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jeudi 5 août 2021

Les grands voyageurs #7: Lonnie Loach

 
 
Celui-ci je ne savais pas si j'allais le classer dans la série des Joueurs oubliés des 90's ou celle des Grands voyageurs. Faut dire que les deux sujets sont souvent inter-reliés. Quand tu t'es promené beaucoup il y a des chances que tu sois aussi un oublié. Voici donc l'histoire de ce grand voyageur oublié des 90's, Lonnie Loach.

 

 
Lonnie Loach est né le 14 avril 1968 dans la petite ville de New Liskeard dans le nord-est de l'Ontario, environ à mi-chemin entre North Bay et Rouyn-Noranda. Ailier offensif de petite stature (5'-10" et 185 lbs), son gabarit, comme plusieurs petits joueurs de son époque, fut souvent un obstacle mais il aura quand même eu la chance d'avoir de bons coachs sur son chemin, ce qui lui donna de bonnes opportunités et à éventuellement se rendre brièvement dans la grande ligue. Le reste du temps il fut un joueur dominant des ligues mineures qui traina son baluchon dans plusieurs circuits...

Loach débuta son parcours junior avec la jeune équipe cendrillon des Platers de Guelph en 1985-86. Les Platers causèrent une certaine surprise cette année-là dans la OHL puisque l'équipe débuta comme club d'expansion en 1982 et était alors jusque là assez futile, cumulant trois premières saisons de 7-63-0, 20-46-4 et 21-40-5 respectivement. 
 
Mais en 1985-86, les Platters embauchèrent un jeune coach du nom de Jacques Martin qui mena l'équipe à une fiche de 41-23-2, le championnat de la OHL ainsi que la victoire de la Coupe Memorial. Pour sa part, Loach ne fut pas étranger à ces succès alors qu'il mena les Platers pour les buts et les points avec une fiche de 41 buts, 42 passes pour 83 points, ce qui lui valut le titre de recrue de l'année dans la OHL. Les Blackhawks en firent ensuite leur choix de 5e ronde, 98e au total du repêchage de 1986.


Cliquez pour une plus grande résolution de la moustache de Jacques Martin.
Ah et aussi en bonus Gary Roberts en Cooperall.



Loach joua ensuite deux autres saisons junior avant de débuter sa carrière professionnelle en 1988-89. Je vous rappelle ici mon nouveau concept depuis mon dernier texte sur Steve Bancroft alors que désormais je compte entre parenthèses le nombre de clubs où chaque grand voyageur a disputé un match professionnel. 
 
Il débuta avec le club-école des Blackhawks, les Hawks de Shaginaw (1) dans la IHL. Signe avant-coureur de sa future vie nomade durant cette première saison, il fut prêté quelques semaines aux Spirits de Flint (2) dans la même ligue. Il opta ensuite de débuter la saison 89-90 avec l'équipe nationale canadienne (3) mais cette expérience ne dura que 9 matchs. Il rejoignit ainsi le nouveau club affilié des Blackhawks, le Ice d'Indianapolis (4) mais il fut libéré après seulement 3 matchs. Il termina donc la saison avec les Komets de Fort Wayne (5) et c'en était fini de son association avec les Blackhawks. Déjà 5 chandails différents en seulement 2 saisons.
 


Il demeura à Fort Wayne avec les Komets (sous une nouvelle incarnation) en 1990-91 et ce fut bénéfique pour lui alors qu'il fut jumelé à un vétéran légendaire des ligues mineures, le futur entraîneur Bruce Boudreau. En fait il s'agissait de la première incursion de Boudreau comme entraîneur cette année-là alors qu'il était à la fois joueur et assistant-coach. Les deux brulèrent la IHL en 90-91 alors que Boudreau marqua 40 buts et obtint 120 points tandis que Loach connut sa meilleure saison à vie avec 55 buts et 76 passes pour 131 points, bon pour le premier rang de la ligue. Il aida les Komets à se rendre jusqu'en finale dans une cause perdante.

Cette belle saison attira l'attention des Red Wings qui le signèrent comme agent libre. Il se rapporta alors avec les Red Wings d'Adirondack (6) dans la AHL pour la saison 1991-92. Loach continua son beau travail et termina la saison au premier rang des compteurs de l'équipe avec 37 buts et 86 points. Il mena les siens également en séries avec 13 buts en 19 matchs et Adirondack remporta la Coupe Calder de 1992. Fait à noter, les Red Wings étaient aussi nouvellement affiliés aux Komets cette saison-là et amenèrent également Boudreau en renfort pour ces séries.

Cependant, il n'y avait que très peu de place au sein du grand club à Detroit et il fut laissé sans protection au repêchage d'expansion de 1992. Il fut donc sélectionné par les nouveaux Sénateurs d'Ottawa (7) avec qui il put enfin faire ses débuts dans la LNH en 1992-93. Il fut toutefois libéré par la nouvelle équipe après seulement trois matchs au début de la saison. J'imagine que Loach n'était pas sur la "vraie liste" de repêchage des Sénateurs alors qu'ils furent la risée de cette expansion lorsque leur laptop contenant leur liste de joueurs désirés n'avait pas de batterie, ce qui retarda la séance de plusieurs minutes et ils durent faire plusieurs sélections au pif...

Heureusement pour Loach, le nouvel entraîneur des Kings de Los Angeles (8) était son ancien coach à Adirondack, Barry Melrose. Ce dernier recommanda alors à l'équipe de le réclamer au ballotage. Avec les Kings, Loach joua 50 matchs durant le restant de la saison 92-93 et s'en sortit modestement bien avec 10 buts et 13 passes. Il joua également 4 matchs avec leur club-école, les Roadrunners de Phoenix (9) et fut utilisé lors d'un match de la finale en juin 1993 contre le Canadien, mais ce fut son dernier match avec les Kings.
 
Après la saison, il fut de nouveau placé sur la liste de joueurs disponibles au repêchage d'expansion et c'est ainsi qu'il passa cette fois avec la nouvelle organisation des Mighty Ducks d'Anaheim (10).

On pourrait croire qu'un nouveau club d'expansion serait enfin la véritable chance pour Loach de s'établir dans la LNH mais les Ducks le laissèrent choir dans les mineures avec les Gulls de San Diego (11) où il connut une autre bonne saison typique de 42 buts et 91 points. Il fut rappelé en février 1994 par les Ducks, mais il ne joua que trois matchs avec eux, ses derniers dans la LNH. Moi personnellement, c'est ainsi que j'ai connu Loach alors qu'il fait partie de l'édition des Mighty Ducks à NHL 94 et je l'ai donc "apprivoisé" lors de ma tentative de remporter la coupe avec cette équipe...

Il joua une autre saison dans le système des Mighty Ducks, mais il fut échangé des Gulls aux Vipers de Detroit (12) durant la saison 1994-95. Autre «Fun fact», c'était en retour de Miroslav Satan. 
 
Il connut une autre bonne saison en 95-96 avec les Vipers, terminant premier compteur de l'équipe avec 86 points. Par la suite il signa avec une nouvelle équipe en 1996-97, les éphémères Dragons de San Antonio (13), toujours dans la IHL.  Il y resta une saison et demie mais quitta l'équipe au milieu de la saison 1997-98. Probablement que l'équipe dut le couper par manque de fonds, car elle cessa ses activités après la saison. Loach termina alors l'année en Suisse avec le Zurich SC (14).

Il débuta ensuite la saison 1998-99 en Slovénie avec le Ljubljana Olimpija (15) mais cela ne dura qu'une douzaine de matchs, suite à quoi il revint dans la IHL, partageant le reste de la saison avec les Ice Dogs de Long Beach (16) et les Blades de Kansas City (17).

 

Probablement lassé de cette IHL de plus en plus instable, Loach prit la décision de joindre les rangs des River Otters du Missouri (18) de la United Hockey League (UHL) pour la saison 1999-2000. Il y trouva finalement un peu de stabilité pour terminer sa carrière tout en continuant de faire bouger les cordages à répétition. Il joua 4 saisons avec les River Otters accumulant 310 points en 239 matchs. Il fut toutefois prêté à deux reprises aux Wolves de Chicago (19) pour les séries de 2000 et 2001. Il fit également un court séjour de 3 matchs dans la AHL avec les Monarchs de Manchester (20) lors de sa dernière saison en 2002-03 suite à quoi il prit sa retraite.

Les River Otters retirèrent son numéro 33 par la suite et il passa derrière le banc de l'équipe en 2003-04, une saison de misère où l'équipe ne connut qu'une fiche de 17-51-8, avant de le congédier une fois la saison terminée.

Il tenta un retour comme joueur durant la saison 2005-06 toujours avec les River Otters où il joua un dernier 21 matchs avant de prendre sa retraite définitive. L'équipe cessa ses activités après cette dernière saison.

Il retourna ensuite en Ontario et a depuis rejoint l'entreprise familiale, Loach Asphalt.


En 56 matchs dans la LNH, sa fiche fut de 10 buts et 13 passes pour 23 points.
En 621 matchs dans la IHL, sa fiche fut de 265 buts et 378 passes pour 643 points.
En 260 matchs dans la UHL, sa fiche fut de 124 buts et 197 passes pour 331 points.


Sources:
River Otters Sign Lonnie Loach, Our sports central, 27 janvier 2006
Long Wait Finally Over for Ducks’ Loach, Los Angeles Times, 15 février 1994
1986 Memorial Cup champs, Hockeynewsnorth.com, 15 mai 2021

samedi 13 mars 2021

Les Choppers d'Albany



Si vous avez aimé le film Slap Shot pour l'histoire d'une équipe broche à foin qui peine à survivre dans le monde du hockey professionnel, alors vous allez adorer l'histoire des Choppers d'Albany. Cependant pour les Choppers on n'est pas dans la période instable des années 70, mais plutôt au début des ambitieuses et prospères années 90...



Nous débutons l'histoire en 1990 alors que la ville d'Albany dans l'état de New York vient de se doter d'un nouvel aréna moderne du nom du Knickerbocker Arena. Cet aréna d'une capacité de 17 000 sièges aurait même été considéré pour un possible déménagement d'une équipe comme les Nordiques ou les Jets à un certain moment, étant décrit à la fine pointe des amphithéâtres et dignes des meilleurs arénas de la LNH. Mais pour faire ses preuves, car il s'agissait d'un petit marché, Albany voulait débuter avec un club des ligues mineures. Il y eut donc des tentatives d'y déménager la franchise des Red Wings d'Adirondack, eux qui évoluaient dans la ville voisine de Glenn Falls à quelques 80 kilomètres d'Albany. Cependant, les Red Wings signèrent un bail à long terme à Glenn Falls et ces plans échouèrent, eux qui détenaient également des droits territoriaux sur cette région de l'état de New York qu'on appelle le ''Capital district'', Albany étant la capitale de l'état. Il était donc impossible d'établir un autre club de la AHL dans cette région.

Albany joignit donc plutôt les rangs de la fameuse et nébuleuse ''Global Hockey League'', une tentative de ligue concurrente à la LNH fondée par l'ancien fondateur de l'AMH Dennis Murphy qui se serait étendue jusqu'en Russie. L'équipe d'Albany aurait débuté dans cette ligue sous le nom des Admirals et même plus de 3,000 billets de saisons furent vendus. La ligue ne décolla cependant jamais et fut abandonnée rapidement par la suite.

Cependant, cette ''GHL'' et ce nouveau marché potentiel d'Albany avec son nouvel aréna tombèrent dans l'oeil de David Welker, propriétaire des célèbres Komets de Fort Wayne dans la IHL. Les Komets existaient dans cette ligue depuis 1952 mais connurent des années difficiles dans les années 80. Welker, propriétaire d'une entreprise de gravel dans l'Indiana, se porta au secours des Komets en 1987 mais ne put faire mieux avec l'équipe durant les trois saisons suivantes. 

Il déclara alors avoir perdu trop d'argent pour continuer d'opérer la franchise à Fort Wayne et que l'occasion du marché d'Albany était trop bonne pour ne pas sauter dessus. Il avait en tête que si 3000 personnes étaient prêtes à acheter des billets de saison pour une équipe qui n'existait même pas encore, il parviendrait à faire davantage d'argent à Albany, lui qui peinait à avoir 2000 abonnés à Fort Wayne.

Cependant, les gouverneurs de la IHL ne voulaient pas approuver ce déménagement. Historiquement, la IHL occupait principalement le territoire du midwest avec quelques incursions dans l'ouest, tandis que l'AHL était fermement campée sur la côte est et les maritimes. Il y avait en quelque sorte une entente non-écrite de non incursion en territoire ennemi entre les deux ligues. Lorsque Welker voulut déménager les Komets à Albany, la IHL ne voulait non seulement pas briser cette entente non-écrite, mais ne voulait également pas trop s'étendre à l'est de peur que les frais de transport n'augmentent considérablement pour ses équipes. Cela n'allait toutefois pas empêcher Welker et ses idées de grandeur. Dans l'une des pires décisions dans cette histoire, il proposa à la ligue de défrayer les coûts de transport pour six des équipes plus à l'ouest de la IHL, entre autres Kansas City, Phoenix et San Diego... La IHL accepta ces termes et la ligue obtint l'équipe la plus à l'est de son histoire jusque-là. Welker obtint ensuite un commanditaire majeur, la chaîne de supermarchés ''Price Chopper" et l'équipe adopta le nom Choppers et des couleurs à l'image de ce commanditaire. Les Choppers d'Albany allaient donc reprendre les rênes des anciens Komets pour la saison 1990-91.

La chaîne de supermarché Price Chopper, commanditaire principal de l'équipe
 

Vous vous en doutez sûrement, mais la AHL ne prit pas cette nouvelle du bon œil et se mit immédiatement en mode offensif. Seulement quelques jours après l'annonce du déménagement des Komets et de l'incursion de la IHL dans ses plate-bandes, la AHL convainquit les Red Wings d'Adirondack de renoncer à leurs droits territoriaux et annonça la création d'une nouvelle équipe également pour la saison 1990-91, les Islanders de Capital District, qui évolueraient dans la ville de Troy, située à seulement 15 minutes d'Albany. Les Islanders, évidemment affiliés aux Islanders de la LNH, joueraient leurs matchs au campus de l'université RPI, également hôtesse d'une excellente équipe dans la NCAA. La AHL savait que ce marché était trop petit pour contenir trois équipes professionnelles, en plus d'une équipe universitaire, mais tenta le pari quand même, croyant que cette nouvelle rivalité régionale entre les Red Wings et les Islanders (version AHL) remporterait cette guerre aux dépends de la nouvelle équipe d'Albany et la  IHL. L'équipe des Islanders était en fait un risque calculé pour éliminer les Choppers de la carte et si ça ne fonctionnait pas, ils pouvaient toujours déménager l'équipe ailleurs sans trop de regrets.

Donc, en plus de ces désavantages évidents d'avoir à défrayer ces frais de transport et la forte compétition du marché du Capital District, les Choppers avaient un autre bâton dans les roues avant même de jouer un seul match. Lorsqu'il s'était porté acquéreur des Komets en 1987, David Welker cessa toute affiliation comme club-école avec la LNH, faisant des Komets une équipe indépendante. Il y avait bien quelques joueurs prêtés ici et là par des équipes de la LNH, mais la majorité de l'alignement était des agents libres qui étaient donc payés par l'équipe et non pas par un grand club dans la LNH. Welker poursuivit dans cette veine à Albany avec ses Choppers.



Je n'ai pas vraiment compris pourquoi Welker avait cette philosophie particulière, lui qui déclara ne pas faire assez d'argent mais qui refusait ainsi les salaires défrayés par quelqu'un d'autre. Mais à ce qu'on peut voir jusqu'à maintenant, Welker était un drôle de moineau. Lors du départ des Komets, le proprio de l'aréna de Fort Wayne déclara que Welker était un très mauvais gestionnaire et promoteur. L'aréna avait d'ailleurs acquiessé aux demandes de Welker et avait baissé à plusieurs reprises le montant du bail de location des Komets dans le même effort communautaire pour aider la franchise à survivre à Fort Wayne. Et au lieu de faire sa part et d'investir dans la promotion pour les Komets, il préférait continuer de se battre avec la direction de l'aréna pour de plus grandes réductions et davantage de parts des gains du stationnement et des concessions entre autres. 

Le départ des Komets, une institution à Fort Wayne, ne fut d'ailleurs pas un long deuil pour les résidents de cette ville. Quelques semaines après l'annonce du déménagement, un groupe local se porta acquéreur de l'équipe dormante des Spirits de Flint, les déménagèrent à Fort Wayne et reprirent le nom et l'histoire des Komets. Il n'y eut donc pas d'interruption pour cette franchise malgré qu'elle redémarra avec de différents joueurs que l'année précédente. Ce même groupe, la famille Franke, est toujours propriétaire de cette franchise désormais membre de la ECHL. Dans toute l’Amérique du nord, seulement les ''Original 6'' ainsi que les Bears de Hershey dans la AHL ont joué aussi longtemps que les Komets sans interruption dans la même ville...

Mais bref, les Choppers étaient malgré tout prêts à débuter cette nouvelle ère à Albany à l'automne 1990. Ils avaient derrière le banc le célèbre Dave Allison, futur entraîneur éphémère des Sénateurs d'Ottawa en 1996 et membre de notre panthéon LVEUP avec un trophée à son nom. Au départ, les Choppers purent recevoir plusieurs joueurs en prêt de la part de plusieurs équipes de la LNH. Ce fut le cas des gardiens Bruce Racine et John Blue ainsi que plusieurs autres joueurs obscurs. Le meilleur joueur des Choppers était toutefois Alain Lemieux, frère de Mario, qui sortit de la retraite après une année sabbatique pour faire un retour en 1990-91 comme joueur autonome et principale tête d'affiche à Albany. 

Cependant, parmi la liste des joueurs sous contrat chez les Choppers, on retrouvait également un défenseur du nom de... David Welker. Le propriétaire s'est effectivement accordé un contrat le payant 11,000$ par année. Il avait en fait effectué cette signature pour pouvoir profiter de la couverture d'assurance maladie offerte par l'association des joueurs de la IHL... Ajoutez ça à la liste des affaires croches effectuées par Welker dans cette histoire.

On retrouve très peu de documentation sur les Choppers. Les seules photos que j'ai trouvé sont en noir et blanc comme celle-ci d'un match contre les Komets.

Les Choppers jouèrent donc leur premier match à domicile le 7 octobre 1990 contre les Wings de Kalamazoo, une défaite de 6-2 devant un peu plus de 3 000 spectateurs, beaucoup moins que la capacité de 15 000 sièges de cet amphithéâtre tout neuf. Malgré qu'il n'était pas totalement sur une autre planète et qu'il ne s'attendait évidemment pas à remplir cet aréna à sa capacité, Welker avait tout de même besoin d'une moyenne de 4 000 spectateurs par match pour rentrer dans son argent. Il n'avait toutefois pas vraiment fait d'efforts pour bien faire la promotion de son équipe (à son habitude) et donc rien ne semblait lever à Albany. En fait, même à Glenn Falls et à Troy les foules semblaient tourner autour de 2000-3000 par match. On assistait véritablement à une sursaturation du marché dans cette région, beaucoup trop petite pour autant d'équipes. On peut donc s'imaginer ce qui ce serait passé avec une équipe majeure...

Au moins, les arénas des Red Wings et des Islanders étaient configurés pour de plus petites foules tandis que le Knickerbocker Arena demeurait de plus en plus caverneux, alors que les foules allèrent en diminuant davantage à mesure que la saison progressait. De plus, Welker et l'organisation des Choppers semblaient masquer la réalité en gonflant leurs assistances enregistrées. Certains journaux locaux ont même enquêté sur ces chiffres en comptant eux-mêmes les têtes dans les estrades et arrivèrent généralement bien en bas du compte officiel de l'équipe, souvent à peine plus de 1000 spectateurs et souvent moins. Les quelques matchs où il y eut plus de 3000 personnes furent lors de soirées promotionnelles comme lors du match de l'action de grâce où l'aréna faisait tirer des billets pour un concert sold-out de Billy Joel. L'équipe arrêta par la suite de publier ses chiffres d'assistance...

Ce vidéo, la seule archive vidéo que j'ai pu trouver des Choppers, démontre bien deux choses, soit cet absence de spectateurs dans cet énorme aréna vide et également le peu de support corporatif de l'équipe.


Regardez bien les bandes presque entièrement blanches! La seule pub que l'on peut voir provient du commanditaire principal et dépositaire du nom de l'équipe, la chaîne Price Chopper...

D'ailleurs, parlant de ''couper les prix'' c'est effectivement ce que les Choppers durent faire. Les billets au centre de la glace, originalement très modiques à 12$, étaient désormais disponibles à 3$ si on parvenait à combiner plusieurs promotions quelques semaines après le début de la saison. La situation était tellement critique que des billets de saison furent donnés gratuitement à plusieurs membres du fan club de l'équipe. 

À partir du mois de décembre, les choses commencèrent à sérieusement déraper pour le club. Une agence de voyage locale actionna l'équipe pour défaut de paiement. Une station de radio locale retira également les matchs des Choppers de sa programmation après ne pas avoir reçu leurs paiements des trois premiers mois de la saison. Les joueurs qui n'étaient pas sous contrat avec la LNH commençaient également à voir leurs chèques rebondir à partir du nouvel an. Durant le mois de janvier, plusieurs matchs durent d'abord être votés par les joueurs non-affiliés des Choppers, à savoir s'ils acceptaient de jouer sans salaire. Il y avait 11 joueurs disponibles qui étaient payés par la LNH et ils se devaient d'avoir au moins 14 joueurs en uniforme. La majorité des joueurs opta tout de même de continuer car les Choppers s'accrochaient malgré tout à une possible place en séries.

Durant ce temps, les coffres continuaient de s'assécher et les Choppers commençaient à manquer cruellement d'équipement, particulièrement en ce qui concerne les bâtons. La légende raconte que lors d'un match qui s'est rendu en fusillade (la IHL étant la première ligue à adopter ce format), Allison avait utilisé quelques joueurs pour s'élancer mais parmi ses joueurs restants, un seul joueur avait encore un bâton toujours utilisable. Il a heureusement marqué et le match a pu se terminer par une victoire. Allison raconte également que l'équipe était tellement en manque de fonds qu'elle réutilisait le ruban des vieux bâtons brisés afin de faire le pommeau du manche sur les nouveaux... Il aurait également reçu de la charité de la part de ses collègues, qui lui auraient fait don de lames de patins et autres accessoires. L'équipe se servait également du ballottage pour se débarrasser de plusieurs contrats et recevoir de maigres compensations en retour. Ils durent d'ailleurs se départir de leur capitaine Dale Henry qui fut réclamé par l'équipe de Milwaukee. Cependant, Allison tenait absolument à récupérer son capitaine et dut envoyer Alain Lemieux, son meilleur joueur, à Milwaukee pour le ravoir.

Dave Allison, entraîneur des Choppers


Allison raconte également qu'il a emprunté des stratégies de Reggie Dunlop pour encourager ses joueurs malgré cette situation difficile. Il aurait entre autres acheté une boîte de cigares pour l'offrir à ses joueurs lors d'un séjour sur la route. Quand ils ont demandé d'où ces cigares provenaient, Allison leur déclara que c'était de la part des nouveaux propriétaires de Dallas. Un des running gags dans l'équipe était que lorsque le téléphone sonnait, la réplique ironique par excellence était ''Ah, ce sont les nouveaux propriétaires''.

En fait, il n'y avait aucun nouveau propriétaire à l'horizon malgré les supposées démarches de Welker pour se départir de l'équipe. Ce dernier n'aurait d'ailleurs pas souvent mis les pieds à Albany après le début de la saison. Il serait apparemment demeuré à Fort Wayne pour s'occuper de ses carrières.

Voyant cette débandade se produire, Price Chopper déclara en février qu'elle se retirait de l'aventure après cette saison 90-91 et que les Choppers devraient se trouver un nouveau commanditaire et un nouveau nom s'ils demeuraient à Albany. Le président de la compagnie déclara également que Welker était probablement le pire homme d'affaires qu'il ait rencontré. Beaucoup d'efforts avaient été déployés par la compagnie pour faire la transition des Komets à Albany, mais apparemment que Welker faisait la sourde oreille sur leurs conseils et propositions. Le président déclara qu'il n'avait pas reçu un seul appel de Welker après le début de la saison.



Finalement, après quelques matchs supplémentaires après cette annonce de Price Chopper, Welker mit la clé dans la porte et c'en était terminé des Choppers le soir de la Saint-Valentin 1991. L'équipe était alors sur le point de partir sur la route mais n'avait plus aucun actif, tout étant figé par la banque dû à la poursuite intentée par l'agence de voyage. La IHL ne tenta même pas de transférer d'urgence la franchise et préféra dissoudre l'équipe, la première fois en 30 ans dans cette ligue qu'une équipe ne termina pas la saison en cours. La ligue remania son calendrier de 82 matchs pour accommoder les autres équipes.

La fiche des Choppers fut de 22 victoires, 30 défaites et 3 défaites en prolongation/fusillade en 55 matchs.

En guise de bonne foi, le propriétaire des Islanders de Capital District honora les abonnements de saison des quelques 200 abonnés des Choppers pour venir voir ses Islanders. La plupart des joueurs des Choppers réussirent à se trouver un autre poste ailleurs pour terminer la saison et beaucoup d'entre eux terminèrent malgré tout sur une excellente note. Le capitaine Dale Henry ainsi que le gardien Rick Knickle et le défenseur Emanuel Viveiros se retrouvèrent avec les Indians de Springfield dans la AHL et remportèrent la Coupe Calder. Le nouveau meilleur joueur des Choppers après le départ de Lemieux, Yves Héroux, se retrouva pour sa part avec les Rivermen de Peoria, toujours dans la IHL et remporta la Coupe Turner. Ironiquement, les finalistes de ce championnat étaient les nouveaux Komets de Fort Wayne, alors beaucoup mieux en shape que lors des années de Welker... Pour sa part, Allison se trouva également du boulot, terminant la saison comme entraîneur-chef des Renegades de Richmond dans la ECHL.

C'en était donc terminé des Choppers, mais Albany revint ensuite sur la scène en 1993 lorsque naquit la franchise des River Rats, club-école des Devils dans la AHL. Les Red Wings renoncèrent alors à leur droit territorial et acceptèrent cette nouvelle réalité qui avait tout de même fonctionné avec les Islanders de Capital District. Ce sont en fait les Islanders qui déménagèrent à Albany... Les River Rats apprirent cependant des erreurs des Choppers en étant une équipe affiliée, avec de bonnes promotions et optèrent de reconfigurer l'aréna en abaissant des rideaux recouvrant les niveaux supérieurs durant leurs matchs d'une capacité désormais plus raisonnable de 7000 places. Ils remportèrent la coupe Calder en 1994-95, même année que le grand club au New Jersey.

 

River Rats d'Albany

Les River Rats furent en place jusqu'en 2010 et apparurent ensuite les Devils d'Albany de 2010 à 2017. L'équipe déménagea à Binghamton par la suite après plusieurs saisons au dernier rang de la AHL pour les assistances... Aucune équipe de hockey n'y a élu domicile depuis.

Cet épisode fâcheux pour la IHL était en fait un signe avant-coureur de ce qui allait se passer par la suite. N'ayant pas appris de cette erreur, la ligue prit encore plus d'expansion durant la décennie avec encore plus d'équipes aux quatre coins du continent (dont brièvement Québec et Winnipeg), en plus de tenter de concurrencer directement la LNH et s'aliénant cette dernière qui établit davantage une synergie avec la AHL. La ligue dut finalement fermer boutique en 2001. (Voir texte du 28 janvier 2016).

Pour leur part, les Komets de Fort Wayne quittèrent le bateau en détresse de la IHL en 1999 et joignirent les rangs de la UHL (United Hockey League). Ils jouèrent ensuite dans la CHL de 2010 à 2012 et sont depuis membres de la ECHL. Ils remportèrent les grands honneurs de leur ligue respective en 1993, 2003, 2008, 2009, 2010 et 2012.

Parmi les 45 joueurs qui ont porté les couleurs des Choppers, peu d'entre eux ont joué dans la LNH par la suite, la plupart étaient des joueurs vagabonds des mineures et quelques-uns avec quelques matchs de joué dans la LNH dans les années 80. Le seul jeune joueur d'importance qui a connu une carrière significative par la suite fut le robuste défenseur Paul Laus, qui joua plus de 500 matchs avec les Panthers en plus d'être co-capitaine de l'équipe en 2001-02 avec Pavel Bure

Pour sa part, David Welker jura de ne plus jamais opérer une équipe de hockey et retourna à sa compagnie de gravel. Les dettes encourues par les Choppers le rattrapèrent toutefois en 1992 et il dut déclarer faillite. 

Il n'a également jamais été capable de se prévaloir de sa couverture d'assurance comme faux joueur de la IHL.

Il est décédé en 2011.

Sources:

Just like 'Slap Shot': Remembering the Albany Choppers hockey team, Times Union, 13 février 2016
Vintage Ice Hockey
THE IHL'S DIRTY LITTLE SECRET: THE 1990-91 ALBANY CHOPPERS, Chuckthewriter.com
Owner says Komets out of Fort Wayne, UPI, 12 juin 1990
Former Komets Owner David Welker Passes, Oursportscentral.com, 11 avril 2011
Komets owner caused mess, coliseum manager says, kometslegends.com

lundi 11 mai 2009

Les Komets de Fort Wayne, toujours champions...


La septième plus vieille équipe professionnelle en Amérique du Nord, après les "Original Six" et les Bears de Hershey, les Komets de Fort Wayne, viennent de remporter leur second championnat de la coupe Turner de suite et la sixième de son histoire. La coupe Turner est remise à chaque année au champion de la Ligue Internationale de Hockey.

L'histoire de cette ligue est un peu étrange. Vous n'êtes pas sans savoir que la Ligue Internationale de Hockey était une ligue mineure professionnelle qui exista de 1945 à 2001. La ligue disparut à la fin de la saison 2000-01 et les équipes prirent différentes avenues. Six équipes (les Wolves de Chicago , les Griffins de Grand Rapids, les Aeros de Houston, les Grizzlies de Utah, les Admirals de Milwaukee et les Moose Manitoba) se joignirent à la ligue rivale, la Ligue Américaine, et d'autres équipes se joignirent à d'autres ligues inférieures comme la United Hockey League et la East Coast Hockey League. La Ligue internationale avait été fondée dans la région de Detroit et de Windsor, donc les marchés naturels de cette ligue se retrouvaient notamment au Michigan, dans des villes comme Kalamazoo, Fort Wayne, Flint et Muskegon. La Ligue Internationale n'avait pas beaucoup de plans pour des villes à petits marchés comme celles nommées plus haut, préférant se concentrer sur le grosses villes américaines n'ayant pas d’assises dans la NHL, et abandonna ses petits marché naturels du Michigan pour des plus grosses villes. Une ligue plus régionale nommée la Colonial Hockey League apparut dans les années 90 afin de couvrir ces petits marchés. Cette ligue fut renommée United hockey League à la fin des années 90 et elle revendiqua le nom Ligue Internationale en 2007, prétextant que la ligue possédait en son sein les marchés originaux de cette ligue. Et en se renommant International Hockey League, la ligue restaura la Turner Cup, trophée de championnat de l'ancienne International Hockey League.

Ce qui fait que maintenant cette International Hockey League est une ligue plutôt régionale où seulement 6 équipes qui sont pour la plupart des clubs affiliés aux Red Wings de Detroit. Seuls les Komets de Fort Wayne ne sont pas affiliés à une équipe. Les Komets de Fort Wayne (Indiana) furent fondés en 1952. Ils firent la pluie et le beau temps dans la ligue internationale jusqu'en 1999. Ne pouvant entretenir une équipe dans un petit marché comme Fort Wayne dans une ligue qui se développait de plus en plus vers de grands marchés, les Komets se rétrocédèrent vers une ligue inférieur. Ils avaient à la fin des années 90 une masse salarial qui était d'environ 2 millions de dollars avec le coût des billets moyens qui était autour de 12$ et ils ne recevaient également pas de revenus par une affiliation à une équipe de la NHL. Les Komets ont d'ailleurs la particularité de n'avoir jamais été un club école... Donc ils payèrent le prix de leur indépendance en se rétrocédant à une ligue inférieure.

Les Komets semblent une institution dans leur ville. Les gens de cette ville peuvent quand même être fiers d'avoir une des plus vieilles équipes de hockey professionnelles en Amérique du Nord ayant conservé son nom d'origine. Pour ma part, ça fait un petit bout que je caresse l'idée d'aller voir un match des Komets à Fort Wayne. Mais ça reste un projet à très long terme...

Bravo aux Komets!