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dimanche 15 février 2026

Jake Forbes


 


Le gardien Vernon Vivian Forbes, surnommé « Jake » ou « Jumpin' Jackie » en raison de son style de jeu acrobatique, est né le 4 juillet 1897 à Toronto.

Après avoir fait ses classes au hockey mineur dans divers clubs locaux, il joignit les rangs des St.Pats de Toronto durant la saison 1919-20, devenant le 3e gardien du club durant la saison, ce qui était assez rarissime à l'époque. Il devint numéro un des St.Pats la saison suivante et obtint 13 victoires en 20 matchs, aidant le club à terminer au deuxième rang. Pour la saison suivante, en 1921-22, il désirait une augmentation de salaire à 2500 dollars, ce que les St.Pats refusèrent catégoriquement. Il devint alors le premier joueur de la LNH à sacrifier une saison entière. Ce geste d'insubordination, inédit pour l'époque, s'est soldé par la vente de ses droits à la franchise des Tigers d'Hamilton la saison suivante.

Forbes revint donc en action après une saison perdue et joua les trois saisons suivantes à Hamilton, obtenant des statistiques en conséquence d'être dans le pire club de cette jeune ligue à seulement 4 équipes. Il obtint 6 victoires en 24 matchs en 1922-23 et ensuite 9 en 24 en 1923-24.

La chance des Tigers tourna toutefois lors de la saison 1924-25, le club passant de la dernière à la première place d'une ligue désormais à 6 clubs (arrivée des Bruins et Maroons), s'assurant une place en finale de la Coupe Stanley.

Cependant, les choses tournèrent au vinaigre pour Forbes et les Tigers et on peut imaginer que Forbes fut un des principaux architectes de ce qui allait se passer. Cette saison-là, la ligue avait décidé d'augmenter le nombre de matchs de la saison régulière de 24 à 30 sans offrir de compensation financière supplémentaire aux joueurs.

Menés par leur capitaine Billy Burch, Forbes et ses coéquipiers ont exigé une prime de 200 dollars par joueur pour ces rencontres additionnelles. Devant le refus catégorique des propriétaires et les menaces de suspension du président de la LNH, Frank Calder, les joueurs ont maintenu leur position et refusé de disputer les séries éliminatoires. Cette impasse a conduit à la suspension immédiate de l'équipe, privant Jake Forbes de sa meilleure chance de soulever le prestigieux trophée.

Les conséquences de ce bras de fer ont été permanentes pour le gardien de but. Bien que la franchise ait été rachetée et déménagée pour devenir les Americans de New York, et malgré le fait que Forbes soit resté un pilier de la ligue pendant encore plus d'une décennie, il n'a plus jamais eu l'occasion de jouer des matchs éliminatoires. Après avoir disputé seulement deux matchs de séries lors de sa première année complète en 1921, il a passé le reste de sa carrière au sein d'équipes de bas de classement, accumulant un total de 84 victoires contre 114 défaites. Pourtant, son efficacité individuelle est restée remarquable pour l'époque, comme en témoigne sa moyenne de buts alloués de 2,76 et ses 20 blanchissages.


 
Après quelques saisons difficiles avec les Americans et des détours dans les mineures, il fut libéré en 1930. Il passa la saison suivante dans la ligue Can-Am à l'exception de deux matchs avec les anciens Pirates de Pittsburgh, maintenant nommés les Quakers de Philadelphie, deux matchs qui se soldèrent par des défaites pour cette autre club en difficulté, qui connaîtra d'ailleurs un des pires rendements de l'histoire de la LNH avec une fiche de 4–36–4, soit le 2e pire pourcentage de points de l'histoire à 0.136%.

Les saisons suivantes furent à l'image de la difficile décennie des années 30, avec un parcours nomade dans plusieurs clubs et ligues. Il retourna jouer quelques matchs avec les Americans (son dernier dans la LNH en 1933) mais passa la majorité du temps dans les mineures avec les clubs suivants; Eagles de New Haven (Can-Am), Tigers du Bronx (Can-Am), Bulldogs de Windsor (IHL), Stars de Syracuse (IHL), Indians de Springfield (Can-Am), Tecumsehs de London (IHL) et Cardinals de Rochester (IHL).

Il a finalement pris sa retraite en 1936. En s'éteignant à l'âge de 88 ans en 1985, Jake Forbes était le dernier joueur vivant des Tigers de Hamilton.



samedi 1 avril 2023

Hib Milks


 


C'est assez rare que je parle de joueurs des années 20 (1920 pas 2020) et encore moins de joueurs des anciens Pirates de Pittsburgh. Je me suis donc dit que ce serait une bonne opportunité de faire ça quand je suis tombé sur un nom comme Hib Milks...

Hibbert Henry «Hib» Milks
est né le 1er avril 1899 dans le petit village de Eardley en Outaouais, un patelin qui fut fusionné en 1975 avec 3 autres villages pour donner aujourd'hui la municipalité de Pontiac. Il déménagea de l'autre côté de la rivière, à Ottawa lors de ses 18 ans et gradua dans les différents niveaux de la ligue de hockey organisé de la région, la Ottawa City Hockey League (OCHL), qui est considérée comme la deuxième ligue organisée dans l'histoire du hockey, ses origines remontant à 1890. Au sein des Gunners d'Ottawa, Milks, qui évoluait comme ailier gauche et comme centre, forma un duo redoutable avec un joueur du nom de Harold Darragh pendant trois saisons, soit de 1919-20 à 1921-22. 
 
Milks et Darragh prirent la décision de joindre les rangs des Yellowjackets de Pittsburgh de la United States Amateur Hockey Association (USAHA) pour la saison 1922-23. Ils revinrent tous les deux dans la OCHL la saison suivante avec les New Edinburghs d'Ottawa mais cela ne dura qu'une saison avant de revenir avec les Yellowjackets en 1924-25 lors de ce qui était la dernière saison d'existence de la USAHA. La saison suivante, comme Pittsburgh allait faire son entrée dans la LNH, une dizaine d'anciens membres des défunts Yellowjackets, bref pratiquement toute l'équipe à cette époque, devinrent membres de la nouvelle organisation des Pirates de Pittsburgh, qui sont essentiellement considérés comme la continuation des Yellowjackets. On retrouvait également chez ces premiers Pirates de futurs membres du temple comme le défenseur Lionel «Big Train» Conacher et le gardien Roy Worters, en plus du fameux duo Darragh-Milks.

Les Pirates de Pittsburgh ont existé pendant seulement 5 saisons et n'ont jamais laissé une très grande marque dans l'histoire du hockey, à l'exception de la présence des Conacher et Worters. Mais si ces derniers représentaient bien le niveau défensif de l'équipe, on n'y retrouvait pas vraiment de grandes vedettes offensives. Durant 4 de ces 5 saisons, c'est Hib Milks qui termina au premier rang des pointeurs des Pirates, Darragh étant celui de la cinquième. Durant ces saisons de 44 matchs, Milks mena les Pirates pour les points avec des saisons de 19, 22, 21 et une de seulement 12 points en 1928-29, qui faisait quand même de lui le meneur des Pirates. 
 
Il faut cependant dire qu'on ne décernait pas autant de mentions d'assistance à l'époque, soit seulement une mention pour la première passe et même souvent qu'on oubliait de l'inscrire au pointage. Par exemple, Milks obtint un sommet en carrière de 18 buts en 1927-28, le restant de sa fiche étant composée de 3 passes. Autre exemple durant cette même saison 1927-28, Howie Morenz du Canadien termina avec 33 buts et 18 passes, ce qui le plaçait au premier rang pour les deux catégories.

 
Milks, au deuxième rang et Darragh à l'avant-dernier.


Les Pirates firent les séries durant deux de leurs trois premières saisons mais commencèrent à vivre des difficultés financières les forçant à vendre des joueurs pour survivre, dont Conacher. Milks et Darragh furent toutefois épargnés et terminèrent exæquo en 1928-29 avec cette mince fiche discutée plus haut de 9 buts et 3 passes chacun pour 12 points en tête des faibles Pirates qui terminèrent avec une fiche de 9-27-8. La saison 1929-30 fut ensuite la dernière de l'équipe où les choses ne firent que se dégrader davantage avec une fiche de 5-36-3.
 
La franchise fut alors achetée par le bootleger Bill Dwyer et déménagée à Philadelphie sous le nom des Quakers en 1930-31, dans l'espoir qu'un nouvel aréna soit construit à Pittsburgh pour y ramener l'équipe plus tard. Les Quakers furent encore pire que les Pirates et finirent leur seule saison d'existence avec une minable fiche de 4-36-4, ce qui est toujours le deuxième pire pourcentage de victoire après les Capitals de Washington de 1974-75. Milks fut toutefois fidèle au poste comme toujours, terminant premier compteur des Quakers avec 17 buts et 23 points. Il termina toutefois au deuxième rang pour les points derrière les 27 points d'un certain Gerry Lowrey. 
 
Cette saison marqua toutefois la fin du duo Milks-Darragh alors que ce dernier fut échangé aux Bruins  en retour d'un défenseur et d'une somme d'argent.

Hib Milks avec les Quakers
Après la disparition des Quakers, Hib Milks aboutit avec les Rangers où il ne fut que très peu utilisé en attaque, terminant la saison 1931-32 totalement blanchi de la colonne des buts avec 0 filets et seulement 4 passes. Il décida ensuite de revenir au bercail, alors qu'il signa avec les Senators, qui eux revenaient au jeu après une saison d'inactivité causée aussi par des difficultés financières. La disette de Milks continua à Ottawa alors qu'il fut de nouveau blanchi durant cette saison 1932-33. N'ayant toujours pas marqué en 19 matchs, il se blessa grièvement au genou en janvier 1933 et ne revint jamais au jeu.

Il retourna dans l'Outaouais après sa retraite et y mourut en 1949 après une longue maladie. Il avait 50 ans.

En 317 matchs dans la LNH, Hib Milks récolta 87 buts et 41 passes pour 128 points. Ses 98 points acquis avec les Pirates font de lui le meneur de l'histoire de la franchise, suivi de près par Darragh à 91 points.

Pour sa part, Darragh joua quelques matchs à Boston suite à son départ de Philadelphie. Il joua ensuite deux saisons à Toronto, mais fut cédé dans la IHL en 1933. Il y joua quelques temps avant de prendre sa retraite en 1936 et revenir lui aussi dans le coin d'Ottawa. Son plus vieux frère, Jack Darragh, joua longtemps pour les Senators, y gagnant 4 Coupes Stanley, et fut élu au temple de la renommée en 1962.

jeudi 24 mars 2022

Bernie Morris


Originaire du Manitoba et orphelin à l’âge de 8 ans, Bernie Morris fit tout de même son chemin jusque dans la PCHA (Pacific Coast Hockey Association). Après une saison 1914-15 avec les Aristocrats de Victoria où il fut blessé, il se retrouva avec les Metropolitans de Seattle. Il prit son erre d’aller avec la nouvelle équipe, où ses 32 buts en 18 matchs lui assurèrent le plus haut total de la ligue, en plus d’être le deuxième pointeur de la ligue derrière Cyclone Taylor.

Ce ne fut que partie remise pour la saison 1916-17, où Morris accumula 54 points en 24 matchs, lui permettant ainsi de remporter le championnat des compteurs de la PCHA.

Leur fiche de 16-8 a permis aux Metropolitans de terminer en tête et de se procurer ainsi un billet pour la finale de la Coupe Stanley contre les champions de la Ligue nationale. Ce furent les vainqueurs de la Coupe de l’année précédente, les Canadiens de Montréal, qui eurent le privilège de traverser le continent et de disputer la première finale en sol américain. (Les transports de l’époque ne permettant pas d’alterner, la finale devaient alors se fixer à un seul endroit, une année dans l’est et l’autre sur la côte ouest.)

Après une première défaite, Seattle a pris son rythme et n’a plus regardé derrière. Les Mets ont remporté les trois matchs suivants et le titre. Morris fut d’ailleurs aux premières loges de ce triomphe, alors qu’il marqua 14 des 23 buts de son équipe. Le dernier match se termina alors par la marque de 9-1, où il en compta 6.

Pour la saison 1917-18, les Metropolitans terminèrent à nouveau au premier rang, mais ils durent faire face à une nouveauté pour la PCHA : une série éliminatoire. Malheureusement pour eux, ils s’inclinèrent devant les Millionaires de Vancouver. Sur une base individuelle, Morris termina deuxième meilleur pointeur, encore une fois derrière Cyclone Taylor, de Vancouver.

En 1919, le même scénario s’est répété sur une base individuelle (Taylor meilleur pointeur, Morris deuxième), mais il a été inversé au niveau des équipes (Vancouver premier mais s’inclina devant Seattle en séries).

C’est toutefois à ce moment que les choses se sont corsées. Alors que Seattle s’apprêtait à recevoir les Canadiens pour jouer la finale, Morris fut arrêté par l’armée américaine. Comme il ne s’était pas rapporté pour la conscription, il fut accusé de désertion. Étant citoyen canadien, Morris évoqua qu’il n’avait pas à se rapporter. De plus, lorsque son avis fut livré à son domicile, il mentionna qu’il était à Vancouver pendant la saison estivale, ne pouvant ainsi pas en prendre connaissance et demander sa dispense. Toutefois, comme il avait affirmé plus tôt dans l’année au cours du procès de son divorce qu’il résidait à Seattle à temps plein, l’armée américaine en arriva à une autre conclusion. Il fut donc emprisonné et condamné en cour martiale à deux ans de prison aux travaux forcés à Alcatraz. (Il ira finalement dans une autre prison militaire.)

Les Metropolitans durent donc disputer la finale sans leur vedette offensive. Après cinq matchs, il y avait égalité (deux victoires de chaque côté et une nulle). Toutefois, à ce moment, la deuxième vague de l’épidémie de grippe espagnole frappait. Chez les Canadiens, il y eut entre autres Odie Cleghorn, Newsy Lalonde, Louis Berlinguette, Bert Corbeau, Billy Coutu et le propriétaire George Kennedy qui furent affectés à des degrés divers. Mais on se souviendra surtout que l’épidémie fut fatale pour Bad Joe Hall, qui mourut une semaine plus tard. Kennedy ne se rétablit jamais vraiment et décéda en 1921. Les Canadiens déclarèrent forfait, mais l’entraîneur de Seattle, Pete Muldoon, refusa de remporter la Coupe ainsi. La finale fut donc annulée et la Coupe Stanley ne fut pas décernée pour la première fois. (La deuxième fois étant évidemment en 2005, l’année du lock out.) Est-ce que Seattle aurait pu clore la série avant que la pandémie ne fasse ses ravages si leur as Morris avait été là?  Nous ne le saurons jamais.

Du côté de Morris, sa sentence lui fit rater sa saison 1919-20. Ce n’est qu’en mars 1920 qu’il eut sa décharge. Il put tout de même se joindre alors aux Mets, qui avaient encore atteint la finale, mais ils se sont finalement inclinés devant les Senators d’Ottawa.

Morris joua trois autres saisons avec Seattle, tout en maintenant une bonne production offensive.

Il fut ensuite échangé aux Tigers de Calgary de la Western Canada Hockey League (WCHL). (On pouvait alors faire des échanges avec des équipes d’autres ligues.) Depuis sa création en 1921-22, les champions de la WCHL pouvaient affronter les champions de la PCHA, pour déterminer qui affronteraient ceux de la LNH. En 1924, les Tigers eurent le dessus sur les Capitals de Régina, ce qui leur donna le privilège d’affronter Vancouver. En vainquant ensuite les champions de la PCHA, Calgary put se rendre dans l’est, mais la Coupe lui échappa en s’inclinant ensuite devant les Canadiens de Montréal.

En janvier 1925, Calgary échangea Morris aux Maroons de Montréal de la LNH, qui le refilèrent immédiatement à la première équipe américaine de la ligue, les Bruins de Boston. L’expérience fut toutefois peu concluante, même au sein d’une équipe d’expansion. Il ne marqua qu’un but en six matchs et fut alors libéré par les Bruins.

Morris tenta l’expérience de la nouvelle California Hockey League en 1926, alors qu’il aida le Palais-de-Glace de Los Angeles à remporter le titre, avant de poursuivre sa carrière dans d’autres ligues de calibre inférieur. Il fut aussi brièvement entraîneur.

Il revint ensuite dans la région de Seattle et devint éleveur de dindes.

L’arrivée récente du Kraken à Seattle mit l’attention sur les exploits des anciens Metropolitans. Il fut alors question de l’absence de Morris du Temple de la renommée, malgré sa fiche de 154-76-230 en 163 matchs dans la PCHA. Toutefois, le fait que ses exploits datent d’il y a longtemps et qu’il n’a presque pas évolué dans la LNH, assorti d'un séjour en prison (peu importe les circonstances), rendent la chose peu probable. Et même à l’époque, sa personnalité peu charismatique n’a pas joué en sa faveur.

Il est décédé en 1963, à l’âge de 72 ans.

Sources :

Lalancette, Mikaël, Georges Vézina, l’Habitant silencieux, Les Éditions de l’Homme, 2021, pp.164-165, 196 à 198,

"Seattle Overwhelmed Canadiens and Landed Championship", March 27, 1917, Ottawa Citizen, page 8,

"Opening Stanley Cup Contest at Seattle Tonight", March 19, 1919, Edmonton Journal, page 19,

"Bernie Morris Sent To Prison For Two Years", April 13, 1919, Edmonton Journal, page 13,

"Seattle’s ill-fated Stanley Cup run of 1919" de Feliks Banel, April 3, 2019, MYNorthwest (mynorthwest.com),

"Local push is on to get Seattle Metropolitans star Bernie Morris into Hockey Hall of Fame" de Geoff Baker, The Seattle Times, October 17, 2019, The Seattle Times (seattletimes.com),

"When the Stanley Cup Was Canceled Because of a Pandemic" de Michael Weinreb, March 18, 2020, Smithsonian Magazine (smithsonianmag.com),

hockey-reference.com, wikipedia.org.

samedi 25 septembre 2021

Roy Worters



En 1920, alors qu’elle n’en était qu’à sa deuxième édition, la Coupe Memorial fut remise au Toronto Parkdale Canoe Club. On retrouvait dans leur alignement une future légende, Lionel Conacher. Dans les buts, on retrouvait aussi un petit gardien de but, Roy Worters.

Après être passé par le hockey senior, Worters pensa abandonner. Son ancien coéquipier, Conacher, le convainquit toutefois de le suivre à Pittsburgh, pour s’aligner avec les Yellow Jackets de la USAHA. Lorsqu’en 1925, l’équipe fut convertie en formation de la Ligue Nationale et devint les Pirates, Worters fit ses débuts dans la LNH. À 5’3’’ et 135 livres, il est devenu (et demeure à ce jour) l’un des plus petits joueurs de l'histoire de la ligue. Selon la légende, la tête de celui qui était surnommé "Shrimp" (crevette) touchait la barre transversale lorsqu’il était profondément dans son filet.

Malgré une faible défensive, Worters tint le fort du mieux qu’il put, faisant des Pirates une équipe moyenne. D’ailleurs, le 26 décembre 1926, il réussit 70 arrêts contre les Americans de New York, mais ce fut malgré tout insuffisant. Pittsburgh s’inclina 3-1.

Après trois saisons, il eut une dispute salariale avec Pittsburgh, ce qui entraîna son échange vers les Americans de New York. En retour, les Pirates, une équipe avec des problèmes aux guichets, obtinrent Joe Miller et 20 000$.

Les Americans étaient alors une équipe pathétique, détenue par Bill Dwyer, un individu louche impliqué dans le trafic d’alcool, avec un entourage qui l’était tout autant.  Il était fréquent de voir ses acolytes armés dans ses bureau du Madison Square Garden. 

Worters rejoignit alors Conacher et ne mit pas de temps à faire sa marque. Il aida les Americans à atteindre les séries pour la première fois. Dans une série de deux matchs au total des buts, ils perdirent toutefois 1-0 en prolongation contre leurs rivaux new yorkais, les Rangers.

Les efforts de Worters furent tout de même soulignés, puisqu’il remporta le Trophée Hart, remis au joueur le plus utile à son équipe, pour la saison 1928-29.  Il fut d'ailleurs le premier gardien à être choisi pour cet honneur, et il faudra attendre à la saison 1949-50 avant que Chuck Rayner ne réédite l'exploit. 

Le 27 février 1930, il se passa quelque chose qui serait inimaginable aujourd’hui. Le gardien des Canadiens, George Hainsworth, souffrait de grippe. Comme à l’époque, il n’y avait pas de gardien auxiliaire, il fallut donc lui trouver un remplaçant. Il arrivait alors que dans de telles circonstances, une équipe prête un joueur à une autre. Comme les Canadiens avaient joué le samedi précédent contre les Americans, qu’ils jouaient ensuite à Montréal contre Toronto le jeudi et que les Americans jouaient après à Montréal contre les Maroons le samedi suivant, il était logique d’un point de vue logistique que Worters se joigne aux Canadiens pour revenir à Montréal, joue le match contre Toronto dans leur uniforme, avant d’être rejoint par les Americans pour leur match contre les Maroons.

Worters se tira très bien d’affaires et les Canadiens l’emportèrent 6-2. Le samedi suivant, ce fut un retour à la normale pour Worters, alors que les Americans s’inclinèrent 5-1 contre les Maroons. Ce match avec le Bleu Blanc Rouge fut sa seule (et courte) expérience avec une équipe championne, puisque les Canadiens remportèrent ensuite la Coupe Stanley, alors que Worters passa le reste de sa carrière avec les Americans, qui ne s’approchèrent jamais du titre. En fait, ce petit match fut son seul au sein d’équipe qui existe toujours, puisque les Pirates et les Americans ont disparu depuis longtemps.

Ça n’empêcha pas Worters de reprendre le collier et l’année suivante, il le fit de brillante façon. Il remporta le Trophée Vézina pour avoir accordé le moins de buts en 1930-31. Il aida ainsi les Americans à être une équipe moyenne, malgré le fait qu’ils avaient aussi l’attaque la plus anémique de la ligue (à égalité avec les misérables Quakers de Philadelphie). Étonnamment, malgré cet honneur, son nom ne fut pas retenu, ni pour la première équipe d’étoiles, ni pour la deuxième.

Le diminutif Worters n’hésita alors pas à tenir tête à son patron peu fréquentable pour obtenir une augmentation de salaire. Mais Dwyer, qui aimait bien Worters, qui le faisait rire, finit par céder et lui concéda un contrat de trois ans à 8500$ par année, un sommet à ce moment pour un gardien.

Shrimp joua jusqu’en 1937, moment où il dut subir une chirurgie pour une hernie. Il investit ensuite ses économies, dont il avait pris grand soin, dans divers projets hôteliers dans la région torontoise. Il devint ainsi un prospère homme d’affaires.

Il demeura alors en contact avec son ex-entraîneur (et plus tard président de la ligue) Merv "Red" Dutton. Lorsque ce dernier l’initia à la chasse et que Worters tua sa première oie, c’est avec son humour habituel qu’il déclara qu’elle était plus grosse que lui…

Malheureusement, Worters ne put jouir très longtemps de ses succès en affaires, étant emporté par un cancer de la gorge en 1957, à l’âge de 57 ans.

Il fut intronisé à titre posthume au Temple de la renommée en 1969.

Sources:

"Worters occupera le poste de Hainsworth, Roy Worters, de l’Américain, remplacera Geo. Hainsworth", 27 février 1930, La Patrie, page 13,

"Canadiens Capture Second Position By Beating Leafs, 6-2", February 28, 1930, Montreal Gazette, page 16,

"Famous N.H.L. Goalie, Roy Worters, 57, Dies", CP, November 8, 1957, Montreal Gazette, page 25,

"Good Morning" de Vern Greer, November 8, 1957, Montreal Gazette, page 25,

"Former Netminder Ace, Worters, Dies", CP, November 8, 1957, Calgary Herald, page 46.

mardi 26 mai 2020

Collection de programmes #2





Comme j'ai une fascination pour tout ce qui est de programmes, guides médias, yearbooks et albums souvenirs vintage, re-voici une autre collection de ces fascinants documents que je trouve sur internet.

Dans le premier épisode je m'étais éparpillé sur plusieurs décennies différentes mais aujourd'hui je vais  me concentrer sur des vieux programmes soit de l'ère des ''Original 6'' et avant...


D'abord selon mes recherches, on aurait commencé à vendre et à distribuer des ''programmes'' autour de 1926. Il est possible qu'il en existait auparavant mais le plus vieux que j'ai trouvé de la LNH serait celui-ci des Maroons de Montréal datant de décembre 1925:



Au départ, ces programmes étaient assez rudimentaires avec peu d'illustrations et avec des publicités tout aussi rudimentaires. Les moyens étant encore limités à l'époque, on retrouve également peu de couleurs et le fond et bordures des documents restaient blanc:



Les Senators réutilisaient la même photo de leur aréna sur chaque programme. Notez le ''H'' manquant à ''Pittsburg''.

 
Je me demande à quelle année Pittsburg a reçu son ''H'' à la fin...



Un match hors-concours intra-ligue entre les Americans de New York et les Rosebuds de Portland. Le matcha avait lieu au Borders Cities Arena de Windsor en Ontario. Remarquez bien la mention ''Tonight's game under Western rules''. En 1926, cette ''WCHL'' , qui comportait différents règlements que ceux de la LNH, en était à sa dernière saison d'existence. L'année suivante, les droits des joueurs des Rosebuds furent vendus aux nouveaux Black Hawks de Chicago.


Programme de la dernière série intra-ligue pour l'obtention de la Coupe Stanley. La WCHL fut dissoute et la Coupe devint propriété exclusive de la LNH par la suite. Comme les Rosebuds discutés plus haut, les joueurs des Cougars de Victoria furent acquis par la nouvelle franchise de Detroit qui conserva le surnom ''Cougars'' pour quelques saisons. Au départ les Cougars ne purent jouer à Detroit alors que l'Olympia de Detroit était toujours en construction. Ils jouèrent donc leur première saison... à Windsor au Border Cities Arena discuté plus haut... Je crois donc que le match vu plus haut était en quelque sorte une ''pratique'' pour voir si l'aréna de Windsor allait convenir...



 
 J'adore ces vieilles pubs de Laura Secord...


On commença ensuite à voir de plus en plus d'illustrations sur les programmes:




 

Mais Ottawa restait plate...


 J'ignore s'il s'agit bien ici d'un ''programme'' mais wow...

 
Detroit en 1929-30 dans le temps où ils s'appelaient toujours les Cougars.

 
J'ignore l'année de celui-ci ou de quelle genre de publication il s'agit mais oh qu'il est beau... Les Bruins devraient ramener cette illustration sur un chandail vintage, une patch à l'épaule ou quelque chose du genre.

 
 
Celui-ci doit être assez rare alors que les Quakers de Philadelphie n'existèrent que durant une seule saison. Remarquez la mention de ''Benny Leonard'' cet ex-champion boxeur qui devint propriétaires des Pirates et futurs Quakers. Voir texte du 28 janvier 2009.


 Les programmes du Forum de Montréal mettaient en vedette les deux clubs qui se partageaient l'Aréna


 Programme remis lors de l'ouverture du Maple Leaf Gardens en 1931


Remarquez les différents joueurs aux différents chandails derrière le but des Maroons.


Comme vous pouvez voir, les programmes commencèrent à devenir de mieux en mieux illustrés au cours des années 30, particulièrement ceux des Maples Leafs et des Rangers:



Un programme de 1935 contre les éphémères Eagles de St.Louis


Toronto utilisait la terminaison ''Programme'' au lieu de ''Program''. Il s'agit en fait de l'ancienne épellation britannique qui fut plus tard raccourcie par les americains.


Comment pouvait-on bien suivre un match Rangers vs. Americans?
Les deux équipes avaient un chandail aux mêmes couleurs...


Le problème fut réglé en 1933 lorsque les Americans employèrent un chandail alternatif blanc lors des matchs contre les Rangers...




Ce programme des Red Wings mettaient davantage en évidence leur entraîneur Jack Adams



En terminant voici mon préféré parmi tous ceux de cet article:

On saute maintenant en 1950 en pleine période ''Original 6''. Je dis 1950 mais je n'en suis pas aussi certain si on regarde les différents chandails des adversaires des Bruins. Remarquez le deuxième joueur dans la file qui porte le chandail noir et blanc des Black Hawks qu'ils portèrent de 1927 à 1934. Remarquez qu'il pourrait s'agir seulement d'une erreur ou d'un choix artistique afin de le différencier des autres joueurs en rouge. D'ailleurs ces deux joueurs en rouge ont l'air trop similaire. Si le dernier joueur (#13) est un joueur du Canadien, où est la bande bleue au centre du chandail? Il s'agit malgré tout d'une oeuvre d'art et j'aimerais bien l'acquérir en vrai pour en faire un agrandissement et un poster...


lundi 16 mars 2020

La saison 1919-20 des Bulldogs de Québec - Matchs #22-23-24




Re-bienvenue dans cette série commémorative célébrant les 100 ans de la misérable saison 1919-20 des défunts Bulldogs de Québec. Nous allons analyser rétroactivement chacun des 24 matchs de cette saison, selon les archives de journaux que j'aurai réussi à dénicher et les statistiques officielles du site de la LNH.

Voici les résumés des matchs passés: 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22,23,24

Excusez mon retard, j'ai été quelque peu accaparé dans d'autres projets personnels et j'ai laissé cette série déraper un petit peu ce qui fait que j'ai raté l'anniversaire des 100 ans des trois derniers matchs de la saison et de l'histoire des Bulldogs. Mais avec la présence du COVID-19 et des prochains jours/semaines en télétravail, je devrais pouvoir terminer cette série. Allons-y donc.


Dans le dernier match, les Bulldogs mirent la table pour plusieurs records de médiocrité toujours actifs de nos jours, soient le plus grand nombre de buts accordés dans un seul match par une équipe et par un gardien alors que les Canadiens l'emportèrent 16-3. Blessé physiquement et moralement, le pauvre gardien Frank Brophy fut laissé derrière après ce match et l'équipe terminera cette fatidique saison sans lui.

MATCH #22 - 6 mars 1920 vs. Toronto St-Patricks.


La Presse, 8 mars 1920


Howard Lockhart
Sans gardien suppléant pour ce match, les Bulldogs durent emprunter le gardien réserviste des St-Patricks, Howard "Holes" Lockhart. Ce dernier fit honneur à son surnom et à la saison 1919-20 des Bulldogs en accordant 11 buts. Il s'agissait de la 19e défaite des Bulldogs et de la quatrième fois qu'ils accordèrent plus de 10 buts. Du côté des gagnants, Mickey Roach marqua 5 buts, dont un tour du chapeau naturel en 3e période. Seuls Thomas McCarthy et Harry Mummery marquèrent pour les Bulldogs.

Les St-Patricks, la deuxième pire équipe de cette ligue à 4 clubs, démontra que la défense des Bulldogs étaient le véritable maillon faible de cette équipe.






MATCH #23 - 8 mars 1920 vs. Ottawa Senators


La Presse, 9 mars 1920


Harry Mummery
Pour cet avant-dernier match, les Bulldogs décidèrent de confier le poste de gardien à leur meilleur défenseur, Harry Mummery. Ce dernier avait déjà été gardien remplaçant dans le passé. Il avait d'ailleurs remplacé Brophy quelques semaines auparavant. Il s'en sortit bien... durant les deux premières périodes. Les Bulldogs faillirent causer la surprise alors qu'il détenaient une avance de 5-4 au début de la troisième. Cependant, les Senators ouvrirent les valves et marquèrent 7 buts en troisième. Avec un défenseur (Mummery) en moins, on put assister à la fatigue et le déclassement complet de la défense des Bulldogs.

Remarquez bien la dernière phrase de cette coupure de journal alors qu'on commence à mentionner la ville d'Hamilton. On y parle aussi que la partie suivante des St-Patricks contre les Canadiens sera ''contremandée'', un mot dont j'ignore complètement la signification...





Contremander \kɔ̃.tʁə.mɑ̃.de\ verbe transitif 1er groupe
Avertir quelqu’un de ne pas exécuter l’ordre qu’on a donné, de ne pas se rendre à l’invitation qu’on a faite.
Ah bon. Ils auraient donc annulé ce match? C'est faux, car ils jouèrent bel et bien ce match que les St-Patricks gagnèrent 11-4.


Parlant de ''contremander'', j'ai l'impression que plusieurs personnes ''contremandent'' en ce moment les indications des médecins et du gouvernement de ne pas sortir de chez eux.


MATCH #24 - 10 mars 1920 - Ottawa Senators vs. Québec Bulldogs


Le Soleil, 11 mars 1920




Dernier match de la saison 1919-20 des Bulldogs et de l'histoire de ce club dans la ville de Québec. On peut au moins se conforter que les Bulldogs ont au moins terminé leur histoire avec une victoire, leur quatrième de la saison, portant la fiche du club à 4-20. Malgré cette fiche anémique, la grande vedette des Bulldogs, Joe Malone, profita de ce match pour connaître une autre de ses soirées légendaires en marquant 6 buts, ce qui n'était même pas son plus haut total durant cette saison alors qu'il marqua un record toujours inégalé de 7 buts lors du match du 31 janvier.

Avec ces 6 buts, Malone dépassa Newsy Lalonde des Canadiens et termina comme premier compteur de la ligue avec 39 buts et 49 points, devançant Lalonde par 3 points.

Avec cette fiche de 4-20, les Bulldogs terminèrent la saison avec un pourcentage de victoire de .167, ce qui demeure à ce jour le 6e pire résultat de l'histoire.




Ensuite vinrent plusieurs déploiements et manigances en coulisses, laissant le futur de l'équipe incertain. Les rumeurs d'une nouvelle équipe à Hamilton étaient déjà courantes depuis plusieurs semaines mais les fans de Québec ne se doutaient pas qu'il s'agirait plutôt d'un transfert.

On terminera ça plus tard dans un autre billet de conclusion. Sur ce, prenez soin de vous, lavez-vous les mains, restez chez vous, démarrez-vous un blog et faites le compte-rendu de chaque match des Capitals de 1974-75.


Statistiques finales des Bulldogs en 1919-20