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dimanche 25 juin 2023

Charles Gavan Power


Même si quelqu’un a beaucoup de talent, il peut arriver que le hockey ne soit qu’un des nombreux chapitres qui définissent le parcours d’une personne. Ken Dryden est probablement celui qui symbolise le plus ce genre de situation. Par contre, sur son remarquable chemin, le hockey est l’étape qui le définit le plus.  Dans le cas de Charles Gavan Power, ce ne fut qu’un bref épisode.

Il est par ailleurs impossible de mentionner celui qu’on surnommait "Chubby" sans parler de cette famille des plus en vue de la ville de Québec.

Lorsque Charles se joignit au Québec Hockey Club (surnommé "Bulldogs") en 1907, il y rejoint son frère Joe. À ce moment, l’équipe évoluait dans la Eastern Canada Amateur Hockey Association (ECAHA). En 1908, lorsque Charles devint un régulier, il sera rejoint par James (surnommé "Rockett"), qui y joua de façon plus ou moins régulière. Ainsi, les Šťastný n’étaient pas le premier trio de frères à jouer au hockey à Québec.

Chubby évoluait parfois au centre, parfois à la défunte position de "rover" (qu’on pourrait traduire par maraudeur, mais à l’époque, René Lecavalier ne s’était pas encore attardé à franciser le vocabulaire). Lors de sa formation en 1910, la NHA (l’ancêtre de la LNH) abandonna cette position qui n’avait pas d’endroit fixe et ne conserva que six joueurs sur le jeu. Les autres ligues suivirent plus tard.

Le 18 janvier 1908, au troisième match de la saison, les Bulldogs recevaient le Montreal Hockey Club (affilié au Montreal Amateur Athletic Association ou MAAA, qui existe toujours) au Patinoir (sans "e") Québec. Comme Montréal arriva en retard à Québec, le match débuta à 21h25, avec près d’une heure de retard. Le duel vira rapidement en faveur des locaux et les frères Power y contribuèrent amplement. Charles compta 4 buts et Joe en ajouta 2 autres. Le plus étonnant, c’est que ce ne fut pas suffisant pour faire de Charles la grande étoile du match. Ed Hogan en marqua autant que lui, pendant qu’Herb Jordan les surpassa avec 7. Québec l’emporta 18-5.

À peine une semaine plus tard, Charles reprit où il avait laissé. Québec affrontait alors les Wanderers à l’Aréna de Montréal. Ceux-ci étaient toutefois des adversaires beaucoup plus coriaces que le Montreal HC.

L’arbitre désigné fut "Bad" Joe Hall, un joueur au style pour le moins robuste qui s’alignait avec le Montreal HC. C’est un peu comme si aujourd’hui on demandait à Tom Wilson d’arbitrer un match entre les Rangers et les Islanders. Quant au juge de ligne, il s’agissait de Jack Marshall, qui portait alors les couleurs des Shamrocks de Montréal. (Sans oublier que Joe Power était à ce moment vice-président de la ligue.) Dans la ECAHA, le premier "A" signifiait amateur, bien qu’il s’agissait de la première année où des joueurs pouvaient ouvertement se déclarer professionnel, à leur choix. Par contre, l’approche amateur demeurait à bien des niveaux. On s’arrangeait donc à la bonne franquette, entre amis (et adversaires). C’était une autre époque…

Pour le match lui-même, les Wanderers affichèrent leur supériorité en venant à bout des Bulldogs par la marque de 13-8 devant 5000 spectateurs. Les Power fournirent alors tout de même l’essentiel de l’opposition, lorsque Joe compta un but et Charles en compta cinq. En fait, l’a-t-il vraiment fait? Le Soleil affirme que oui, mais la Gazette de Montréal en attribua deux de ceux-ci à Jordan. La Presse et La Patrie se situèrent entre les deux en créditant quatre buts à Charles. Le moins qu’on puisse dire, c’est que les statistiques n’étaient pas compilées de façon aussi minutieuse que de nos jours. C’était définitivement une autre époque… Dépendamment de la version, en deux matchs à une semaine d’écart, Charles a donc marqué 7, 8 ou 9 buts…

À la fin de sa saison, Power totalisa 22 buts (ou 23?, je ne suis plus sûr) en 10 matchs.

Charles revint avec les Bulldogs pour la saison 1908-09. Son frère Joe était toujours son coéquipier, en plus de devenir président de la ligue. Dans une campagne qui contenait maintenant 12 matchs, il ne marqua pas moins de 30 buts.

Il décida ensuite de tirer un trait sur sa carrière de hockeyeur (où il avait conservé son statut d’amateur) pour reprendre ses études. Après avoir fréquenté Loyola College (faisant aujourd’hui partie de l’Université Concordia) avant de se joindre aux Bulldogs, il prit la décision d’aller étudier le droit à l’Université Laval, ce qui lui permit de devenir avocat.

Le contexte mondial était toutefois volatile à cette époque et en 1914, la guerre éclata. Charles s’enrôla d’abord comme simple soldat, avant de devenir officier. Il fut blessé sérieusement deux fois, dont pendant la bataille de la Somme, en France. Rapatrié au pays en 1917, Charles amorça alors un autre chapitre de sa vie professionnelle qui, encore une fois, avait un volet familial.

Son père William avait été député fédéral libéral de Québec-Ouest de 1902 à 1908, avant de revenir en 1911. À l’élection de 1917, il décida de céder sa place. Au cœur de la crise de la conscription, Charles décida de tenter sa chance dans Québec-Sud avec les Libéraux de Laurier (les Libéraux demeurés fidèles à l’ancien premier ministre Wilfrid Laurier, qui s’opposait à la conscription, plutôt que de se joindre au gouvernement unioniste).

Power fut à la Chambre des communes sans interruption pendant 38 ans. Il a occupé au fil des ans plusieurs postes de ministre, dont les postes, les pensions et la santé nationale et la défense. Il a d’ailleurs œuvré à la mise en place d’un escadron canadien-français, le 425 Alouette, qui a d’ailleurs inspiré le nom de l’équipe de football.

Lors de la crise de la conscription de 1944, Power quitta le gouvernement de Mackenzie King pour siéger comme libéral-indépendant, avant de plus tard réintégrer le caucus libéral.

En 1955, il fut nommé au sénat, et c’est son fils Francis qui prit sa place dans Québec-Sud, s’ajoutant ainsi à une longue lignée de politiciens, qui en plus de comprendre William et Charles, inclut Joe, qui fut député provincial de Québec-Est, William Gerard, frère de Charles et Joe et qui siégea au Conseil législatif du Québec (le défunt "sénat québécois") et Lawrence Cannon, le petit-fils de Charles, qui fut ministre à Québec, avant de devenir ministre des affaires étrangères à Ottawa sous Stephen Harper. Comme pour le hockey, la politique est une affaire de famille chez les Power.

Charles Power est décédé en 1968, à l’âge de 80 ans.

Sa mémoire a été honorée en 2014 lorsqu’une plaque en son honneur a été dévoilée au Cercle de la Garnison de Québec.

Sources :

Durand, Marc, La Coupe à Québec, Les Bulldogs et la naissance du hockey, Éditions Sylvain Harvey, 2012, pages 64 à 68, 152 à 154,

"Hockey – Championnat Senior", 18 janvier 1908, Le Soleil, page 11,

"Hockey – Une victoire facile", 20 janvier 1908, Le Soleil, page 3,

"Quebec, 18; Montreal, 5. Montreal Forwards Suffered From Lack Of Team Work.", January 20, 1908, Montreal Gazette, page 4,

"Une victoire signalée pour les Wanderers", 27 janvier 1908, La Patrie, page 2,

"Les Wanderers et Ottawa victorieux", 27 janvier 1908, La Presse, page 3,

"Hockey – Les champions gagnent", 27 janvier 1908, Le Soleil, page 3,

"Quebec Defeated ", Montreal Gazette, January 27, 1908, page 2,

"La mort du sénateur Power", 1er juin 1968, Le Soleil, page 4,

"«Chubby» Power honoré par le gouvernement du Canada", 6 juin 2014, Le Soleil, page 20,

"Chubby Power honoré par le gouvernement du Canada", de Marc Durand, 6 juin 2014, quebecbulldogs.com,

museebagotville.ca, wikipedia.org.

mercredi 14 juin 2023

La famille Staline et le hockey




 

Vasily Iosifovich Staline est né le 21 mars 1921 à Moscou, un an avant que son célèbre père, Joseph Staline, ne devienne le successeur de Vladimir Lénine à la tête de l'URSS. Il était le deuxième enfant de Joseph, et premier de son deuxième mariage. 

Son enfance fut difficile alors qu'il fut largement ignoré par le père et même la mère, Nadezhda Alliluyeva, qui refusait de se soumettre aux ordres de Joseph de rester à la maison pour s'occuper des enfants. Vasily fut donc élevé principalement par des bonnes et des gardes du corps. En 1932, après une dispute entre les deux parents, Nadezhda fut retrouvée morte, s'étant suicidée par arme à feu. Les enfants Staline, soit Vasily et sa soeur Svetlana, furent induits en erreur pendant 10 ans avant de savoir la vérité sur la mort de leur mère, croyant jusque là qu'elle était morte d'une appendicite. La mort de sa mère eut un profond impact sur Vasily, qui commença à boire abondamment dès l'âge de 13 ans et qui ne vit que très rarement son père par la suite, lui qui le trouvait indigne.

Élève moyen sinon médiocre et turbulent à l'école, Vasily débuta son service militaire à 17 ans et commença à servir au front en août 1941 sous le nom de famille de Ivanov, pour dissimuler son identité. Mais ses supérieurs, voulant attirer la faveur du père, l'envoyèrent rarement au combat et lui donnèrent des promotions rapides et probablement non-méritées. Il abattit toutefois au moins 2 avions au combat. Il devint à 24 ans le plus jeune majeur-général de l'Armée rouge. 
 

Après la deuxième guerre mondiale, il commença à cultiver un intérêt pour le sport, particulièrement le hockey. Il participa à la création d'une équipe pour représenter les forces aériennes russes, le VVS Moscou, dont il devint président et directeur-général.
 
Logo du VVS Moscou
L'équipe débuta dans la ligue de championnat de Russie dès la saison 1946-47, première saison de l'histoire de la ligue. Anatoly Tarasov, surnommé le «père du hockey Russe» et futur créateur de la puissante équipe nationale de Russie, y débuta sa carrière comme joueur-entraîneur. 
 
Mais après une seule saison, Tarasov se disputa avec Vasily Staline et quitta l'équipe pour aller fonder le légendaire club du CSKA Moscou, qui deviendra le principal rival du VVS. 
 
Ces deux équipes représentant l'armée russe se livreront alors leur propre guerre interne de recrutement (parfois forcé) et de pillage de joueurs des autres clubs de la ligue. Vasily utilisa particulièrement son influence et son prestige pour parvenir à ses fins, comme par exemple le recrutement entier du premier trio d'un autre rival, le Spartak Moscou, au début de la saison 1948-49.

Lors de la saison 1949-50, Stalin continua son recrutement agressif en soutirant un joueur du nom de Viktor Shuvalov, joueur vedette du faible club du Dzerzhinets Chelyabinsk, en plus de celui qui était considéré comme le meilleur gardien de la ligue, le letton Harijs Mellups, qui venait de remporter le titre de gardien de l'année lors des trois saisons précédentes avec le Dinamo de Riga.
 
Vsevolod Bobrov avec le VVS Moscou

 
Mais le meilleur coup de Staline fut envers le CSKA en leur soutirant Vsevolod Bobrov, celui qui est considéré comme la première supervedette du hockey russe, et qui était d'ailleurs aussi une vedette au bandy et au soccer. Bobrov termina sa carrière avec 254 buts en 130 matchs, et fut plus tard comparé à Wayne Gretzky par Tarasov lui-même. Cependant, Bobrov était en froid avec ce dernier à cause de son jeu défensif, et accepta avec joie de joindre le VVS. Il deviendra un grand ami de Vasily Staline, qui organisait apparemment de grandes beuveries extravagantes en honneur de son joueur vedette après chaque match. 
 
Un film biographique fut même réalisé à partir de cette histoire en 1991, intitulé «Mon meilleur ami, le général Vassili, fils de Joseph», que je vous inclus intégralement ici parce que je l'ai trouvé sur YouTube... Je comprends rien de l'histoire mais ça a un peu l'air d'un «Lance et Compte» russe...



Bobrov deviendra joueur-entraîneur durant cette saison 1949-50 suite au renvoi de l'entraîneur précédent après quelques matchs. La puissante équipe de Staline avait donc en vue de remporter son premier championnat et de freiner la domination du CSKA, champion lors des deux années précédentes.

Cependant, le sort en fut tout autrement. Le 7 janvier 1950, l'équipe prit l'avion pour un match à Chelyabinsk. Les conditions météo étaient très mauvaises et l'avion dut plutôt tenter d’atterrir dans la ville voisine de Sverdlovsk (aujourd'hui Ekaterinbourg). L'entreprise échoua toutefois, et l'avion s'écrasa, tuant l'entièreté des 19 passagers à bord dont 11 joueurs du VVS, ainsi que le docteur et le massothérapeute de l'équipe. Trois joueurs éviteront toutefois la mort; Bobrov, Shuvalov et le défenseur Alexander Vinogradov. Ce dernier était suspendu pour s'être battu, tandis que Shuvalov avait été ordonné de ne pas jouer ce match contre Chelyabinsk par Staline lui-même qui voulait éviter les représailles violentes de la part des fans de l'ancienne vedette locale. L'équipe avait auparavant subi des représailles du genre après le vol du premier trio du Spartak l'année précédente. Bobrov pour sa part, aurait manqué le vol car il s'était réveillé trop tard et n'avait pas entendu son alarme. Il était en voyage en train lors de ces événements...

Parmi les joueurs décédés, on trouvait ce premier trio d'ex-Spartak discuté précédemment, qui était constitué de Ivan Novikov, Zdenek Zigmund, ainsi que Yuri Tarasov, qui était le frère du célèbre Anatoly. Le gardien Mallups fut lui aussi parmi les victimes, lui qui n'avait que 23 ans et qui était devenu père la semaine précédente et qui n'aura jamais pu voir son fils. Il recevra un autre titre de gardien de l'année, cette fois malheureusement à titre posthume.




Comme on était en pleine ère de communisme stalinien, le jeune Staline voulut complètement étouffer l'affaire, ne voulant pas que son père et le public soient au courant. Aucune mention de l'écrasement ne fut publiée dans la presse, les familles des joueurs furent laissés dans l'ignorance et les corps furent enterrés à la va-vite dans une fausse commune près du lieu de l'écrasement.

Et ne voulant pas que s'ébruite la disparition de ses joueurs manquants, Staline reconstruisit rapidement son équipe et parvint malgré tout à lui faire jouer ce match contre Chelyabinsk et le reste de la saison en remplaçant la majorité des joueurs décédés par des joueurs au même nom de famille...
 
Donc, lors de ce qu'on pourrait appeler un repêchage d'expansion digne de la «Twilight Zone», Staline trouva apparemment d'autres joueurs aux noms de Novikov, Zigmund, Tarasov, Moissev, etc...  
 
Pavel Zhiburtovich
Même que l'attaquant Yuriy Zhiburtovich fut remplacé par son frère, Pavel Zhiburtovich... qui ignorait probablement le sort de son frère. 
 
Il n'y avait cependant pas que des «faux joueurs» désormais avec le VVS alors qu'un des remplaçants à la défense pour l'équipe fut une autre figure légendaire du hockey russe, soit Viktor Tikhonov, futur entraîneur de l'équipe nationale et du CSKA. J'ignore toutefois si Tikhonov remplaça un autre joueur avec son véritable nom ou un nom «d'emprunt»...
 
Avec cette équipe «reconstituée» mais toujours puissante avec l'apport (et surtout présence divine) de Bobrov et Shuvalov, le VVS Moscou remporta ce match contre Chelyabinsk par la marque de 8-3. Pour éviter des soupçons supplémentaires ou pour se protéger, Staline ordonna aux annonceurs et à la presse de ne publier le sommaire qu'avec seulement les noms de famille des joueurs, sans prénom. Apparemment que Staline père n'a effectivement jamais eu bruit de cet écrasement.
 
La saison s'achevait toutefois et le VVS termina avec une fiche de 16-5-1 en 22 matchs, bon pour le 4e rang de la ligue, baissant de nouveau pavillon contre le CSKA qui termina au premier rang. Staline et le VVS Moscou se relevèrent toutefois de cette saison mouvementée avec la dominance de son premier trio toujours composé de Bobrov, Shavalov ainsi que Yevgeny Babich, un autre joueur vedette soutiré du CSKA et ami de Bobrov. Staline régla également le trou laissé dans les buts avec la mort de Mallups en volant de nouveau le CSKA avec le recrutement de Grigory Mkrtychan.
 
Bobrov termina cette saison 1950-51 avec 43 buts en 15 matchs (!) et le VVS Moscou remporta le premier championnat de son histoire, ainsi que les deux saisons suivantes.
 



Cependant, après ces trois championnats consécutifs, Joseph Staline subit une hémorragie cérébrale et mourut 4 jours plus tard, le 5 mars 1953. Il fut aussi spéculé qu'il aurait été empoisonné par des membres de son équipe politique, une thèse hautement secondée par Vasily lui-même, qui lors d'un épisode de rage et d'état d'ébritété avancé, aurait insulté les docteurs et les officiels présents. Il arrêta aussitôt ses fonctions au sein du VVS qui fut ensuite dissout et intégré au CSKA suite à l'arrivée du successeur de Staline, Nikita Khrouchtchev, et le début de la «déstalinisation». 
 
Ne pouvant plus profiter de la protection que son nom de famille lui avait jusque-là procurée, Vasily fut forcé de se retirer de l'armée russe et il fut peu après arrêté le 28 avril 1953 suite à une visite au restaurant avec des diplomates étrangers. Il fut accusé de propagande anti-soviétique et condamné à 8 ans de prison, qu'il servit sous le nom de Vasily Pavlovich Vasilyev pour éviter toute tentative de représailles contre lui. Ayant pitié de lui, Khrouchtchev le libéra en 1960 et lui rendit ses médailles militaires. Il mourut toutefois dans un certain anonymat assombri d’un profond alcoolisme le 19 mars 1962, 5 jours avant son 42e anniversaire.

Après la dissolution du VVS Moscou, Vsevolod Bobrov rejoignit les rangs du CSKA en compagnie de Shavalov et Babich qui continuèrent leur dominance du hockey soviétique. Les trois firent d'ailleurs partie de l'équipe nationale aux Olympiques de 1956, avec Bobrov comme capitaine, et ramenèrent la première médaille d'or olympique de la Russie de ce tournoi, commençant officiellement la domination russe à l'échelle internationale. Bobrov mena le tournoi avec 9 buts.


Yevgeny Babich, Viktor Shuvalov et Vsevolod Bobrov


Après sa retraite comme joueur, Bobrov devint entraîneur-chef du Spartak Moscou et brièvement pour l'équipe nationale, notamment durant la Série du Siècle de 1972. Bobrov mourut en 1979 à l'âge de 56 ans et fut introduit au temple de la renommée du hockey international (IIHF) en 1997, soit lors de la première année de l'existence de ce temple.

En plus d'avoir été un des chanceux qui ont évité la mort lors de l'écrasement de 1950, Viktor Shuvalov vécut très longtemps, devenant le dernier joueur encore vivant de cette époque de l'émergence du hockey russe. Il mourut finalement en 2021 à l'âge de 97 ans, suite à des complications reliées à la Covid-19.

J'ignore quand et comment les familles des joueurs décédés lors de l'écrasement de 1950 furent mis au courant de ce secret et des manigances de Vasily Staline. Une plaque fut toutefois érigée en leur mémoire près du lieu de leur enterrement.



Une comédie du nom de «The death of Stalin» est sortie en 2017 où ces faits sont de nouveau relatés:


 

Conway's Russian Hockey Blog
Soviet Union ice hockey great Shuvalov dies at 97, Insidethegames.biz, 20 avril 2021
Eliteprospects.com


mercredi 5 avril 2023

Hockey, sponsors et dictature: Les courts moments de Muammar Kadhafi dans l'univers du hockey...



 


L'allemand Heinz Weifenbach, surnommé «Big Heinz», avait d'abord fait sa fortune dans le développement immobilier, avant de se lancer dans le hockey professionnel en achetant le club ECD Iserlohn dans la Bundesliga en 1981. Weifenbach revait d'un championnat et tenta au fil des années de garnir son club d'autant de joueurs vedettes (lire importés) que possible, dont plusieurs canadiens. Il avait même réussi à acquérir les services de l'attaquant Jaroslav Pouzar, qui était fraîchement couronné de trois bagues de la coupe Stanley avec les Oilers d'Edmonton.

Cependant, les finances du ECD Iserlohn étaient un vrai foutoir. Les joueurs, surtout les joueurs vedettes, étaient payés, quelquefois avec des tours de passe-passe de la part du comptable de l'équipe. Ceux qui n'étaient pas payés étaient plutôt les agents du fisc allemand, réclamant l'équivalent de plus de 3 millions en impôts non-payés par l'équipe.

Heinz Weifenbach
À l'aube de la saison 1987-88, la situation était tellement dramatique que le fisc allait directement perquisitionner les joueurs du club, enquêtant sur leurs avoirs en réquisitionnant leurs relevés de paie et allant jusqu'à confisquer leurs biens, saisir leurs voitures et même les empêcher de pratiquer en mettant le cadenas sur le vestiaire. Nouvellement signé par l'équipe, l'ancien attaquant vedette des Sabres Danny Gare fut choqué du traitement réservé à ses coéquipiers, quitta l'équipe et confirma sa retraite.

Ne pouvant pas éviter les agents fédéraux très longtemps, Weifenbach dut alors user de créativité pour trouver davantage de sponsors et remettre son équipe à flot. C'est alors que le maire d'une des banlieues d'Iserlohn le mit sur une piste on ne peut plus loufoque, soit d'aller demander de l'aide financière à l'étranger, et pas n'importe où, soit en Libye en la personne de Muammar Kadhafi, leader du pays, ou plus précisément auto-proclamé «Dirigeant de fait de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste», depuis sa prise du pouvoir en 1969 jusqu'à sa mort en 2011.

Vers la fin novembre 1987, Weifenbach prit l'avion pour Tripoli et fut accueilli en grande par le gouvernement Libyen, avec des prestations de danseuses sous des tentes directement sur le tarmac de l'aéroport. Kadhafi, qui ne connaissait rien au hockey, n'ayant que visionné une videocassette lui démontrant le sport, rencontra Weifenbach et quelques journalistes. Il accepta de financer l'équipe pour 900 000$, ce qui permettrait à Weifenbach de terminer la saison.

Il y avait toutefois une condition à ce financement. Pour recevoir son soutien financier, l'équipe se devait de promouvoir le «Livre vert» de Khadhafi sur son chandail. Paru en trois tomes à partir de 1975, le livre vert était en quelque sorte le manifeste de Kadhafi où il expliquait les fondements de sa pensée politique et sa conception du socialisme. Un peu comme le Petit livre rouge de Mao Zedong ou le Mein Kampf d'Adolf Hitler, le livre vert deviendra le symbole du long régime de Kadhafi.

Kadhafi et son «Livre vert».

Kadhafi et Weisenbach tenant le Livre vert lors de leur rencontre en novembre 1987

 

Donc, Weifenbach rentra en Allemagne avec en poche cette entente avec le gouvernement lybien. Il annonça à ses joueurs la grande nouvelle que l'équipe était sauvée, qu'ils avaient une chance de remporter le championnat, et leur présenta leur nouveau chandail. Tout ce que les joueurs avaient à faire était de le porter pour seulement six matchs, suite à quoi Kadhafi leur enverrait l'argent.

Les joueurs, étant d'abord surpris, ont toutefois accepté l'entente, étant traditionnellement de l'école où l'argent mène, voulant avant tout jouer au hockey. Ils étaient de toute manière habitués de porter n'importe quoi de sponsorisé dans ces ligues européennes.

C'est donc le 4 décembre 1987 que les fans du Iserlohn purent voir le nouveau chandail de leur équipe favorite. Devant une salle comble de plus de 6000 spectateurs (dans un aréna d'une capacité de 4800), dont plusieurs déguisés en Kadhafi, le ECD Iserlohn croyait que sa saison était repartie du bon pied. 

Cependant, la fédération du hockey allemand n'était pas du tout enchantée de cet accord et voulait voir disparaître ce livre vert du chandail du ECD Iserlohn. Les médias s'en donnaient également à cœur joie et même le ministre de l'intérieur Friedrich Zimmerman déclara qu'il s'agissait «d'une mauvaise blague en flagrante violation envers la neutralité politique du sport». Et aux yeux de plusieurs, il s'agissait surtout d'une question de mauvais goût, considérant que Kadhafi était celui qui avait ordonné un attentat dans une discothèque de Berlin en 1986, faisant trois morts, dont deux soldats américains, ainsi que plus de 200 blessés.

Voici un excellent vidéo d'époque où vous pouvez voir le chandail en action (et même un but!) ainsi que les personnages discutés jusqu'à maintenant:

L'attaquant canadien Bruce Hardy

Le gardien tchèque Cestmir Fous

Jaroslav Pouzar, champion de la coupe Stanley avec les Oilers en 1984, 1985 et 1987

Lors du match suivant à Francfort, leur autobus fut accueilli par une foule hostile avec des pancartes ridiculisant et menaçant le club, en plus de l'escouade anti-émeute. Il faut dire que la mauvaise attention était davantage décuplée dans cette ville, où des centaines de soldats américains étaient stationnés. Apparemment même que l'aréna aurait reçu des menaces d'attaque à la bombe, ce que l'unité anti-terroriste nia après avoir fouillé de fond en comble l'aréna.

Suite à cet accueil très mitigé, et ce possible danger imminent, les joueurs firent une réunion d'urgence dans le vestiaire. Ils firent part de leurs inquiétudes et leur malaise à Weifenbach qui leur implora que s'ils ne portaient pas le livre vert, l'argent ne viendrait pas et le club serait dissout. Les joueurs passèrent au vote et décidèrent finalement de ne pas le porter et Weifenbach s'inclina en quittant le vestiaire. 

Le ECD Iserlohn joua donc ce match contre Francfort avec ses vieux chandails sans propagande dans ce qui fut effectivement le dernier match de l'équipe, qui n'aura donc porté le chandail de Kadhafi à une seule occasion. Ce dernier retira son offre et le club déclara faillite peu après. L'équipe fut dissoute sans terminer la saison, alors qu'il ne restait que 6 matchs au calendrier. 

La saison suivante, Weifenbach parvint à se sortir suffisamment d'affaire pour ressusciter son club, renommé ECD Sauerland, mais cette fois-ci relégué en 3e division. Il put finalement goûter au champagne d'un championnat en 1990. Il se départit ensuite du club en 1991 et ne put finalement pas fuir ses anciens problèmes très longtemps, étant condamné en 1993 à 27 mois de prison pour évasion fiscale. Il est toutefois resté dans les bonnes grâces des partisans d'Iserlohn, qui le considèrent comme un des leurs et qui le respectent pour avoir tout tenter pour faire survivre le hockey dans la ville. Il fut accueilli en héros lors du 40e anniversaire de l'équipe en 1999, étant longuement réclamé par la foule jusqu'à temps qu'il accepte d'aller parader sur la glace. Il mourut à 75 ans en 2015 après de longues années où il était atteint de démence.


Le club d'Iserlohn, désormais connu sous le nom des Roosters, font partie depuis l'an 2000 de la première division, la DEL. Ils n'ont jamais remporté de championnat.

Après 41 ans au pouvoir en Lybie, la guerre civile éclata et le régime de Kadhafi prit finalement fin. Des milliers d'exemplaires du livre vert furent alors publiquement brûlés à Benghazi. Lors de la prise de Tripoli par les rebelles, Kadhafi s'enfuit en Syrie mais fut peu après capturé et exécuté le 20 octobre 2011.

De nos jours, le Livre vert est interdit de publication en Lybie. Il n'existerait apparemment que deux exemplaires du fameux chandail «livre vert» encore existants. Un d'entre eux est exposé au temple de la renommée du hockey allemand à Augsburg, tandis que l'autre est toujours en possession d'un ancien joueur, le canadien Bruce Hardy.


Sources:
The Worst Sponsorship Deal In The History of Pro Sports?, WBUR.org, 6 juillet 2018
The forgotten story of … Muammar Gaddafi's German ice hockey team, The Guardian, 1er février 2016
The Ice Hockey Follies, With Qaddafi Starring, New York Times, 9 janvier 1988


mercredi 21 octobre 2015

Palmarès des premiers ministres du Canada



Lors de la dernière élection provinciale, un palmarès des premiers ministres du Québec avait été fait. (voir texte du 4 avril 2014) La récente élection fédérale nous donne l’occasion d’en faire un pour le Canada.

On se demande comment performera notre nouvel élu, Justin Trudeau, par rapport à ses prédécesseurs. Voici un palmarès de ceux-ci, selon un critère indiscutable qui évalue la qualité de leur travail : leur capacité à amener la Coupe Stanley au pays! Qui se préoccupe des finances publiques, du taux de chômage, de l'environnement ou de justice sociale lorsqu'on a la Coupe Stanley?

J’ai éliminé la période où la Coupe pouvait être décernée par défi, plusieurs fois par année. De toute façon, pendant cette période, seulement des équipes canadiennes jouaient pour la Coupe Stanley. J’ai donc débuté mon exercice en 1915. D’ailleurs, même à partir de ce point, les équipes américaines qui pouvaient aspirer à la Coupe étaient peu nombreuses. Les premiers ministres du début du 20e siècle sont donc avantagés, mais peu importe, ce n’est que pour s’amuser, aucunement sérieux et tout à fait sans prétention…


1) Lester B. Pearson 1963-68 Libéral 4/4 100%


Introduction du drapeau actuel, du régime de pensions du Canada, refus de s'engager dans la Guerre du Viêt-Nam.

Note parfaite pour le Prix Nobel de la paix. Il est le meilleur premier ministre de l'histoire. Au cours de son règne, une équipe canadienne a remporté la Coupe Stanley à chaque année.

2 x Canadiens
2 x Maple Leafs


2) Arthur Meighen 1920-21, 1926 Union / Conservateur 1/1 100%

Meighen a aussi une note parfaite, mais son règne a été plus court.

1 x Senators



3) John Diefenbaker 1957-63 Progressiste-conservateur 5/6 83%


Déclaration canadienne des droits, premier à nommer une femme dans son cabinet, octroi du droit de vote aux autochtones

Diefenbaker a livré la marchandise, puisque pendant son règne, une seule équipe américaine, Chicago en 1961, a remporté la Coupe Stanley.

3 x Canadiens
2 x Maple Leafs



4) Robert Borden 1911-20 Conservateur / Union 4/5 80%


Première guerre mondiale, crise de la conscription, signature du Traité de Versailles, octroi du droit de vote aux femmes au niveau fédéral, introduction de l'impôt sur le revenu

Une seule équipe américaine, Seattle de la ligue du Pacifique, a mis la main sur la Coupe lors du règne de Borden. Par contre, il était aussi là lorsque la Coupe de 1919 a dû être annulée en raison de l’épidémie de grippe espagnole. (voir texte du 28 octobre 2009)

1 x Millionaires de Vancouver
1 x Canadiens
1 x Arenas de Toronto
1 x Senators



5) Brian Mulroney 1984-93 Progressiste-conservateur 7/9 78%


Traité de libre-échange avec les États-Unis, traité sur les pluies acides, lutte contre l’Apartheid, Accords du Lac Meech et de Charlottetown, Protocole de Montréal sur la couche d'ozone, Sommet de la terre, réforme de la taxe de vente

Malgré qu’il ait servi alors que la LNH avait plusieurs équipes américaines, Mulroney s’en tire à merveille. Seulement les Penguins l’ont empêché d’obtenir une fiche parfaite.

4 x Oilers
2 x Canadiens
1 x Flames


6) R.B. Bennett 1930-35 Conservateur 3/5 60%

Création de la Banque du Canada, de la Commission canadienne du blé et de la Canadian Radio Broadcasting Commission, ratification du Statut de Westminster

Bennett a dû se démener avec la Grande Dépression, mais au moins, la population a pu se consoler avec trois Coupes Stanley…

1 x Canadiens
1 x Maple Leafs
1 x Maroons


7) Mackenzie King 1921-26, 26-30, 35-48 Libéral 13/22 59%


Premier envoi de diplomates canadiens, affaire King-Byng, Deuxième guerre mondiale, crise de la conscription, création de Trans-Canada Airlines, adhésion aux Nations-Unies

Personnalité controversée, King a connu le plus long règne. Il n’est donc pas surprenant que ce soit sous son régime que les équipes canadiennes aient remporté le plus de Coupes. En pourcentage par contre, il se retrouve en milieu de peloton.


5 x Maple Leafs
4 x Canadiens
2 x Senators
1 x Maroons
1 x Cougars de Victoria


8) Louis St-Laurent 1948-57 Libéral 5/9 56%

Entrée de Terre-Neuve dans le Canada, adhésion à l’OTAN, Voie maritime du St-Laurent, Autoroute transcanadienne

Pendant le règne de St-Laurent, les équipes canadiennes, au milieu de la période des « Original Six », ont remporté la Coupe un peu plus d’une fois sur deux. Il s'agissait d'une période où les Red Wings obtinrent leur part de succès.

3 x Canadiens
2 x Maple Leafs


9) Pierre Elliott Trudeau 1968-79, 80-84 Libéral 9/17 53%


Loi sur les langues officielles, crise d’octobre, établissement de relations avec la Chine et Cuba, abolition de la peine de mort, référendum, rapatriement de la constitution, création de Pétro-Canada

Comme King, Trudeau aussi a connu un long règne, mais pendant une période où il y avait plus d’équipes américaines. Malgré tout, les équipes canadiennes (principalement les Canadiens) ont connu du succès. En fait, c’est sous lui que les Canadiens ont remporté la Coupe le plus souvent.

8 x Canadiens
1 x Oilers


10) Jean Chrétien 1993-2003 Libéral 0/10 0%

Référendum, loi sur la clarté, création du Nunavut, opposition à la guerre en Irak, Protocole de Kyoto

Sur la base du hockey, ses résultats sont tout simplement nuls… Aucune équipe canadienne n’a soulevé la Coupe pendant les années Chrétien.


10) Stephen Harper 2006-15 Conservateur 0/10 0%

Motion sur la nation québécoise, retrait du questionnaire long du recensement, retrait du Protocole de Kyoto, abolition du registre des armes à feu

Grand amateur de hockey, Harper a eu beau écrire un livre à ce sujet, les résultats sur la patinoire n’ont pas été mieux que pendant que Chrétien était au 24, Sussex.


12) Paul Martin 2003-06 Libéral 0/1 0%

Loi sur le mariage civil, Commission Gomery

Non seulement aucune équipe canadienne n’a soulevé la Coupe pendant son (court) règne, mais en plus, il perd des points puisque c’est à ce moment que la saison a été annulée en raison du lock out…

La Coupe Stanley n’a pas été décernée pendant les règnes de Joe Clark, John Turner et Kim Campbell.


Où se classera Justin Trudeau?