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dimanche 27 avril 2025

Joueur oublié des 90's #101 - Chris Joseph


 

 

Chris Joseph est né le 10 septembre 1969 à Burnaby en Colombie-Britanique. Costaud, rapide et agile, le défenseur des Thunderbirds de Seattle attira grandement l'attention des recruteurs de la LNH, tellement que les Penguins de Pittsburgh en firent leur choix de première ronde avec la 5e sélection au total en 1987.

Cependant, il ne fut initialement membre des Penguins que pour un très court moment. Il parvint à faire l'équipe dès l'automne 1987 mais au même moment, les Oilers étaient en dispute contractuelle avec leur star en défense Paul Coffey. Ce dernier fit donc la grève en début de saison avant d'être échangé aux Penguins le 24 novembre 1987 lors d'une méga-transaction. En retour de Coffey, Dave Hunter et Wayne Van Dorp, les Oilers obtinrent Dave Hannan, Moe Mantha, Craig Simpson ainsi que le jeune prospect Chris Joseph, qui, on l'espérait, parviendrait peut-être à remplacer Coffey, des attentes on ne peut moins réalistes. Au moins, les Oilers avaient pu soutirer Craig Simpson dans l’équation, un joueur qui rendra de grands services à l'organisation.

Donc Joseph n'avait joué que 17 matchs avec les Penguins avant l'échange, amassant 4 passes. Après 7 autres matchs à Edmonton, il fut décidé de le retourner dans la WHL avec les Thunderbirds. En 1988-89, il partagea la saison entre Edmonton et leur club-école au Cap Breton, jouant 44 matchs dans la LNH. La saison suivante, ce fut le même scénario, mais cette fois-ci seulement 4 matchs avec le grand club et le restant de la saison au Cap Breton, ce qui le disqualifia d'avoir son nom gravé sur la coupe de 1990.


Sa meilleure saison à Edmonton fut celle de 1990-91 où il obtint 22 points en 49 matchs. Cependant, le même manège recommença l'année suivante qu'il passa en majorité dans les mineures. Ensuite, lors de la saison 92-93, il ne joua que 33 matchs, passant le restant de la saison sur la liste des blessés.

Après seulement 10 matchs lors de la saison 93-94, il était désormais rendu 9e défenseur dans l'organigramme des Oilers et il demanda alors d'être échangé. Non seulement il n'avait pas répondu aux attentes justifiant son rang élevé au repêchage, mais on lui reprochait également son manque d'implication physique. Glen Sather exauça son souhait, l'envoyant au Lightning en retour de Bob Beers. 

C'est à Tampa Bay qu'on vit finalement éclore un peu le talent offensif de Joseph alors qu'il termina la saison avec 11 buts et 20 passes en 76 matchs. Ce n'était cependant pas assez pour convaincre le Lightning de le garder alors qu'il fut laissé sans protection au repêchage intraligue en janvier 1995 à la reprise des activités suite à la grève.

C'est alors que les Penguins le réclamèrent. Il joua deux saisons complètes à Pittsburgh avant d'être de nouveau laissé sans protection au repêchage intraligue en 1996. Il devint ainsi la propriété des Canucks de Vancouver où il joua l'entièreté de la saison 96-97.


 


Il signa ensuite comme agent libre avec les Flyers, mais il joua que très peu avec eux, étant blessé, laissé de côté ou relégué dans les mineures. En deux saisons passées dans l'organisation, il ne joua que 17 matchs à Philadelphie. 

Le va-et-vient reprit donc par la suite. Il signa tout d'abord un contrat avec les Sénateurs, mais il fut de nouveau laissé sans protection au repêchage intraligue. C'est alors que les Canucks le réclamèrent de nouveau. Après 38 matchs lors de ce deuxième séjour à Vancouver, il fut placé au ballotage, encore, et ce sont les Coyotes de Phoenix qui le réclamèrent cette fois-ci.

Le même manège continua de plus belle lors de la saison 2000-01 alors que les Coyotes le placèrent eux aussi au ballotage. Il fut réclamé par les Thrashers avec qui il joua ses 19 derniers matchs dans la LNH. 

Il termina ensuite sa carrière en Europe, joua un an en Finlande, 3 ans en Allemagne et une dernière saison en Italie en 2005-06 où il remporta le championnat.

Après sa retraite, il retourna s'établir à Edmonton où il est devenu pompier et a sa propre école de hockey pour les jeunes.

En 510 matchs dans la LNH, sa fiche fut de 39 buts et 112 passes pour 151 points.

Alors qu'il était âgé de 20 ans, son fils Jaxon Joseph fit malheureusement partie des victimes de l'accident d'autobus des Broncos de Humboldt en avril 2018 où 16 personnes perdirent la vie.



mercredi 21 février 2024

L'accident de Tim Horton



Il y a cinquante ans aujourd’hui, la légende des Leafs et le restaurateur Tim Horton nous quittait dans des circonstances tragiques. Mais avant d’en venir à ceci, reculons un peu dans le temps.

Les Sabres de Buffalo se sont joints à la ligue en 1970. Bien qu’une équipe d’expansion, leurs débuts ont tout de même été respectables. Ils ont d’abord bénéficié de la fin de l’exception culturelle pour pouvoir repêcher Gilbert Perreault avec leur tout premier choix. Avec l’ex-entraîneur des Leafs Punch Imlach derrière le banc, ils ont terminé devant leurs frères d’expansion (les Canucks), mais aussi devant deux équipes d’expansion de 1967 (les Golden Seals et les Penguins) et même une équipe des Original Six (les Red Wings).

L’année suivante, ils eurent encore la main heureuse en repêchant un autre joueur qui les aida immédiatement, Richard Martin. À la fin de la saison, Pittsburgh voulut acquérir le vétéran Eddie Shack pour l’aider à faire les séries. En retour, Buffalo obtint un jeune qui n’avait pas encore fait ses preuves, René Robert. Éventuellement réuni avec Perreault et Martin, ils deviendront la French Connection, le premier trio marquant de cette période de l’équipe.

En juin 1972, les Sabres saisirent l’occasion d’aller chercher un vétéran pour encadrer leurs jeunes en réclamant au ballotage des Penguins celui qui avait joué 1184 matchs avec les Leafs (et donc qui était bien connu d’Imlach), Tim Horton. Celui-ci envisageait plutôt la retraite, mais son ancien entraîneur réussit à le convaincre qu’il pouvait toujours contribuer.

En 1972-73, Horton joua 68 matchs et permit aux Sabres d’atteindre les séries pour une première fois. Il conserva son domicile à Toronto et fut autorisé à ne se présenter qu’à une ou deux pratiques par semaine. S’il parlait peu dans la chambre, il avait un rôle de professeur et de conseiller et son opinion était recherchée. De plus, sa condition physique était irréprochable. Horton décida donc de revenir l’année suivante.

Le 20 février 1974, les Sabres ont affronté les Leafs au Gardens. Le dimanche précédent, lors d’un match contre Détroit, Horton avait été blessé à la joue. En raison de la douleur qu’il éprouvait, il avait donc demandé à l’entraîneur Joe Crozier de ne pas jouer en troisième période, dans un match où il fut malgré tout choisi comme la troisième étoile. De plus, il avait demandé de ne pas revenir à Buffalo avec le reste de l’équipe. Il alla plutôt rencontrer son partenaire d’affaires Ron Joyce, avec qui il possédait sa chaîne de beignes et cafés depuis 1964 puis, vers 4h, il prit le chemin de Buffalo. Il avait pris des antidouleurs et quelques bières.

Sur le Queen Elizabeth Way, aux alentours de St.Catharines, un policier avertit ses collègues qu’une voiture roulait à 100 milles à l’heure (160 km/h) dans une zone de 60 (97 km/h). Il s’agissait de la De Tomaso Pantera qu’Imlach avait offerte à Horton pour le convaincre de retarder sa retraite.

De Tomaso Pantera

Un peu plus de 50 km plus loin, alors qu’il était poursuivi, Horton effectua une violente sortie de route et fit plusieurs tonneaux. Le temps était clair et la chaussée était sèche.  Ne portant pas de ceinture de sécurité, il fut éjecté de la voiture. On le retrouva à 123 pieds (37 m) du bolide, qui lui, traversa un terre-plein de 4 m avant de se retrouver en direction inverse. Horton fut tué sur le coup. Il avait 44 ans.  Celui qui était reconnu comme étant affable et un bon coéquipier laissa dans le deuil son épouse et ses quatre filles.

Le soir même, les Sabres étaient à domicile pour affronter les Flames d’Atlanta. Crozier déclara alors à son équipe que rien ne ramènerait Horton et qu’il aurait voulu qu’ils retournent au travail et qu’ils se battent pour une place en séries. Par contre, les deux équipes portèrent un brassard noir en signe de deuil. Buffalo parvint malgré tout à soutirer un verdict nul de 4-4 aux Flames.

Un an plus tard, Joyce racheta les parts de la chaîne de restauration qui avait à ce moment une trentaine de sites, qui appartenaient dorénavant à l’épouse d’Horton. La transaction se chiffra à 1 million $, et Joyce en fit ensuite le géant qu’on connait aujourd’hui.

Horton, vainqueur de quatre coupes Stanley, fut admis au Temple de la renommée en 1977.

Sources:

"Crash claims Horton", Canadian Press, February 21, 1974, The Windsor Star, page 1,

"Tributes to Horton accentuate grief", Canadian Press, February 22, 1974, The Windsor Star, page 20,

"Perreault, Martin et Robert ont perdu leur professeur" d’Yvon Pedneault, 22 février 1974, La Presse, page B4,

″Horton’s death shocks the hockey world ′A great defenseman, a great person′ ″, CP, February 22, 1974, Montreal Gazette, page 30,

″Luce sparks three-goal Buffalo rally″, UPI, February 22, 1974, Montreal Gazette, page 31,

″Horton widow dead at 68″, December 26, 2000, CBC Sports (cbc.ca),

"Remembering Tim Horton" de Chris Iorfida, February 21, 2013, CBC (cbc.ca),

wikipedia.org.

jeudi 21 décembre 2023

Joueur oublié des 90's #85 - Steve Chiasson









Pour une autre rare fois, je m'insère dans une série créée par RaySheppard. C'est qu'en (re)tombant sur une carte de Steve Chiasson (prononcé Chay-sonn), je me suis rendu compte que j'avais totalement oublié ce joueur, et ce qu'il lui est arrivé.

Steven Joseph Chiasson est né le 14 avril 1967 à Barrie en Ontario. au Canada. Il joint les rangs des Platers de Guelph dans la OHL pour la saison 1983-84. Défenseur robuste, mais possédant une bonne relance de l'attaque, il se fait remarquer par les Red Wings de Detroit qui en font leur choix de troisième ronde, 50e au total, au repêchage de 1985. 
 
Toujours avec les Platers la saison suivant sa sélection, il fut sélectionné au sein d'Équipe Canada pour le championnat mondial junior qui se tenait en Tchécoslovaquie, où il marqua 4 points (2 buts 2 passes) en 6 matchs. Il subit cependant le même sort que ses coéquipiers et leurs adversaires soviétiques, alors que les deux équipes furent disqualifiées du tournoi suite à une bagarre générale. De retour à Guelph, il fut une figure importante des Platers, les aidant à remporter la coupe Memorial en plus d'être élu le joueur le plus utile du tournoi.


Chiasson, #26 au premier rang, avec des Cooperall et un air absent, à côté de Jacques Martin


Malgré 23 matchs disputés dans la AHL avec les Red Wings d'Adirondack, Chiasson fit rapidement sa place à Detroit, s'imposant avec son jeu robuste et ses qualités offensives. Il représenta d'ailleurs l'équipe au match des étoiles de 1993, saison au cours de laquelle il amassa sa plus grande récolte de points en carrière, avec 62 (12 buts et 50 passes), faisant de lui le 5e meilleur marqueur de l'équipe, tout juste derrière un joueur culte ici, Ray Sheppard.




À l'été 1994, voulant grandement améliorer leur position de gardien de but, les Red Wings firent l'acquisition de Mike Vernon des Flames de Calgary en retour de Chiasson. Avec les Flames, Chiasson disputa deux très bonnes saisons, au sein d'une brigade défensive composée entre autres de Phil Housley, James Patrick et Zarley Zalapski. Lors de la saison 1996-97, Chiasson et les Flames n'allaient nulle part. Le club composait d'ailleurs avec plusieurs blessures, dont certaines aux vétérans défenseurs de l'équipe avec seulement 2 matchs joués par Patrick et 19 par Zalapski (Housley était désormais à Washington). Les Flames sacrifièrent alors Chiasson à la date limite des échanges (en compagnie d'un choix de 3e ronde en 1997), l'envoyant aux Whalers de Hartford en retour de Glen Featherstone, Hnat Domenichelli, et un choix de 2e ronde(1997) et un de 3e ronde (1998).

Au sein d'une équipe qui était sur ses derniers milles à Hartford, Chiasson sembla se plaire sous les ordres de Paul Maurice, inscrivant presque autant de points en 18 matchs (14 points) qu'en 47 parties à Calgary (16 points). Une fois les Whalers éliminés, Chiasson défendit les couleurs de l'unifolié lors du championnat mondial de 1997, ramenant la médaille d'or à la maison.

Il suivit l'équipe à Raleigh en Caroline du Sud lorsqu'elle devint les Hurricanes. Le déménagement ne changea rien à première vue à l'organisation, alors qu'elle rata les séries pour une sixième année consécutive mais, maintenant dans la trentaine, Chiasson se mit à s'impliquer collectivement, avec des visites dans les hôpitaux et auprès de groupes jeunesse. De plus, il renoua avec son ancien coéquipier chez les Red Wings, Ray Sheppard, qui devint son cochambreur lors des périples sur la route, en plus de brièvement côtoyer mon avatar, Kirk McLean. Chiasson aida, en compagnie de Glen Wesley, à solidifier un jeune brigade défensive, en menant autant au niveau des points (34 pour Chiasson, 25 pour Wesley) qu'en leadership.

En 1998-99, après 24 matchs, Chiasson a dû subir une opération à l'épaule qui l'a tenu à l'écart du jeu de décembre à avril, revenant à temps pour disputer les quatre dernières parties du calendrier régulier, et accompagner l'équipe à leur première série éliminatoire depuis leur arrivée en Caroline du Nord. Face aux Bruins de Boston, Chiasson termina deuxième marqueur de son équipe, avec un but et deux assistances, dans une série remportée en 6 matchs par les bostonnais. Dépités, les Hurricanes reprirent l'avion qui les ramenait à la maison.


But marqué au début du 5e match de la série


L'avion atterrit aux alentours de 1 heure le 3 mai 1999. Suite au débarquement, Chiasson et quelques  autres joueurs se rendirent chez leur coéquipier Gary Roberts prendre un verre. Vers 4 heures du matin, alors qu'il retournait chez lui, Chiasson perdit le contrôle de son véhicule et, dans l'embardée, perdit la vie sur le coup. La vitesse et l'alcool en furent la cause. À 32 ans, il était père de trois enfants, deux garçons et une fille.

Sa fiche en carrière dans la LNH se résume à 398 points (93 buts, 305 passes), en 751 parties.

Depuis son décès, les Hurricanes remettent à chaque saison le "Steve Chiasson Award" qui honore le joueur faisant montre du meilleur leadership, persévérance, détermination et ténacité. De plus, le #3 que Chiasson portait n'a jamais été distribué à nouveau au sein de l'équipe, même s'il n'est pas officiellement retiré.

Les fils de Steve Chiasson ont également évolué à un haut niveau. Ryan Chiasson a joué dans la USHL ainsi que la NCAA et Michael, son fils aîné, a fait partie des Wolverines de l'Université du Michigan pendant quatre saisons, en plus de participer à un camp des recrues des Hurricanes, 14 ans après le départ de son père.


Sources :

mercredi 14 juin 2023

La famille Staline et le hockey




 

Vasily Iosifovich Staline est né le 21 mars 1921 à Moscou, un an avant que son célèbre père, Joseph Staline, ne devienne le successeur de Vladimir Lénine à la tête de l'URSS. Il était le deuxième enfant de Joseph, et premier de son deuxième mariage. 

Son enfance fut difficile alors qu'il fut largement ignoré par le père et même la mère, Nadezhda Alliluyeva, qui refusait de se soumettre aux ordres de Joseph de rester à la maison pour s'occuper des enfants. Vasily fut donc élevé principalement par des bonnes et des gardes du corps. En 1932, après une dispute entre les deux parents, Nadezhda fut retrouvée morte, s'étant suicidée par arme à feu. Les enfants Staline, soit Vasily et sa soeur Svetlana, furent induits en erreur pendant 10 ans avant de savoir la vérité sur la mort de leur mère, croyant jusque là qu'elle était morte d'une appendicite. La mort de sa mère eut un profond impact sur Vasily, qui commença à boire abondamment dès l'âge de 13 ans et qui ne vit que très rarement son père par la suite, lui qui le trouvait indigne.

Élève moyen sinon médiocre et turbulent à l'école, Vasily débuta son service militaire à 17 ans et commença à servir au front en août 1941 sous le nom de famille de Ivanov, pour dissimuler son identité. Mais ses supérieurs, voulant attirer la faveur du père, l'envoyèrent rarement au combat et lui donnèrent des promotions rapides et probablement non-méritées. Il abattit toutefois au moins 2 avions au combat. Il devint à 24 ans le plus jeune majeur-général de l'Armée rouge. 
 

Après la deuxième guerre mondiale, il commença à cultiver un intérêt pour le sport, particulièrement le hockey. Il participa à la création d'une équipe pour représenter les forces aériennes russes, le VVS Moscou, dont il devint président et directeur-général.
 
Logo du VVS Moscou
L'équipe débuta dans la ligue de championnat de Russie dès la saison 1946-47, première saison de l'histoire de la ligue. Anatoly Tarasov, surnommé le «père du hockey Russe» et futur créateur de la puissante équipe nationale de Russie, y débuta sa carrière comme joueur-entraîneur. 
 
Mais après une seule saison, Tarasov se disputa avec Vasily Staline et quitta l'équipe pour aller fonder le légendaire club du CSKA Moscou, qui deviendra le principal rival du VVS. 
 
Ces deux équipes représentant l'armée russe se livreront alors leur propre guerre interne de recrutement (parfois forcé) et de pillage de joueurs des autres clubs de la ligue. Vasily utilisa particulièrement son influence et son prestige pour parvenir à ses fins, comme par exemple le recrutement entier du premier trio d'un autre rival, le Spartak Moscou, au début de la saison 1948-49.

Lors de la saison 1949-50, Stalin continua son recrutement agressif en soutirant un joueur du nom de Viktor Shuvalov, joueur vedette du faible club du Dzerzhinets Chelyabinsk, en plus de celui qui était considéré comme le meilleur gardien de la ligue, le letton Harijs Mellups, qui venait de remporter le titre de gardien de l'année lors des trois saisons précédentes avec le Dinamo de Riga.
 
Vsevolod Bobrov avec le VVS Moscou

 
Mais le meilleur coup de Staline fut envers le CSKA en leur soutirant Vsevolod Bobrov, celui qui est considéré comme la première supervedette du hockey russe, et qui était d'ailleurs aussi une vedette au bandy et au soccer. Bobrov termina sa carrière avec 254 buts en 130 matchs, et fut plus tard comparé à Wayne Gretzky par Tarasov lui-même. Cependant, Bobrov était en froid avec ce dernier à cause de son jeu défensif, et accepta avec joie de joindre le VVS. Il deviendra un grand ami de Vasily Staline, qui organisait apparemment de grandes beuveries extravagantes en honneur de son joueur vedette après chaque match. 
 
Un film biographique fut même réalisé à partir de cette histoire en 1991, intitulé «Mon meilleur ami, le général Vassili, fils de Joseph», que je vous inclus intégralement ici parce que je l'ai trouvé sur YouTube... Je comprends rien de l'histoire mais ça a un peu l'air d'un «Lance et Compte» russe...



Bobrov deviendra joueur-entraîneur durant cette saison 1949-50 suite au renvoi de l'entraîneur précédent après quelques matchs. La puissante équipe de Staline avait donc en vue de remporter son premier championnat et de freiner la domination du CSKA, champion lors des deux années précédentes.

Cependant, le sort en fut tout autrement. Le 7 janvier 1950, l'équipe prit l'avion pour un match à Chelyabinsk. Les conditions météo étaient très mauvaises et l'avion dut plutôt tenter d’atterrir dans la ville voisine de Sverdlovsk (aujourd'hui Ekaterinbourg). L'entreprise échoua toutefois, et l'avion s'écrasa, tuant l'entièreté des 19 passagers à bord dont 11 joueurs du VVS, ainsi que le docteur et le massothérapeute de l'équipe. Trois joueurs éviteront toutefois la mort; Bobrov, Shuvalov et le défenseur Alexander Vinogradov. Ce dernier était suspendu pour s'être battu, tandis que Shuvalov avait été ordonné de ne pas jouer ce match contre Chelyabinsk par Staline lui-même qui voulait éviter les représailles violentes de la part des fans de l'ancienne vedette locale. L'équipe avait auparavant subi des représailles du genre après le vol du premier trio du Spartak l'année précédente. Bobrov pour sa part, aurait manqué le vol car il s'était réveillé trop tard et n'avait pas entendu son alarme. Il était en voyage en train lors de ces événements...

Parmi les joueurs décédés, on trouvait ce premier trio d'ex-Spartak discuté précédemment, qui était constitué de Ivan Novikov, Zdenek Zigmund, ainsi que Yuri Tarasov, qui était le frère du célèbre Anatoly. Le gardien Mallups fut lui aussi parmi les victimes, lui qui n'avait que 23 ans et qui était devenu père la semaine précédente et qui n'aura jamais pu voir son fils. Il recevra un autre titre de gardien de l'année, cette fois malheureusement à titre posthume.




Comme on était en pleine ère de communisme stalinien, le jeune Staline voulut complètement étouffer l'affaire, ne voulant pas que son père et le public soient au courant. Aucune mention de l'écrasement ne fut publiée dans la presse, les familles des joueurs furent laissés dans l'ignorance et les corps furent enterrés à la va-vite dans une fausse commune près du lieu de l'écrasement.

Et ne voulant pas que s'ébruite la disparition de ses joueurs manquants, Staline reconstruisit rapidement son équipe et parvint malgré tout à lui faire jouer ce match contre Chelyabinsk et le reste de la saison en remplaçant la majorité des joueurs décédés par des joueurs au même nom de famille...
 
Donc, lors de ce qu'on pourrait appeler un repêchage d'expansion digne de la «Twilight Zone», Staline trouva apparemment d'autres joueurs aux noms de Novikov, Zigmund, Tarasov, Moissev, etc...  
 
Pavel Zhiburtovich
Même que l'attaquant Yuriy Zhiburtovich fut remplacé par son frère, Pavel Zhiburtovich... qui ignorait probablement le sort de son frère. 
 
Il n'y avait cependant pas que des «faux joueurs» désormais avec le VVS alors qu'un des remplaçants à la défense pour l'équipe fut une autre figure légendaire du hockey russe, soit Viktor Tikhonov, futur entraîneur de l'équipe nationale et du CSKA. J'ignore toutefois si Tikhonov remplaça un autre joueur avec son véritable nom ou un nom «d'emprunt»...
 
Avec cette équipe «reconstituée» mais toujours puissante avec l'apport (et surtout présence divine) de Bobrov et Shuvalov, le VVS Moscou remporta ce match contre Chelyabinsk par la marque de 8-3. Pour éviter des soupçons supplémentaires ou pour se protéger, Staline ordonna aux annonceurs et à la presse de ne publier le sommaire qu'avec seulement les noms de famille des joueurs, sans prénom. Apparemment que Staline père n'a effectivement jamais eu bruit de cet écrasement.
 
La saison s'achevait toutefois et le VVS termina avec une fiche de 16-5-1 en 22 matchs, bon pour le 4e rang de la ligue, baissant de nouveau pavillon contre le CSKA qui termina au premier rang. Staline et le VVS Moscou se relevèrent toutefois de cette saison mouvementée avec la dominance de son premier trio toujours composé de Bobrov, Shavalov ainsi que Yevgeny Babich, un autre joueur vedette soutiré du CSKA et ami de Bobrov. Staline régla également le trou laissé dans les buts avec la mort de Mallups en volant de nouveau le CSKA avec le recrutement de Grigory Mkrtychan.
 
Bobrov termina cette saison 1950-51 avec 43 buts en 15 matchs (!) et le VVS Moscou remporta le premier championnat de son histoire, ainsi que les deux saisons suivantes.
 



Cependant, après ces trois championnats consécutifs, Joseph Staline subit une hémorragie cérébrale et mourut 4 jours plus tard, le 5 mars 1953. Il fut aussi spéculé qu'il aurait été empoisonné par des membres de son équipe politique, une thèse hautement secondée par Vasily lui-même, qui lors d'un épisode de rage et d'état d'ébritété avancé, aurait insulté les docteurs et les officiels présents. Il arrêta aussitôt ses fonctions au sein du VVS qui fut ensuite dissout et intégré au CSKA suite à l'arrivée du successeur de Staline, Nikita Khrouchtchev, et le début de la «déstalinisation». 
 
Ne pouvant plus profiter de la protection que son nom de famille lui avait jusque-là procurée, Vasily fut forcé de se retirer de l'armée russe et il fut peu après arrêté le 28 avril 1953 suite à une visite au restaurant avec des diplomates étrangers. Il fut accusé de propagande anti-soviétique et condamné à 8 ans de prison, qu'il servit sous le nom de Vasily Pavlovich Vasilyev pour éviter toute tentative de représailles contre lui. Ayant pitié de lui, Khrouchtchev le libéra en 1960 et lui rendit ses médailles militaires. Il mourut toutefois dans un certain anonymat assombri d’un profond alcoolisme le 19 mars 1962, 5 jours avant son 42e anniversaire.

Après la dissolution du VVS Moscou, Vsevolod Bobrov rejoignit les rangs du CSKA en compagnie de Shavalov et Babich qui continuèrent leur dominance du hockey soviétique. Les trois firent d'ailleurs partie de l'équipe nationale aux Olympiques de 1956, avec Bobrov comme capitaine, et ramenèrent la première médaille d'or olympique de la Russie de ce tournoi, commençant officiellement la domination russe à l'échelle internationale. Bobrov mena le tournoi avec 9 buts.


Yevgeny Babich, Viktor Shuvalov et Vsevolod Bobrov


Après sa retraite comme joueur, Bobrov devint entraîneur-chef du Spartak Moscou et brièvement pour l'équipe nationale, notamment durant la Série du Siècle de 1972. Bobrov mourut en 1979 à l'âge de 56 ans et fut introduit au temple de la renommée du hockey international (IIHF) en 1997, soit lors de la première année de l'existence de ce temple.

En plus d'avoir été un des chanceux qui ont évité la mort lors de l'écrasement de 1950, Viktor Shuvalov vécut très longtemps, devenant le dernier joueur encore vivant de cette époque de l'émergence du hockey russe. Il mourut finalement en 2021 à l'âge de 97 ans, suite à des complications reliées à la Covid-19.

J'ignore quand et comment les familles des joueurs décédés lors de l'écrasement de 1950 furent mis au courant de ce secret et des manigances de Vasily Staline. Une plaque fut toutefois érigée en leur mémoire près du lieu de leur enterrement.



Une comédie du nom de «The death of Stalin» est sortie en 2017 où ces faits sont de nouveau relatés:


 

Conway's Russian Hockey Blog
Soviet Union ice hockey great Shuvalov dies at 97, Insidethegames.biz, 20 avril 2021
Eliteprospects.com


vendredi 5 mai 2023

Joueur oublié des 90's #77 - Alexei Yegorov



 


Né le 21 mai 1975 à Leningrad (aujourd'hui St-Petersbourg), le jeune Alexei Yurievich Yegorov était bien petit et chétif à la naissance, passant bien près de ne pas survivre. Il parvint toutefois à s'en tirer et devint un hockeyeur d'exception dès son plus jeune âge, jouant la majorité du temps au sein d'équipes aux joueurs plus vieux qu'il parvenait à mettre dans sa poche. 

Le jeune Yegorov était un enfant turbulent à l'école mais avait un bon cœur et était très populaire. Il parvient entre autres à faire adopter par sa mère un ami dont les parents sont décédés et il organise aussi des funérailles pour un chien desquels il réussit à faire assister toute son école au grand dam des professeurs impuissants. Pendant qu'il se développe dans les différents niveaux du club local, le SKA St-Petersbourg, Yegorov devient père à seulement 17 ans. Sa copine et lui entretiennent une relation difficile et mouvementée, les forçant à habiter séparément, ce qui mènera à ce que son fils Nikita soit majoritairement élevé par la mère d'Alexei.

Graduant au sein du SKA senior en 1992-93, où il évolue comme ailier droit, Yegorov a aussi des problèmes d'autorité avec son entraîneur, l'ancien joueur légendaire Boris Mikhailov, un entraîneur formé à la vieille école. Durant la saison 1994-95, les deux en viennent à un argument irréconciliable suite à quoi Mikhailov le libère de l'équipe. Ayant précédemment été repêché en 3e ronde du repêchage de 1994 par les Sharks, Yegorov quitte la Russie pour tenter sa chance en Amérique du Nord, terminant la saison avec le Fire de Fort Worth dans la Central Hockey League ou il récolte 14 points en 18 matchs. 

 

 


Il fait ses débuts dans l'organisation des Sharks en 1995-96 avec leur club-école de la IHL, les Blades de Kansas City. Il s'en sort admirablement bien avec une fiche de 31 buts et 25 passes en 65 matchs, ce qui lui vaut un rappel à San Jose en fin de saison. Durant ce court séjour de 9 matchs dans la grande ligue, il obtient 5 points dont 3 buts. Ces trois filets sont tous obtenus lors d'un match contre les Flames. Il est toutefois retourné à Kansas City après ce court essai.

L'année suivante, il migre dans la AHL avec les Thoroughblades du Kentucky ou il obtient 26 buts et 36 passes en 76 matchs. Il n'est rappelé que pour deux petits matchs avec les Sharks, récoltant une seule passe. Ce seront malheureusement ses derniers matchs dans la LNH. Il passe ensuite la saison 1997-98 exclusivement dans la AHL, obtenant 32 buts et 52 passes pour 84 points et participant au match des étoiles. Difficile de confirmer mais selon ce que j'ai lu, ce 84 points serait le record pour un joueur russe en une saison dans la AHL.

Cependant, les Sharks ne feront plus jamais appel à ses services. La haute direction des Sharks avait complètement changé de main et ils désiraient faire table rase sur la précédente recette d'employer une grosse majorité de joueurs européens, les entraîneurs précédents étant de toute manière très racistes envers eux. C'est un peu ce qui est arrivé à un autre joueur de cette série évoluant avec les Sharks, Jan Caloun (voir texte du 2 mars 2022).

Yegorov et sa famille décident alors de retourner en Russie. Il évolua pour 3 clubs en 1998-99, terminant la saison à St-Petersbourg de retour avec le SKA. Malheureusement pour lui, cette décision de revenir en terrain familier sera le point tournant et tragique de cette histoire.

 

Habitant le même quartier de sa jeunesse, Yegorov renoua avec d'anciens amis qui étaient désormais des gens peu fréquentables. Bien qu'il ait joué peu longtemps en Amérique, son contrat avec les Sharks lui rapporta tout de même plus de 300 000$. Ses amis commencèrent alors à abuser du généreux Yegorov qui leur payaient des vêtements et qui les sortaient dans des discothèques et des casinos. Mais la pire chose qui lui arriva fut son introduction à l'héroïne, qu'il commença à consommer sans retenue durant cette saison 98-99. Il se rendit compte assez rapidement qu'il avait un problème et tenta de se réhabiliter. Malheureusement, lors de ses séjours à l'hôpital pour sevrer, il se révéla qu'il était très facile de se procurer de l'héroïne à même l’hôpital qui était assez facile d'accès pour que ses amis aillent lui en porter directement.

Voulant tenter d'échapper à tout ça, Yegorov décida de tenter un retour en Amérique du Nord. Au même moment, coïncidence ou pas, les nouveaux Thrashers d'Atlanta avaient acquis les droits sur Yegorov lors du repêchage d'expansion. Il ne fut pas signé par les Thrashers mais joua quand même dans les mineures en 1999-2000 au sein des Ice Dogs de Long Beach dans la IHL et des Hawks d'Adirondack dans la UHL.

Il quitta ensuite pour l'Allemagne où il joua une saison en 2000-01, tout en continuant d'éviter de retomber dans la drogue et de subir des traitements. Mais encore une fois, il rechuta lors d'un retour à St.Petersbourg, renouant de nouveau avec sa vieille gang et écoulant ce qui lui restait monétairement. Toute tentative de réhabilitation sembla alors inutile et il ne joua plus jamais au hockey.

Au début de l'année 2002, alors qu'il commença à manquer d'argent, il se mit à consommer à crédit. Pour continuer à avoir du crédit, il laissa son passeport en garantie à son dealer. Sans argent lorsqu'il fut temps de payer, il se rendit chez le dealer pour tenter de récupérer son passeport de force. Il fut toutefois accueilli par trois autres hommes forts qui le tabassèrent sans merci et le firent débouler les escaliers entre le 7e et le 3e étage. Selon la version officielle diffusée dans les journaux, Yegorov se serait ensuite jeté lui-même par la fenêtre du 3e étage, certains disent pour échapper à ses assaillants, d'autres racontent que c'était pour simplement en finir lui-même. Il mourut donc sur le coup de l'impact à l'âge de 26 ans, le 2 mars 2002. Ses attaquants jetèrent ensuite son passeport sur son corps inerte avant l'arrivée des policiers. 

Lors de ses funérailles, peu de ses anciens amis ou anciens coéquipiers furent présents à la demande de la famille, offusquée que plusieurs d'entre eux lui aient tourné le dos quand il avait besoin d'aide.

Son fils Nikita Yegorov, aujourd'hui âgé de 30 ans, joua également au hockey à divers niveaux en Russie durant les années 2010. Il a toujours eu des doutes sur la mort de son père, refusant la théorie officielle du suicide. Il raconte être retourné sur les lieux plus tard pour faire sa propre enquête et un ancien résident lui aurait dit qu'il aurait plutôt tenté de s'échapper en s'accrochant par la fenêtre et qu'il aurait plutôt glissé ou bien que ses assaillants l'aient fait tomber.

1975-2002


La fiche dans la LNH de Alexei Yegorov fut de 3 buts et 3 passes en 11 matchs.

Il obtint également 247 points en 298 matchs combinés dans les rangs mineurs nord-américains ainsi que 110 points en 259 matchs en Russie et en Europe.


Sources:
White trash burned Alexei Yegorov, Sovsport.ru, 23 octobre 2002
He was admired in Russia and America, and he traded his career for drugs. The tragedy of Egorov's hockey talent, Sport24.ru, 29 avril 2022
The terrible story hockey player Yegorov, Sportexpress.ru, 15 avril 2020
Sharks lose game, but may have found a star in Yegorov, SF Gate.com, 21 février 1996

lundi 5 décembre 2022

Quand le hockey vire au tragique


La Presse, 3 mars 1905


 
 
Le 24 février 1905, le dernier match de la saison opposait deux équipes voisines dans leur ligue régionale senior. Alexandria, dans l’est ontarien, a parcouru la vingtaine de kilomètres qui la séparait de Maxville pour affronter sa rivale.

Les deux frères Laurin, qui jouaient pour Alexandria, étaient des joueurs offensifs et élégants. De l’autre côté, Allan Loney, 19 ans, avait déjà une réputation de joueur sans merci. Une version de l’histoire indique qu’avant le match, Loney s’était engagé à faire passer un mauvais quart d’heure aux joueurs d’Alexandria si ceux-ci parvenaient moindrement à s’imposer et même de s’en prendre à l’arbitre au besoin. Loney enguirlanda d’ailleurs l’arbitre O’Connor au début du match. Il faut aussi noter que la rivalité entre les deux villes était bien ancrée, d’autant plus que l’équipe de crosse d’Alexandria était dominante depuis un moment dans la région.
Alcide Laurin

Vers le milieu du match, selon la version de l’arbitre, Loney frappa Alcide Laurin au menton. Il continua ensuite à le poursuivre pour briser son bâton. En ramassant ce qui restait de celui-ci, Laurin passa des commentaires indéterminés. Il faut croire que Loney n’a pas apprécié, puisqu’il lui asséna avec force un coup de bâton sur la tempe. Laurin, 24 ans, toujours selon la version de l’arbitre, était penché et avait le dos tourné. Il s’affaissa aussitôt. Loney fut expulsé.

Une autre version mentionne que Laurin avait d’abord fracturé le nez de Loney. Ce serait donc en le frappant que Laurin aurait brisé son bâton. Il aurait alors signalé son intention de se battre à son adversaire. Les deux versions étaient donc assez contradictoires. Une troisième version indiqua que le coup était accidentel, version qui fut réfuté par les médecins légistes. Il était donc difficile de départager tout ça. Le problème, c’est qu’en 1905, les reprises vidéo dans des ligues régionales, ce n’était pas vraiment fréquent…

Ce n’est que quelques minutes plus tard qu’on constata que Laurin avait rendu l’âme. Il s’agit du premier décès recensé lors d’un match de hockey. L’autopsie démontra que le crâne était fracturé à cinq endroits, incluant une fente d’un demi-pouce de large. À l’annonce de sa mort, l’entourage de Laurin s’en est pris aux joueurs de Maxville. Le frère de Laurin s’attaqua directement à Loney et lui aurait brisé le nez avec son bâton. En bout de ligne, lequel des Laurin a brisé le nez de Loney et à quel moment? Difficile à départager. Loney fut arrêté, accusé de meurtre et conduit à la prison de Cornwall.

Le tout est ensuite devenu une saga. On nota rapidement que le père de Loney, bien que maintenant aveugle, était le marchand le plus prospère de Maxville et qu’il était à la tête de la loge orangiste de l’endroit. De plus, le fait que les joueurs de Maxville étaient tous protestants, alors que ceux d’Alexandria étaient presque tous catholiques est un angle qui a immédiatement fait surface, insinuant des problèmes de partialité.

L’arrestation de Loney s’est aussi faite avec un certain esprit de clocher. Le constable d’Alexandria, un dénommé Hall, qui s’est présenté à Maxville a d’abord demandé la collaboration des autorités locales, pour éviter le grabuge. On lui demanda alors s’il avait un mandat d’arrestation. Lorsqu’il répondit oui, on lui dit que le mandat était illégal et qu’il s’apprêtait à commettre une bavure. Le magistrat local vint ensuite à sa rencontre regarder son document, pour alors lui dire qu’il n’avait pas de valeur. Lorsque le constable Hall lui signifia que le juge de paix qui l’avait signé avait aussi juridiction sur Maxville, la conversation bifurqua sur la maladie de la mère de Loney. Hall leur répondit qu’il avait un travail à faire. Les autorités de Maxville lui indiquèrent donc que ce serait eux qui iraient cueillir Loney pour l’amener à la gare. C’est finalement quelques minutes avant le départ du train vers Cornwall que Loney fut remis à Hall.

À la surprise générale, Loney fut ensuite libéré sans caution pendant l’enquête. Il demeura toutefois à Cornwall, de crainte de créer un soulèvement à Alexandria, où l’enquête se déroulait à l’hôtel de ville. Les nombreux curieux, incluant plusieurs personnes de Maxville, ne furent pas admis dans la salle, histoire de prévenir l’agitation.

Le coroner statua rapidement que c’est le coup de bâton qui fut fatal. La défense dut donc trouver un argumentaire pour disculper Loney.

Au procès, autant la défense que la Couronne étaient représentés par trois avocats. La Couronne convoqua 25 témoins. La défense, 40. On peut se demander quel pourcentage de la foule qui était présente au match représente ces 65 personnes...  On estima le nombre de visiteurs à Cornwall à 1000 pour l'événement.

Au procès, bien que Loney donnait une impression de nonchalance, ses avocats le dépeignirent comme une victime d’une attaque de Laurin. Il affirma même qu’au moment du coup, il avait les yeux fermés, montrant ainsi le côté accidentel de celui-ci. Il s’agit toutefois d’un argument difficile à prouver ou à infirmer. En fait, il évoqua qu'il ne se souvenait même pas du coup lui-même. La défense mit également ses efforts à décrédibiliser l’arbitre et mettre ses compétences en doute.

L’accusation de meurtre, passible de pendaison, fut ensuite changée en homicide. Le jury accepta la défense de Loney, selon qui il aurait agi en légitime défense. Après quatre heures de délibération, il fut donc acquitté, semant la joie dans la salle d’audience, au point où le juge Teetzel expulsa les plus exubérants. Il sermonna également Loney, lui mentionnant qu’il devait une fière chandelle à ses avocats.

Il se lança ensuite dans un éditorial où il dénonça la glorification, par les journaux et la population, de ceux qu’il qualifia de brutes, au hockey, à la crosse et au football. Il alla même jusqu’à mentionner que ces jeux devraient être interdits.

Loney déménagea éventuellement à Edmonton, où il travailla pour le CN. Il est décédé en 1965, à l’âge de 79 ans.

Sources :

"En jouant au hockey", 27 février 1905, La Presse, page 11,

"Détails d’une brutalité révoltante", 1er mars 1905, La Presse, page 1,

"Loney, who killed Alcide Laurin with a hockey stick, in jail", March 1st 1905, Montreal Star, page 12,

"Une brave famille canadienne-française dans le deuil", 2 mars 1905, La Presse, page 1,

"La mort du jeune Alcide Laurin", 3 mars 1905, La Presse, page 1,

"Les frères Charlebois défient les Maxville", 6 mars 1905, La Presse, page 1,

"L’affaire de Maxville", 7 mars 1905, La Presse, page 1,

"Le meurtrier de Laurin", 23 mars 1905, La Presse, page 1,

"Le procès de Loney", 24 mars 1905, La Presse, page 1,

"L’acquittement de Loney aux assises de Cornwall", 30 mars 1905, La Presse, page 1,

"Loney est acquitté", 30 mars 1905, La Patrie, page 1,

"Announcements", March 4 1965, Edmonton Journal, page 22,

"We like our hockey with a little blood" de Lawrence Scanlan, March 11, 2004, The Globe and Mail (theglobeandmail.com),

wikipedia.org.

samedi 1 mai 2021

Billy Speer


Pratiquer le hockey n’empêche pas de s’intéresser à l’entreprise familiale. Dès l’âge de 15 ans, Billy Speer fut formé par son père pour travailler dans son salon de barbier, situé à Lindsay, en Ontario. Il dut toutefois éventuellement quitter la ville pour poursuivre sa carrière junior avec les Teepees de St.Catharines, au sud de la province.

Il poursuivit ensuite son cheminement professionnel vers la Ligue américaine. Par contre, le décès de son père fit de lui le propriétaire de l’établissement de trois chaises, qu’il continua d’opérer du mieux qu’il put. Aussitôt sa saison terminée, il retournait à ses ciseaux.

En août 1966, quelques mois après l’annonce de l’expansion pour 1967 et de la création des Penguins de Pittsburgh, ces derniers firent l’acquisition de Speer des Barons de Cleveland (version LAH) pour 30 000$.

En juin 1967, Speer, un défenseur défensif relativement massif et une bonne fourchette avouée, vit son poids monter à 242 livres. Son nouvel entraîneur, Red Sullivan, alla le visiter à Lindsay et le convainquit de se mettre à la diète. Au premier camp d’entraînement, il présenta sa charpente de 5’11’’ à un plus raisonnable 210 livres. Ce ne fut toutefois pas suffisant. Bien que ce fut proche, il ne parvint pas à faire l’équipe.

Il se retrouva donc avec les Clippers de Baltimore, une équipe dont le nom n’était pas relié à l’outil de travail utilisé par Speer en été, mais bien au voilier du même nom. Ceci n’empêcha toutefois pas Speer d’être surnommé le Lindsay Clipper.

Ce ne fut par contre que partie remise. En novembre, il fut rappelé par les Penguins, ce qui lui permit de faire ses débuts dans la LNH et de pratiquer sa spécialité de bloquer des tirs au plus haut niveau. Il pratiqua également son autre métier dans la chambre des joueurs, sur la tête de ses coéquipiers. D’ailleurs, en bon barbier classique, il détestait la nouvelle mode hippie, qui diminuait la fréquence des visites sur sa chaise.


Il joua tout de même 68 matchs lors de la saison inaugurale des Penguins, où il marqua 3 buts et obtint 13 passes.

Malgré l’affection du public, ce ne fut toutefois pas suffisant pour lui assurer sa place l’année suivante, qu’il débuta encore à Baltimore. Comme l’année précédente, il fut rappelé en novembre et joua ensuite 34 matchs.

Étonnamment, alors qu’il avait de la difficulté à conserver son poste avec une équipe de deuxième année, il fut réclamé au repêchage intra-ligue par la formation en forte montée de cette période, les Bruins de Boston.

S’il partagea sa saison 1969-70 entre la WHL et la Ligue centrale, il joua tout de même 27 matchs dans l’uniforme des Bruins, mais surtout, il en joua 8 en séries. Ceci lui permit ainsi de faire partie de l’équipe championne de la Coupe Stanley. De retour à Lindsay, Speer eut droit à une parade.

Ce fut par contre pratiquement la fin de sa carrière dans la LNH, puisqu’à l’exception d’un match avec les Bruins en 1970-71, il passa les deux saisons suivantes dans la Ligue américaine.

En 1972-73, il tenta sa chance dans la nouvelle Association mondiale de hockey (AMH). Il se retrouva par contre avec l’une des franchises instables de la nouvelle ligue. En deux ans, il enfila alors l’uniforme des Raiders de New York, des Golden Blades de New York et des Knights de Jersey, mais sans jamais être échangé.

Après sa carrière de hockeyeur, il retourna à Lindsay pour s’occuper de son commerce. De temps à autre, un de ses anciens coéquipiers venait le voir et se faire couper les cheveux. Malgré un très court séjour à Boston de Speer, Bobby Orr s’est d’ailleurs déjà pointé à Lindsay pour disputer un match amical qui avait pour but d’amasser des fonds pour rénover un parc local.

Malheureusement, le Lindsay Clipper eut une triste fin. En février 1989, sa motoneige s’enfonça à travers la glace. Il avait 46 ans.

Lors des cérémonies commémoratives de la victoire des Bruins, malgré un rôle modeste, l’organisation s’est souvenue de Speer et invita sa famille.

Sources :

"Barber Speer Keeps Penguin Mates Trim" de Bill Heufelder, November 29, 1967, The Pittsburgh Press, page 78,

"Anti-Hippie Clipper Barber Joins Pens, Billy Speer Returns to Civic Arena" de Jimmy Jordan, November 23, 1968, Pittsburgh Post-Gazette, page 10,

"Family remembers Stanley Cup win" de Barbara-Ann MacEachern, March 15, 2010, Peterborough This Week (mykawartha.com),

"Family of former Lindsay NHL’r honoured to be included in Boston Bruins Stanley Cup 50th Anniversary Celebration" de Pamela Vanmeer, May 8, 2020, Kawartha 411 (kawartha411.ca).

mercredi 24 juin 2020

Bernie Nicholls




Né le 24 juin (bonne fête et bonne St-Jean en passant) dans le petit village d'Haliburton en Ontario, Bernard Irvine Nicholls fut un des meilleurs joueurs des Kings durant les années 80 et plusieurs pensent qu'il se serait mérité une place au temple de la renommée s'il était resté à Los Angeles au delà de cette décennie. Mais plutôt que de faire partie du ''hall of fame'', il semble plutôt faire partie du fameux et nébuleux ''hall of very good''...



Un joueur habile avec la rondelle et possédant un tir vif et précis, Nicholls se fit repêcher par les Kings en 4e ronde (73e au total) du repêchage de 1980 après une première saison junior correcte (79 points) avec les Canadians de Kingston. Les Kings le gardèrent dans le junior l'année suivante, ce qui fut bénéfique selon lui car il doubla ses statistiques en 1980-81 avec 63 buts et 152 points et fut davantage prêt mentalement pour faire le saut dans la LNH.

Il débuta son parcours professionnel avec le club-école des Kings dans la ligue américaine, les Nighthawks de New Haven où il menait la ligue avec 41 buts et 71 points en 55 matchs avant d'être rappelé par les Kings pour le restant de la saison 1981-82. Il obtint ensuite une excellente fiche de 14 buts et 32 points en 22 matchs lors de cette première saison écourtée à Los Angeles en plus de 4 buts en 10 matchs durant les séries, participant d'ailleurs au ''Miracle on Manchester'', ce fameux match où les Kings remontèrent un déficit de 5 à 0 contre les Oilers pour l'emporter 6-5 et prendre les devants dans la série. Il devint également lors de ces premiers matchs avec l'équipe le premier de leur histoire à obtenir deux tours du chapeau consécutifs. Il ne retournera jamais dans les mineures par la suite.


Venant d'un petit village de moins de 100 habitants, il s'adapta toutefois rapidement à la vie d'une grande ville comme Los Angeles et devint un joueur fort populaire auprès des fans des Kings, particulièrement par sa fameuse célébration de but surnommée le ''Pumper Nicholl'' car il avait l'habitude de faire tournoyer son bras après chaque but compté.

Il était aussi très charismatique et toujours souriant en dehors de la glace où sa fougue, sa jeunesse et sa crinière blonde avec ''mullet'' correspondaient parfaitement avec le style de vie californien. Il se faisait également remarquer par ses habits et manteaux de fourrure flamboyants dont un habit complètement rose qu'il portait occasionnellement lors de ses nombreuses sorties nocturnes en début de carrière.

Il ne fut jamais reconnu pour des frasques majeures hors de la glace mais une certaine réputation d'oiseau de nuit le suivit une bonne partie de sa carrière avant de diminuer lorsqu'il devint plus vieux. Même chose pour le ''Pumper Nicholl'' qu'il arrêta graduellement de faire après s'en être lassé.




Il régressa légèrement lors de sa deuxième saison avec 50 points en 71 matchs mais se rattrapa lors des années suivantes avec des saisons de 95 points en 1983-84, une première de 100 points en 1984-85 et ensuite une de 97 points en 1985-86. Sa venue à Los Angeles venait enfin apporter plus de profondeur à l'attaque dans cette équipe qui devait auparavant dépendre presque entièrement de sa ''Triple Crown Line'' avec Marcel Dionne, Dave Taylor et Charlie Simmer pour générer de l'offensive. Étant jumelé la plupart du temps avec l'ailier Jim Fox, Nicholls était fermement campé comme deuxième centre de l'équipe et semblait lorgner la première ligne davantage au fur et à mesure que Dionne vieillissait. Mais même après l'échange de Dionne aux Rangers en 1987, il demeura comme deuxième centre dû à l'arrivée du jeune (et éphémère) prodige Jimmy Carson en 1986-87.

Après une première bonne saison, Carson explosa en 1987-88 avec 55 buts et 107 points tandis que Nicholls régressa avec des saisons de 81 et 78 points respectivement. Il n'avait toutefois joué que 65 matchs lors de cette saison de 78 points et conservait tout de même sa moyenne supérieure à 1 point par match depuis le début de sa carrière. Cependant, après deux saisons de plus de 40 buts en 1984 et 1985, Nicholls était depuis plutôt un habitué aux saisons de 30 buts et plus mais on sentait quelque peu un potentiel qui se laissait désirer.

Les choses prirent toutefois une tournure complètement différente pour Nicholls, Carson, les Kings et la LNH en général durant l'été 1988 lorsque survint ''l'Échange'' entre les Kings et les Oilers où Carson ainsi qu'un package de prospects, choix au repêchage et 15 millions de dollars prirent le chemin d'Edmonton en retour de Wayne Gretzky, Marty McSorley et Mike Krushelnyski.

Luc Robitaille, Bernie Nicholls et Steve Duchesne

L'arrivée de la merveille à Los Angeles eut l'effet d'une bombe dans le milieu du hockey et sur le paysage sportif californien. Pour Nicholls c'était une occasion de rêve et selon ses propres mots cela se comparait à ''un enfant qui reçoit ses cadeaux le matin de Noël''. La production offensive de Nicholls explosa lors de la première saison de Gretzky avec les Kings en 1988-89 alors qu'il obtint des sommets en carrière faramineux de 70 buts et 80 passes pour 150 points soit presque le double de sa saison précédente (78 points).

Nicholls parvint donc avec cet impressionnante récolte à s'inclure dans deux clubs sélects de l'histoire de la LNH soit celui des joueurs ayant franchi le cap des 70 buts (avec 9 autres joueurs) et celui encore plus sélect de seulement 5 joueurs ayant franchi le cap des 150 points, les autres étant Phil Esposito, Steve Yzerman, Mario Lemieux et bien sûr Gretzky.

En plus de franchir ces deux plateaux impressionnants avec ce 70e but, il s'agissait également de son 300e en carrière.





Malgré qu'il obtint des résultats plus que respectables durant le reste de sa carrière, Nicholls ne s'approchera plus jamais d'un tel niveau de production et est grandement reconnu pour avoir lui aussi bénéficié de la présence de Gretzky pour obtenir des statistiques élevées du genre. Ce qui fait que sa saison 88-89 de 150 points semble demeurer pour plusieurs une anomalie.

Cependant quelque chose m'a toujours intrigué à propos de cette fameuse saison. Il est indéniable que Nicholls profita de l'arrivée de Gretzky mais il y a plusieurs nuances à apporter avant de pouvoir dire que cette saison était une anomalie.

Premièrement le plus important point est que Gretzky et Nicholls étaient tous les deux joueurs de centre et durant la majorité de la saison, c'est avec Luc Robitalle et Dave taylor que Nicholls jouait, étant jumelé avec Gretzky principalement en avantage et désavantage numérique.

Match des étoiles 1989


Une grande croyance serait que Nicholls a su profiter du fait que puisque l'attention des joueurs adverses était centrée pour contrer Gretzky, il avait plus de marge de manœuvre pour que Nicholls puisse produire offensivement sur son trio moins surveillé. Une autre théorie est que Nicholls était mûr pour rebondir après une saison 1987-88 écourtée par des blessures et une suspension. Selon Nicholls lui même, la seule présence de Gretzky dans le vestiaire était inspirante et motivante pour Nicholls à passer à un niveau supérieur, même en jouant sur différents trios. Les deux joueurs avaient aussi le même âge en plus de venir de l'Ontario et devinrent de grands amis durant cette saison.

Une autre théorie est que Nicholls (alors agé de 27 ans) était alors dans son ''peak'' et entrait dans ses meilleures années. D'autres joueurs comme Brett Hull, Phil Esposito et Vincent Lecavalier ont également connu des ''jumps'' de production similaire (quoique pas aussi impressionnants) que Nicholls alors qu'ils avaient sensiblement le même âge.

Je me devais donc d'aller plus loin pour découvrir à quel point Nicholls avait profité de la présence de Gretzky. J'ai scruté chaque sommaire des matchs des Kings en 1988-89 sur le site de la ligue et j'ai ensuite décortiqué les statistiques de Nicholls. J'ai effectivement remarqué que Nicholls jouait régulièrement avec Robitaille et Taylor et n'était jumelé avec Gretzky que sur l'avantage numérique la plupart du temps. Mais plus la saison avançait et Nicholls jouait de plus en plus avec Gretzky à 5 contre 5, ce qui nous donne les statistiques suivantes:

Points obtenus par Nicholls sans Gretzky: 88
Points obtenus avec Gretzky: 62 dont 25 en avantage numérique, 11 en désavantage numérique et 26 en temps de jeu régulier.

Il est aussi à noter qu'il y a une marge d'erreur ici car même si Gretzky n'était pas sur le sommaire pour certains points de Nicholls, ça ne veut pas dire qu'il n'était pas sur la glace.




Donc j'en conclus donc que oui, Nicholls fut grandement aidé par Gretzky mais que ce dernier n'est pas le seul responsable de ses succès cette saison-là. Avec son ''peak'' discuté plus haut, il n'aurait pas obtenu 150 points mais peut-être 110-120 points sans la merveille dans le même vestiaire. Il est aussi à noter que d'autres joueurs des Kings n'ont pas obtenu le même ''boost'' avec Gretzky. C'est le cas de Robitaille d'ailleurs qui obtint moins de points (98) que la saison précédente (111).

Cette saison ''anormale'' de Nicholls est donc à prendre avec des pincettes et c'est beaucoup la suite des choses qui vint faire en somme que Nicholls n'obtint jamais plus de telles statistiques, même s'il demeura un joueur d'un point par match pour plusieurs années.

Lors de la saison 1989-90, Nicholls semblait être de nouveau sur la même voie avec 27 buts et 75 points lors de ses 47 premiers matchs ce qui lui aurait donné autour de 130 points sur une saison complète. Mais tout bascula pour Nicholls à la pause du match des étoiles de 1990 alors qu'il passa aux Rangers de New York la veille du match. La direction des Kings trouvait que l'équipe manquait de robustesse et avait des faiblesses en défensive, particulièrement en séries, et cherchait également à trouver d'autres ailiers pour entourer Gretzky.

Avec un club quelque peu en déroute dans le classement à ce moment-là, des rumeurs impliquaient le départ de Nicholls et/ou de Robitaille depuis plusieurs semaines. Ils envoyèrent finalement Nicholls à New York et réussirent à recevoir 2 joueurs contre lui soit Tony Granato et Tomas Sandstrom.

Nicholls fut initialement furieux de la décision des Kings, lui qui s'était fait promettre par le propriétaire Bruce McNall qu'il ne serait pas échangé (comme Jimmy Carson auparavant et Luc Robitaille plus tard) et qui avait signé un nouveau contrat en début de saison. Il était aussi choqué d'apprendre la nouvelle pendant les festivités du match des étoiles.

Gretzky était lui aussi choqué par l'échange mais reconnaissait que l'équipe avait besoin de plus de hargne. Nicholls encaissa malgré tout le choc et se rapporta à New York mais joua tout de même le match des étoiles pour la conférence Campbell, celle des Kings. Il termina la saison 1989-90 avec un rythme bien sûr moins productif avec 37 points en 32 matchs à New York pour un total combiné de 112 points, ce qui fut finalement sa dernière saison de plus de 100 points.

Les Kings continuèrent de peaufiner leur alignement au cours des saisons suivantes et Granato et Sandstrom furent importants pour l'équipe durant le parcours jusqu'en finale en 1993. Cependant les Kings eurent beaucoup de difficulté à remplir le poste de deuxième centre après le départ de Nicholls, tentant des expériences avec des joueurs dont j'ai parlé dans les derniers mois comme Todd Elik, Bob Kudelski et Corey Millen. C'est d'ailleurs en remarquant le thème récurrent de l'abscence de Nicholls en écrivant ces autres textes que je me suis finalement décidé à m'attaquer à son cas...

Nicholls continua donc son chemin à New York et devint populaire avec les fans de sa nouvelle équipe, se méritant d'ailleurs le surnom ''Broadway Bernie''. Tom Hanks, un grand fan de hockey et particulièrement des Kings, porta même un chandail des Rangers à son effigie lors d'une participation à Saturday Night Live avec Aerosmith...


Il revint donc à son rythme plus standard d'un point par match en 1990-91 lors de sa première saison complète avec les Rangers (73 points en 71 matchs) mais les Rangers voulaient également avoir leur équipe championne et effectuèrent donc eux aussi un ''Échange'' avec un E majuscule en s'appropriant une vedette des Oilers d'Edmonton.

L'été 1991 n'était pas de tout repos pour les Oilers qui effectuèrent à contre gré un démantèlement massif de leur ancienne équipe championne, à peine plus d'un an après leur dernière conquête (voir texte du 16 avril 2017). Après les départs subséquents de Jari Kurri, Grant Fuhr et Glenn Anderson durant la saison morte, les Oilers durent se départir également de leur capitaine Mark Messier qui ne s'était pas rapporté au camp des Oilers et avait demandé d'être échangé après avoir vu que l'équipe ne voulait pas tenter de demeurer compétitive. Messier fut donc également échangé aux Rangers quelque peu après le début de la saison 1991-92.

En retour de Messier, les Oilers mirent la main sur Nicholls ainsi que Louis DeBrusk et Steven Rice en plus d'une somme d'argent de quelques millions de dollars.

Encore plus choqué par ce deuxième échange en moins de deux ans, Nicholls refusa de se rapporter aux Oilers, déclarant d'abord ne pas vouloir jouer au Canada dans une équipe en reconstruction. Il demandait également à ce que les Oilers lui offre une augmentation substantielle pour l'amener à Edmonton. Il fut donc suspendu par sa nouvelle équipe mais Nicholls eut par la suite d'autres raisons personnelles pour ne pas quitter New York puisque sa conjointe était confiné au lit alors qu'elle était enceinte de jumeaux. Le couple avait précédemment eu des difficultés à procréer et Nicholls refusa donc de quitter son chevet jusqu'à ce que ses enfants soient nés.

Les jumeaux Nicholls virent le jour à la fin du mois de novembre 1991 et porté par la bonne nouvelle et la tension disparue, il annonça aux Oilers qu'il était prêt à se rapporter avec eux. Il perdit donc plus de 200,000$ en salaire durant cet épisode mais fut grandement applaudi par ses pairs et par les fans pour avoir décidé de supporter sa famille durant cette épreuve.



Il arriva donc à Edmonton et après quelques jours à seulement s'entraîner avec l'équipe pour retrouver la forme, il fit ses débuts en tant que Oiler à la mi-décembre. Il obtint un respectable 20 buts et 49 points en 49 matchs durant cette saison écourtée de 1991-92 en plus de 19 points en 16 matchs durant les séries où les Oilers continuèrent de surprendre en ces années post-dynastie. Ce bon rendement de Nicholls lui permit d'entretenir une bonne relation avec les fans des Oilers qui l'appréciaient malgré qu'il devait porter les lourdes chaussures de Messier.

Le temps de Nicholls à Edmonton était toutefois emprunté. Il déclara lors de son arrivée qu'il jouerait de son mieux avec les Oilers mais qu'il désirait que l'équipe l'échange de nouveau, préférablement dans la côte est pour être plus près de sa famille (qui ne le suivit pas à Edmonton) ou bien qu'ils le renvoient à Los Angeles. L'équipe n'avait pas vraiment l'intention qu'il demeure à Edmonton très longtemps d'ailleurs. Désirant continuer de se rajeunir (et de couper dans la masse salariale) ils exaucèrent le souhait de leur meilleur joueur de centre en l'envoyant aux Devils du New Jersey en janvier 1993.

En retour, les Oilers obtinrent les attaquants Zdeno Ciger et Kevin Todd. Malgré que son séjour à Edmonton fut quelque peu tourmenté et qu'il n'avait pas vraiment le désir d'y jouer, il déclara plus tard qu'il était fier d'avoir porté leur chandail malgré tout.

Nicholls termina donc la saison 1992-93 avec sa 4e équipe en moins de 4 ans mais joua du hockey peu inspiré avec seulement 5 buts en 23 matchs au New Jersey et étant même laissé de côté à quelques reprises. Il termina la saison avec tout de même 60 points en 69 matchs avec les deux clubs mais un autre épisode familial en coulisses affecta son jeu durant cette période.

La conjointe de Nicholls, Heather, était retombée enceinte rapidement après la naissance de leurs jumeaux et un autre fils, Jack, naquit prématurément en novembre 1992. Jack était cependant né avec la trisomie 21 et développa plusieurs problèmes de santé après sa naissance. Un peu moins d'une semaine après son échange au New Jersey, Nicholls reçut le diagnostic que son fils souffrait d'une méningite bactérienne. Un prise de moelle épinière pour détecter le virus aurait par la suite mal tournée, ce qui provoca un arrêt cardiaque au pauvre Jack et qui le laissa dans un coma profond jusqu'à sa mort quelques jours avant son 1er anniversaire...

À travers cette épreuve les Devils accommodèrent Nicholls du mieux qu'ils pouvaient en lui permettant de retourner à Los Angeles (où la famille était désormais relocalisée) et en défrayant les frais pour les billets d'avion. Les Nicholls intentèrent plus tard une poursuite contre les médecins qui effectuèrent la prise de moelle épinière à leur fils, mais j'ignore quel en fut le dénouement.

La mort de Jack fut toutefois une libération pour la famille Nicholls qui était soulagée malgré tout de voir ses souffrances se terminer. Nicholls reprit graduellement du galon et le désir de jouer durant la saison 1993-94 où il ne joua que 61 matchs et récolta 46 points au sein d'une équipe davantage portée sur le jeu défensif. Il devint davantage efficace en défensive sous les ordres de Jacques Lemaire, ce qui l'aida à graduellement se ré-inventer pour le dernier droit de sa carrière.

C'est aussi avec les Devils qu'il franchit le cap des 400 buts et des 1000 points en carrière. Il fut également un des éléments importants des Devils en séries alors qu'ils s'inclinèrent en 7 parties contre les Rangers en finale de conférence. Il obtint 13 points en 16 matchs durant ces séries.


Les Devils décidèrent cependant de ne pas lui offrir un nouveau contrat et le laissèrent aller. Il signa donc ensuite un contrat de deux saisons avec les Blackhawks de Chicago où il continua de retrouver le plaisir de jouer après plusieurs mois et années difficiles. Il termina au premier rang des pointeurs des Blackhawks avec 51 points lors de la saison écourtée de 1995 ainsi que 12 points en 11 matchs durant les séries. Il connut ensuite une autre bonne saison en 1995-96 avec 60 points en seulement 59 matchs alors qu'il rata une partie de la saison avec diverses blessures.

Il est donc facile de croire que Nicholls se serait de nouveau approché du plateau des 100 points si les saisons précédentes avaient été complètes, sans grèves, blessures et problèmes personnels. Et imaginez s'il était demeuré avec les Kings...

Nicholls se plaisait à Chicago mais les Hawks ne lui offrirent ensuite qu'un contrat d'un an, ce qu'il refusa. Plusieurs autres équipes étaient intéressés à ses services mais il décida de terminer sa carrière en retournant en Californie. Il signa donc à l'été 1996 un contrat de deux saisons avec les Sharks de San Jose où il fut amené pour agir comme mentor envers leurs jeunes joueurs comme Owen Nolan et plus tard Patrick Marleau.



Après deux saisons dans un rôle plus défensif où il obtint respectivement 45 et 28 points, les Sharks le signèrent pour une autre saison en 1998-99. Il fut cependant libéré après 10 matchs après que les Sharks aient échoué à trouver une équipe qui désirait de ses services. Il fut donc forcé vers la retraite en novembre 1998. Apparemment que son entraineur Darryl Sutter lui préféra son frère Ron pour occuper son poste sur le 4e trio.

Depuis sa retraite, Nicholls partage son temps entre sa résidence à Las Vegas et dans son patelin d'origine à Haliburton où il occupe beaucoup de temps à chasser et pêcher. Il a également quelques entreprises sur internet dont il est investisseur. En 2011, il revint dans le monde de la LNH lorsque ce même Darryls Sutter le ramena dans le giron des Kings comme consultant entraîneur où il aidait les joueur à perfectionner leur lancer. Son implication lui valut finalement une bague de la coupe Stanley en 2012 et il put amener la coupe à Haliburton durant cet été-là et il l'emmena même à la chasse avec lui...



Il fit aussi partie des quelques 300 anciens joueurs qui poursuivirent la LNH il y a quelques années pour avoir négligé les diagnostics de commotions cérébrales. Comme plusieurs anciens joueurs, Nicholls sentit qu'il avait développé des symptômes au cours des années suivant sa retraite comme des pertes de mémoires et de l'irritabilité.

En 1127 matchs en carrière, il obtint 475 buts et 734 passes pour 1209 points, ce qui lui confère à ce jour le 47e rang de l'histoire dans la LNH. S'il avait pu jouer avec Gretzky pendant 3 ou 4 saisons de plus, nulle doute qu'il y aurait davantage de discussions pour son introduction au temple de la renommée. Mais il demeure qu'il n'a jamais remporté la coupe en tant que joueur ni remporté de trophées individuels. Il est donc un peu dans la même catégorie que les Pierre Turgeon, Jeremy Roenick et Vincent Damphousse de ce monde.


Sources:
It's Pumper-Nicholl on a roll, Sports Illustrated, 22 nov. 1982
Where he reigns, Goals pour, Sports Illustrated, 19 déc. 1988
Bernie Nicholls turned job as Wayne Gretzky’s sidekick into starring role, LA Times, 19 avril 2010
Only mortal after all?, Sports Illustrated, 26 février 1990
Remembering the Bernie Nicholls Trade, Big Mouth Barry, 28 janvier 2012
When a Crisis Sets In, Nicholls Puts Family First, New York Times, 3 janvier 1993
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