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jeudi 29 janvier 2026

Jean Tétreault

 

En 1970, Jean Tétreault arriva chez les champions en titre de la Coupe Memorial, les Canadiens Jr. de Montréal. Si leur grande vedette, Gilbert Perreault, venait de graduer avec les nouveaux Sabres de Buffalo, il demeurait que l’équipe avait toujours beaucoup de talent avec des joueurs comme Bobby Lalonde, Jocelyn Guèvremont, Richard Martin, Ian Turnbull et André St-Laurent. Tétreault eut donc un début de carrière junior modeste. 

Il eut une progression l’année suivante, mais c’est vraiment lorsqu’il passa aux Rangers de Drummondville, un club faible en 1972-73, qu’il eut l’occasion de se mettre en valeur. Il termina la saison avec 92 points en 61 matchs. 

Cette performance lui permit d’être repêché au 8e tour (120e au total) par les Blues de St-Louis et en 4e ronde (44e au total) par les Blazers de Vancouver de l'AMH

Tétreault choisit Vancouver et fit l’équipe presque immédiatement. Le 24 octobre, il obtint son premier point, une passe sur un but du vétéran John McKenzie, aux dépends de Gilles Gratton des Toros de Toronto. Quatre jours plus tard, il atteignit le fond du filet en déjouant Jack Norris des Oilers, dans une défaite des siens au pointage de 7-5. 

Ce seront ses seuls points, puisqu’après 6 matchs, il sera ensuite envoyé à la filiale des Rebels de Roanoke Valley de la Ligue Southern. Il obtint alors 68 points et aida son équipe à remporter le championnat, la Coupe James Crockett. On note parmi ses coéquipiers un certain Mike Keenan… 

L’année suivante, en 1974-75, il se retrouva dans la North American Hockey League (NAHL), une ligue réputée comme dure, avec les Jets de Johnstown, une ville tout sauf charmante. Parmi ses coéquipiers, on retrouvait trois frères excentriques, robustes à l’extrême, mais plutôt cinglés, Steve, Jack et Jeff Carlson. Tétreault termina au troisième rang des pointeurs de l’équipe, derrière Steve, mais devant Jack et Jeff. 

En séries, Johnstown a surpris les champions de la saison, les Blazers de Syracuse, avant de se faufiler en finale et de mettre la main sur la Coupe Lockhart. 

Pendant cette même saison, son coéquipier, Ned Dowd, installa des micros dans la chambre. Il aidait ainsi sa sœur Nancy pour l’écriture d’un scénario de film, en lui donnant de la matière première. Il s’agissait évidemment de Slap Shot (ou Lancer-frappé). 

L’année suivante, Tétreault revint avec les Jets, mais il eut aussi droit à trois autres matchs dans l’AMH, avec les Fighting Saints du Minnesota cette fois. L’équipe disparut toutefois en février, avant de pouvoir compléter son calendrier. 

Le projet de film prit finalement forme et certains joueurs furent invités pour y jouer comme les frères Carlson, Dave Hanson, Ned Dowd et Guido Tenesi. Lors de la disparition des Fighting Saints, Jack Carlson fut repêché par les Oilers, qui le rappelèrent. Cette situation l’empêcha de participer au tournage et au lieu de jouer le rôle de ″Killer″ Carlson, c’est Dave Hanson qui devint le troisième frère Hanson. (L’acteur Jerry Houser joua finalement ″Killer″.) Dowd (le frère de la scénariste) joua Ogie Oglethorpe et Tenesi devint le beau Billy Charlebois. 

Et Jean Tétreault dans tout ça? Comme les autres, on lui destinait un rôle de figurant parmi les adversaires des Chiefs. Toutefois, lorsqu’on convoqua les Carlson, Hanson et Tenesi au gymnase pour préparer la scène de l’autobus, Tétreault décida d’y aller. L’équipe de tournage vit qu’il n’avait pas d’affaire là, mais il fit comme s’il avait été invité. On décida finalement de l’inclure. C’est ainsi qu’il devint André Bergeron, un rôle quasi-muet qu’on retient surtout pour la scène où il enlève son dentier. Tétreault a adoré sa brève carrière d’acteur. 


Photo signée par Jean Tétreault en vente sur eBay!

Il revint à Johnstown pour la saison 1976-77, où il termina en tête des pointeurs des Jets, avec 85. L’équipe était toutefois plus faible et termina au septième rang. Il n’y eut que les Jaros de la Beauce, qui avaient suspendu leurs opérations après 30 matchs, qui terminèrent derrière eux. Si Johnstown réussit à terminer sa saison, les Jets cessèrent ensuite aussi leurs activités, comme dans le film. 

Tétreault fut alors choisi par Erie, mais finalement, c’est la ligue au complet qui s’écroula. Il se retrouva donc avec les Mohawks de Muskegon de la Ligue internationale (IHL) pour jouer les 19 derniers matchs de sa carrière, avant de revenir au Québec. 

Il a fêté son 73e anniversaire la semaine dernière. On le salue! 

Sources : 

Jackson, Jonathon, The Making of Slapshot: Behind the Scenes of the Greatest Hockey Movie, John Wiley & Sons Canada Ltd, 2010, p.110, 112,

″Oilers rumble to the top spot, glad to see last of Blazers″ de Jim Matheson, October 29, 1973, Edmonton Journal, page 47,

″′Slap Shot′ : Where Are The Charlestown Chiefs Now?″ de Dave McCoy et Liz Isenberg, April 18, 2015, The Hollywood Reporter (hollywoodreporter.com),

″Slap Shot a 40 ans : rencontre avec le vrai Ogie Oglethorpe″ de Jean-François Poirier, 24 février 2017, Radio-Canada (ici.radio-canada.ca),

«Les Hanson, en réalité, ce sont de vrais débiles» d’Anthony Martineau, 3 février 2021, Journal de Montréal (journaldemontreal.com),

hockeydraftcentral.com.

dimanche 6 avril 2025

Pat Price


Les talents offensifs de Pat Price ne prirent pas de temps à attirer l’attention. Le défenseur des Blades de Saskatoon de la Ligue de l’ouest fut même comparé à nul autre que Bobby Orr.

Lors de la Coupe Memorial de 1974 à Calgary, il s’y rendit avec son entourage, même si son équipe n’y participait pas. Il prit alors une chambre d’hôtel où son agent venait lui faire part des différentes offres qu’il recevait.

Dans la Ligue Nationale, le premier choix appartenait aux nouveaux Capitals de Washington. Dans l’Association mondiale (AMH), ce sont les Blazers de Vancouver qui avaient ce privilège. Propriété du richissime Jim Pattison, ceux-ci recherchaient un moyen de damner le pion aux Canucks, misérables depuis le début de leur existence en 1970.

La surenchère monta à un niveau inespéré pour Price. Son but était clairement de jouer dans la Ligue nationale, mais si une équipe de l’AMH pouvait le convaincre, c’était celle de sa province natale. Et elle a mis toute la gomme. On lui offrit pratiquement tous les biens qu’il voulait et on conclut finalement pour un contrat de 5 ans de 1,3 million $ (énorme à l’époque), un boni à la signature de 250 000$ (1,6 million $ en dollars d’aujourd’hui) et l’utilisation d’une Ferrari. Comme il s’agissait de plus d’argent qu’il n’avait gagné dans toute sa vie, le père de Price crut que le chèque visé du boni à la signature de son fils avait une erreur, car il croyait qu’il y avait un zéro de trop. Price voulut inviter tout le monde à souper pour fêter le tout, mais personne ne voulait encaisser son chèque…

Les Blazers choisirent ainsi Price au repêchage. Les Capitals passèrent donc leur tour et choisirent plutôt Greg Joly pour débuter leur existence, avec des résultats qui seront mitigés. La suite pour Price ne fut pas non plus à la hauteur des énormes attentes à son endroit.

D’abord, un mois et demi après la signature de son contrat, il eut des problèmes de voiture. Alors qu’il roulait à 140 km/h sous la pluie, il fit une sortie de route et emboutit sa Ferrari. Heureusement, il ne fut pas blessé, mais on la remplaça toutefois par une Monte Carlo.

Avant le début de la saison, Price fut invité à se joindre à l’équipe d’étoiles de l’AMH qui allait disputer l’équivalent du circuit maudit de la série du siècle. Sa participation fit toutefois aussi une sortie de route. À l’hôtel, Gerry Cheevers attendait un appel au sujet de l’état de santé de son beau-père. Comme il n’était pas aux alentours lorsque le téléphone sonna finalement, Price se précipita pour prendre l’appel mais du haut de ses souliers plateformes, il chuta. Il en résulta une foulure de la cheville et il rata ainsi la série.

Une fois finalement sur la glace, Price eut de la difficulté à faire la transition du style ouvert où il dominait dans le junior vers un style plus serré et robuste de l’AMH. De plus, il ne s’entendait pas vraiment avec son entraîneur de la vieille garde, Joe Crozier. Le vétéran Andy Bathgate voulut servir d’intermédiaire entre les deux, mais il arriva à Price de faire preuve d’arrogance envers cette légende pour qui il éprouvait pourtant du respect.

Lorsque l’équipe eut des problèmes, le climat se détériora. Quand Price se retrouvait en difficulté, ses coéquipiers, peu inspirés par son attitude et son salaire élevé, avaient peu tendance à venir à son aide.

En bout de ligne, Price termina sa saison avec 5 buts et 29 passes, ce qui n’était pas mauvais, mais insuffisant pour justifier son salaire. Voulant jouer dans la LNH, il s’entendit alors avec les Blazers (qui déménagèrent à Calgary pour devenir les Cowboys) pour rompre son contrat.

Maintenant libre, Price fut un choix de premier tour des Islanders en 1975, où ses anciens coéquipiers avec Saskatoon, Dave Lewis et Bob Bourne, eurent de bons mots à son sujet.

Sous les ordres d’Al Arbour, Price s’éloigna de son rôle purement offensif, où Denis Potvin remplissait ce rôle de toute façon, pour devenir un défenseur plus complet. La jeune équipe montra une progression certaine, mais sans parvenir à se rendre jusqu’au bout. Lors des séries de 1979, Price joua toutefois peu et exigea un échange.

Son souhait fut exaucé lorsque les Islanders le laissèrent sans protection lors du repêchage d’expansion et qu’il fut choisi par les Oilers. Une fois en Alberta, il se mit à pratiquer un style plus robuste. Il obtint également son plus haut total de buts avec 11. Pendant ce temps, à New York, les Islanders remportèrent la première de leur quatre Coupes consécutives.

Sa saison suivante fut partagée entre Edmonton et Pittsburgh, alors qu’il fut échangé contre Pat Hughes. Sa récolte de 42 points fut alors son sommet en carrière. En 1981-82, ce fut son total de minutes de punition qui atteignit son sommet, avec 322.

L’année suivante, il fut l’un des joueurs qui se brouilla avec l’entraîneur Eddie Johnston et fut alors soumis au ballotage. Ayant besoin de renfort suite aux blessures de Jean Hamel et Mario Marois, les Nordiques le réclamèrent en retour de 2500$.

La présence de Price à Québec fut toutefois l’objet d’un faux-départ. Après quatre parties dans l’uniforme fleudelysé, il fut victime d’un mal sérieux et mystérieux pour lequel différents diagnostiques furent émis. La conclusion fut finalement une grave infection virale au cerveau. Si celle-ci lui fit finalement manquer deux mois d’activité, elle aurait aussi pu lui coûter la vie.

Ce ne fut toutefois que partie remise. Par la suite, Price rendit de fiers services aux Nordiques. Ayant déjà des connaissances en français à son arrivée, il s’intégra bien à la vie dans la Vieille capitale, qu’il apprécia beaucoup. Pendant son séjour, il incita ses coéquipiers à apprendre la langue de Molière et l’équipe à les soutenir dans leurs efforts. Il investit également dans une entreprise locale de déménagement. Ce fut finalement à Québec qu’il joua le plus de matchs dans sa carrière professionnelle, avec 255, où il fut au cœur de la rivalité Québec - Montréal.

L’aventure québécoise de Price prit fin en mars 1987, lorsqu’il fut échangé aux Rangers en retour de Lane Lambert, qui deviendra plus tard l’entraîneur-chef que Patrick Roy a remplacé derrière le banc des Islanders l’an dernier.

Price termina la saison à New York, avant d’être à nouveau échangé, aux North Stars cette fois, contre Willi Plett.

Il joua ses 14 derniers matchs dans la Ligue nationale avec le Minnesota avant de prendre sa retraite. En 726 matchs, sa fiche est de 43-218-261, en plus d’avoir amassé 1456 minutes de pénalité.

S’il avait déjà envisagé de s’établir en permanence à Québec, il décida finalement de retourner dans sa Colombie-Britannique natale, où il opéra pendant dix ans une entreprise dans le domaine du bois avec son frère.

Il conduisit également des remorqueurs, en plus de travailler en restauration et pour un club de golf.

Sources :

Willes, Ed, The Rebel League, the short and unruly life of the World Hockey Association, McClelland & Stewart, 2004, p.141 à 146,

″Pat Price n’a pas le temps de s’ennuyer″ d’Alain Bouchard, 3 janvier 1983, Le Soleil, page B1,

″Pat Price… acte II″ d’Alain Bouchard, 15 mars 1983, Le Soleil, page C1,

″Pat Price réclame plus de français″, PC, 19 août 1986, La Tribune, page D2,

″I’m one of the fortunate few who have realized their dreams″ de Emanuel Sequeira et Will Johnson, Black Press, July 29, 2014, Nelson Star (nelsonstar.com),

″Le sang bleu à jamais″ de Jean-François Tardif, 24 août 2015, Le Soleil, page 38,

″Canucks at 50: Vancouver Blazers tries, but failed to capture the hockey market″ de Ed Willes, December 10, 2019, The Vancouver Province (theprovince.com),

banqueducanada.ca, hockeydraftcentral.com, hockey-reference.com.

mercredi 9 juin 2021

Don McLeod


Dès sa naissance, Don McLeod dut faire face à des obstacles qui auraient rendu une carrière dans le hockey professionnel improbable. Ayant une déformation au pied, il y eut même des doutes qu’il marche un jour. Pourtant, des opérations, des attelles et des orthèses finirent par lui permettre d’y arriver.

Pour pouvoir faire des activités normales pour un garçon de son âge, McLeod eut également l’aide de son père. Travaillant à la fonderie de Trail, en Colombie-Britannique, il lui fabriqua pendant ses heures de lunch un soulier en métal pour lui permettre de jouer au baseball. Au hockey, devant ses difficultés à patiner, il se retrouva dans les buts. D’ailleurs, à l’âge adulte, il portait un patin gauche de taille 10 et un droit de taille 7, en plus d’avoir une jambe droite plus courte de quelques centimètres.

Au niveau junior, il s’aligna avec les Oil Kings d’Edmonton. En 1966, il les aida à remporter la Coupe Memorial. Leurs adversaires en finale étaient alors les Generals d’Oshawa dont le capitaine, Bobby Orr, a été blessé et peu présent pendant la série.

Une fois devenu professionnel, l’excentrique McLeod s’est promené, allant entre autres à Fort Worth, Springfield, Baltimore, en plus d’un passage avec les As de Québec, dans la Ligue américaine.

C’est finalement en 1970-71 que McLeod eut finalement sa chance de jouer dans la LNH. Toutefois, il atterrit avec les faibles Red Wings, qui terminèrent avant-derniers dans la ligue. Avec une moyenne de 5,16 en 14 matchs, ce ne sont pas ses performances qui ont contribué à renverser la tendance. D’ailleurs, il n’a fallu que 101 secondes avant qu’il n’accorde son premier but. Pour le marqueur, Darryl Sittler, il s’agissait également de son premier but.

L’année suivante, il joua quatre matchs sans victoire avec les Flyers.

La saison 1972-73 marqua le début des activités de l’Association mondiale de hockey (AMH). McLeod se trouvait alors dans la catégorie de joueurs principalement ciblée par la nouvelle ligue, soit ceux qui oscillaient entre la Ligue nationale et les ligues mineures. Il signa alors avec les Aeros de Houston, où il partagea le filet avec Wayne Rutledge.

En 1973-74, les Aeros, qui étaient déjà une bonne équipe, ajoutèrent à leur alignement Gordie, Mark et Marty Howe. L’effet fut immédiat. Gordie termina troisième pointeur de la ligue. McLeod se mérita le trophée Hatskin, remis au meilleur gardien, et les Aeros remportèrent la Coupe Avco.

Cette performance lui permit d’être invité à faire partie de l’équipe d’étoiles de l’AMH qui affronta l’équipe nationale soviétique. C’est toutefois Gerry Cheevers qui joua sept des huit matchs. Lorsque McLeod prit le filet, l’AMH perdit 8-5. Pendant la partie du tournoi en territoire soviétique, les joueurs pouvaient être accompagnés par une personne. Si la plupart d’entre eux choisirent leur copine ou leur épouse, McLeod choisit sa mère.

Voulant monnayer sa performance, McLeod insista pour un contrat à six chiffres. Pour une raison obscure, Houston ne lui offrit que 99 999,99$. Faisant du sou manquant une question de principe, il quitta et signa plutôt avec les Blazers de Vancouver.


McLeod joua 71 des 78 matchs, mais à la fin de la saison, les Blazers déménagèrent à Calgary pour devenir les Cowboys.

Il continua de voir beaucoup d’action au sein d’une équipe qui n’était pas mauvaise. Reconnu pour son maniement de rondelle avec sa palette courbée, McLeod atteignit son sommet en 1975-76, avec 13 passes. À l’époque, il s’agissait du record chez les professionnels, qui a depuis été battu par Grant Fuhr.  Son habilité pouvait également servir à faire sentir sa présence auprès des oreilles de certains adversaires...

Par contre, devant l’absence de projet pour construire un aréna plus grand, le propriétaire décida de dissoudre les Cowboys et de vendre les joueurs au plus offrant. En fait, la courte histoire des Cowboys a surtout été marquée par un triste événement, soit l’attaque de Rick Jodzio sur Marc Tardif au Colisée de Québec.

La façon de dissoudre l’équipe permit aux champions en titre de la Coupe Avco, les Nordiques, d’acheter les contrats de McLeod, Don Tannahill, Ron Chipperfield et Peter Driscoll et ce, au grand déplaisir des autres équipes.

L’expérience québécoise de McLeod tourna toutefois rapidement au vinaigre. Malgré qu’il ait joué avec les As en 1967-68, il semblait avoir oublié comment était la ville de Québec. Il se plaignit de difficultés à s’adapter à la ville, de trouver des écoles pour ses enfants et de se dénicher une maison. Il sembla surpris de l’importance que le français y occupait et reprocha à l’équipe de ne pas le supporter dans ses démarches.

Après un moment, McLeod fit une "fugue", en s’éclipsant pendant cinq jours sans donner de nouvelles à l’équipe. Ce n’était pas d’ailleurs pas la première fois qu’il faisait ce genre d’escapade, qui dans ce cas se rapprochait de la bouderie. Il en avait déjà fait de semblables lorsqu’il jouait pour d’autres équipes. À son retour, sans surprise, il demanda à être échangé.

Son séjour dans l’uniforme fleurdelysé ne dura finalement que sept matchs. En novembre, il fut transigé aux Oilers avec Pierre Guité, en retour de Ken Broderick, Dave Inkpen, Warren Miller et Rick Morris. Il termina l’année ainsi comme second, derrière Dave Dryden.

Ensuite, ne parvenant pas à s’entendre avec Edmonton, il tenta sa chance avec les Racers d’Indianapolis, mais succès.

À la dissolution de l’AMH, en 1979, il tenta une dernière fois de prolonger sa carrière, en se présentant au camp des Maple Leafs. Finalement, Mike Palmateer et Paul Harrison conservèrent leur poste. De leur côté, les recrues Jiri Crha et Vincent Tremblay jouèrent quelques matchs, ne laissant pas de place pour McLeod.

Suite à sa retraite, celui qui a été surnommé "Smokey" en raison de son usage assidu du tabac (avant, pendant et après les matchs), est devenu représentant pour Hershey dans l’ouest canadien.

Il est décédé d’un arrêt cardiaque en 2015, à l’âge de 68 ans.

Sources:

"Imbattable avec McLeod" de Claude Larochelle, 19 août 1977, Le Soleil, page C1,

"Achat de contrats" de Claude Lussier, 27 août 1977, Le Quotidien, page B5,

"La passe-avant ne sera plus la même", PC, 27 août 1977, La Presse, page B2,

"McLeod, introuvable", 1er novembre 1977, Le Quotidien, page B4,

"Sons de cloche", 1er novembre 1977, La Tribune, page 17,

"Don ′Smokey′ McLeod demande à être échangé", PC, La Tribune, 3 novembre 1977, page 23,

"Smokey fuming", CP, November 3, 1977, Calgary Herald, page A17,

"Échange du gardien McLeod", Progrès Dimanche, 20 novembre 1977, page 172,

"Wilson fini pour l’année", PC, 28 novembre 1977, La Voix de l’Est, page 8,

"Marita Koch améliore son record du monde", 1er septembre 1978, Le Soleil, page C4,

"Don ′Smokey′ McLeod became Calgary fans favourite" de Tom Hawthorn, March 25, 2015, The Globe and Mail (theglobeandmail.com),

"Life & Times: Goalie overcame club foot to play pro hockey" de Chris Stock, April 4, 2015, Edmonton Journal (edmontonjournal.com),

"Riding with Cowboys, Calgary’s first pro hockey club" de Tod Saelhof, February 5, 2019, Calgary Sun (calgarysun.com).

mardi 27 novembre 2018

Ron Ward



Ron Ward a toujours eu un certain talent offensif, au point où le natif de Cornwall fut recruté par les Maple Leafs.  Toutefois, son coup de patin était de loin sa plus grande faiblesse.  Son style n’était pas très gracieux et ce, au point où selon les circonstances et les besoins, on pouvait l’employer au centre ou comme défenseur.

Malgré ses faiblesses, il réussit tout de même à remporter le championnat des marqueurs de la Ligue centrale en 1967-68, alors qu’il amassa 85 points avec les Oilers de Tulsa.  Cette même équipe remporta d’ailleurs la Coupe Adams.

Cette performance incita les Leafs à assigner Ward à Rochester de la Ligue américaine l’année suivante.  Ward répondit à l’appel en devenant le meilleur pointeur de l’équipe et le quatrième de la ligue.  Avec son total de 78, il était 22 points derrière le meneur, Jeannot Gilbert des Bears de Hershey.  Cette performance lui valut le Trophée Red Garrett, remis à la recrue par excellence de la ligue.

 C’est finalement en 1969-70 que Ward eut la chance de jouer dans la Ligue nationale, alors qu’il joua 18 matchs avec les Leafs.  Il eut toutefois l’impression qu’on ne lui donnait pas vraiment sa chance et il dut se contenter d’une passe.

À la fin de la saison, il fut rendu disponible au repêchage d’expansion et fut choisi par les Canucks.  Sa déception fut toutefois grande lorsqu’il ne parvint pas à se tailler une place au sein de l’équipe d’expansion.  Il fut donc retourné à Rochester, qui était devenu la filiale des nouveaux Canucks.

C’est finalement en 1971-72 que Ward finit par faire sa place dans la grande ligue, mais son rôle se limita principalement au désavantage numérique et eut peu de temps de glace.  En 71 matchs, il n’amassa que six points.

Insatisfait de son sort, Ward porta attention lorsque la nouvelle Association mondiale (AMH) lui fit une généreuse offre.  Par courtoisie, il en informa tout de même le directeur-gérant des Canucks, Bud Poile (le père de David, l’actuel directeur-gérant des Predators).  Celui-ci lui répliqua qu’il ne ferait même pas l’équipe.  Son entraîneur Hal Laycoe tenta ensuite de le convaincre de rester à Vancouver, mais Ward avait déjà pris sa décision.  Il signa alors avec les Raiders de New York.
Les Raiders eurent des problèmes à attirer des spectateurs au Madison Square Garden.  Ils n’eurent pas des résultats très reluisants sur la patinoire non plus.  Par contre, l’entraîneur Camille Henry sut bien entourer Ward pour tirer avantage de ses forces et de combler ses faiblesses, en lui fournissant un ailier pour aller dans les coins et un autre pour les replis défensifs.  Avec Wayne Rivers et Brian Bradley, Ward put se concentrer à demeurer autour du filet pour faire dévier la rondelle ou prendre des retours. 

Devenu un spécialiste des "garbage goals", Ward atteignit un niveau qu’il n’avait jamais atteint au niveau professionnel, même dans des ligues de niveau inférieur.  Il marqua 51 buts et obtint 118 points, 15 de plus que Bobby Hull et 112 de plus que son total dans la LNH!  Le 4 janvier 1973, contre Gilles Gratton des Nationals d’Ottawa, il établit d’ailleurs le record de la ligue avec 5 buts en un match.

Malgré cela, Ward ne demeura pas à New York.  Illustrant l’instabilité de la nouvelle ligue, Ward fut échangé par son équipe (devenue les Golden Blades de New York) aux Blazers (auparavant de Philadelphie, maintenant de Vancouver).  En retour, New York obtint le seul qui l’avait devancé au championnat des pointeurs, André Lacroix, et les droits sur Bernard Parent, qui était retourné dans la LNH.

Par la suite, Ward suivit un parcours nomade, typique de l’AMH, en raison d’échanges et d’équipes qui disparaissent.  Après son court passage à Vancouver, il s’aligna avec les Sharks de Los Angeles, les Crusaders de Cleveland, les Fighting Saints du Minnesota, les Jets de Winnipeg et les Cowboys de Calgary et ce, jusqu’en 1976-77.

Il demeura tout de même trois saisons à Cleveland, où il fut d’ailleurs le meilleur pointeur de l’équipe en 1975-76, avec 82.  Par contre, il ne parvint jamais à s’approcher de sa phénoménale saison 1972-73 avec les Raiders.

Celui qui a également joué à la crosse à haut niveau, a aussi été entraîneur-chef des Voltigeurs de Drummondville pour la majeure partie de la saison 1983-84, où il a entre autres eu sous ses ordres Daniel Berthiaume, José Charbonneau, Steve Duchesne et le futur agent de joueur Pat Brisson.

Sources : “The Garbage Man Cometh” de Mark Mulvoy, 18 décembre 1972, Sports Illustrated (si.com/vault/), “Ward has productive night”, AP, Calgary Herald, 5 janvier 1973, p.32, “Souvenirs, souvenirs” d’André Rousseau, 13 août 2016 (lescoulissesdusport.ca), cornwallsportshalloffame.com, hhof.com, hockeydb.com.

lundi 19 décembre 2016

Marcel Paillé



Marcel Paillé est né à Shawinigan. Par contre, c’est avec les As de Québec qu’il a disputé ses années juniors, et avec qui il participa deux fois au tournoi de la Coupe Memorial (mais sans la remporter).

Après être passé par Matane et North Bay, il passa la saison 1955-56 avec les Saguenéens de Chicoutimi de la Ligue senior du Québec, où il joua entres autres avec les Smrke et fut désigné recrue de l’année.

Les Rangers firent ensuite l’acquisition de ses droits, avant de l’envoyer dans la Ligue américaine, avec les Barons de Cleveland. Paillé ne rata pas son entrée, puisqu’il fit partie de l’équipe championne de la Coupe Calder.

En 1957-58, dans une période où les équipes n’utilisaient encore qu’un gardien, il dut prendre la relève de Gump Worsley. Il fit ses débuts dans la grande ligue le 2 novembre 1957, où il fit une excellente première impression, en blanchissant les Bruins 5-0. Il joua en tout 33 matchs, lors d’une rare bonne saison des Rangers au cours de cette période.

Lors des années suivantes, il joua quelques matchs avec les Blueshirts lorsque Worsley était blessé, mais il passa la majeure partie de son temps dans la Ligue américaine. Avec seulement six équipes et six postes de gardien, il était difficile d’accéder à la Ligue nationale, même si Paillé s’illustrait en remportant le Trophée Hap Holmes (meilleure moyenne de buts contre dans l’AHL) en 1961 et 1962. Son équipe, les Indians de Springfield, remporta aussi la Coupe Calder trois ans de suite, en 1960, 1961 et 1962.

En 1964-65, il fut appelé à prendre la relève d’un autre shawiniganais d’origine, Jacques Plante, qui avait été échangé à New York, alors que Worsley prit la direction de Montréal. Paillé joua 39 matchs, son sommet en carrière. Ce fut toutefois ses derniers dans la LNH. Au total, il en a joué 107, tous avec les Rangers.

Par contre, ce fut loin d’être la fin de sa carrière de joueur. Il joua sept autres saisons dans l’AHL, avec les Reds de Providence. Lorsque la LNH y alla finalement d’une expansion en 1967, Paillé avait 35 ans et on l’ignora, tout comme lors de celle de 1970. Et puis, en 1972-73, la nouvelle AMH (Association mondiale de hockey) fit finalement appel à ses services. À 40 ans, les Blazers de Philadelphie l’engagèrent pour seconder leur coûteuse embauche, Bernard Parent. Il y retrouva également Phil Watson, qui avait été son entraîneur avec les As de Québec et les Rangers, et qui termina l’année derrière le banc des Blazers. Il y fut aussi témoin de la saga Derek Sanderson. Ce fut toutefois la seule saison de l’existence des Blazers à Philadelphie. L’année suivante, ils étaient à Vancouver, mais sans Parent, de retour avec les Flyers, et sans Paillé, de retour dans la Ligue américaine avec les Robins de Richmond, le club école de ces mêmes Flyers. Ce fut alors sa dernière saison comme joueur.

Sa longue carrière dans l’AHL (de 1956 à 1974, bien que pas en continu) lui permit d’établir plusieurs records pour les gardiens, qui demeurent encore aujourd’hui. C’est entre autres lui qui a disputé le plus de matchs en saison régulière (765), le plus de matchs en séries (87), le plus de victoires en séries (49), le plus grand nombre de minutes jouées en séries (5368) et le plus de minutes sans donner de buts en séries (207). Il possède également le deuxième total de victoires (349), derrière Johnny Bower.

Par la suite, il est retourné dans la région de Québec, où il devint gérant de l’aréna Les Saules.

Il est décédé en 2002 d’un cancer, à l’âge de 69 ans.

En 2006, la Ligue américaine se dota d’un temple de la renommée et c’est en 2010 que Paillé y fut introduit, à titre posthume.


Sources : ″Blazers Sign Goalie Paille″, AP, 23 septembre 1972, Reading Eagle, p.9, ahlhalloffame.com, hockeydb.com, legendsofhockey.net, wikipedia.org.

mercredi 26 février 2014

Derek Sanderson









À la base, Derek Sanderson n’était pas le joueur le plus talentueux. Lors de son passage avec les Flyers de Niagara Falls (un club affilié aux Bruins), il était entouré de joueurs avec plus de potentiel que lui. Par contre, il affichait une grande combativité, un désir de vaincre, de l’ardeur au travail et un refus de reculer devant qui que ce soit. Ce sont ces qualités qui attirèrent l’attention de nul autre que le propriétaire des Bruins, Weston Adams Sr., qui se mêlait également de dépistage. C’est donc malgré les avis de Hap Emms, qui gérait les Flyers, et de ses recruteurs, que Sanderson devint d’une certaine façon son protégé.

Sanderson ne le déçut pas. Il aida l’équipe à remporter la Coupe Memorial en 1964-65 et se mérita le championnat des pointeurs en 1966-67. 

L’année suivante, il se tailla une place à Boston, alors que l’équipe était à un tournant. Suite à plusieurs années de médiocrité (voir texte du 19 août 2013), l’espoir renaissait. Après avoir acquis Gerry Cheevers, les Bruins avaient ajouté à leur alignement en 1966-67 la jeune sensation, Bobby Orr, qui gagna évidemment le Trophée Calder (recrue de l’année). De plus, au cours de la saison morte, Milt Schmidt dévalisa littéralement les Black Hawks en leur soutirant Ken Hodge, Fred Stanfield et surtout Phil Esposito en retour de Pit Martin (voir texte du 29 octobre 2012), Gilles Marotte et Jack Norris. C’est dans ce contexte qu’arriva Sanderson. Sa performance de 24-25-49 lui valut le Trophée Calder, un deuxième en deux ans pour les Bruins. 

Par contre, il était loin d’être une vedette de l’équipe, qui n’en manquait pas. Son principal rôle était de jouer sur la troisième ligne, habituellement avec Don Marcotte et Ed Westfall, et de s’occuper des infériorités numériques. Il se rendit toutefois compte qu’il pouvait tout de même attirer l’attention en faisant des déclarations juteuses aux journalistes. Il se forma ainsi une image de coureur de jupons à la vie sociale trépidante. Dans le contexte de la fin des années 1960, cette image le rendit très populaire et la caricature devint éventuellement réelle.

Il se fit pousser les cheveux et une moustache, en plus de s’habiller à la mode, toutes des choses mal vues dans le monde du hockey de cette époque. Il devint ainsi une vedette, même si sur la patinoire, il n’en était pas vraiment une. Il anima une émission de télé dans la région de Boston et joua dans un film (qui ne passa pas à l’histoire). 

Une autre star « dans le vent » de cette période, le quart-arrière des Jets de New York Joe Namath, le contacta aussi, pour ouvrir une boîte à la mode. Ils ouvrirent donc Bachelors III à Boston, avec un autre partenaire. Sanderson se mit ainsi à passer les soirées où il était à Boston à sa boîte, à boire, faire la fête et accumuler les conquêtes.

Sanderson avait déjà commencé à boire sérieusement pour surmonter sa peur des avions. Son mode de vie ne fit qu’en rajouter. 

Sur la patinoire, Boston était une puissance. Bien qu’elle avait probablement le potentiel d’en gagner plus, l’équipe gagna la Coupe Stanley en 1970 et en 1972. De son côté, Sanderson participa à l’image des « Big Bad Bruins ». Il alla même jusqu’à pourchasser un partisan des Canadiens jusqu’à l’extérieur du Forum, en se retrouvant en patins et dans son uniforme, au coin des rues Sainte-Catherine et Lambert-Closse.

C’est en 1972 qu’arriva l’Association Mondiale de Hockey (AMH). Sanderson avait tenté au fil des ans de renégocier un contrat qu’il jugeait peu avantageux. Les Bruins lui avaient répondu qu’il devait honorer sa signature et que le tout serait revu à l’échéance. L’échéance était venue. 

Sanderson voulait 80 000$ par année. Les Bruins lui offrirent 75 000$. C’est alors que les nouveaux Blazers de Philadelphie le contactèrent. Ils appartenaient à deux hommes (un beaucoup plus riche que l’autre) qui ne connaissaient rien au hockey, mais qui aimaient l’idée de posséder une équipe de sports. 

Les négociations (menées par le propriétaire qui avait le moins d’argent, alors que c’est l’autre qui garantissait les salaires) furent complètement surréalistes. Obnubilés par son image de « personnalité » et sans se rendre compte que Sanderson n’était pas un joueur d’exception, les Blazers le voulaient à tout prix. Même en ne disant presque rien, Sanderson fit monter les enchères à un niveau inégalé pour l’époque. 

Il obtint le titre de capitaine, de jouer sur les avantages numériques, de ne pas faire d’échanges sans sa permission, de ne pas déménager l’équipe sans sa permission, le droit de rater certains matchs où il fallait prendre l’avion (dont il avait peur), une suite à l’hôtel lors des voyages, un chauffeur pour lui et un autre pour sa copine et un poste de dépisteur pour son père (50 000$ par année pendant cinq ans). Mais surtout, il obtint un contrat de 10 ans pour 2 650 000$, le contrat le plus généreux de la nouvelle ligue.

(Le contrat de Bobby Hull, aussi avec l’AMH, était également très généreux, mais structuré différemment. Il était au montant de 2 750 000$, mais comprenait un bonus de la ligue de 1 000 000$ à la signature, cinq ans comme joueur à 250 000$ et cinq ans dans d’autres tâches après sa carrière, à 100 000$ chacune.)

Sanderson eut malgré tout de grandes hésitations. La ligue était nouvelle et semblait instable. (Avant de devenir les Blazers de Philadelphie, l’équipe s’appelait les Screaming Eagles de Miami et déménagea avant même de jouer un seul match.) De plus, Sanderson ressentait une certaine loyauté envers Adams, qui avait toujours cru en lui. Au cours de ses négociations, il s’était brouillé avec l’avocat des Bruins, avant de finalement s’entendre (pour 80 000$) avec Adams lui-même. Au moment de signer son contrat, Sanderson demanda à ce que l’avocat ne soit pas présent. Lorsqu’il se présenta et s’aperçut qu’il y était, il partit en furie et alla accepter l’offre des Blazers.

Sanderson alla ainsi rejoindre son coéquipier John McKenzie, engagé comme joueur-entraîneur. Boston perdit également Ted Green aux Whalers de la Nouvelle-Angleterre et Gerry Cheevers aux Crusaders de Cleveland. La question se retrouva devant les tribunaux, parce que la LNH prétendait que la clause de réserve dans leur contrat empêchait les joueurs de signer avec l’AMH. La LNH fut finalement déboutée. Par contre, en guise de représailles, les « traîtres » furent exclus de l’équipe de la Série du siècle. Ceci coûta sans aucun doute une place à Bobby Hull, et probablement aussi à Jean-Claude Tremblay, Cheevers et Sanderson, qui avaient tous été initialement invités au camp.

Sanderson ne se présenta pas immédiatement au camp des Blazers. Les contrats de la LNH venaient à échéance le 1er octobre et l’AMH ne voulait pas prêter flanc aux poursuites. Au début de la saison, il n’était donc pas au sommet de sa forme. Le premier match à domicile des Blazers fut aussi une catastrophe. La glace du désuet Civic Center ne reposait pas sur un plancher de ciment et la Zamboni s’y enfonça. Le match dut être remis et Sanderson (le capitaine, comme il l'avait exigé) dut s’en excuser auprès des spectateurs, qui se mirent à lui lancer les rondelles qu’on leur avait remises à l’entrée. 

La malchance des Blazers (qui devaient lutter contre des Flyers bien implantés) ne s’arrêta pas là. Bernard Parent fut blessé, tout comme John McKenzie, qui fut remplacé derrière le banc par Phil Watson, un ex-entraîneur des Rangers, issu de la vieille école et que les joueurs détestaient. Sanderson se blessa également au dos, en raison de la mauvaise qualité de la glace. 

L’équipe mit en doute sa blessure. Il faut dire que si ça avait été le cas, elle aurait pu servir de prétexte à se défaire de l’énorme contrat de Sanderson. Celui-ci plombait sérieusement les finances des Blazers, qui avaient bien peu de succès aux guichets.

De son côté, Sanderson ajouta à son mode de vie déjà dissipé des quantités d’argent, qu’il se mit à dépenser sans compter. 

En bout de ligne, les deux parties finirent par s’entendre sur un rachat de contrat, au montant d’un million. Sanderson ne joua finalement que 8 matchs avec les Blazers (3-3-6) et retourna avec les Bruins. Par contre, ceux-ci avaient maintenant Bep Guidolin (voir texte du 1er avril 2013) derrière le banc, un entraîneur de la vieille école avec qui Sanderson ne s’entendait pas.

Quant aux Blazers, ils déménagèrent à Vancouver à la fin de la saison.

En juin 1974, Sanderson fut échangé aux Rangers. Il connut une bonne première saison dans la Grosse Pomme, mais il se mit également à consommer de la cocaïne.

L’année suivante, suite à une autre brouille avec son entraîneur, il fut échangé à une ville avec une vie nocturne beaucoup plus tranquille, St-Louis. La recette lui réussit, puisqu’il obtint 67 points, un sommet en carrière.

Mais ça ne dura pas. Il se brouilla à nouveau avec son entraîneur et fut placé au ballotage, sans être choisi. S’en suivit un tour dans les mineures, avant de se retrouver avec les Canucks. 

Au camp de 1977, Sanderson fut impliqué dans une sévère bagarre dans un club de danseuses, pour ensuite être libéré par Vancouver.

Ses problèmes d’alcool et de cocaïne ne firent qu’empirer. Et lorsqu’il eut finalement idée de se renseigner au sujet de ses investissements (la partie de son avoir qu’il n’avait pas dilapidée), il se rendit compte qu’il n’avait plus rien. Complètement à la dérive, il passa du temps dans la rue.

Lorsqu’il passa près de mourir, il décida de se prendre en main. Il tenta la réhabilitation et se remit à s’entraîner. C’est Ted Lindsay, à ce moment à la tête des Red Wings, qui lui donna une chance, malgré qu’il s’était montré critique de Sanderson au fil de sa carrière. Lindsay n’avait par contre pas l’intention de le faire jouer à Détroit, du moins à court terme. Il le considérait plutôt comme une police d’assurance. Lorsque les Penguins offrirent un essai à Sanderson, il sauta sur l’occasion, laissant Détroit en plan et mettant Lindsay en rogne.

Après quelques matchs dans les mineures, Sanderson joua 13 parties avec Pittsburgh, ses derniers dans LNH. En 598 matchs, sa fiche est de 202-250-452.

Il fit ensuite plusieurs tentatives de réhabilitation, incluant certaines payées par son ami Bobby Orr.

C’est finalement en 1980 qu’il réussit à vaincre ses problèmes. Il travailla pour la ville de Boston à faire des conférences aux jeunes, pour les sensibiliser aux dangers de l’alcool et des drogues. Par la suite, il fit la description des matchs des Bruins. Il est aujourd’hui marié, père de deux garçons et travaille comme conseiller financier auprès des athlètes. Il y trouve une motivation à leur éviter ce qui est arrivé avec son propre argent. 

Sources : 

Willes, Ed, The Rebel League, the short and unruly life of the World Hockey Association, McClelland & Stewart, 2004, p.46-56,

Sanderson, Derek & Shea, Kevin, Crossing the Line, HarperCollins Publishers, 2012.

legendsofhockey.net.

dimanche 11 janvier 2009

Un héros obscur : André Lacroix


Parler des Spurs de Denver de la WHA m'a inspiré un autre sujet sur cette même ligue. Quand on dit que les records sont faits pour être battus, c'est pas nécessairement vrai, mais on peut les oublier. Le record que possède André Lacroix jusqu'à la fin des temps vaut la peine d'être un peu remémoré. Lacroix est le plus grand marqueur de l'histoire de la WHA. Et le mérite est qu'il a devancé tout le monde en jouant pour une pléiade d'équipe broche à foins comme seule la WHA pouvait produire. En 551 matchs dans cette ligue, Lacroix produisit un total impressionnant de 798 points. Le plus près de lui est l'ancien capitaine des Nordiques Marc Tardif avec un total très satanique de 666 points! Bobby Hull est le troisième plus grand marqueur de l'histoire de la ligue avec 638 points. Donc la domination de Lacroix au tableau des compteurs fut assez flagrante.

La carrière professionnelle de Lacroix fut quand même un long chemin qui l'a amené un peu partout en Amérique. Le tout a commencé avec les As de Québec qui étaient alors une équipe de la Ligue Américaine. Avec l'arrivée de nouvelles équipes dans la NHL en 1967, l'équipe de Québec fut achetée par les Flyers de Philadelphie et ainsi Lacroix devint la propriété de notre équipe orange préférée! Il commença la saison à Québec où il marqua 87 points en 54 matchs avant d'être rappelé par les Flyers où il marqua un bon 14 points en 18 matchs. Lacroix évolua ainsi pour les Flyers pendant 3 ans avant d'être échangé à Chicago en 1971. Il joua une seule saison relativement décevante avant de sauter sur l''occasion de revenir à Philadelphie, mais cette fois-ci pour la nouvelle ligue qui voulait rivaliser avec la NHL.


Lacroix fit son entrée dans l'Association mondiale de hockey pour les Blazers de Philadelphie alors que les Nordiques de Québec qui possédaient ses droits l'échangèrent pour une somme d'argent. L'argent fut à l'origine d'étranges histoires de la part des dits Blazers. À l'origine, la concession fut attribuée à Miami et elle devait s'appeler les Screaming Eagles de Miami. Tout allait bien et en plus l'équipe fut la première à avoir pu attirer dans son sein des joueurs vedettes de la NHL. Bernard Parent alors à Toronto signa avec Miami et Derek Sanderson devint, lorsqu'il signa avec Miami, le joueur le plus payé de tout le sport professionnel. Son contrat de 2,6 millions surpassa même le salaire de Pélé, la superstar du foot ...

La seule chose qui semblait ne pas aller avec l'équipe de Miami était quand même de taille : ils n'avaient pas d'aréna... C'est pourquoi l'équipe fut transférée à Philadelphie et devint les Blazers avant même que Miami n'ait pu voir sa très médiatique équipe jouer un seul match... Le premier match de l'équipe allait être à l'image de ce que cette équipe allait devenir, un désastre. La partie fut annulée due à un problème de Zamboni.

La saison des Blazers fut catastrophique. Sanderson fut blessé et ne joua que 8 matchs avant de renoncer à son très lucratif contrat (que l'équipe n'aurait pas pu honorer de toute façon) et de retourner dans la NHL avec les Bruins. Parent connut probablement la pire saison de sa carrière ou du moins depuis sa première saison avec les Bruins en 1966-67. Il s'agit de la seule saison de sa carrière depuis cette première saison où sa moyenne de buts alloués s'est élevée au dessus de 3. La saison d'après, Parent retourna non seulement dans la NHL, mais avec les Flyers avec qui il remporta la coupe Stanley deux ans d'affilée en plus d'être le premier gardien de l'ère moderne à avoir une moyenne en dessous de 2 à sa saison retour. André Lacroix démontra par contre toutes ses qualités offensives. Après son maigre 11 points de l'année précédente pour les Black Hawks, Lacroix récolta 124 points dont 50 buts. C'est ainsi que le redoutable attaquant commença sa récolte de points qui allait faire de lui le plus grand marqueur de l'histoire du circuit.

Après la première saison de la ligue, les Blazers déménagèrent à Vancouver mais sans Lacroix. Il fut échangé aux Raiders de New York, plus tard renommés les Golden Blades avant le début de la seconde saison de la ligue. Encore une fois il s'agissait d'une équipe de piètre qualité et elle quitta même la ville de New York après 24 matchs lors de cette deuxième saison lorsqu'ils devinrent les Knights du New Jersey. L'équipe termina bonne dernière mais Lacroix prouva encore une fois que peu importe le contexte il pouvait marquer en totalisant 111 points cette année-là dont 80 passes. À l’issue de la saison, la concession renonça à compétitionner avec les Islanders et les Rangers pour le public de hockey dans la région de New York et déménagea à San Diego où ils devinrent les Mariners. Cette fois, Lacroix suivit le déménagement de l'équipe.

Lacroix passa 3 saisons à San Diego où il connut à sa première année sa meilleure saison avec 147 points dont 106 passes. En 1974, Lacroix participa à la seconde Série du siècle où les joueurs de la WHA affrontèrent l'équipe nationale de l'URSS mais sans la chance et la magie de la première série de 1972. Après 3 saisons, les Mariners de San Diego furent dissous et Lacroix se joignit aux Aeros de Houston où il enfila 113 points la saison suivante. Encore une fois Lacroix faisait partie d'une équipe aux prises avec des difficultés et l'équipe, après s'être vu son entrée refusée dans la NHL, fut dissoute. Lacroix fut par la suite engagé par les Jets de Winnipeg mais fut immédiatement échangé aux Whalers de la Nouvelle-Angleterre où il termina sa carrière dans la WHA avec sa plus faible récolte de points depuis dans la WHA. Il termina sa carrière pour de bon dans la NHL avec ces mêmes Whalers 29 matchs plus tard.



La carrière d'André Lacroix fut donc une longue succession de déplacements à travers une ligue qui voulait être plus grosse que le bœuf et qui s'essouffla très rapidement. Mais la très surprenante production de Lacroix tout au long de sa carrière dans la WHA fut étonnamment sous le signe de la constance, malgré les équipes tumultueuses où il évolua et malgré les contraintes que jouer pour une équipe de bas niveau dans une ligue d'un calibre moindre que celle de la NHL fait subir. Cela fait d'André Lacroix un véritable héro oublié, mais son record de points dans la WHA lui appartient pour toujours...