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mardi 21 juillet 2026

Gord Smith


   


Né le 17 novembre 1949 à Perth en Ontario, le défenseur Gord Smith fit ses classes au sein des Braves de Brockville et des Royals de Cornwall avant d'être sélectionné en 5e ronde (59e au total) au repêchage de 1969 par les Rangers de New York.

Le frère aîné du légendaire gardien Billy Smith ne jouera toutefois jamais pour les Rangers, son parcours avec eux se limitant à un court séjour de 5 matchs avec leur club-école de la CHL, les Knights d'Omaha, qu'il rejoignit pour les séries du printemps 1970 et qu'il aida à remporter le championnat. Après cette seule saison, il fut libéré par les Rangers et il signa alors avec les Kings de Los Angeles, le même club qui repêcha initialement son frère Billy.

Les deux frères ne jouèrent toutefois jamais ensemble, alors que Gord fut prêté aux Blades de New Haven de la EHL tandis que Billy débuta son parcours professionnel avec les Kings de Springfield dans la AHL. Après deux saisons à New Haven, les Kings l'assignèrent à son tour à Springfield, mais à ce moment, Billy avait été sélectionné au repêchage d'expansion par les Islanders et on connaît la suite dans son cas.

Gord joua deux saisons à Springfield et devint un des meilleurs défenseurs de la ligue, terminant au premier rang des défenseurs de la AHL avec 67 points en 1973-74, ce qui lui valut le trophée Eddie Shore, remis au meilleur défenseur du circuit, ainsi qu'une sélection sur la première équipe d'étoiles. Cependant, comme avec les Rangers, il ne joua jamais avec le grand club.

C'est finalement en 1974-75 qu'il put graduer dans la LNH, alors qu'il fut également repêché par un club d'expansion, les Capitals de Washington. Il fit donc ses débuts dans la LNH en même temps que les Capitals, participant au match inaugural de l'équipe le 9 octobre 1974 contre son ancienne équipe, les Rangers. 

Comme vous savez, les Capitals de 1974-75 représentent la pire fiche de l'histoire de la LNH avec un record de médiocrité de 8–67–5 et un autre record de 446 buts accordés. Gord termina cette première saison dans la LNH avec une fiche de 3 buts et 8 passes en 63 matchs ainsi qu'un différentiel de -60.

Gord évolua avec les Capitals jusqu'en 1979, alternant parfois entre le grand club et le club-école. Sa meilleure saison fut celle de 1977-78 qu'il termina avec 4 buts, 11 points et un différentiel de -20. Il fut également nommé capitaine par intérim durant quelques matchs. 

Au même moment, la carrière de son frère prenait son envol spectaculaire à Long Island. Mais pour sa part, Gord en était à ses derniers milles dans la grande ligue. Il fut laissé sans protection par les Caps après la saison 1978-79. Des premiers Capitals de l'édition inaugurale de 1974-75, seul son partenaire en défense Yvon Labre aura joué plus de matchs avec l'équipe, se retirant du jeu en 1981 et devenant le premier joueur de l'équipe à avoir son numéro retiré.

Faisant leur entrée dans la LNH en 1979-80, les Jets de Winnipeg le sélectionnèrent au repêchage d'expansion de 1979.

Le vétéran défenseur ne fit toutefois pas long feu dans la LNH par la suite. Il débuta la saison avec les Jets mais après avoir été blanchi au pointage après les 13 premiers matchs de l'équipe, il fut cédé au club-école de Tulsa dans la CHL. 

Malgré que ses droits furent retournés aux Rangers, il ne revint jamais dans la LNH. Il joua les trois saisons suivantes dans la AHL avec trois clubs différents, les Nighthawks de New Haven, les Indians de Springfield et les Mariners du Maine. Il tira finalement sa révérence après la saison 1982-83.

Après sa retraite, il devint recruteur pour différentes organisations et brièvement entraîneur dans la ligue britannique.

En 299 matchs dans la LNH, Gord Smith récolta 9 buts et 30 passes pour 39 points ainsi que 284 minutes de pénalité.

En plus de Gord et Billy, la famille Smith comprenait également le frère cadet Jack Smith, qui, comme ses deux frères, évolua avec les Royals de Cornwall au niveau junior. Jack joua quelques saisons dans la EHL et au niveau sénior sans jamais se rendre dans la LNH.

dimanche 31 mai 2026

La seule présence en séries des Rockies du Colorado



Je suis tombé l'autre jour sur cette publication expliquant que de toutes les équipes existantes de la LNH, seuls les Devils du New Jersey n'ont jamais été balayé en séries. Il y a bien sûr comme vous voyez le Mammouth, le Kraken et les Golden Knights qui font également partie du portrait mais comme ce sont des franchises toutes jeunes, ils ne sont évidemment pas encore pris en considération.

Mais si on considère le Mammouth comme étant la continuation des Coyotes de l'Arizona et des premiers Jets de Winnipeg, et bien il faut sans hésitation garrocher le mammoth dans la grosse batch de gauche avec tous les autres...


 

J'étais un peu perplexe avec ce tableau et fallait bien que j'aille vérifier. Il est cependant bien vrai que les Devils n'ont jamais perdu une série avec une fiche pire que 4-1 depuis leurs débuts en 1982-83. 

Mais si vous êtes familiers avec notre contenu ici, vous savez bien que pour nous, les Devils du New Jersey ne seront jamais seulement les Devils du New Jersey. 

Ici, quand on pense aux Devils du New Jersey, on parle plutôt de la franchise des "Devils du New Jersey/Rockies du Colorado/Scouts de Kansas City". Tsé, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué et inutile?

Donc, si ça vous dit rien, résumons rapidement. La franchise des Devils a d'abord commencé ses activités sous le nom des Scouts de Kansas City, équipe d'expansion pour la saison 1974-75, en même temps que les Capitals de Washington. La santé du hockey professionnel était alors tellement précaire avec les récentes expansions et la concurrence de l'AMH, tellement que les Capitals et les Scouts furent deux des pires équipes d'expansion de l'histoire, les Capitals terminant leur première saisons avec la pire fiche de tous les temps (8-67-5) tandis que les Scouts firent à peine mieux avec une fiche de 15-54-11.

On considéra même que l'expansion de 1974 était une erreur, tellement que la seule utilité des deux équipes pour la ligue fut d'être utilisés comme équipe de démonstration lors d'une tournée au Japon au printemps 1976, la fameuse Coca-Cola Bottler's cup.

Wilf Paiement avec les Scouts de Kansas City

Les mauvaises performances sur la glace n'étaient pas le seul problème des Scouts. L'équipe souffrait également de la flambée des salaires des joueurs, d'un ralentissement économique dans le Midwest et d'une faible affluence. Les Scouts n'attiraient en moyenne que 8 218 spectateurs par match alors qu'à l'époque, la moyenne de la ligue tournait autour de 13 000. Les 37 investisseurs de l'équipe, criblés de dettes, ont alors choisi de vendre la franchise après seulement deux saisons.

C'est alors que naquit la franchise des Rockies du Colorado pour la saison 1976-77. Après une première saison de 20 victoires et 54 points, les Rockies remplacèrent leur entraîneur par le légendaire joueur et entraîneur des ligues mineures, Pat Kelly. Ce même Pat Kelly qui fut plus tard fondateur et commissaire de la ECHL dont le trophée de championnat porte son nom. Kelly ne parvint pas vraiment à redresser la barque chambranlante des Rockies alors que l'équipe n'obtint que 19 victoires en 1977-78. 

Cependant, avec un sommet dans la LNH de 21 matchs nuls et un total de 59 points, le meilleur total ever en tant que Scouts/Rockies, l'équipe parvint miraculeusement à se tailler une place en séries, notamment grâce au fait que la section Smythe était très faible avec les Canucks, Blues et les éternels abonnés des bas fonds à l'époque, les North Stars. Seuls les Blackhawks étaient de taille dans cette division et les Rockies terminèrent donc deuxièmes in extremis et purent participer aux séries de 1978.


À l'époque, le meilleur club de chaque section se méritait un laisser-passer en deuxième ronde tandis que les autres clubs devaient s'affronter lors d'une série 2 de 3 en première ronde. Grâce à leurs deuxième rang dans la division Smythe, les Rockies durent donc se mesurer aux deuxièmes de la section Patrick. 

Malheureusement pour eux, la division Patrick était davantage boostée avec les Islanders en première place devant les encore puissants Flyers de Philadelphie, qui eurent alors l'honneur de devenir les premiers adversaires des Rockies en séries.

Les Flyers avaient bien sûr tout un alignement avec des joueurs comme Bobby Clarke, Bill Barber et Reggie Leach ainsi qu'un Bernard Parent toujours dominant. Les Rockies eux n'avaient que très peu de punch en attaque, les seuls dignes de mention étant Wilf Paiement (87 points) ainsi que deux pas pires défenseurs en Barry Beck et John Van Boxmeer. Dans les buts pour les Rockies se retrouvait l'ancien des Flyers Doug Favell ainsi que Michel Plasse comme adjoint. 

Cependant, les Rockies ne furent pas la proie facile que l'on croyait lorsque la série débuta le 11 avril 1978. À domicile à Philadelphie, les Flyers procédèrent à un barrage en force de 44 tirs contre seulement 18, mais les Rockies parvinent à tenir la marque à 2-2 jusqu'en fin de troisième période. Mais avec seulement 22 secondes d'écoulées en début de prolongation, Mel Bridgman marqua contre Favell et les Flyers l'emportèrent.

La série se transposa ensuite à Denver ou les Rockies tentèrent tant bien que mal de contenir les Flyers (48 tirs) à une marque finale de 3-1. Le seul à marquer devant les partisans des Rockies fut l'obscur défenseur Dennis Owchar en première période, mais les Rockies donnèrent du fil à retordre jusqu'à la toute fin du match. 


Mais au final, c'en était fini de cette série expéditive et somme toute sans histoire. Les Flyers passèrent en deuxième ronde contre les Sabres de Buffalo dont ils disposèrent rapidement par la marque de 4-1. Ils s'inclinèrent finalement en finale de conférence contre les Bruins.

Pour leur part, ce fut la première et dernière présence en séries des Rockies, et la dernière pour la franchise jusqu'au début de l'émergence des Devils en 1988, où la jeune équipe surprit tout le monde et se rendit à son tour jusqu'en 3e ronde.

Les Devils n'avaient pas encore la version 
finale de leur logo lors de leur première
 séance du repêchage en 1982.

Les Rockies jouèrent 4 autres saisons difficiles au Colorado. Minés par l'instabilité, ils eurent sept entraîneurs en quatre ans — aucun n'étant resté plus d'une saison complète — et les propriétaires ont changé de mains à deux reprises au cours de cette même période. En 1982, l'équipe continuait de faire face à de graves difficultés financières et fut de nouveau mise en vente. 

Cela a notamment donné lieu à une tentative d'achat ratée par un groupe d'investisseurs d'Ottawa, dont l'intention était de déménager les Rockies dans la capitale canadienne. On alla même jusqu'à envisager une fusion de l'équipe avec les Capitals, à l'image de ce que la ligue avait fait quatre ans plus tôt entre les Barons de Cleveland et les North Stars du Minnesota. Finalement, la franchise fut vendue en mai au magnat du transport maritime du New Jersey, John McMullen, qui était également propriétaire des Astros de Houston dans la Ligue majeure de baseball.

C'était alors la fin des éphémères Rockies du Colorado dont le nom fut toutefois récupéré au baseball majeur en 1993 par l'arrivée d'une équipe d'expansion au Colorado. 

Les partisans de hockey de Denver purent enfin revoir du hockey de séries en 1996 avec leur nouvelle équipe du nom de l'Avalanche. Les Devils et l'Avalanche furent ensuite deux des meilleures équipes au tournant du millénaire, s'affrontant même en grande finale en 2001 lors d'une série épique de 7 matchs remportée par l'Avalanche.

Donc au final, OUI, la franchise des Devils a déjà été blanchie en séries, sous une incarnation différente et seulement lors d'une courte série préliminaire 2 de 3. Mais ils ont été blanchi quand même lors de leur histoire, même si c'était ailleurs qu'au New Jersey. 

My job here is done... Désolé au gars qui a fait le graphique...

Si ça vous intéresse, ces deux seuls matchs en séries dans l'existence ses Rockies existent sur YouTube, grâce à un transfert de VHS granuleux comme on les adore...

 

 

mardi 29 juillet 2025

Doug Mohns


 

J'avais croisé le nom de Doug Mohns lors de plusieurs recherches mais je ne lui accordais que très peu d'attention. Je croyais à prime abord qu'il était un joueur moyen et vagabond qui avait quand même connu une bonne carrière de façon anonyme. Mais en regardant finalement ses statistiques de plus près, j'ai tout de suite sursauté lorsque je me suis rendu compte qu'il était défenseur et qu'il avait accumulé plus de 700 points et joué durant 22 saisons. Il méritait alors définitivement une bio ici.

Doug Mohns est né le 13 décembre 1933 à Capreol en Ontario. Un patineur né, il fut même approché par les Ice Capades à l'âge de seulement 7 ans. Sa famille refusa toutefois l'offre et il se concentra plutôt sur le hockey. Surnommé «Diesel» pour sa vitesse sur patins rappelant une locomotive, il se distingua tout d'abord au sein des Flyers de Barrie de la ligue junior de l'Ontario avec qui il fut d'abord prêté par son club local de Capreol pour la coupe Memorial de 1951. Après leur victoire, les Flyers recrutèrent Mohns pour la saison 1951-52. Évoluant comme attaquant, il mena les Flyers pour les points à sa première saison et ramena les Flyers à la coupe Memorial en 1953. En compagnie de joueurs de renom comme Orval Tessier et Don Cherry, Mohns récolta 18 points en 10 matchs lors de ce tournoi et ramena la coupe Memorial à Barrie.

Propriété des Bruins, Mohns, alors âgé de seulement 19 ans, fit le saut directement dans la LNH en 1953-54. Il était assez rare de voir un si jeune joueur percer un alignement de la LNH à l'époque «Original 6» surtout sans devoir faire ses preuves dans les mineures. Mais des blessures à la défense chez les Bruins firent en sorte qu'il y avait un poste disponible. Il fut toutefois converti en défenseur, encore une fois un fait assez rare.

 

Mohns connut une très bonne première saison, accumulant 13 buts et 14 passes pour 27 points, soit le meilleur rendement offensif chez les défenseurs des Bruins, alors un club très médiocre en attaque. Leur meilleur attaquant n'ayant obtenu que 47 points.

Il joua 11 saisons complètes à Boston, devenant en 1959-60 le deuxième défenseur de l'histoire de la LNH (après Flash Hollett) à marquer 20 buts en une saison. En plus de sa rapidité et sa versatilité à pouvoir jouer parfois comme attaquant, il était un des premiers disciples du lancer frappé suite à son introduction par Bobby Hull et Boom Boom Geoffrion. Il participa 5 fois au match des étoiles lors de ses années avec les Bruins, 4 fois comme défenseur et 1 fois comme attaquant. Son entraîneur à Boston, le légendaire Milt Schmidt, évoqua que Mohns était un des meilleurs joueurs de la ligue à l'époque.  

Cependant, malgré quelques bonnes années vers la fin des années 50, dont deux participations en finale (1957 et 1958 contre Montréal), les Bruins n'allaient plus nulle part durant les années 60 et ratèrent les séries de 1960 à 1967. À l'été 1964, Mohns fut échangé aux Blackhawks en retour de deux joueurs, Reggie Fleming et Ab McDonald.

Lors de sa première saison à Chicago, il fut reconverti comme ailier gauche et muté sur le trio de Stan Mikita et Kenny Warham. Surnommé la «Scooter line» pour leur vitesse étourdissante, le trio fut un des meilleurs de la ligue pendant six saisons durant lesquelles Mohns connut ses meilleurs moments. Sa meilleure saison eut lieu en 1966-67 où il obtint 60 points, dont 25 buts, en seulement 61 matchs. Il retourna également au match des étoiles en 1965. Son entraîneur Billy Reay déclara qu'avoir Mohns sur la glace était comme d'avoir droit à un 3e défenseur tellement il était capable de se replier efficacement en défense ou d'adapter facilement son rôle selon l'intensité des matchs.


Après six ans à Chicago, l'âge commença à ralentir Doug Mohns. Il eut toutefois la chance de prolonger sa carrière grâce aux expansions. Après une première moitié de saison difficile, il fut échangé aux North Stars du Minnesota en février 1971. Il y joua durant deux autres saisons, retournant une dernière fois au match des étoiles en 1972, avant d'être réclamé par les Flames d'Atlanta au repêchage intraligue de 1973. Des blessures le limitèrent toutefois à seulement 28 matchs avec les Flames. 

L'heure de la retraite semblait avoir sonné pour Mohns à l'été 1974. Il y eut des rumeurs selon qui il deviendrait le premier entraîneur des nouveaux Capitals de Washington. Ces derniers portèrent toutefois leur choix sur Jim Anderson. Malgré tout, le DG des Capitals, son ancien coéquipier et entraîneur Milt Schmidt, voulait quand même avoir Mohns dans son équipe. N'ayant pas obtenu beaucoup de vétérans aguerris durant le repêchage d'expansion, Schmidt et les Caps achetèrent la dernière année du contrat de Mohns et le nommèrent comme premier capitaine de la franchise pour la saison 1974-75.

La première saison des Capitals demeure à ce jour la pire de l'histoire de la ligue avec seulement 8 victoires, 67 défaites, 5 matchs nuls et la majorité des joueurs avec une fiche de -50 (et le record de tous les temps de -82 de Bill Mikkelson). Lors de cette 22e saison en carrière, le vénérable Mohns parvint à jouer 75 matchs et accumula 2 buts et 19 passes à la défense des Capitals. Il termina avec une fiche de -54 et prit ensuite une retraite bien méritée.

Au autre cas de «patch» de capitaine appliquée avec du tape électrique

 

En 1389 matchs dans la LNH, Doug Mohns aura obtenu 248 buts et 462 passes pour 710 points et 1250 minutes de pénalité. Lors de sa retraite, seulement 4 joueurs avaient joué davantage de matchs; Gordie Howe, Alex Delvecchio, Tim Horton et Harry Howell.  

Il n'a malheureusement jamais remporté la coupe Stanley ou remporté d'honneurs individuels, ce qui nuit grandement à sa postérité. Durant ses années où il évoluait principalement comme défenseur (1953 à 1964 avec les Bruins), seulement 3 défenseurs ont obtenu davantage de points, soit Red Kelly (qui évoluait lui aussi parfois comme attaquant), Bill Gatsby et Doug Harvey.

Si le trophée Selke avait existé (il n'existe que depuis 1978), nul doute que Doug Mohns aurait été candidat durant ses années à Chicago. Il a aussi eu la malchance de partir de Boston quelques années avant l'éclosion des Big Bad Bruins et les coupes des années 70, en plus d'arriver à Chicago trop tard, les Blackhawks ayant remporté les grands honneurs en 1961. Il fut toutefois nommé au 57e rang du Top 100 de l'histoire des Bruins lors des célébrations du 100e de l'équipe en 2023-24.

Après sa retraite, il s'impliqua dans plusieurs causes humanitaires et travailla une vingtaine d'années au Massachusetts comme administrateur d'hopital. Il décéda en 2014 à l'âge de 80 ans.


lundi 10 mars 2025

Howie Young



 



Né le 2 août 1937 à Toronto, le jeune Howard Young rêvait de devenir cowboy comme son idole John Wayne, jusqu'à ce qu'il assiste à son premier match de hockey au vieux Maple Leaf Gardens. 

Cependant, les parents de Young étaient tous les deux alcooliques, donc c'est avec sa grand-mère qu'il fut principalement élevé. Cette dernière mourut lorsqu'il avait 16 ans, et il dut alors se débrouiller seul, au même moment qu'il commençait lui aussi à développer de sévères problèmes d'alcool. 

Young était toutefois un défenseur très prometteur au sein des Canucks de Kitchener. Costaud, manieur de rondelle hors-pair et rapide patineur, il aurait apparemment attiré l'attention des Canadiens qui l'invitèrent à leur camp d'entraînement, mais il aurait supposément bousillé l'occasion en étant trop souvent lendemain de veille durant cet essai.

Young avec les Saguenéens
de Chicoutimi en 1958
Il devint ensuite propriété des Maple Leafs et continua son apprentissage junior à Hamilton. Les Leafs l'envoyèrent éventuellement débuter son parcours professionnel en 1958-59 avec les Saguenéens de Chicoutimi, alors dans la ligue du Québec. 

Il devint alors à la fois une vedette ainsi qu'un paria dans cette ligue, étant à la fois célébré pour sa rapidité et sa vision, mais aussi détesté pour ses excès de rudesse. Il était notamment réputé pour ses mises en échec percutantes, mais souvent jugées trop brutales aux yeux des arbitres et de cette ligue. Il avait aussi ce qu'on appelle une «short fuse», étant prompt à complètement perdre la boule sans préavis et se ruer sauvagement sur les joueurs adverses ou engueuler les arbitres. 

Il termina la saison avec 20 points, mais il accumula aussi 180 minutes de pénalité, un sommet dans la ligue, ainsi que quelques suspensions et amendes. 

Les Leafs l'envoyèrent ensuite dans la Ligue américaine avec les Americans de Rochester pour la saison 1959-60. Il continua ses frasques dans la AHL durant toute la saison, terminant troisième pour les minutes de pénalité. Cependant, malgré son potentiel certain, son indiscipline lui coûta sa place avec les Leafs, qui le libérèrent. 

Il se retrouva alors du boulot avec les Bears de Hershey en 1960-61, mais ces derniers trouvaient également qu'il était trop indiscipliné et l'échangèrent aux Red Wings contre Marc Réaume. 

C'est avec les Wings qu'il parvint à finalement atteindre la LNH à l'âge de 23 ans. Malgré qu'il ne joua que 29 des 70 matchs de l'équipe, il termina en tête de l'équipe avec 108 minutes au cachot. Il aida les Wings à se rendre jusqu'en finale dans une cause perdante contre Chicago, amassant 2 buts et 2 aides en 11 matchs durant les séries.

Sa saison 1961-62 fut toutefois à oublier à Détroit, où après 30 matchs avec seulement 2 passes au compteur et beaucoup trop d'indiscipline de sa part, autant sur la glace qu'en dehors, les Wings l'envoyèrent terminer la saison avec les Flyers d'Edmonton dans la Western Hockey League. Il aida toutefois les Flyers à remporter la coupe Patrick au printemps 1962.

Il passa ensuite la saison 1962-63 entièrement à Détroit, et termina en tête des joueurs pénalisés avec un 273 minutes de punition, battant le record de 202 minutes détenu par Lou Fontinato depuis 1956. Ce nouveau record de Young dura ensuite jusqu'en 1970. 

À ce moment à travers la LNH, autant les joueurs, dirigeants et fans étaient polarisés sur ce mystère qu'était Howie Young, à savoir s'il était un joueur qui méritait de jouer ou non dans la ligue. Maurice Richard, alors à la retraite, qualifia Young de complètement fou. Frank Selke Jr. abonda dans le même sens en déclarant dans le journal que Young avait besoin d'un psychiâtre. Mais d'un autre côté, Jack Adams déclara qu'il avait aussi le potentiel de devenir le prochain Eddie Shore.

Et même si son style de jeu attirait les foudres, il demeurait extrêmement populaire auprès des fans, car en plus de faire lever les gens de leurs sièges avec son jeu violent, il avait aussi un look de beau gosse et beaucoup de charisme. Il fut d'ailleurs en vedette sur la couverture de Sports Illustrated en janvier 1963. Il avoua plusieurs années plus tard qu'il était lendemain de veille lors de la prise de cette photo.

 


Éditorial de Frank Selke dans le journal La Patrie

Donc malgré son talent indéniable, il ne parvenait pas à calmer ses démons, étant en plus de nombreuses fois arrêté par la police suite à d'autres bagarres, dans les bars cette fois-ci. Il lui arrivait aussi de rater des matchs, des pratiques ou même l'avion de l'équipe. Après avoir causé de nombreux maux de têtes en peu de temps aux Red Wings, ces derniers perdirent finalement patience avec lui, l'échangeant aux Blackhawks durant l'été 1963 en retour du gardien Roger Crozier et du défenseur Ron Ingram. 

Les Blackhawks regretteront amèrement cet échange, car malgré que Young aida à remplir leur aréna, Crozier gagna le trophée Calder en 1964-65. Pendant ce temps, Howie Young et ses problèmes ne firent que passer à Chicago, mais ce fut très chaotique. Un exemple d'un match typique du «mauvais» Young se produisit lors d'un match contre Montréal en début de saison. Il aurait alors pourchassé Ralph Backstrom pendant plusieurs secondes avant de l'envoyer brutalement sur la bande. Après avoir reçu un deux minutes de pénalité, il jeta ses gants sur la glace en protestation, suite à quoi l'arbitre lui donna un 10 minutes supplémentaire. Young aurait ensuite menacé l'arbitre, qui l'a ensuite expulsé du match et donné une amende. 

Pendant un autre match à Toronto, il aurait craché vers Stafford Smythe, le DG les Leafs, alors que ce dernier était derrière le banc des pénalités avec son épouse et ses enfants. Clarence Campbell songea alors à bannir Young à vie de la LNH, mais cela ne résulta finalement qu'à une suspension de 5 matchs. Campbell déclara toutefois à Young qu'il était “the greatest detriment to hockey that ever laced on a pair of skates".

Donc après seulement 39 matchs, 99 minutes de pénalité et seulement 7 passes, les Blackhawks s'en débarrassèrent en vendant Young aux Blades de Los Angeles dans la WHL, tout en gardant ses droits dans la LNH.

Young déménagea donc en Californie et joua trois saisons avec les Blades. Il continua d'amasser les mauvaises pénalités, menant la ligue avec 227 minutes en 1964-65, mais obtint de meilleures statistiques, démontrant finalement son côté offensif. 

Son look hollywoodien correspondait parfaitement à l'endroit et il rencontra un jour Frank Sinatra qui l'engagea pour jouer dans son film «None but the Brave», un film sur la 2e guerre mondiale où il eut une seule ligne de dialogue. Il revint de ce tournage avec une coupe «Mohawk» peu orthodoxe pour l'époque, ce qui lui causa davantage de controverse.

 

Frank Sinatra en compagnie d'Howie Young sur le plateau du film «None but the brave»

La coupe «Mohawk» de Young durant son temps avec les Blades de Los Angeles

Les démons de Young le suivirent évidemment en Californie mais un beau jour en 1965 où il se réveilla de nouveau en prison, un codétenu l'invita à se joindre aux alcooliques anonymes. C'est alors que Young arrêta de boire et qu'il remit sa carrière sur la bonne voie.

Lors de la saison 1966-67, un Howie Young désormais plus assagi et sobre depuis 2 ans réussit à s'attirer les grâces des dirigeants et à revenir sur le radar le la LNH. Alors qu'il menait les Blades avec 22 points en 29 matchs, l'ancien DG de Young à Détroit, Sid Abel, se retrouvait avec un club en difficulté et des trous en défense. Il tenta alors une fois de plus le pari Howie Young en ramenant l'enfant trouble au bercail. Pour se faire, il transigea de nouveau avec les Hawks qui détenaient toujours ses droits.

Plusieurs doutèrent de la décision de Abel et s'attendaient à un nouveau fiasco, mais c'était véritablement un nouveau Howie Young qui revint à Détroit durant la saison 1966-67. Il appliqua de son propre aveu les mêmes principes qu'il apprit avec les AA, soit d'éviter le trouble, et ne prit plus autant de pénalités inutiles. Il connut même sa meilleure saison jusque là dans la LNH avec 17 points en 44 matchs et aida les Wings à sortir de leur torpeur, malgré qu'ils ratèrent les séries. Il n'avait toutefois pas perdu toute son agressivité et sa robustesse, terminant avec 100 minutes de pénalité.

Il joua ensuite une autre saison à Détroit, ponctuée d'un court séjour de 4 matchs dans les mineures. Mais durant l'été 1968, il fit partie d'une grosse transaction entre les Wings et les Seals d'Oakland envoyant le malheureux défenseur Bobby Baun à Détroit. Apparemment que Baun, autrefois vedette des Maple Leafs, détestait jouer en Californie, meublant son appartement de tableaux aux paysages nordiques afin de se sentir plus chez lui...

Avec les Seals... mais pas vraiment.

Young non plus ne voulait rien savoir de la Californie, même s'il y avait auparavant joué trois ans avec les Blades dans la WHL, car il refusa de se rapporter à l'équipe à l'aube de la saison 1968-69. Il fut donc suspendu et éventuellement placé au repêchage intra-ligue. C'est alors qu'une autre ancienne équipe le ramena au bercail, cette fois-ci les Blackhawks. 

Désormais âgé de 31 ans, Young commença à ressentir le poids des années et n'était plus aussi efficace, jouant désormais dans un rôle plus effacé avec les Hawks qui le libérèrent après la saison. 

Il passa ensuite la saison 1969-70 avec une autre ancienne équipe, cette fois-ci dans la ligue américaine, les Americans de Rochester. 

En 1969-70 il retourna dans la WHL,avec les Canucks de Vancouver. Le timing sembla bon de joindre cette équipe car il put retourner dans la LNH l'année suivante, demeurant avec les Canucks lors de leur année d'expansion en 1970-71. Mais après seulement 11 matchs, il fut récalé dans la WHL avec les Roadrunners de Phoenix. Ce furent ses derniers matchs dans la LNH. 

Après sa fin de saison 70-71 à Phoenix, il opta de prendre sa retraite. Il revint toutefois au jeu la saison suivante, toujours avec les Roadrunners, mais cette fois-ci non pas comme défenseur mais comme attaquant.

Désormais à 35 ans et dans un nouveau rôle d'attaquant et de vétéran, il s'en sortit bien avec une saison de 58 points en 1972-73, aidant les Roadrunners à remporter les grands honneurs. Il sembla également canaliser le Howie Young d'antan en terminant au premier rang de la WHL pour les minutes de punition.

Il fit encore mieux en 1973-74 avec 37 buts et 69 points, aidant les Roadrunners à remporter le championnat pour une deuxième saison consécutive dans ce qui était la dernière saison d'existence de la WHL. Il s'agissait des premiers championnats de Young depuis son premier passage dans cette même WHL en 1962 avec les Flyers d'Edmonton. 

Avec les Jets de Winnipeg dans l'AMH

Il revint dans les «majeures» en 1974-75 lorsque les Roadrunners firent le saut dans l'AMH. Après 30 matchs, il fut toutefois échangé aux Jets de Winnipeg où il retrouva son ancien coéquipier des Hawks Bobby Hull. 

Après une autre retraite de seulement une saison, il revint de nouveau au jeu en 1976-77, de nouveau avec les Roadrunners pour 26 matchs, en plus de 4 matchs dans la CHL avec les Blazers d'Oklahoma City.

Alors au crépuscule de sa carrière, Young demeura en Arizona la saison suivante, suivant toujours la franchise des Roadrunners, qui migrèrent alors dans l'obscure Pacific Hockey League. S'en suivit ensuite une dernière saison de 14 matchs avec les Blades de Los Angeles, nommés en honneur des anciens Blades de la WHL où il avait joué presque 15 ans auparavant. 

Mais comme lors de nombreuses autres fois dans ce texte, ce n'était pas encore la véritable fin pour Howie Young. En 1985, alors âgé de 48 ans, il lit dans le Hockey News que les Spirits de Flint de la IHL recherchaient des joueurs et offraient des essais ouverts. Le DG des Spirits croyait qu'il n'avait que 38 ans et lui accorda un poste avant d'apprendre son véritable âge. Il joua 4 matchs avec Flint et ensuite un autre 7 matchs avec les Slapshots de New York dans la ACHL.

Il occupa ensuite plusieurs boulots divers suite à sa véritable retraite, et tenta durant les années 90 de reprendre son side job comme acteur. Il obtint quelques petits rôles dans des films et séries western comme «Young Guns II» avec Emilio Estevez et le téléfilm «Last Stand at Saber River» avec Tom Selleck.

Et en plus de finalement pouvoir imiter son ancienne idôle John Wayne à l'écran dans des westerns, il put également réaliser son rêve de devenir cowboy, lorsqu'il acheta un ranch au Nouveau-Mexique.


Il mourut en 1999 à 62 ans d'un cancer du pancreas.

En 336 matchs dans la LNH sa fiche fut de 12 buts et 62 passes pour 74 points.
En 394 matchs dans la WHL sa fiche fut de 93 buts et 173 passes pour 266 points.
En 98 matchs dans l'AMH sa fiche fut de 17 buts et 25 passes pour 42 points.

En 157 matchs dans la AHL sa fiche fut de 25 buts et 32 passes pour 57 points.

 

Sources:
50 Years Ago in Hockey: Howie Young’s Biggest Battle, The Hockey Writers
Remembering Red Wing Bad Boy Howie Young, Vintagedetroit.com
Howie Young pourrait être suspendu à vie, L'événement, 11 janvier 1964
Du mystère autour de ce Howie Young, L'événement, 30 mars 1961
Un circuit de femmelettes?, Le Lingot, 20 novembre 1958
Young a besoin d'un psychiatre, La Patrie, 24 octobre 1963
Howie Young est injustement traité, Le Petit Journal, 19 janvier 1964
La réhabilitation de Young n'a pas été chose facile, La Presse, 7 février 1967

jeudi 17 octobre 2024

Lowell MacDonald

 

Né à Thorburn en Nouvelle-Écosse le 30 août 1941, l'attaquant Lowell MacDonald est probablement le meilleur exemple du joueur qui a su grandement profiter de la grande expansion dans la LNH en 1967.

Il se développa d'abord dans la ligue junior de l'Ontario au sein des Red Wings d'Hamilton, avec qui il joua de 1959 à 1962 en compagnie d'autres joueurs d'exception comme Hubert «Pit» Martin et Paul Henderson. MacDonald et Martin dominèrent la OHA (ancien nom de l'OHL) en 1961-62 en terminant au premier et deuxième rang de la ligue pour les buts marqués avec 46 pour MacDonald et 42 pour Martin, et ce durant un calendrier de seulement 50 matchs. Les Red Wings remportèrent la coupe Memorial cette année-là et MacDonald continua de transporter l'équipe avec une récolte de 17 buts en 14 matchs lors de ce tournoi.

Étant propriété des grands Red Wings dans la LNH, MacDonald fit ses débuts professionnels également durant cette même saison 1961-62 avant d'être retourné au junior. Il fit ensuite la navette entre Détroit et leur club-école, les Hornets de Pittsburgh, lors des trois saisons suivantes. Il fut toutefois victime du peu de postes disponibles dans une ligue à seulement 6 clubs et ne parvint pas à craquer le line-up du grand club de manière permanente, malgré des résultats exemplaires dans la ligue américaine. 

Il fit ensuite partie à l'été 1965 d'une méga transaction entre les Red Wings et les Maple Leafs envoyant Andy Bathgate à Détroit. Il prit le chemin de Toronto en compagnie de Larry Jeffrey, Eddie Joyal et Marcel Pronovost. Bathgate, Gary Jarrett et Billy Harris prirent le chemin inverse vers la ville de l'automobile.

Cependant, il y avait encore moins de postes disponibles à Toronto qu'à Détroit. Et pendant que les Leafs remportaient leurs dernières coupes Stanley, MacDonald rongeait toujours son frein dans les mineures, désormais loin de sa famille avec les Oilers de Tulsa dans la ligue centrale. Il considéra alors de prendre sa retraite, lui qui était très éduqué et avait d'autres intérêts en dehors du hockey.

Il eut toutefois un coup de pouce du destin avec l'arrivée de six nouveaux clubs majeurs avec la grande expansion de 1967. Les nouveaux Kings de Los Angeles le sélectionnèrent au repêchage d'expansion et il put ainsi jouer dans la LNH à temps plein. Il fit ainsi partie de la première édition des Kings et connut une première saison complète avec une fiche raisonnable de 21 buts et 24 passes en 1967-68.

 

Il régressa toutefois en 68-69 avec seulement 28 points en 58 matchs, avec en plus un retour de 9 matchs dans les mineures. En 1969-70, il avait besoin de se faire opérer au genou et ne voyant pas nécessairement beaucoup d'avenir dans le hockey, il ne joua qu'une douzaine de matchs durant l'année avec le club-école des Kings et se concentra plutôt sur la complétion de son diplôme universitaire. Il penchait également vers la retraite en raison de sa peur de prendre l'avion, une peur davantage accentuée par les longs voyages effectués par les Kings loin dans l'ouest.

Il fut toutefois acquis par les Penguins de Pittsburgh à l'été 1970 au repêchage intraligue et  c'est  Red Kelly, le coach des Penguins, qui le convainquit de demeurer dans la LNH. Kelly le connaissait depuis ses années à Détroit et également à Los Angeles où il fut le premier entraîneur des Kings. Kelly lui promit entre autres d'avoir à effectuer moins de longs vols d'avion. 

Cependant, sa blessure réapparut et le mit hors du portrait pour la majorité de la saison où il ne put faire plus que 1 passe en 10 matchs. Il ne joua ensuite aucun match en 1971-72, optant possiblement une nouvelle fois pour la retraite.

Cependant, sa femme le persuada de tenter un comeback en 1972-73. Il fut réinvité au camp d'entraînement des Penguins et parvint à refaire l'équipe. C'est alors qu'il explosa. Jumelé sur la première ligne avec Syl Apps Jr. et Jean Pronovost, MacDonald connut une superbe saison de 34 buts et 41 passes pour 75 points. 

MacDonald et son trophée Bill Masterton

Son long cheminement pour se rendre à ce niveau et sa persévérance lui valurent alors le trophée Bill Masterton. Il fut également invité au match des étoiles.

Il reprit de plus belle en 1973-74 avec des sommets en carrière de 43 buts et 39 passes pour 82 points, ce qui le plaçait dans le Top 10 des buts et des points à travers la LNH. L'entraîneur des Penguins Ken Schinkel déclara que MacDonald était son joueur le plus complet. Il retourna également au match des étoiles cette saison-là. Le trio de MacDonald, Pronovost et Apps fut surnommée la «Century Line» car ils marquaient ensemble une centaine de buts annuellement.

La «Century Line» ou «Bicentennial Line»
 

Après deux autres bonnes saisons de 60 et 73 points, les choses recommencèrent à mal aller dans son cas. Il subit une sérieuse blessure au genou qui le mit au rancard pour presque l'entièreté de la saison 76-77 où il ne put jouer que 3 matchs. 

Il tenta un autre retour en 77-78 et malgré de bonnes statistiques de 13 points en 19 matchs, ses blessures persistantes le forcèrent à une retraite définitive. 

Sa fiche en carrière fut de 180 buts et 210 passes pour 390 points en 506 matchs.

Après sa retraite, il s'établit à Milwaukee et devint entraîneur-chef de l'école préparatoire University School of Milwaukee où il entraîna durant 18 saisons. Il fut également introduit au temple de la renommée du sport en Nouvelle-Écosse en 1982.

 


Son fils Lane MacDonald fut plus tard une star du hockey universitaire américain avec Harvard. Il remporta notamment le trophée Hobey Baker en 1989 en plus d'aider Harvard à remporter le championnat de la NCAA.



mercredi 10 juillet 2024

Val Fonteyne


 

 
Ce texte a d'abord été publié comme texte inédit dans notre livre «Le meilleur de La vie est une puck» en 2022. Ce livre est désormais épuisé mais demeure toujours disponible en format digital (eBook).



Né le 2 décembre 1933 à ­Wetaskiwin en ­Alberta, ­Val ­Fonteyne roulait sa bosse comme attaquant défensif dans l’ancienne ­WHL avant d’obtenir un poste avec les ­Red ­Wings en ­1959-60. Il joua ensuite avec les ­Rangers, puis les ­Penguins qui le réclamèrent lors de la grande expansion de 1967. Ce fut plus tard au tour des ­Oilers de le repêcher lors de l’arrivée de l’AMH en 1972. Il y joua deux saisons avant d’accrocher ses patins en 1974.
 
En tout, ­Fonteyne aura connu une longue carrière mais de manière assez anonyme, n’ayant jamais été un grand moteur offensif et n’ayant jamais fait partie d’une puissance. Il se rendit en finale en 1961, 1963 et 1966 avec les ­Wings mais à chaque fois dans une cause perdante. Sa meilleure fiche en saison fut celle de ­1967-68 avec les ­Penguins où il obtint 34 points. Il a aussi gagné la coupe ­Calder en 1967 avec les ­Hornets de ­Pittsburgh, lors d'un court séjour dans la ligue américaine en milieu de carrière.

 
 
 
Donc pourquoi parler d'un joueur au parcours aussi « basic » ? ­Et bien comme on a souvent l’habitude de parler de matamores et de joueurs pas très recommandables, je me disais qu’il serait bien de parler d'un joueur à l’opposée du spectrum. 
 
Un des joueurs les plus gentilhommes de sa génération, Val ­Fonteyne n’aura accumulé que 26 minutes de pénalité en 820 matchs en carrière dans la ­LNH. Jamais il n’aura amassé plus de quatre minutes en une saison et jamais il ne s’est bagarré dans la ­LNH. Il eut cinq saisons sans aucune pénalité dont trois d’affilée entre 1965 et 1968. Il détient par le fait même le record pour le plus de matchs consécutifs sans pénalité avec 188.
 
Il n’a également reçu que quatre minutes de pénalité en 149 matchs dans l’AMH.

Il est considéré le joueur le moins puni de l’histoire de la ­LNH (minimum de 200 matchs) avec une moyenne de seulement 1 seconde de pénalité par match. Étrangement, il n’a jamais remporté le trophée ­Lady ­Byng... 



mercredi 3 juillet 2024

Fernand Tessier, un ex-prisonnier dans l'AMH

 


 

Alors qu'il achevait de purger 11 ans au pénitencier St-Vincent-de-Paul de Laval, Fernand «Fern» Tessier fit les manchettes en 1974 lorsqu'il prit la peine d'envoyer une lettre à toutes les équipes professionnelles d'Amérique du nord afin d'offrir des services comme hockeyeur. 

La lettre se résumait essentiellement à ceci:
« Je suis un défenseur agent libre qui se cherche un poste dans un club professionnel. Je vais bientôt être libéré de prison mais j'espère que cela n'influencera pas négativement votre décision envers moi et la chance que je recherche.»

Tessier avait d'abord été reconnu coupable de 15 ans de prison pour un vol de banque alors qu'il n'avait que 17 ans. Il fut acquité et libéré environ 5 ans plus tard après qu'il fut révélé qu'un autre homme aurait commis le vol. 

Il écopa toutefois d'une nouvelle peine pour vol de banque en 1968, qu'il écoula cette fois jusqu'à cette libération au printemps 1974.

Âgé de 28 ans et n'ayant pas joué au hockey organisé depuis son adolescence au niveau midget, il s'était toutefois grandement entraîné en prison, d'abord au gym et lors d'une soixantaine de parties au total durant ces 11 années en prison. 

Il estima toutefois avoir une détermination à toute épreuve et qu'en plus, il avait grandement étudié le jeu en écoutant tous les matchs du Canadien et des Nordiques à la télévision et d'avoir ainsi grandement développé son hockey.

Aucune équipe professionnelle ne contacta Tessier pour faire suite à sa demande, à l'exception des fameux Fighting Saints du Minnesota de l'AMH, une équipe davantage reconnue pour mettre la robustesse et la violence à l'avant plan, tant au niveau des joueurs sur la glace qu'au niveau du marketing.

On imagine possiblement que durant ces années de «Broad Street Bullies» et de «Slapshot», avoir un ancien prisonnier dans ton alignement serait grandement vendeur aux guichets. Harry Neale, l'entraîneur des Fighting Saints, fut très intéressé par sa lettre et offrit donc une chance à Tessier. Il l'invita à venir s'entraîner avec les Fighting Saints lors d'une visite du club à Québec, lors d'un entraînement avant un match contre les Nordiques en février 1974, soit à peine trois jours après sa libération. 

 

Harry Neale (3e de la première rangée) et les Fighting Saints du Minnesota de 1973-74


Après cet essai, Neale déclara «Il était encore un peu secoué par le fait d'être libre et de pouvoir faire ce qu'il veut, mais il nous en a montré assez pour recevoir un deuxième essai. Il peut patiner, il est très costaud. Il peut soulever 350 livres et peut faire 500 push-ups en 16 minutes... Il peut définitivement jouer quelque part. On espère qu'il peut nous en démontrer davantage pour se mériter une place dans notre organisation. Mais il demeure que son inexpérience pourrait le rattraper. Il n'a pas de famille, pas d'argent, pas de travail. Tout ce qu'il a demandé c'est d'avoir une chance et nous lui en offrons une.»

Après ce premier essai, Tessier fut officiellement invité au camp d'entraînement des Fighting Saints en septembre 1974, en vue de la saison qui allait s'amorcer. Il ne fut toutefois pas retenu par l'équipe et fut donc libéré sans jouer un seul match régulier.

J'ignore quelle fut la suite des choses pour Tessier suite à cette opportunité. Aucun autre club professionnel ou semi-pro ou en Europe ne semble avoir tenté sa chance avec lui car je n'ai trouvé aucune trace de lui sur les divers sites de statistiques professionnelles. 

J'ignore également où il peut résider ni même s'il est toujours en vie. Si jamais vous avez quelques détails ou informations supplémentaires sur lui (ou si vous êtes lui), je suis bien sûr preneur.


Sources:
Ex-prisonier de St-Vincent de Paul, il veut jouer dans l'AMH, La Presse, 22 février 1974
L'ex-détenu Tessier crée une favorable impression, La Voix de l'est, 23 février 1974
Now he's a Saint, but once he wasn't, Star Tribune, 27 septembre 1974
NY Times, 23 février 1974

mercredi 26 juin 2024

Gene Carr





Ce texte a d'abord été publié comme texte inédit dans notre livre «Le meilleur de La vie est une puck» en 2022. Ce livre est désormais épuisé mais demeure toujours disponible en format digital (eBook).


Fils d’un joueur de hockey qui avait joué cinq matchs avec les ­Leafs dans les années 1940, Gene ­Carr avait un coup de patin remarquable, un style flamboyant en plus d’un potentiel offensif qui suscitait la convoitise. Lors du repêchage de 1971, l’attention fut évidemment portée vers ­Guy Lafleur, choisi premier par ­Montréal, et ­Marcel Dionne, deuxième par ­Détroit. Au troisième rang, les ­Canucks se tournèrent vers le défenseur ­Jocelyn ­Guèvremont avant que les Blues ne choisissent ­Carr avec la quatrième sélection. Il fut ainsi sélectionné devant son coéquipier avec les Bombers de ­Flin ­Flon, Chuck Arnason, choisi 7e par ­Montréal, même si ce dernier avait accumulé 163 points, 59 de plus que Carr. Le potentiel de ­Carr était tel que ­Claude Ruel l’aurait apparemment préféré à ­Dionne si les Canadiens n’avaient pas repêché au premier rang.
 
Les ­Blues étant à ce moment une équipe plutôt instable, ils échangèrent ­Carr après seulement 15 matchs dans leur uniforme. Le ­directeur-gérant des ­Rangers, ­Emile ­Francis, avait vu ­Carr lui glisser entre les mains au repêchage et voulait corriger le tir. Il envoya alors à ­St-Louis ­Mike Murphy, ­André ­Dupont et Jack ­Egers en retour de ­Wayne ­Connelly, Jim ­Lorentz et ­Carr. N’ayant pas de place pour lui au centre, les ­Blueshirts l’employèrent principalement à l’aile gauche où il n’eut pas vraiment l’occasion de se mettre en valeur, en plus d’être victime de plusieurs blessures. Malgré son bon coup de patin, il s’avéra que ­Carr manquait de finition et n’avait pas la touche du marqueur. Considérant les attentes à son endroit, il devint une tête de ­Turc des impitoyables partisans new yorkais.



Le 15 novembre 1973, ­Carr et ­Mike ­Murphy prirent un taxi qui fut impliqué dans un sérieux accident de la route qui leur laissa à chacun une sérieuse commotion. Après avoir raté plusieurs matchs, ­Carr fut échangé aux ­Kings en février 1974 contre un choix de première ronde au repêchage de 1977, qui deviendra ­Ron ­Duguay.

Dans sa nouvelle ville, il y avait toujours de grandes attentes envers ­lui, bien qu’il y avait moins de pression qu’à ­New ­York. Et sur la glace, ses boucles blondes qui virevoltaient dans l’uniforme doré des ­Kings firent de lui l’un des favoris de la foule. Lors d’une entrevue pour la radio, on lui demanda quel était son groupe de musique préféré. Il mentionna alors des nouveaux venus dans le domaine, les Eagles. Il s’avéra que ­leur chanteur ­Glenn ­Frey était à l’écoute. Originaire de ­Détroit, ­Frey était un fan de hockey et prit contact avec lui. Il en découla une grande amitié. En plus de porter son chandail lors de certains concerts, ­Frey fit entrer ­Carr dans le cercle du jet set californien, où il rencontra entre autres ­Joe ­Walsh, ­Linda ­Ronstadt et ­Elvis.

En plus, ­Frey s’inspira de l’histoire de ­Carr, celle de quelqu’un qui arrive dans une nouvelle ville et envers qui il y a de grandes attentes, pour composer ce qui deviendra l’un des plus grands succès des Eagles, ­«New ­Kid ­In ­Town».





Toutefois, l’histoire se répéta pour ­Carr à ­Los ­Angeles. Relégation au troisième ou quatrième trio, attentes déçues, blessures, etc. De plus, il y avait une grande animosité entre lui et son entraîneur, ­Bob Pulford. Pour sortir de cette situation fâcheuse, il eut recours à son agent, qui représentait également les ­Eagles. ­Celui-ci exigea alors aux ­Kings d’échanger ­Carr, sans quoi les ­Eagles ne joueraient plus au Forum d’Inglewood, en banlieue de L.A. C’est finalement le 1er novembre 1977 que ­Carr fut exaucé, alors qu’il fut échangé avec ­Dave «The Hammer» Schultz aux ­Penguins en retour de ­Syl Apps Jr. et du gendre de ­Bernard ­Geoffrion, ­Hartland ­Monahan.

C’est finalement dans la ville de l’acier que ­Carr répondit quelque peu aux espoirs placés en lui, alors qu’il récolta 17 buts (en plus des deux qu’il avait marqué avec les ­Kings) et 37 passes pour 56 points. Voulant capitaliser sur ces bonnes statistiques finalement obtenues, lorsqu’il devint autonome à la fin de la saison, il signa un contrat de trois ans pour 300 000 $ (une très coquette somme à l’époque) avec les Flames d’Atlanta. Ce fut toutefois une grave erreur des Flames.

L’année débuta sur un autre accident de la route où il bousilla sa nouvelle ­Mercedes. Sur la glace, ses performances retournèrent au point de départ et l’usure des blessures continua à faire son œuvre. Il ne joua que 30 matchs avec les ­Flames et fut éventuellement assigné aux Oilers de ­Tulsa de la ­Ligue centrale.

À l’été 1979 eut lieu le repêchage d’expansion pour annexer les quatre clubs survivants de l’AMH. La LNH ne fit pas de cadeau à ces nouveaux venus et les conditions d’admission furent difficiles. 
 
Parmi les joueurs à sélectionner, il y avait une grande quantité de mauvais contrats dont les équipes en place voulaient se débarrasser. Il y avait évidemment celui de ­Carr parmi ­ceux-ci. John Ferguson, alors ­directeur-gérant des ­Jets de Winnipeg, fut le dernier à parler. Pour ses deux dernières sélections, il se contenta de dire, plutôt dépité, qu’il prenait les deux derniers, sans même nommer ­Carr et ­Hilliard ­Graves, un joueur marginal des Canucks. Carr ne joua jamais avec les ­Jets, ni pour aucune autre équipe d’ailleurs.

En 465 matchs, il marqua 79 buts (24 % durant sa seule saison 1977-78) et amassa 136 passes, pour un total de 215 points.

Il retourna alors en ­Californie, où il travailla dans les studios hollywoodiens comme coordonnateur de transport pendant 24 ans. Toutefois, ses trois opérations au cou, six au dos, deux aux genoux et un remplacement d’une hanche laissèrent des traces et il dut se déplacer avec une canne, puis des béquilles et éventuellement un fauteuil roulant. Il put toutefois bénéficier d’un traitement expérimental aux cellules souches en 2015 pour l’aider un peu.

Après avoir finalement pris sa retraite, il est décédé en décembre dernier, à l'âge de 72 ans, des complications d'une opération au dos.

Sources :

"Sam’s shrewdness, Ruel lore’s pay off" de Pat Curran, June 11, 1971, Montreal Gazette, pages 17, 20,

"Four Rangers traded for three Blues", AP, November 16, 1971, Montreal Gazette, page 13,

"Grundman sert les ouïes à Marcel Aubut" de Claude Larochelle, 14 juin 1979, Le Soleil, pC2,

"Former NHLer Gene Carr and other ex-athletes offered a clean bill of hope" d’Allan Maki, November 6, 2015, The Globe and Mail (globeandmail.com),

"The new kid in town is back" de Charlie Hodge, June 10, 2017, Kelowna Capital News (kelownacapnews.com),

"Carr dies at 72, played 465 NHL games for 5 teams", December 14, 2023 (nhl.com),

hockeydraftcentral.com, wikipedia.org.