1998. Ce fut cette fois une médaille d'argent pour Kravchuk et les Russes.

Kravchuk joua deux autres saisons complètes à Ottawa mais ses statistiques baissèrent d'année en année. Afin de couper dans leur masse salariale, les Sénateurs le placèrent au ballotage en novembre 2000. Il fut alors réclamé par sa troisième équipe canadienne, les Flames de Calgary.

Kravchuk joua une saison supplémentaire à Calgary, avant d'être libéré durant l'été 2002. Il ne refit pas surface avant le mois de mars 2003, lorsqu'il fut engagé comme agent libre par les Panthers pour la fin de la saison. Ce furent alors ses 7 derniers matchs en carrière avant de prendre sa retraite.

En 699 matchs dans la LNH, sa fiche fut de 64 buts et 210 passes pour 274 points.

Depuis sa retraite, il a été entraîneur ou adjoint à plusieurs niveaux, dont le niveau junior russe ainsi que quelques équipes en KHL. Il devint en 2018-19 entraîneur-chef des Lions de Lac-St-Louis au niveau Bantam AAA québécois, là où évoluait son fils Roman Kravchuk. Son autre fils Chris avait également évolué au Québec dans le passé, dont brièvement avec le Drakkar de Baie-Comeau. 

Igor est présentement entraîneur-adjoint de son ancien club, le CSKA Moscou.





vendredi 8 septembre 2023

Joueur oublié des 90's #82 - Vitali Yachmenev




Né le 8 janvier 1975 à Chelyabinsk en Russie, Vitali Aleksandrovich Yachmenev décida en 1993 de profiter du nouveau climat politique et de quitter la Russie et son système de hockey pour aller continuer son développement avec les Centennials de North Bay dans la OHL. Malgré la difficulté de s'adapter à ce nouvel environnement, en plus du fait que ses parents s'opposaient à sa décision ainsi que de le suivre, Yachmenev connut une première saison junior du tonnerre à North Bay en 1993-94, terminant avec le titre de recrue de l'année de la OHL et de la CHL grâce à une récolte de 113 points en plus de mener la OHL avec 61 buts et aider les Centennials à remporter le championnat de la ligue.

En plus de devenir un favori local à North Bay, Yachmenev attira aussi l'attention de sa nouvelle communauté lorsqu'il stoppa un voleur s'étant introduit dans la maison de la famille qui l'hébergeait. Le voleur s'enfuit dans la rue mais Yachmenev parvint à le rattraper et le forcer à ramener les objets volés.

Nouvellement nommé comme DG des Kings de Los Angeles, Sam McMaster avait vu Yachmenev de nombreuses fois en action alors qu'il était auparavant le DG des Wolves de Sudbury, le principal adversaire géographique et ennemi naturel des Centennials. L'ayant vu marquer de nombreux buts dévastateurs contre eux, il profita du repêchage de 1994 pour sélectionner Yachmenev en 3e ronde (59e au total) pour les Kings.

Après une autre bonne saison junior en 1994-95 (53 buts, 52 passes, 105 pts), il fit directement le saut avec les Kings en 1995-96 et le nouvel entraîneur des Kings Larry Robinson l'inséra directement sur la première ligne avec nul autre que Wayne Gretzky et Dmitri Khristich. 

Comme de nombreux autres ailiers avant lui au cours des 15 saisons précédentes, Yachmenev eut du succès immédiatement en jouant avec la merveille. Il obtint d'abord 2 buts à son premier match, lors d'une victoire contre les champions en titre, l'Avalanche. Il termina le mois d'octobre avec 12 points en 11 matchs et fut nommé comme recrue du mois dans la LNH. Les Kings, sous Robinson, semblaient être une équipe revigorée et de retour sur la bonne voie, après deux saisons décevantes hors des séries depuis la finale de 1993. Gretzky était lui aussi revigoré d'enthousiasme avec ce bon début de saison des Kings qui avaient alors une fiche de 10-5-5 à la mi-novembre.

Apprécions donc ensemble une pause vidéo avec du Vintage Gretzky...






(Note à moi-même, me renseigner sur cet intriguant Tsygurov #3)


Cependant, les Kings s'écroulèrent rapidement par la suite, eux qui étaient principalement privés du défenseur Rob Blake pour la saison entière, et il ne gagnèrent que 8 des 44 matchs suivants. Durant cette glissade, Gretzky demanda finalement à être échangé, ce qui arriva le 27 février 1996 lorsqu'il passa aux Blues de St.Louis. Durant le restant de la saison, les Kings tournèrent définitivement la page sur l'ère Gretzky en procédant à une vente de feu, se départissant de nombreux joueurs vedettes de longue date comme l'éternel bras droit du #99 Jari Kurri, Marty McSorley en plus de Rick Tocchet et Darryl Sydor. 

Yachmenev ne put également garder sa bonne cadence durant cette descente aux enfers des Kings, mais termina quand même cette première saison avec une fiche respectable de 19 buts et 34 passes pour 53 points en 80 matchs, bon pour le 3e rang des pointeurs des Kings derrière Gretzky (81 points en 62 matchs) et Khristich. Ce fut toutefois sa meilleure saison en carrière. N'ayant plus l'apport d'un Gretzky, sa production baissa à 32 points la saison suivante en plus d'être blessé pour une vingtaine de matchs. Il fut notemment déclassé par d'autres jeunes joueurs des Kings faisant partie de cette série comme Jozef Stumpel et Vladimir Tsyplakov

Il fut ensuite recalé dans les mineures en 1997-98, pour finalement être largué aux nouveaux Predators de Nashville pour la saison suivante en retour de considérations futures.


Yachmenev joua cinq saisons à Nashville, ne s'approchant jamais de sa production recrue mais parvint tout de même à gagner le cœur des fans de Nashville par son énergie et son ardeur au jeu. Malgré sa petite stature, il avait du muscle et gagnait souvent ses batailles en échec avant et amassait sa part de buts dans la dizaine presque à chaque saison. Sa meilleure saison à Nashville fut celle de 2000-01 avec 15 buts et 19 passes.

Il fut toutefois libéré par les Preds après la saison 2002-03 et il opta de retourner en Russie où il joua 10 autres saisons avec quelques clubs avant de prendre sa retraite, remportant au passage la coupe Spengler en 2009 à titre de capitaine avec le Dynamo de Moscou.

Il devint ensuite assistant-coach avec le club de son patelin, le Traktor Chelyabinsk et ensuite le Salavat Yulaev Ufa. Il effectue cependant cette saison un retour à North Bay, où il avait toujours possédé une résidence secondaire, à titre d'assistant des Trappers de North Bay au niveau U18AAA.

En 487 matchs dans la LNH, sa fiche fut de 83 buts et 133 passes pour 216 points.

 

Sources:
Yachmenev making all the right moves, Baytoday.com, 16 avril 2005
Los Angeles Kings: 5 Most Painful Moments Ever, Bleacher Report, 9 août 2012
Greatest Hockey Legends
Yachmenev and Blanchard to guide U18 Trappers this season, Baytoday.com, 18 mai 2023

mercredi 14 juin 2023

La famille Staline et le hockey




 

Vasily Iosifovich Staline est né le 21 mars 1921 à Moscou, un an avant que son célèbre père, Joseph Staline, ne devienne le successeur de Vladimir Lénine à la tête de l'URSS. Il était le deuxième enfant de Joseph, et premier de son deuxième mariage. 

Son enfance fut difficile alors qu'il fut largement ignoré par le père et même la mère, Nadezhda Alliluyeva, qui refusait de se soumettre aux ordres de Joseph de rester à la maison pour s'occuper des enfants. Vasily fut donc élevé principalement par des bonnes et des gardes du corps. En 1932, après une dispute entre les deux parents, Nadezhda fut retrouvée morte, s'étant suicidée par arme à feu. Les enfants Staline, soit Vasily et sa soeur Svetlana, furent induits en erreur pendant 10 ans avant de savoir la vérité sur la mort de leur mère, croyant jusque là qu'elle était morte d'une appendicite. La mort de sa mère eut un profond impact sur Vasily, qui commença à boire abondamment dès l'âge de 13 ans et qui ne vit que très rarement son père par la suite, lui qui le trouvait indigne.

Élève moyen sinon médiocre et turbulent à l'école, Vasily débuta son service militaire à 17 ans et commença à servir au front en août 1941 sous le nom de famille de Ivanov, pour dissimuler son identité. Mais ses supérieurs, voulant attirer la faveur du père, l'envoyèrent rarement au combat et lui donnèrent des promotions rapides et probablement non-méritées. Il abattit toutefois au moins 2 avions au combat. Il devint à 24 ans le plus jeune majeur-général de l'Armée rouge. 
 

Après la deuxième guerre mondiale, il commença à cultiver un intérêt pour le sport, particulièrement le hockey. Il participa à la création d'une équipe pour représenter les forces aériennes russes, le VVS Moscou, dont il devint président et directeur-général.
 
Logo du VVS Moscou
L'équipe débuta dans la ligue de championnat de Russie dès la saison 1946-47, première saison de l'histoire de la ligue. Anatoly Tarasov, surnommé le «père du hockey Russe» et futur créateur de la puissante équipe nationale de Russie, y débuta sa carrière comme joueur-entraîneur. 
 
Mais après une seule saison, Tarasov se disputa avec Vasily Staline et quitta l'équipe pour aller fonder le légendaire club du CSKA Moscou, qui deviendra le principal rival du VVS. 
 
Ces deux équipes représentant l'armée russe se livreront alors leur propre guerre interne de recrutement (parfois forcé) et de pillage de joueurs des autres clubs de la ligue. Vasily utilisa particulièrement son influence et son prestige pour parvenir à ses fins, comme par exemple le recrutement entier du premier trio d'un autre rival, le Spartak Moscou, au début de la saison 1948-49.

Lors de la saison 1949-50, Stalin continua son recrutement agressif en soutirant un joueur du nom de Viktor Shuvalov, joueur vedette du faible club du Dzerzhinets Chelyabinsk, en plus de celui qui était considéré comme le meilleur gardien de la ligue, le letton Harijs Mellups, qui venait de remporter le titre de gardien de l'année lors des trois saisons précédentes avec le Dinamo de Riga.
 
Vsevolod Bobrov avec le VVS Moscou

 
Mais le meilleur coup de Staline fut envers le CSKA en leur soutirant Vsevolod Bobrov, celui qui est considéré comme la première supervedette du hockey russe, et qui était d'ailleurs aussi une vedette au bandy et au soccer. Bobrov termina sa carrière avec 254 buts en 130 matchs, et fut plus tard comparé à Wayne Gretzky par Tarasov lui-même. Cependant, Bobrov était en froid avec ce dernier à cause de son jeu défensif, et accepta avec joie de joindre le VVS. Il deviendra un grand ami de Vasily Staline, qui organisait apparemment de grandes beuveries extravagantes en honneur de son joueur vedette après chaque match. 
 
Un film biographique fut même réalisé à partir de cette histoire en 1991, intitulé «Mon meilleur ami, le général Vassili, fils de Joseph», que je vous inclus intégralement ici parce que je l'ai trouvé sur YouTube... Je comprends rien de l'histoire mais ça a un peu l'air d'un «Lance et Compte» russe...



Bobrov deviendra joueur-entraîneur durant cette saison 1949-50 suite au renvoi de l'entraîneur précédent après quelques matchs. La puissante équipe de Staline avait donc en vue de remporter son premier championnat et de freiner la domination du CSKA, champion lors des deux années précédentes.

Cependant, le sort en fut tout autrement. Le 7 janvier 1950, l'équipe prit l'avion pour un match à Chelyabinsk. Les conditions météo étaient très mauvaises et l'avion dut plutôt tenter d’atterrir dans la ville voisine de Sverdlovsk (aujourd'hui Ekaterinbourg). L'entreprise échoua toutefois, et l'avion s'écrasa, tuant l'entièreté des 19 passagers à bord dont 11 joueurs du VVS, ainsi que le docteur et le massothérapeute de l'équipe. Trois joueurs éviteront toutefois la mort; Bobrov, Shuvalov et le défenseur Alexander Vinogradov. Ce dernier était suspendu pour s'être battu, tandis que Shuvalov avait été ordonné de ne pas jouer ce match contre Chelyabinsk par Staline lui-même qui voulait éviter les représailles violentes de la part des fans de l'ancienne vedette locale. L'équipe avait auparavant subi des représailles du genre après le vol du premier trio du Spartak l'année précédente. Bobrov pour sa part, aurait manqué le vol car il s'était réveillé trop tard et n'avait pas entendu son alarme. Il était en voyage en train lors de ces événements...

Parmi les joueurs décédés, on trouvait ce premier trio d'ex-Spartak discuté précédemment, qui était constitué de Ivan Novikov, Zdenek Zigmund, ainsi que Yuri Tarasov, qui était le frère du célèbre Anatoly. Le gardien Mallups fut lui aussi parmi les victimes, lui qui n'avait que 23 ans et qui était devenu père la semaine précédente et qui n'aura jamais pu voir son fils. Il recevra un autre titre de gardien de l'année, cette fois malheureusement à titre posthume.




Comme on était en pleine ère de communisme stalinien, le jeune Staline voulut complètement étouffer l'affaire, ne voulant pas que son père et le public soient au courant. Aucune mention de l'écrasement ne fut publiée dans la presse, les familles des joueurs furent laissés dans l'ignorance et les corps furent enterrés à la va-vite dans une fausse commune près du lieu de l'écrasement.

Et ne voulant pas que s'ébruite la disparition de ses joueurs manquants, Staline reconstruisit rapidement son équipe et parvint malgré tout à lui faire jouer ce match contre Chelyabinsk et le reste de la saison en remplaçant la majorité des joueurs décédés par des joueurs au même nom de famille...
 
Donc, lors de ce qu'on pourrait appeler un repêchage d'expansion digne de la «Twilight Zone», Staline trouva apparemment d'autres joueurs aux noms de Novikov, Zigmund, Tarasov, Moissev, etc...  
 
Pavel Zhiburtovich
Même que l'attaquant Yuriy Zhiburtovich fut remplacé par son frère, Pavel Zhiburtovich... qui ignorait probablement le sort de son frère. 
 
Il n'y avait cependant pas que des «faux joueurs» désormais avec le VVS alors qu'un des remplaçants à la défense pour l'équipe fut une autre figure légendaire du hockey russe, soit Viktor Tikhonov, futur entraîneur de l'équipe nationale et du CSKA. J'ignore toutefois si Tikhonov remplaça un autre joueur avec son véritable nom ou un nom «d'emprunt»...
 
Avec cette équipe «reconstituée» mais toujours puissante avec l'apport (et surtout présence divine) de Bobrov et Shuvalov, le VVS Moscou remporta ce match contre Chelyabinsk par la marque de 8-3. Pour éviter des soupçons supplémentaires ou pour se protéger, Staline ordonna aux annonceurs et à la presse de ne publier le sommaire qu'avec seulement les noms de famille des joueurs, sans prénom. Apparemment que Staline père n'a effectivement jamais eu bruit de cet écrasement.
 
La saison s'achevait toutefois et le VVS termina avec une fiche de 16-5-1 en 22 matchs, bon pour le 4e rang de la ligue, baissant de nouveau pavillon contre le CSKA qui termina au premier rang. Staline et le VVS Moscou se relevèrent toutefois de cette saison mouvementée avec la dominance de son premier trio toujours composé de Bobrov, Shavalov ainsi que Yevgeny Babich, un autre joueur vedette soutiré du CSKA et ami de Bobrov. Staline régla également le trou laissé dans les buts avec la mort de Mallups en volant de nouveau le CSKA avec le recrutement de Grigory Mkrtychan.
 
Bobrov termina cette saison 1950-51 avec 43 buts en 15 matchs (!) et le VVS Moscou remporta le premier championnat de son histoire, ainsi que les deux saisons suivantes.
 



Cependant, après ces trois championnats consécutifs, Joseph Staline subit une hémorragie cérébrale et mourut 4 jours plus tard, le 5 mars 1953. Il fut aussi spéculé qu'il aurait été empoisonné par des membres de son équipe politique, une thèse hautement secondée par Vasily lui-même, qui lors d'un épisode de rage et d'état d'ébritété avancé, aurait insulté les docteurs et les officiels présents. Il arrêta aussitôt ses fonctions au sein du VVS qui fut ensuite dissout et intégré au CSKA suite à l'arrivée du successeur de Staline, Nikita Khrouchtchev, et le début de la «déstalinisation». 
 
Ne pouvant plus profiter de la protection que son nom de famille lui avait jusque-là procurée, Vasily fut forcé de se retirer de l'armée russe et il fut peu après arrêté le 28 avril 1953 suite à une visite au restaurant avec des diplomates étrangers. Il fut accusé de propagande anti-soviétique et condamné à 8 ans de prison, qu'il servit sous le nom de Vasily Pavlovich Vasilyev pour éviter toute tentative de représailles contre lui. Ayant pitié de lui, Khrouchtchev le libéra en 1960 et lui rendit ses médailles militaires. Il mourut toutefois dans un certain anonymat assombri d’un profond alcoolisme le 19 mars 1962, 5 jours avant son 42e anniversaire.

Après la dissolution du VVS Moscou, Vsevolod Bobrov rejoignit les rangs du CSKA en compagnie de Shavalov et Babich qui continuèrent leur dominance du hockey soviétique. Les trois firent d'ailleurs partie de l'équipe nationale aux Olympiques de 1956, avec Bobrov comme capitaine, et ramenèrent la première médaille d'or olympique de la Russie de ce tournoi, commençant officiellement la domination russe à l'échelle internationale. Bobrov mena le tournoi avec 9 buts.


Yevgeny Babich, Viktor Shuvalov et Vsevolod Bobrov


Après sa retraite comme joueur, Bobrov devint entraîneur-chef du Spartak Moscou et brièvement pour l'équipe nationale, notamment durant la Série du Siècle de 1972. Bobrov mourut en 1979 à l'âge de 56 ans et fut introduit au temple de la renommée du hockey international (IIHF) en 1997, soit lors de la première année de l'existence de ce temple.

En plus d'avoir été un des chanceux qui ont évité la mort lors de l'écrasement de 1950, Viktor Shuvalov vécut très longtemps, devenant le dernier joueur encore vivant de cette époque de l'émergence du hockey russe. Il mourut finalement en 2021 à l'âge de 97 ans, suite à des complications reliées à la Covid-19.

J'ignore quand et comment les familles des joueurs décédés lors de l'écrasement de 1950 furent mis au courant de ce secret et des manigances de Vasily Staline. Une plaque fut toutefois érigée en leur mémoire près du lieu de leur enterrement.



Une comédie du nom de «The death of Stalin» est sortie en 2017 où ces faits sont de nouveau relatés:


 

Conway's Russian Hockey Blog
Soviet Union ice hockey great Shuvalov dies at 97, Insidethegames.biz, 20 avril 2021
Eliteprospects.com


vendredi 5 mai 2023

Joueur oublié des 90's #77 - Alexei Yegorov



 


Né le 21 mai 1975 à Leningrad (aujourd'hui St-Petersbourg), le jeune Alexei Yurievich Yegorov était bien petit et chétif à la naissance, passant bien près de ne pas survivre. Il parvint toutefois à s'en tirer et devint un hockeyeur d'exception dès son plus jeune âge, jouant la majorité du temps au sein d'équipes aux joueurs plus vieux qu'il parvenait à mettre dans sa poche. 

Le jeune Yegorov était un enfant turbulent à l'école mais avait un bon cœur et était très populaire. Il parvient entre autres à faire adopter par sa mère un ami dont les parents sont décédés et il organise aussi des funérailles pour un chien desquels il réussit à faire assister toute son école au grand dam des professeurs impuissants. Pendant qu'il se développe dans les différents niveaux du club local, le SKA St-Petersbourg, Yegorov devient père à seulement 17 ans. Sa copine et lui entretiennent une relation difficile et mouvementée, les forçant à habiter séparément, ce qui mènera à ce que son fils Nikita soit majoritairement élevé par la mère d'Alexei.

Graduant au sein du SKA senior en 1992-93, où il évolue comme ailier droit, Yegorov a aussi des problèmes d'autorité avec son entraîneur, l'ancien joueur légendaire Boris Mikhailov, un entraîneur formé à la vieille école. Durant la saison 1994-95, les deux en viennent à un argument irréconciliable suite à quoi Mikhailov le libère de l'équipe. Ayant précédemment été repêché en 3e ronde du repêchage de 1994 par les Sharks, Yegorov quitte la Russie pour tenter sa chance en Amérique du Nord, terminant la saison avec le Fire de Fort Worth dans la Central Hockey League ou il récolte 14 points en 18 matchs. 

 

 


Il fait ses débuts dans l'organisation des Sharks en 1995-96 avec leur club-école de la IHL, les Blades de Kansas City. Il s'en sort admirablement bien avec une fiche de 31 buts et 25 passes en 65 matchs, ce qui lui vaut un rappel à San Jose en fin de saison. Durant ce court séjour de 9 matchs dans la grande ligue, il obtient 5 points dont 3 buts. Ces trois filets sont tous obtenus lors d'un match contre les Flames. Il est toutefois retourné à Kansas City après ce court essai.

L'année suivante, il migre dans la AHL avec les Thoroughblades du Kentucky ou il obtient 26 buts et 36 passes en 76 matchs. Il n'est rappelé que pour deux petits matchs avec les Sharks, récoltant une seule passe. Ce seront malheureusement ses derniers matchs dans la LNH. Il passe ensuite la saison 1997-98 exclusivement dans la AHL, obtenant 32 buts et 52 passes pour 84 points et participant au match des étoiles. Difficile de confirmer mais selon ce que j'ai lu, ce 84 points serait le record pour un joueur russe en une saison dans la AHL.

Cependant, les Sharks ne feront plus jamais appel à ses services. La haute direction des Sharks avait complètement changé de main et ils désiraient faire table rase sur la précédente recette d'employer une grosse majorité de joueurs européens, les entraîneurs précédents étant de toute manière très racistes envers eux. C'est un peu ce qui est arrivé à un autre joueur de cette série évoluant avec les Sharks, Jan Caloun (voir texte du 2 mars 2022).

Yegorov et sa famille décident alors de retourner en Russie. Il évolua pour 3 clubs en 1998-99, terminant la saison à St-Petersbourg de retour avec le SKA. Malheureusement pour lui, cette décision de revenir en terrain familier sera le point tournant et tragique de cette histoire.

 

Habitant le même quartier de sa jeunesse, Yegorov renoua avec d'anciens amis qui étaient désormais des gens peu fréquentables. Bien qu'il ait joué peu longtemps en Amérique, son contrat avec les Sharks lui rapporta tout de même plus de 300 000$. Ses amis commencèrent alors à abuser du généreux Yegorov qui leur payaient des vêtements et qui les sortaient dans des discothèques et des casinos. Mais la pire chose qui lui arriva fut son introduction à l'héroïne, qu'il commença à consommer sans retenue durant cette saison 98-99. Il se rendit compte assez rapidement qu'il avait un problème et tenta de se réhabiliter. Malheureusement, lors de ses séjours à l'hôpital pour sevrer, il se révéla qu'il était très facile de se procurer de l'héroïne à même l’hôpital qui était assez facile d'accès pour que ses amis aillent lui en porter directement.

Voulant tenter d'échapper à tout ça, Yegorov décida de tenter un retour en Amérique du Nord. Au même moment, coïncidence ou pas, les nouveaux Thrashers d'Atlanta avaient acquis les droits sur Yegorov lors du repêchage d'expansion. Il ne fut pas signé par les Thrashers mais joua quand même dans les mineures en 1999-2000 au sein des Ice Dogs de Long Beach dans la IHL et des Hawks d'Adirondack dans la UHL.

Il quitta ensuite pour l'Allemagne où il joua une saison en 2000-01, tout en continuant d'éviter de retomber dans la drogue et de subir des traitements. Mais encore une fois, il rechuta lors d'un retour à St.Petersbourg, renouant de nouveau avec sa vieille gang et écoulant ce qui lui restait monétairement. Toute tentative de réhabilitation sembla alors inutile et il ne joua plus jamais au hockey.

Au début de l'année 2002, alors qu'il commença à manquer d'argent, il se mit à consommer à crédit. Pour continuer à avoir du crédit, il laissa son passeport en garantie à son dealer. Sans argent lorsqu'il fut temps de payer, il se rendit chez le dealer pour tenter de récupérer son passeport de force. Il fut toutefois accueilli par trois autres hommes forts qui le tabassèrent sans merci et le firent débouler les escaliers entre le 7e et le 3e étage. Selon la version officielle diffusée dans les journaux, Yegorov se serait ensuite jeté lui-même par la fenêtre du 3e étage, certains disent pour échapper à ses assaillants, d'autres racontent que c'était pour simplement en finir lui-même. Il mourut donc sur le coup de l'impact à l'âge de 26 ans, le 2 mars 2002. Ses attaquants jetèrent ensuite son passeport sur son corps inerte avant l'arrivée des policiers. 

Lors de ses funérailles, peu de ses anciens amis ou anciens coéquipiers furent présents à la demande de la famille, offusquée que plusieurs d'entre eux lui aient tourné le dos quand il avait besoin d'aide.

Son fils Nikita Yegorov, aujourd'hui âgé de 30 ans, joua également au hockey à divers niveaux en Russie durant les années 2010. Il a toujours eu des doutes sur la mort de son père, refusant la théorie officielle du suicide. Il raconte être retourné sur les lieux plus tard pour faire sa propre enquête et un ancien résident lui aurait dit qu'il aurait plutôt tenté de s'échapper en s'accrochant par la fenêtre et qu'il aurait plutôt glissé ou bien que ses assaillants l'aient fait tomber.

1975-2002


La fiche dans la LNH de Alexei Yegorov fut de 3 buts et 3 passes en 11 matchs.

Il obtint également 247 points en 298 matchs combinés dans les rangs mineurs nord-américains ainsi que 110 points en 259 matchs en Russie et en Europe.


Sources:
White trash burned Alexei Yegorov, Sovsport.ru, 23 octobre 2002
He was admired in Russia and America, and he traded his career for drugs. The tragedy of Egorov's hockey talent, Sport24.ru, 29 avril 2022
The terrible story hockey player Yegorov, Sportexpress.ru, 15 avril 2020
Sharks lose game, but may have found a star in Yegorov, SF Gate.com, 21 février 1996