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dimanche 8 septembre 2019

La Coca-Cola Bottlers' Cup



La LNH a l'habitude depuis quelques années de débuter la saison régulière de certaines équipes dans d'autres pays. L'an passé par exemple, les Ducks et les Oilers ont disputé leur deux derniers matchs pré-saison lors d'une série aller-retour en Allemagne et en Suisse, avant de jouer leur premier match régulier en Suède.  Les matchs disputés en Europe par des clubs de la LNH ne datent pas d'hier, alors que la première série du genre remonte à 1938, lorsque les Red Wings et les Canadiens se sont disputés une série de 9 matchs hors-concours en Angleterre et en France. Il fallut attendre ensuite jusqu'en 1959, lorsque les Bruins et les Rangers embarquèrent dans une série audacieuse de 23 matchs dans 5 pays européens.  Ensuite, il fallut attendre jusqu'aux années 80 et 90 pour voir des séries quasi-annuelles de matchs d'exhibition ou de pré-saison disputés en Europe, et ce n'est que depuis 2007 qu'on y dispute des matchs du calendrier régulier.

Cependant, ce n'est pas en Europe ou même en Amérique que la LNH avait décidé de tâter le terrain pour ces expériences dans différents marchés.  C'est plutôt au Japon que les premiers matchs réguliers en dehors de l’Amérique du Nord eurent lieu, soit en octobre 1997, lorsque les Canucks et les Mighty Ducks se disputèrent une série de 2 matchs à Tokyo pour inaugurer leur saison.  La ligue répéta l'expérience en 1998 (San Jose et Calgary), et ensuite en 2000 (Penguins et Predators).

Mais ce ne furent toutefois pas les vrais premiers matchs de la LNH disputés au Japon. Je vous emmène aujourd'hui en 1976, pour vous raconter la première tentative de la LNH dans le marché asiatique. Et les deux équipes qui eurent l'honneur de défricher ce nouveau terrain furent... les Capitals de Washington et les Scouts de Kansas City, les deux plus récentes franchises de la LNH et accessoirement les deux pires équipes de l'époque.




C'est en mars 1976 que la ligue annonça aux journalistes que les Scouts et les Capitals voyageraient au Japon à la mi-avril pour disputer une série de 4 matchs d'exhibition, soit deux matchs à Sapporo et les deux autres à Tokyo. Le club gagnant de la série remporterait la Coca-Cola Bottlers' Cup, alors que le promoteur principal était bien sûr Coca-Cola Japan. 

Vous savez autant que moi que ces deux clubs étaient la risée de la LNH à l'époque, alors qu'ils étaient issus de l'expansion de 1974, une période où le talent hockey était au point le plus dilué possible. C'était un peu avant l'arrivée des joueurs européens et la présence de l'AMH (voir texte du 19 août 2011) faisait en sorte qu'il y avait trop d'équipes pour le bassin de talent disponible. Les Capitals demeurent à ce jour la pire équipe d'expansion de l'histoire de la LNH (voir texte du 27 février 2018), tandis que les Scouts furent une de ses équipes les plus éphémères (voir texte du 10 janvier 2010).

Yvon Labre

Il est à se demander pourquoi la ligue n'a pas voulu envoyer de meilleurs ambassadeurs pour cette première incursion en Asie.  Il s'agissait cependant de la seule option logique pour la ligue car comme la série était programmée pour la mi-avril, il fallait s'assurer que les clubs impliqués soient hors des séries éliminatoires à ce moment. Pour donner le temps à tout le monde d'organiser ce périple, avec les visas , les passeports et toute la paperasse, il était donc logique d'y envoyer les deux pires clubs de la ligue. Les Scouts et les Capitals avaient une fiche combinée de 14-52-9 lorsque l'année 1976 commença et étaient donc les parfaits candidats pour la Coca-Cola Bottlers' Cup!

De plus, les japonais étaient ravis de recevoir les Caps et les Scouts, ou n'importe quelle équipe d'ailleurs. Jack Sakazaki, le promoteur de l'événement déclara: “Yes, they are the two bottom teams in the league, but it doesn’t matter because they are so much above the standards of everyone else playing here.” Et comme les Scouts et les Capitals étaient constamment dans une ambiance de médiocrité et d'indifférence (moyenne de 6000 spectateurs à Kansas City), les joueurs étaient enthousiastes à l'idée de cette expédition, si ce n'est que pour avoir droit à de belles vacances, histoire de terminer cette autre saison de misère sur une bonne note.

C'est donc en partenariat avec la ligue et Coca-Cola Japon que les joueurs, entraîneurs ainsi que leurs blondes et épouses mirent le cap sur le pays du soleil levant une semaine après la saison régulière terminée. Pour cette série, les joueurs empochèrent chacun 1250$ en plus d'une allocation de 45$ de frais personnels par jour. Au retour du voyage, les joueurs eurent également droit à une semaine de vacances à Hawaii (une escale logique en avion) aux frais de la ligue.

Tom McVie

Après avoir été reçus en rois par les japonais, les joueurs furent conviés à un hôtel 5 étoiles, en plus d'être initiés à la culture japonaise en assistant à des matchs de lutte sumo et de théâtre Kabuki. L’entraîneur Tom McVie des Capitals, qui prenait la chose très au sérieux, mit le paquet lors du premier entraînement de son équipe dès le premier jour après l'arrivée au Japon. Quelques joueurs, exténués du long voyage en avion, durent même s'arrêter pour vomir entre deux sprints, devant de nombreux journalistes qui assistèrent aux entraînements des deux équipes.

Les deux premiers matchs eurent lieu à la patinoire Tsukisamu de Sapporo, le site des Jeux Olympiques de 1972, devant 4500 spectateurs un peu pris au dépourvu. La plupart d'entre eux s'étaient fait promettre un sport beaucoup plus sauvage et violent (à la Flyers) que ce qu'ils eurent la chance de voir. Les Caps remportèrent le premier match 5-2, un match que les descripteurs décrivirent comme une déception et quelque peu ennuyant. Le deuxième match se termina 6-2, encore une fois en faveur des Capitals qui remportèrent deux matchs de suite pour la première fois de l'année. Ce match fut toutefois plus enlevant que le premier et les curieux spectateurs japonais purent enfin assister à une bagarre, courtoisie de Larry Johnston des Scouts et Blair Stewart des Caps.

Après les matchs, les journalistes japonais pouvaient aller assouvir leur curiosité. Ils demandaient entre autres aux joueurs d'enlever leurs fausses dents pour se faire prendre en photo, ainsi que de leur expliquer pourquoi ils pouvaient ainsi se battre contre leur adversaire sur la glace et ensuite aller dormir au même hôtel.

Après une journée de repos, la série se transporta à Tokyo au Stade Olympique Yoyogi. L’atmosphère était bien différente qu'à Sapporo alors qu'il y avait presque 10 000 spectateurs. Cependant, la patinoire était construite au dessus de la piscine olympique (!) et représentait toutes sortes de problèmes et dangers potentiels que l'association des joueurs moderne n'aurait jamais accepté. Je n'ai malheureusement aucune photographie ou vidéo pour m'aider à tenter de comprendre comment un tel chantier a pu être conçu. J'ai par ailleurs plusieurs questions qui demeurent sans réponse après toutes mes recherches. Par exemple; Comment la glace était-t-elle supportée? Est-ce que la piscine était vide? A-t-on installé des poutres pour soutenir le plancher de la glace? Où bien est-ce que c'est toute l'eau de la piscine qui était gelée?? Et surtout ma plus grande question: WTF???

Stade Olympique Yoyogi - Tokyo


Quoiqu'il en soit, il s'agissait de piètres conditions pour un match professionnel de hockey. Le système de réfrigération n'était pas très au point donc la glace était fondue et ''slusheuse'' par moment. Selon les souvenirs des joueurs, un des filets se trouvait en dessous des tremplins de saut aquatique et l'éclairage n'était pas adapté pour le hockey (voir photo), ce qui fit que les joueurs avaient de la difficulté à voir la rondelle dans les airs. De plus, on ne retrouvait pas de baie vitrée au dessus des bandes, seulement des filets pour protéger les fans...ce qui fit que la rondelle s'arrêtait dans le filet et rebondissait un peu n'importe où sur le jeu. Les bandes étaient aussi trop basses et les joueurs pouvaient facilement basculer de l'autre côté (ou rester pris dans le filet) lors d'une mise en échec. En plus de tout ça, la surface glacée était trop grande. Autour des bandes de la patinoire et des bancs des joueurs, la glace continuait et entourait la surface de jeu par plusieurs mètres.

Alors qu'il était cloué au banc par McVie, Garnet ''Ace'' Bailey des Capitals voulut faire rigoler ses coéquipiers en faisant des sprints sur la longue surface glacée derrière le banc pour retrouver la faveur de son entraîneur. Au final, les méthodes d’entraînement à la dure de McVie portèrent fruit alors que les Capitals remportèrent le 3e match, encore une fois par la marque de 6-2.


Comme on peut le voir, les Scouts n'étaient pas aussi performants que les Caps durant cette série, malgré leur fiche en saison de 3-1 contre eux.  Les reportages sur ces matchs font état d'un club piteux et peu intéressé. Ils s'entraînaient moins que les Caps qui eux, étaient plus restreints quant aux excursions touristiques permises. Par exemple, lors des matchs à Sapporo, les membres des Scouts furent invités à visiter une brasserie (je gage un 2$ que c'était celle de Sapporo). La direction des Caps refusa l'invitation et les joueurs furent confinés à l'entraînement, pendant que les Scouts purent y aller. À la défense des pauvres Scouts, ils étaient davantage préoccupés par leur avenir incertain à Kansas City que par leur performance au Japon. Ce marasme était cependant présent depuis plusieurs mois. En comptant les 3 premières défaites contre les Caps dans la série, ils étaient sur une série de 29 matchs sans victoire, leur dernière remontant au 7 février... contre les Capitals.

Cependant les joueurs des Scouts furent réprimandés, non pas par leurs patrons mais plutôt par leurs conjointes, alors que les joueurs du club gagnant de chaque match recevaient des cadeaux de la part des organisateurs, ce qui laissait leur club perdant bredouille...et leurs conjointes jalouses de celles de l'autre club.

En plus de vouloir éviter le coup de balai et la réprimande de leurs conjointes, les joueurs des Scouts voulaient également remporter le dernier des 4 matchs en l'honneur de leur coéquipier Gary Bergman.  Défenseur de longue date des Red Wings et membre de l'équipe canadienne de la Série du Siècle, Bergman déclara à ses coéquipiers avant le match qu'il s'agissait de son dernier match dans la LNH.  Les Scouts, portés par le jeu inspiré du gardien Denis Herron, remportèrent le dernier match 4-2 et leurs conjointes reçurent chacune une montre...

Après ce dernier match, les joueurs participèrent à une petite cérémonie d'après-match sur la patinoire et les Capitals reçurent la fameuse Coupe Coca-Cola. Au vestiaire, des caisses de bouteilles de Coke attendaient également les joueurs. Les deux équipes mirent ensuite le cap sur Hawaii pour clore officiellement cette saison 1975-76.  Les joueurs des Scouts s'en doutaient certainement mais ces 4 matchs au Japon furent les derniers de l'histoire des Scouts alors que la vente de l'équipe à un groupe de Denver fut officialisé dans les semaines qui suivirent. 

La série ''Coca-Cola Bottlers' Cup'' fut toutefois considérée comme un succès, ce qui incita l’entraîneur des Scouts Eddie Bush à déclarer que l'événement pourrait être répété annuellement. Ce ne fut évidemment pas le cas et Bush ne revint pas derrière le banc l'année suivante avec les Rockies. Amené en renfort pour remplacer l’entraîneur Bep Guidolin à la mi-saison, Bush n'aura gagné qu'un seul match régulier en carrière comme entraîneur dans la LNH et ce fut... contre les Capitals. La Coca-Cola Bottlers' Cup ne connut donc jamais de deuxième édition et il fallut ensuite attendre plus de 20 ans avant de revoir la LNH au Japon.

Eddie Bush - dernier entraîneur de l'histoire des Scouts devant une foule typique de Kansas City

À ce jour, la Coupe Coca-Cola demeure introuvable. Mike Vogel, un journaliste attitré des Capitals est le dernier à l'avoir aperçue et c'est lui qui en a pris l'unique photographie toujours disponible de nos jours. Il déclara l'avoir trouvée par hasard dans un placard et qu'il se souvenait qu'elle était attribuée pendant quelques années aux champions de la ligue de garage des employés des Caps. Mais elle est de nouveau disparue du radar depuis. Vogel dit qu'elle est probablement dans un autre placard ou bien que quelqu'un en a fait un vase à fleur quelque part.



Sayonara.


Sources:
goldensealshockey.com
japersrink.com
NHL in Kansas City
Icing on the Plains: The Rough Ride of Kansas City’s NHL Scouts, Troy Treasure


jeudi 5 septembre 2019

Démantèlement d'une équipe championne : Flames de Calgary 1989




Revoici (un an plus tard) le deuxième chapitre de ma série sur le démantèlement de quelques équipes championnes de la Coupe Stanley. C'est un peu un de mes sujets fétiches car j'aime bien analyser la longévité du noyau d'une équipe qui a remporté les grands honneurs. J'espère un jour pouvoir faire un Top 5 des plus longues et moins longues longévités d'un noyau gagnant. Mais pour l'instant concentrons nous sur ce long article. Dans le premier chapitre, j'ai parlé du démantèlement de la dynastie des Islanders de New York des années 80. J'avais aussi parlé auparavant de l'exode de masse chez les Oilers après leur propre dynastie. Cette fois-ci il n'est pas question d'une dynastie alors que les Flames n'ont gagné qu'une seule coupe durant leur histoire. Mais selon plusieurs il aurait pu (ou dû) en être autrement alors que les Flames semblaient avoir tous les ingrédients pour remporter plus d'un titre, si ce n'est que de défendre leur titre en 1990. Cependant il en fut autrement et les Flames, malgré qu'ils demeurèrent une équipe très compétitive, ne dépassèrent plus jamais la première ronde jusqu'à leur parcours cendrillon en finale lors des séries de 2004. 

Voici donc ce qui s'est passé chez les Flames après 1989 et comment les membres de cette équipe championne ont tour à tour quitté le bateau. 


HISTORIQUE

Premièrement un petit historique de l'ère pré-coupe à Calgary. Les Flames débutèrent en Alberta pour la saison 1980-81 après un déménagement d'Atlanta où la franchise avait débuté ses activités en 1972. Les Flames n'étaient pas nécessairement mauvais à Atlanta, ayant une fiche victorieuse lors des 6 dernières saisons avant le déménagement. Ils eurent cependant peu de succès en séries, n'ayant jamais franchi la deuxième ronde, et peinaient à attirer des spectateurs. Leur propriétaire éprouvait également des difficultés financières et avec aucun acheteur local potentiel, les Flames furent vendus à un consortium d'hommes d'affaires de Calgary.  Leur première saison à Calgary fut un succès alors qu'ils terminèrent avec 92 points et se rendirent jusqu'en finale de conférence où ils s'inclinèrent en 6 matchs contre les North Stars.

Ce premier succès ne fut toutefois que de courte durée alors que l'équipe régressa en 1981-82. Le directeur général de l'équipe, Cliff Fletcher, était en place depuis les débuts de l'équipe à Atlanta. Il fit alors une analyse profonde de son équipe et décida de se départir de plusieurs ''restants'' de l'époque d'Atlanta qu'il estimait ineptes à s'adapter à un environnement plus compétitif où la pression était plus importante qu'en Géorgie. Fletcher fit donc plusieurs transactions au cours des années suivantes qui lui permirent d'amener l'équipe à un niveau supérieur où ils pourraient rivaliser avec les autres puissances de la ligue, surtout leurs voisins d'Alberta, les redoutables Oilers.




Fletcher avait déjà réalisé un grand coup et établi la base de sa nouvelle vision durant la saison 81-82 en se portant acquéreur de leur futur capitaine Lanny McDonald des Rockies du Colorado en retour de Don Lever et Bob MacMillan. Plusieurs anciens de l'époque Atlanta suivirent comme Eric Vail, Guy Chouinard et Willi Plett qui partirent à leur tour dans plusieurs échanges subséquents. Une de ses meilleures transactions fut toutefois celle de juin 1985 qui envoya leur as marqueur Kent Nilsson aux North Stars en retour d'un choix de deuxième ronde en 1985. Ils mirent ensuite la main sur un autre futur capitaine en sélectionnant Joe Nieuwendyk avec ce choix. Nieuwendyk remporta le trophée Calder en 1988, deux ans après que son coéquipier, le défenseur Gary Suter ait également remporté le titre de recrue de l'année. 

Les Flames avaient l'habitude de faire du travail remarquable au repêchage alors que des choix judicieux comme Hakan Loob (1980), Al MacInnis (1981), Mike Vernon (1981), Suter (1984), Gary Roberts (1984), Jiri Hdrina (1984), Nieuwendyk (1985) et Theoren Fleury (1987) vinrent former le noyau de cette future équipe championne. L'équipe eut également la main heureuse en signant deux joueurs non-repêchés, Joel Otto (en 1984) et le défenseur Jamie Macoun (en 1982).

Fletcher continua de bien entourer ces excellents choix, surtout en transigeant avec les Blues de St.Louis alors qu'il y eut plusieurs échanges entre les deux équipes durant la décennie. Les Flames obtinrent entre autres des Blues l'attaquant Joe Mullen (février 1986), les défenseurs Ric Nattress (juin 1987) et Rob Ramage (mars 1988) ainsi qu'un autre très bon coup avec l'acquisition de l'attaquant Doug Gilmour (sept. 1988). 

Fletcher obtint également deux autres bons défenseurs en Dana Murzyn (Whalers) et Brad McCrimmon (Flyers) pour presque rien. Toutefois les Flames perdirent un gros morceau lors de l'acquisition de Ramage et du gardien Rick Wamsley des Blues alors qu'ils donnèrent la future super-vedette Brett Hull en retour... Ceci demeure une des pires transactions de l'histoire mais tout de même, Fletcher avait une bonne moyenne au bâton en terme de ses transactions effectuées avec les Flames.

Mike Vernon

Les Flames formèrent donc une redoutable équipe et ce même avant l'arrivée de plusieurs vedettes comme Fleury, Nieuwendyk et Gilmour. Cependant ils durent franchir l'obstacle de taille qu'était les redoutables Oilers pour se rendre jusqu'aux grands honneurs. Pour se faire, ils durent profiter des rares moments de faiblesse des Oilers. Ils se rendirent en finale en 1986 contre les Canadiens mais ce fut surtout dû à la fameuse erreur du défenseur Steve Smith des Oilers qui envoya la rondelle dans son propre filet lors du 7e match de la demi-finale. La finale mit donc en vedette deux gardiens recrues en Vernon et son éternel rival Patrick Roy qui remportât cette première confrontation.

La saison 1988-89 fut l'année de consécration pour les Flames alors que les astres furent parfaitement alignés pour un retour en finale. Aidés pas leurs nombreux nouveaux joueurs vedettes et par le départ de Wayne Gretzky à Los Angeles, les Flames remportèrent le trophée du Président avec une récolte de 117 points, soit deux points de plus que Montréal avec 115 points. Les deux équipes se retrouvèrent donc en finale mais cette fois les Flames l'emportèrent en 6 matchs, devenant au passage la seule équipe à avoir remporté la Coupe Stanley contre les Canadiens sur la glace du mythique Forum de Montréal. Il s'agit également à ce jour du dernier duel canadien en finale. 

Cette finale demeure également mémorable pour nous avoir donné ce moment d'anthologie. Même si on était triste pour le Canadien, tout le monde aimait Lanny McDonald...




L'ÉQUIPE

Voici l'équipe championne des Flames de 1989. Entre parenthèses vous retrouverez les années du joueur avec l'organisation.

Centres 
Jiri Hrdina (87-91), Joe Nieuwendyk (86-95), Joel Otto (84-95), Doug Gilmour (88-92)

Ailiers
Joe Mullen (85-90), Lanny McDonald (81-89), Gary Roberts (86-96), Colin Patterson (83-91), Hakan Loob (83-89), Theoren Fleury (88-99), Tim Hunter (81-92), Mark Hunter (88-91), Jim Peplinski (80-90, 95), Brian MacLellan (88-91)

Défenseurs 
Al MacInnis (81-94), Brad McCrimmon (87-90), Dana Murzyn (87-91), Ric Nattress (87-92), Gary Suter (85-94), Jamie Macoun (82-92), Rob Ramage (87-89)

Gardiens 
Mike Vernon (82-94, 00-02), Rick Wamsley (87-92)

Entraineur: Terry Crisp
Assistants: Tom Watt, Doug Risebrough
GM: Cliff Fletcher


LE DÉMENTÈLEMENT

Le premier gros morceau du casse-tête à partir fut bien sûr McDonald, lui qui termina sa carrière de la meilleure manière possible avec ce but.  Il était ce qu'on peut dire la fondation de l'équipe, alors qu'il fut amené à Calgary pour son leadership et son caractère. Fletcher avait même tenté de l'amener à Atlanta dès la saison 1974-75, dans un échange qui fut avorté par les Maple Leafs. Il était probablement écrit dans le ciel que qu'il ne serait plus un grand facteur dans l'équipe même s'il était resté. Âgé de 36 ans, il avait considérablement ralenti avec seulement 18 points durant la saison et fut d'ailleurs laissé de côté lors de la finale après le deuxième match. Il fût bien sûr rhabillé pour le 6e match décisif. Néanmoins, son départ a sans doute contribué à une baisse de moral et de leadership dans la chambre. 

Durant les séries, Hakan Loob, un des meilleurs joueurs des Flames des années précédentes, déclara qu'il contemplait de retourner en Suède. Il avait précédemment refusé une extension de contrat, car il voulait que ses enfants soient éduqués dans leur pays natal. La fait que les Flames remportèrent la Coupe lui permit de partir sans trop de regret. L'équipe opta également de ne pas garder le défenseur Rob Ramage, qu'ils échangèrent aux Maple Leafs contre un choix de 2e ronde (Kent Manderville). Ramage amenait une bonne profondeur derrière le duo MacInnis-Suter. Il fut ensuite nommé capitaine par les Leafs.

Les Flames ne purent donc répliquer leurs succès de 1989 la saison suivante. Ils terminèrent la saison avec 99 points (quand même deuxièmes au classement général). Leur meilleur marqueur de 1989, Joe Mullen, vit sa production passer de 110 à 69 points, une chute de 41 points. Les Flames croyaient qu'il était sur le déclin à 33 ans et l'échangèrent aux Penguins en juin 1990. Ils n'obtinrent que très peu en retour, seulement un choix de 2e ronde, qui devint le défenseur québécois Nicolas Perreault et qui ne se rendit jamais à la LNH. Mullen mit un an à retrouver sa touche mais obtint finalement 42 buts et 87 points en 1991-92 et remporta deux autres coupes Stanley à Pittsburgh, dont une sous les ordres de son ancien entraîneur à Calgary, Bob Johnson. Le centre Jiri Hrdina, un bon joueur de soutien, fut également échangé aux Penguins en décembre 1990.

Les choses n'allaient pas très bien dans le vestiaire des Flames en 1989-90, alors que plusieurs conflits éclatèrent entre Terry Crisp et ses joueurs. Crisp était un vieux de la vieille ayant fait partie des Broad Street Bullies lors de sa carrière de joueur. Il avait l'habitude de crier au lieu de parler et plusieurs joueurs vétérans des Flames étaient toujours déçus du départ de son prédécesseur Johnson en 1987. Un nouveau venu avec les Flames en 1989-90, le légendaire Sergei Makarov (également recrue de l'année), aurait dit à Crisp: “Tikhonov? Bad guy, good coach. You? Good guy, bad coach.” Certains énoncèrent même que les Flames de 1989 auraient gagné la coupe avec n'importe quel entraîneur.

Les choses dégénérèrent lors des séries de 1990 alors que les Flames perdirent en première ronde contre Gretzky et les Kings.  Crisp perdit probablement sa job lors du 4e match, que les Flames perdirent 12-4... Il fut remercié peu après l'élimination de l'équipe et fut plus tard remplacé par son adjoint, Doug Risebrough. 

Les changements à la direction sont certainement un des éléments clé de ce démantèlement et du pourquoi que les Flames soient passés aussi rapidement d'équipe championne à équipe de second-plan et ensuite jusqu'à rater les séries lors des années subséquentes.

L'élément déclencheur selon moi (et plusieurs fans des Flames) fut le départ de Cliff Fletcher après la saison 1990-91. Après presque 20 ans dans l'organisation, Fletcher fut attiré par les Maple Leafs et devint leur nouveau directeur général. Il hérita alors d'une formation moribonde à Toronto et c'est alors qu'il repartit de plus belle et rebâtit complètement l'équipe. Il eut toutefois un coup de main magistral de la part de son successeur à Calgary, Doug Risebrough. En janvier 1992, Fletcher et son ancien acolyte orchestrèrent le plus grand échange de l'histoire en terme du nombre de joueurs impliqués, soit 10 joueurs.


Doug Gilmour

La pièce maîtresse de cet échange fut Doug Gilmour. En conflit constant avec Risebrough, qui occupait la double fonction d'entraîneur et DG, Gilmour était misérable à Calgary et déserta l'équipe après le nouvel an en attendant un échange. C'est alors que Fletcher et Risebrough s'échangèrent les joueurs suivants; les Flames reçurent Gary Leeman, Michel Petit, Jeff Reese, Craig Berube et Alexander Godynyuk. En retour, les Leafs reçurent Gilmour, Jamie Macoun, Ric Nattress, Rick Wamsley et Kent Manderville.

Cet échange (qui marqua le départ de 4 ex-champions) fut immédiatement ridiculisé par les médias et les fans. Avec raison. Gilmour, déjà un excellent joueur, devint une super-vedette à Toronto, incluant une saison de 127 points en 1992-93 en plus de remporter le trophée Selke. Pendant ce temps, Leeman, un ancien marqueur de 50 buts, n'en marqua que 11 en 59 matchs sur deux saisons à Calgary et fut subséquemment échangé aux Canadiens en 1993. Même en enlevant Gilmour de l'équation, les Flames perdirent au change alors que les 5 joueurs obtenus n'aboutirent qu'à très peu à Calgary tandis que leurs collègues à Toronto changèrent la culture de l'équipe et les ramenèrent au niveau d'équipe respectable. Pendant ce temps, les Flames ratèrent les séries en 1991-92, une première dans l'histoire de la franchise à Calgary et la première fois depuis 1975 à Atlanta.

Les Flames retournèrent en séries en 1993, mais s'inclinèrent encore une fois en première ronde. Le départ de Gilmour est selon plusieurs le début de la fin pour l'équipe championne de 1989.  Malgré tout, le noyau était toujours solide avec Fleury, Nieuwendyk, Roberts, Otto, MacInnis, Suter et Vernon, mais le départ de plusieurs vétérans et membres de soutien de l'équipe championne commença à laisser des marques, surtout avec un certain manque de relève. Les deux plus vieux joueurs de l'équipe, originaire du repêchage de 1979 quand l'équipe était toujours à Atlanta, étaient Jim Peplinski et Tim Hunter. Les deux quittèrent l'équipe en 1990 et 1992 respectivement. Peplinski tenta un retour en 1995 mais cette expérience ne dura que 5 matchs. La défense commençait également à faire défaut après les départs subséquents de Ramage, Macoun, Nattress, ainsi que celui de Dana Murzyn en 1991. On vit également en 1991 le départ de trois autres attaquants de soutien durant le parcours de 1989, soit Colin Patterson, Mark Hunter et Brian MacLellan.


L'HÉCATOMBE

La grande hécatombe (ou point de non-retour) survint en 1994 et l'été qui suivit alors que les deux piliers de la défense des Flames depuis presque 10 ans, Gary Suter et Al MacInnis furent tous les deux échangés à quelques mois d'intervalle. Suter fut le premier à être sacrifié lors d'un échange à 3 équipes impliquant 9 joueurs avec les Whalers et les Blackhawks. Au final, Suter aboutit avec les Hawks tandis que les Flames mirent la main sur Michael Nylander, James Patrick et Zarley Zalapski. 

MacInnis, probablement le meilleur joueur de l'équipe et récipiendaire du Conn Smythe en 1989, quitta également le bateau en juillet 1994 après avoir signé une offre des Blues de St.Louis. En compensation, les Flames reçurent le défenseur Phil Housley et un choix de 2e ronde en 1997.

Ces deux départs ne furent pas sans douleur pour les joueurs impliqués, alors qu'ils étaient heureux à Calgary. Cependant, Suter était souvent blessé et il devenait risqué de le garder à Calgary. Pour sa part, MacInnis reçut plus d'argent des Blues mais évoqua qu'il désirait également relever un nouveau défi à St.Louis.

Al MacInnis

Quelques jours avant le départ de MacInnis, ce fut au tour du gardien vedette de l'équipe, Mike Vernon de plier bagage en étant échangé aux Red Wings en retour du défenseur Steve Chiasson. Les Flames croyaient qu'il était temps de laisser la place de gardien numéro un à Trevor Kidd, leur choix de 1re ronde en 1990. Vernon raconta plus tard que ce fut une bénédiction de changer d'air après 10 ans à Calgary. La légende raconte qu'il aurait même influencé son grand rival Patrick Roy à demander lui aussi une transaction lors d'une rencontre dans un restaurant le jour du fameux match du 2 décembre 1995 entre les Red Wings et le Canadien.

Il va sans dire qu'à l'instar de leurs voisins d'Edmonton et des autres petits marchés de la ligue, les nouvelles réalités économiques de la LNH commencèrent à peser lourd dans la balance. À l'aube de la saison 1995-96, le capitaine Joe Nieuwendyk et la direction étaient en impasse contractuelle et Nieuwendyk refusa de se rapporter à l'équipe. Dans un moment charnière de l'histoire de l'équipe, il fut finalement échangé aux Stars de Dallas un peu avant Noël. En retour, les Flames mirent la main sur Corey Millen et leur futur vedette et capitaine, Jarome Iginla.

Les Flames avaient également perdu leur spécialiste défensif, Joel Otto, durant l'été 1995 alors qu'il ne put également s'entendre avec l'équipe sur un nouveau contrat. Il signa comme agent libre avec les Flyers.

Donc après cet hécatombe de 1994 et 1995, il ne restait plus que 2 membres de l'édition 1989 dans l'alignement des Flames.

LES DERNIERS MEMBRES

Les Flames durent également tourner la page au sujet d'un des derniers vétérans restants de 1989 après la saison 1995-96, lorsque Gary Roberts opta de prendre sa retraite après plusieurs problèmes de blessures persistantes au cou qui semblèrent mettre fin prématurément à sa carrière. Il remporta d'ailleurs le trophée Masterton en 1996. Il parvint toutefois à revenir au jeu après un an de traitement et de convalescence. Cependant il obtint des Flames la possibilité d'être échangé à un club de l'association est afin qu'il n'ait pas à voyager autant que dans l'ouest, et ainsi optimiser sa réhabilitation. Il fut donc échangé en août 1997 aux nouveaux Hurricanes de la Caroline avec Trevor Kidd, en retour d'Andrew Cassels et de Jean-Sébastien Giguère. Parmi toute l'édition de 1989, c'est Roberts qui prit sa retraite en dernier, soit après la saison 2008-09, qu'il passa avec le Lightning.


Theoren Fleury


C'est donc à l'électrisant Theoren Fleury que revient l'honneur d'être le dernier membre de l'équipe championne de 1989 à quitter Calgary. Également en impasse contractuelle durant la saison 1998-99, l'équipe ne voulait pas risquer de le perdre pour rien et voulait continuer de rebâtir. Les Flames avaient terminé la saison précédente avec seulement 67 points et allaient rater les séries pour une troisième saison consécutive. Il était même question d'un possible déménagement, alors que les assistances étaient en baisse depuis quelques saisons. Alors l'équipe continua son virage jeunesse et envoya Fleury à l'Avalanche du Colorado en février 1999 en retour de René Corbet, Robyn Regehr et Wade Belak. Il était à ce moment le meneur pour les points dans l'histoire de la franchise avec 830. Il fut éventuellement dépassé par Iginla, mais demeure depuis au deuxième rang.

Vernon effectua toutefois un retour à Calgary en 2000-01. Après avoir été sélectionné au repêchage d'expansion par le Wild du Minnesota, ces derniers l'envoyèrent à Calgary où il joua ses deux dernières saisons avant de prendre sa retraite en septembre 2002. Il est donc le dernier membre officiel de l'édition 1989 à avoir joué pour l'équipe... *en saison régulière comme on le verra plus loin. Lui et Lanny McDonald sont les deux seuls membres des Flames de 1989 à avoir leur numéro retiré par l'équipe, en compagnie de Jarome Iginla. Quoique leur numéro ne furent pas officiellement retirés, MacInnis et Nieuwendyk font partie de l'initiative ''Forever a Flame'' et une bannière en leur honneur est également dans les hauteurs du Saddledome de Calgary. Le numéro 14 de Fleury n'a également pas été porté chez les Flames depuis 1999.

En 2009, soit 20 ans après la conquête, ce même Fleury tenta un retour au jeu car il était déçu de la façon dont il termina sa carrière controversée. Il obtint de la ligue une absolution, car il était toujours sous le coup d'une suspension imposée par la ligue en 2003 pour enfreinte à la politique de consommation de drogues. Il engagea un entraîneur personnalisé et obtint un essai professionnel de la part des Flames. Il fit un retour triomphal devant ses anciens fans durant les matchs pré-saisons de la saison 2009-2010 et obtint 4 points en 4 matchs. Cependant, il fut libéré par l'équipe car il ne fit pas assez bonne impression pour faire partie du Top 6 en attaque chez les Flames, une condition qu'il avait accepté avant son essai. Il opta donc de prendre sa retraite définitive en tant que membre des Flames, refusant d'aller tenter sa chance avec une autre équipe. Il est donc officiellement (si on inclut les matchs pré-saison) le dernier membre de l'équipe de 1989 à avoir joué dans la LNH.


Tentative de retour de Fleury en 2009


CONCLUSION

Les Flames continuèrent lentement mais surement de remonter la pente après le départ de ses derniers champions. Ils ratèrent toutefois les séries durant 7 saisons consécutives (1997 à 2003) jusqu'à leur parcours surprise jusqu'à la finale en 2004. Ils retombèrent dans le même pattern lors des années suivantes en s'inclinant en première ronde pendant 4 saisons consécutives, avant de rater les séries de nouveau et ce pendant 5 saisons.

Depuis 2015, ils font les séries une année et les ratent l'année suivante. Ils les ont fait l'an dernier après une saison de 107 points, leur meilleure saison depuis 1989. Les paris sont ouverts sur qui sera la prochaine équipe canadienne à remporter le fameux trophée.  Pour ma part j'aimerais bien qu'il y ait un ''troisième round'' entre les Canadiens et les Flames pour 2020...


mardi 3 septembre 2019

Les arénas des Canadiens - Le Forum



Initialement, le Forum était destiné aux Maroons, le nouveau club à connotation plus anglophone. Pour ce faire, un groupe de gens d’affaires avec à sa tête Edward Beatty, le président du Canadien Pacifique, avait acheté un centre de patins à roulettes intérieur. Celui-ci s’appelait le Forum et le nom est demeuré. La Canadian Arena Company mit ainsi 159 jours à construire l’immeuble.


Version initiale


Selon le plan initial, l’endroit devait contenir 12 500 sièges, mais en raison de contraintes financières, on dut se limiter à 9000. Il en coûta tout de même 1 500 000$ (23 350 000$ en dollars d’aujourd’hui) pour le construire. Il demeure toutefois qu’il s’agissait à ce moment du plus grand aréna de la ligue.

Par contre, comme mentionné dans un billet précédent, au moment de l’inauguration, les Canadiens eurent des problèmes avec la glace naturelle de l’Aréna Mont-Royal, et transférèrent leur match inaugural du 29 novembre 1924 au nouveau Forum, devançant ainsi les propriétaires de l’immeuble, les Maroons. Ce sont donc les Canadiens, et non les Maroons, qui ont inauguré l’endroit. Néanmoins, ces derniers se reprirent le 6 avril 1926, alors qu’ils n’étaient qu’à leur deuxième saison d'existence, lorsqu’ils devinrent la première équipe à remporter la Coupe Stanley dans l’enceinte. En 1928, ce sont les Rangers (aux dépends de ces mêmes Maroons) qui remporteront la deuxième. Ce n’est qu’en avril 1930 que les Canadiens (qui avaient écourté leur bail à l’Aréna Mont-Royal et officiellement déménagé au Forum pour la saison 1926-27) remportèrent leur première de 12 Coupes sur cette glace. Si on y ajoute les deux des Maroons (1926 et 1935), celle des Rangers de 1928 et celle de Calgary de 1989, c’est donc dire que 16 fois le trophée de Lord Stanley y a été remis.

En septembre 1935, Léo Dandurand et Jos Cattarinich vendirent les Canadiens à un groupe mené par Ernest Savard. Toutefois, le groupe eut l’appui financier de la Canadian Arena Company (propriétaires des Maroons et du Forum) pour y parvenir. À ce moment, Canadiens et Maroons ne devenaient donc pas seulement colocataires, mais pratiquement frères. Cette situation dura jusqu’en 1938, alors qu’avec la Grande Dépression, il devint évident que Montréal ne pouvait plus soutenir deux clubs. On décida donc de conserver le club plus francophone, et c’est ainsi que les Maroons cessèrent leurs activités. C’est en mai 1940 que la Canadian Arena Company, toujours propriétaire du Forum, devint officiellement propriétaires des Canadiens.

Le 11 mars 1937, on y tint les seules funérailles de l’existence de l’édifice, celle de leur numéro 7, Howie Morenz.

En 1949, on procéda à un agrandissement pour porter sa capacité à 12 500 sièges, ce qui était en fait sa capacité initialement prévue.

Version 1949


La popularité du club de hockey, aidée par une performance admirable, nécessita un autre agrandissement en 1968. Celui-ci, au coût de 10 000 000$ (72 500 000$ en dollars d’aujourd’hui), porta la capacité à plus de 16 000 sièges, en plus d’environ 2000 places debout. (Ces nombres varieront un peu au fil des ans.) Après 5 mois et demi, on compléta les travaux, qui incluaient de refaire complètement l’extérieur. C’est à partir de ce moment qu’on put apercevoir les iconiques escaliers roulants illuminés croisés de la rue Sainte-Catherine.






Les Canadiens y demeureront jusqu’au 11 mars 1996, soirée soulignée de façon inoubliable.




Au fil des ans, en plus des Canadiens, on put y voir du hockey de niveau junior (Canadiens Junior, Bleu Blanc Rouge, Junior), de la Ligue américaine (Voyageurs) et du roller hockey (Roadrunners). On y joua également à la crosse (Canadiens, Québécois) et au soccer intérieur (Manic). On y présenta aussi de nombreuses soirées de boxe, de lutte, de cyclisme et de tennis.

Lors des Jeux Olympiques de Montréal en 1976, on y présenta du basketball, du handball et du volleyball. Mais c’est surtout au Forum que se méritèrent leur médaille d’or les boxeurs Sugar Ray Leonard et les frères Leon et Michael Spinks, et que la gymnaste Nadia Comaneci se vit décerner ses historiques notes parfaites.

Du côté culturel, on y présenta d’innombrables concerts, incluant les deux uniques concerts donnés par les Beatles au Québec (la même journée, le 8 septembre 1964). Bob Dylan, Led Zeppelin, Queen, Madonna, The Doors, ABBA, Maria Callas, les Ballets du Bolshoï, le Cirque de Moscou et de nombreux autres sont tous passés par la Forum à un moment donné.


La façade sur Sainte-Catherine paraît plutôt sombre, surtout en soirée


Suite au déménagement des Canadiens, le Forum a été converti en un complexe commercial qui comprend entre autres un grand cinéma. Ça faisait un moment que je n’y étais pas allé et honnêtement, ce que j’y ai vu était plutôt triste. Malgré le fait que l’économie locale aille bien, il y avait plusieurs locaux vides, incluant le site du restaurant qui se trouve au mythique coin Sainte-Catherine Ouest et Atwater.


Coin Sainte-Catherine et Atwater, qui est présentement sans locataire


À l’intérieur, le cinéma y est toujours, tout comme plusieurs références au passé glorieux de l’endroit, mais de grands murs blancs donnent une impression de vide. Le haut de l’immeuble est maintenant occupé en bonne partie par des locaux du Collège Dawson, ce qui est tout de même une bonne idée.


Maurice Richard est toujours là, devant le cinéma, mais la section de bancs à ses côtés est disparue

Des affiches rappellent divers événements, mais on sent une impression de vide




Souhaitons que l’endroit reprenne un peu de vigueur!

Sources :
Mouton, Claude, Les Canadiens de Montréal: une dynastie du hockey, Van Nostrand Reinhold Ltd, Toronto, 1981, p.105-106, 154 à 158,

"St.Pats Trounced by Canadiens in Opening Fixture", Montreal Gazette, 1er décembre 1924, p.16,

banqueducanada.ca, wikipedia.org.

lundi 2 septembre 2019

Une petite photo pour le plaisir #86 - Kansas City circa 1975




Voici quelques photos de matchs locaux des défunts Scouts de Kansas City.






Comme vous pouvez le constater, il n'y avait pas une longue file pour les toilettes au Kemper Arena de Kansas City. En plus c'était des matchs contre quelques-unes des pires équipes de l'époque (les Blues, Capitals et Golden Seals...). 

En cherchant davantage je suis tombé sur ce superbe blog; The NHL in Kansas City. Le gars qui écrit ce blog (ou écrivait alors qu'il n'y a rien de nouveau depuis 2012) a fait des recherches dans les archives des journaux locaux et a ensuite fait cette charte des assistances lors de la première saison de l'équipe en 1974-75. Je le remercie et je lui pique cette splendide charte graphique.


Les Scouts n'ont joué que deux fois au dessus de la moyenne de la ligue. Moyenne qu'ils ont aidé à baisser à ce qu'on peut voir. Les choses ne s'améliorèrent pas en 75-76 et la franchise déménagea au Colorado après seulement deux saisons. Pour en savoir plus sur eux, consultez notre ancien article de 2010 sur ce sujet glorieux.