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mardi 9 juillet 2019

Steve Sutherland



Robuste ailier gauche natif de Noranda, en Abitibi, Steve Sutherland eut comme coéquipiers avec les Canadiens Junior des joueurs comme Jude Drouin, Larry Pleau, Robin Burns et Pierre Bouchard. Par contre au repêchage de 1967, malgré l’arrivée de six nouvelles équipes, il n’attira pas suffisamment l’attention et fut ignoré.

Il se retrouva néanmoins avec les South Stars de Memphis, un club de la Ligue centrale affilié aux North Stars du Minnesota. Il s’aligna également avec Des Moines et Port Huron de la Ligue internationale. Il remporta d’ailleurs la Coupe Turner en 1971 avec cette dernière équipe.

Lorsqu’on annonça en 1972 la formation de l’Association mondial de hockey (AMH), Sutherland avait le profil parfait pour la nouvelle ligue. Il jouait pour un club affilié aux Red Wings, mais il n’avait jamais joué un seul match dans la LNH et avait peu d’espoir d’y parvenir. Pour un joueur des ligues mineures comme lui, l’AMH offrait des salaires intéressants. Il fut ainsi le premier à signer avec le circuit maudit, dans son cas, avec les Sharks de Los Angeles. Cette équipe était alors détenue par Dennis Murphy, l’un des fondateurs de la nouvelle ligue.

Le style robuste de Sutherland cadrait bien avec le style préconisé par l’entraîneur Terry Slater. Parmi ses coéquipiers, on comptait entre autres Ted McCaskill, l’inspiration derrière le personnage du "chirurgien" Tim McCracken dans Slap Shot. L’équipe joua pour un peu plus que ,500 et se qualifia pour les séries.

L’année suivante, les Sharks ont offert 450 000$ pour trois ans à Marc Tardif pour le sortir de Montréal. Individuellement, Tardif a bien répondu, mais défensivement, l’équipe a accordé beaucoup plus de buts et termina dernière au classement. De son côté, Sutherland continua dans la même veine, en accumulant 189 minutes de pénalité, un sommet chez les Sharks et le sixième plus haut total dans la ligue. Il marqua aussi 20 buts. Par contre, les foules étaient faibles à Los Angeles (moyenne de 5338 spectateurs par match) et l’équipe déménagea à Détroit pour devenir les Stags du Michigan.

Le déménagement n’arrangea rien. En fait, les foules à Détroit étaient encore plus faibles (moyenne de 2959 spectateurs par match). Ainsi, dans le but de se débarrasser de l’onéreux contrat de Tardif, les Stags l’envoyèrent alors aux Nordiques avec Sutherland, en retour d’Alain Caron, Pierre Guité et Michel Rouleau. Les Stags disparurent un mois plus tard et terminèrent la saison en tant que Blades de Baltimore, avant d’être rayés de la carte pour de bon. Au cours de la même période, Québec fit également l’acquisition de l’ancien coéquipier de Sutherland au niveau junior, Christian Bordeleau.

Une fois à Québec, le sérieux Sutherland continua de jouer robuste. Par contre, au sein d’une équipe plus offensive et scientifique, il dut tout de même modifier un peu son jeu. Son arrivée (et celle de Tardif et de Bordeleau) aidèrent le fleurdelysé à atteindre la finale pour la première fois en 1975, mais ils furent alors balayés par les Aeros de Houston de Gordie Howe.

En 1975-76, Sutherland marqua 22 buts dans une ligue où le niveau de violence augmentait. (Du côté de la Ligue nationale, c’était le règne de la terreur des Flyers, et l’AMH allait dans la même direction.) Les Nordiques pouvaient compter sur Sutherland, Pierre Roy et Gordie Gallant, mais il demeure que leur saison fut surtout marquée par l’agression sauvage de Rick Jodzio sur Marc Tardif. Ce ne fut toutefois que partie remise, puisque l’année suivante, Québec remporta la Coupe Avco, même si la saison de Sutherland a été limitée à 36 matchs.

En 1977-78, Sutherland surpassa sa marque personnelle en comptant 23 buts. Ce fut toutefois sa dernière saison avec les Nordiques. À l’été 1978, il fut réclamé par les Stingers de Cincinnati, mais il ne joua jamais pour eux.

Au cours de sa carrière, il avait une attitude très prudente avec son argent. Conscient qu’une carrière de hockeyeur n’était pas éternelle, il épargna jusqu’à 60% de son salaire. Son coéquipier chez les Nordiques, Charles Constantin, avait une approche semblable.

De plus, Sutherland avait été un précurseur puisqu’il s’entraînait constamment et prenait un grand soin de sa condition physique, ce qui était loin d’être le cas de tous. Sutherland et Constantin ont donc décidé de combiner les deux en se lançant en affaires.

Le concept d’entraînement Nautilus a d’abord été développé aux États-Unis en 1948 par Arthur Jones, mais ce n’est qu’en 1970 qu’il a vraiment pris le marché d’assaut. Suite à leurs carrières de hockeyeur, Sutherland et Constantin décidèrent alors d’importer le concept Nautilus au Québec. Ils ouvrirent d’abord leurs premiers centres, puis prirent de l’expansion et profitèrent de leur connaissance du milieu pour établir des partenariats avec les Canadiens, les Nordiques et les athlètes d’élite. Ils intégrèrent également d’autres sports, comme le tennis et le racquetball, à leur concept.

En 1986, au moment où l’entreprise comptait 18 Nautilus Plus, deux Gold’s Gyms et affichait des revenus de 10,2 millions $, elle fit son entrée en bourse.

En 1987, alors que Sutherland est toujours président et Constantin vice-président, Nautilus fit son entrée sur le marché ontarien. L’entreprise raffina également ses équipements en introduisant le concept VO2MAX. Un produit mieux conçu, appuyé par un réseau de centres fit en sorte que Nautilus résista mieux dans un marché pas toujours facile que ses compétiteurs, souvent moins bien structurés.

Alors que ses revenus se chiffraient à plus de 20 millions $, Sutherland, Constantin et deux autres investisseurs firent une offre en 1989 pour refermer le capital de Nautilus et la sortir de la bourse.

Sutherland et Constantin se sont ensuite retirés, avant de tenter leur chance du côté de la restauration
rapide avec la chaîne Burger King, mais l'entreprise qu'ils ont démarrée existe toujours.


Sources :
Willes, Ed, The Rebel League, the short and unruly life of the World Hockey Association, McClelland & Stewart, 2004, p.27,
"Pas de réponse à l’énigme Sutherland" de Claude Larochelle, 15 avril 1975, Le Soleil, p.C1,
"Steve Sutherland n’a rien du joueur gros, gras, dodu…" de Maurice Dumas, 10 janvier 1976, Le Soleil, p.C3,
"L’entraînement Nautilus" de Pierre Ladouceur, 3 juin 1980, La Presse, p.E10,
"Nautilus accueille l’élite québécoise" de Jean St-Hilaire, 21 octobre 1980, Le Soleil, p.C5,
"Nautilus : un livre et un centre s’ajoutent au réseau" de Marc St-Pierre, 21 septembre 1983, Le Soleil, p.D8,
"Sutherland et Constantin, ex-Nordiques, ouvrent 13 centres Nautilus au Québec" de Laurier Cloutier, La Presse, 7 novembre 1983, p.B1,
"Nautilus Plus lancera une émission de $14 millions" de François Berger, 21 août 1986, La Presse, p.C2,
"Nautilus Plus poursuit son expansion", 20 novembre 1986, La Presse, p.C2,
"Nautilus acquiert cinq centres de conditionnement physique en Ontario" de Richard Dupaul, 2 avril 1987, La Presse, p.C3,
"Nautilus Plus prend le contrôle des opérations au club TenniSport" de Jacques Arteau, 31 mars 1989, Le Soleil, p.S9,
"Offre publique d’achat pour Nautilus", 29 juin 1989, La Presse, p.D2,
"S’entraîner pour la forme… et pour le rêve" de Chantal Gilbert, 18 octobre 1992, La Presse, p.C3,
"Stevens emballe Robinson" de Pierre Ladouceur, 20 novembre 1993, La Presse, p.H2,
hhof.com, hockeydb.com.

mardi 27 novembre 2018

Ron Ward



Ron Ward a toujours eu un certain talent offensif, au point où le natif de Cornwall fut recruté par les Maple Leafs.  Toutefois, son coup de patin était de loin sa plus grande faiblesse.  Son style n’était pas très gracieux et ce, au point où selon les circonstances et les besoins, on pouvait l’employer au centre ou comme défenseur.

Malgré ses faiblesses, il réussit tout de même à remporter le championnat des marqueurs de la Ligue centrale en 1967-68, alors qu’il amassa 85 points avec les Oilers de Tulsa.  Cette même équipe remporta d’ailleurs la Coupe Adams.

Cette performance incita les Leafs à assigner Ward à Rochester de la Ligue américaine l’année suivante.  Ward répondit à l’appel en devenant le meilleur pointeur de l’équipe et le quatrième de la ligue.  Avec son total de 78, il était 22 points derrière le meneur, Jeannot Gilbert des Bears de Hershey.  Cette performance lui valut le Trophée Red Garrett, remis à la recrue par excellence de la ligue.

 C’est finalement en 1969-70 que Ward eut la chance de jouer dans la Ligue nationale, alors qu’il joua 18 matchs avec les Leafs.  Il eut toutefois l’impression qu’on ne lui donnait pas vraiment sa chance et il dut se contenter d’une passe.

À la fin de la saison, il fut rendu disponible au repêchage d’expansion et fut choisi par les Canucks.  Sa déception fut toutefois grande lorsqu’il ne parvint pas à se tailler une place au sein de l’équipe d’expansion.  Il fut donc retourné à Rochester, qui était devenu la filiale des nouveaux Canucks.

C’est finalement en 1971-72 que Ward finit par faire sa place dans la grande ligue, mais son rôle se limita principalement au désavantage numérique et eut peu de temps de glace.  En 71 matchs, il n’amassa que six points.

Insatisfait de son sort, Ward porta attention lorsque la nouvelle Association mondiale (AMH) lui fit une généreuse offre.  Par courtoisie, il en informa tout de même le directeur-gérant des Canucks, Bud Poile (le père de David, l’actuel directeur-gérant des Predators).  Celui-ci lui répliqua qu’il ne ferait même pas l’équipe.  Son entraîneur Hal Laycoe tenta ensuite de le convaincre de rester à Vancouver, mais Ward avait déjà pris sa décision.  Il signa alors avec les Raiders de New York.
Les Raiders eurent des problèmes à attirer des spectateurs au Madison Square Garden.  Ils n’eurent pas des résultats très reluisants sur la patinoire non plus.  Par contre, l’entraîneur Camille Henry sut bien entourer Ward pour tirer avantage de ses forces et de combler ses faiblesses, en lui fournissant un ailier pour aller dans les coins et un autre pour les replis défensifs.  Avec Wayne Rivers et Brian Bradley, Ward put se concentrer à demeurer autour du filet pour faire dévier la rondelle ou prendre des retours. 

Devenu un spécialiste des "garbage goals", Ward atteignit un niveau qu’il n’avait jamais atteint au niveau professionnel, même dans des ligues de niveau inférieur.  Il marqua 51 buts et obtint 118 points, 15 de plus que Bobby Hull et 112 de plus que son total dans la LNH!  Le 4 janvier 1973, contre Gilles Gratton des Nationals d’Ottawa, il établit d’ailleurs le record de la ligue avec 5 buts en un match.

Malgré cela, Ward ne demeura pas à New York.  Illustrant l’instabilité de la nouvelle ligue, Ward fut échangé par son équipe (devenue les Golden Blades de New York) aux Blazers (auparavant de Philadelphie, maintenant de Vancouver).  En retour, New York obtint le seul qui l’avait devancé au championnat des pointeurs, André Lacroix, et les droits sur Bernard Parent, qui était retourné dans la LNH.

Par la suite, Ward suivit un parcours nomade, typique de l’AMH, en raison d’échanges et d’équipes qui disparaissent.  Après son court passage à Vancouver, il s’aligna avec les Sharks de Los Angeles, les Crusaders de Cleveland, les Fighting Saints du Minnesota, les Jets de Winnipeg et les Cowboys de Calgary et ce, jusqu’en 1976-77.

Il demeura tout de même trois saisons à Cleveland, où il fut d’ailleurs le meilleur pointeur de l’équipe en 1975-76, avec 82.  Par contre, il ne parvint jamais à s’approcher de sa phénoménale saison 1972-73 avec les Raiders.

Celui qui a également joué à la crosse à haut niveau, a aussi été entraîneur-chef des Voltigeurs de Drummondville pour la majeure partie de la saison 1983-84, où il a entre autres eu sous ses ordres Daniel Berthiaume, José Charbonneau, Steve Duchesne et le futur agent de joueur Pat Brisson.

Sources : “The Garbage Man Cometh” de Mark Mulvoy, 18 décembre 1972, Sports Illustrated (si.com/vault/), “Ward has productive night”, AP, Calgary Herald, 5 janvier 1973, p.32, “Souvenirs, souvenirs” d’André Rousseau, 13 août 2016 (lescoulissesdusport.ca), cornwallsportshalloffame.com, hhof.com, hockeydb.com.

lundi 8 septembre 2014

Les trophées de l'AMH








Supposons que vous créez une ligue de hockey professionnelle.  Vous désirez compétitionner contre une ligue établie.

Vous voulez mousser vos meilleurs joueurs en créant des trophées pour les honorer.  Après tout, votre compétiteur le fait déjà.  Par contre, ses trophées portent le nom de personnes ayant marqué son histoire.  Comme votre ligue est nouvelle, vous n’avez pas de légendes à vous.  Vous ne pouvez donc pas nommer vos trophées de noms de légendes du hockey sans honorer les joueurs de votre compétiteur.

Vous pourriez toujours nommer vos trophées "meilleur défenseur" ou "meilleur gardien", mais ce ne serait pas très sexy…

Vous décidez donc de nommer vos trophées du nom… de vos propriétaires ou de vos fondateurs.  Par contre, votre organisation est plutôt bancale et vous avez recruté vos propriétaires un peu partout, en n’étant pas toujours très sélectif.

C’est un peu ce qui s’est passé avec l’AMH (Association Mondiale de Hockey) en 1972-73 et voici ce que ça a donné :

Trophée Lou Kaplan (recrue de l’année)

Lou Kaplan a fait fortune dans la ferraille.  Il a été propriétaire fondateur des Fighting Saints du Minnesota, équipe qui a duré trois saisons, avant de disparaître au milieu de la saison 1975-76.

Lorsque Wayne Gretzky se l’est mérité pour la saison 1978-79, donc trois ans plus tard et alors qu’il avait déjà été annoncé que la ligue cesserait ses activités, il a dû être très honoré…  L’histoire ne dit par contre pas si Kaplan a récupéré le trophée pour la ferraille…

Trophée Paul Deneau (joueur le plus gentilhomme)

Paul Deneau était un spéculateur de Dayton, en Ohio.  Il devint le propriétaire des Arrows de Dayton.  Connaissant peu de chose au hockey, lorsqu’il embaucha Bill Dineen (voir texte du 14 décembre 2010) pour gérer son équipe, il lui donna sa carte American Express en lui disant d’aller lui acheter une équipe.

Lorsque les Arrows ne purent se trouver un domicile, ils se retrouvèrent à Houston et devinrent les Aeros avant d’avoir joué un seul match.  Deneau dut alors investir pour remplacer la "broche à poule" du Sam Houston Coliseum par des baies vitrées en plexiglass.  Il n’a par contre pas pu le débarrasser de ses coquerelles, qui faisaient sa réputation dans la ligue. 

Bill Dineen eut la bonne idée d’embaucher Gordie Howe et ses fils Mark et Marty.  Mais lorsque ce groupe mit la main sur la Coupe Avco, Deneau avait déjà vendu l’équipe, qu’il ne conserva qu’une saison et demie.

Trophée Ben Hatskin (meilleur gardien de but)

Issu d’un milieu difficile, Ben Hatskin n’a jamais été gardien, mais au moins il a été athlète, puisqu’il a joué avec les Blue Bombers de Winnipeg de la LCF.  Après avoir vendu l’entreprise familiale qui fabriquait des boîtes, il a investi dans l’immobilier.  Il a aussi investi dans les juke-boxes, une ligne d’affaires qui apparemment complétait bien son autre.  Il semblerait que ses "partenaires" où il installait ses juke-boxes étaient souvent ses "clients" pour ses prêts "privés."  Hatskin était aussi reconnu pour avoir des amis qu’il valait mieux ne pas rencontrer.  Heureusement que le trophée qui portait son nom n'était pas remis au joueur le plus gentilhomme...

Il avait une certaine expérience du hockey, puisqu’il avait été propriétaire de l’équipe junior les Jets de Winnipeg.

En 1972, il est devenu propriétaire / fondateur des Jets de Winnipeg version AMH, l’équipe qui mit la ligue au monde en convainquant Bobby Hull de signer avec eux.  Hatskin avait vu son investissement dans les Jets comme une façon de gagner une certaine respectabilité.  Il a aussi été président de la ligue pendant un moment.

Malgré des succès sur la glace, Hatskin a eu des difficultés financières et a dû se résoudre à vendre les Jets vers la fin de la saison 1977-78.

Trophée Bill Hunter (meilleur compteur de la ligue)

Vendeur né, confiant jusqu’à l’arrogance, Hunter avait au moins l’avantage, à l’instar de Ben Hatskin, de connaître le hockey, puisqu’il avait été propriétaire des Oil Kings d’Edmonton, une équipe junior qui a connu du succès.  Sans sa présence, l’AMH aurait eu encore plus d’excentricités.  Il s’est entre autres opposé à la rondelle rouge fluo et à l’élimination de la ligne rouge.

Il se désigna directeur-gérant et fut même pendant un moment entraîneur.  Il n’eut par contre pas beaucoup de succès à ce niveau.  Il vendit ses actions en 1976.

Ce n’est qu’avec l’arrivée de Wayne Gretzky, deux ans plus tard, que les Oilers devinrent une équipe crainte.

À noter qu’en sept saisons, le Trophée Bill Hunter a été remporté par un francophone six fois (André Lacroix, voir texte du 11 janvier 2009, Marc Tardif, voir texte du 27 novembre 2011, et Réal Cloutier deux fois chacun).

Hunter a refait parler de lui en 1983, lorsqu’il a tenté d’acheter les Blues de St-Louis pour les déménager à Saskatoon.  (voir texte du 23 juin 2011)

Trophée Howard Baldwin (entraîneur de l’année)

Après avoir travaillé pour les Flyers de Philadelphie au département des ventes, Baldwin a convaincu, à 27 ans, Robert Schmertz d’investir pour fonder les Whalers de la Nouvelle-Angleterre.

Le premier gagnant a été Jack Kelley, entraîneur des Whalers.  Kelley a donc remporté un trophée qui portait le nom de son patron, qui était plus de dix ans plus jeune que lui.

Schmertz avait fait fortune en développant des communautés de retraite.  Il a aussi été actionnaires des Trail Blazers de Portland de la NBA, puis des Celtics.  Par contre, il ne connaissait absolument rien au hockey.

En 1975, il fut accusé de corruption au New Jersey.  Il plaida non coupable, mais il mourut d’un AVC avant le procès.  Mais ça n’empêcha pas l’AMH de renommer le Trophée Howard Baldwin au nom de Robert Schmertz.

Baldwin est demeuré actionnaire des Whalers jusqu'en 1988.  Il a par la suite détenu des parts des North Stars du Minnesota, puis des Penguins de Pittsburgh, jusqu'à leur faillite en 1998.  Il est aussi producteur de films, incluant Sudden Death, avec Jean-Claude Van Damme, qui se déroule pendant un match des Penguins.

Trophée Gary Davidson (joueur le plus utile à son équipe)

Promoteur sportif à répétition et extrêmement vendeur, il a cofondé l’ABA (American Basketball Association, un compétiteur de la NBA) avec Dennis Murphy, avant de faire de même avec l’AMH.  Il ne connaissait absolument rien au hockey.  À sa première rencontre avec Bill Hunter, à un match des Kings, ce dernier a dû lui expliquer ce qui se passait.  Hunter en avait été profondément irrité.

Après un an, Davidson quitta pour aller fonder la WFL (World Football League, un éphémère compétiteur de la NFL).

Après deux ans, le nom du trophée changea pour « Gordie Howe », qui jouait toujours à ce moment.  Les récipiendaires se méritaient donc un trophée du nom d’un de leurs adversaires.

Trophée Dennis Murphy (meilleur défenseur) 

Moins flamboyant que son associé et ne connaissant pas plus le hockey, il resta avec l’AMH plus longtemps.  Aussi promoteur sportif en série, il fut également impliqué dans la fondation du World Team Tennis et de Roller Hockey International.

Il a aussi été propriétaire des Sharks de Los Angeles, une équipe qui dura deux ans.  Excédé de se faire rappeler sans cesse par Bill Hunter que lui et Davidson ne connaissaient rien au hockey, il avait profité des assises de la ligue pour souligner de façon exubérante que ses Sharks avaient terminé devant les Oilers de Hunter au classement en 1972-73.

Coupe Avco

Quelle ironie que le trophée symbolisant la suprématie d’une ligue qui a trop dépensé en offrant des contrats de montants jamais vus à ce moment (voir entre autres le texte du 26 février 2014), qui a vu plusieurs équipes déménager ou faire faillite (parfois en milieu d’année) porte le nom d’une compagnie de finance qui s’adresse principalement à des gens en difficulté financière…
Sources :

Joyce, Gare, The devil and Bobby Hull: how hockey’s million-dollar man became the game’s lost legend, John Wiley & Sons Canada, 2011, p.68 à 72,

Willes, Ed, The Rebel League, the short and unruly life of the World Hockey Association, McClelland & Stewart, 2004,

wikipedia.org.
 
 

vendredi 14 juin 2013

Alton White


L'histoire des noirs au hockey est un peu plus obscure que celle des autres sports. Pour des raisons diverses que je ne veux exhaustivement évoquer ici, le hockey fut le dernier des grands sports nord-américains à briser la barrière "raciale", lorsqu'en 1958 Willie O'Ree des Bruins disputa son premier match dans la NHL.  Avec sa maigre carrière dans la NHL de 45 match, O'Ree ouvrit une très mince brèche parce qu'il fallut attendre la saison 1974-75 avant de voir un autre noir, Mike Marson, s'aligner difficilement avec une équipe de la NHL. Entre temps, un héros plus obscur, Alton White, avait fait sa marque dans la non-moins célèbre WHA.

Alton White est né en 1946 à Amherst en Nouvelle-Écosse, ville d'où le troisième noir de l'histoire de la NHL, Bill Riley, était également originaire. C'est toutefois à l'âge de 8 ans lorsque son père, alors épuisé de travailler dans les fonderies de la Nouvelle-Écosse, se trouva un boulot pour le Canadien-National dans la très froide ville de Winnipeg, que White fut introduit au hockey. White apprit les rudiments du hockey en évoluant aux côtés de futurs joueurs de la NHL comme Pete Stemkowski et Ted Irvine. C'est avec les Rangers de Winnipeg qu'il fit ses marque au hockey junior et où il réalisa qu'il avait du talent pour le hockey professionnel. 

C'est en 1965-66 qu'il fit ses débuts au hockey professionnel, avec les Komets de Fort Wayne dans la IHL, après avoir disputé quelques matchs avec les Rangers de St-Paul de la Central Professionnal Hockey League au printemps précédent. Après une saison à Fort Wayne, White passa au Checkers de Columbus avec qui il évolua durant 4 saisons, avant de devenir un joueur des Reds de Providence en 1969. White connut de très bonnes saisons avec Providence, devenant un des joueurs préférés de la foule.  Il réalisa 4 saisons de plus de 20 buts, dont deux saisons d'au moins 30 buts.  Toutefois, il n'était pas un joueur évoluant avec les Reds avec un contrat d'affiliation avec une équipe de la NHL. 



C'est lors de la saison 1972-73 qu'il monta de niveau en se joignant aux Raiders de New York de la toute nouvelle WHA. Quelque matchs plus tard, il passa à une des équipes ayant eu le plus beau chandail de l'histoire du hockey selon moi, les Sharks de Los Angeles.  Avec les Sharks, il devint un des piliers de l'attaque de cette équipe connue pour ses goons.  Lors de cette saison, avec ses 42 points dont 21 buts, il devint le premier noir à marquer 20 buts dans le "hockey majeur". Il devint également lors de cette saison le premier noir à marquer un tour du chapeau (je recommande fortement de cliquer sur ce lien).



Après une autre saison avec les Sharks, Alton White déménagea avec l'équipe au Michigan (les Stags!) et avec les Blades de Baltimore durant la saison 1974-75, sans l'excitation de sa première saison avant de quitter cette ligue pour des circuits mineurs. 

Il habiterait de nos jours dans la région de Vancouver où il aurait travaillé dans la construction après sa carrière...

mardi 26 mars 2013

Ted McCaskill








Originaire du nord de l’Ontario, Ted McCaskill prit en 1962 le chemin de Nashville, pour s’aligner avec les Dixie Flyers de la Eastern Hockey League (voir texte du 16 juillet 2011). Il comptait bien pouvoir gagner sa vie avec son talent offensif de hockeyeur, comme il l’avait fait en Grande-Bretagne les deux années précédentes. Il réalisa toutefois assez rapidement que ça ne suffirait pas.

Au cours des cinq saisons qu’il passa à Nashville, il réalisa trois saisons de plus de 100 points, dont une de 60 buts. Il mit toutefois aussi à l’épreuve sa force de caractère. La Ligue était très dure et seulement les plus forts y survivaient. Et lorsque quelque chose arrivait, il ne fallait pas trop s’apitoyer sur son sort. Les équipes n’alignaient que quatorze joueurs (un gardien, quatre défenseurs et neuf avants) et ne pouvaient se permettre de terminer des matchs avec des joueurs à l’infirmerie.

Pour survivre, McCaskill apprit rapidement que son bâton ne servait pas seulement à manier la rondelle. Il devint rapidement une arme dans ses mains, devenant ainsi une facette importante de son jeu. Il en fit une spécialité, en plus de se battre abondamment, pour devenir l’un des joueurs des plus craints de la Ligue.

Lors de l’expansion de 1967, il fut signé par les North Stars du Minnesota, mais il ne passa que quatre matchs avec eux, ce à quoi se limite sa carrière dans la LNH. Il reprit ensuite le chemin des mineures, principalement dans l’ouest, avec Vancouver et Phoenix, de la WHL.

En 1972, c’est l’arrivée de l’AMH qui lui donna une seconde chance. Malgré qu’il était maintenant âgé de 36 ans, il signa avec les Sharks de Los Angeles. Il y fut pendant les deux ans que dura l’aventure des Sharks. Il fut même nommé entraîneur pour terminer la saison 1973-74, avec des résultats qui laissèrent à désirer. (20-39-0)

La saison suivante, il se retrouva avec les Dusters de Binghampton de la NAHL. Continuant d’utiliser son bâton de toutes sortes de manières pas toujours très gentilles, il inspira Nancy Dowd, qui scénarisa le film « Slap Shot » en observant la NAHL. C’est alors que prit forme le personnage du « Chirurgien » Tim McCracken, basé sur lui. Ce n’est toutefois pas McCaskill qui le joue dans le film, même s’il eut tout de même la chance d’y avoir un petit rôle. Il est le joueur des Blades de Broome County qui se fait prendre en sandwich par Jeff et Steve Hanson…

Il retenta par la suite sa chance derrière un banc, mais avec peu de succès.

Il est le père de Kirk McCaskill, qui joua avec les Jets de Sherbrooke, avant de réorienter sa carrière vers le baseball majeur, avec les Angels et les White Sox. (voir texte du 4 août 2011)

Sources: Jackson, Jonathon, The Making of Slapshot: Behind the Scenes of the Greatest Hockey Movie, John Wiley & Sons Canada Ltd, 2010,

Surgent, Scott Adam, The Complete Historical and Statistical Reference to the World Hockey Association 1972-79, Xaler Press, 1995,

hockeydb.com, wikipedia.org.

lundi 7 novembre 2011

Les Blades de Baltimore



Dans son article récent à propos de la fondation des Blues de St-Louis, Benoît AKA KeithActon faisait allusion au fait que le choix de la ville de St-Louis n'était pas le premier choix pour la sixième expansion en 1967 lorsque la NHL est passée à 12 équipes. Il a mentionné que la ville de Baltimore était pressentie pour devenir la 6e équipe de l'expansion. Étrangement, la ville de Baltimore n'a connu que 17 matchs de hockey de haut niveau dans son histoire, en 1975 avec les Blades de la WHA... Donc je crois que c'était une bonne idée de ne pas avoir une équipe d'expansion dans cette ville. Même de nos jours, aucune équipe de hockey professionnel n'évolue dans cette ville qu'on voit d'un mauvais oeil après avoir vu la série The Wire...

La franchise qui allait devenir les Blades de Baltimore était à l'origine les Sharks de Los Angeles, un des 12 clubs initiaux de la WHA.  Cette équipe reconnue pour être formée pour la plupart de joueurs violents. On surnommait d'ailleurs l'équipe les Big Bad Sharks. L'équipe portait d'ailleurs un des plus beau chandail de l'histoire selon moi... Marc Tardif fit d'ailleurs le saut dans la WHA en s'alignant avec cette équipe...

Après deux saisons à essayer de rivaliser avec les Kings le marché pas très hockey de Los Angeles, surtout que les Sharks terminèrent dernier de la ligue en 1973-74, le propriétaire de l'équipe, Dennis Murphy, un des co-fondateur de la WHA, décida de vendre l'équipe. Ce fut des investisseurs de Détroit ayant fait fortune dans les produits chimique, Charles Nolton et Peter Shagena, qui achetèrent la franchise et la déplaça à Détroit et les nommèrent les Stags du Michigan. L'équipe principalement formée de "journeymen" du hockey professionnel n'alignait que Marc Tardif et Gerry Desjardins comme joueurs d'expérience. Toutefois, Desjardins allait se retrouver avec les Sabres durant la saison et Marc Tardif fut échangé aux Nordiques après une vingtaine de matchs, l'équipe ne pouvant pas payer son salaire. Les Stags avaient donc un alignement de calibre AHL dans une ligue qui alignait des joueurs comme Bobby Hull et Mark Howe.

Du côté business, l'équipe ne put rien faire pour attirer l'attention, ne jouissant d'aucune couverture médiatique... Et ce qui devait arriver arriva, le 18 janvier 1975, l'équipe fut dissoute. Une semaine plus tard, la ligue décida de reprendre la franchise et de l'installer à Baltimore pour terminer au moins la saison. Le Civic Center de Baltimore pouvait alors accueillir 11000 personnes et était un des arénas les plus modernes de la WHA.  Le pire dans cette histoire est que les Stags n'eurent même pas l'occasion de recevoir les Aeros de Houston de Gordie Howe, donc d'attirer l'attention des médias avec le retour du numéro 9 à Detroit.  L'équipe dirigée par la WHA n'eut pas de regain de vie suite à ce déménagement, étant trop dépourvue de talent et termina la saison avec une fiche de 3-13-1. On imagine qu'un déménagement en milieu de saison n'a pas plus aidé à attirer les médias locaux de Baltimore...

À l'époque, la région avait déjà une mauvaise nouvelle équipe dans la NHL lors de cette saison, les Capitals de Washington, qui avaient fait leur apparition dans cette ligue sous le signe de la médiocrité. Le timing pour essayer de faire vivre une autre mauvaise équipe de hockey dans cette région n'était donc pas bon... La NHL étant une ligue avec plus de stabilité, les Capitals remportèrent la rivalité et les Blades écopèrent...

À la fin de la saison, la ligue tenta de déménager l'équipe à Seattle sans trop de succès, après quoi la franchise fut dissoute... Ce fut ainsi que la seule expérience de hockey de la NHL et de la WHA à Baltimore fut terminée...