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mercredi 23 octobre 2024

Doug Barkley





À l’époque des six équipes et avant qu’existe le repêchage, ce sont les Black Hawks de Chicago qui ont démontré le plus d’intérêt envers Doug Barkley. Par contre, même si dans la deuxième moitié des années 1950, les Hawks commençaient à peine à sortir d’une période sombre, Barkley eut de la difficulté à se faire une place avec le grand club. S’il parvint à jouer une poignée de matchs avec Chicago, il fut surtout balloté entre l’équipe de sa province natale de la WHL, les Stampeders de Calgary, et les Bisons de Buffalo de la Ligue américaine. Lorsque les Hawks redevinrent respectables avec l’arrivée des Bobby Hull, Stan Mikita, Pierre Pilote et Glenn Hall, ceci n’aida Barkley à sortir de l’anonymat.

En juin 1962, Barkley avait 25 ans mais il n’avait joué que 6 matchs dans la LNH. Les Hawks se servirent donc de lui comme monnaie d’échange pour obtenir John McKenzie et Len Lunde des Red Wings.


Après avoir eu une vraie chance à Détroit, Barkley put véritablement se faire valoir. Défenseur au style robuste et avec un tir puissant, il parvint à gagner des points aux yeux de son entraîneur, Sid Abel, avec sa contribution au jeu de puissance et sa capacité de corriger les erreurs de ses coéquipiers. Il vint même à un cheveu de remporter le Trophée Calder (recrue de l’année), derrière Kent Douglas, dans une cuvée qui était tout de même faible.

Sans gagner la Coupe Stanley, les Wings atteignirent la finale à quelques reprises lors du passage de Barkley dans la ville de l’automobile. Le tout prit toutefois fin de façon prématurée le 30 janvier 1966. À ce moment, Doug Mohns des Hawks tenta de lever le bâton de Barkley, mais rata son coup. C’est donc le sien qui se retrouva dans l’œil de son adversaire. Barkley fut immédiatement envoyé à l’hôpital pour y être opéré.

Les nouvelles, rapportées au quotidien, furent en dents de scie. Une journée, on se montrait optimiste, puis le lendemain, c’était beaucoup moins sûr, mais il s’agissait d’abord de spéculation, puisqu’il fallait attendre de retirer les bandages pour vraiment se faire une idée.

Après avoir envisagé que Barkley puisse reprendre l’entraînement avec un cache-œil et être prêt pour les séries, le tout fut remis à zéro lorsque sa rétine se détacha. Il eut donc une deuxième opération dans un hôpital de Boston. Sa vue progressa, puis régressa. Il y eut une troisième et une quatrième opération, mais le tout fut vain. Barkley perdit finalement son œil et celui-ci lui fut retiré.

C’est ainsi que la carrière de Barkley prit fin à seulement 29 ans, après 253 matchs. À fin de compensation, la ligue lui versa 15 000$.

Ayant perdu un rouage important, Paul Henderson affirma plus tard que cette perte d’un joueur qui cimentait l’équipe fut le début d’une longue descente aux enfers. Augmentée de décisions douteuses, d’instabilité et d’échanges malheureux, la retraite forcée de Barkley fut suivie de 15 saisons où les Red Wings ratèrent les séries en 17 ans (malgré l’arrivée sur une base régulière de nouvelles équipes d’expansion au sein de la ligue).

On lui trouva tout de même un travail chez les Wings aux relations publiques et à l’administration. En 1969-70, on lui confia les rênes de la filiale de la Ligue centrale, les Wings de Fort Worth. Au cours de l’année suivante, dans cette instabilité mentionnée précédemment, on demanda à Barkley de prendre la place de Ned Harkness derrière le banc, alors que Harkness monta au deuxième étage. Son passage fut toutefois de courte durée, puisqu’en novembre 1971, il démissionna pour laisser sa place à Johnny Wilson.

Barkley demeura dans l’entourage des Red Wings, mais ce ne fut qu’une question de temps avant qu’il retourne derrière le banc. En juin 1975, Alex Delvecchio décida de se concentrer sur son poste de directeur-gérant et laissa celui d’entraîneur à Barkley.

Il ne parvint toutefois pas à améliorer les choses. Le début de saison fut encore difficile, autant pour l’équipe que pour Barkley personnellement.

Le 16 novembre 1975, Détroit perdit 3-0 malgré une belle performance d’Ed Giacomin devant le filet face à son ancienne équipe, les Rangers. Après le match, Barkley parla aux journalistes dans le corridor. Ces derniers demandèrent d’aller dans le vestiaire. Barkley leur dit alors d’attendre. Walt MacPeek du Newark Star-Ledger, qui voulait parler à Giacomin, s’impatienta. Le ton monta. Barkley lança alors des insultes et des jurons, avant de le frapper à la tête et à l’épaule et de lui causer un œil amoché. MacPeek porta plainte.

Quelques semaines plus tard, le 4 décembre, après une défaite de 9-1 contre les Canucks, il fut congédié. Il s’agissait du 9e changement d'entraîneur en 8 ans. Pour ce qui est de l’accusation, elle n’a pas été retenue. Et comme Barkley avait été congédié, la ligue n’eut pas à se prononcer.

Estimant qu’avec sa fiche globale de 20-60-11, c’était terminé pour lui, Barkley retourna dans son coin de pays. Il demeura toutefois impliqué dans le hockey, en devenant brièvement entraîneur au niveau junior des Wranglers de Calgary en 1977-78.

En 1980, les Flames d’Atlanta mirent le cap sur Calgary. Barkley put alors devenir analyste de leurs matchs à la radio. Il demeura à ce poste jusqu’en 2001.

Doug Barkley demeure toujours à Calgary.

Sources :

″Barkley injures eye; Wings bow to Hawks″ de Terry O’Connor, January 31, 1966, Windsor Star, page 19,

″Barkley plays waiting game; Damage to eye serious″ de Terry O’Connor, February 1st, 1966, Windsor Star, page 18,

″Late reports on Barkley encouraging″, February 3, 1966, Windsor Star, page 27,

″Abel fears Barkley out for season″, February 5, 1966, Windsor Star, page 22,

″Last report on Barkley: encouraging″ de Terry O’Connor, February 7, 1966, Windsor Star, page 19,

″Too early on Barkley″, February 9, 1966, Windsor Star, page 23,

″Good report on Bakley″, February 11, 1966, Windsor Star, page 27,

″Lucky legs of Hull and Provost″ de Jack Dulmage, February 14, 1966, page 20,

″Doctors find more severe eye damage″, February 15, 1966, Windsor Star, page 19,

″Official: Barkley retires″, AP, June 8, 1966, Windsor Star, page 30,

″When you are 29 and the game is over″ de John Robertson, December 31, 1966, Calgary Herald, page 14,

″Barkley Enjoys His New Post With Detroit Team″, CP, Quebec Chronicle Telegraph, February 3, 1968, page 8,

″Security backfires on Barkley″, CP, January 11, 1971, Saskatoon Star-Phoenix, page 12,

″Claim Barkley new Wings’ coach″, AP, June 28, 1975, Windsor Star, page 24,

″Barkley Attacked For His Fighting″, AP, November 18, 1975, Calgary Herald, page 31,

″Detroit Fires Coack Barkley″, AP, December 5, 1975, Spokane Daily-Chronicle, page 20,

″Austerity arrives″ de Jack Dulmage, January 28, 1976, Windsor Star, page 36,

″Barkley held Wings together″ de John Down, September 23, 1980, Calgary Herald, page C1,

legendsofhocket.net, wikipedia.org.


mercredi 21 février 2024

L'accident de Tim Horton



Il y a cinquante ans aujourd’hui, la légende des Leafs et le restaurateur Tim Horton nous quittait dans des circonstances tragiques. Mais avant d’en venir à ceci, reculons un peu dans le temps.

Les Sabres de Buffalo se sont joints à la ligue en 1970. Bien qu’une équipe d’expansion, leurs débuts ont tout de même été respectables. Ils ont d’abord bénéficié de la fin de l’exception culturelle pour pouvoir repêcher Gilbert Perreault avec leur tout premier choix. Avec l’ex-entraîneur des Leafs Punch Imlach derrière le banc, ils ont terminé devant leurs frères d’expansion (les Canucks), mais aussi devant deux équipes d’expansion de 1967 (les Golden Seals et les Penguins) et même une équipe des Original Six (les Red Wings).

L’année suivante, ils eurent encore la main heureuse en repêchant un autre joueur qui les aida immédiatement, Richard Martin. À la fin de la saison, Pittsburgh voulut acquérir le vétéran Eddie Shack pour l’aider à faire les séries. En retour, Buffalo obtint un jeune qui n’avait pas encore fait ses preuves, René Robert. Éventuellement réuni avec Perreault et Martin, ils deviendront la French Connection, le premier trio marquant de cette période de l’équipe.

En juin 1972, les Sabres saisirent l’occasion d’aller chercher un vétéran pour encadrer leurs jeunes en réclamant au ballotage des Penguins celui qui avait joué 1184 matchs avec les Leafs (et donc qui était bien connu d’Imlach), Tim Horton. Celui-ci envisageait plutôt la retraite, mais son ancien entraîneur réussit à le convaincre qu’il pouvait toujours contribuer.

En 1972-73, Horton joua 68 matchs et permit aux Sabres d’atteindre les séries pour une première fois. Il conserva son domicile à Toronto et fut autorisé à ne se présenter qu’à une ou deux pratiques par semaine. S’il parlait peu dans la chambre, il avait un rôle de professeur et de conseiller et son opinion était recherchée. De plus, sa condition physique était irréprochable. Horton décida donc de revenir l’année suivante.

Le 20 février 1974, les Sabres ont affronté les Leafs au Gardens. Le dimanche précédent, lors d’un match contre Détroit, Horton avait été blessé à la joue. En raison de la douleur qu’il éprouvait, il avait donc demandé à l’entraîneur Joe Crozier de ne pas jouer en troisième période, dans un match où il fut malgré tout choisi comme la troisième étoile. De plus, il avait demandé de ne pas revenir à Buffalo avec le reste de l’équipe. Il alla plutôt rencontrer son partenaire d’affaires Ron Joyce, avec qui il possédait sa chaîne de beignes et cafés depuis 1964 puis, vers 4h, il prit le chemin de Buffalo. Il avait pris des antidouleurs et quelques bières.

Sur le Queen Elizabeth Way, aux alentours de St.Catharines, un policier avertit ses collègues qu’une voiture roulait à 100 milles à l’heure (160 km/h) dans une zone de 60 (97 km/h). Il s’agissait de la De Tomaso Pantera qu’Imlach avait offerte à Horton pour le convaincre de retarder sa retraite.

De Tomaso Pantera

Un peu plus de 50 km plus loin, alors qu’il était poursuivi, Horton effectua une violente sortie de route et fit plusieurs tonneaux. Le temps était clair et la chaussée était sèche.  Ne portant pas de ceinture de sécurité, il fut éjecté de la voiture. On le retrouva à 123 pieds (37 m) du bolide, qui lui, traversa un terre-plein de 4 m avant de se retrouver en direction inverse. Horton fut tué sur le coup. Il avait 44 ans.  Celui qui était reconnu comme étant affable et un bon coéquipier laissa dans le deuil son épouse et ses quatre filles.

Le soir même, les Sabres étaient à domicile pour affronter les Flames d’Atlanta. Crozier déclara alors à son équipe que rien ne ramènerait Horton et qu’il aurait voulu qu’ils retournent au travail et qu’ils se battent pour une place en séries. Par contre, les deux équipes portèrent un brassard noir en signe de deuil. Buffalo parvint malgré tout à soutirer un verdict nul de 4-4 aux Flames.

Un an plus tard, Joyce racheta les parts de la chaîne de restauration qui avait à ce moment une trentaine de sites, qui appartenaient dorénavant à l’épouse d’Horton. La transaction se chiffra à 1 million $, et Joyce en fit ensuite le géant qu’on connait aujourd’hui.

Horton, vainqueur de quatre coupes Stanley, fut admis au Temple de la renommée en 1977.

Sources:

"Crash claims Horton", Canadian Press, February 21, 1974, The Windsor Star, page 1,

"Tributes to Horton accentuate grief", Canadian Press, February 22, 1974, The Windsor Star, page 20,

"Perreault, Martin et Robert ont perdu leur professeur" d’Yvon Pedneault, 22 février 1974, La Presse, page B4,

″Horton’s death shocks the hockey world ′A great defenseman, a great person′ ″, CP, February 22, 1974, Montreal Gazette, page 30,

″Luce sparks three-goal Buffalo rally″, UPI, February 22, 1974, Montreal Gazette, page 31,

″Horton widow dead at 68″, December 26, 2000, CBC Sports (cbc.ca),

"Remembering Tim Horton" de Chris Iorfida, February 21, 2013, CBC (cbc.ca),

wikipedia.org.

jeudi 21 décembre 2023

Joueur oublié des 90's #85 - Steve Chiasson









Pour une autre rare fois, je m'insère dans une série créée par RaySheppard. C'est qu'en (re)tombant sur une carte de Steve Chiasson (prononcé Chay-sonn), je me suis rendu compte que j'avais totalement oublié ce joueur, et ce qu'il lui est arrivé.

Steven Joseph Chiasson est né le 14 avril 1967 à Barrie en Ontario. au Canada. Il joint les rangs des Platers de Guelph dans la OHL pour la saison 1983-84. Défenseur robuste, mais possédant une bonne relance de l'attaque, il se fait remarquer par les Red Wings de Detroit qui en font leur choix de troisième ronde, 50e au total, au repêchage de 1985. 
 
Toujours avec les Platers la saison suivant sa sélection, il fut sélectionné au sein d'Équipe Canada pour le championnat mondial junior qui se tenait en Tchécoslovaquie, où il marqua 4 points (2 buts 2 passes) en 6 matchs. Il subit cependant le même sort que ses coéquipiers et leurs adversaires soviétiques, alors que les deux équipes furent disqualifiées du tournoi suite à une bagarre générale. De retour à Guelph, il fut une figure importante des Platers, les aidant à remporter la coupe Memorial en plus d'être élu le joueur le plus utile du tournoi.


Chiasson, #26 au premier rang, avec des Cooperall et un air absent, à côté de Jacques Martin


Malgré 23 matchs disputés dans la AHL avec les Red Wings d'Adirondack, Chiasson fit rapidement sa place à Detroit, s'imposant avec son jeu robuste et ses qualités offensives. Il représenta d'ailleurs l'équipe au match des étoiles de 1993, saison au cours de laquelle il amassa sa plus grande récolte de points en carrière, avec 62 (12 buts et 50 passes), faisant de lui le 5e meilleur marqueur de l'équipe, tout juste derrière un joueur culte ici, Ray Sheppard.




À l'été 1994, voulant grandement améliorer leur position de gardien de but, les Red Wings firent l'acquisition de Mike Vernon des Flames de Calgary en retour de Chiasson. Avec les Flames, Chiasson disputa deux très bonnes saisons, au sein d'une brigade défensive composée entre autres de Phil Housley, James Patrick et Zarley Zalapski. Lors de la saison 1996-97, Chiasson et les Flames n'allaient nulle part. Le club composait d'ailleurs avec plusieurs blessures, dont certaines aux vétérans défenseurs de l'équipe avec seulement 2 matchs joués par Patrick et 19 par Zalapski (Housley était désormais à Washington). Les Flames sacrifièrent alors Chiasson à la date limite des échanges (en compagnie d'un choix de 3e ronde en 1997), l'envoyant aux Whalers de Hartford en retour de Glen Featherstone, Hnat Domenichelli, et un choix de 2e ronde(1997) et un de 3e ronde (1998).

Au sein d'une équipe qui était sur ses derniers milles à Hartford, Chiasson sembla se plaire sous les ordres de Paul Maurice, inscrivant presque autant de points en 18 matchs (14 points) qu'en 47 parties à Calgary (16 points). Une fois les Whalers éliminés, Chiasson défendit les couleurs de l'unifolié lors du championnat mondial de 1997, ramenant la médaille d'or à la maison.

Il suivit l'équipe à Raleigh en Caroline du Sud lorsqu'elle devint les Hurricanes. Le déménagement ne changea rien à première vue à l'organisation, alors qu'elle rata les séries pour une sixième année consécutive mais, maintenant dans la trentaine, Chiasson se mit à s'impliquer collectivement, avec des visites dans les hôpitaux et auprès de groupes jeunesse. De plus, il renoua avec son ancien coéquipier chez les Red Wings, Ray Sheppard, qui devint son cochambreur lors des périples sur la route, en plus de brièvement côtoyer mon avatar, Kirk McLean. Chiasson aida, en compagnie de Glen Wesley, à solidifier un jeune brigade défensive, en menant autant au niveau des points (34 pour Chiasson, 25 pour Wesley) qu'en leadership.

En 1998-99, après 24 matchs, Chiasson a dû subir une opération à l'épaule qui l'a tenu à l'écart du jeu de décembre à avril, revenant à temps pour disputer les quatre dernières parties du calendrier régulier, et accompagner l'équipe à leur première série éliminatoire depuis leur arrivée en Caroline du Nord. Face aux Bruins de Boston, Chiasson termina deuxième marqueur de son équipe, avec un but et deux assistances, dans une série remportée en 6 matchs par les bostonnais. Dépités, les Hurricanes reprirent l'avion qui les ramenait à la maison.


But marqué au début du 5e match de la série


L'avion atterrit aux alentours de 1 heure le 3 mai 1999. Suite au débarquement, Chiasson et quelques  autres joueurs se rendirent chez leur coéquipier Gary Roberts prendre un verre. Vers 4 heures du matin, alors qu'il retournait chez lui, Chiasson perdit le contrôle de son véhicule et, dans l'embardée, perdit la vie sur le coup. La vitesse et l'alcool en furent la cause. À 32 ans, il était père de trois enfants, deux garçons et une fille.

Sa fiche en carrière dans la LNH se résume à 398 points (93 buts, 305 passes), en 751 parties.

Depuis son décès, les Hurricanes remettent à chaque saison le "Steve Chiasson Award" qui honore le joueur faisant montre du meilleur leadership, persévérance, détermination et ténacité. De plus, le #3 que Chiasson portait n'a jamais été distribué à nouveau au sein de l'équipe, même s'il n'est pas officiellement retiré.

Les fils de Steve Chiasson ont également évolué à un haut niveau. Ryan Chiasson a joué dans la USHL ainsi que la NCAA et Michael, son fils aîné, a fait partie des Wolverines de l'Université du Michigan pendant quatre saisons, en plus de participer à un camp des recrues des Hurricanes, 14 ans après le départ de son père.


Sources :

mercredi 14 juin 2023

La famille Staline et le hockey




 

Vasily Iosifovich Staline est né le 21 mars 1921 à Moscou, un an avant que son célèbre père, Joseph Staline, ne devienne le successeur de Vladimir Lénine à la tête de l'URSS. Il était le deuxième enfant de Joseph, et premier de son deuxième mariage. 

Son enfance fut difficile alors qu'il fut largement ignoré par le père et même la mère, Nadezhda Alliluyeva, qui refusait de se soumettre aux ordres de Joseph de rester à la maison pour s'occuper des enfants. Vasily fut donc élevé principalement par des bonnes et des gardes du corps. En 1932, après une dispute entre les deux parents, Nadezhda fut retrouvée morte, s'étant suicidée par arme à feu. Les enfants Staline, soit Vasily et sa soeur Svetlana, furent induits en erreur pendant 10 ans avant de savoir la vérité sur la mort de leur mère, croyant jusque là qu'elle était morte d'une appendicite. La mort de sa mère eut un profond impact sur Vasily, qui commença à boire abondamment dès l'âge de 13 ans et qui ne vit que très rarement son père par la suite, lui qui le trouvait indigne.

Élève moyen sinon médiocre et turbulent à l'école, Vasily débuta son service militaire à 17 ans et commença à servir au front en août 1941 sous le nom de famille de Ivanov, pour dissimuler son identité. Mais ses supérieurs, voulant attirer la faveur du père, l'envoyèrent rarement au combat et lui donnèrent des promotions rapides et probablement non-méritées. Il abattit toutefois au moins 2 avions au combat. Il devint à 24 ans le plus jeune majeur-général de l'Armée rouge. 
 

Après la deuxième guerre mondiale, il commença à cultiver un intérêt pour le sport, particulièrement le hockey. Il participa à la création d'une équipe pour représenter les forces aériennes russes, le VVS Moscou, dont il devint président et directeur-général.
 
Logo du VVS Moscou
L'équipe débuta dans la ligue de championnat de Russie dès la saison 1946-47, première saison de l'histoire de la ligue. Anatoly Tarasov, surnommé le «père du hockey Russe» et futur créateur de la puissante équipe nationale de Russie, y débuta sa carrière comme joueur-entraîneur. 
 
Mais après une seule saison, Tarasov se disputa avec Vasily Staline et quitta l'équipe pour aller fonder le légendaire club du CSKA Moscou, qui deviendra le principal rival du VVS. 
 
Ces deux équipes représentant l'armée russe se livreront alors leur propre guerre interne de recrutement (parfois forcé) et de pillage de joueurs des autres clubs de la ligue. Vasily utilisa particulièrement son influence et son prestige pour parvenir à ses fins, comme par exemple le recrutement entier du premier trio d'un autre rival, le Spartak Moscou, au début de la saison 1948-49.

Lors de la saison 1949-50, Stalin continua son recrutement agressif en soutirant un joueur du nom de Viktor Shuvalov, joueur vedette du faible club du Dzerzhinets Chelyabinsk, en plus de celui qui était considéré comme le meilleur gardien de la ligue, le letton Harijs Mellups, qui venait de remporter le titre de gardien de l'année lors des trois saisons précédentes avec le Dinamo de Riga.
 
Vsevolod Bobrov avec le VVS Moscou

 
Mais le meilleur coup de Staline fut envers le CSKA en leur soutirant Vsevolod Bobrov, celui qui est considéré comme la première supervedette du hockey russe, et qui était d'ailleurs aussi une vedette au bandy et au soccer. Bobrov termina sa carrière avec 254 buts en 130 matchs, et fut plus tard comparé à Wayne Gretzky par Tarasov lui-même. Cependant, Bobrov était en froid avec ce dernier à cause de son jeu défensif, et accepta avec joie de joindre le VVS. Il deviendra un grand ami de Vasily Staline, qui organisait apparemment de grandes beuveries extravagantes en honneur de son joueur vedette après chaque match. 
 
Un film biographique fut même réalisé à partir de cette histoire en 1991, intitulé «Mon meilleur ami, le général Vassili, fils de Joseph», que je vous inclus intégralement ici parce que je l'ai trouvé sur YouTube... Je comprends rien de l'histoire mais ça a un peu l'air d'un «Lance et Compte» russe...



Bobrov deviendra joueur-entraîneur durant cette saison 1949-50 suite au renvoi de l'entraîneur précédent après quelques matchs. La puissante équipe de Staline avait donc en vue de remporter son premier championnat et de freiner la domination du CSKA, champion lors des deux années précédentes.

Cependant, le sort en fut tout autrement. Le 7 janvier 1950, l'équipe prit l'avion pour un match à Chelyabinsk. Les conditions météo étaient très mauvaises et l'avion dut plutôt tenter d’atterrir dans la ville voisine de Sverdlovsk (aujourd'hui Ekaterinbourg). L'entreprise échoua toutefois, et l'avion s'écrasa, tuant l'entièreté des 19 passagers à bord dont 11 joueurs du VVS, ainsi que le docteur et le massothérapeute de l'équipe. Trois joueurs éviteront toutefois la mort; Bobrov, Shuvalov et le défenseur Alexander Vinogradov. Ce dernier était suspendu pour s'être battu, tandis que Shuvalov avait été ordonné de ne pas jouer ce match contre Chelyabinsk par Staline lui-même qui voulait éviter les représailles violentes de la part des fans de l'ancienne vedette locale. L'équipe avait auparavant subi des représailles du genre après le vol du premier trio du Spartak l'année précédente. Bobrov pour sa part, aurait manqué le vol car il s'était réveillé trop tard et n'avait pas entendu son alarme. Il était en voyage en train lors de ces événements...

Parmi les joueurs décédés, on trouvait ce premier trio d'ex-Spartak discuté précédemment, qui était constitué de Ivan Novikov, Zdenek Zigmund, ainsi que Yuri Tarasov, qui était le frère du célèbre Anatoly. Le gardien Mallups fut lui aussi parmi les victimes, lui qui n'avait que 23 ans et qui était devenu père la semaine précédente et qui n'aura jamais pu voir son fils. Il recevra un autre titre de gardien de l'année, cette fois malheureusement à titre posthume.




Comme on était en pleine ère de communisme stalinien, le jeune Staline voulut complètement étouffer l'affaire, ne voulant pas que son père et le public soient au courant. Aucune mention de l'écrasement ne fut publiée dans la presse, les familles des joueurs furent laissés dans l'ignorance et les corps furent enterrés à la va-vite dans une fausse commune près du lieu de l'écrasement.

Et ne voulant pas que s'ébruite la disparition de ses joueurs manquants, Staline reconstruisit rapidement son équipe et parvint malgré tout à lui faire jouer ce match contre Chelyabinsk et le reste de la saison en remplaçant la majorité des joueurs décédés par des joueurs au même nom de famille...
 
Donc, lors de ce qu'on pourrait appeler un repêchage d'expansion digne de la «Twilight Zone», Staline trouva apparemment d'autres joueurs aux noms de Novikov, Zigmund, Tarasov, Moissev, etc...  
 
Pavel Zhiburtovich
Même que l'attaquant Yuriy Zhiburtovich fut remplacé par son frère, Pavel Zhiburtovich... qui ignorait probablement le sort de son frère. 
 
Il n'y avait cependant pas que des «faux joueurs» désormais avec le VVS alors qu'un des remplaçants à la défense pour l'équipe fut une autre figure légendaire du hockey russe, soit Viktor Tikhonov, futur entraîneur de l'équipe nationale et du CSKA. J'ignore toutefois si Tikhonov remplaça un autre joueur avec son véritable nom ou un nom «d'emprunt»...
 
Avec cette équipe «reconstituée» mais toujours puissante avec l'apport (et surtout présence divine) de Bobrov et Shuvalov, le VVS Moscou remporta ce match contre Chelyabinsk par la marque de 8-3. Pour éviter des soupçons supplémentaires ou pour se protéger, Staline ordonna aux annonceurs et à la presse de ne publier le sommaire qu'avec seulement les noms de famille des joueurs, sans prénom. Apparemment que Staline père n'a effectivement jamais eu bruit de cet écrasement.
 
La saison s'achevait toutefois et le VVS termina avec une fiche de 16-5-1 en 22 matchs, bon pour le 4e rang de la ligue, baissant de nouveau pavillon contre le CSKA qui termina au premier rang. Staline et le VVS Moscou se relevèrent toutefois de cette saison mouvementée avec la dominance de son premier trio toujours composé de Bobrov, Shavalov ainsi que Yevgeny Babich, un autre joueur vedette soutiré du CSKA et ami de Bobrov. Staline régla également le trou laissé dans les buts avec la mort de Mallups en volant de nouveau le CSKA avec le recrutement de Grigory Mkrtychan.
 
Bobrov termina cette saison 1950-51 avec 43 buts en 15 matchs (!) et le VVS Moscou remporta le premier championnat de son histoire, ainsi que les deux saisons suivantes.
 



Cependant, après ces trois championnats consécutifs, Joseph Staline subit une hémorragie cérébrale et mourut 4 jours plus tard, le 5 mars 1953. Il fut aussi spéculé qu'il aurait été empoisonné par des membres de son équipe politique, une thèse hautement secondée par Vasily lui-même, qui lors d'un épisode de rage et d'état d'ébritété avancé, aurait insulté les docteurs et les officiels présents. Il arrêta aussitôt ses fonctions au sein du VVS qui fut ensuite dissout et intégré au CSKA suite à l'arrivée du successeur de Staline, Nikita Khrouchtchev, et le début de la «déstalinisation». 
 
Ne pouvant plus profiter de la protection que son nom de famille lui avait jusque-là procurée, Vasily fut forcé de se retirer de l'armée russe et il fut peu après arrêté le 28 avril 1953 suite à une visite au restaurant avec des diplomates étrangers. Il fut accusé de propagande anti-soviétique et condamné à 8 ans de prison, qu'il servit sous le nom de Vasily Pavlovich Vasilyev pour éviter toute tentative de représailles contre lui. Ayant pitié de lui, Khrouchtchev le libéra en 1960 et lui rendit ses médailles militaires. Il mourut toutefois dans un certain anonymat assombri d’un profond alcoolisme le 19 mars 1962, 5 jours avant son 42e anniversaire.

Après la dissolution du VVS Moscou, Vsevolod Bobrov rejoignit les rangs du CSKA en compagnie de Shavalov et Babich qui continuèrent leur dominance du hockey soviétique. Les trois firent d'ailleurs partie de l'équipe nationale aux Olympiques de 1956, avec Bobrov comme capitaine, et ramenèrent la première médaille d'or olympique de la Russie de ce tournoi, commençant officiellement la domination russe à l'échelle internationale. Bobrov mena le tournoi avec 9 buts.


Yevgeny Babich, Viktor Shuvalov et Vsevolod Bobrov


Après sa retraite comme joueur, Bobrov devint entraîneur-chef du Spartak Moscou et brièvement pour l'équipe nationale, notamment durant la Série du Siècle de 1972. Bobrov mourut en 1979 à l'âge de 56 ans et fut introduit au temple de la renommée du hockey international (IIHF) en 1997, soit lors de la première année de l'existence de ce temple.

En plus d'avoir été un des chanceux qui ont évité la mort lors de l'écrasement de 1950, Viktor Shuvalov vécut très longtemps, devenant le dernier joueur encore vivant de cette époque de l'émergence du hockey russe. Il mourut finalement en 2021 à l'âge de 97 ans, suite à des complications reliées à la Covid-19.

J'ignore quand et comment les familles des joueurs décédés lors de l'écrasement de 1950 furent mis au courant de ce secret et des manigances de Vasily Staline. Une plaque fut toutefois érigée en leur mémoire près du lieu de leur enterrement.



Une comédie du nom de «The death of Stalin» est sortie en 2017 où ces faits sont de nouveau relatés:


 

Conway's Russian Hockey Blog
Soviet Union ice hockey great Shuvalov dies at 97, Insidethegames.biz, 20 avril 2021
Eliteprospects.com


mardi 20 juillet 2021

Joueur oublié des 90's #55 - Jaroslav Otevřel


L'autre jour, j'ai publié cette carte sur notre Instagram, principalement parce que c'était un joueur obscur que je n'avais jamais vu avant et aussi parce que son nom m'amusait. C'est pas mal l'ensemble des critères et le maximum de recherches que je fais avant de choisir une de ces cartes d'ailleurs. Ce n'est que par après que je me suis rendu compte que ce joueur avait une histoire qui méritait d'être racontée ici. Même que son périple mérite que j'aille copier-coller ce R avec un accent circonflexe à l'envers pour bien lui rendre justice.


Jaroslav Otevřel est né le 16 septembre à Gottwaldov en Tchécoslovaquie, maintenant la République Tchèque mais encore plus maintenant «la Tchéquie». En fait, Gottwaldov est depuis 1990 renommée sous le nom de Zlín, l'ancien nom datant d'avant 1948 durant l'ère communiste. Un ailier costaud de 6'2" et 185 livres, Otevřel s'illustra en première division tchèque de 1987 à 1991, principalement au sein du club de son patelin, le TJ Gottwaldov, club qui fut aussi renommé sous le nom du TJ Zlín en 1990, en même temps que la ville et le pays... Il avait alors comme coéquipier le futur premier choix de 1992, Roman Hamrlik.

Otevřel se distingua particulièrement en 1990-91 alors qu'il mena son club avec 24 buts et 48 points en 49 matchs en plus de mener la ligue pour les minutes de pénalité (105). Cette excellente saison lui valut de faire partie de la première classe du repêchage des Sharks de San Jose, qui firent sa sélection en 7e ronde (133e au total) lors du repêchage de 1991. Otevřel cadrait assez bien dans la philosophie des premières années des Sharks, soit d'aligner beaucoup de gros joueurs et d'européens. 

Il joua une autre saison en République Tchèque avant de faire le saut en Amérique du nord en 1992-93 mais était considéré comme un projet à long terme incertain.


Les Sharks l'assignèrent à leur club-école, les Blades de Kansas City où il obtint 17 buts, 27 passes pour 44 points en 62 matchs. Il fut également rappelé avec les Sharks l'espace de 7 matchs en janvier 1993 où il obtint 2 passes. Le même scénario se répéta en 1993-94 alors qu'il passa la majorité de la saison à Kansas City (fiche de 20-33-53 en 62 matchs). 
 
Il joua cette fois 9 matchs dans la LNH avec les Sharks et s'illustra davantage avec une fiche de 3 buts et 2 passes. 

Cependant, la jeune organisation des Sharks avait davantage de jeunes joueurs plus intéressants dans son pipeline (Viktor Kozlov, Jeff Friesen, Andrei Nazarov, Ray Whitney, etc...) et durent donc faire de la place en libérant entre autres Otevřel. Ce dernier abandonna son parcours dans la LNH et mit donc le cap sur la Finlande dans la SM-Liiga avec le club Porin Ässät pour la saison 1994-95.

C'est lors de sa deuxième saison en Finlande, plus précisément le 11 février 1996 lors d'un match contre le JYP Jyväskylä, que sa vie changea dramatiquement. En effectuant un inoffensif repli en défense près de son filet, Otevřel perdit pied sur le bâton d'un adversaire et percuta le genou d'un autre adversaire, l'ancien des Blues Vitali Karamnov. Les deux vinrent finir cette collision en percutant la bande. Karamnov s'en tira sans trop de problème mais il s'avéra qu'Otevřel s'est brutalement cassé le cou sur le genou de Karamnov et il demeure jusqu'à ce jour paralysé du cou jusqu'aux pieds.

Vous pouvez voir ici un vidéo de l'incident si vous n'êtes pas trop nerveux...

 


Suite à cette fin de carrière tragique, Otevřel retourna vivre à Zlín en compagnie de son épouse et sa jeune fille. Il travaille de la maison en utilisant un ordinateur qu'il contrôle avec la bouche. 

Son numéro 89 fut plus tard retiré par Ässät mais à sa demande, il n'est pas hissé dans les hauteurs de l'aréna.

En 16 matchs dans la LNH, sa fiche fut de 3 buts et 4 passes pour 7 points.
En 124 matchs dans la IHL, sa fiche fut de 37 buts et 60 passes pour 97 points.
En 200 matchs dans la première ligue Tchèque, sa fiche fut de 62 buts et 57 passes pour 119 points.
En 93 matchs dans la SM-Liiga, sa fiche fut de 23 buts et 44 passes pour 67 points.

jeudi 1 mars 2018

Quand les Canadiens déraillent








À l’époque des six équipes, il n’y avait pas de voyage plus à l’ouest que Chicago et ceux-ci se faisaient en train

En décembre 1950, les Canadiens étaient dans une mauvaise séquence. Le 17, à Chicago, ils avaient tout de même vaincu les Black Hawks, la pire équipe de la ligue, 7-3. Le 20, à Toronto, les choses s’étaient moins bien passées, alors que les Leafs ont facilement eu le dessus, par la marque 6-1. 

Après le match, l’équipe se dirigea vers la gare pour prendre le chemin du retour. Une fois sur le pont de Dorion, alors que le train filait à 95 km/h, il y eut une défectuosité au niveau des roues avant du wagon à bagage. Lorsque le conducteur freina brusquement, le train se coucha sur le côté.

Il n’y eut qu’un blessé parmi tous les passagers et huit autres ont été coupés ou eu des contusions. Fait intéressant, le nombre de passagers varia beaucoup d’un journal à l’autre. Selon La Presse, il y en avait 300. Selon la Gazette, 400. Finalement, dans La Patrie, on en rapporte 800, soit plus que les décomptes de La Presse et de la Gazette réunis. Par contre, si le train avait penché de l’autre côté, il aurait plongé dans l’eau glacée et le bilan aurait été beaucoup plus dramatique. Il a fallu quelques jours pour remettre la voie ferrée en état.

Du côté des joueurs des Canadiens, la plupart d’entre eux était éveillée et personne n’a été blessé, bien que le petit gardien Gerry McNeil ait atterri sur la charpente plus imposante de Doug Harvey. Par contre, il était courant à l’époque que les joueurs profitent de leurs séjours à Chicago pour faire des emplettes, qu’ils entraient en douce au Canada par le train. Des machines à coudre et des bâtons de golf faisaient alors partie des achats populaires. Même Frank Selke, grand amateur de chevaux et de volailles, profitait souvent de l’occasion pour se ramener des poules dans des cages. Les temps ont bien changé… Lors de l’impact, certaines de ces acquisitions dissimulées ont causé quelques ecchymoses lorsqu’elles sont sorties de leur cachette. 

Suite à une série de blessures et des performances décevantes, la réflexion qu’eut Ken Mosdell fut que le fond avait été atteint et que rien de pire ne pouvait arriver. Les choses se sont effectivement légèrement améliorées, puisque Montréal termina finalement troisième, avant de surprendre Détroit en séries, puis de s’incliner devant Toronto en finale.

Malgré le côté fâcheux de la situation, La Patrie ne manqua
pas de souligner l'aspect humiliant de la défaite subie
Sources :

McNeil, David, In the Pressure of the Moment: Remembering Gerry McNeil, Midtown Press, 2016, p.58, 

« Un train déraille sur le pont de Dorion » de Roger Champoux et Raymond Taillefer, La Presse, 21 décembre 1950, p.1, « Aucun des joueurs du Canadien blessé » La Presse, 21 décembre 1950, p.40, « Déraillement sur le pont de Dorion », 21 décembre 1950, p.1, PC, La Patrie, 21 décembre 1950, p.3, « 400 Have Close Call As Train Wrecks Span » de Fern Labrosse, Montreal Gazette, 22 décembre 1950, p.1, « Playing Field » de Dink Carroll, 22 décembre 1950, Montréal Gazette, p.20, « La circulation des trains ne sera pas rétablie avant douze heures », 22 décembre 1950, La Patrie, p.4, wikipedia.org.

lundi 13 novembre 2017

Peter Marsh



Peter Marsh est originaire d’Halifax. Par contre, à cette époque, il n’y avait pas d’équipe junior dans les Maritimes. Il dut donc prendre le chemin de la LHJMQ pour s’aligner avec les Castors de Sherbrooke, qui étaient sur une lancée.

À sa deuxième saison, en 1974-75, les Castors ont été frappés par une tragédie. Le 24 novembre, dans le parc des Laurentides en chemin vers Chicoutimi, leur autobus a eu un accident. Marsh avait l’habitude de s’asseoir au même endroit, mais comme il avait un problème d’abcès à la bouche, il avait raté le voyage, puisqu’il devait aller chez le dentiste. C’est son coéquipier Gaétan Paradis qui avait pris sa place. Paradis a été éjecté du véhicule et a perdu la vie. Fernand Leblanc, Alain Bélanger et le dépisteur des Crusaders de Cleveland Roger Roy ont également été blessés dans l’accident.

Malgré cette catastrophe, l’équipe a réussi à se regrouper. Menés par Michel Brisebois à l’attaque, mais aussi Jere Gillis, Richard Mulhern et Bobby Simpson, les Castors ont terminé premiers dans la LHJMQ, avant de remporter la Coupe du Président. Les choses ne se sont toutefois pas déroulées comme prévu lors du tournoi de la Coupe Memorial, alors qu’ils ont perdu tous leurs matchs. Ce sont finalement les Marlboros de Toronto qui ont mis la main sur le précieux trophée.

L’année suivante, les Castors ont même réussi à améliorer leur déjà impressionnante fiche, passant de 109 à 111 points. De son côté, Marsh a grandement contribué à cette saison remarquable. S'appuyant sur son bon coup de patin et son tir frappé, il marqua 75 buts et amassa 156 points. Par le fait même, il remporta le Trophée Michel-Brière, remis au joueur le plus utile à son équipe dans LHJMQ. Une fois en séries, les Castors se sont toutefois fait surprendre par les Remparts de Québec en finale.

La performance de Marsh lui valut d’être repêché en deuxième ronde (29e au total) par les Penguins de Pittsburgh en 1976. Il fut également sélectionné au 2e rang par les Stingers de Cincinnati au cours de l’encan de l’AMH.

Marsh choisit finalement le circuit maudit et se retrouva dans une équipe comprenant entre autres Blaine Stoughton, Dennis Sobchuk et l’actuel adjoint de Marc Bergevin, Rick Dudley.

À sa saison recrue, Marsh marqua 23 buts dans une équipe plutôt moyenne. À sa deuxième, sous les ordres de Jacques Demers, il en marqua 25. Par ailleurs, en décembre 1977, dans l’autre ligue, ses droits furent échangés. En effet, les Canadiens firent son acquisition pour compléter la transaction qui envoya Pete Mahovlich à Pittsburgh et Pierre Larouche à Montréal.

Finalement, en 1978-79, à la dernière saison du circuit, il en marqua 43, le cinquième plus haut total de la ligue. Mais la fin de l’AMH signifia également la fin des Stingers, puisqu’ils ne firent pas partie des quatre équipes absorbées par la Ligue nationale (Edmonton, Hartford, Québec et Winnipeg). Ses droits furent donc retournés à Montréal.

Lors du repêchage d’expansion, les joueurs de l’AMH durent d’abord être retournés à l’équipe de la LNH à laquelle ils appartenaient, à l’exception de trois sélections prioritaires par club. Le tout a été suivi d’un repêchage d’expansion traditionnel, alors que les équipes de la LNH pouvaient protéger un certain nombre de joueurs et que les équipes d’expansion (celles de l’AMH) choisissaient parmi ceux non-protégés.

Certaines équipes ont donc négocié au préalable quels joueurs prioritaires prendre ou ne pas prendre et quels joueurs prendre ensuite au repêchage d’expansion. Parmi les équipes actives à ce niveau, il y avait les Nordiques, qui ont réussi à conclure des ententes pour conserver leurs piliers comme Tardif, Bernier et Cloutier. Quant aux Canadiens, ils ont pu exposer sans crainte des joueurs comme Rod Langway, Pierre Larouche et Rick Chartraw car ils avaient pris des ententes pour que les Whalers prennent Al Hangsleben, les Oilers prennent Cam Connor, les Nordiques prennent Alain Côté et que les Jets prennent Peter Marsh, qui fut le tout premier choix du repêchage.

Marsh n’a donc jamais porté l’uniforme des Canadiens et a fait ses débuts dans la LNH avec Winnipeg.

Les Jets ayant moins bien protégés leurs joueurs avant le repêchage, ils en perdirent plusieurs et connurent des débuts difficiles. De son côté, Marsh ne tarda pas à obtenir son premier point dans la Ligue nationale, puisqu’il obtint une mention d’aide sur le premier but de l’histoire des Jets dans la LNH, compté par Morris Lukowich. À la fin de la saison, il avait compté 18 buts et amassé 20 passes.

L’année suivante, en 1980-81, les choses empirèrent pour les Jets, devenus la pire équipe de la ligue. En décembre, ils voulurent brasser les choses en envoyant Marsh à Chicago, en retour de Doug Lécuyer et Tim Trimper.

Souvent blessé, Marsh ne put par contre jamais accumuler plus de 10 buts au cours des saisons qui suivirent. En 1983-84, il fut même rétrogradé dans la Ligue américaine, avant d’être libéré par les Black Hawks à la fin de la saison.

Il retenta sa chance avec les Jets la saison suivante, mais voyant qu’il ne parvenait pas à se tailler un poste, il préféra prendre sa retraite. À ses 91 buts et 76 passes en 230 matchs dans l’AMH, il a ajouté 48 buts et 71 passes en 278 matchs dans la LNH.

Établi à Chicago, il y a géré pendant plusieurs années une entreprise de fournitures de bureau. C’est également à Chicago qu’est né son fils Adam, qui s’aligne présentement avec les Islanders de Charlottetown de la LHJMQ. Ce dernier a été un choix de 7e ronde des Red Wings en 2015 et souhaite suivre les traces de son père.


Sources : « Tout allait bien pour les Castors… et c’est la tragédie » de François Béliveau, 25 novembre 1974, La Presse, p.B3, « Coalition Aubut-Grundman » de Réjean Tremblay, 11 juin 1979, La Presse, p.C2, « De beaux et de mauvais souvenirs pour Peter Marsh » de Jérôme Gaudreau, 23 janvier 2017, La Tribune (latribune.ca), hockeydraftcentral.com, hhof.com.

lundi 11 juillet 2016

Buddy O'Connor



Originaire de Montréal, Herbert “Buddy” O’Connor prit un certain temps à faire sa place avec les Canadiens et ce, malgré que l’équipe traversait une période difficile. Ces droits furent même échangés aux Maroons, mais en besoin de fonds, ils furent réacquis par le tricolore. Il faut dire que, même pour l’époque, O’Connor était de petite taille (5’7’’ 145 lbs). Par contre, il compensait avec son coup de patin. Il s’aligna donc avec les Royaux de la Ligue senior de 1934 à 1941.

Lorsqu’il eut finalement sa chance, il gradua avec ses coéquipiers de la ligne « Razzle Dazzle », Pete Morin et Gerry Hefferman, qui étaient aussi des amis d’enfance. C’est toutefois O’Connor qui a vraiment fait sa place avec le grand club.

Dès 1942-43, sa deuxième saison, O’Connor a obtenu 58 points. Chez les Canadiens, seulement Toe Blake, avec 59, le devança. De plus, il termina neuvième de la ligue. Il eut ensuite de bonnes saisons, mais avec l’émergence de Maurice Richard, il eut un rôle moins important. Il remporta tout de même la Coupe Stanley en 1944 et en 1946.

En août 1947, O’Connor prit le chemin de New York, une équipe qui venait de rater les séries pour une cinquième année consécutive. Frank Eddolls l’accompagna. Hal Laycoe (voir texte du 13 mars 2015), George Robertson et Joe Bell se dirigèrent alors vers Montréal.

Dès son arrivée dans la Grosse pomme, O’Connor fit sa marque. D’abord, il aida les Blueshirts à finalement se qualifier pour les séries. (Ils s’inclinèrent ensuite contre les Red Wings au premier tour.) Sur une base individuelle, O’Connor atteignit son sommet, avec 60 points. Dans la ligue, seul Elmer Lach le devança, d’un seul petit point. Ses performances lui valurent d’ailleurs le Trophée Hart (joueur le plus utile). Il remporta également le Trophée Lady Byng (joueur le plus gentilhomme), n’ayant écopé que de huit minutes de pénalité au cours de la saison. De plus, il ajouta à sa collection le Prix Lionel-Conacher (voir texte du 9 mai 2009), remis à l’athlète de l’année au Canada.

Les réjouissances furent par contre de courte durée. En octobre 1948, alors qu’ils avaient quitté Montréal pour se rendre à leur camp d’entraînement, O’Connor et quatre de ses coéquipiers ont été victime d’un accident de la route. Leur véhicule a dérapé près de Rouses Point, dans l’état de New York, près de la frontière.

Si Tony Leswick s’en est tiré, les autres ont subi des blessures. Edgar Laprade (voir texte du 10 octobre 2012) s’est fracturé le nez. Buddy Moe a subi des coupures au visage qui ont nécessité neuf points de suture, alors que Frank Eddolls en a subi aux genoux. Quant à O’Connor, il a subi des fractures aux côtes.

Le début de sa saison a ainsi été retardé et ses statistiques se sont limitées à 35 points.

O’Connor joua ensuite deux autres saisons à New York, mais il ne retrouva jamais sa forme d’antan. Après avoir obtenu 33 points en 1949-50 et 36 en 1950-51, il termina sa carrière avec les Mohawks de Cincinnati (voir texte du 2 août 2011) de la Ligue américaine.

En 1952-53, il devint entraîneur de ces mêmes Mohawks, maintenant dans l’IHL, qu’il mena à la Coupe Turner. Il ne fut toutefois pas de retour l’année suivante. Il retourna ensuite à Montréal, où il vécut jusqu’à la fin de sa vie. Il mourut en 1977, suite à une longue maladie, à l’âge de 61 ans.

C’est finalement onze ans plus tard, en 1988, qu’il fut élu au Temple de la renommée du hockey.



Sources: « Quatre joueurs des Rangers victimes d’un accident d’auto », La Patrie, 9 octobre 1948, p.68, « Ranger Hockey Players Hurt in Accident », CP, Calgary Herald, 9 octobre 1948, p.26, « Buddy O’Connor was one of the NHL’s dazzlers », Montreal Gazette, 25 août 1977, p.16, hhof.com, hockeydb.com.

lundi 4 avril 2016

Hector Marini



À la fin de son stage junior avec les Wolves de Sudbury, Hector Marini a été choisi en troisième ronde par les Islanders en 1977. Il n’a évidemment pas été le clou de la sélection de ceux-ci, puisqu’avant lui ont été repêché deux éléments clés de la future dynastie : Mike Bossy en première ronde et John Tonelli en deuxième.

En 1977-78, il s’aligna avec les Mohawks de Muskegon de l’IHL, mais il joua également quelques matchs avec les Texans de Fort Worth de la CHL. Les Texans gagnèrent le championnat de la ligue, mais Marini n’y était plus à ce moment.

En 1978-79, Marini joua un match avec les Islanders, mais il dut attendre en 1980-81 avant d’obtenir une vraie chance. En 14 matchs, il obtint 11 points mais surtout, il en accumula 9 autres en séries, au sein de l’équipe championne de la Coupe Stanley.

L’année suivante, les Isles remportèrent encore la Coupe Stanley, mais comme Marini ne joua que 30 matchs en saison et aucun en séries, il ne se qualifia pas pour avoir son nom sur la Coupe.

Il fut ensuite échangé aux Devils du New Jersey, nouvellement déménagés du Colorado, contre un choix de quatrième ronde. Par contre, l’équipe n’était pas meilleure qu’au cours de ses années au Colorado. Mais comme il fallait au moins un joueur de chaque équipe pour le match des étoiles, il fallut bien en choisir un des pauvres Devils. En route vers une saison de 45 points (souvenons-nous que nous sommes dans la période très offensive du début des années 1980), c’est Marini qui fut choisi. En tant que premier Devil de l’histoire à participer au match des étoiles, il eut tout de même une performance respectable en amassant une passe sur un but de l’actuel DG des Coyotes, Don Maloney. La Conférence Prince-de-Galles s’inclina 9 à 3 devant la Conférence Campbell de Wayne Gretzky.

La saison suivante, Marini connut une baisse de régime. Il joua ses 32 derniers matchs dans la LNH. Il joua également 17 matchs avec les Mariners du Maine de la Ligue américaine. Ceux-ci remportèrent la Coupe Calder, mais comme Marini n’y était pas pendant les séries, il ne fit pas partie de l’équipe championne. Il semblait donc en faire une habitude de faire partie d’équipes championnes, mais de ne pas y être au cours des séries.

Il subit ensuite différentes blessures jusqu’au jour fatidique du 7 décembre 1985. Il en subit une à ce moment qui fut fatale à sa carrière. Alors qu’il s’alignait avec les Komets de Fort Wayne de l’IHL (voir texte du 28 janvier 2016), Marini reçut un tir de son coéquipier sur son œil gauche. L’impact a anéanti son iris, sa cornée et son cristallin, en plus de causer un détachement de la rétine. Les médecins durent donc se résigner à lui retirer son œil et le remplacer par un œil artificiel.


Sources: “Marini tries to put life together”, Spokane Chronicle, 25 mars 1986, p.B1, hockeydraftcentral.com, legendsofhockey.net, wikipedia.org.

lundi 2 juin 2014

Scott Garland








Le chemin vers la Ligue Nationale peut parfois être sinueux.
Bien que né en Saskatchewan, c’est avec les Canadiens Jr. de Montréal que Scott Garland débuta son stage junior.  (L’équipe faisait à l’époque partie de la Ligue de l’Ontario.)  Au cours de la saison 1970-71, il avait comme coéquipiers des joueurs comme Richard Martin (voir texte du 14 mars 2011), Bobby Lalonde (voir texte du 28 septembre 2011), Jocelyn Guèvremont et Michel Dion (voir texte du 18 septembre 2011).  Il ne joua par contre que 29 matchs, amassant 12 points et 94 minutes de pénalité.
L’année suivante, il passa par le junior A, en plus de jouer 6 petits matchs avec les Petes de Peterborough.
Jouant dans une période où le talent était dilué (voir texte du 19 août 2011) et où le jeu robuste était très valorisé, il obtint tout de même une chance de jouer dans la Ligue Centrale, avec les Oilers de Tulsa.  Son ardeur au jeu et sa robustesse attirèrent alors  l’attention des Maple Leafs, qui lui offrirent un contrat.  Il fut ainsi assigné aux Blazers d’Oklahoma City de la même ligue, où il passa les saisons 1973-74 et 1974-75.
Il débuta également la saison 1975-76 à Oklahoma City, où il accumula 59 points en 58 matchs, un niveau jamais atteint pour lui.  Et contre toute attente, il fut rappelé et atteignit la Ligue Nationale.  L’année suivante, il devint même un régulier à Toronto et amassa 29 points.
En 1977-78, il recula dans la hiérarchie et retourna dans la Ligue Centrale, avant d’être échangé aux Kings, dans un échange à cinq joueurs.
Il passa l’essentiel de la saison qui suivit avec leur filiale de la Ligue Américaine, en plus de jouer six matchs avec l’équipe californienne.
C’est malheureusement ainsi, après 91 matchs et 37 points dans la LNH, que son vaillant parcours prit fin.  Le 9 juin 1979, alors qu’il était à Montréal, son véhicule eut une crevaison sur l’Autoroute Métropolitaine.  Garland en perdit le contrôle et eut un accident qui lui coûta la vie.  Il avait 27 ans.
Sources : « Former Junior Garland dies », Montreal Gazette, 11 juin 1979, p.36, hockeydb.com, legendsofhockey.net.