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samedi 8 octobre 2022

Jack Marshall


C’est en 1877 à Saint-Vallier, dans le comté de Bellechasse qu’est né Jack Marshall. Toutefois, au cours de son enfance, sa famille déménagea à Montréal, dans le quartier Pointe-St-Charles, où il commença à jouer au hockey. Il pratiqua également le basketball, le soccer, la crosse et ce qu’on appelait alors le rugby football.

En 1898, c’est encore plus vers l’ouest que Marshall alla, s’arrêtant à Winnipeg. Il continua à jouer, allant jusqu’à s’aligner comme ailier droit avec les Victorias de l’endroit, qui étaient devenus le premier club de l’ouest à remporter la Coupe Stanley en 1896.

En 1901, les Victorias défièrent les champions, les Shamrocks de Montréal. (C’était l’époque où une équipe pouvait défier les champions en titre.) Ils firent donc le voyage pour les affronter dans une série 2 de 3 à l'Aréna de Montréal. Dans un rôle de réserviste à la pointe, Marshall aida son équipe à vaincre les Shamrocks 4-3 et 2-1, mettant ainsi la main sur le Coupe Stanley pour la première fois.

En 1902, Marshall décida de revenir à la maison et s’entendit avec le Montreal Hockey Club, affilié au Montreal Amateur Athletic Association (MAAA). Maintenant au centre, Marshall marqua 11 buts en 8 matchs, le troisième total de la ligue. De plus, lorsqu’il était dans l’ouest, il portait des patins à tube. À son retour dans l’est, il continua de porter cet équipement qui n’était pas encore répandu dans notre partie du pays. On ne tarda alors pas de l’imiter et les tubes devinrent ainsi la norme aussi dans l’est.

Au mois de mars, ce fut au tour des "Little Men of Iron" (le Montreal HC, reconnu pour ses petits joueurs tenaces, dont lui-même) de défier l’ancienne équipe de Marshall. Ce dernier marqua 3 buts en 3 matchs et Montréal remporta la série qui eut lieu à Winnipeg.

Winnipeg tenta de reprendre la Coupe en janvier 1903 dans une série qui eut cette fois lieu à Montréal. Dans cette série qui, en théorie, était toujours un 2 de 3, il y eut en fait 4 matchs. En effet, le deuxième match fut interrompu à minuit, alors en prolongation avec une marque de 2-2. Selon l’article de La Presse de l’époque, "… les autorités de Westmount n’auraient pas permis qu’un délit aussi grave que de jouer au hockey le dimanche fut commis dans les limites de la municipalité." La partie fut donc déclarée nulle.

Montréal remporta finalement deux matchs (en plus d’une défaite et d’une nulle) et conserva son titre, alors que Marshall marqua sept fois au cours de la série.

Ce fut toutefois ensuite la fin de l’aventure de Marshall avec le Montreal HC. Un groupe de joueurs, incluant lui, exprima son mécontentement quant à la gestion du club. Ce groupe quitta donc pour se joindre aux nouveaux Wanderers de la nouvelle Federal Amateur Hockey League (FAHL).

Marshall termina premier compteur de la nouvelle ligue, avec 11 buts en 4 matchs et les Wanderers, avec une saison parfaite (6-0), remportèrent le titre. Ceci leur permit de défier les Silver Seven d’Ottawa pour la Coupe Stanley. Notons en passant qu’Ottawa venait de claquer la porte de la Canadian Amateur Hockey League (CAHL). La série commença par un match décrit comme étant l’un des plus salauds, indigne de l'esprit amateur et empreint de l'esprit du professionnalisme de la victoire à tout prix.  La rencontre se termina par un match nul de 5-5. Les Wanderers exigèrent ensuite que le deuxième match ait lieu à Montréal au lieu d’Ottawa et qu’un autre arbitre soit employé. Devant le refus des Silver Seven, la série prit fin et Ottawa conserva la Coupe. Les deux clubs se retrouvèrent ensuite l’année suivante dans la FAHL, mais seulement pour un an, alors qu’Ottawa changea ensuite encore de ligue. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’en ces années, le hockey organisé ne l’était peut-être pas que ça.

Pour en revenir à Marshall, il joua une autre saison avec les Wanderers, avant de rejoindre en 1906 le Toronto Professional Hockey Club, un nouveau club professionnel (peu commun à l’époque) qui ne disputait que des matchs d’exhibition.

Il tenta ensuite sa chance avec les Montagnards, un club francophone de la FAHL, qui se retira de la ligue avant la fin de la saison. Marshall retourna alors aux Wanderers, qui n’étaient plus dans la FAHL, mais bien dans la ECAHA, qui était en fait une réincarnation de la CAHL. (Vous suivez toujours?)

Lorsque les Wanderers défièrent les champions en titre, Ottawa, et qu’ils eurent le dessus, Marshall remporta ainsi la Coupe Stanley avec une troisième équipe différente.

Après un détour de deux ans avec les Shamrocks de Montréal de la ECAHA, Marshall revint avec les Wanderers pour remporter une autre Coupe en 1910.

En 1912, il se joignit aux nouveaux Blueshirts de Toronto (qu’on pourrait considérer comme les ancêtres des Maple Leafs, bien que ce soit un peu plus compliqué que ça) de la NHA (l’ancêtre de la LNH).

Lorsqu’au début de la saison 1913-14, Bruce Ridpath démissionna de son poste d’entraîneur, c’est Marshall qui prit sa place, tout en continuant de jouer, à la pointe cette fois. D’ailleurs, au fil de sa carrière, Marshall joua un peu partout.

Toronto connut du succès et termina en tête de la ligue, à égalité avec une autre équipe qui existait depuis peu, les Canadiens de Montréal. Suite à une série de deux matchs au total des buts, Toronto fut sacré champion et se mérita la Coupe O'Brien. Ce triomphe lui donna aussi le droit d’affronter les Aristocrats de Victoria de la Pacific Coast Hockey Association (PCHA) pour la Coupe Stanley.

Dans une série disputée à Toronto, les Blueshirts balayèrent les Aristocrats. Marshall se mérita alors une Coupe Stanley avec une quatrième équipe, un record. Il s’agissait aussi de sa sixième Coupe, bien qu’en cette période où la Coupe pouvait se gagner en défiant les champions en titre, le contexte était différent.

On constate donc que la première fois de l’histoire que la Coupe s’est retrouvée à Toronto, l’entraîneur était un natif de Saint-Vallier-de-Bellechasse.

Marshall passa une autre année à Toronto comme joueur-entraîneur, bien que sa saison fut écourtée en raison d'une appendicite, avant de faire une troisième tour de piste avec les Wanderers.

Sa carrière de joueur prit fin en 1916-17, juste avant la formation de la Ligue nationale. Il y fut toutefois par après arbitre pendant quelques années.

Lorsque plus tard, on lui demanda de comparer les joueurs de différentes époques, il affirma d’abord que le jeu avait changé avec entre autres le retrait du "rover" (ou maraudeur), position qu’il a joué comme pratiquement toutes les autres, et la plus grande emphase sur la vitesse. Il mentionna également l’équipement différent, pestant au passage au sujet des jambières des gardiens maintenant beaucoup trop larges. En lisant ceci, je me disais qu’un joueur des années 1970 pourrait avoir les mêmes commentaires en comparant son époque avec aujourd’hui. Comme quoi qu'il y a des classiques qui ne se démodent pas.

Jack Marshall est décédé en 1965, peu de temps après avoir été admis au Temple de la renommée, à l’âge de 88 ans.

Sources:

"Les Winnipeg triomphent", 30 janvier 1901, La Presse, page 3,

"Partie nulle samedi, à l’aréna", 2 février 1903, La Presse, page 3,

"Nouvelle ligue de hockey", 2 décembre 1903, La Presse, page 3,

"Game was a draw", March 3, 1904, Montreal Gazette, page 2,

"Ottawa says no; Others won’t go", March 5, 1904, Montreal Gazette, page 2,

"Turning Back Hockey’s Pages" de D.A.L. MacDonald, February 13, 1934, Montreal Gazette, page 14,

"Casual Close-Ups" de Marc T. McNeil, December 7, 1939, Montreal Gazette, page 14,

hhof.com, wikipedia.org.

jeudi 24 mars 2022

Bernie Morris


Originaire du Manitoba et orphelin à l’âge de 8 ans, Bernie Morris fit tout de même son chemin jusque dans la PCHA (Pacific Coast Hockey Association). Après une saison 1914-15 avec les Aristocrats de Victoria où il fut blessé, il se retrouva avec les Metropolitans de Seattle. Il prit son erre d’aller avec la nouvelle équipe, où ses 32 buts en 18 matchs lui assurèrent le plus haut total de la ligue, en plus d’être le deuxième pointeur de la ligue derrière Cyclone Taylor.

Ce ne fut que partie remise pour la saison 1916-17, où Morris accumula 54 points en 24 matchs, lui permettant ainsi de remporter le championnat des compteurs de la PCHA.

Leur fiche de 16-8 a permis aux Metropolitans de terminer en tête et de se procurer ainsi un billet pour la finale de la Coupe Stanley contre les champions de la Ligue nationale. Ce furent les vainqueurs de la Coupe de l’année précédente, les Canadiens de Montréal, qui eurent le privilège de traverser le continent et de disputer la première finale en sol américain. (Les transports de l’époque ne permettant pas d’alterner, la finale devaient alors se fixer à un seul endroit, une année dans l’est et l’autre sur la côte ouest.)

Après une première défaite, Seattle a pris son rythme et n’a plus regardé derrière. Les Mets ont remporté les trois matchs suivants et le titre. Morris fut d’ailleurs aux premières loges de ce triomphe, alors qu’il marqua 14 des 23 buts de son équipe. Le dernier match se termina alors par la marque de 9-1, où il en compta 6.

Pour la saison 1917-18, les Metropolitans terminèrent à nouveau au premier rang, mais ils durent faire face à une nouveauté pour la PCHA : une série éliminatoire. Malheureusement pour eux, ils s’inclinèrent devant les Millionaires de Vancouver. Sur une base individuelle, Morris termina deuxième meilleur pointeur, encore une fois derrière Cyclone Taylor, de Vancouver.

En 1919, le même scénario s’est répété sur une base individuelle (Taylor meilleur pointeur, Morris deuxième), mais il a été inversé au niveau des équipes (Vancouver premier mais s’inclina devant Seattle en séries).

C’est toutefois à ce moment que les choses se sont corsées. Alors que Seattle s’apprêtait à recevoir les Canadiens pour jouer la finale, Morris fut arrêté par l’armée américaine. Comme il ne s’était pas rapporté pour la conscription, il fut accusé de désertion. Étant citoyen canadien, Morris évoqua qu’il n’avait pas à se rapporter. De plus, lorsque son avis fut livré à son domicile, il mentionna qu’il était à Vancouver pendant la saison estivale, ne pouvant ainsi pas en prendre connaissance et demander sa dispense. Toutefois, comme il avait affirmé plus tôt dans l’année au cours du procès de son divorce qu’il résidait à Seattle à temps plein, l’armée américaine en arriva à une autre conclusion. Il fut donc emprisonné et condamné en cour martiale à deux ans de prison aux travaux forcés à Alcatraz. (Il ira finalement dans une autre prison militaire.)

Les Metropolitans durent donc disputer la finale sans leur vedette offensive. Après cinq matchs, il y avait égalité (deux victoires de chaque côté et une nulle). Toutefois, à ce moment, la deuxième vague de l’épidémie de grippe espagnole frappait. Chez les Canadiens, il y eut entre autres Odie Cleghorn, Newsy Lalonde, Louis Berlinguette, Bert Corbeau, Billy Coutu et le propriétaire George Kennedy qui furent affectés à des degrés divers. Mais on se souviendra surtout que l’épidémie fut fatale pour Bad Joe Hall, qui mourut une semaine plus tard. Kennedy ne se rétablit jamais vraiment et décéda en 1921. Les Canadiens déclarèrent forfait, mais l’entraîneur de Seattle, Pete Muldoon, refusa de remporter la Coupe ainsi. La finale fut donc annulée et la Coupe Stanley ne fut pas décernée pour la première fois. (La deuxième fois étant évidemment en 2005, l’année du lock out.) Est-ce que Seattle aurait pu clore la série avant que la pandémie ne fasse ses ravages si leur as Morris avait été là?  Nous ne le saurons jamais.

Du côté de Morris, sa sentence lui fit rater sa saison 1919-20. Ce n’est qu’en mars 1920 qu’il eut sa décharge. Il put tout de même se joindre alors aux Mets, qui avaient encore atteint la finale, mais ils se sont finalement inclinés devant les Senators d’Ottawa.

Morris joua trois autres saisons avec Seattle, tout en maintenant une bonne production offensive.

Il fut ensuite échangé aux Tigers de Calgary de la Western Canada Hockey League (WCHL). (On pouvait alors faire des échanges avec des équipes d’autres ligues.) Depuis sa création en 1921-22, les champions de la WCHL pouvaient affronter les champions de la PCHA, pour déterminer qui affronteraient ceux de la LNH. En 1924, les Tigers eurent le dessus sur les Capitals de Régina, ce qui leur donna le privilège d’affronter Vancouver. En vainquant ensuite les champions de la PCHA, Calgary put se rendre dans l’est, mais la Coupe lui échappa en s’inclinant ensuite devant les Canadiens de Montréal.

En janvier 1925, Calgary échangea Morris aux Maroons de Montréal de la LNH, qui le refilèrent immédiatement à la première équipe américaine de la ligue, les Bruins de Boston. L’expérience fut toutefois peu concluante, même au sein d’une équipe d’expansion. Il ne marqua qu’un but en six matchs et fut alors libéré par les Bruins.

Morris tenta l’expérience de la nouvelle California Hockey League en 1926, alors qu’il aida le Palais-de-Glace de Los Angeles à remporter le titre, avant de poursuivre sa carrière dans d’autres ligues de calibre inférieur. Il fut aussi brièvement entraîneur.

Il revint ensuite dans la région de Seattle et devint éleveur de dindes.

L’arrivée récente du Kraken à Seattle mit l’attention sur les exploits des anciens Metropolitans. Il fut alors question de l’absence de Morris du Temple de la renommée, malgré sa fiche de 154-76-230 en 163 matchs dans la PCHA. Toutefois, le fait que ses exploits datent d’il y a longtemps et qu’il n’a presque pas évolué dans la LNH, assorti d'un séjour en prison (peu importe les circonstances), rendent la chose peu probable. Et même à l’époque, sa personnalité peu charismatique n’a pas joué en sa faveur.

Il est décédé en 1963, à l’âge de 72 ans.

Sources :

Lalancette, Mikaël, Georges Vézina, l’Habitant silencieux, Les Éditions de l’Homme, 2021, pp.164-165, 196 à 198,

"Seattle Overwhelmed Canadiens and Landed Championship", March 27, 1917, Ottawa Citizen, page 8,

"Opening Stanley Cup Contest at Seattle Tonight", March 19, 1919, Edmonton Journal, page 19,

"Bernie Morris Sent To Prison For Two Years", April 13, 1919, Edmonton Journal, page 13,

"Seattle’s ill-fated Stanley Cup run of 1919" de Feliks Banel, April 3, 2019, MYNorthwest (mynorthwest.com),

"Local push is on to get Seattle Metropolitans star Bernie Morris into Hockey Hall of Fame" de Geoff Baker, The Seattle Times, October 17, 2019, The Seattle Times (seattletimes.com),

"When the Stanley Cup Was Canceled Because of a Pandemic" de Michael Weinreb, March 18, 2020, Smithsonian Magazine (smithsonianmag.com),

hockey-reference.com, wikipedia.org.

mercredi 19 mai 2021

Un chandail étrange du CH



Avec mes collègues de LVEUP on s'échange souvent des liens d'articles sur Marketplace, souvent des absurdités comme des cartes Pro Set de Wayne Gretzky à 500$ ou d'autres articles plus rares et intéressants, comme par exemple cette carte postale trouvée par mon collègue Kirk McLean...


On y voit le chandail du CH évoluant avec les décennies. Rien de très extraordinaire à part le fait qu'il en manque quelques-uns (dont plusieurs très méconnus) mais le chandail "barberpole" en bas à gauche nous causait problème par l'étrange logo qu'on y retrouve. C'est aussi autographié par un certain #39 dont j'ignore l'identité.

En fait, les trois logos de cette période 1909-1914 semble être imparfaits. La feuille d'érable du premier en haut à gauche semble inexacte alors que l'originale aurait été moins bien définie tandis que le "C" blanc du premier chandail de 1909-10 semble être d'un style de caractère différent de l'original.

Mais rien d'aussi inexact que la forme étrange du logo du barberpole, ce "CAC" (pour Club Athlétique Canadien) dans cette espèce de forme euh... octogonale concave convexe...imparfaite? On dirait en fait une étoile mal dessinée. Je suis moi-même assez féru de l'histoire du chandail du CH et je dois avouer ne jamais avoir vu cette version du logo nulle part auparavant, alors qu'en réalité, il s'agissait plutôt d'une feuille d'érable qui ornait le "CAC".


Des vieux amis...



Comme vous pouvez voir, mis à part la théorie un peu farfelue qu'il aurait existé deux versions différentes de ce chandail en 1912-13, il y a vraiment erreur sur la carte postale. On peut cependant leur pardonner aisément car il existe très peu de photographies réelles de cette seule saison où le barberpole fut porté et cette carte postale semble avoir été produite vers l'an 2000, avant toutes ces célébrations du centenaire et donc bien avant toutes ces nouvelles informations accessibles au grand public avec l'internet qui s'est développé depuis.

Si je dis que c'est autour de l'an 2000, c'est par déduction avec ces autres photographies mises en vente par le même vendeur:


Ce numéro 39 serait alors soit Frédéric Chabot (en 98-99) Reid Simpson ou... Johan Witehall. C'était de belles années...

Je pensais alors qu'il ne s'agissait que d'une simple erreur du concepteur qui n'avait pas accès à une version exacte du logo de 1912-13 et qui a probablement travaillé avec une vague description. Je pensais donc mettre ça de côté et je n'avais pas vraiment l'intention d'en parler davantage. 

Cependant sur un de mes groupes hockey rétro sur Facebook, un utilisateur du nom de Mathieu Sossoyan a récemment posté cette photo qu'il m'a donné la permission d'utiliser. Il s'agit d'une photo d'une de ses visites au musée McCord en 1997:




Hummm... Après avoir vu cette photo, j'ai comme remis en question mes suppositions. Serait-ce possible que le logo était réellement celui-ci? Mais en regardant davantage, je trouvais que ces chandails avaient l'air en trop bonne condition et qu'ils se devaient être des répliques. De vrais chandails de l'époque existent au temple de la renommée et sont pas mal plus usés.

Mathieu m'a ensuite envoyé cet extrait du pamphlet de cette exposition de l'époque, ce qui confirme que ce sont bel et bien des répliques qu'on retrouvait dans cette exposition. Remarquez les mêmes petites différences pour les autres chandails qu'on retrouvait sur la carte postale.


Il m'a ensuite mis sur une autre piste, soit que la compagnie CCM ait aussi fabriqué des répliques semblables exclusives pour les restaurants la Cage aux Sports dans les années 90. Il possède d'ailleurs un de ces chandails qu'il s'est procuré sur eBay et me l'a ensuite gracieusement montré en me donnant la permission de vous le partager:


On voit avec le collet et le lettrage du logo que c'est exactement le même que sur la carte postale. Peut-être d'ailleurs que cette carte postale provient de la Cage aux Sports? Ça faudrait que je l'achète pour en savoir davantage...

Donc très étrange tout ça. Est-ce qu'on a assisté à une correction historique depuis les années 90 et ce logo a été retiré depuis? Ou bien existait-t'il vraiment une deuxième version en 1912-13? La seule vraie photo que j'ai réussi à trouver de l'époque est celle que vous voyez plus haut, aucune autre ne semble exister, du moins sur les internets.

Si quelqu'un d’entre vous à une réponse ou une autre piste tenez-moi au courant!

lundi 30 décembre 2019

La saison 1919-20 des Bulldogs de Québec - Match #2








Re-bienvenue dans cette série commémorative célébrant les 100 ans de la misérable saison 1919-20 des défunts Bulldogs de Québec. Nous allons tenter d'analyser rétroactivement chacun des 24 matchs de cette saison (je dis bien tenter) selon les archives de journaux que j'aurai réussi à dénicher et les statistiques officielles du site de la LNH.

Le deuxième match des Bulldogs eut lieu le samedi 27 décembre 1919 à Toronto contre les ancêtres des Maple Leafs, les St-Patricks. Vaincus par le score de 12-5 par les Canadiens lors de leur premier match où ils étaient en manque de joueurs disponibles (6 patineurs et 1 gardien pour Québec et 8 patineurs et 1 gardien pour Montréal), les Bulldogs espéraient se reprendre pour ce deuxième match avec un alignement plus complet. Les choses ne se passèrent pas comme prévu une fois de plus.


Le Devoir, 29 décembre 1919

Toronto World - 29 décembre 1919


Donc dans cet article du Toronto World, on évoque l'absence de Rusty Crawford du côté des Bulldogs. Crawford était une vedette du club du temps de l'ancienne NHA qui joua les deux saisons précédentes avec le club de Toronto en attendant le retour des Bulldogs. Toujours selon l'article, il ne se rapporta pas aux Bulldogs pour ce match (il n'avait également pas joué le premier) et ces derniers durent faire appel à un autre vétéran en la personne de Jack Marks, un autre ancien Bulldog champion des deux coupes de l'équipe en 1912 et 1913. Marks n'était pas une grande vedette offensive cependant et ce seul match en 1919-20 fut son dernier en carrière. Crawford mit finalement le cap sur Saskatoon et ne rejoua plus jamais dans la LNH.

Quoiqu'il en soit, même avec Marks dans l'alignement, les Bulldogs étaient tout de même seulement à 7 patineurs disponibles contre 8 pour Toronto.

Les visiteurs furent pris de surprise en première période, retraitant au vestiaire avec un recul de 4-1 et malgré un autre bon match de Joe Malone (2 buts) et de George Carey, les Bulldogs ne purent rattraper leur retard et leur gardien Frank Brophy continua de mal paraître.

À la fin de cet article du journal La Patrie, on mentionne que les Bulldogs portaient un bandeau noir sur leurs chandails en honneur du regretté Joe Hall, un ex-Bulldog champion de 1912 et 1913 qui succomba à la grippe espagnole plus tôt durant l'année (voir texte du 28 oct. 2009). 


La Patrie, 29 décembre 1919


Il s'agissait du dernier match des Bulldogs en 1919. Leur prochain eut lieu le 1er janvier 1920. On se reparle d'ailleurs en 2020 pour la suite!


Statistiques des Bulldogs après deux matchs:








samedi 28 décembre 2019

La saison 1919-20 des Bulldogs de Québec - Match #1





Il y a exactement 100 ans, le Club Athlétique de Québec ou Club de Hockey de Québec ou plus communément les Bulldogs firent finalement leur apparition dans la LNH lors de la saison 1919-1920. Originalement fondés en 1880, ils furent membres de plusieurs ligues amateures au cours des années et furent éventuellement admis dans l’ancêtre de la LNH, la NHA (National Hockey Association) en 1910. Portés par le légendaire Joe Malone, les Bulldogs remportèrent 2 coupes Stanley dans la NHA soit en 1912 et 1913 et furent un des 4 clubs fondateurs de la LNH après la dissolution de la NHA en 1917. 




Cependant les Bulldogs n'avaient pas les fonds nécessaires et ne purent mettre un club sur la glace pour la saison inaugurale de la LNH en 1917-18 ni pour la saison suivante. La ligue dut donc débuter ses activités avec seulement 3 équipes suite au retrait des Bulldogs et des Wanderers de Montréal qui durent suspendre leurs activités après que leur aréna ait brûlé en janvier 1918.

Les Bulldogs purent donc finalement entrer en scène en décembre 1919 mais cette première (et seule) saison fut extrêmement difficile alors que l'équipe établit plusieurs records de médiocrité dont certains sont toujours en place. Après cette seule saison, la ligue en eut assez. Elle prit contrôle de l'équipe et la vendit à d'autres investisseurs qui la déménagèrent à Hamilton pour la saison 1920-21.

Donc pour célébrer les 100 ans de cette équipe défunte, je commence ici une nouvelle série commémorative retraçant la misérable saison 1919-20 des Bulldogs de Québec. Nous allons tenter d'analyser chacun des 24 matchs de cette saison (je dis bien tenter) selon les archives de journaux que j'aurai réussi à dénicher et les statistiques officielles du site de la LNH.

Le premier match de la saison eut lieu la veille de Noël soit le 24 décembre 1919 contre les Canadiens. Vous excuserez un peu mon retard car je prévoyais publier cet article exactement 100 ans plus tard mais mes plans de Noël ont un peu chamboulé mon horaire et j'avais carrément oublié cette date... Mais mieux vaux tard que jamais alors revoici pour vous le premier match des "Bouledogues'' de la saison 1919-20.


La Patrie, 26 décembre 1919



Québec. Le Canadien, champion de la National Hockey League, détenteur de la Coupe Stanley et champion du monde, a débuté d'une façon brillante, hier soir, sur la glace locale lorsqu'il a triomphé de l'équipe Québec par le score de 12 à 5. Établissant une avance de six points, dont cinq dans la première manche et tenant les Bouledogues à leur complète merci pendant ce temps, les Habitants n'ont jamais, à proprement parler, été en grand danger. Ils ont toujours mené par une marge de trois points au moins et, malgré les héroïques efforts des joueurs de Mike Quinn, l'équipe de Georges Kennedy a tenu constamment le haut du pavé.

Bien que victime d'un score élevé et inégal, le Québec s'est défendu avec vaillance et les 4500 personnes qui se trouvaient à l’aréna ont pu constater que leurs favoris auraient leur mot à dire dans la question du championnat cet hiver. Du reste, les Bouledogues n'avaient que sept équipiers en uniforme, et cette pénurie de joueurs leur causa un sérieux handicap. Les Canadiens prirent leurs adversaires par surprise en comptant cinq points dans la première période. Lalonde, le capitaine de l'équipe montréalaise, en mit trois à son crédit, les deux autres allant à Corbeau et à McNamara, joueurs de défense. Quelques-uns de ces points furent, cependant de la nature des points chanceux, et le gardien des buts local, Brophy, eût-il dompté sa frayeur de débutant chez les professionnels, aurait pu sauver ses filets de deux ou trois ''goals''. 

Pour les locaux, le jeune Carey a joué une partie des plus brillantes. Il a compté deux points et un troisième a été compté grâce à son jeu. Son dernier point a été le résultat d'un jeu électrisant, et il dut éluder toute l'équipe du Tricolore, déjouer Vézina en contournant les buts, pour y loger la rondelle...

(restant du texte majoritairement illisible)


On retrouve rapidement une erreur dans le texte alors qu'ils mentionnent que les Canadiens sont les champions de la Coupe Stanley, ce qui est faux alors que la finale de 1919 entre les Canadiens et les Metropolitans de Seattle fut annulée en raison d'une épidémie de grippe espagnole. Un de leurs joueurs, Joe Hall (également un ex-Bulldog), fut d'ailleurs emporté par cette maladie (voir texte du 28 oct. 2009). La coupe de 1919 ne fut donc pas remise à aucun club.




Donc pour ce premier match, on eut droit à un festival offensif mais c'était tout de même chose courante à l'époque. Les Canadiens ont par exemple connu trois autres matchs de plus de 10 buts durant cette saison de 24 matchs et deux fois ils en auront également accordé plus de 10. Vous verrez cependant au cours de cette série que ce fut plus fréquent pour les Bulldogs.

George Carey
Donc durant ce match offensif, deux joueurs du Canadiens marquèrent un tour du Chapeau soit Newsy Lalonde et Bert Corbeau. Joe Malone marqua un but pour les Bulldogs et on parla avantageusement d'un certain George Carey. Ce dernier avait joué quelques matchs avec les Bulldogs durant la saison 1916-17 quand l'équipe était toujours dans la NHA et faisait aussi partie de l'équipe championne de 1912. Mais on ne retrouve pas d'autres statistiques entre cette 1916-17 et 1919-20. Il fut un des meilleurs joueurs des Bulldogs durant cette saison avec 11 buts et 9 passes et il suivra l'équipe à Hamilton. 

D'autre part on parle également dans l'article du gardien des Bulldogs Frank Brophy qui aurait été faible dû à son inexpérience chez les professionnels. Ce pauvre Brophy ne jouera que durant cette seule saison chez les pros et mourra très jeune à 33 ans d'une crise cardiaque. On raconte que sa santé était fragile depuis qu'il aurait reçu un tir à la poitrine du joueur des Canadiens Didier Pitre. J'ignore cependant s'il s'agissait de ce match. Dans un autre article de ''The Gazette'' sur ce même match, on parle également de ''Stage fright'' dans le cas de Brophy. On y mentionne également le bon match de Carey.




Quoiqu'il en soit c'était un bien mauvais départ pour les Bulldogs qui en plus de Brophy, n'avaient pas beaucoup de joueurs vedettes à l'exception de Malone. Ils avaient toutefois dans leurs rangs plusieurs joueurs champions de 1912 et 1913 encore en poste soit Malone, Carey, Jack McDonald et Harry Mummery. Un des problèmes apparents fut qu'ils ne purent jouer ce match qu'avec 6 patineurs en plus du gardien contrairement à 8 du côté de Montréal. J'ignore cependant pourquoi ils leur manquèrent ces joueurs.

Voici pour terminer l'alignement et les statistiques des Bulldogs après ce match:












On se revoit bientôt pour le 2e match!

Sources:


lundi 7 mars 2016

Tommy Dunderdale



À sa naissance, en Australie en 1886, rien ne destinait Tommy Dunderdale à une carrière de hockeyeur professionnel. En 1893, sa famille retourna en Angleterre, d’où elle était originaire, avant de déménager à nouveau en 1904, à Ottawa cette fois. C’est donc là, à l’âge de 17 ans, qu’il s’initia au hockey. À peine deux ans plus tard, alors qu’il avait encore déménagé et habitait à Winnipeg, Dunderdale devint professionnel. Il s’aligna avec les Strathconas de Winnipeg de la Ligue du Manitoba. Son court apprentissage s’est avéré plus que convenable, puisqu’il connut une longue carrière, où il se distingua avec sa vitesse et son maniement de bâton.

En 1909, il revint dans l’est pour s’aligner avec les Shamrocks de Montréal, alors dans la CHA (Canadian Hockey Association). L’année suivante, la première saison de la NHA (National Hockey Association, l’ancêtre de la LNH), les Shamrocks terminèrent avant derniers, devançant seulement un tout nouveau club, les Canadiens de Montréal. Ça n’empêcha toutefois pas Dunderdale de compter 14 buts en 12 matchs. Son total était toutefois loin du meneur, Newsy Lalonde, qui avec 38, connut une fin de saison remarquable avec les Creamery Kings de Renfrew. (voir texte du 12 février 2009)

Dunderdale passa ensuite une unique saison avec les Bulldogs de Québec avant de mettre le cap vers la côte ouest et de se joindre à la nouvelle PCHA (Pacific Coast Hockey Association). La ligue formée par les frères Patrick (voir texte du 8 octobre 2012) attira plusieurs joueurs de premier plan, comme Newsy Lalonde (voir texte du 26 mars 2012) et l’année suivante, Cyclone Taylor.

Dunderdale joua quatre saisons avec Victoria, avec qui il maintint une moyenne supérieure à un but par match.

En 1912-13, ses 24 buts et ses 5 passes lui valurent le championnat des pointeurs de la ligue.

En 1914, les Aristocrats terminèrent premiers de la ligue et purent défier les Blue Shirts de Toronto pour la Coupe Stanley. Ils furent par contre balayés en trois matchs. Sur une base individuelle, Dunderdale termina troisième meilleure pointeur de la PCHA, derrière Cyclone Taylor et son coéquipier Dubbie Kerr.

En 1915-16, Dunderdale traversa la frontière pour s’aligner avec les Rosebuds de Portland. Ceux-ci dominèrent facilement la PCHA, avant de devenir la première équipe américaine à disputer la Coupe Stanley. Ils poussèrent la série à sa limite, avant de perdre le cinquième et décisif match devant une autre équipe qui n’avait pas encore gagner la Coupe Stanley, encore les Canadiens de Montréal. Dunderdale marqua le seul but de son équipe dans ce match.

Il demeura trois saisons avec Portland, avant de retourner à Victoria lorsque les Rosebuds cessèrent leurs activités. Il y fut pour cinq autres années, avec qui il remporta une nouvelle fois le championnat des pointeurs de la ligue en 1919-20.

Le 12 décembre 1921, Dunderdale bénéficia d’un nouveau règlement mis en place par la PCHA, pour devenir le premier joueur de l’histoire à marquer sur un tir de pénalité.

La saison 1923-24 s’avéra la dernière de la PCHA, mais Dunderdale la passa plutôt avec Saskatoon et Edmonton (voir texte du 10 août 2011) de la WCHL (Western Canada Hockey League). Les deux ligues fusionnèrent alors leurs activités.

À sa dissolution, Dunderdale était le deuxième meilleur pointeur de l’histoire de la PCHA, derrière Cyclone Taylor, avec une fiche de 194-60-254 en 241 matchs. En 12 saisons dans cette ligue, il a été choisi à six reprises au sein de l’équipe d’étoiles.

Suite à sa retraite, il devint entraîneurs de diverses équipes dans l’ouest du continent. Il est décédé en 1960, à l’âge de 73 ans.

Il a été élu au Temple de la renommée du hockey en 1974, où il demeure encore à ce jour l'unique natif de l’Australie à en faire partie.


Sources : legendsofhockey.net, wikipedia.org.

lundi 9 novembre 2015

Le 228e bataillon de Toronto



En 1914-15, les Shamrocks de Toronto de la NHA (National Hockey Association) appartenaient au controversé propriétaire Eddie Livingstone. Celui-ci avait habitude de se quereller avec tout un chacun et n’était pas particulièrement apprécié de ses pairs.

Avant la saison 1915-16, Livingstone acheta la deuxième équipe de Toronto, les Blueshirts. Comme la ligue ne voulait pas qu’un individu détienne deux équipes, Livingstone accepta de vendre les Shamrocks. Toutefois, Frank et Lester Patrick engagèrent plusieurs des joueurs des Blueshirts pour la Pacific Coast Hockey Association. (voir texte du 8 octobre 2012) Ils agirent ainsi en représailles de ce qu’ils jugeaient être un non-respect d’une entente qu’ils avaient avec la NHA.

En manque de joueurs, Livingstone rassembla ceux qu’il lui restait chez les Blueshirts. La franchise des Shamrocks devint inactive et la ligue y vit une opportunité pour la saisir.



En 1916-17, devant la difficulté de recruter suffisamment de joueurs qui n’étaient pas mobilisés dans l’armée alors que la guerre faisait rage en Europe, la ligue offrit la franchise des Shamrocks au 228e bataillon.

Les Northern Fusiliers avaient parmi leurs effectifs des joueurs qui avaient joué au niveau professionnel et prirent ainsi part aux activités de la ligue. Vêtue de khaki, l’équipe fut très populaire et attira les foules. Elle eut également un certain succès sur la glace.

En février 1917, la réalité rattrapa le hockey. Le bataillon fut appelé à traverser l’Atlantique. Il se retira donc de la NHA après 12 matchs. Pour éviter de se retrouver avec un nombre impair d’équipes (ce qui était pourtant le cas l’année précédente), on profita de l’occasion pour se débarrasser de l’autre équipe de Livingstone.

Le calendrier dut être réorganisé pour la deuxième moitié de saison, qui se déroula sans aucune équipe à Toronto.

La NHA exigea d’être dédommagée par le bataillon, suite à son retrait. La ligue voulait encaisser le dépôt de 3000$ qu’il lui avait laissé. Elle dut finalement y renoncer.

Les choses prirent une tournure encore plus particulière lorsque l'attaquant vedette du bataillon, l’ex-Bulldog de Québec Eddie Oatman, et le défenseur Gordon Meeking obtinrent leur libération de l’armée avant que le bataillon ne s’embarque pour l’Europe.

Les deux joueurs commencèrent par affirmer qu’ils n’avaient été recrutés que pour jouer au hockey. Par contre, porter l’uniforme sans faire partie de l’armée contrevient à la loi.

Oatman affirma alors qu’il s’était enrôlé comme soldat pour faire comme de nombreux de ses compatriotes, soit aller se battre sous les drapeaux. Il affirma également qu’il avait signé un contrat avec le bataillon et que sa libération lui causait une perte financière.

Meeking alla finalement sur les champs de bataille. Oatman retourna dans la PCHA.

Du point de vue hockey, les champions de la première moitié, les Canadiens, affrontèrent les champions de la deuxième, les Senators. Montréal remporta la Coupe O’Brien (voir texte du 23 septembre 2013), avant de s’incliner devant les Metropolitans de Seattle de la PCHA pour la Coupe Stanley.

L’année suivante, la NHA fut dissoute pour se débarrasser de Livingstone. On forma alors la LNH sans lui.

Sources: “Probable resignation of 228th and move to exclude Torontos causes tense situation N.H.A.”, Ottawa Citizen, 10 février 1917, p.8, “N.H.A. demands bonds from 228th team”, Ottawa Citizen, 13 février 1917, p.8, “Robinson declares 228th put it over”, Ottawa Citizen, 20 février 1917, p.6, “Gordon Meeking also let out by Batallion”, Ottawa Citizen, 20 février 1917, p.6, “Oatman’s revelation may cause another upheaval in National Hockey Assn.” Ottawa Citizen, 20 février 1917, “228th Battalion discharges Eddie Oatman”, The Porcupine Advance, 28 février 1917, p.2, wikipedia.org.

samedi 18 septembre 2010

Les Maroons et le Canadien... Partie 1 - Avant les Maroons




Il y a des choses qui m'énerve dans le monde et une d'entre elle est lorsqu'une personne parle en public et fait une erreur sur ce qu'elle dit... C'est mon côté nerd... Je déteste quand une personne fait allusion à un moment histoirique et se fourvoie en public... Ça m'énerve au plus haut point et ça m'enrage... Une de ces erreurs qui me fait le plus chier est une erreur à propos de l'histoire du hockey et elle revient quand même souvent. C'est arrivé par exemple à Tout Le Monde En Parle quand Biz des Loco Locass était l'invité. Biz a dit un truc du genre "Il y avait les Maroons et là on a fait les Canadiens, une équipe de valeureux canadiens-français pour compétitionner avec eux." Bizz me pardonnera de mal le citer, mais il a dit ce qui était le plus important à citer, le fait que selon lui, les Maroons de Montréal était l'autre équipe montréalaise de hockey, celle-ci constituée d'anglophones, dont le Canadien a été fondé afin de compétitionner contre avec des joueurs francophones. Il a d'ailleurs, question de doubler son erreur, répété la semaine lors de l'émission de Jean-Charles Lajoie à CKAC commentant le commentaire ben ordinaire de Pierre Curzi sur l'orientation politique du Canadien de Montréal...

Je peux vous donner une autre idée de cette erreur très courante. Le site www.danslescoulisses.com reprenait cette même erreur courante récemment quand il disait :
"Le Canadien n’était-il pas l’équipe du peuple francophone qui avait comme mission, à la base, de concurrencer les Maroons (et les anglophones)?"

Pourquoi ça me pompe? Tout simplement parce que c'est faux. Il est absolument vrai qu'une équipe de la NHL se nommait les Maroons et qu'elle était formée principalement d'anglophones alors que le Canadien pour sa part était formé de canadiens-français. Le Canadien de Montréal a été fondé en 1909 (vous le savez ça, on se l'est fait dire assez souvent depuis 2 ans) tandis que les Maroons se sont joints à la NHL en même temps que les Bruins de Boston, soit en 1924.

L'erreur vient souvent du fait qu'il y avait bel et bien une équipe d'anglophones à l'époque de la formation du Canadien, les Wanderers. Je pourrais même dire plus, il y avait une autre équipe de canadiens-français qui était fort populaire à cet époque, le National de Montréal. Il y eut un peu avant une autre équipe avec des joueurs canadiens-français qui se nommait les Montagnards. C'est d'ailleurs les premiers partisans de cette équipe qui ont popularisé le fameux "Halte-là" qui avait pour refrain "Les Montagnards sont là". Vous voyez donc que l'idée héroïque et romantique répandue de la formation d'une équipe de canadiens-français presqu'armée de bâton de hockey à la défense du fait français est un mythe. Il y eut des équipes très populaires canadiennes-françaises avant le Canadien de Montréal...

La réalité est que lors de la formation du Canadien en 1909, la création à Montréal d'une équipe formée de canadiens-français était tout au plus une décision d'affaire. Le fondateur du Canadien, monsieur John Ambrose O'Brien voyait plutôt une occasion d'affaire pour sa nouvelle ligue, une sorte de public cible, plutôt qu'un geste proto-patriotique... Il y avait d'ailleurs à cet époque à Montréal une équipe formée uniquement de joueurs catholiques-irlandais nommée les Shamrocks... Et de toute façon, ce n'est sûrement pas avec le Canadien de Montréal qu'O'Brien voulait passer à la postérité, mais plutôt avec ses Renfrew Creamery Kings, équipe qu'il avait formé avec tous les meilleurs joueurs de l'époque en les payant très cher...

Néanmoins, avec toutes les difficultés du monde, l'équipe du Canadien de Montréal a survécut aux première très difficiles saisons de la NHA, tout comme les Wanderers, formant ainsi une sorte de rivalité ethnique entre les deux équipe dans une ligue qui comportait que quelques autres équipes comme les Bulldogs de Québec, les Arenas de Toronto, les Senators d'Ottawa et quelques autres équipes obscures de la région de Toronto comme les Tecumseh, les Ontarios et les Shamrocks. Les Wanderers avaient été, en compagnie des Silver Sevens/Senators d'Ottawa l'une des équipes d'avant-plan du hockey de la première décennie du 20e siècle. L'équipe, à l'époque où la Coupe Stanley se décidait suite à un challenge, avait conservé le précieux bol d'argent à sept reprises entre 1906 et 1910. À leur entrée dans la NHA, l'équipe était un peu moins forte qu'avant, mais tout autant compétitive...

Lors de la formation de la NHL en 1917, les Wanderers furent l'une des 4 équipes à entrer dans ce nouveau circuit. Malheureusement, l'équipe qui connaissait déjà un très mauvais début de saison, ayant une victoire et trois défaites, dut abandonner ses activités en janvier 1918 après que le Montréal Arena où se déroulaient les matchs locaux de l'équipe fut incendiée le 2 janvier 1918. En passant cet aréna était situé où est dorénavant la Place Alexis-Nihon, pas très loins de l'ancien Forum. Cet aréna fut le premier aréna intérieur au monde à avoir été construit uniquement pour le hockey, en 1898. Alors que le Canadien, qui jouait également dans cet aréna, retrouva son ancien aréna Jubilé située dans le Centre-Sud où l'équipe jouait lors de ses premières saisons, les Wanderers ne se trouvèrent pas un nouveau domicile tout en refusant de déménager l'équipe à Hamilton. Après avoir déclaré forfait deux fois faute d'arénas pour une fiche de 1-5, s'en était fini de cette équipe qui avait été formée en 1903... Il fallu attendre 6 ans avant qu'un des anciens propriétaire des Wanderers durant ses années de gloires de la première décennie du XXe siècle, James Strachan, fonda une nouvelle équipe anglophone dans la NHL, les Maroons...


De redoutables joueurs comme Sprague Cleghorn et Joe Hall qui allaient se joindre au Canadien après la disparition des Wanderers jouèrent justement avec cette équipe. Le futur dirigeant des Bruins Art Ross (la photo) fut l'une des premières superstars du hockey en évoluant avec les Wanderers. Ross a d'ailleurs prit sa retraite suite à la disparition de l'équipe en 1918. Le fameux Ernie "Moose" Johnson a également port les couleurs des Wanderers. Ce dernier est reconnu comme le joueur ayant évolué dans le hockey de haut niveau ayant joué avec le plus long long bâton de hockey de l'histoire... Son hockey mesurait à ce que j'ai lu pas moins que 99 pouces, c'est environ 4 mètres... Inutile de dire que c'était très bien comme bâton pour arrêter les rondelles...

En tout, 15 joueurs ayant porté les couleurs des Wanderers de Montréal ont été intronisé au Temple de la Renommée...


mercredi 25 août 2010

Le 228e Bataillon de Toronto




Nous sommes en 1916, le monde est déchiré par un conflit très sanglant aux enjeux étranges que l'on nommera plus tard la Première Guerre mondiale. Toujours un dominion, le Canada est entré en guerre aussitôt que l'Angleterre est entrée dans le conflit. Du côté hockey, la NHA était alors formée de 5 équipes, le Canadien de Montréal, alors champion de sa première Coupe Stanley, les Bulldogs de Québec, les Senators d'Ottawa, les Wanderers de Montréal et les Blue Shirts de Toronto. À cet époque, la conscription ne faisait pas encore rage, mais beaucoup de jeunes anglophones avaient quitté leur carrière, ce fut le cas notamment de plusieurs joueurs de hockey. Parmi ceux-ci, la jeune vedette des Blue Shirts, Duke Keats qui quitta le monde du hockey professionnel pour l'armée.

Keats n'était pas le seul joueur de hockey à non seulement faire partie de l'Armée canadienne, mais du même bataillon, le 228e bataillon. À la vue du nombre de très bons joueurs de hockey, les dirigeants formèrent une équipe à partir de ces jeunes soldats et demandèrent d'intégrer la NHA, prenant la place d'une franchise dormante, les Shamrocks de Toronto. C'est alors que le 228e Bataillon de Toronto devint la sixième équipe du circuit... L'équipe allait porter le kaki et jouer sur la même patinoire que les Blue Shirts...

Dès le premier match du 228e bataillon contre les Blue Shirts, le propriétaire de l'équipe, Eddis Livingstone, explosa à la vue de son joueur étoile et d'un autre joueur nommé Archie Briden. Selon lui, le fait d'avoir constitué une équipe avec des joueurs qui étaient sous contrat avec son équipe pour compétitionner contre cette dernière était rien de moins qu'une fraude... Ils pouvaient bien sûr aller se battre sous les drapeaux, mais ils n'avaient pas le droit de jouer contre leur équipe... Keats et Briden furent donc retournés aux Blue Shirts afin de jouer avec l'équipe tout en demeurant des soldats du 228e bataillon...

Ce n'est pas seulement sur la tribune que les Blue Shirts de Toronto allaient être frustrés par le 228e bataillon, sur la glace également. Nous étions à cet époque en pleine guerre et une équipe de hockey formée de joueurs ayant joint les drapeaux représentait une très bonne vitrine de patriotisme, t ce, au détriment de la popularité de l'équipe des Blue Shirts de Toronto. S'ensuivit donc une féroce rivalité entre ces deux équipe à une époque où un bâton de hockey pouvait servir d'instrument de guerre...

Le premier match entre les deux équipe s'est soldé par une victoire de 4 à 0 du 228e dans un match que l'on raconte comme ayant été très violent. Quelques semaines plus tard, les Blue Shirts s'inclinèrent également par la marque de 8 à 6 face aux jeunes joueurs en kaki. Lors du troisième match entre les deux rivaux de la Ville Reine, étrangement, Keats et Briden ne purent pas à priori revêtir leur uniforme des Blue Shirts. Apparemment, ils avaient désobéis aux ordres et ils se sont fait mettre en garde à vue... Devant une autre colère du propriétaire des Blue Shirts, les deux joueurs furent libérés et purent jouer le match qui se solda par une victoire par la marque de 4 à 3.

Ce match fut le dernier match de l'équipe car le bataillon fut envoyé en Europe pour aller se battre en Allemagne. On décida que si ces jeunes allaient se faire massacrer, cesserait en Europe et non sur une patinoire au Canada. Ce fut donc la fin de la seule équipe militaire de hockey professionnel au Canada. En 12 matchs, l'équipe termina avec une fiche de 6 victoires et 6 défaites et pour votre information, cette équipe affronta deux fois le Canadien de Montréal qui remportèrent le premier match le 10 janvier 1917 par la marque de 6 à 1 et le deuxième qui se déroula le 27 janvier par la maque de 9 à 4. Le Canadien est donc invaincu contre le 228e Bataillon...

Suite au départ des joueurs pour l'Europe et la suspension de la franchise, les dirigeants de la NHA tentèrent de poursuivre les Forces armées canadiennes afin d'obtenir des compensations financières pour l'annulation des matchs mais en vain...

Après la guerre, Duke Keats reprit sa carrière avec un certain succès. Il joua très longtemps dans la NHL pour les Cougars de Detroit (futurs Red Wings), les Black Hawks et les Bruins de Boston.

Il fut intronisé au Temple de la Renommée en 1958, devenant ainsi un des deux joueurs à avoir porté le kaki du 228e Bataillon de Toronto lors de cette saison 1916-17 au Temple de la Renommée...

L'autre étant George McNamara, un défenseur des Blue Shirts ayant également quitté l'équipe pour l'armée... Il ne fut par contre pas impliqué dans les revendications entre les Blue Shirts et le 228e bataillon, jouant 11 des 12 matchs de l'histoire de l'équipe... C'est avec le 228e bataillon que ce joueur termina d'ailleurs sa carrière, ne remettant pas ses patins au retour de la Guerre...

jeudi 12 février 2009

Les Renfrew Creamery Kings, les Millionaires...




Les Canadiens disputaient hier leur 3000e match à l'étranger. À l'occasion, ils se sont inclinés misérablement 7 à 2 contre les Oilers d'Edmonton. Quoi de mieux que de célébrer avec une défaite crève-cœur une longue série qui débuta par une autre défaite crève-cœur. En effet, 2999 matchs à l'étranger avant le piteux match d'hier, les Canadiens se firent démolir par les Renfrew Creamery Kings 9 à 4 à l'occasion de leur premier match sur la route, le 10 janvier 1910. Les Creamery Kings de Renfrew sont une équipe très intéressante dans l'histoire du hockey. Peut-être que leur passage dans le monde du hockey professionnel fut court, mais il fut unique...

L'histoire de l'équipe de Renfrew est intimement liée à la formation de la National Hockey Association, l'ancêtre de la NHL actuelle. Le tout tourne autour d'un millionnaire ayant fait sa fortune dans le domaine minier nommé Ambrose O'Brien. Ce dernier acheta une équipe semi-professionnelle provenant de sa ville natale de Renfrew dans le nord-est de l'Ontario nommé les Creamery Kings dans une ligue nommée la Federal Hockey League. Après avoir remporté le championnat de la ligue, O'Brien demanda l'inclusion de son équipe à la Canadian Hockey League, nouvelle ligue où les Senators d'Ottawa et la première équipe professionnelle de canadiens-français, Le National de Montréal, devaient évoluer.

Suite au refus d'incorporer l'équipe de Renfrew dans la CHL, O'Brien décida de former sa propre ligue, la National Hockey Association. Le 2 décembre 1909, la ligue rebelle fut formée avec 3 équipes propriétés d'O'Brien, les Renfrew Creamery Kings et deux équipes formées pour des villes minières où il avait des intérêts, les Haleybury Comets et les Silver Kings de Cobalt. Se joignirent également les Wanderers de Montréal, équipe de la Eastern Canadian Hockey Association. Deux jours plus tard, O'Brien fonda une autre équipe pour rivaliser avec Le National de l'autre ligue, une équipe qui sera formée seulement de canadiens-français, Le Canadiens de Montréal. Les Senators d'Ottawa et les Shamrocks de Montréal de la CHL se joindront à la ligue quelques jours après les débuts de la ligue suite au peu de succès de l'autre ligue.

C'est donc avec 5 équipes que la ligue d'O'Brien débuta ses activités le 5 janvier 1910 alors que Le Canadien l'emportèrent contre l'équipe de Cobalt. Mais ce qui nous intéresse ici est l'histoire de l'équipe de Renfrew. Comme elle était l'équipe qui allait représenter sa ville natale, O'Brien décida de mettre le paquet dans la formation de son équipe qu'il voulait mener au championnat de la Coupe Stanley. Il engagea alors les joueurs les plus importants de son époque. Il engagea la vedette Frederick Whitcroft pour 2000$ par année, soit un peu mieux que le 700$ qu'il gagnait avec son équipe, les Thistles de Kenora, qu'il aida à mener à la coupe Stanley en 1907. O'brien réunit également les frères Frank et Lester Patrick pour un salaire de 2000$ par année. Newsy Lalonde, future vedette du Canadiens de Montréal, s'amena également dans la petite ville ontarienne attiré par l'odeur de l'argent. Mais le plus gros coup d'O'Brien fut d'attirer le plus grand joueur de l'époque, Fred "Cyclone" Taylor (4e à partir de la droite), dans ses rangs pour un salaire incroyable de 5250$ par année.

C'est donc avec une bonne somme d'argent qu'O'Brien forma une équipe avec la plupart des meilleurs joueurs de hockey du monde (lire du Canada) dans le but de remporter la Coupe Stanley. Cela leur attira le surnom de Renfrew Millionaires. C'est dirigé par Alf Smith, une ancienne vedette des Sliver Sevens d'Ottawa, que les Creamery Kings entreprirent les 12 matchs de la saison. L'équipe ne termina toutefois pas championne de la ligue. Avec une fiche de 8-3-1, les Creamery Kings terminèrent au troisième rang du classement de la NHA. L'équipe qui terminait en première position du classement remportait le championnat de la ligue et le trophée O'Brien, nommé en l'honneur du très humble fondateur de la ligue...

Le trophée fut utilisé de cette manière jusqu'à la formation de la NHL qui conserva le trophée afin de couronner le champion de la ligue jusqu'à ce que la Coupe Stanley devienne l'unique trophée de la NHL en 1923. Le trophée allait servir à couronner les champions de la section canadienne de la NHL de 1927-28 à 1937-38 pour devenir ensuite une sorte de trophée de consolation pour les perdants de la finale de la Coupe Stanley jusqu'en 1949-50. Les champions de la NHA pouvaient également challenger les champions de la Coupe Stanley qui étaient les Senators d'Ottawa lors de la première saison de la NHA. Rappelons qu'à l'époque, les champions de la Coupe Stanley étaient mis au défi et jusqu'en 1912 les défis pouvaient survenir à tout moment. Les Senators défendirent d'ailleurs la coupe deux fois lors de la première saison de la NHA. Les Wanderers de Montréal furent les champions de la NHA à la saison 1910 et ils purent grâce à ce championnat mettre en défi les Senators d'Ottawa. Les Wanderers reussirent d'ailleurs à vaincre les Senators pour mettre la main sur la précieuse coupe pour la dernière fois de leur histoire.

Donc la stratégie d'O'Brien d'attirer les plus gros noms du hockey de l'époque dans la petite ville de l'Ontario n'a pas connu le succès escompté. À la seconde saison de la NHA, par soucis d'équité, les autres équipes exigèrent un plafond salarial à la ligue. Comme quoi il ne s'agit pas d'un débat récent dans le hockey. Le plafond fut fixé à 5000$, ce qui eut pour effet de pénaliser l'équipe de Renfrew. Plusieurs joueurs virent leurs salaires coupés en deux en raison de ce plafond salarial. Les droits de Newsy Lalonde furent vendus aux Canadiens de Montréal. La transaction allait également officialiser le transfert de propriété du Canadiens à un certain George Kennedy. Il s'agirait de la première vente de joueur de l'histoire du hockey. En effet, O'Brien, se départit de la plupart de ses autres équipes de la ligue, l'équipe de Cobalt déménagea à Québec pour devenir les Bulldogs et l'équipe d'Haileybury et les Shamrocks de Montréal ne revinrent pas dans la ligue. C'est donc à 5 équipes que la NHA débuta sa seconde saison qui comportait un certain lot de changements, comme le fait de jouer 3 périodes de 20 minutes au lieu de deux de 30 minutes.

La saison 1910-1911 des Renfrew Creamery Kings ne fut pas aussi explosive que la saison précédente, terminant également au 3e rang du classement, mais cette fois avec une fiche de 8-8-0. L'équipe allait terminer avec le plus gros total de buts alloués de la ligue, avec 101 buts accordés en 16 matchs. Le gardien Bert Lindsay, le père du légendaire "Terrible" Ted Lindsay, termina bon dernier de la ligue avec une moyenne de 6,3 buts par match. Les Senators remportèrent le championnat et reprirent alors possession de la Coupe Stanley. Don Smith et le futur joueur des Canadiens Odie Cleghorn menèrent l'équipe au niveau des buts avec respectivement 26 et 20 buts. Il faut dire qu'à l'époque la position de gardien de but n'était pas tellement ce qu'elle est maintenant, les buts pleuvaient de partout.

Le dernier match à vie des Creamery Kings de Renfrew fut disputé à Renfrew le 7 mars 1911 alors que les Creamery Kings défirent les Wanderers de Montréal par la marque de 7 à 6.

Ambrose O'Brien ferma les livres des Creamery Kings de Renfrew après avoir réalisé le peu de potentiel de maintenir une équipe de niveau professionnel de ce calibre dans une si petite ville. C'est ainsi qu'après deux saisons, l'équipe la plus puissante sur papier de son époque fut dissoute.

La plupart des joueurs prirent des chemins différents suite à cette disparition.

Les frères Lester et Frank Patrick partirent vers la Côte Ouest où ils fondèrent leur propre ligue, la Pacific Coast Hockey League. C'est à cette ligue que l'on doit l'apparition de la ligne bleue, des tirs de pénalités et des punitions pour avoir donné de la bande. Ils allaient attirer énormément de joueurs de l'est dans leur ligue grâce à la même technique qu'O'Brien, l'argent. Les Patrick et leur équipe nommée les Milionnaires de Vancouver remportèrent la Coupe Stanley en 1915. Leur ligue allait rivaliser pour la finale de la Coupe Stanley avec la NHA et avec la NHL jusqu'à ce que la NHL s'appropria le trophée pour son unique usage en 1923. Lester Patrick revint dans l'est au milieu des années 1920 pour aider à mettre sur pied les Rangers de New York. On lui reconnaît d'ailleurs pour avoir mis l'équipement de gardien lors de la finale de la Coupe Stanley en 1928 à l'âge de 44 ans afin de remplacer le gardien Lorne Chabot pour aider son équipe à remporter la première coupe de l'histoire des Rangers. Il demeura avec l'équipe jusque dans les années 1940. Les Patrick sont en quelque sorte une des familles royales du hockey. Lynn, le fils de Lester, et son petit-fils Craig ont également connu de brillantes carrières dans la NHL et en tant qu'administrateurs et sont de nos jours membres du Temple de la Renommée... Craig était d'ailleurs assistant coach des États-Unis lors de la médaille d'or aux Olympiques de 1980, le Miracle on ice...

Fred "Cyclone" Taylor fut réclamé par les Wanderers de Montréal mais refusa de se rapporter à cette équipe. Il préféra se joindre aux Senators d'Ottawa, l'équipe avec lequel il évoluait avant son passage à Renfrew. Les Senators avaient d'ailleurs assuré sa présence à Ottawa à l'époque en lui garantissant un poste dans la fonction publique. Il ne joua qu'un seul match avec les Senators à la saison 1911-12 qui ne fut pas reconnu par la ligue en raison du fait que Taylor était la propriété des Wanderers. Le match fut repris plus tard sans Taylor sur la glace. Taylor allait donc se retirer du jeu, lui qui ne voulait pas jouer à Montréal. Ses anciens coéquipiers Frank et Lester Patrick l'invitèrent par la suite à se joindre à leur nouvelle ligue dans l'Ouest en lui garantissant son transfert dans la fonction publique. Taylor se joint donc au Millionnaires de Vancouver avec qui il allait briller jusqu'au début des années 20, aidant d'ailleurs l'équipe à remporter la Coupe Stanley en 1915. Taylor devint par la suite une icône du hockey de l'Ouest, il assistait régulièrement aux matchs des Canucks qui nommèrent suite à son décès en 1979 un trophée à son nom remis au meilleur joueur de l'équipe.

Des membres de l'organisation des Creamery Kings de Renfrew, Newsy Lalonde, Frank Patrick, Lester Patrick, Cyclone Taylor, Didier Pitre, Newsy Lalonde, l'entraineur Alf Smith et le propriétaire Ambrose O'Brien sont maintenant membres du Temple de la Renommée...

Une plaque commémorative dans la ville de Renfrew fait de nos jours mention du passage de cette équipe unique...