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dimanche 5 juillet 2026

La barbe des séries inversée



La tradition des joueurs portant la barbe des séries remonterait à la dynastie des Islanders de New York du début des années 1980. Diverses raisons expliqueraient ce rituel comme la solidarité, le sacrifice, la détermination, la virilité, la force, l’intimidation ou encore le rasoir oublié dans l’avion et l’aichmophobie (la peur irrationnelle et excessive des objets pointus ou tranchants, ce qui expliquerait des légendes moustachues comme Lanny MacDonald ou des monosourcils mémorables comme ceux de Rick Hampton). C’est lorsque leur équipe est éliminée que les joueurs finissent par se raser afin de mieux profiter de l’air frais sur les terrains de golf. D'autres comme Nick Bonino font mieux en se rasant la barbe pour des oeuvres de charité comme l'illustre ce reportage datant de la coupe Stanley remportée par les Penguins en 2016.


Mais porter la barbe des séries est aussi une tradition pour certains fans dès que leur équipe se qualifie pour les séries. On peut alors voir leur barbe grandir au fur et à mesure que leur équipe avance dans les rondes éliminatoires. Ils la rasent finalement lorsque leur équipe est éliminée. 

Fier partisan des Sabres de Buffalo, Jeremy Huck a choisi de faire le contraire. En effet, il a décidé de ne pas se raser tant que son équipe ne faisait pas les séries! Il a donc attendu 14 longues années pour enlever sa gigantesque barbe digne de ZZ Top, car les Sabres ont le record de la plus longue disette de la LNH! Dans ce reportage diffusé en avril 2026, on peut le voir avant et après être passé chez le barbier. 


Ses enfants ne l’ont jamais connu sans barbe avant ce grand moment de libération, ce qui les a décontenancés au début, surtout sa plus jeune fille cachée ici derrière sa mère.


Jeremy explique que les gens ne le reconnaissent plus, mais sa femme - une grande fan des Sabres comme lui - semble enchantée de ravoir enfin son mari temporairement imberbe.


Précisons que le reportage a été réalisé avant que Buffalo ne soit éliminé par les Habs. Je n’ai pas pu trouver d’autres informations plus récentes au sujet de Jeremy Huck, mais gageons que sa détermination va reprendre du poil de la bête en vue de la prochaine saison!

Par ailleurs, je vous invite à visionner deux belles vidéos liées au retour triomphal des Sabres de Buffalo en séries. Cette première présente un survol rapide des 14 années de disette et l’effervescence de revenir enfin en séries. On revient notamment sur des fans en furie lorsque tout allait mal, qui remettaient même en question leur dévouement au gré des mauvaises performances et des mauvaises décisions de l'équipe. J'avais vu une de ces vidéos à l'époque et ça m'avait frappé.


Cette seconde vidéo donne la parole à leurs fans qui ont enduré 14 années de disette et c’est très touchant. On en voit dont les enfants n'ont jamais connu les Sabres en séries. En tant que fan de la première heure des Sénateurs d'Ottawa, je sais c'est quoi persévérer malgré les saisons ratées pour savourer les moments où ça va enfin mieux! Je suis curieux de voir si des partisans feront comme Jeremy Huck en conservant leur barbe tant que leur équipe ne feront pas les séries. Peut-être du côté des récents Dead Wings de Détroit? À suivre!


Sources

Laurence, J.-C. (2011, 23 avril). La barbe des séries, symbole de virilité et de solidarité. La Presse.

Sardin, V. (2026, 21 mai). D’où vient la barbe des séries au hockey? Noovo Moi.

Winter, H. (2026, 16 avril). Sabres fan finally shaves off playoff drought beard. WIVB.

dimanche 31 mai 2026

La seule présence en séries des Rockies du Colorado



Je suis tombé l'autre jour sur cette publication expliquant que de toutes les équipes existantes de la LNH, seuls les Devils du New Jersey n'ont jamais été balayé en séries. Il y a bien sûr comme vous voyez le Mammouth, le Kraken et les Golden Knights qui font également partie du portrait mais comme ce sont des franchises toutes jeunes, ils ne sont évidemment pas encore pris en considération.

Mais si on considère le Mammouth comme étant la continuation des Coyotes de l'Arizona et des premiers Jets de Winnipeg, et bien il faut sans hésitation garrocher le mammoth dans la grosse batch de gauche avec tous les autres...


 

J'étais un peu perplexe avec ce tableau et fallait bien que j'aille vérifier. Il est cependant bien vrai que les Devils n'ont jamais perdu une série avec une fiche pire que 4-1 depuis leurs débuts en 1982-83. 

Mais si vous êtes familiers avec notre contenu ici, vous savez bien que pour nous, les Devils du New Jersey ne seront jamais seulement les Devils du New Jersey. 

Ici, quand on pense aux Devils du New Jersey, on parle plutôt de la franchise des "Devils du New Jersey/Rockies du Colorado/Scouts de Kansas City". Tsé, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué et inutile?

Donc, si ça vous dit rien, résumons rapidement. La franchise des Devils a d'abord commencé ses activités sous le nom des Scouts de Kansas City, équipe d'expansion pour la saison 1974-75, en même temps que les Capitals de Washington. La santé du hockey professionnel était alors tellement précaire avec les récentes expansions et la concurrence de l'AMH, tellement que les Capitals et les Scouts furent deux des pires équipes d'expansion de l'histoire, les Capitals terminant leur première saisons avec la pire fiche de tous les temps (8-67-5) tandis que les Scouts firent à peine mieux avec une fiche de 15-54-11.

On considéra même que l'expansion de 1974 était une erreur, tellement que la seule utilité des deux équipes pour la ligue fut d'être utilisés comme équipe de démonstration lors d'une tournée au Japon au printemps 1976, la fameuse Coca-Cola Bottler's cup.

Wilf Paiement avec les Scouts de Kansas City

Les mauvaises performances sur la glace n'étaient pas le seul problème des Scouts. L'équipe souffrait également de la flambée des salaires des joueurs, d'un ralentissement économique dans le Midwest et d'une faible affluence. Les Scouts n'attiraient en moyenne que 8 218 spectateurs par match alors qu'à l'époque, la moyenne de la ligue tournait autour de 13 000. Les 37 investisseurs de l'équipe, criblés de dettes, ont alors choisi de vendre la franchise après seulement deux saisons.

C'est alors que naquit la franchise des Rockies du Colorado pour la saison 1976-77. Après une première saison de 20 victoires et 54 points, les Rockies remplacèrent leur entraîneur par le légendaire joueur et entraîneur des ligues mineures, Pat Kelly. Ce même Pat Kelly qui fut plus tard fondateur et commissaire de la ECHL dont le trophée de championnat porte son nom. Kelly ne parvint pas vraiment à redresser la barque chambranlante des Rockies alors que l'équipe n'obtint que 19 victoires en 1977-78. 

Cependant, avec un sommet dans la LNH de 21 matchs nuls et un total de 59 points, le meilleur total ever en tant que Scouts/Rockies, l'équipe parvint miraculeusement à se tailler une place en séries, notamment grâce au fait que la section Smythe était très faible avec les Canucks, Blues et les éternels abonnés des bas fonds à l'époque, les North Stars. Seuls les Blackhawks étaient de taille dans cette division et les Rockies terminèrent donc deuxièmes in extremis et purent participer aux séries de 1978.


À l'époque, le meilleur club de chaque section se méritait un laisser-passer en deuxième ronde tandis que les autres clubs devaient s'affronter lors d'une série 2 de 3 en première ronde. Grâce à leurs deuxième rang dans la division Smythe, les Rockies durent donc se mesurer aux deuxièmes de la section Patrick. 

Malheureusement pour eux, la division Patrick était davantage boostée avec les Islanders en première place devant les encore puissants Flyers de Philadelphie, qui eurent alors l'honneur de devenir les premiers adversaires des Rockies en séries.

Les Flyers avaient bien sûr tout un alignement avec des joueurs comme Bobby Clarke, Bill Barber et Reggie Leach ainsi qu'un Bernard Parent toujours dominant. Les Rockies eux n'avaient que très peu de punch en attaque, les seuls dignes de mention étant Wilf Paiement (87 points) ainsi que deux pas pires défenseurs en Barry Beck et John Van Boxmeer. Dans les buts pour les Rockies se retrouvait l'ancien des Flyers Doug Favell ainsi que Michel Plasse comme adjoint. 

Cependant, les Rockies ne furent pas la proie facile que l'on croyait lorsque la série débuta le 11 avril 1978. À domicile à Philadelphie, les Flyers procédèrent à un barrage en force de 44 tirs contre seulement 18, mais les Rockies parvinent à tenir la marque à 2-2 jusqu'en fin de troisième période. Mais avec seulement 22 secondes d'écoulées en début de prolongation, Mel Bridgman marqua contre Favell et les Flyers l'emportèrent.

La série se transposa ensuite à Denver ou les Rockies tentèrent tant bien que mal de contenir les Flyers (48 tirs) à une marque finale de 3-1. Le seul à marquer devant les partisans des Rockies fut l'obscur défenseur Dennis Owchar en première période, mais les Rockies donnèrent du fil à retordre jusqu'à la toute fin du match. 


Mais au final, c'en était fini de cette série expéditive et somme toute sans histoire. Les Flyers passèrent en deuxième ronde contre les Sabres de Buffalo dont ils disposèrent rapidement par la marque de 4-1. Ils s'inclinèrent finalement en finale de conférence contre les Bruins.

Pour leur part, ce fut la première et dernière présence en séries des Rockies, et la dernière pour la franchise jusqu'au début de l'émergence des Devils en 1988, où la jeune équipe surprit tout le monde et se rendit à son tour jusqu'en 3e ronde.

Les Devils n'avaient pas encore la version 
finale de leur logo lors de leur première
 séance du repêchage en 1982.

Les Rockies jouèrent 4 autres saisons difficiles au Colorado. Minés par l'instabilité, ils eurent sept entraîneurs en quatre ans — aucun n'étant resté plus d'une saison complète — et les propriétaires ont changé de mains à deux reprises au cours de cette même période. En 1982, l'équipe continuait de faire face à de graves difficultés financières et fut de nouveau mise en vente. 

Cela a notamment donné lieu à une tentative d'achat ratée par un groupe d'investisseurs d'Ottawa, dont l'intention était de déménager les Rockies dans la capitale canadienne. On alla même jusqu'à envisager une fusion de l'équipe avec les Capitals, à l'image de ce que la ligue avait fait quatre ans plus tôt entre les Barons de Cleveland et les North Stars du Minnesota. Finalement, la franchise fut vendue en mai au magnat du transport maritime du New Jersey, John McMullen, qui était également propriétaire des Astros de Houston dans la Ligue majeure de baseball.

C'était alors la fin des éphémères Rockies du Colorado dont le nom fut toutefois récupéré au baseball majeur en 1993 par l'arrivée d'une équipe d'expansion au Colorado. 

Les partisans de hockey de Denver purent enfin revoir du hockey de séries en 1996 avec leur nouvelle équipe du nom de l'Avalanche. Les Devils et l'Avalanche furent ensuite deux des meilleures équipes au tournant du millénaire, s'affrontant même en grande finale en 2001 lors d'une série épique de 7 matchs remportée par l'Avalanche.

Donc au final, OUI, la franchise des Devils a déjà été blanchie en séries, sous une incarnation différente et seulement lors d'une courte série préliminaire 2 de 3. Mais ils ont été blanchi quand même lors de leur histoire, même si c'était ailleurs qu'au New Jersey. 

My job here is done... Désolé au gars qui a fait le graphique...

Si ça vous intéresse, ces deux seuls matchs en séries dans l'existence ses Rockies existent sur YouTube, grâce à un transfert de VHS granuleux comme on les adore...

 

 

jeudi 21 mai 2026

La série Canadiens-Whalers de 1980

 

Ce ne fut pas facile, mais c’est maintenant confirmé. Les Canadiens affronteront les Hurricanes de la Caroline en demi-finale. 

Avant de s'établir dans le sud-est des États-Unis en 1997, les Hurricanes ont eu comme prédécesseurs les Whalers de Hartford. Équipe originale de l’Association mondiale (AMH) de 1972 (bien qu’elle ait changé de domicile à quelques reprises), elle fut l’une des quatre élues pour joindre les rangs de la Ligue nationale en 1979. 

Les négociations ont été ardues et les conditions d’admission n’ont pas été généreuses.  Les droits sur de nombreux joueurs de l'AMH furent retournés à l'équipe de la LNH à qui ils appartenaient.

À la dernière année de l’AMH, les Whalers n’avaient pas été une puissance, terminant en quatrième place sur six. Considérant les règles d’expansion plutôt chiches, il ne fallait donc pas s’attendre à des miracles, même s’ils parvinrent à conserver les légendaires vétérans Dave Keon et Gordie Howe, les fils de ce dernier, Mark et Marty, leur capitaine Rick Ley et leurs gardiens John Garrett et Al Smith

En fin de saison, Hartford fit l’acquisition de Bobby Hull des Jets de Winnipeg. Lorsqu’il joua avec Gordie Howe et Dave Keon, les Whalers se retrouvèrent ainsi avec un trio des 40 ans et plus. 

Au cours de la saison, les résultats furent tout de même supérieurs aux attentes. Aidés par les 105 points de Mike Rogers et les 56 buts de Blaine Stoughton, les Whalers terminèrent 14e. Les Oilers, dans la foulée d’un Wayne Gretzky qui prenait son envol, prirent le 16e rang. Dans une ligue qui avait maintenant 21 équipes, les 16 premières accédaient aux séries. Comme les nouveaux venus étaient parvenus à devancer des éternels perdants comme les Capitals, les Red Wings et les Rockies, ils purent alors participer aux éliminatoires. (Les deux autres anciennes équipes de l’AMH, les Nordiques et les Jets, eurent moins de chance.) 

Puisqu’en séries le premier affrontait le seizième, le deuxième se prenait contre le quinzième et ainsi de suite, les Oilers affrontèrent l’équipe de tête, les Flyers. Quant aux Whalers, leur quatorzième place les envoya faire face aux troisièmes, les Canadiens. 

Même si le Tricolore avait subi beaucoup de changements (entre autres le départ de Scotty Bowman pour Buffalo et remplacé avec peu de succès par Bernard Geoffrion et les retraites de Ken Dryden, Jacques Lemaire et Yvan Cournoyer), il demeura que Montréal était tout de même le quadruple champion en titre. Toutefois, en saison, les Whalers avaient malgré tout trouvé le moyen de donner du fil à retordre aux Canadiens, les limitant à une victoire et trois matchs nuls. 

La série débuta le 8 avril au Forum. Montréal débuta en lion, l’emportant 6-1. Seul Mark Howe empêcha Denis Herron de réaliser un blanchissage, en marquant en troisième période. Yvon Lambert marqua deux fois pour les Montréalais. 

Le lendemain, toujours au Forum, ce fut un festival offensif. Yvon Lambert marqua deux autres buts, en plus d’obtenir une passe. Mario Tremblay accumula quant à lui trois mentions d’aide, dans une victoire de 8-4. La réplique vint entre autres de la famille Howe. Mark aida tour à tour son frère Marty et son père Gordie à marquer. 

Pour le troisième match, au Civic Center, les deux équipes changèrent de gardien. Michel Larocque prit la place de Denis Herron pour Montréal, alors que les Whalers confièrent leur filet à Al Smith au lieu de John Garrett. 

Le résultat fut beaucoup plus serré. Guy Lafleur marqua un troisième but en trois matchs. Mario Tremblay a obtenu deux autres passes, mais les Whalers offrirent une belle résistance, forçant la prolongation. 

Ce fut finalement Yvon Lambert, qui était en feu, qui trancha avec son deuxième but de la soirée. Montréal balayait ainsi la série en trois matchs. (C'était un 3 de 5 au premier tour.)  Si Dave Keon poursuivit son parcours, ce match fut le dernier de Bobby Hull et de Gordie Howe. Les Whalers ratèrent ensuite les séries lors des cinq années suivantes. En fait, lors de leurs 18 années à Hartford, ils ne remportèrent qu’une seule série, en 1986, contre les Nordiques. 

En passant, les Oilers furent aussi balayés par les Flyers. Il fallut donc attendre à l’année suivante avant qu’une ancienne équipe de l’AMH ne remporte un match de séries, lorsqu’Edmonton battit… Montréal.

Quant aux Canadiens, ils poursuivirent leur quête d’une cinquième Coupe d’affilée, mais privés de Guy Lafleur, blessé d'un coup discutable de Pat Boutette, ils frappèrent un mur lorsqu’ils s’inclinèrent au deuxième tour devant les North Stars du Minnesota. 

La fin de la dynastie du Bleu Blanc Rouge permit le début de celle des Islanders, qui remportèrent les quatre Coupes suivantes, et la série contre les Whalers en fut le dernier soubresaut. 

Sources : 

″Whalers, Oilers are happy just to reach playoffs″ de Catherine Wolfe, UPI, April 8, 1980, Ottawa Citizen, page 19, 

hockeydb.com, hockey-reference.com, wikipedia.org.

 

samedi 31 mai 2025

La remise de la Coupe en 1966


1966. Il y a toujours seulement six équipes. Les deux éternels mauvais de l’époque, New York et Boston, sont évidemment exclus des séries. Étonnamment, parmi les équipes qui participent ″au détail″ (comme on disait parfois à ce moment), le premier ne fait pas face au quatrième, mais au troisième, pendant que deuxième affronte le quatrième.

Montréal remporte la palme et balaie ensuite le troisième, Toronto. Dans l’autre série par contre, Détroit, quatrième, cause la surprise et élimine Chicago. On se retrouve donc avec une finale 1 (Montréal) contre 4 (Détroit).

Détroit démarre en lion en remportant les deux premiers matchs, au Forum, mais les Canadiens se mettent ensuite en marche, remportant les trois matchs suivants, incluant une victoire facile de 5-1 au match 5.

Le match 6 a lieu à l’Olympia de Détroit, où Montréal peut mettre fin aux hostilités. Le match est serré et se rend en prolongation.

Après deux minutes, Dave Balon est dans le coin et lance vers le devant du but. La rondelle atteint alors celui que Balon décrit comme le ″défenseur chauve″. (Gary Bergman. Considérant qu’il n’y a que six équipes, qu’on nous a souvent dit que les joueurs se connaissaient tous à cette époque, j’ai trouvé cocasse que c’est ainsi que Balon a désigné Bergman.) Le disque frappe ensuite le genou d’Henri Richard pour ensuite aboutir dans le but.

Le gardien des Wings, Roger Crozier, proteste, arguant que Richard a compté avec sa main. L’arbitre Frank Udvari n’a pas voulu l’entendre, alors qu’au même moment, dans un début de chaos, des spectateurs qui apparemment venaient de Windsor, sautaient sur la patinoire.

À ce moment, le Trophée Conn Smythe (qui n’existait que depuis un an) est décerné suite à un vote des six gouverneurs. Par contre, ceux-ci ne parviennent pas à se rejoindre dans l’aréna. (Il n'y a évidemment aucun cellulaire.)  Lorsqu’ils y arrivent finalement, ils ne s’entendent pas au sujet  du vainqueur. Lassés d’attendre que le président Clarence Campbell se présente, Jean Béliveau et Jean-Claude Tremblay saisissent la Coupe et la transportent dans le vestiaire.

Sur place, il n’y a qu’une seule bouteille de champagne, alors qu’il y aurait eu une question de superstition en lien avec le fait d’acheter du champagne à l’avance pour un match sur la route. Toe Blake taquine plutôt Lucien Desrochers, publiciste, en affirmant que c’était son travail.

Terry Harper est le premier à se servir et il en laisse bien peu à ses coéquipiers. Gump Worsley, qui a eu de très bonnes séries, en eut un peu, mais bientôt, il n’en reste plus pour le capitaine Jean Béliveau, celui qui avait compté le but décisif, Henri Richard, et les autres.

Clarence Campbell finit par se présenter sur la patinoire alors que la plupart des spectateurs ont déjà quitté. On s’attendait à ce que Béliveau, Worsley ou Jean-Claude Tremblay soit nommé récipiendaire du Conn Smythe. On opte plutôt pour Roger Crozier, qui avait joué un rôle certain dans le parcours surprenant des Wings, mais dont le choix est tout de même étonnant. Le gardien sort donc du vestiaire en nouant sa cravate et en attachant ses boutons de manchettes pour recevoir son trophée. Si la défaite de son équipe lui a fait passer un boni de 2000$ sous le nez, son Conn Smythe lui a tout de même valu 1000$ et une Ford Mustang. Tremblay, souvent sous-estimé au cours de sa carrière, fut déçu que sa très bonne performance passe encore sous le radar.

D’un point de vue télévisuel, disons qu’on a déjà fait mieux…  Les téléspectateurs devaient se demander ce qui se passait.

Sources :

Lalancette, Mikaёl, Jean-Claude Tremblay, Le magicien de la ligne bleue, Les Éditions de l’Homme, 2024, pages 93 à 96,

″Le soir de triomphe de Blake et de ses joueurs″ - Pollock, 6 mai 1966, La Presse, page 27,

″Je suis fier de mon équipe, même dans la défaite″, dit Syd Abel de Marcel Desjardins, 6 mai 1966, La Presse, page 28,

″Campbell n’a pu se rendre au centre de la patinoire″, GC, 6 mai 1966, La Presse, page 28,

″Canadiens Capture Stanley Cup In Overtime, Richard Goal Nips Wings 3-2″ de Pat Curran, May 6, 1966″, Montreal Gazette, page 33,

″MM. les magnats de la LHN (sic), où aviez-vous la tête?″ d’André Trudelle, 7 mai 1966, La Presse, page 18,

″Banquet, Sunday Parade Honor Champs, Toe Blake Seems Serious About Retiring As Coach″ de Pat Curran, May 7, 1966, Montreal Gazette, page 8.


jeudi 15 juin 2023

La date de remise de la Coupe Stanley


Ça y est. La Coupe Stanley a été remise avant-hier aux Golden Knights, à seulement leur sixième saison d’existence. Les partisans des Sabres et des Canucks, qui attendent toujours le premier triomphe de leur équipe favorite après 53 ans, les envient sûrement.

Cette remise de la Coupe en ce 13 juin s’inscrit dans une tendance qui voit la date de la fin de la saison être repoussée de plus en plus. Il peut y avoir une certaine variation en raison d’une finale qui peut être plus longue ou plus courte. Il peut aussi y avoir des événements fortuits comme un lockout ou la covid, qui peuvent modifier le calendrier, mais règle générale, on remet le trophée de Lord Stanley à une date de plus en plus avancée, comme on peut le voir sur le graphique.



J’ai débuté ma collecte de données en 1914-15, puisque c’est à ce moment qu’on cesse de pouvoir défier les champions de la Coupe à tout moment de la saison et qu’on voit un format semblable à ce qu’on retrouve aujourd’hui (saison, puis séries qui couronnent une équipe championne).

À ce moment, la saison ne compte que 20 matchs et les séries ne comptent qu’une finale entre les deux meilleures équipes de la NHA, avant que les champions n’affrontent les champions de la PCHA (Pacific Coast Hockey Association) pour le titre. À une époque où les glaces artificielles ne sont pas encore la norme, on a remis la Coupe Stanley aux Millionaires de Vancouver (qui bénéficiaient de la première glace artificielle au Canada) le 26 mars. Le nombre de matchs par saison ira ensuite en progressant de façon constante, ce qui prolongea évidemment la saison, en plus de voir le format des séries changer au gré du nombre d’équipes et de différentes formules mises à l’essai.

Au début de la période des Original Six (1942-43), le calendrier passe à 50 matchs. Si le format des séries se stabilise (deux équipes exclues, deux demi-finales dont les gagnants s’affrontent en finale), le nombre de matchs continue sa progression de façon graduelle jusqu’à atteindre 70 à partir de 1949-50.

C’est en 1965 que la Coupe est remise en mai (le 1er) pour la première fois.

En 1967-68, la LNH double ses cadres, passant de 6 à 12 équipes, fait passer son calendrier à 74 matchs et ajoute des quarts de finale. La Coupe est alors remise le 11 mai.

Après une suite d’expansions, le nombre d’équipes atteint 18 en 1974-75, forçant la Ligue nationale à ajouter un quatrième tour de séries. Combiné avec un calendrier de maintenant 80 matchs, la Coupe a été remise le 27 mai aux Flyers.

En 1992, on franchit la barre du 1er juin pour la première fois pour couronner les Penguins.

Suite à une saison marquée par un lockout, c’est le 24 juin qu’on remet la Coupe aux Devils en 1995, un record à ce moment. Un autre lockout en 2012-13 résultera en une autre remise à la même date, aux Blackhawks cette fois.

On se souvient tous de la saison 2019-20 marquée par l’arrêt prolongée des activités en raison de la covid. C’est finalement le 28 septembre qu’on décerna la Coupe au Lightning, record que nous souhaitons qui ne sera jamais battu. L’année suivante, toujours en contexte de pandémie et limitée à 56 matchs, tira à sa fin le 7 juillet, toujours en faveur de Tampa Bay.

mercredi 17 mai 2023

John Druce


C’est dans sa ville natale de Peterborough que John Druce effectua son stage junior et ce, avec une progression plutôt lente. À sa première année, en 1983-84, il dut se contenter d’un seul match avec les Petes, passant le reste de l’année avec l’équipe B.

L’année suivante, il n’amassa que 26 points, jouant plutôt sur un trio défensif. Par contre, il faisait partie d’une équipe parmi les meilleures de la Ligue de l’Ontario. Si les Petes pouvaient compter sur des joueurs qui eurent des carrières très honnêtes dans la LNH comme Terry Carkner, Randy Burridge, Ron Tugnutt et Kris King, il n’y avait toutefois pas de futurs membres du Temple de la renommée parmi eux. Mais comme l’équipe avait de la profondeur, elle remporta sa division en saison régulière et atteignit la finale en séries.

Lorsque vint le repêchage, Druce suscitait un certain intérêt, mais sans être parmi les favoris. Ce sont finalement les Capitals qui le choisirent au 2e tour, au 40e rang. Son coéquipier chez les Petes, le gardien Kay Whitmore, entendit son nom 14 rang avant lui. Ils retournèrent toutefois à Peterborough.

En 1985-86, Druce fut limité à 49 matchs, mais son total augmenta à 46 points. Les Petes terminèrent alors en tête de la ligue, mais ils s’inclinèrent en demi-finale.

Il fut ensuite temps pour Druce de graduer dans la Ligue américaine. À ce moment, les Caps partageaient une équipe avec Hartford, les Whalers de Binghampton. Encore une fois, Druce ne fut pas une terreur offensive, avec ses 13 buts. Étonnamment, il enchaîna ensuite avec une saison de 32 buts, plus que sa meilleure production dans le junior, bien qu’avec 68 matchs, il a aussi atteint son plus haut nombre de parties joués.

Il partagea ensuite les deux saisons suivantes entre les Skipjacks de Baltimore (nouvellement associés aux Capitals) et Washington. À chaque occasion, il marqua 8 buts dans la grande ligue, jusqu’à ce que se présentent les séries de 1990.

Avec 78 points, les Caps terminèrent au 3e rang dans leur division. Ils furent donc légèrement négligés face aux Devils au premier tour des séries.

L’entraîneur Terry Murray, qui avait remplacé son frère Bryan au cours de la saison, sembla faire confiance à Druce. Alors qu’il avait à peine joué un match sur 2 en saison, il joua tous les matchs en séries. D’ailleurs, comment Murray aurait-il pu le retirer de la formation, alors que Druce, sorti de nulle part, marqua dans trois des six matchs, aidant ainsi Washington à avoir le dessus sur le New Jersey.

Ce fut ensuite au tour des Rangers de goûter à la médecine de Druce, qui profita d’une blessure à Dino Ciccarelli pour accéder au premier trio. Les résultats : un but au 1er match, 3 au 2e, 2 au 3e et 2 au 4e. Il couronnera le tout avec un but en prolongation lors du cinquième match pour éliminer les Blueshirts, champions de leur division.

En demi-finale, Druce tenta de poursuivre sa magie, mais face aux puissants Bruins, il ne pouvait pas tout faire. Il marqua deux autres buts, mais ça n’empêcha pas Boston de balayer Washington. Il demeure toutefois qu’il marqua 14 buts en 15 matchs, en plus de 3 passes, alors qu’il s’était contenté de 11 points en 45 matchs en saison.

En 1990-91, il suivit avec une saison de 22 buts, ce qui était également le même nombre que son sommet dans le junior, dans ce cas-ci en 80 matchs. En séries, il se contenta d’un but en 11 matchs.

Après une saison de 19 buts en 1991-92, Washington l’expédia à Winnipeg en retour de Pat Elyniuk. Les résultats ne furent pas très heureux, avec 6 buts, et Druce se retrouva alors avec les Kings.

Il joua cinq autres saisons, à Los Angeles et Philadelphie, mais ses statistiques offensives allèrent en diminuant, près de son total de buts lors de ses séries magiques de 1990 (mais dans une saison complète), puis inférieur à celui-ci.

Il termina sa carrière avec deux saisons en Allemagne.

Ses statistiques dans la LNH sont de 113-126-239 en 531 matchs. En séries, il a marqué 17 buts en 53 matchs, incluant 14 dans son parcours de 1990.

Il a par la suite été analyste de hockey junior chez Sportsnet et conseiller financier. Il est aujourd’hui président et co-fondateur d’Unique Media Solutions, une entreprise de Peterborough qui produit du lettrage pour les véhicules.

Il s’impliqua également pour amasser des fonds pour la recherche contre le cancer, suite à la leucémie qui lui a ultimement enlevé sa fille.

Initialement, Druce était irrité par le fait qu’on ne lui parlait que de son improbable parcours des séries de 1990. Pour lui, sa carrière ne se résumait pas à ça. Et puis, il a finalement fait la paix avec le fait qu’il s’agit de son exploit signature. Après tout, pour qu’on vous associe invariablement au même exploit, il faut quand même avoir accompli un exploit…

Sources : hockeydb.com, linkedin.com, uniquemediasolutions.ca, wikipedia.org.

lundi 1 mai 2023

Le sort des champions de la saison régulière


Malgré une saison record, les Bruins de Boston ont été sortis en première ronde par les Panthers. C’est décevant pour les partisans, l’équipe et particulièrement pour un vétéran comme Patrice Bergeron, qui pourrait mettre fin à son illustre carrière de cette façon.

Est-ce si inédit? Pas tant.

Pour établir un comparatif, j’ai pris les données à partir de 1979-80. Pourquoi cette année? Parce que c’est à partir de ce moment que 16 équipes ont été admises en séries (donc quatre rondes complètes) comme c’est le cas maintenant.

Ensuite, bien que les différentes séries ont porté différents noms au fil des ans (demi-finale de division, quart de finale de conférence, etc.), j’ai standardisé le tout sur une base mathématique pour qualifier le moment où les champions de la saison régulière ont été sortis (1/8, 1/4, 1/2, finale, champions de la Coupe Stanley).

On constate d’abord que seulement une fois sur quatre (25,58%) les champions de la saison sont allés jusqu’au bout et ont remporté la Coupe Stanley. Pour l’atteinte de la finale, on monte à 39,53%.

À l’opposé, dans 18,60% des cas, ils ont subi le même sort que les Bruins, soit une sortie immédiate. Si on ajoute ceux qui ont passé le premier tour, mais sans plus, on atteint 46,51%, presque un cas sur deux.



En regardant les statistiques, on note que les années 1980 ont été marquées par des dynasties (Islanders, Oilers) qui en ajoutant les Flames de 1988-89, ont réussi à accomplir une saison sans faille (premiers en saison et champions de la Coupe Stanley) à cinq reprises.

J’ai donc décidé d'ajouter un autre point de départ. Après 12 saisons stables à 21 équipes, la ligue a amorcé une autre vague d’expansion en 1991-92, avec l’arrivée des Sharks, suivie ensuite par les Sénateurs, le Lightning, etc. On peut considérer qu’à partir de ce moment, la ligue est devenue relativement semblable à ce qu’elle est maintenant.

On constate donc qu’à ce point, la tendance s’amplifie légèrement. Seulement 19,35% des champions de la saison ont remporté la Coupe. Les derniers à accomplir ce fait sont les Blackhawks en 2012-13.  

À l’inverse, 22,58% d’entre eux sont disparus du tableau immédiatement, comme les Bruins. En ajoutant les 32,26% qui n’ont passé que le premier tour, on note que plus d’un champion sur deux (54,84%) n’a pas passé le deuxième tour.

Parité?  Pression excessive? Épuisement d’avoir été à fond pendant trop longtemps? Si c’est le cas, est-ce à dire qu’à un certain moment, il vaudrait mieux lever le pied? ("Tanker" par le haut?)  

À moins que ça signifie pour les superstitieux que le Trophée des Présidents (décerné depuis 1985-86 aux champions de la saison régulière) ne porte malheur...

dimanche 23 avril 2023

L'assassinat de Martin Luther King et les séries


Les séries de la Coupe ont débuté cette semaine. Une fois entamé, il s’agit d’un marathon sans interruption où l’usure fait son œuvre, pour ensuite couronner une équipe qui est rarement la même qui a remporté le titre au cours de la saison.

Le tournoi a déjà été retardé (pour la covid 19) ou annulé (en raison de la grippe espagnole en 1919 et lors de l’année du lock out de 2004-05), mais rarement a-t-il été débuté pour ensuite être suspendu pendant un moment. Il arrive tout de même que les circonstances l’imposent. C’est arrivé en 1968.

Il s’agissait alors des premières séries de l’ère de l’expansion. Dans la conférence est (composée des six anciennes équipes), Montréal faisait face à Boston, de retour en séries après huit ans d’absence. Dans l’autre confrontation, New York affrontait Chicago. Dans l’ouest (les nouvelles équipes), il y avait des duels Philadelphie-St-Louis et Minnesota-Los Angeles.

Martin Luther King

Le 4 avril, lors du jour du match 1 des quatre confrontations, le révérend Martin Luther King, militant des droits civiques des plus en vue, fut assassiné à Memphis, au Tennessee. La population, principalement bien sûr afro-américaine, était en colère et se souleva dans plusieurs villes.

Le 6, des matchs eurent tout de même lieu à Montréal, Philadelphie et Los Angeles. Par contre à New York, on appréhenda une flambée de violence et le Madison Square Garden fut fermé, ce qui empêcha les Black Hawks de pratiquer. Le lendemain, le match prévu fut reporté. Sur les ondes de CBS, on présenta plutôt un enregistrement du match de la veille entre Montréal et Boston.

Le directeur administratif de la ligue, Brian O’Neill, annonça ensuite que les prochains matchs auraient lieu après les obsèques du révérend King. Le match du 8 à Los Angeles fut donc reporté au 9, le soir de la journée des funérailles, qui eurent lieu à Atlanta. Ce même soir, il y eut aussi un match à New York et Boston. Celui de St-Louis fut reporté au 10.

En bout de ligne, seulement la série Montréal (ville canadienne) – Boston (ville peu affectée par les émeutes) conserva son calendrier initial. Comme les Canadiens ont ensuite balayé les Bruins en 4 parties, le tout fut terminé le 11 avril.

À l’inverse, les deux séries de l’ouest allèrent jusqu’à la limite et se terminèrent une semaine plus tard, le 18. Le même soir, Montréal débutait déjà son deuxième tour en écrasant les Black Hawks, qui avaient pris 6 matchs à se débarrasser des Rangers, et dont la ville fut l'une des plus affectées par les soulèvements.

Ayant déjà terminé en tête de la ligue en saison régulière, le Tricolore put se reposer après sa série expéditive contre Boston, ne céda qu’un match aux Black Hawks, avant de balayer les Blues en finale qui n'étaient, souvenons-nous, qu’une équipe d’expansion. Comme parcours en séries, on a déjà vu plus ardu.

Pour la petite histoire, notons que la LNH n’a évidemment pas été la seule à modifier son calendrier suite à l’assassinat du récipiendaire du Prix Nobel de la paix en 1964.

Les As de Québec de la Ligue américaine ont aussi vu leur match à Buffalo reporté. La NBA, la PGA et le tennis ont également modifié leur calendrier.

Quant aux Ligues majeures de baseball, pour la première fois de leur histoire, elles ont retardé de 48 heures le début de leur saison. Les Dodgers, qui avaient initialement laissé entendre qu’ils joueraient coûte que coûte, ont finalement plié. Leurs adversaires, les Phillies, avaient réagi en affirmant qu’ils boycotteraient le match s’il avait lieu, ce qui aurait été une première depuis 1949.

Sources :

"Retard dans les éliminatoires", 8 avril 1968, La Presse, page 38,

"Sport Schedule Revised", April 8, 1968, Montreal Gazette, page 37,

"Le calendrier sportif est chambardé aux USA", Montréal-Matin, 8 avril 1968, page 45,

"Les Phillies boycotteront la partie", UPI, Montréal-Matin, 8 avril 1968, page 48,

"Trois matches de hockey sont remis à plus tard", Montréal-Matin, 8 avril 1968, page 60,

"Dodgers Call Off Game", AP, Montreal Gazette, April 9, 1968, page 29,

wikipedia.org.

vendredi 22 avril 2022

Mel «Sudden Death» Hill

 


John Melvin Hill est né le 15 février 1915 dans le petit village de Glenboro au Manitoba. Évoluant à l'aile droite, il joua son hockey junior à Saskatoon au début des années 30 avant de graduer au niveau senior à Sudbury. Il fut invité par les Rangers à un de leurs camps d'entrainement mais fut rapidement libéré, suite à quoi ce sont les Bruins qui lui donnèrent une chance pour la saison 1937-38. Il joua 8 matchs avec eux durant cette première saison, passant le restant de l'année dans la IAHL (ancêtre de la AHL) avec les Reds de Providence, équipe qu'il aida à remporter la coupe Calder de 1938.

Il se mérita un poste à temps plein à Boston en 1938-39, obtenant une fiche raisonnablement bonne de 10 buts et 10 passes en 44 matchs. Il n'était pas considéré comme une grande menace offensive ni une future vedette pour les Bruins, la forte équipe étant plutôt bien représentée à ce niveau par des joueurs comme Milt Schmidt, Roy Conacher, Bill Cowley, le gardien Frank Brimsek et un redoutable trio de défenseurs robustes composé de Flash Hollett, Dit Clapper et Eddie Shore

Mais tout changea pour Mel Hill durant les séries de 1939, particulièrement lors de la série de première ronde contre l'équipe qui avait auparavant refusé ses services, les Rangers. Il s'agissait de la première année où la LNH optait pour des rondes 4 de 7 et la première ronde sous ce format allait nous offrir un classique.

Lors du premier match de cette série, l'égalité de 1-1 persistait après 3 périodes et 2 autres périodes de prolongation. Alors qu'on se dirigeait vers une 4e période de surtemps, Bill Cowley repéra Hill qui marqua le filet vainqueur avec un tir dans le haut du filet avec seulement 35 secondes à faire. 

Un scénario presque identique se produisit lors du deuxième match alors que Hill marqua un deuxième filet en prolongation, de nouveau sur une passe de Cowley, cette fois en première période de prolongation, ce qui mena les Bruins à une victoire de 3-2. Boston gagna ensuite le 3e match par la marque de 4-1 mais les Rangers reprirent vie par la suite, gagnant les trois matchs suivants et égalisant la série.

On en était donc à un 7e match pour cette soirée du 2 avril 1939. Les deux équipes s'inscrivirent au pointage une fois chacune en deuxième période, mais encore une fois l'égalité perdura longtemps, le match se rendant de nouveau en 3e prolongation. Et encore une fois, l'issue du match fut décidée par une brillante passe de Cowley à Mel Hill qui élimina ainsi les Rangers avec son 4e filet de la série et son 3e en surtemps. 

Il devint alors le premier joueur de l'histoire de la LNH à effectuer ce «tour du chapeau en prolongation». Plusieurs joueurs en ont obtenu deux mais seulement une poignée contre la même équipe. Vous vous souvenez probablement de John Leclair durant la finale de 1993 contre les Kings par exemple. Seulement deux autres joueurs ont aussi obtenu 3 buts en prolongation durant le même tournoi printanier; Maurice Richard en 1951 et Corey Perry durant les séries de 2017. Mais Mel Hill demeure le seul à ce jour à avoir accompli cet exploit durant la même série. 

* Pour leur part, Perry avait obtenu 1 but en prolongation durant chacune des trois rondes des séries des Ducks en 2017 (contre Calgary, Edmonton et Nashville) tandis que Richard en avait obtenu 2 contre les Red Wings en première ronde et 1 autre durant la finale contre les Toronto en 1951.

Les Bruins obtinrent ainsi leur laisser-passer jusqu'en finale de la coupe Stanley où ils remportèrent les grands honneurs en 5 matchs face aux Maple Leafs. Hill obtint deux autres buts durant cette finale, portant son total à 6 buts et 3 passes pour 9 points en 12 matchs, bon pour le 3e rang des pointeurs des Bruins derrière Cowley à 14 points et Roy Conacher à 10 points (et aussi 6 buts). Le parcours de Hill lors de ces séries lui valut le surnom de «Sudden Death».

Les Bruins, champions de 1939

 

Hill avoua toutefois qu'il avait de la difficulté à assumer ce surnom alors qu'il était désormais attendu de lui qu'il marque le gros but, une pression difficile à supporter pour un joueur qui se qualifiait lui-même de joueur ordinaire et peu spectaculaire. Il n'apprécia ce surnom qu'une fois sa carrière terminée. 

Lors de la saison suivante, Hill récolta 9 buts et 20 points en 37 matchs comme attaquant secondaire chez les Bruins. Ces derniers remportèrent une autre coupe en 1940-41, la 3e de leur histoire et également la dernière avant 1970. Cette fois, Hill ne connut pas un parcours similaire à celui de 1939, n'obtenant qu'un but et une passe en 8 matchs, mais ce seul but fut toutefois le filet décisif lors du 7e match de la première ronde contre les Maple Leafs. Les Bruins balayèrent ensuite les Red Wings lors de la finale.

Mel Hill et Bill Cowley suite au balayage des Red Wings en finale de 1941


Suivant cette deuxième conquête en trois ans, les Bruins se départirent des services de «Sudden Death», l'envoyant aux Americans de Brooklyn en retour d'une somme d'argent. Lors de cette première (et seule) saison des Americans sous le dénominatif géographique de Brooklyn, Mel Hill obtint davantage de temps de glace qu'au sein des puissants Bruins et termina deuxième pointeur de cette équipe en difficulté avec 14 buts et 37 points en 47 matchs. Je vous le rappelle au cas où vous l'ignoriez, mais les Americans n'avaient de Brooklyn que le nom, évoluant toujours au Madison Square Garden alors qu'il n'y avait pas d'aréna adéquat dans le borough de Brooklyn. Les Americans ne faisaient apparemment que s'y entraîner...

Un an avec la dernière incarnation des Americans.

 


Ce fut toutefois la dernière saison de la franchise qui suspendit ses opérations et leurs joueurs furent dispersés à travers la ligue. Ce sont les Maple Leafs qui obtinrent les services de Hill qui connut ensuite sa meilleure saison en carrière en 1942-43 avec 44 points dont 17 buts. Il joua 4 saisons à Toronto, remportant une 3e coupe Stanley en 1945 suite à une saison où il obtint un sommet en carrière de 18 buts.

Après 35 matchs avec les Leafs en 1945-46 où il n'obtint que 5 buts et 7 passes, il fut envoyé dans la ligue américaine avec les Hornets de Pittsburgh. Il ne revint jamais plus dans la LNH. Après une dernière saison à Pittsburgh en 1947-48, il décida de revenir au Canada au niveau senior avec les Capitals de Regina où il joua jusqu'à sa retraite en 1952.

Il demeura à Regina suite à sa retraite en travailla dans l'industrie des boissons gazeuses. Il décéda en 1996 à l'âge de 82 ans. 

En 324 matchs dans la LNH, Mel Hill obtint une fiche de 89 buts et 109 passes pour 198 points. Sa fiche en séries fut de 12 buts et 7 passes pour 19 points en 43 matchs.

Il fut plus tard admis au temple de la renommée du hockey du Manitoba ainsi que celui du sport au Manitoba.


mardi 12 avril 2022

Les excursions LVEUP 2021-22 #12 - Vulkins de Victoriaville, Collégial D2








Après l'excursion commune de Trois-Rivières, j'avais (enfin) la chance d'être libre un dimanche afin d'aller assister à un match des Vulkins du Cégep de Victoriaville, chose que je n'avais pu réaliser cette saison.

Les Vulkins "hockey" existaient dans les années 70 et 80, s'imposant rapidement comme une puissance au sein de la ligue Collégiale. Champions provinciaux AA en 1980-81, l’équipe remporta ensuite le championnat provincial AAA en 1984-85 et qu’en 1986-87. Malheureusement, le déménagement des Chevaliers de Longueuil de la LHJMQ à Victoriaville pour créer les Tigres pour la saison 1987-88 sonna la fin pour l'équipe collégial. Partager le même marché et le Colisée des Bois-Francs (maintenant  Colisée Desjardins) à l'époque était peu faisable. C'est donc cette saison que le Cégep décida de ramener une équipe dans le circuit collégial, alors que les Vulkins rejoignait les rangs de la classe D2.

Ces derniers évoluent présentement au Pavillon Jean-Béliveau, vieux bâtiment datant de 1972 qui a accueilli mes années de hockey mineur en plus de celles de mes enfants. Rénové récemment, il a perdu son odeur caractéristique, mais reste très intime. D'ailleurs, des matchs de tournoi dans cette enceinte a bien plus d'ambiance que dans le Colisée, qui est trop vaste pour du hockey mineur. Je m'attendais donc à une bonne ambiance pour un match de série niveau collégial.

Ça n'a pas été une saison facile pour les Vulkins, alors qu'ils ont eu de la difficulté en début de saison à remporter des matchs. Il y a eu des blessés, des joueurs qui ont quitté l'équipe et la Covid qui a mis un frein à leur saison pour un temps. Malgré tout, ils ont réussi à maintenir le cap et atteindre les rondes éliminatoires.

Je me suis donc dirigé avec mes enfants (ouais, j'étais pas "complètement libre") au Pavillon Jean-Béliveau dimanche le 3 avril dernier, afin d'assister au deuxième match de leur série 2-de-3 face aux Pionniers de Rimouski, qui avaient fini en tête de classement. Les Vulkins avaient perdu le premier duel de la série 4 à 3 et faisaient donc face à l'élimination en ce dimanche après-midi. Je ne savais pas si les Vulkins hockey attiraient beaucoup de partisans. J'ai donc été agréablement surpris de voir le Pavillon être presque à pleine capacité. Le coût d'entrée n'est pas élevé, seulement 5$ pour les 12 ans et plus.

Avant le match, je me suis dirigé à la salle de bain avec les enfants. Depuis les rénovations de 2019, il y en a à l'entrée du Pavillon, mais également au deuxième étage où se trouve le local de judo. En fait, c'était vrai jusqu'à cet automne, alors que j'ai appris alors que j'étais dans la salle de bain que le local de judo a été remplacé par ... le vestiaire des Vulkins ! J'ai donc littéralement fait pipi dans la salle de bain des Vulkins ... oups ! C'est bien la première fois que je vois un vestiaire d'équipe de hockey qui se trouve à l'étage. Les joueurs ont donc plusieurs marches à monter/descendre entre chaque périodes.

L'escalier des Vulkins

Après m'être excusé auprès d'un des entraîneurs, je suis donc retourné m'asseoir avec les enfants à notre place, bien mal assis sur les bancs fait en 2x10. J'aurais apprécié une amélioration sur ce point lors des récentes rénovations. C'est pourquoi je finis toujours par être debout sur la dernière rangée, question de ne pas obstruer la vue à personne, et d'épargner mes fesses. Bref ...

Le niveau de jeu des deux équipes m'a agréablement surpris. La vitesse d'exécution, la puissance dans les lancers et les passes, la stratégie, etc. Malgré une pression constante des Vulkins en première période, ce sont les Pionniers qui ont pu retraité au vestiaire avec une avance de 1-0. D'ailleurs, ils ont peu lancé au filet, mais les Rimouskois ont réussi à faire payer plusieurs erreurs aux Vulkins. Après avoir vu ces derniers créer l'égalité en début de 2e période, les Pionniers ont répliqué moins de 60 secondes plus tard. 

Seule photo potable qui est sortie de mon cell ...

En début de troisième période, les visiteurs ont augmenté leur avance avec deux buts en avantage numérique. D'ailleurs, à partir de la mi-match, plusieurs pénalités sont venues casser le rythme qui était auparavant rapide. C'est d'ailleurs ces pénalités qui ont coulé les Vulkins, eux qui sont tombés dans l'indiscipline et qui ont dû jouer plus souvent à court d'un homme. Difficile d'attaquer et de marquer dans ce temps.

J'ai malheureusement dû quitter vers la moitié de la troisième car ma fille ne se sentait pas bien. J'ai beau ne pas apprécier les bancs en 2x10, il n'était pas question que ça se remplisse de vomi. Dès mon départ, les Vulkins ont marqué leur 2e but. J'ai d'ailleurs entendu leur sirène de but et les partisans célébré alors que j'étais désormais en-dehors du Pavillon. Avoir su que ça les aiderait, j'aurais quitté avant ...

Malheureusement, les Vulkins ont manqué de temps, s'inclinant finalement 5-3, ce qui mettait fin à leur saison. J'ai toutefois vraiment apprécié le spectacle et je me promets d'y être plus souvent la saison prochaine. Si vous êtes du coin et que vous n'y êtes pas encore allés, ça vaut le déplacement.


Les excursions LVEUP 2021-22 (avec la liste de niveaux potentiels):

** RaySheppard **
M18AAA
JMS - Ligue de hockey Midget Saguenay Lac-St-Jean


** KirkMcLean **
Collégial 2e division
Ligue Régionale de hockey (Senior BB) - Cougars de Warwick
LNAH - Assurancia de Thetford Mines
LHJQAAA - Titan de Princeville
LHSAAAQ - Métal Pless de Plessisville
LNH ?

**KeithActon**
LNH - Canadiens de Montréal
ECHL