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vendredi 27 octobre 2023

Joueur oublié des 90's #84 - Lonny Bohonos

 




Né le 20 mai 1973 à Winnipeg, le joueur de centre Lonny Bohonos se distingua d'abord au sein des South Blues de Winnipeg au niveau Junior A avant d'arriver sur le tard dans la WHL en 1991-92. Il migra d'équipe en équipe dans la WHL, d'abord avec les Warriors de Moose Jaw, ensuite les Thunderbirds de Seattle et finalement avec les Winter Hawks de Portland. 

C'est avec ces derniers qu'il parvint finalement à s'imposer offensivement alors qu'il termina sa dernière année junior en 1993-94 avec une fiche de 62 buts et 90 passes pour 152 points, ce qui le plaçait au premier rang de la WHL dans les trois catégories.

Cette éclosion sur le tard, ainsi que sa moyenne stature (5'11") firent reculer la plupart des recruteurs et il ne fut jamais repêché. Cependant, les Canucks de Vancouver le signèrent comme agent libre et l'envoyèrent avec leur club-école, le Crunch de Syracuse. Une bonne fiche de 30 buts et 45 passes en 1994-95 lui valut un premier rappel dans la grande ligue au début de la saison 1995-96 où il fut toutefois recalé après une seule passe en trois matchs. 

Vint ensuite une saison de misère des Canucks en 1996-97 et Bohonos put finalement profiter d'un rappel permanent à Vancouver. 
 
Il fut alors placé au centre de Trevor Linden et Martin Gélinas et connut une bonne run avec 11 buts et 11 passes en 36 matchs pour terminer la saison.

Il était toutefois étiqueté comme uni-dimensionnel et paresseux. Et après un mauvais début de saison en 1997-98, où il n'avait que deux buts en 31 matchs, il fut renvoyé à Syracuse. Après quelques semaines, il fut échangé aux Maple Leafs en retour de Brandon Convery, un autre espoir qui décevait à Toronto.

Ce changement d'air fut fructueux pour Bohonos, qui obtint 6 points en 6 matchs avec les Leafs pour clore la saison. Cela n'était toutefois pas assez pour convaincre les Leafs de le garder à Toronto et il passa alors la saison 98-99 avec le club-école de St. John's où il mena le club avec 82 points en 70 matchs, dont 34 buts, mais ne jouant que 7 matchs durant la saison à Toronto.

Durant les séries de l'AHL de 1999, on assistait à une série de première ronde toute canadienne avec un parallèle de rivalité intéressant alors que les Maple Leafs de St.John's se mesuraient aux Canadiens de Fredericton. Donc en plus de la rivalité Leafs/Canadiens transposée ici dans la AHL, il s'agissait aussi d'une rivalité entre clubs des Maritimes. 

Aux commandes des Canadiens de Fredericton se trouvait un jeune et fougueux Michel Therrien. La veille du 5e match décisif (série 3-de-5), on raconte que Therrien s'est présenté volontairement au bar où se trouvaient les joueurs des Maple Leafs afin d'en narguer quelques-uns. S'en serait suivi une bagarre à l'extérieur entre Therrien et Bohonos. 

Ce qui aurait vraiment fait déborder le vase aurait été une remarque de Therrien à propos du centre les Maple Leafs Mark Deyell. Ce dernier avait été blessé à l’œil durant le 3e match suite à un bâton élevé accidentel du défenseur Miroslav Guren. Deyell passa près de perdre son œil et Guren, apparemment très perturbé par ces événements, alla s'excuser en personne à Deyell à l'hôpital. Therrien aurait ensuite critiqué Guren pour ce geste de bonté dans le vestiaire des siens.

Apparemment que Therrien aurait dit à Bohonos, qui était très ami avec Deyell, que ce dernier méritait son sort, lui qui avait auparavant causé une blessure similaire durant la saison à un adversaire du nom de Jeff Libby des Lock Monsters de Lowell, qui lui perdit malheureusement l'usage de son œil.

Therrien et Bohonos auraient ensuite été expulsés du bar et auraient continué l'argument à l'extérieur, le tout culminant par un punch au visage de Therrien de la part de Bohonos.

Therrien porta plaine à la police de St. John's le lendemain, et fut apparemment furieux que les autorités n'aient pas procédé à l'arrestation de Bohonos avant le 5e match. 

José Théodore a d'ailleurs parlé de cette histoire à la Poche Bleue en mars dernier, avec quelques petits détails qui diffèrent des rapports de l'époque que j'ai pu trouver.



Donc apparemment que Therrien se servit de cette histoire pour fouetter ses troupes qui l'emportèrent 3-2 lors de ce match décisif, avec une prestation de 32 arrêts de José Théodore justement. Mais malgré la victoire, seulement 6 des joueurs des Canadiens auraient ensuite accepté de serrer la main de leurs adversaires lors de la fin du match. Disons que ça volait pas trop haut à Fredericton en 1999... Il s'agissait d'ailleurs de la dernière saison du club dans cette ville avant le déménagement annoncé à Québec la saison suivante.

Fun Fact également: l'entraineur de St.John's était l'ancien des Barons Al MacAdam.

Pour sa mark Mark Deyell ne revint pas au jeu durant ce printemps, ni l'année suivante. Il tenta un bref retour en 2000-01 mais cela ne dura que quelques matchs avant sa retraite définitive, incapable de retrouver ses véritables repères.

Bref, Bohonos se retrouva avec des accusations de voies de fait et une comparution à paraître le 25 mai 1999. Cependant, suite à l'élimination de son club, il fut rappelé en renfort par Toronto. Therrien retira finalement sa plainte quelques semaines plus tard, suite à des excuses de la part de Bohonos. Il déclara alors: «J'ai peut-être mal saisi les propos de M. Therrien et je voudrais lui souhaiter la meilleure des chances à la barre des Citadelles de Québec.»

Le printemps mouvementé de Bohonos se poursuivit donc avec le grand club à Toronto, qui après une première ronde remportée in extremis contre les Flyers, se retrouvait avec plusieurs blessés et joueurs non-performants, ce qui valut à Bohonos d'être promu avec Mats Sundin sur le premier trio des Leafs. Bohonos profita de l'occasion et obtint 9 points en 9 matchs durant le reste du parcours des Leafs qui s'inclinèrent en 5 matchs en finale de conférence contre les Sabres.




On pourrait croire alors que ce bon rendement surprise en séries aurait incité les Leafs à le garder la saison suivante, mais ce furent malheureusement ses derniers matchs dans la LNH. Incapable de se tailler un poste au camp d'entrainement l'automne suivant, il fut libéré et signa alors avec le Moose du Manitoba dans la IHL. Comparativement à ses années dans la AHL, il ne fut pas aussi dominant dans cette ligue, terminant la saison 99-00 avec 51 points dont 18 buts.

Il opta ensuite de mettre le cap vers la Suisse avec le HC Davos où il joua durant trois saisons, terminant au premier rang des pointeurs de la ligue suisse en 2000-01, en plus de gagner la coupe Spengler. Il joua également une demie-saison avec les Lions de Zurich en 2003-04 et il gagna un autre titre de la coupe Spengler en 2003, cette fois-ci au sein de l'équipe canadienne.

Bohonos (à droite) avec le HC Davos, champion Suisse en 2002
 

Il tenta un retour en Amérique du nord en  2004-05 avec les Wolves de Chicago dans la AHL, avant de retourner en Europe la saison suivante, cette fois-ci dans la ligue allemande avec le Adler Mannheim. Après 19 matchs à Mannheim, il subit une grave blessure au cou qui mit fin à sa saison. Malgré une tentative de retour, il dut finalement prendre sa retraite.

Après sa retraite comme joueur, il devint entraineur pour diverses équipes à Thunder Bay, au niveau AAA et Midget.

En 83 matchs dans la LNH, sa fiche fut de 19 buts et 16 passes pour 35 points, ainsi que ses 3 buts et 6 passes en 9 matchs en séries aquis durant le tournoi de 1999 avec les Leafs.

En 342 matchs dans la AHL, sa fiche fut de 165 buts et 220 passes pour 385 points.
En 151 matchs en Suisse, sa fiche fut de 96 buts et 121 passes pour 217 points.

Pour sa part, Michel Therrien fut en poste avec les Citadelles de Québec jusqu'au début de la saison 2000-01, suite à quoi il fut promu comme successeur d'Alain Vigneault avec le CH.


Sources:
«J'ai été attaqué, c'est tout ce que je peux dire», La Presse, 4 mai 1999
Michel Therrien reçoit des excuses, Le Soleil, 12 juin 1999
AHL 1999 Playoffs: First Round Review, LCShockey.com



mercredi 25 octobre 2023

Stan Jonathan


Issu d’une famille de 14 enfants, Stan Jonathan est originaire de Ohsweken, près de Brantford, la ville de Wayne Gretzky. Il fait partie de la nation Tuscarora.

Malgré sa petite taille (5’8’’ 175 lbs), Jonathan ne reculait devant rien ni personne. Il se retrouva alors avec les Petes de Peterborough, dans la même équipe que Doug Jarvis. C’est à ce moment que les Petes furent choisis pour représenter le Canada lors du premier championnat mondial junior en 1974 à Leningrad. Il s’agissait toutefois d’une version préliminaire, alors que ce n’est qu’à partir de 1977 que les résultats furent homologués par l’IIHF. Le Canada termina 3e et Jonathan repartit avec une médaille de bronze.

Alors que le directeur-gérant Harry Sinden et l’entraîneur Don Cherry s’étaient déplacés pour voir Doug Halward (l’éventuel choix de premier tour des Bruins en 1975), Cherry remarqua aussi la force de caractère de son coéquipier Jonathan. C’est finalement au 5e tour du même repêchage que Boston lui fit signe.

On assigna alors Jonathan aux Gems de Dayton de l’IHL, où l’équipe remporta la Coupe Turner. Il accumula 73 points, seulement deux de moins de son sommet dans le junior. De plus, au mois d’avril, il fut rappelé pour jouer un premier match au Boston Garden, contre les North Stars.

Bien que les Bruins faisaient partie de l’élite de la ligue, Jonathan parvint à faire l’équipe dès l’année suivante. Évidemment, son style hargneux s’insérait parfaitement dans une équipe dirigée par Cherry, qui l’appréciait beaucoup. L’équipe se rendit en finale, mais fut balayée par les Canadiens.

L’année 1977-78 fut très productive pour Jonathan, qui continua son travail d’énergie avec les Bruins. Par contre, il démontra que son rôle ne se limitait pas qu’à cet aspect, puisqu’il marqua 25 buts et obtint 27 passes.

Pour une deuxième année consécutive, Boston et Montréal croisèrent le fer en finale, où bien sûr la tension monta. Lors du quatrième match, il y eut une violente bagarre entre Jonathan et Pierre Bouchard, à qui Jonathan concédait 6 pouces et 30 livres. S’il n’y avait pas d’historique entre les deux belligérants, le combat fut violent et un coup de poing terrassa Bouchard. Jonathan frappa ensuite Bouchard alors qu’il était sur la glace et le résultat fut sanglant. La réputation d’homme fort de ce dernier en prit alors démesurément pour son rhume et ce fut son dernier match dans l’uniforme des Canadiens.  Le sympathique Pierre termina plutôt sa carrière à Washington.


Montréal perdit le match, mais remporta la série et la Coupe.

Un poignet fracturé et une séparation de l’épaule limitèrent la saison 1978-79 de Jonathan à seulement 33 matchs. Par contre, il y avait une constante: la rencontre avec Montréal en séries. Celle-ci eut par contre lieu en demi-finale, plutôt qu’en finale comme lors des deux années précédentes.

Lors du sixième match, Jonathan y alla d’une performance hors norme avec un tour du chapeau aux dépends de Ken Dryden. La victoire de 5-2 de Boston força ainsi un ultime septième match. Le reste appartient à l’histoire. Boston prit une punition pour avoir eu trop de joueurs sur la patinoire. Guy Lafleur égalisa la marque à 1:14 de la fin de la troisième et Yvon Lambert élimina les Bruins en prolongation. Si Cherry n’a pas voulu identifier un fautif, certains pointèrent en direction de Jonathan. La question demeure...

Bien que son plus grand partisan, Cherry, n'y était plus, la saison 1979-80 de Jonathan fut plus heureuse, alors qu’il marqua 21 buts dans une année sans réelle blessure.

Il n’y eut pas de séries Montréal-Boston cette-là, puisque les deux équipes furent éliminées chacune de leur côté au deuxième tour, Montréal par les North Stars et Boston par les éventuels champions, les Islanders.

Le rude Jonathan passa deux autres saisons avec les Bruins, mais sa contribution alla en diminuant.

Le 8 novembre 1982, il fut échangé à Pittsburgh en retour d’un montant d’argent. Il ne joua finalement que 19 matchs avec les pathétiques Penguins et passa le reste de la saison dans la Ligue américaine pour terminer sa carrière professionnelle.

Il rechaussa ensuite ses patins pour s'aligner avec la super équipe senior composée d’anciens pros, les Mott's Clamato de Brantford, qui jouaient dans son patelin.

Il alla ensuite travailler dans l’industrie de la construction et pour une entreprise de location d’équipements. Il joua de nombreux matchs d’anciens et s’impliqua dans diverses causes reliées aux Premières Nations.

Son nom refit tristement surface dans l’actualité en novembre 2012, lorsqu’il fut impliqué dans un accident de chasse qui coûta la vie à un autre chasseur. Il fut accusé de négligence ayant causé la mort, mais les accusations furent finalement abandonnées.

Sources:

Robertson, John G., Too Many Men On The Ice: The 1978-79 Boston Bruins and The Most Famous Hockey Penalty, McFarland & Company, Jefferson, North Carolina, 2018, page 146,

“Bouchard n’a rien de brisé... même pas le nez!” de Réjean Tremblay, 23 mai 1978, La Presse, page B1,

“Bouchard est prêt à affronter de nouveau Jonathan” de Bernard Brisset, 23 mai 1978, Montréal-Matin, page 63,

“Bouchard encaisse un autre coup dur” de Bernard Brisset, 24 mai 1978, Montréal-Matin, page 61,

“Former Bruin Stan Jonathan faces four years or more in jail” de Kevin Paul Dupont, December 13, 2012, boston.com,

“Charges dropped against former NHLer Stan Jonathan in hunting death”, QMI Agency, April 2, 2015, Toronto Sun (torontosun.com),

hockeydraftcentral.com, wikipedia.org.

lundi 23 octobre 2023

Gloire et misère: Boston

 


Chaque franchise de la LNH ayant connu des hauts et des bas, j'ai pensé analyser chaque franchise sous deux angles différents, soit ses années de gloire (l'âge d'or) d'un côté et ses années de misère de l'autre (l'âge de crotte), tout en omettant en grande partie de parler des années «normales». Bien sûr, on peut souvent retrouver plus d'un âge d'or ou âge de crotte. Et vous allez voir que parfois la «gloire» et la «misère» sont relatives selon l'équipe. Genre que je sais pas trop ce que ça va donner côté gloire pour les Blue Jackets mais on verra rendu là.

J'ai en même temps établi quels ont été les différents «No man's land» de la LNH au cours des années, soit les pires endroits où on pouvait se retrouver comme joueur et/ou comme fan.

Aujourd'hui, on part dans une direction totalement opposée du dernier chapitre déstabilisant des Coyotes, avec une franchise pas mal plus stable.

Cliquez ici pour les chapitres précédents:
Anaheim, Arizona

 

Bruins de Boston

Années de gloire: 1926-27 à 1942-43
Première équipe américaine de l'histoire de la LNH en 1924, les Bruins ratèrent les séries à leur deux premières années mais c'était compréhensible en tant qu'équipe d'expansion. Ils devinrent rapidement compétitifs et dominants par la suite, avec des joueurs comme Dit Clapper, Cooney Weiland et Eddie Shore en plus du gardien Tiny Thompson. Ils s'inclinèrent en finale à leur troisième saison, soit en 1926-27 contre les Sénateurs d'Ottawa, pour ensuite remporter leur première coupe en 1929. Ils terminèrent ensuite la saison 1929-30 avec une fiche ridiculement bonne de 38-5-1 durant cette saison de 44 matchs, une des meilleures fiches de l'histoire, mais perdirent en finale contre les Canadiens.


Les Bruins, champions de 1939

Ils redescendirent un peu sur terre lors des saisons suivantes avec des saisons moyennes, et deux exclusions des séries en 31-32 et 33-34. Ils redevinrent toutefois une puissance vers 1935 avec l'arrivée entre autres de Babe Siebert, Bill Cowley et Milt Schmidt. Tout cela mènera à deux autres championnats pour les Bruins, d'abord en 1939 et ensuite en 1941. 

Les années suivantes furent ensuite difficile avec plusieurs joueurs qui partirent au front. Ils se rendirent de nouveau en finale en 1943 dans une cause perdante contre Détroit et c'en était pas mal terminé pour cette époque chez les Bruins.

Joueur emblématique de cette période: Eddie Shore
Meilleur défenseur des débuts des Bruins, Eddie Shore inculqua en quelques sorte cette identité d'équipe robuste et redoutable chez les Bruins. Récipiendaire du trophée Hart en 1933, 1935, 1936 et 1938, seul Gordie Howe et Wayne Gretzky l'auront gagné plus souvent.

Années de misère: 1959-60 à 1966-67
ALERTE NO MAN'S LAND
L'époque «Original 6» suivant le départ des Americans de New York en 1942 fit des Bruins une équipe de deuxième ordre durant cette époque où la LNH était plus ou moins une «ligue à deux vitesses» selon mon cher collègue keithacton qui vous explique cela ici.

Équipe moyenne après les années Clapper/Shore discutées plus haut, les Bruins étaient tout de même présents durant les années 50, se rendant par exemple en finale en 1946, 1953, 1956 et 1957, à chaque fois dans une cause perdante. Mais leurs dirigeants n'avaient comme ordre que de les rendre juste assez compétitifs pour remplir le Garden de Boston les soirs où les dominants Celtics de la NBA ne jouaient pas. Ce qui fit qu'on retrouvait chez les meilleurs pointeurs des Bruins durant ces années des noms éternels comme Fleming Mackell, Ed Sanford et Paul Ronty.

L'équipe tomba toutefois définitivement dans les bas-fonds à partir de 1959-60, ratant les séries pour les 8 années suivantes et terminant en dernière place à chaque saison entre 1960-61 et 1966-67, à l'exception de 1965-66 où ils terminèrent avec un seul point de plus que les Rangers, la deuxième pire équipe durant cette période, ce qui confirme l'équipe comme No Man's land durant ces quelques années. La pire saison de l'équipe durant cette période fut celle de 1961-62 qu'ils terminèrent avec une fiche de 15-47-8.

Bref, c'est un peu ingrat de déclarer un No man's land dans une ligue à 6 équipes, je crois que n'importe quel joueur se considérait chanceux de jouer dans la LNH avec si peu d'emplois disponibles. Mais quand même parmi ces 6 c'était la pire pendant presque toute cette décennie.


Joueur emblématique de cette période: Johnny Bucyk
Arrivé avec l'équipe en 1957, Johnny Bucyk connaitra à la fois l'âge d'or et l'âge de crotte des Bruins, étant présent en tout temps jusqu'en 1977-78, alors qu'il se retira à l'âge vénérable de 42 ans avec 1369 points au compteur et une place au temple de la renommée quelques saisons plus tard. Durant cette période sombre 1959-1967, il termina quatre fois au premier rang pour les points chez les Bruins, en plus de participer au match des étoiles à trois reprises.

Années de gloire: 1967-68 à 1995-96
Oui je ratisse large ici avec une période de «gloire» de presque 30 ans. Mais contrairement à plusieurs équipes, la manière dont les Bruins sont demeurés compétitifs durant ces trois décennies est exemplaire et on ne peut pas dire qu'il y a eu beaucoup de moments faibles durant cette période.

Cela commença avec l'arrivée prodigiale de Bobby Orr en 1966, ensuite des Phil Esposito, Gerry Cheevers, Wayne Cashman, Ken Hodge, etc et les deux conquêtes des puissants «Big Bad Bruins» en 1970 et 1972. Ensuite ce fut l'arrivée d'un autre puissant défenseur et futur membre du temple du nom de Raymond Bourque pour la saison 1979-80. Ensuite Rick Middleton (arrivé avant Bourque), Cam Neely, Adam Oates etc... 

Bref, on ne peut pas dire que les Bruins et leurs fans ont fait pitié, même après qu'ils aient arrêté de gagner des coupes. Ils se sont d'ailleurs rendus en finale à plusieurs reprises durant cette période, soit en 1974, 1977, 1978, 1988 et 1990.

De plus, leurs 29 participations consécutives aux séries représentent toujours un record du Big 4 nord-américain, ce qui justifie également mon «large ratissage».

Joueurs emblématiques de cette période: Bobby Orr / Raymond Bourque
À eux deux, Orr et Bourque représentent 44% des récipiendaires du trophée Norris durant cette période de 29 ans. Orr l'a gagné chaque saison de 1967-68 à 1974-75 soit 8 fois, tandis que Bourque l'a remporté en 86-87, 87-88, 89-90, 90-91 et 93-94.

Années de misère: 1996-97 à 2006-07
Les Bruins non seulement ratèrent finalement les séries en 1996-97 mais en plus ils terminèrent derniers avec une fiche de 26-47-9. Et malgré un retour l'année suivante ainsi qu'un trophée Jack Adams pour l'entraîneur Pat Burns, cela ne fut que temporaire et ils les ratèrent à nouveau en 1999-00 et 2000-01. Tout cela mena au départ de Raymond Bourque qui fut gracié par le DG Harry Sinden en étant échangé à une équipe aspirant aux grands honneur au printemps 2000.

Malgré quelques bonnes saisons par la suite, c'était portes tournantes chez les entraîneurs et également beaucoup d'instabilité dans les buts. Ils étaient parfois excellents en saison, pour ensuite subir des éliminations hâtives, dont deux fois aux mains d'une équipe négligée du Canadien (2002 et 2004) qui faisait les séries par la peau des fesses, ce qui était assurément très insultant pour les fans des Bruins.

Le retour du lock-out ne fut pas meilleur alors que l'équipe retourna en dehors du portrait des séries en 2005-06 et 2006-07.


Joueur emblématique de cette période: Joe Thornton
Premier choix au total obtenu lors de la saison passée au dernier rang en 1996-97, le capitaine Joe Thornton deviendra malgré lui le visage de cette équipe sous-performante des Bruins du tournant du millénaire. Cela mena à la transaction malfamée de 2005-06 où il passa aux Sharks et deviendra le seul jour de l'histoire à terminer champion pointeur en ayant joué pour deux équipes durant la saison.

Années de gloire: 2007-08 à 2013-14 / 2017-18 à maintenant
Après l'ajustement post-lockout et ces deux saisons hors des séries, les Bruins redevinrent aussitôt compétitifs après l'embauche de Claude Julien avant la saison 2007-08. L'équipe progressa rapidement par la suite, remportant finalement de nouveau les grands honneurs en 2011 contre les Canucks, terminant une disette de 39 ans à Boston.

Ils retournèrent ensuite en finale dans une cause perdante contre les Blackhawks en 2013, suivi d'une autre saison au sommet en 2013-14 avec 54 victoires et le trophée du Président.

L'ère Julien s'essouffla par la suite et les Bruins ratèrent les séries en 2014-15 et 2015-16, menant au renvoi de Julien. Ce léger «reset» porta fruit puisque les Bruins font de nouveau partie de l'élite de la LNH depuis, retournant en finale en 2019 contre les Blues et remportant deux autres trophées du Président, dont le dernier l'an passé suite à une saison record de 65 victoires et 135 points, éclipsant tous les records d'équipes précédents dans la ligue à ce niveau, à prendre bien sûr avec des pincettes depuis l'élimination des matchs nuls, du point de perdant et l'arrivée de la fusillade, mais quand même tout un exploit.

Joueurs emblématiques de cette période: Zdeno Chara / Patrice Bergeron
Je ne pouvais pas en mettre qu'un seul ici. Je voulais garder Chara comme il était capitaine et continuait dans cette lignée des Shore, Bourque et Orr comme défenseur dominant et récipiendaire du trophée Norris (2008-09). Cependant, durant cette période c'est Patrice Bergeron qui remporta le plus de trophées individuels avec ses 6 trophées Selke.

À noter aussi durant cette périodes les trophées suivants:
- Tim Thomas: Conn Smythe 2010-11, Vézina 2008-09, 2010-11
- Bruce Cassidy: Jack Adams 2019-20
- Jim Montgomery: Jack Adams 2022-23
- Patrice Bergeron: King Clancy 2012-13
- David Pastrnak: 2019-20
- Tuuka Rask: Vézina 2013-14, Jennings 2019-20 (avec Jaroslav Halak)
- Linus Ullmark: Vézina 2022-23, Jennings 2022-23 (avec Jeremy Swayman)

Donc pas mal de gloire et pas tellement d'années de véritable misère à Boston depuis 100 ans. Ce ne sera pas aussi glorieux lors du prochain chapitre dans l'ordre alphabétique: Buffalo...

samedi 21 octobre 2023

Yvon Labre

 

Les retraits de chandails ont fait l’objet de plusieurs de nos articles. Cette pratique était initialement rare, puis elle s’est accélérée, en raison de l’augmentation du nombre d’équipes et honnêtement, pour des considérations marketing. Chris Neil? Danny Gare? Dustin Brown? Jere Lehtinen? Des immortels? C’est débattable. Il faut par contre prendre en considération qu’avec la multiplication des équipes implique la multiplication des parcours, et comme ceux-ci ne sont pas tous glorieux, la définition d’immortels varie beaucoup d’un endroit à l’autre. Et immortels ou pas, des clubs déménagés ont remis en circulation les numéros de leurs anciens incarnations (Colorado et Caroline).

Évidemment, à Montréal, avec plus de 110 ans d’histoire et 24 Coupes Stanley, le barème devrait être élevé. Selon mon humble opinion, le choix de Bob Gainey est limite. Oui, on a pratiquement créé un trophée pour lui (le Frank Selke, pour le meilleur avant défensif, bien que certains récipiendaires aient des fiches offensives très respectables), mais est-ce suffisant pour qu’on retire son numéro de la franchise la plus titrée? Saku Koivu? Très belle carrière. On retirerait son numéro à St-Louis ou en Caroline, mais à Montréal?

À l’autre bout du spectre se trouve Yvon Labre.

Originaire de Sudbury, dans le nord de l’Ontario, Labre fut choisi par les Marlboros de Toronto de l‘OHL en 1966. Toutefois, au mois de juin avant son départ, son père, qui travaillait à la mine Inco de l’endroit, trouva la mort sur son lieu de travail. Il hésita donc à partir pour la grande ville et laisser ainsi sa mère derrière lui. Il lui annonça donc qu’il demeurerait à la maison et se trouverait un emploi pour aider sa famille. Sa mère lui répondit alors qu’il devait plutôt poursuivre son rêve et de se donner une chance de le réaliser. Il partit donc pour Toronto.

Le défenseur à caractère défensif ne fit par contre pas l’équipe immédiatement. Il alla plutôt passer un an à Markham dans le junior B avant de rejoindre les Marlboros. Malgré des blessures assez fréquentes, il réussit à tirer son épingle du jeu en complétant une paire avec Brad Park, qui connaîtra une carrière plus qu’enviable.

Labre attira suffisamment l’attention pour être choisi au quatrième tour, 38e au total, au repêchage de 1969 par les Penguins de Pittsburgh, qui à ce moment n’avaient disputé que deux saisons.


Il se retrouva alors dans la Ligue américaine. Il eut par contre l’occasion de goûter à la Ligue nationale, jouant 21 matchs avec les Penguins en 1970-71. Il en profita d’ailleurs pour marquer son premier but en février 1971, contre Tony Esposito. Ce n’est toutefois qu’en décembre 1973 qu’il eut une chance de remonter au niveau supérieur, en jouant 16 autres matchs avec Pittsburgh, qui n’était pourtant pas une puissance. De retour dans la Ligue américaine, il a aidé les Bears de Hershey à remporter la Coupe Calder.

En 1974, la LNH annonça une quatrième expansion en sept ans en admettant les Capitals de Washington et les Scouts de Kansas City. Labre fut choisi huitième, premier parmi les défenseurs au repêchage d’expansion.

Avec une ligue qui a rapidement passé de 6 à 18 équipes, en plus de l’arrivée de l'AMH en 1972, la profondeur de ce repêchage n’était pas grande et les résultats furent en conséquence. Si Labre se trouva finalement un poste sur une base régulière, ce fut au sein d’une équipe misérable.

Les choses avaient tout de même débuté de façon pas si mal, lorsqu’après deux défaites sur la route, Labre marqua le premier but à domicile de l’histoire de l’équipe. Ce filet aux dépends de Rogatien Vachon permit aux Capitals de récolter un verdict nul de 1-1 et par le fait même, un premier point. À noter que dans un Capital Centre d’une capacité de 18 130 places, il y avait une foule de 8093 personnes. On ne peut donc pas parler d’une grande frénésie... La suite donna raison à ceux qui manquaient d’enthousiasme.

Au mois de décembre, son ancien coéquipier à Pittsburgh et ami, Ron Lalonde lui dit qu’il était désolé pour lui qu’il se retrouve dans une situation aussi désolante. Une semaine plus tard, il vint le rejoindre après avoir été échangé aux Caps.

Le fait saillant de cette saison de misère fut probablement cette unique victoire à l’étranger, le 28 mars 1975, contre les Golden Seals de la Californie. Pour marquer l’événement, par dérision, Tom Williams s’empara d’une poubelle en métal et fit le tour de la patinoire avec ses coéquipiers.

La pire équipe d’expansion de l’histoire termina la saison avec une fiche de 8-67-5.

Malgré tout, Labre était heureux de jouer à temps plein dans la Ligue nationale et mit tous les efforts nécessaires pour conserver sa place. Ses efforts furent remarqués et il fut choisi comme étant le joueur le plus populaire par les partisans, un honneur qu’il remporta à nouveau en 1976-77.

Labre continua ainsi son chemin dans une équipe où les progrès furent d’une grande lenteur, malgré plusieurs blessures. Il fut capitaine de 1976 à 1978 et un rare élément de stabilité à Washington.


Ses genoux finirent toutefois par l’abandonner et il prit sa retraite en 1981, après deux saisons où il joua peu. À ce moment, les Capitals n’avaient toujours pas disputé de matchs de séries dans leur histoire. Étonnamment, son numéro 7 avait pourtant déjà été retiré. Lors du 500e match de l’équipe, le 22 novembre 1980, le propriétaire des Capitals, Abe Pollin, l’invita à présenter un trophée à un commentateur. Toutefois, une fois au centre de la glace, Pollin voulut honorer une deuxième personne. Il sortit alors le chandail de Labre de son veston, à la grande surprise de ce dernier, et lui annonça qu’en tant que cœur de l’équipe, on retirait son numéro. On resouligna le tout une fois sa retraite officialisée de façon plus formelle, le 7 novembre 1981.

Il demeura par la suite dans l’entourage de l’équipe jusqu’en 2000, comme assistant-entraîneur, puis directeur des relations avec la communauté et finalement comme responsable des projets spéciaux.

Il a ensuite travaillé dans le courtage alimentaire et dans l’assurance. Il a maintenant depuis 2011 sa firme de planification financière avec son fils, toujours dans la région de Washington, Labre Capital Financial.

C’est ainsi qu’un sympathique et infatigable marqueur de 14 buts en carrière a vu ses efforts récompensés en voyant son numéro retiré pour avoir été un rare point d’ancrage dans l'environnement chaotique d’une équipe qui ne parvenait pas à progresser.

Sans vouloir diminuer les exploits de Labre, on comprend le contexte, mais il est assez spécifique et il ne s’appliquerait probablement pas ailleurs. Et lorsqu’un jour à côté de son numéro 7, on retrouvera une bannière du numéro 8, ce sera pour une tout autre raison.

Sources:

“Low hot as Capitals get first point”, AP, October 16, 1974, Montreal Gazette, page 14,

“Getting To Know: Yvon Labre” de Mark Malinowski, October 27, 2013, The Hockey News (thehockeynews.com),

“Meet the Sudburian whose number was retired by the Washington Capitals” de Mike Commito, June 11, 2018, (sudbury.com),

hockeydraftcentral.com, linkedin.com.