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jeudi 4 juillet 2024

Ron Delorme


Ayant grandi dans le nord de la Saskatchewan dans les années 1950 et 1960 et ayant comme langue maternelle le cri, Ron Delorme avait évidemment beaucoup d’admiration envers Fred Sasakamoose, le premier autochtone à atteindre la Ligue nationale. Si Delorme n’a pas vu ce dernier s’aligner avec les Hawks (son passage avec Chicago eut lieu avant sa naissance), il put tout de même le voir à l’œuvre lorsqu’il s’aligna pour une équipe senior qui joua près de chez lui. Il réalisa d’ailleurs qu’il était un de ses parents éloignés du côté de sa grand-mère paternelle. Par la suite, il recroisa Sasakamoose sur une base régulière, puisqu’il se faisait un devoir d’encadrer les équipes de joueurs autochtones. Il arriva même que, alors que l’environnement était un peu trop hostile à Delorme et ses coéquipiers, Sasakamoose dut même s’impliquer physiquement.

Le talent de Delorme le mena éventuellement au niveau junior avec les Broncos de Swift Current, dans la ligue de l’ouest. Après une saison, l’équipe déménagea à Lethbridge, un avant-goût de l’instabilité qui marqua le début de sa carrière chez les pros.

Au repêchage de 1975, les Scouts de Kansas City venaient de terminer leur première saison, où ils ne parvinrent qu’à devancer seulement leurs affreux frères d’expansion, les Capitals. Repêchant donc deuxièmes, ils ont eu, comme c’était leur habitude au cours de ces années, un résultat famélique. Si Delorme fut leur choix de quatrième ronde (56e au total), les trois joueurs choisis avant lui (Barry Dean 2e, Don Cairns 20e et Neil Lyseng 38e) jouèrent un total de 88 parties pour la franchise.

De son côté, Delorme choisit plutôt l’offre des Spurs de Denver, une nouvelle équipe de l’AMH. Si le circuit maudit eut quelques histoires de clubs instables, celui de Denver fait partie des plus risibles. Malgré la présence de Jean-Guy Talbot derrière le banc et de Ralph Backstrom, les résultats se firent attendre sur la glace et la vente de billets fut des plus difficiles. Tellement qu’après 34 matchs, on déménagea en douce l’équipe à Ottawa sans même changer d’uniforme, pendant qu’on négociait la vente de l’équipe. Si les foules furent franchement meilleures à Ottawa qu’à Denver (8457 spectateurs contre les Whalers et une salle comble de 9355 spectateurs contre les Aeros de Gordie Howe, un contraste avec la moyenne de 3885 à Denver), les négociations achoppèrent et le propriétaire-vendeur décida plutôt de dissoudre l’équipe suite au match du 15 janvier. L’équipe renommée les Civics d’Ottawa n’exista donc que pour 7 matchs.

Étrangement, pour la saison 1975-76, on voit la partie avec Tucson,
mais la partie avec Denver / Ottawa est absente
Delorme a tout de même joué 22 matchs avec Denver / Ottawa, en plus de 18 autres avec le club affilié, les Mavericks de Tucson, qui a joué cette année-là sa seule saison de son existence. Par contre, il se retrouva ainsi orphelin et retourna donc dans le junior avec Lethbridge.

En 1976, les Scouts, toujours aussi médiocres, rendirent l’âme et déménagèrent… à Denver, pour devenir les Rockies. Delorme reprit donc le chemin du Colorado pour le camp d’entraînement. Il se retrouva par contre avec les Clippers de Baltimore de la Southern Hockey League (SHL), mais la ligue cessa ses activités le 31 janvier, faisant ainsi disparaître une autre équipe de Delorme. Toutefois, il fit ses débuts dans la Ligue nationale le lendemain, avec les Rockies.

En 1977-78, malgré une fiche de 19-40-21, les Rockies se qualifièrent pour les séries par la peau des dents. Ce fut leur seule présence de leur existence au tournoi du printemps et ils furent balayés en deux matchs par les Flyers. Lors de cette courte série, Delorme accumula 10 minutes de pénalité, un sommet pour l’équipe. Comme les Rockies ne sont jamais retournés en séries, il possède donc toujours et à jamais ce record d’équipe.


Par la suite, les Rockies demeurèrent médiocres, mais sans toutefois parvenir à se faufiler en séries. Delorme connut malgré tout de respectables saisons de 20 et 19 buts. Par contre, il commença aussi à aligner les blessures. En 1979-80, il fut blessé au genou.

L’année suivante, une épaule disloquée lui fit rater 15 matchs, mais il réussit tout de même à marquer 11 buts. Malgré qu’il était toujours aussi faible, le Colorado ne trouva pas mieux que de laisser Delorme sans protection lors du camp d’entraînement suivant. Ce sont alors les Canucks qui lui firent signe. Bien que Delorme avait l’habitude des déménagements et des équipes instables, il rata ainsi le déménagement des Rockies vers le New Jersey, qui arriva un an plus tard. En rejoignant les Canucks, il participa plutôt à leur étonnant parcours en séries en 1982, alors qu’ils s’inclinèrent en finale devant les Islanders.

Mais ici, elle y est
C’est en entrant en collision avec Jamie Macoun en décembre 1984 qu’il subit une autre blessure au genou, qui mit fin à sa carrière. En 524 matchs, il montre une fiche de 83-83-166. Il était à ce moment le dernier joueur actif des éphémères Spurs / Civics.

Il devint ensuite recruteur chez les Canucks en 1986, poste qu’il occupe toujours, démontrant ainsi une étonnante longévité, surtout lorsqu’on considère les nombreux changements d’administration qui ont eu lieu à Vancouver au fil des ans. Ses obligations ne l’empêchèrent toutefois pas d’être très impliqué auprès des causes autochtones, autant au niveau du hockey que de la persévérance scolaire. Le membre du Temple de la renommée du hockey de la Saskatchewan conserva ainsi toujours un lien avec Fred Sasakamoose et fut très attristé lorsque celui-ci est décédé de la covid en 2020.






Sources :

Surgent, Scott Adam, The Complete Historical and Statistical Reference to the World Hockey Association, 1972-1979, Xaler Press, Tempe, 1995, p.216, 226-227,

″Civics draw big gathering″, CP, January 8, 1976, Calgary Herald, page 59,

″Decision demanded today regarding future of Civics″ de Tom Sarsfield, January 15, 1976, Ottawa Citizen, page 25,

″Short season for pro hockey in Ottawa area″ de Tom Sarsfield, January 16, 1976, Ottawa Citizen, page 17,

″Canucks’ Ron Delorme’s emotional connection with hero Fred Sasakamoose″ d’Elliotte Friedman, November 26, 2020, Sportsnet (sportsnet.ca),

hockeydraftcentral.com.

mercredi 27 avril 2022

Gary MacGregor

 


 


Lorsque j'ai écrit mon texte sur Ray Ferraro il y a quelques mois, j'ai découvert qu'il faisait partie d'un club sélect de seulement 5 joueurs à avoir franchi le cap des 100 buts en une saison dans toute l'histoire du hockey junior canadien. Ferraro (108 buts en 1983-84) est d'ailleurs le seul en dehors de la LHJMQ à avoir accompli l'exploit. Il avait ainsi rejoint d'illustres joueurs légendaires tels que Guy Lafleur (2 fois; 103 en 1969-70 et 130 en 1970-71), Pat Lafontaine (104 buts en 82-83), Mario Lemieux (record de 133 buts en 83-84) 

ainsi que... Gary MacGregor.

Né le 21 septembre 1954 à Kingston en Ontario, MacGregor était un petit joueur de centre frêle (5'9" et 170 livres) qui souffrait du diabète. Cela n'avait toutefois pas empêché un joueur comme Bobby Clarke de se rendre à la LNH, et plus tard au temple de la renommée, donc MacGregor suivit son exemple et devint un joueur électrisant et très hargneux au sein de son équipe Midget à Kingston où il était le leader et le meilleur joueur.

Les Royals de Cornwall avaient l'habitude de recruter à Kingston et après leur deuxième saison dans la LHJMQ où ils terminèrent derniers, ils avaient besoin de renflouer leur alignement presque au complet alors que seulement une demi-douzaine de joueurs allaient revenir en 1971-72. L'entraîneur Orval Tessier savait que si MacGregor acceptait de joindre les Royals, d'autres joueurs de Kingston accepteraient également l'invitation. 

C'est donc avec MacGregor et son ami de Kingston Bob Murray (futur membre des Blackhawks et DG des Ducks) que les Royals de Cornwall démarrèrent leur saison 1971-72, saison où ils firent un virage à 180 degré et remportèrent non seulement la première place et le championnat de la LHJMQ mais également la coupe Memorial. MacGregor fut un élément clé de cette saison magique des Royals, récoltant 39 buts et marquant le filet vainqueur lors du match de la finale de la coupe Memorial.

Il continua sa progression en 72-73 avec 43 buts en seulement 45 matchs. Son talent de marqueur était alors plus qu'évident alors qu'il récolta un record de l'époque avec 26 buts en 16 matchs durant les séries de 73 où les Royals s'inclinèrent contre les Remparts en finale du championnat de la LHJMQ. Ce record fut plus tard battu par Mario Lemieux en 1984 avec 29 buts et ensuite Jean-Pierre Dumont en 1998 avec le record actuel de 31 buts.

Il repartit ensuite de plus belle en 1973-74 lors de sa dernière saison junior où il franchit cette barre incroyable des 100 buts en une saison alors qu'il termina exactement à 100 buts en plus de 74 passes pour 174 points, ce qui lui valut le 7e rang de la LHJMQ à ce niveau mais le premier pour les buts marqués. À noter également que Jacques Locas des Remparts passa très près de le rejoindre alors qu'il termina pour sa part à 99 buts lors de cette même saison. MacGregor se mérita ainsi le trophée Michel Brière pour le joueur le plus utile ainsi que le trophée Frank Selke pour le joueur le plus gentilhomme.

Étant alors éligible au repêchage de 1974, il se fit sélectionner par les Canadiens en 2e ronde (30e au total) ainsi que dans l'AMH au 10e rang par les Cougars de Chicago. 

Malgré les recommandations de Orval Tessier qui l'implorait de choisir les Canadiens, MacGregor tenta sa chance dans le circuit maudit. Il faut dire que les Cougars lui offraient davantage d'argent que les Canadiens en plus d'avoir la chance de jouer immédiatement, ce que les puissants Canadiens de l'époque ne garantissaient probablement pas, vu la qualité de l'équipe.

MacGregor connut des débuts fracassants dans l'AMH, terminant premier pointeur des Cougars en 1974-75 avec 42 buts et 34 passes pour 76 points. Ce fut toutefois sa dernière bonne saison alors que sa carrière piqua vers le bas aussitôt la saison terminée. En difficulté financière, les Cougars venaient de jouer leur dernière saison et leurs joueurs furent dispersés à travers la ligue. Cependant, ce sont les nouveaux Spurs de Denver qui héritèrent de la plupart des joueurs des Cougars, dont MacGregor. Les Spurs sont d'ailleurs souvent considérés comme la continuation des Cougars. 

Mais les Spurs étaient encore plus instables et ne purent même pas jouer une seule saison complète, étant forcés de déménager à Ottawa avant le passage du jour de l'an. Désormais sous le nom des Civics (mais avec toujours le même chandail des Spurs), l'équipe continuait d'être dans le rouge et malgré de bonnes foules, elle ne dura que deux semaines dans la capitale canadienne avant d'être officiellement dissoute. À travers de toute cette instabilité, MacGregor vit sa production chuter alors qu'il n'obtint que 16 buts en 38 matchs avec les Spurs/Civics. Il fut réclamé par les Crusaders de Cleveland pour terminer la saison 75-76 et ne marqua que 5 buts en 35 matchs avec eux.

Cette instabilité et chute de production continua les saisons suivantes pour MacGregor dans cette AMH et ses équipes en difficulté. On imagine à ce moment qu'il regrettait sa décision de ne pas avoir choisi les Canadiens... La franchise des Crusaders, confrontée à l'arrivée des Barons de Cleveland dans la LNH,  déménagea au Minnesota durant l'été 1976. Il ne joua cependant jamais au Minnesota, étant plutôt échangé en septembre 1976 aux Racers d'Indianapolis en retour du légendaire Dave Keon

Après seulement 16 matchs sans aucun but à sa fiche à Indianapolis, MacGregor continua sa grande tournée de l'AMH en étant échangé en novembre 1976 aux Whalers de la Nouvelle-Angleterre en retour de Rosaire Paiement. Ce fut encore une fois très bref alors qu'il fut échangé une troisième fois en seulement 5 mois, alors qu'il fut envoyé aux Cowboys de Calgary en janvier 1977. J'imagine toutefois qu'il était blessé à ce moment car il ne rejoua pas de la saison 76-77 et ne joua jamais pour les Cowboys non plus, alors que la franchise ferma aussi ses portes une fois la saison terminée. 

La saison 1977-78 débuta ensuite dans l'AMH, mais cette dernière ne comprenait plus que 8 équipes, comparativement aux 12 de la saison précédente et les 14 de la saison 1975-76. MacGregor aboutit alors avec les Oilers mais ne joua que 37 matchs avec eux, étant même relégué dans leur club-école, les Flyers de Spokane de la WIHL. Il se retrouva du boulot avec les Racers au début de la saison 1978-79 et semblait avoir retrouvé un peu de sa touche offensive alors qu'il avait une fiche de 8 buts et 12 points en 17 matchs. Il était aussi un des premiers coéquipiers de Wayne Gretzky qui fit ses débuts professionnels avec les Racers à ce moment. Cependant les Racers ne terminèrent évidemment pas la saison, fermant boutique après seulement 25 matchs, et s'être départi de Gretzky après seulement 8...

MacGregor fit alors une brève incursion dans l'organisation du Canadien lorsqu'il fit partie des Voyageurs de la Nouvelle-Écosse de la Ligue américaine l'espace de 5 matchs. Il termina toutefois cette saison 78-79 avec les Indians de Springfield, toujours dans l'AHL.


Après une saison sabbatique en 1979-80, il revint jouer une autre saison avec les Indians en 80-81 pour ensuite terminer sa carrière avec une dernière saison en Allemagne en 1982.

Sa fiche fut de 90 buts et 70 passes pour 160 points en 251 matchs dans l'AMH. On peut dire qu'il fut victime de l'instabilité du circuit maudit alors qu'il joua en tout pour 7 de ses équipes (incluant 2 équipes avec les Spurs/Civics) en 5 saisons...

Cependant sa santé n'était malheureusement pas la meilleure pour espérer de se démarquer davantage alors qu'il dut s'absenter à plusieurs reprises après sa seule bonne saison à Chicago en 1974-75. Reconverti en homme d'affaires, il mourut subitement d'une crise cardiaque en avril 1995 alors qu'il n'avait que 40 ans.

Il fut admis au temple de la renommée des sports de Kingston en 2002.


jeudi 23 janvier 2014

La non-expansion de 1976





Vous l'avez probablement lu, ça a fait une bonne blague un peu partout, mais les deux équipes qui s'affronteront pour le Super Bowl sont deux équipes représentant les grandes villes des deux États américains ayant légalisé la cannabis pour des fins récréatives... Si en plus vous savez que le terme bowl est utilisé pour désigner en anglais le compartiment où l'ont met le cannabis dans une pipe, ce qui peut faire encore plus de farce à cette effet... (Vous pouvez d'ailleurs avoir les meilleures recettes à base de cannabis en prévision du Super "Weed" Bowl en cliquant ici...)

Mais savez-vous que ces deux villes, dans un monde idéal, auraient dû faire leur entrée dans la NHL en même temps, en 1976...


Pour moi, le fait que la NHL n'a jamais tâté officiellement le marché de Seattle demeure une énigme ou une anomalie historique car Seattle possède une histoire assez brillante au niveau hockey. Seattle fut l'hôte, en 1917, de la première équipe de hockey américaine championne de la Coupe Stanley, les Metropolitans et leur chandail légendaire. Durant ces fortes années, les Metropolitans passèrent également près de remporter une autre Coupe Stanley en 1919, lors de cette fameuse confrontation avec le Canadien qui fut annulée en raison de la grippe espagnole...

Quelques décennie plus tard, les Totems de Seattle de la WHL, équivalent plus ou moins de l'Ouest de la AHL, connurent également des beaux jours, remportant notamment 4 fois (incluant celle remportée sous le nom Ironmen) la Lester Patrick Cup remise au champion de cette ligue... Les Totems sont également reconnus pour avoir été été l'équipe où Guyle Fielder, l'un des trois joueurs (outre Gordie Howe et Wayne Gretzky) à avoir accumulé plus de 2000 points dans les ligues professionnelles nord-américaines...


Pour sa part, Denver a eu un passé relativement plus modeste que Seattle en termes de hockey professionnels, j'ai déjà parlé des éphémères Invaders et des Spurs, une équipe qui a entre autre eu le logo le plus cinglé de l'histoire du hockey... Avant son passage éphémère dans la WHA (qui s'est conclu avec un déménagement à Ottawa après une demi-saison avant d'officiellement fermer les livres 8 matchs plus tard), les Spurs furent une équipe quand même respectable de la WHL, remportant notamment le championnat de la ligue en 1972 qui marquait d'ailleurs le premier championnat de sport professionnel dans la ville de Denver...

Nous sommes donc en 1974, la NHL et la WHA se disputent les marchés libres et les villes de Denver et Seattle représentent alors deux marchés de hockey potentiellement forts pour le hockey de haut niveau...

Le 12 juin 1974, il fut donc annoncé une expansion conditionnelle à des groupes d'investisseurs de Denver et de Seattle pour que des nouvelles équipes se joignent à la NHL lors de la saison 1976-77. La nouvelle a fait en sorte d'ailleurs que le même jour, la WHL annonça qu'elle cessait ses activités, étant privée de deux de ses marchés principaux. En attendant d'entrer dans la NHL, les Totems et les Spurs allaient entrer dans la CHl pour la saison 1974-75.

Toutefois, en 1975, la NHL commença à changer son fusil d'épaule face à cette nouvelle expansion. L'une des raisons principale était que certaines équipes avaient des problèmes financiers et que les plus récentes équipes de la NHL, les Capitals de Washington et les Scouts de Kansas City, ont offert sur glace à leur première saison, un rendement plus que minable. Je vous rappelle qu'en 8 ans, la NHL a triplé le nombre d'équipes en plus d'avoir dans sa cour arrière une ligue paralèle qui elle-même à cette époque comptait une douzaine d'équipes, ce qui fait que les équipes professionnelles étaient passées entre 1967 et 1975 de 6 à 30, diminuant ainsi le talent...

(On se paye encore la traite...)

Donc nous sommes en 1975... Ivan Muelnix, celui à la tête du projet d'expansion de Denver et propriétaire des Spurs, fit en sorte que le nouvel aréna, le McNichols Sports Arena, soit terminé rapidement afin de devancer d'un an l'expansion vers la NHL. Ce dernier fit en sorte de négocier le déménagement des Golden Seals de la Californie, alors propriété de la NHL, au lieu d'une expansion. La négociation ayant échoué, le groupe décida d'acquérir une équipe d'expansion de la WHA pour la saison 1975-76 afin de préparer l'entrée de l'équipe dans la NHL. Mais malgré l'arrivée de la WHA, les fans de hockey de cette ville au pied des Rocheuses délassèrent l'aréna, ayant été vendus au rêve d'avoir la NHL à Denver et ainsi refusant ce prix de consolation qui, comme je l'ai dit plus haut, se termina au milieu de la saison...

Pour sa part, le groupe de Seattle eut également en tête d'acheter une franchise faible de la NHL et de la déménager à Seattle. La cible de l'équipe était alors les Penguins de Pittsburgh, alors une équipe assez piteuse de la NHL et, tout comme les Seals, propriété de la ligue... Par contre, le groupe de Vince Abbey, propriétaire des Totems, eut plus de difficulté à rencontrer les conditions financières de la NHL et tomba rapidement sous le mauvais oeil de la NHL et fut menacé d'annuler l'expansion. Après avoir refusé une entrée dans la WHA pour deux millions de dollars, le groupe d'Abbey rata l'achat des Penguins dans une vente aux enchères. Les Penguins furent vendus pour la somme de 4,4 millions de dollars par le groupe d'Al Savill, Otto Frenzel, et Wren Blair et furent maintenus à Pittsburgh. Quelques temps plus tard, la NHL décida de retirer l'expansion à Seattle, n'ayant soi-disant pas remplis les conditions financière d'expansion...

S'en suivit une poursuite contre le la NHL et les Canucks de Vancouver pour monopole car, selon Abbey, cette équipe de la NHL aurait joué contre lui pour son obtention d'une franchise de la NHL... Le tout se régla qu'en 1986 en faveur de la NHL...

Et comme la franchise des Totems de la CHL disparut lors de ce même été de 1975, la ville de Seattle perdit se retrouva sans hockey professionnelle pour la première fois depuis des décennies...

Les deux villes connurent par la suite des destins différents...


La saison suivante, en 1976-77, les Scouts de Kansas City déménagèrent à Denver pour devenir les Rockies, équipe portant les couleurs du merveilleux drapeau du Colorado. L'équipe ne joua quelques saison à Denver sans trop de succès et devint, en 1982, les Devils du New Jersey actuels... Et vous connaissez la suite, les Nordiques, Patrick Roy, la Coupe, bla bla bla... Mais demeure un fait indéniable, les Rockies avaient un plus beau chandail que celui que porte l'Avalanche présentement...

Pour sa part, Seattle devint l'une des premières ville américaine à obtenir une franchise au sein des ligues junior canadiennes,  les Thunderbirds de Seattle (Breakers avant 1984). L'équipe évolue depuis dans la WHL et n'a jamais remporté de championnat. Et comme vous le savez, la NHL garde un oeil très intéressé sur cette ville, d'autant plus qu'un nouvel aréna est en construction...

Et si une équipe de la NHL devait devait aboutir à Seattle, quel nom devrait-elle avoir selon vous?

dimanche 11 janvier 2009

Les Spurs de Denver


Tout le monde qui me connaît sait que j'ai une passion assez féroce pour les équipes qui n'ont pas fait long feu ou qui jouaient dans des ligues étranges. La défunte Association Mondiale de Hockey (WHA), cette ligue où on jouait avec une puck bleu, où certaines équipes jouaient dans des arénas avec une bande transparente et où l'économie de bout de ficelle était la règle pour la plupart des équipes est parfaite pour des bonnes histoires d'équipes qui n'ont pas existé longtemps. Celle des Spurs de Denver est assez cool! Quoi de mieux qu'une histoire cool pour une équipe qui possédait probablement le pire logo de l'histoire du hockey. C'est quand même plus laid comme logo que le légendaire logo des Islanders avec un pêcheur ou celui des Oilers avec une motte de terre...

Les Spurs sont apparus dans la Western Hockey League en 1968. La WHL était une ligue mineure professionnelle un peu comme la Ligue américaine ou la Ligue internationale. Leur horrible nom aurait été donné à l'équipe via un concours afin d'introduire l'équipe à la population de Denver. Le gagnant aurait gagné 500$ et une paire de billets de saison. L'équipe évolua dans cette ligue jusqu'à sa dissolution en 1974 pour ensuite rejoindre la Central Hockey League en 1974-75. Mais comme à l'époque la LNH et la WHA se faisaient une bonne guerre de marché et se développaient un peu partout aux États-Unis, les fans des Spurs ont pensé qu'il serait bien d'avoir une équipe professionnelle à Denver. La chose était supposée se faire du côté de la Ligue nationale, mais comme à l'époque deux ligues se faisait une lutte qui les poussa à se développer un peu partout, on avait au milieu des années 70 à peu près 30 équipes entre ces deux ligues. Ce qui nivela le talent énormément, comme aujourd'hui, genre tsé comme... Après la désastreuse expansion de 1974 qui introduisit les piteux Capitals de Washington et les Scouts de Kansas City, la LNH décida de prendre un break et annula l'expansion de 1976 qui était supposée apporter une équipe à Denver et à Seattle. À cela, certains investisseurs décidèrent de prendre la voie de la WHA.

Après avoir ramassé la plupart des joueurs des défunts Cougars de Chicago et avoir gardé certains joueurs des Spurs de la CHL, l'équipe fit son apparition dans la ligue qui nous a donné les Nordiques, les Jets, les Whalers et les Oilers en héritage. Donc avec peu de joueurs expérimentés outre un Ralph Backstrom au crépuscule de sa carrière, les Spurs n'ont jamais vraiment eu de succès auprès des fans qui désiraient avoir une équipe de la LNH et non pas une médiocre équipe d'une ligue qu'ils considéraient mineure. Qu'à cela ne tienne, après 34 matchs, les Spurs jouèrent leur dernier match à Denver en battant les Racers d'Indianapolis. Le match suivant contre les Stingers de Cincinnati allait réserver une surprise pour les joueurs...




Les joueurs savaient que leur équipe était médiocre et qu'elle ne jouissait pas d'un support des fans qui eux désiraient une équipe dans la Ligue nationale. Alors que l'aréna où les Spurs jouaient pouvait contenir 16 000 personnes, la foule ne compta jamais plus que 5000 personnes. Avec une affluence de la sorte il n'est pas surprenant de voir des difficultés financières survenir rapidement, surtout avec les rumeurs incessantes d'un déménagement potentiel des Scouts de Kansas City ou des Golden Seals de la Californie à Denver. À ce moment, au 31 janvier 1975, les Spurs avaient une fiche de 13–20–1. Donc les joueurs étaient conscients de la possibilité d'un déménagement rapide de l'équipe. Et cela se produisit. Lors du match suivant à Cincinnati, c'est en entendant le "Ô Canada" avant le match que les joueurs surent que l'équipe avait été transférée au Canada, à Ottawa pour être plus précis. Donc d'une manière assez malhonnête, on n'a même pas cru bon d'annoncer aux joueurs que l'équipe avait été transférée à Ottawa.

Le déménagement fut tellement bref que jamais l'équipe ne changea l'uniforme de l'équipe de Denver. Tellement rapide qu'à son premier match au Civic Centre d'Ottawa, les Civics d'Ottawa se firent battre 3-2 contre les Whalers. Deux défaites sur la route et une défaite en surtemps à domicile contre Gordie Howe et les Aeros de Houston, et l'équipe fut dissoute. Après 41 matchs, s'en était fini des Spurs de Denver devenus les Civics d'Ottawa. L'année d'après, la ville de Denver obtint finalement une équipe de la Ligue nationale alors que les Scouts de Kansas City devinrent les Rockies du Colorado pour six années avant de devenir les Devils du New Jersey. Denver reverra la LNH en 1996 bien sûr alors que les anciens rivaux (on se doute que ça ne devait pas être une grosse rivalité...) des Spurs de la WHA, les Nordiques de Québec, s'installèrent à Denver pour même y remporter la Coupe Stanley la même année... Quant à Ralph Backstrom, il fut réclamé par les Whalers de la Nouvelle-Angleterre où il ajouta 38 points à ses 50 produits en 41 matchs dans l'uniforme des Spurs. C'est d'ailleurs avec les Whalers que l'ancien centre des Canadiens termina sa carrière. À noter également que le directeur général et entraîneur de l'équipe fut nul autre que l'ancien collègue de Backstrom, le célèbre défenseur numéro 17 des Candiens, Jean-Guy Talbot.


Un autre personnage semi-légendaire a joué pour les Spurs, l'un des joueurs les plus sauvage et violent de son époque : Bill "Goldie" Goldthorpe. Goldthorpe fut un goon redoutable écumant les ligues mineures ici et là en promenant son attitude agressive et c'est bel et bien lui avec sa chevelure d'enfer et son attitude imprévisible qui inspira le personnage de Ogie Oglethorpe dans Slapshot. La WHA était reconnue comme étant une ligue plus violente que la moyenne et apparemment alors que les Jets qui étaient une équipe de calibre LNH (avant de se faire voler tous ses joueurs en entrant dans la grande ligue) affrontaient les Spurs, Bobby Hull décida de ne pas jouer contre eux afin de dénoncer la violence dans la ligue. Goldthorpe joua seulement 12 match avec Denver avant de passer aux Mariners de San Diego. Mais bon, le vrai Ogie Oglethorpe a joué pour les Spurs...


Voici les stats des joueurs des Spurs de Denver/Civics d'Ottawa en 1975-76 :
http://www.hockeydb.com/ihdb/stats/leagues/seasons/teams/0003361976.html