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mercredi 16 septembre 2020

Alan Haworth





Voici l'histoire d'un joueur qui m'intrigue depuis des années. Ayant été trop jeune pour l'avoir vu évoluer dans la LNH, ce n'est que plus tard que je l'ai découvert et il réside dans mon subconscient depuis ce temps. Je me suis toujours dit que je me devais d'en savoir plus à son sujet un jour et donc aujourd'hui voici l'histoire d'Alan Haworth, un joueur qui fit partie de deux transactions complètement à l'opposée en terme d'importance dans l'histoire des Nordiques; une première transaction majeure qui demeure probablement la plus importante de l'histoire de l'équipe et une autre très mineure qui demeure à ce jour une des anecdotes les plus loufoques de l'histoire de la ligue...



Né le 1er septembre 1960, l'attaquant Alan Joseph Gordon Haworth grandit à Drummondville d'où est également originaire son père Gordie Haworth, un ancien joueur de la ligue senior du Québec avec les Citadelles de Québec et les Braves de Valleyfield, qui joua également deux matchs avec les Rangers de New York dans les années 50 et plusieurs années dans la WHL. Après sa retraite, le paternel travailla au sein de la compagnie de bâtons Canadien, basée également à Drummondville.

Alan débuta son hockey junior avec les Saguenéens de Chicoutimi, où il joua deux saisons moyennes avant de passer aux Castors de Sherbrooke en 1978-79. Il explosa avec les Castors avec une récolte de 50 buts et 120 points en 70 matchs, ce qui incita les Sabres de Buffalo à faire sa sélection en 5e ronde (95e au total) du repêchage de 1979. Il demeura dans le junior la saison suivante mais ne joua que 45 matchs, récoltant 64 points. Durant ces deux années passées à Sherbrooke, il aida son équipe à se rendre à chaque fois en finale du trophée du président mais l'équipe s'inclina dans les deux cas. 

Il débuta ensuite son parcours professionnel en 1980-81, d'abord avec le club-école des Sabres, les Americans de Rochester. Après 21 matchs où il obtint un excellent 14 buts et 32 points, Haworth fut rappelé par les Sabres pour terminer la saison. Jumelé par moments avec Gilbert Perreault, il amassa 16 buts et 36 points en 49 matchs et fut nommé recrue de l'année chez les Sabres. Il s'imposa également en séries avec 4 buts et 8 points en 7 matchs.

Il régressa toutefois légèrement durant sa deuxième saison avec 39 points en 57 matchs et fut parfois rétrogradé dans les mineures. Les Sabres perdirent rapidement patience dans son cas et l'envoyèrent aux Capitals de Washington en retour de deux choix au repêchage de 1982. Aucun de ces choix n'aboutirent à grand chose au final. 


À Washington, Haworth devint un joueur fiable et y joua durant cinq saisons. Rapide et possédant un puissant tir frappé, il était également sous-estimé comme fabricant de jeu, alors qu'il passa la majorité de ses années à Washington sur la 2e ou 3e ligne. Il était également versatile, pouvant jouer au centre comme à l'aile droite. Sa production oscillait autour de 25 buts par saison, mais il connut une certaine progression en 1985-86 avec des sommets en carrière de 34 buts et 73 points. Il se blessa au genou la saison suivante mais était en voie de connaître une saison similaire avec 25 buts et 41 points en 50 matchs.

Vint ensuite le repêchage amateur de 1987, qui eut lieu à Detroit le 13 juin 1987. Les Nordiques de Québec volèrent la vedette lorsqu'ils envoyèrent leur joueur vedette de longue date Dale Hunter, ainsi que le gardien Clint Malarchuk aux Capitals en retour d'Haworth, de l'attaquant Gaétan Duchesne ainsi que du 1er choix des Capitals à ce repêchage. La transaction ne fit pas l'unanimité chez les journalistes et les fans des Nordiques, alors que Hunter était un des joueurs les plus populaires de l'équipe et il se plaisait à Québec. Hunter était même présent au repêchage ce jour-là et il avait peine à contenir ses émotions devant les journalistes. Certains disaient que les Nordiques avaient perdu le cœur de l'équipe avec le départ de Hunter et avec du recul, cette transaction marquait le début d'une longue traversée du désert pour l'équipe qui ratera les séries lors des cinq saisons suivantes, et qui se départira du reste de ses joueurs populaires comme Michel Goulet et Peter Stastny dans d'autres transactions contestées...


Le Soleil, 14 juin 1987

Cependant, avec encore plus de recul, les Nordiques retrouvèrent un nouveau ''cœur'' dans cette transaction car il utilisèrent ce premier choix des Capitals, le 15e au total, pour repêcher leur futur capitaine et supervedette pour les 20 années suivantes, Joe Sakic. Plusieurs recruteurs sur place le jour de cette transaction énoncèrent même que Sakic allait être meilleur que les deux premiers choix au total soit Pierre Turgeon et Brendan Shanahan, ce qui en rétrospective est probablement vrai. Shanahan termina avec plus de buts et de matchs joués que Sakic mais ce dernier fut un modèle de stabilité et de leadership pour la franchise Québec/Colorado et termina devant Shanahan au niveau des points, figurant d'ailleurs toujours au 9e rang avec 1651 points comparativement à 1354 pour Shanahan. Turgeon termina pour sa part sa carrière avec 1327 points. Et en défense supplémentaire pour les Nordiques, au moment de l'échange, Hunter était ennuyé par une blessure à la jambe qui mit fin à sa saison 1986-87 où il ne joua que 46 matchs. On parlait même que cette blessure allait peut-être mettre fin à sa carrière ou du moins diminuer grandement son rendement.

Mais pour revenir à Haworth, il était également avantageux pour les Nordiques d'obtenir lui et Duchesne dans la transaction car il serait plus facile pour eux de convaincre deux joueurs québécois à rester dans l'organisation et non pas un autre anglophone récalcitrant qui n'aurait pas voulu rester longtemps à Québec, un problème récurrent dans l'organisation durant ces années-là. Les Nordiques désiraient apparemment faire son acquisition depuis de nombreuses années et voulaient même le repêcher avant que les Sabres ne le sélectionnent en 1979.

Haworth débuta donc avec sa nouvelle équipe en 1987-88 et connut une bonne saison avec 23 buts et 57 points en 72 matchs, ce qui était son deuxième meilleur total en carrière. Jusque-là dans sa carrière, Haworth n'était pas vraiment un joueur qui allait souvent au banc des pénalités mais il accumula durant cette saison un sommet en carrière de 112 minutes de pénalité. D'ailleurs, les seuls vidéos que j'ai pu trouver de Haworth avec les Nordiques sont des batailles... avec Dale Hunter dans les deux cas.








Haworth écoulait toutefois la dernière année de son contrat en 1987-88 et les négociations n'aboutirent jamais avec les Nordiques. Il désirait soit recevoir un nouveau contrat plus payant ou être échangé à une équipe américaine pour payer moins d’impôts. Voyant la lenteur et le peu de progrès dans ses discussions avec les Nordiques, Haworth lorgna vers l'Europe à quelques reprises durant la saison. À la première journée après la fin de la saison, Haworth tourna le dos définitivement aux Nordiques et signa un lucratif contrat avec l'équipe du Berne SC dans la première division suisse. Les Nordiques tentèrent de le ramener lors des saisons suivantes mais encore une fois, il refusa pour gagner davantage d'argent en Suisse où il devint un joueur vedette de sa nouvelle équipe, avec qui il gagna 3 fois le championnat national et joua jusqu'à la saison 1991-92.

Durant cette même saison 1991-92, on vit apparaître une nouvelle formation sur la scène de la LNH, lorsque débuta la franchise des Sharks de San Jose. L'origine de cette équipe est en soi une histoire complexe et je vous invite à lire cet ancien texte pour en savoir plus. Mes recherches pour le texte d'aujourd'hui me permettent d'ailleurs de boucler plusieurs interrogations que je traînais depuis l'écriture de cet autre texte...

Mais brièvement, les propriétaires des nouveaux Sharks étaient les anciens propriétaires des North Stars qui reçurent en compensation une équipe d'expansion à condition de ne pas déménager les North Stars et de les vendre à un autre acheteur. Également comme compensation, ils avaient droit de choisir plusieurs joueurs du système des North Stars pour leur nouvelle équipe en plus du repêchage d'expansion traditionnel. Pour renflouer leurs pertes de personnel, les North Stars purent également participer à ce repêchage d'expansion, même s'ils n'étaient pas une équipe d'expansion...

Avec la dernière sélection disponible à ce repêchage hors de l'ordinaire, il ne restait aux North Stars que les Nordiques à qui prendre un joueur. Comme les Nordiques étaient à ce moment une équipe de fond de cave, il n'y avait pas grand chose d'intéressant à sélectionner pour le DG des North Stars Bobby Clarke. Sur la liste des joueurs non-protégés des Nordiques on retrouvait des joueurs comme Scott Gordon, Jeff Jackson, Miroslav Horava, Mario Doyon, Gerald Bzdel, Brent Severyn, Trevor Stienburg en plus des droits de deux joueurs exilés en Europe, soient le gardien Mario Brunetta, ainsi que Alan Haworth.

Clarke avait seulement de l'intérêt envers Haworth et tenta de le sélectionner. Cependant on retrouvait dans les règles de ce repêchage une règle selon quoi les équipes ne pouvaient sélectionner plus d'un joueur autonome, ce que Haworth était techniquement. Comme Clarke avait précédemment choisi un autre joueur autonome, Bengt-Ake Gustafsson des Red Wings, la ligue refusa la sélection de Haworth. Alors Clarke retourna à ses papiers et au bas de la liste des Nordiques on retrouvait également le nom de deux joueurs retraités soit l'attaquant Alain Côté (celui du but) qui était retraité depuis 1989, et également le légendaire Guy Lafleur, dont la deuxième retraite définitive était connue de tous. Lafleur n'était pas techniquement retraité car il n'avait pas encore signé un formulaire auprès de la ligue mais il avait déjà accepté un poste à la direction des Nordiques. 

Si vous trouvez étrange que la liste de joueurs non-protégés des Nordiques incluaient des joueurs retraités, et bien ils n'était pas les seuls à avoir fait de même. Parmi les joueurs disponibles à travers la ligue on retrouvait entre autres Willi Plett (inactif depuis 1988), André Lacroix (1980), Bill Barber (1984), Brian Sutter (1988) et Marc Crawford (1989). Les Canadiens poussèrent même l'audace jusqu'à inclure les noms de Jean Beliveau, Yvan Cournoyer, John Ferguson, Pierre Mondou, Mario Tremblay et Ken Dryden! D'ailleurs Clarke et son entraîneur Bob Gainey durent être assez surpris de voir qu'ils étaient eux-mêmes disponibles sur la liste des Flyers et du Canadien respectivement...

Le lendemain de ce repêchage, les Nordiques envoyèrent les droits d'Haworth aux North Stars en retour de ceux de Lafleur, qui fut membre du Minnesota pour l'espace de 24 heures. Il pouvait ainsi passer de joueur à employé des Nordiques sans trop de complications administratives. Les principaux intéressés prirent le tout à la rigolade. Lafleur déclara ''Je suis flatté qu'on m'ait choisi avant Jean Béliveau et Yvan Cournoyer... J'ai compris la situation. Les Nordiques n'étaient pas pour offrir un joueur qu'ils risquaient de perdre pour rien. Dans mon cas, ils ne courraient aucun danger.''

Bobby Clarke déclara ''Je ne veux pas embarrasser les Nordiques mais il n'y avait personne qui m'intéressait à l'exception de Haworth''.  Ce dernier déclara pour sa part: ''Dans 20 ans, la question fera encore partie d'un quiz quelconque: Quel joueur de hockey à été échangé en retour de Guy Lafleur à la retraite? Et bien ce joueur-là c'est moi!".

Cependant, à 30 ans, Haworth n'avait pas encore fait une croix sur un possible retour dans la LNH. S'il recevait vraiment un intérêt de la part de Clarke et des North Stars, il aurait considéré de revenir, de plus qu'il aurait eu la chance de revenir jouer aux États-Unis et qu'il s'ennuyait du niveau de compétition de la LNH. Il déclara également que les North Stars s'intéressaient déjà à lui avant ce repêchage. Il y aurait même eu des rumeurs pour qu'il signe avec l'équipe pour les séries de 1991.

Cependant une telle offre ne se matérialisa jamais et Haworth demeura en Suisse pour la saison 1991-92, suite à quoi il prit sa retraite après un dernier championnat avec Berne. Il joua également un match avec l'équipe nationale canadienne durant cette dernière saison.


Avec le club SC Berne

Plus tard après sa retraite, Haworth devint entraîneur, tout d'abord dans la LNAH avec les Papetiers de Windsor (2001-02) et le Prolab de Thetford Mines (2002-03). Il retourna ensuite en Suisse comme entraîneur de différents clubs comme le EHC Olten (2003), le HC Innsbruck (2005-07) et également son ancien club, le SC Bern (2003-05). Il revint ensuite dans la LNAH avec Thetford Mines pour la saison 2007-08. Il est depuis de nouveau dans l'organisation des Capitals comme dépisteur, poste qu'il occupe depuis 2009. Il reçut une bague et une visite de la Coupe à Drummondville après la conquête des Caps en 2018.

En 525 matchs dans la LNH, sa fiche fut de 189 buts et 211 passes pour 400 points.



Sources:
Le coeur des Nordiques battra à...Washington, Le Soleil, 14 juin 1987
Haworth échangé entre deux bouchées de pizza!, Le Soleil, 16 juin 1987
''J'avais du respect pour Maurice Fillion'', Le Soleil, 19 avril 1988
''Je n'ai pas de comptes à rendre aux Nordiques'', Le Soleil, 19 avril 1988
Un grand intérêt pour Haworth, Le Soleil, 15 juin 1989
Les Sharks pourront repêcher Béliveau...et Guy Lafleur, Le Soleil 30 mai 1991
Clarke réclame Guy Lafleur, La Tribune, Sherbrooke 31 mai 1991
Une blague très sérieuse de Clarke, La Tribune, Sherbrooke, 11 juin 1991
Alan Haworth a partagé la coupe Stanley, Journal L'Express, 26 nov.2018
EliteProspects

mercredi 24 juin 2020

Bernie Nicholls




Né le 24 juin (bonne fête et bonne St-Jean en passant) dans le petit village d'Haliburton en Ontario, Bernard Irvine Nicholls fut un des meilleurs joueurs des Kings durant les années 80 et plusieurs pensent qu'il se serait mérité une place au temple de la renommée s'il était resté à Los Angeles au delà de cette décennie. Mais plutôt que de faire partie du ''hall of fame'', il semble plutôt faire partie du fameux et nébuleux ''hall of very good''...



Un joueur habile avec la rondelle et possédant un tir vif et précis, Nicholls se fit repêcher par les Kings en 4e ronde (73e au total) du repêchage de 1980 après une première saison junior correcte (79 points) avec les Canadians de Kingston. Les Kings le gardèrent dans le junior l'année suivante, ce qui fut bénéfique selon lui car il doubla ses statistiques en 1980-81 avec 63 buts et 152 points et fut davantage prêt mentalement pour faire le saut dans la LNH.

Il débuta son parcours professionnel avec le club-école des Kings dans la ligue américaine, les Nighthawks de New Haven où il menait la ligue avec 41 buts et 71 points en 55 matchs avant d'être rappelé par les Kings pour le restant de la saison 1981-82. Il obtint ensuite une excellente fiche de 14 buts et 32 points en 22 matchs lors de cette première saison écourtée à Los Angeles en plus de 4 buts en 10 matchs durant les séries, participant d'ailleurs au ''Miracle on Manchester'', ce fameux match où les Kings remontèrent un déficit de 5 à 0 contre les Oilers pour l'emporter 6-5 et prendre les devants dans la série. Il devint également lors de ces premiers matchs avec l'équipe le premier de leur histoire à obtenir deux tours du chapeau consécutifs. Il ne retournera jamais dans les mineures par la suite.


Venant d'un petit village de moins de 100 habitants, il s'adapta toutefois rapidement à la vie d'une grande ville comme Los Angeles et devint un joueur fort populaire auprès des fans des Kings, particulièrement par sa fameuse célébration de but surnommée le ''Pumper Nicholl'' car il avait l'habitude de faire tournoyer son bras après chaque but compté.

Il était aussi très charismatique et toujours souriant en dehors de la glace où sa fougue, sa jeunesse et sa crinière blonde avec ''mullet'' correspondaient parfaitement avec le style de vie californien. Il se faisait également remarquer par ses habits et manteaux de fourrure flamboyants dont un habit complètement rose qu'il portait occasionnellement lors de ses nombreuses sorties nocturnes en début de carrière.

Il ne fut jamais reconnu pour des frasques majeures hors de la glace mais une certaine réputation d'oiseau de nuit le suivit une bonne partie de sa carrière avant de diminuer lorsqu'il devint plus vieux. Même chose pour le ''Pumper Nicholl'' qu'il arrêta graduellement de faire après s'en être lassé.




Il régressa légèrement lors de sa deuxième saison avec 50 points en 71 matchs mais se rattrapa lors des années suivantes avec des saisons de 95 points en 1983-84, une première de 100 points en 1984-85 et ensuite une de 97 points en 1985-86. Sa venue à Los Angeles venait enfin apporter plus de profondeur à l'attaque dans cette équipe qui devait auparavant dépendre presque entièrement de sa ''Triple Crown Line'' avec Marcel Dionne, Dave Taylor et Charlie Simmer pour générer de l'offensive. Étant jumelé la plupart du temps avec l'ailier Jim Fox, Nicholls était fermement campé comme deuxième centre de l'équipe et semblait lorgner la première ligne davantage au fur et à mesure que Dionne vieillissait. Mais même après l'échange de Dionne aux Rangers en 1987, il demeura comme deuxième centre dû à l'arrivée du jeune (et éphémère) prodige Jimmy Carson en 1986-87.

Après une première bonne saison, Carson explosa en 1987-88 avec 55 buts et 107 points tandis que Nicholls régressa avec des saisons de 81 et 78 points respectivement. Il n'avait toutefois joué que 65 matchs lors de cette saison de 78 points et conservait tout de même sa moyenne supérieure à 1 point par match depuis le début de sa carrière. Cependant, après deux saisons de plus de 40 buts en 1984 et 1985, Nicholls était depuis plutôt un habitué aux saisons de 30 buts et plus mais on sentait quelque peu un potentiel qui se laissait désirer.

Les choses prirent toutefois une tournure complètement différente pour Nicholls, Carson, les Kings et la LNH en général durant l'été 1988 lorsque survint ''l'Échange'' entre les Kings et les Oilers où Carson ainsi qu'un package de prospects, choix au repêchage et 15 millions de dollars prirent le chemin d'Edmonton en retour de Wayne Gretzky, Marty McSorley et Mike Krushelnyski.

Luc Robitaille, Bernie Nicholls et Steve Duchesne

L'arrivée de la merveille à Los Angeles eut l'effet d'une bombe dans le milieu du hockey et sur le paysage sportif californien. Pour Nicholls c'était une occasion de rêve et selon ses propres mots cela se comparait à ''un enfant qui reçoit ses cadeaux le matin de Noël''. La production offensive de Nicholls explosa lors de la première saison de Gretzky avec les Kings en 1988-89 alors qu'il obtint des sommets en carrière faramineux de 70 buts et 80 passes pour 150 points soit presque le double de sa saison précédente (78 points).

Nicholls parvint donc avec cet impressionnante récolte à s'inclure dans deux clubs sélects de l'histoire de la LNH soit celui des joueurs ayant franchi le cap des 70 buts (avec 9 autres joueurs) et celui encore plus sélect de seulement 5 joueurs ayant franchi le cap des 150 points, les autres étant Phil Esposito, Steve Yzerman, Mario Lemieux et bien sûr Gretzky.

En plus de franchir ces deux plateaux impressionnants avec ce 70e but, il s'agissait également de son 300e en carrière.





Malgré qu'il obtint des résultats plus que respectables durant le reste de sa carrière, Nicholls ne s'approchera plus jamais d'un tel niveau de production et est grandement reconnu pour avoir lui aussi bénéficié de la présence de Gretzky pour obtenir des statistiques élevées du genre. Ce qui fait que sa saison 88-89 de 150 points semble demeurer pour plusieurs une anomalie.

Cependant quelque chose m'a toujours intrigué à propos de cette fameuse saison. Il est indéniable que Nicholls profita de l'arrivée de Gretzky mais il y a plusieurs nuances à apporter avant de pouvoir dire que cette saison était une anomalie.

Premièrement le plus important point est que Gretzky et Nicholls étaient tous les deux joueurs de centre et durant la majorité de la saison, c'est avec Luc Robitalle et Dave taylor que Nicholls jouait, étant jumelé avec Gretzky principalement en avantage et désavantage numérique.

Match des étoiles 1989


Une grande croyance serait que Nicholls a su profiter du fait que puisque l'attention des joueurs adverses était centrée pour contrer Gretzky, il avait plus de marge de manœuvre pour que Nicholls puisse produire offensivement sur son trio moins surveillé. Une autre théorie est que Nicholls était mûr pour rebondir après une saison 1987-88 écourtée par des blessures et une suspension. Selon Nicholls lui même, la seule présence de Gretzky dans le vestiaire était inspirante et motivante pour Nicholls à passer à un niveau supérieur, même en jouant sur différents trios. Les deux joueurs avaient aussi le même âge en plus de venir de l'Ontario et devinrent de grands amis durant cette saison.

Une autre théorie est que Nicholls (alors agé de 27 ans) était alors dans son ''peak'' et entrait dans ses meilleures années. D'autres joueurs comme Brett Hull, Phil Esposito et Vincent Lecavalier ont également connu des ''jumps'' de production similaire (quoique pas aussi impressionnants) que Nicholls alors qu'ils avaient sensiblement le même âge.

Je me devais donc d'aller plus loin pour découvrir à quel point Nicholls avait profité de la présence de Gretzky. J'ai scruté chaque sommaire des matchs des Kings en 1988-89 sur le site de la ligue et j'ai ensuite décortiqué les statistiques de Nicholls. J'ai effectivement remarqué que Nicholls jouait régulièrement avec Robitaille et Taylor et n'était jumelé avec Gretzky que sur l'avantage numérique la plupart du temps. Mais plus la saison avançait et Nicholls jouait de plus en plus avec Gretzky à 5 contre 5, ce qui nous donne les statistiques suivantes:

Points obtenus par Nicholls sans Gretzky: 88
Points obtenus avec Gretzky: 62 dont 25 en avantage numérique, 11 en désavantage numérique et 26 en temps de jeu régulier.

Il est aussi à noter qu'il y a une marge d'erreur ici car même si Gretzky n'était pas sur le sommaire pour certains points de Nicholls, ça ne veut pas dire qu'il n'était pas sur la glace.




Donc j'en conclus donc que oui, Nicholls fut grandement aidé par Gretzky mais que ce dernier n'est pas le seul responsable de ses succès cette saison-là. Avec son ''peak'' discuté plus haut, il n'aurait pas obtenu 150 points mais peut-être 110-120 points sans la merveille dans le même vestiaire. Il est aussi à noter que d'autres joueurs des Kings n'ont pas obtenu le même ''boost'' avec Gretzky. C'est le cas de Robitaille d'ailleurs qui obtint moins de points (98) que la saison précédente (111).

Cette saison ''anormale'' de Nicholls est donc à prendre avec des pincettes et c'est beaucoup la suite des choses qui vint faire en somme que Nicholls n'obtint jamais plus de telles statistiques, même s'il demeura un joueur d'un point par match pour plusieurs années.

Lors de la saison 1989-90, Nicholls semblait être de nouveau sur la même voie avec 27 buts et 75 points lors de ses 47 premiers matchs ce qui lui aurait donné autour de 130 points sur une saison complète. Mais tout bascula pour Nicholls à la pause du match des étoiles de 1990 alors qu'il passa aux Rangers de New York la veille du match. La direction des Kings trouvait que l'équipe manquait de robustesse et avait des faiblesses en défensive, particulièrement en séries, et cherchait également à trouver d'autres ailiers pour entourer Gretzky.

Avec un club quelque peu en déroute dans le classement à ce moment-là, des rumeurs impliquaient le départ de Nicholls et/ou de Robitaille depuis plusieurs semaines. Ils envoyèrent finalement Nicholls à New York et réussirent à recevoir 2 joueurs contre lui soit Tony Granato et Tomas Sandstrom.

Nicholls fut initialement furieux de la décision des Kings, lui qui s'était fait promettre par le propriétaire Bruce McNall qu'il ne serait pas échangé (comme Jimmy Carson auparavant et Luc Robitaille plus tard) et qui avait signé un nouveau contrat en début de saison. Il était aussi choqué d'apprendre la nouvelle pendant les festivités du match des étoiles.

Gretzky était lui aussi choqué par l'échange mais reconnaissait que l'équipe avait besoin de plus de hargne. Nicholls encaissa malgré tout le choc et se rapporta à New York mais joua tout de même le match des étoiles pour la conférence Campbell, celle des Kings. Il termina la saison 1989-90 avec un rythme bien sûr moins productif avec 37 points en 32 matchs à New York pour un total combiné de 112 points, ce qui fut finalement sa dernière saison de plus de 100 points.

Les Kings continuèrent de peaufiner leur alignement au cours des saisons suivantes et Granato et Sandstrom furent importants pour l'équipe durant le parcours jusqu'en finale en 1993. Cependant les Kings eurent beaucoup de difficulté à remplir le poste de deuxième centre après le départ de Nicholls, tentant des expériences avec des joueurs dont j'ai parlé dans les derniers mois comme Todd Elik, Bob Kudelski et Corey Millen. C'est d'ailleurs en remarquant le thème récurrent de l'abscence de Nicholls en écrivant ces autres textes que je me suis finalement décidé à m'attaquer à son cas...

Nicholls continua donc son chemin à New York et devint populaire avec les fans de sa nouvelle équipe, se méritant d'ailleurs le surnom ''Broadway Bernie''. Tom Hanks, un grand fan de hockey et particulièrement des Kings, porta même un chandail des Rangers à son effigie lors d'une participation à Saturday Night Live avec Aerosmith...


Il revint donc à son rythme plus standard d'un point par match en 1990-91 lors de sa première saison complète avec les Rangers (73 points en 71 matchs) mais les Rangers voulaient également avoir leur équipe championne et effectuèrent donc eux aussi un ''Échange'' avec un E majuscule en s'appropriant une vedette des Oilers d'Edmonton.

L'été 1991 n'était pas de tout repos pour les Oilers qui effectuèrent à contre gré un démantèlement massif de leur ancienne équipe championne, à peine plus d'un an après leur dernière conquête (voir texte du 16 avril 2017). Après les départs subséquents de Jari Kurri, Grant Fuhr et Glenn Anderson durant la saison morte, les Oilers durent se départir également de leur capitaine Mark Messier qui ne s'était pas rapporté au camp des Oilers et avait demandé d'être échangé après avoir vu que l'équipe ne voulait pas tenter de demeurer compétitive. Messier fut donc également échangé aux Rangers quelque peu après le début de la saison 1991-92.

En retour de Messier, les Oilers mirent la main sur Nicholls ainsi que Louis DeBrusk et Steven Rice en plus d'une somme d'argent de quelques millions de dollars.

Encore plus choqué par ce deuxième échange en moins de deux ans, Nicholls refusa de se rapporter aux Oilers, déclarant d'abord ne pas vouloir jouer au Canada dans une équipe en reconstruction. Il demandait également à ce que les Oilers lui offre une augmentation substantielle pour l'amener à Edmonton. Il fut donc suspendu par sa nouvelle équipe mais Nicholls eut par la suite d'autres raisons personnelles pour ne pas quitter New York puisque sa conjointe était confiné au lit alors qu'elle était enceinte de jumeaux. Le couple avait précédemment eu des difficultés à procréer et Nicholls refusa donc de quitter son chevet jusqu'à ce que ses enfants soient nés.

Les jumeaux Nicholls virent le jour à la fin du mois de novembre 1991 et porté par la bonne nouvelle et la tension disparue, il annonça aux Oilers qu'il était prêt à se rapporter avec eux. Il perdit donc plus de 200,000$ en salaire durant cet épisode mais fut grandement applaudi par ses pairs et par les fans pour avoir décidé de supporter sa famille durant cette épreuve.



Il arriva donc à Edmonton et après quelques jours à seulement s'entraîner avec l'équipe pour retrouver la forme, il fit ses débuts en tant que Oiler à la mi-décembre. Il obtint un respectable 20 buts et 49 points en 49 matchs durant cette saison écourtée de 1991-92 en plus de 19 points en 16 matchs durant les séries où les Oilers continuèrent de surprendre en ces années post-dynastie. Ce bon rendement de Nicholls lui permit d'entretenir une bonne relation avec les fans des Oilers qui l'appréciaient malgré qu'il devait porter les lourdes chaussures de Messier.

Le temps de Nicholls à Edmonton était toutefois emprunté. Il déclara lors de son arrivée qu'il jouerait de son mieux avec les Oilers mais qu'il désirait que l'équipe l'échange de nouveau, préférablement dans la côte est pour être plus près de sa famille (qui ne le suivit pas à Edmonton) ou bien qu'ils le renvoient à Los Angeles. L'équipe n'avait pas vraiment l'intention qu'il demeure à Edmonton très longtemps d'ailleurs. Désirant continuer de se rajeunir (et de couper dans la masse salariale) ils exaucèrent le souhait de leur meilleur joueur de centre en l'envoyant aux Devils du New Jersey en janvier 1993.

En retour, les Oilers obtinrent les attaquants Zdeno Ciger et Kevin Todd. Malgré que son séjour à Edmonton fut quelque peu tourmenté et qu'il n'avait pas vraiment le désir d'y jouer, il déclara plus tard qu'il était fier d'avoir porté leur chandail malgré tout.

Nicholls termina donc la saison 1992-93 avec sa 4e équipe en moins de 4 ans mais joua du hockey peu inspiré avec seulement 5 buts en 23 matchs au New Jersey et étant même laissé de côté à quelques reprises. Il termina la saison avec tout de même 60 points en 69 matchs avec les deux clubs mais un autre épisode familial en coulisses affecta son jeu durant cette période.

La conjointe de Nicholls, Heather, était retombée enceinte rapidement après la naissance de leurs jumeaux et un autre fils, Jack, naquit prématurément en novembre 1992. Jack était cependant né avec la trisomie 21 et développa plusieurs problèmes de santé après sa naissance. Un peu moins d'une semaine après son échange au New Jersey, Nicholls reçut le diagnostic que son fils souffrait d'une méningite bactérienne. Un prise de moelle épinière pour détecter le virus aurait par la suite mal tournée, ce qui provoca un arrêt cardiaque au pauvre Jack et qui le laissa dans un coma profond jusqu'à sa mort quelques jours avant son 1er anniversaire...

À travers cette épreuve les Devils accommodèrent Nicholls du mieux qu'ils pouvaient en lui permettant de retourner à Los Angeles (où la famille était désormais relocalisée) et en défrayant les frais pour les billets d'avion. Les Nicholls intentèrent plus tard une poursuite contre les médecins qui effectuèrent la prise de moelle épinière à leur fils, mais j'ignore quel en fut le dénouement.

La mort de Jack fut toutefois une libération pour la famille Nicholls qui était soulagée malgré tout de voir ses souffrances se terminer. Nicholls reprit graduellement du galon et le désir de jouer durant la saison 1993-94 où il ne joua que 61 matchs et récolta 46 points au sein d'une équipe davantage portée sur le jeu défensif. Il devint davantage efficace en défensive sous les ordres de Jacques Lemaire, ce qui l'aida à graduellement se ré-inventer pour le dernier droit de sa carrière.

C'est aussi avec les Devils qu'il franchit le cap des 400 buts et des 1000 points en carrière. Il fut également un des éléments importants des Devils en séries alors qu'ils s'inclinèrent en 7 parties contre les Rangers en finale de conférence. Il obtint 13 points en 16 matchs durant ces séries.


Les Devils décidèrent cependant de ne pas lui offrir un nouveau contrat et le laissèrent aller. Il signa donc ensuite un contrat de deux saisons avec les Blackhawks de Chicago où il continua de retrouver le plaisir de jouer après plusieurs mois et années difficiles. Il termina au premier rang des pointeurs des Blackhawks avec 51 points lors de la saison écourtée de 1995 ainsi que 12 points en 11 matchs durant les séries. Il connut ensuite une autre bonne saison en 1995-96 avec 60 points en seulement 59 matchs alors qu'il rata une partie de la saison avec diverses blessures.

Il est donc facile de croire que Nicholls se serait de nouveau approché du plateau des 100 points si les saisons précédentes avaient été complètes, sans grèves, blessures et problèmes personnels. Et imaginez s'il était demeuré avec les Kings...

Nicholls se plaisait à Chicago mais les Hawks ne lui offrirent ensuite qu'un contrat d'un an, ce qu'il refusa. Plusieurs autres équipes étaient intéressés à ses services mais il décida de terminer sa carrière en retournant en Californie. Il signa donc à l'été 1996 un contrat de deux saisons avec les Sharks de San Jose où il fut amené pour agir comme mentor envers leurs jeunes joueurs comme Owen Nolan et plus tard Patrick Marleau.



Après deux saisons dans un rôle plus défensif où il obtint respectivement 45 et 28 points, les Sharks le signèrent pour une autre saison en 1998-99. Il fut cependant libéré après 10 matchs après que les Sharks aient échoué à trouver une équipe qui désirait de ses services. Il fut donc forcé vers la retraite en novembre 1998. Apparemment que son entraineur Darryl Sutter lui préféra son frère Ron pour occuper son poste sur le 4e trio.

Depuis sa retraite, Nicholls partage son temps entre sa résidence à Las Vegas et dans son patelin d'origine à Haliburton où il occupe beaucoup de temps à chasser et pêcher. Il a également quelques entreprises sur internet dont il est investisseur. En 2011, il revint dans le monde de la LNH lorsque ce même Darryls Sutter le ramena dans le giron des Kings comme consultant entraîneur où il aidait les joueur à perfectionner leur lancer. Son implication lui valut finalement une bague de la coupe Stanley en 2012 et il put amener la coupe à Haliburton durant cet été-là et il l'emmena même à la chasse avec lui...



Il fit aussi partie des quelques 300 anciens joueurs qui poursuivirent la LNH il y a quelques années pour avoir négligé les diagnostics de commotions cérébrales. Comme plusieurs anciens joueurs, Nicholls sentit qu'il avait développé des symptômes au cours des années suivant sa retraite comme des pertes de mémoires et de l'irritabilité.

En 1127 matchs en carrière, il obtint 475 buts et 734 passes pour 1209 points, ce qui lui confère à ce jour le 47e rang de l'histoire dans la LNH. S'il avait pu jouer avec Gretzky pendant 3 ou 4 saisons de plus, nulle doute qu'il y aurait davantage de discussions pour son introduction au temple de la renommée. Mais il demeure qu'il n'a jamais remporté la coupe en tant que joueur ni remporté de trophées individuels. Il est donc un peu dans la même catégorie que les Pierre Turgeon, Jeremy Roenick et Vincent Damphousse de ce monde.


Sources:
It's Pumper-Nicholl on a roll, Sports Illustrated, 22 nov. 1982
Where he reigns, Goals pour, Sports Illustrated, 19 déc. 1988
Bernie Nicholls turned job as Wayne Gretzky’s sidekick into starring role, LA Times, 19 avril 2010
Only mortal after all?, Sports Illustrated, 26 février 1990
Remembering the Bernie Nicholls Trade, Big Mouth Barry, 28 janvier 2012
When a Crisis Sets In, Nicholls Puts Family First, New York Times, 3 janvier 1993
Eliteprospects
HockeyDB
NHL Trade Tracker

mercredi 3 juin 2020

Les Comets de Clinton





Entre Syracuse et Albany, à environ 20 minutes de la ville d'Utica dans l’état de New York, on retrouve Clinton, un petit village d'environ 2000 habitants. C'est dans ce lieu qu'eut lieu dans les années 60 une des meilleures saisons de l'histoire du hockey professionnel.



Fondé en 1928, le Clinton Hockey Club était d'abord composé que de joueurs d'écoles secondaires et jouait sporadiquement une dizaine de matchs par année, tout d'abord sur une patinoire extérieure faute d'aréna ou dans les villes et villages voisins. L'intérêt envers le club grandit graduellement mais ils durent attendre les années 40 avant de voir la construction d'un aréna local. 

Ils n'étaient d'abord affiliés à aucune ligue ce qui changea en 1931 lorsque le club joignit les rangs de la Amateur Athletic Union où ils jouèrent jusqu'en 1948. Le club, désormais nommé les Comets, joignit ensuite les rangs de la Amateur Hockey Association et évolua en même temps dans la New York/Ontario League à partir de 1951. Ils gagnèrent le championnat de la AHA de 1951 à 1953.

1955-56


En 1954, le club devint professionnel suite à son adhésion à la légendaire Eastern Hockey League (EHL), cette fameuse ligue qui servira partiellement d'inspiration plus tard pour plusieurs équipes et personnages du film Slap Shot.

D'ailleurs, Joe ''Indian'' Nolan (#16 sur la photo), un des premiers joueurs des Comets dans la EHL jouera dans Slap Shot le rôle de Clarence ''Screaming Buffalo'' Swampton, cet indien fou que les joueurs des Chiefs croyaient banni à vie.




Dans la vraie vie, Nolan ne fut jamais banni à vie mais fut le premier joueur de la ligue à franchir la barre des 300 minutes de pénalités en une saison. Il jouera plus tard pour les Jets de Johnstown (la vraie équipe dont les Chiefs furent basés) mais retournera plus tard résider à Clinton et il devint même juge de ligne.

Comme le hockey fonctionnait à Clinton, la ligue accommoda l'équipe pour qu'elle joue la plupart de ses matchs locaux le samedi alors que leur aréna d'une capacité de 4000 spectateurs était plus facile à remplir les fins de semaine. Même si la EHL était basse dans l'échelon du hockey professionnel de l'époque, le petit marché de Clinton faisait quand même tout un contraste avec d'autres marchés de la même ligue comme Philadelphie, Washington, Charlotte, Baltimore et Nashville...

1961-62


Le club fut rapidement compétitif dans sa nouvelle ligue, perdant en finale en 1956 et remportant le championnat en 1959. Durant la saison 1959-60, Clinton vit les débuts professionnels du futur membre du temple de la renommée, Ed Giacomin qui y joua une vingtaine de matchs avant de graduer dans la AHL. On y vit également plusieurs futurs et ex-joueurs de la LNH comme Pete Babando, Benny Woit ainsi que quelques joueurs du Saguenay-Lac-St-Jean comme Jeannot Gilbert et Jean Lamirande.

Le club gagna de nouveau le championnat en 1964 (la coupe Walker). En 1965-66, l'équipe donna les rênes à un joueur-entraîneur légendaire du nom de Pat Kelly qui deviendra plus tard entraîneur des Rockies du Colorado et également le fondateur de la ECHL dont le trophée du championnat porte d'ailleurs son nom, la Kelly Cup. Sous les ordres de Kelly, les Comets remportèrent le championnat durant trois années d'affilée, soit de 1968 à 1970.


Pat Kelly


1967-68
Une des meilleures équipes de l'histoire des ligues mineures professionnelles

Cependant, aucune des ses saisons à la barre des Comets n'égala celle de 1967-68 alors que les Comets, lors d'un calendrier de 72 matchs, dominèrent la EHL avec une fiche de 57 victoires, 5 défaites et 10 matchs nuls pour ensuite remporter le premier des trois championnats de suite de l'équipe. Cette fiche de 57-5-10 serait apparemment un record d'excellence dans le hockey professionnel pour un calendrier d'au moins 70 matchs. Le pourcentage de victoire des Comets de 1967-68 est effectivement de 0.861%. À titre de comparaison, les Canadiens de 1976-77 ont le meilleur pourcentage de l'histoire de la LNH post-expansion à 0.825%.

Borden Smith
Chez les marqueurs des Comets durant cette saison 1967-68, on retrouvait 6 joueurs ayant récolté plus de 100 points. Le meilleur marqueur fut Borden Smith, originaire de Rouyn-Noranda, avec 69 buts. Kelly, en tant que joueur-entraîneur, récolta 68 points mais il était défenseur...

Le coeur et âme de cette équipe était toutefois le centre et capitaine Jack Kane qui joua de 1960 à 1972 avec les Comets et qui obtint presque 1000 points (972) en plus de 800 matchs avec eux.

À la direction, les Comets avaient comme directeur général Wren Blair qui fut en poste de 1958 à 1967. Ce n'était toutefois pas son seul emploi puisqu'il fonda également les Generals d'Oshawa en 1960 et c'est lui qui amena Bobby Orr à signer avec les Bruins de Boston en l'amenant à Oshawa, club sponsorisée par les Bruins. De 1963 à 1965, il fut également, en plus des Comets, DG des Bruins de Minneapolis dans la CHL. En 1967, Blair devint DG des nouveaux North Stars du Minnesota. Il était donc déjà parti de Clinton lors de ce ''three-peat'' de 68 à 70 mais l'équipe fut entièrement bâtie par lui.

Au début des années 70, la situation dans la EHL devint de plus en plus compliquée suite à plusieurs restructurations et changements à la direction. Il y avait également des bisbilles au sein des différents propriétaires et dirigeants d'équipe. En 1972, les clubs de la EHL s'étendaient le long de la côte est, soit de New York et du Massachusetts jusqu'en Floride. Les propriétaires des clubs plus au sud étaient en froid avec ceux des clubs plus au nord (comme Clinton) alors qu'il y avait plusieurs difficultés à s'entendre sur les frais de voyage. Avec le nouveau climat incertain du hockey avec l'explosion du nombre d'équipe suite à l'expansion de 1967 et l'arrivée de l'AMH en 1972, les dirigeants de la EHL décidèrent de fermer boutique après la saison 1972-73.

Les Comets de Clinton jouèrent donc leur dernière saison dans la EHL en contraste avec la plupart de leurs années où ils dominaient dans cette ligue alors qu'ils terminèrent au dernier rang avec seulement 18 victoires.

Après cette dernière saison 1972-73, la ligue fut dissoute et 4 clubs plus au sud de la ligue formèrent la Southern Hockey League (SHL) tandis que 5 autres clubs plus au nord joignirent les rangs de la nouvelle North American Hockey League (NAHL) dont les Jets de Johnstown qui éventuellement auront dans leurs rangs un jeune joueur du nom de Ned Dowd dont la sœur écrira plus tard le fameux film Slap Shot selon les souvenirs et récits de son frère. La NAHL allait également servir de ligue affiliée à la nouvelle AMH.

1972-73
Dernière édition des Comets de Clinton


Pour leur part, les Comets firent également le saut dans la NAHL mais pas à Clinton. L'équipe fut achetée par un groupe d'hommes d'affaires d'Utica où ils décidèrent de déménager l'équipe. Utica était une plus grande ville (60 000 habitants) avec plusieurs collèges et universités. Plusieurs spectateurs venaient d'ailleurs d'Utica lors de ces matchs de fin de semaine alors qu'il n'y a qu'une vingtaine de kilomètres entre les deux villes. L'équipe se renomma toutefois les Comets de Mohawk Valley. Mohakw Valley étant une région centrale de l'état située entre les montagnes Adirondack et les montagne Catskills.

En plus de ce changement de ville, les Comets perdirent également leur joueur-entraîneur de longue date, Pat Kelly, qui prit le chemin du sud et devint entraîneur des Checkers de Charlotte dans la SHL. Il mènera ces derniers au championnat de cette ligue en 1976.



Peu de joueurs de renom jouèrent pour les Comets durant cette période NAHL malgré que plusieurs eurent ou auront une petite ''tasse de café'' dans la LNH. Les plus célèbres Comets de l'ére NAHL furent le gardien Michel Dion, l'ex-défenseur des Bruins et des Penguins Bob Woytowich et comme on était dans la NAHL durant les années 70, on se doit de retrouver un des frères Carlson à un moment donné. Ici c'est Jeff Carlson qui y joua 17 matchs en 1976-77.

Le climat du hockey professionnel durant cette période devint ce que l'on sait avec la dilution de talent suite à cette explosion d'équipes professionnelles. Les plus bas niveaux du hockey comme la NAHL étaient un terreau peu fertile en talent mais davantage en bagarres et en instabilité au niveau organisationnel. Le film Slap Shot est pratiquement un documentaire à ce niveau... Les Comets réussirent à survivre durant l'entièreté de l'existence de la NAHL mais cette dernière ne dura que 4 saisons. À l'automne 1977, les Comets ainsi que la NAHL cessèrent leurs activités. 

Malgré que le hockey professionnel ne revint jamais dans la petite municipalité de Clinton, le hockey continua à connaitre des hauts et des bas à Utica (ou à Mohawk Valley). Un autre club du nom des Mohawks d'Utica évolua dans deux autres ligues éphémères, la Northeastern Hockey League (1978-79) et ensuite dans une nouvelle Eastern Hockey League pour une saison (1979-80). Cette deuxième EHL fut ensuite réorganisée en une nouvelle ligue, la Atlantic Coast Hockey League (ACHL) qui sera en opération de 1981 jusqu'en 1987 et dont plusieurs clubs joindront ensuite les rangs de la ECHL.

Martin Brodeur
avec les Devils d'Utica
Dans la ACHL, on vit apparaître les Stars de Mohawk Valley qui reprendront le nom des Comets en 1985. Après la fin de la ACHL, le club-école des Devils s'établit à Utica. Les Devils d'Utica joueront dans la ''mohawk valley'' jusqu'en 1993 et on revit finalement dans la région de futurs joueurs de la LNH comme Martin Brodeur, Valeri Zelepukin et Paul Ysebaert entre autres.

Les années 90 furent toutefois difficiles à Utica alors qu'on y vit plusieurs clubs éphémères après le départ des Devils en 1993. Les Bulldogs (1993-94) et ensuite les Blizzards (1994-97) évoluèrent dans la profonde Colonial Hockey League et on vit apparaître par la suite les Prowlers (1997-2001) dans la United Hockey League. Ensuite on ne vit presque pas de hockey dans la région si ce n'est qu'au niveau collégial avec Utica College.

En 2013, on vit finalement l'apparition d'un nouveau club affilié à la LNH, les Comets d'Utica, qui demeurent associés aux Canucks depuis ce jour. En 2016, le club honora les anciens Comets de Clinton et l'édition 1967-68 de cette dernière lors d'une cérémonie d'avant-match et avec un nouveau chandail vintage pour les Comets. Sous les ordres de Travis Green, les Comets s'inclinèrent en finale en 2015 mais Green gradua éventuellement avec les Canucks en 2017.

Comets d'Utica

Soirée et bannière en honneur des Comets de 1967-68




Chandail vintage des Comets


Bref, le hockey professionnel continue d'évoluer à Utica mais pour Clinton c'est quelque chose du passé. Clinton fut toutefois élue comme ville hôtesse du concours Kraft Hockeyville en 2018 et accueillit donc un match pré-saison entre les Sabres et les Blue Jackets en septembre 2018.


Sources:
Record-setting Clinton Comets honored, Utica Observer Dispatch, 4 juin 2012

Pat Kelly reflects on his time with the Clinton Comet, ECHL.com
Buffalo Hockey beat 
Thank you Albert Perryman
Utica Comets
Fun While it lasted


vendredi 8 mai 2020

Dennis Maruk




Dans la même lancée que certains de mes articles précédents, je continue ma chaîne de biographies de joueurs fétiches ou dont j'ai vraiment envie de parler. J'ai commencé avec Gary Smith, qui a joué pour les Seals comme Al MacAdam qui a joué ensuite avec Steve Payne. Je continue donc aujourd'hui avec un autre Seal/Baron/North Star en la personne du légendaire Dennis Maruk. 

Un joueur culte ici à LVEUP, Maruk a été discuté et name-droppé ici et là mais il n'avait pas encore eu droit à sa propre bio, alors je rectifie le tir et espère vous faire découvrir ou redécouvrir un des meilleurs moustachus de l'histoire de la ligue et le plus obscur des marqueurs de 60 buts. Moi-même je l'ai découvert ici lors des premières années de ce blog, alors que je n'étais pas encore un contributeur.

Je vous avertis, comme il s'agit d'un de mes joueurs fétiches qui fit partie de mes équipes défuntes fétiches, j'ai beaucoup de choses à dire donc, c'est un long billet.  Ça m'a prit 4-5 jours démêler tout ça d'ailleurs...




Né le 17 novembre 1955 à Etobicoke en banlieue de Toronto, Dennis John Maruk (prononcé Ma-Rooke) est issu d'une famille d'origine ukrainienne. Il commença à jouer au hockey vers l'âge de 8 ans et s'initia également à la crosse où il évoluait comme gardien. 

Il commença son stage junior avec les Marlies de Toronto, mais il n'y joua que 8 matchs alors qu'il fut échangé aux Knights de London en 1972. Il prit le chemin de London en compagnie de Larry Goodenough et en retour, les Marlies obtinrent Mark Howe, fils de Gordie, avec qui ils gagneront la Coupe Memorial en 1973.  Howe quittera ensuite pour l'AMH avec son père et son frère Marty.

Au départ, Maruk, qui n'était âgé que de 16 ans, ne voulait pas quitter le nid familial et se rapporter avec les Knights. Il pensa même se retirer du hockey pour devenir joueur de crosse à la place. Il changea toutefois son fusil d'épaule et se rapporta éventuellement à London, où il connut une saison recrue de 113 points, un record de la ligue à l'époque qui lui valut le titre de recrue de l'année. Il était d'ailleurs le premier récipiendaire de ce trophée (le Emms Family award), nouvellement créé en 1973. Aucune recrue des Knights n'a ensuite récolté 100 points en une saison jusqu'à l'arrivée de Patrick Kane en 2006-07.


Maruk avec les Knights de London


C'est à London que Maruk commença à porter sa célèbre moustache ''Fu Manchu''. Il façonna ce look en partie parce qu'il était trop paresseux pour se raser, mais aussi parce que ça lui donnait l'air plus vieux. Il déclara qu'il ne s'était fait carter qu'une ou deux fois dans sa vie depuis qu'il avait 15 ans.

L'inspiration de la moustache de Maruk
Il basa ce look après avoir découvert Al Hrabosky, un lanceur des Cardinals de St.Louis à ce moment-là qui portait lui aussi ce fameux ''Fu'' mais qui était aussi un joueur intense auquel s'identifiait Maruk.

Il connut ensuite une autre saison de 112 points en 1973-74, mais fut ignoré à cette première année d'admissibilité au repêchage. À seulement 5'8'' et 160 livres, beaucoup doutaient de sa capacité à jouer dans la grande ligue, un constat qu'il continua de défier toute sa carrière. Certains le comparaient pourtant à Marcel Dionne, un autre marqueur doué mais de petite stature. Dionne était d'ailleurs le précédent détenteur du record de points pour une recrue dans la OHL avant l'arrivée de Maruk.

Plus tard, alors qu'il jouait pour les Barons, Maruk se serait apparemment fait refuser l'entrée au Forum de Montréal par un gardien de sécurité, qui n'arrivait pas à croire qu'il était un joueur de la LNH...

Il explosa en 1974-75 à London avec 66 buts et 145 points, ce qui lui valut le titre du joueur le plus utile de la ligue. Il devint davantage courtisé par les recruteurs, particulièrement ceux des Capitals de Washington qui avaient joué un match amical contre les Knights lors de leur camp d'entraînement qui se tenait à London cette année-là. Maruk marqua 5 buts lors de ce match.

Il fut donc malgré tout repêché en 2e ronde (21e au total) au repêchage de 1975, non pas par les Capitals, mais les Seals de Californie. Il fut également repêché par les Crusaders de Cleveland dans l'AMH, mais décida de tenter sa chance dans le grand circuit. La ville de Cleveland le retrouvera toutefois d'ici peu...

Il se rapporta donc avec les Seals pour leur camp d'entraînement à l'automne 1975, mais l'équipe croyait qu'il n'était pas prêt et qu'il devait s'attendre à commencer son parcours professionnel dans les mineures. Maruk était représenté par une agence de Montréal dont faisait partie le légendaire ''Boom-Boom'' Geoffrion. Ce dernier se rendit sur place et prit la défense de son client en leur promettant qu'il allait les épater lors du camp et qu'il ne jouerait jamais dans les mineures. 

Maruk marqua 2 buts lors de son premier match hors-concours et les Seals changèrent d'avis, qui lui firent immédiatement signer un contrat. Ils ne regrettèrent pas cette décision, alors que le club avait grandement besoin de marqueurs.

Il débuta donc sa première saison professionnelle et mit quelques temps à se mettre en marche. Il marqua éventuellement son premier but à Toronto contre les Leafs et devant sa famille, qui s'était déplacé pour le voir. Il débloqua graduellement et franchit le cap des 30 buts avec une récolte de 30 buts et 32 passes pour 62 points, ce qui demeurera un record de la franchise pour un joueur recrue.

Il termina 2e meilleur pointeur des Seals derrière Al MacAdam, son compagnon de trio avec Bob Murdoch. Les trois joueurs formèrent la fameuse ligne ''3M'' (Maruk-MacAdam-Murdoch). Il termina même troisième au scrutin pour l'obtention du trophée Calder, qui alla finalement à Bryan Trottier des Islanders.

Son style hargneux et énergique, sa combativité, ainsi que sa chevelure et pilosité abondantes firent de lui un favori de la foule à Oakland. L'équipe semblait avoir des jours prometteurs devant elle et Maruk se plaisait en Californie, mais comme on le sait, il s'agissait de la dernière saison de la franchise dans cet état. Durant l'été 1976, l'équipe déménagea en catastrophe à Cleveland sous les recommandations des actionnaires minoritaires de l'équipe (voir texte du 20 février 2016).

La nouvelle équipe des Barons fut encore plus un fiasco en Ohio, dans un amphithéâtre loin de tout et un environnement malsain où les fans et la promotion étaient rares, la météo froide et les finances dans le rouge. À travers toutes ces épreuves, Maruk décida de se concentrer davantage sur lui-même et sur son jeu, ce qui lui valut quelques critiques. Plus tard, MacAdam déclara que Maruk était le joueur le plus égoïste avec qui il avait joué dans sa carrière. Jean-Paul Parisé, que les Barons obtinrent des Islanders en janvier 1978, essaya d'instaurer un nouveau système et une culture gagnante à Cleveland, mais déclara plus tard (sans nommer de noms) que plusieurs joueurs vedettes des Barons semblaient plus préoccupés par leur propre situation que d'essayer de remporter des matchs.



Lors de la première des deux saisons d'existence des Barons, le club était en danger d'être dissout et de ne pas terminer la saison. On parlait alors d'une dispersion ou une vente des joueurs à travers la ligue, ce que les joueurs des Barons espéraient.

Il y avait même une rumeur comme quoi les Rangers étaient intéressés à fournir 1 million de dollars pour faire l'acquisition de Maruk, du gardien Gilles Meloche ainsi que du partenaire de trio de Maruk, Bob Murdoch, frère de Don Murdoch chez les Rangers.

Quand ce scénario ne se réalisa pas et que l'équipe fut sauvée in extremis par l'association des joueurs, les Barons continuèrent de perdre dans l'indifférence quasi générale. Maruk déclara que lui et d'autres joueurs étaient déçus d'être toujours à Cleveland et qu'il se demandait s'il était vraiment dans la LNH dans un tel environnement. À propos de cet aspect d’égoïsme énoncé par MacAdam, il expliqua que les joueurs avaient une fierté personnelle et que si l'équipe n'allait pas survivre de toute manière, il valait mieux tenter de se faire valoir pour aboutir dans une autre équipe. Il croyait également que son jeu d'ensemble n'affectait pas le rendement de l'équipe, lui qui continuait de performer malgré tout.

Les Barons terminèrent cette première saison catastrophique en 1976-77 avec une fiche de 25-42-13, et Maruk obtint 28 buts et un record de franchise pour les points avec 78 (incluant les années en Californie). Il continua dans la même veine en 1977-78 avec une fiche de 36 buts (aussi un record pour la franchise Seals/Barons) et un total de 71 points. Il fut également invité au match des étoiles pour la première fois de sa carrière.

Retrouvons ici un jeune Claude Quenneville qui nous fait un compte-rendu d'un match Canadiens-Barons de 1977-78:




La saison 77-78 était la dernière à Cleveland et les propriétaires des Barons se portèrent ensuite acquéreurs de la franchise des North Stars du Minnesota. Avec l'accord de la ligue et dans une situation sans précédent, ils décidèrent de fusionner les deux équipes et de ne garder que les North Stars en place. Quelques joueurs en trop dans leur système furent dispersés à travers la ligue mais Maruk fut protégé par les North Stars et s'attendait à démarrer cette nouvelle étape avec eux en 1978-79.

Cependant, le directeur général des North Stars, Lou Nanne, dit à Maruk qu'il pensait l'échanger durant la saison morte alors qu'il y avait un surplus de joueurs de centre dans l'organisation avec la sélection de Bobby Smith au précédent repêchage. Cet échange ne se produisit toutefois pas durant l'été et Nanne dit à Maruk qu'il resterait finalement avec l'équipe. Le début de saison sembla toutefois raviver l'intérêt des autres DG de la ligue. Lors du deuxième match de la saison 78-79, l’entraîneur des North Stars Harry Howell cloua Maruk au banc, en lui disant qu'ils étaient en train de peaufiner les détails d'un échange et qu'il ne voulait pas qu'il se fasse blesser. Heureusement pour Maruk, il s'était fait conseiller par son agent de louer au lieu d'acheter une maison. Il resta cependant amer envers la direction des North Stars.

Maruk prit donc finalement le chemin de Washington. Les Capitals avaient regretté de ne pas l'avoir choisi au repêchage de 1975. À l'époque ils avaient plutôt choisi l'attaquant Alex Forsyth, un joueur qui ne joua qu'un seul match dans la LNH. Avec les Capitals, Maruk se retrouva une fois de plus dans une organisation moribonde qui peinait à attirer au guichet. Il y connut toutefois les meilleures saisons de sa carrière et devint leur première véritable menace offensive, à l'exception peut-être de Guy Charron.

Il continua de performer avec sa nouvelle équipe en récoltant une première saison de 31 buts et 90 points, bon pour le premier rang des pointeurs des Caps.

Il commença ensuite la saison 1979-80 en lion, récoltant 17 points lors de ses 7 premiers matchs. Il se blessa toutefois au genou lors d'un match contre les Canucks et rata la majorité du reste de la saison, ne jouant que 27 matchs au total.

Il se rattrapa toutefois en 80-81 avec sa première saison de 50 buts (50-47-97 points). Jumelé avec le jeune Ryan Walter et Chris Valentine, il obtint ensuite des sommets en carrière de 60 buts et 136 points lors de la saison 1981-82. Ce record d'équipe de 60 buts ne fut battu qu'en 2007-08 lorsque Alex Ovechkin en marqua 65. Son total record de 136 points demeure toutefois en place jusqu'à ce jour.

Voici une autre petite pause vidéo d'un tour du chapeau de Maruk en 1981 lui permettant d'atteindre le plateau des 50 buts.





Maruk termina donc la saison 81-82 au 4e rang des pointeurs de la ligue et il participa pour une deuxième fois au match des étoiles, qui se tenait d'ailleurs à Washington. Ses 136 points cette saison-là font de lui un membre sélect de 23 joueurs ayant récolté plus de 130 points en une saison et d'un autre club sélect de 19 joueurs ayant franchi le cap des 60 buts. Cependant, Maruk est resté relativement obscur malgré ces deux saisons consécutives de 50 buts et plus et n'était pas autant considéré dans l'élite des joueurs de son époque, comme les Stastny, Dionne, Bossy ou Gretzky. Il faut dire qu'il jouait dans les marchés les moins sexy de son époque et malgré une saison de 136 points, Gretzky faisait pour sa part des saisons de 200 points. Ah les années 80...

Les Capitals, même avec l'arrivée de Maruk et de jeunes prometteurs comme Walter, Bob Carpenter et Mike Gartner, continuaient de perdre et d'attirer peu de spectateurs. En 1982, on commençait à parler d'un possible déménagement pour la franchise, chose à laquelle était habitué notre ami Maruk.


Comme il jouait normalement pour des équipes de bas de classement, Maruk était un habitué des championnats du monde où il participa à 4 éditions, remportant la médaille de bronze en 1978.


La franchise des Capitals fut sauvée par l'arrivée d'un nouvel entraîneur, Bryan Murray, et d'un nouveau directeur-général, David Poile.  Le premier geste de ce dernier comme DG fut de conclure le meilleur échange de l'histoire de la franchise, en se portant acquéreur du défenseur Rod Langway du Canadien.

Avec la présence de Langway, le nouveau système de Murray et aussi l'arrivée de leur plus récent premier choix Scott Stevens (5e au total en 1982), les Caps avaient une nouvelle identité en 1982-83 et firent les séries pour la première fois de leur histoire (également la première fois pour Maruk). Il firent ensuite les séries durant 10 saisons consécutives et on entendit plus jamais parler de déménagement pour l'équipe.

Match des étoiles de 1982 à Washington
Les choses changèrent toutefois pour Maruk, alors qu'il perdit son ailier Ryan Walter dans l'échange de Langway et il fut éventuellement muté à l'aile pour permettre à Carpenter de devenir premier centre. Murray trouvait également que le jeu défensif de Maruk au centre faisait défaut.

Il fut éventuellement relégué au deuxième trio plus tard dans la saison. Sous ce nouveau système de Murray et avec ce changement de position, les statistiques de Maruk revinrent à la normale et il termina la saison avec 31 buts et 81 points, tout de même bon pour le premier rang chez les Capitals.

Les Capitals se firent toutefois éliminer en 4 matchs par les puissants Islanders et Maruk ne récolta que 2 points durant ces premiers matchs en séries. Voulant continuer leur virage jeunesse et voulant laisser davantage de glace à leurs jeunes joueurs, ainsi qu'au nouveau venu Dave Christian, les Capitals décidèrent de se départir de Maruk, dont ils estimaient que ses meilleures années étaient derrière lui.

Maruk s'attendait à cet échange, alors qu'il avait discuté avec Murray de ne pas vouloir continuer à jouer à l'aile la saison suivante et il s'était fait dire qu'il ne cadrait donc plus dans le nouveau système des Caps. Son attitude nonchalante et ses apparentes sautes d'humeur auraient aussi été un facteur...

Poile eut initialement de la difficulté à trouver preneur pour Maruk alors qu'il ne trouva pas d'offres suffisantes pour s'en départir. Il se résoudra finalement à le renvoyer au Minnesota durant l'été 1983 en échange d'un choix de 2e ronde qui deviendra le solide attaquant Steve Leach. Maruk retrouva donc ses anciens coéquipiers avec les North Stars, mais l'équipe avait bien changé depuis la fusion avec les Barons en 1978. Il ne restait d'ailleurs que Maruk, MacAdam et Meloche comme vestiges des Barons/Seals avec l'équipe en 1983-84.

Autre pause vidéo avec quelques-uns des derniers buts de la carrière de Maruk en tant que North Star:




Les nouveaux North Stars, après avoir reconstruit leur équipe après la fusion et participé à la finale de la coupe Stanley en 1981, avaient comme visages les Dino Ciccarelli, Neal Broten, Brian Bellows et Tom McCarthy. Maruk était donc moins indispensable au sein de cette équipe et se retrouva dans le bas de l'alignement. Il n'était toutefois pas déclassé et continua tout de même d'amasser des points avec une fiche de 17 buts et 60 points en 1983-84. Il les aida également à retourner en finale de conférence durant les séries de 1984 où il obtint 10 points en 16 matchs. Il s'agissait de son plus long parcours en séries.

Maruk connut ensuite deux autres bonnes saisons de 60 et 58 points respectivement. Cependant, il commençait à subir le poids des nombreuses années à batailler devant le filet et  il se blessa de plus en plus souvent. Il avait auparavant l'habitude de jouer l'entièreté du calendrier régulier (à l'exception de sa saison 79-80) mais commença à partir de 1984 à rater entre 10-15 matchs par saison. Il était toutefois surprenamment bon en séries, mettant au rancard sa réputation de ne pas être assez performant et combatif lorsque ça compte. En 1985-86, malgré que les North Stars se firent éliminer en 5 matchs par les Blues, Maruk mena son équipe avec une récolte de 4 buts et 13 points, ce qui demeure un record offensif pour une seule série dans l'histoire de Minnesota/Dallas.

Après une autre saison raccourcie par les blessures en 1986-87 où il n'obtint que 46 points, on commença à apercevoir la fin dans le cas de Maruk. Il se blessa au pied durant un match pré-saison en septembre 1987 et ne commença à jouer qu'en décembre. Il fut remis au rancart en février après s'être fait démolir le genou en bloquant un tir. Il ne joua donc en tout que 22 matchs en 1987-88.

Cette blessure sembla être le clou dans le cercueil pour la carrière de Maruk alors qu'il dut se faire opérer, et sa réhabilitation dura jusqu'en décembre 1988. Il joua en 1988-89 ses premiers matchs en carrière dans les ligues mineures alors qu'il fut envoyé avec les Wings de Kalamazoo pour se remettre en forme. Il y récolta 6 points en 5 matchs et revint avec les North Stars, mais il ne joua finalement que ses 6 derniers matchs avec eux, ne récoltant qu'une seule passe, suite à quoi il prit sa retraite en mars 1989 à l'âge de 33 ans. Il était alors le dernier joueur encore actif à avoir joué pour les Seals et les Barons. L'ancien des Kings Charlie Simmer, qui avait commencé sa carrière avec les Seals, joua jusqu'en 1991 dans les mineures et en Europe est techniquement le dernier Seal mais dans la LNH, c'est Maruk qui y joua le dernier

Avant de passer à son après-carrière, j'aimerais prendre une section de ce billet pour vous montrer quelques cartes de Maruk, qui sont quelques-unes des meilleures cartes de hockey de tous les temps:

Carte recrue avec les couleurs des Seals qui ne correspondent pas

Un superbe close-up de Maruk

Carte ''airbrushée'' avec un ''Now with...'' .
Au moins il avait vraiment joué avec les North Stars (2 matchs) avant cet échange

Maruk au banc avec les Caps

Superbe carte de Maruk avec le ''Fu Manchu'' à son meilleur.


Il trouvait même le temps de faire des ''caméos'' sur les cartes de ses amis...


L'après carrière de Maruk ne fut pas de tout repos, alors qu'il peina à se retrouver un passion après cette fin abrupte à sa carrière. Il espérait travailler toujours dans le hockey et travailla d'abord quelques temps au département des ventes et marketing des North Stars. Il occupa ensuite plusieurs emplois divers à travers l’Amérique du nord comme livreur, chauffeur de bateau et fermier. Il fut même quelques temps déménageur de meubles à Hollywood. Il opéra également un restaurant à l'époque où il jouait à Washington et le garda quelques années avant de le fermer. Il fut plus tard propriétaire d'une boutique d'antiquités en Louisiane.

Il replongea quelques fois dans le hockey, en espérant peut-être faire ses preuves comme entraîneur et graduer éventuellement dans les plus hauts niveaux mais ça ne se matérialisa pas comme prévu. Il fut brièvement entraîneur dans la RHI (Roller Hockey International) en 1994-95 pour les Blue Ox du Minnesota et chaussa même les patins durant deux matchs. Il fut plus tard aussi entraîneur dans la défunte et obscure WPHL (Western Professionnal Hockey League) avec les Ice Pirates de Lake Charles en Louisiane.

Mais quel logo!
Il ne dura qu'une demi-saison comme entraîneur là-bas (1997-98) mais y resta pour s'occuper de sa boutique d'antiquités. La saison suivante, les Ice Pirates étaient en manque d'effectif et le nouvel entraîneur de l'équipe fit appel à Maruk, maintenant âgé de 43 ans, pour venir d'abord pratiquer avec l'équipe.

Il fut ensuite convaincu de signer un contrat de 5 matchs. Il y joua finalement 6 matchs et 3 autres en séries, récoltant 2 passes. Dans une telle ligue dans le sud des États-Unis, il se fit d'abord ridiculiser par ses plus jeunes adversaires, suite à quoi il leur répondait ''Tu sais où tu joues? Dans la WPHL. Moi j'ai marqué 300 buts dans la LNH". Ces moqueries cessèrent assez rapidement par la suite.

Toutefois, l'instabilité professionnelle de Maruk après sa carrière de hockeyeur lui causa plusieurs problèmes de dépression et de consommation. Il divorça deux fois et eut même quelques pensées suicidaires. Il déclara plus tard qu'il aurait été préférable pour lui d'aller à l'université et qu'il avait grandi trop vite en jouant au hockey, perdant au passage plusieurs éléments de structure qui lui manquèrent plus tard. Il prend comme exemple son échange à 15 ans des Marlies aux Knights de London qui lui fut dommageable mentalement, malgré qu'il garde de bons souvenirs de ses années junior et professionnelles.

Il vit présentement dans la région de Toronto et s'implique dans le hockey mineur comme entraîneur et donne des camps de hockey. Il est également représentant de Drenchit, un produit nettoyant pour équipement de hockey.


En 888 matchs en carrière, il obtint 356 buts et 522 passes pour 878 points. Il fait également partie du temple de la renommée d'Etobicoke et de l'organisation des Knights de London.

S'il y avait un temple de la renommée des Seals/Barons, il serait dans la première cuvée d'intronisation. En attendant, il fait toujours partie de notre équipe des étoiles de la franchise après notre super sondage qu'on a fait ici en 2016. Je l'avais partagé sur le groupe de fans des Seals sur Facebook en ignorant que Maruk en faisait partie! Il n'a sûrement pas lu l'article mais au moins il a quand même compris le principal.




Un grand moment dans ma carrière de bloggeur!




Sources:
Hockey draft central
LinkedIn
Golden Seals Hockey
The Retro: Dennis Maruk on pranks, roller hockey, and his sweet Fu Manchu, The Score
Dennis Maruk thankful for London Knights hall of fame honour, London Free Press, 8 jan. 2019Slapshot Diaries
Why I had a moustache in the NHL, Slapshot Diaries
For 2 Years in the 1970s, Cleveland Had an NHL Team, Cleveland Magazine, 12 oct. 2016
Cleveland's not barren, Sports Illustrated, 7 mars 1977